Le Comité des 24 exhorte l’Argentine et le Royaume-Uni à reprendre leurs négociations sur la question des îles Falkland (Malvinas)

20 juin 2013
AG/COL/3257

Le Comité des 24 exhorte l’Argentine et le Royaume-Uni à reprendre leurs négociations sur la question des îles Falkland (Malvinas)

20/06/2013
Assemblée générale
AG/COL/3257
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Comité spécial chargé d’étudier la situation

en ce qui concerne l’application de la Déclaration

sur l’octroi de l’indépendance aux pays

et aux peuples coloniaux

Reprise de session

8e séance – matin

LE COMITÉ DES 24 EXHORTE L’ARGENTINE ET LE ROYAUME-UNI À REPRENDRE LEURS NÉGOCIATIONS

SUR LA QUESTION DES ÎLES FALKLAND (MALVINAS)

Le Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, dit « Comité des Vingt-Quatre », a, ce matin, aux termes d’une résolution* adoptée par consensus, prié les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni de consolider le processus de dialogue et de coopération en cours en reprenant leurs négociations afin de trouver, dans les meilleurs délais, une solution pacifique au conflit de souveraineté sur les îles Falkland (Malvinas).  « Mon pays est déjà à la table des négociations », a affirmé le Ministre des affaires étrangères de l’Argentine, M. Héctor Timerman.

L’adoption de ce texte a été accueillie par une ovation debout de la délégation argentine, après un long plaidoyer du Ministre argentin des affaires étrangères, M. Héctor Timerman, venu spécialement devant le Comité spécial exprimer la volonté de son pays de résoudre ce différend par le biais du dialogue.

En présentant le projet de résolution, le représentant du Chili, au nom de la Bolivie, de Cuba, de l’Équateur, du Nicaragua et du Venezuela, coauteurs du texte, a regretté que, malgré les nombreuses résolutions adoptées précédemment, une négociation diplomatique directe entre les parties n’ait pas encore été lancée.  Nous appuyons les droits légitimes de l’Argentine sur les Îles Falkland (Malvinas), a-t-il dit, avant d’appeler à une négociation bilatérale entre les deux pays.

Les délégations qui sont intervenues n’ont pas manqué de rappeler les 40 résolutions de l’Assemblée générale et du Comité qui ont, précédemment, exhorté les parties à trouver une solution pacifique, des textes qui se sont heurtés au refus britannique de négocier, a regretté le Ministre argentin.

« Le différend colonial anachronique et le refus obstiné de reprendre le dialogue irritent de plus en plus de pays », a observé le Ministre, en soulignant que beaucoup de voix se sont élevées pour soutenir la demande de son pays, notamment à l’Organisation des États américains, à la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), à l’Union des nations de l’Amérique du Sud (UNASUR) et au Marché commun du Sud (MERCOSUR).  L’Argentine a également reçu le soutien de pays africains qui se sont joints aux nations sud-américaines dans la Déclaration de Malabo, adoptée en février 2013, un texte qui reconnait les droits souverains de l’Argentine, a-t-il précisé.

Aux termes de la résolution adoptée, le Comité spécial souligne ce large appui international en faveur de négociations entre les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni sur tous les aspects relatifs à l’avenir des îles Falkland (Malvinas).  Il déplore malgré cela que l’application des résolutions de l’Assemblée générale sur cette question n’ait pas encore commencé.

De nombreux représentants des pays d’Amérique latine ont pris la parole pour soutenir les revendications de l’Argentine et demander la reprise des négociations.  Les délégations de la Syrie, de la Chine et de la Fédération de Russie ont appuyé le désir de l’Argentine d’entamer un dialogue direct avec le Royaume-Uni.  La délégation russe s’est en outre opposée à la militarisation de l’Atlantique Sud.

Le représentant de la Sierra Leone a plaidé en faveur du droit à l’autodétermination des habitants des îles Falkland (Malvinas).  De même, deux pétitionnaires, membres élus de l’Assemblée législative de ces îles, ont demandé aux membres du Comité spécial d’entendre les aspirations de leurs habitants qui, selon eux, sont de rester Britanniques.  « Les peuples des territoires non autonomes ont le droit de participer aux discussions sur l’avenir de leur pays », a plaidé un des membres élus, avant d’inviter « pour la sixième fois » les membres du Comité spécial à se rendre enfin sur le territoire.

« Nous ne vivons pas une situation coloniale anachronique », a assuré un autre membre élu qui s’est référé au « oui » exprimé à 99,8% par les insulaires, en mars dernier, lors d’une consultation organisée non pas par le Royaume-Uni mais par « le Gouvernement des îles Falkland lui-même », a-t-il précisé.

D’un avis contraire, un pétitionnaire des « îles Malvinas » a fait remarquer que le référendum ne posait que la question de savoir si la population « souhaitait le maintien de la “protection” du Royaume-Uni » sans autre alternative à une réponse affirmative ou négative.  « Ce vote illégitime n’avait qu’un seul but: permettre au Gouvernement britannique d’utiliser l’autodétermination de 3 000 citoyens britanniques d’une enclave coloniale pour justifier son colonialisme », a-t-il conclu.

L’application en l’espèce du principe d’autodétermination a d’ailleurs toujours été rejetée par le Comité spécial dans ses résolutions sur les îles Falkland (Malvinas), a fait remarquer le Ministre argentin qui a contesté un par un les arguments invoqués par la partie britannique pour obtenir l’autodétermination des insulaires.

Le Ministre argentin a conclu que la question des îles Falkland (Malvinas) n’était pas une question d’autodétermination mais un problème d’intégrité territoriale englobant les îles Falkland (Malvinas), les îles Sandwich du Sud et les îles de Géorgie du Sud, ainsi que sur les zones maritimes adjacentes.  « Mon pays est déjà à la table des négociations », a affirmé le Ministre, assurant vouloir résoudre ce différend par le biais du dialogue.  Le Royaume-Uni ne s’est pas exprimé dans la salle.

Le Comité spécial des Vingt-Quatre tiendra la dernière réunion de sa session demain, vendredi 21 juin, à partir de 10 heures.  

* A/AC.109/2013/L.7

QUESTIONS DES ÎLES FALKLAND (MALVINAS) (A/AC.109/2013/L.14 ET A/AC.109/2013/L.7)

Audition des pétitionnaires

Mme SHARON HALFORD, a indiqué qu’elle est un membre démocratiquement élu de l’Assemblée des îles « Falkland » et a fait part de la « déception » que lui inspire la nécessité de devoir continuer à comparaitre devant le Comité spécial.  Elle a déclaré que la population des « îles Falkland » exerce son droit à l’autodétermination, notamment depuis la tenue, au mois de mars de cette année, d’un référendum organisé non pas par le Royaume-Uni, mais par « le Gouvernement des îles Falkland lui-même ».  La pétitionnaire a accusé le Gouvernement de l’Argentine de ne pas reconnaître les droits de l’homme les plus élémentaires de la population des « Falkland » qui sont, a-t-elle affirmé « un territoire d’outre-mer du Royaume-Uni ».

Mme Halford a ensuite expliqué que le référendum avait été organisé pour obtenir l’opinion de la population sur le statut politique des « îles Falkland » en l’invitant à répondre à la question « Désirez-vous que les « îles Falkland » retiennent leur statut politique de territoire d’outre-mer du Royaume-Uni? »  La pétitionnaire a indiqué que 90% des électeurs avaient participé au vote et qu’une majorité écrasante de 99,8% avait réclamé le maintien du statut actuel.  « Nous, le peuple des “îles Falkland”, sommes satisfaits de notre statut actuel et ne vivons pas une situation coloniale anachronique comme l’affirme l’Argentine, car nous maitrisons pleinement notre gouvernance », a déclaré la pétitionnaire.

Elle a ensuite indiqué qu’à l’issue du référendum, les membres de l’Assemblée législative des « îles Falkland » ont entrepris de nombreux déplacements à l’étranger pour informer les gouvernements de leur choix politique.  Ces visites, a-t-elle indiqué, m’ont donné l’espoir que l’Argentine assouplira sa position unilatérale.  Elle a dénoncé « les campagnes de désinformation lancées par l’Argentine au sujet des “îles Falkland” et qui limitent la marge de manœuvre dans les éventuelles négociations ».  Affirmer que les « îles Falkland » sont argentines n’est pas une base de négociation, a estimé Mme Halford qui a par ailleurs dénoncé le fait que « l’Argentine avait rejeté, en 1992, deux résolutions juridiquement contraignantes relatives au retrait des troupes militaires des îles ».

La pétitionnaire a ensuite précisé que les habitants du territoire « viennent de 57 pays différents et que la moitié de la population se considère d’abord comme étant des insulaires des « îles Falkland » puis comme membres du Royaume-Uni ».  « Nous avons une identité culturelle unique qui doit être respectée », a-t-elle dit.  La pétitionnaire s’est par ailleurs opposée au décret présidentiel  256 de la présidence l’Argentine « qui restreint les activités maritimes légitimes dans les eaux territoriales », et s’est plaint « des différends qui entourent l’exploitation des ressources halieutiques ».  Elle a également dit qu’elle « regrettait que l’Argentine célèbre chaque année l’anniversaire de l’invasion des « îles Falkland ».

M. MICHAËL SUMMERS, représentant de l’« Assemblée législative des îles Falkland  », a estimé que le Comité des 24 « avait échoué dans la poursuite de ses objectifs en ce qui concerne le territoire ».  Il a salué les membres du Comité « qui se sont montrés fermes en ce qui concerne leur mission ».  Les peuples des territoires non autonomes ont le droit de participer aux discussions sur l’avenir de leur « pays », a-t-il rappelé.  Il a regretté que « certains membres du Comité expriment leur opinion sur la souveraineté d’un pays ».  Ces membres ne peuvent pas non plus décider « qu’un peuple d’un territoire non autonome a le droit à l’autodétermination plutôt qu’un autre », a-t-il estimé, citant les résolutions de l’Assemblée générale qui reconnaissent le droit à l’autodétermination des peuples des territoires non autonomes.  Ce Comité a seulement un but: mettre fin au colonialisme, a dit M. Summers.

Le représentant de l’« Assemblée législative des îles Falkland » a demandé instamment aux membres du Comité « d’entendre les aspirations exprimées par le peuple des îles Falkland » qui « veulent rester britanniques ».  Certains pays qui appuient les revendications de l’Argentine « le font sur la base d’informations historiques déformées », a-t-il avancé.  Retraçant les évènements passés, il a voulu faire la preuve de la souveraineté britannique sur le territoire.  Il a estimé que « la version de l’Argentine sur cette affaire ignorait les 67 années de “souveraineté britannique” avant l’invasion de 1832 ».  « Des inexactitudes » et des « erreurs » caractérisent les thèses qui justifient les revendications argentines, « car l’Argentine n’a jamais eu de souveraineté sur les îles Falkland », a estimé M. Summers.

« Je suis un habitant des îles de huitième génération et certaines familles en sont même à la neuvième génération », a annoncé le pétitionnaire aux membres du Comité.  Nous formons un peuple qui a le droit de se faire entendre, a-t-il ajouté, exigeant « que les Nations Unies fassent droit à cette demande ».  « Tout projet de résolution qui ne respecte pas le droit de notre peuple ne devrait pas être présenté au Comité », a-t-il estimé.  Il a donc demandé au Comité « de soutenir le droit des habitants des îles Falkland de se prononcer sur le statut des îles ».  « Allez donc sur le territoire et discutez avec la population afin de connaitre ses vœux », a dit le pétitionnaire aux membres du Comité.  « Nous les avons invités par six fois sans même qu’ils daignent nous répondre », s’est-il plaint devant les participants à la réunion, avant de relancer cette invitation.  « Le Royaume-Uni n’a pas d’objection à cette invitation », a précisé le représentant de l’« Assemblée législative des îles Falkland ».

M. ALEJANDRO JACOBO BETTS, pétitionnaire des « îles Malvinas  », a indiqué qu’il est un habitant de quatrième génération du « territoire insulaire argentin que sont les « Malvinas ».  Il a rappelé que le résultat de la « consultation populaire illégale qui s’est tenue dans les « Malvinas » au mois de mars souligne que les habitants ont ouvertement affirmé « qu’ils sont indivisibles du peuple britannique ».  « Dans la colonie britannique des « îles Malvinas », l’interprétation du concept d’autodétermination est simplement une réaction à des années de propagande politique », a dit le pétitionnaire.  M. Betts a notamment dénoncé le fait qu’outre l’abstention, le référendum ne proposait aucune alternative à part une réponse affirmative ou négative à la question de savoir si la population « souhaitait le maintien de la “protection” du Royaume-Uni ».  Il a également dénoncé le fait qu’un des observateurs du référendum se soit vu retirer ses qualifications seulement quelques heures avant le scrutin.  « Croyant être dans une société démocratique, ce dernier avait ouvertement commenté dans la presse le caractère non juridiquement contraignant du référendum alors que celui-ci n’était pas un exercice d’autodétermination », a ironisé M. Betts.  Pour le pétitionnaire, « ce vote illégitime n’avait qu’un seul but: permettre au Gouvernement britannique d’utiliser l’autodétermination de 3 000 citoyens britanniques d’une enclave coloniale qui se trouve de l’autre côté de l’Atlantique comme écran de fumée » pour justifier son colonialisme.  « Le seul but de cet exercice était de détourner l’attention de la communauté internationale quant aux véritables racines du différend », a estimé le pétitionnaire.

Tout en indiquant que les habitants actuels de l’archipel sont des britanniques, M. Betts a affirmé que les îles ne le sont pas et ne l’ont jamais été.  Ces sujets britanniques, a-t-il insisté, n’ont pas le droit d’empêcher la tenue d’un dialogue entre l’Argentine et le Royaume-Uni sur les « Malvinas ».

Le pétitionnaire a ensuite évoqué la situation démographique des « îles Malvinas ».  Il a indiqué que « sur une population de 2 854 personnes, 45% d’entre elles, soit 1 300, sont des « colons », et que « 35% de la population vit dans le territoire depuis moins de 10 ans ».  Pour résumer, a-t-il dit « 55% de la population actuelle est constituée de nouveaux colons qui forment une « majorité flottante ».  Il a fait observer que la législation britannique permet à tout habitant des territoires d’outre-mer du Royaume-Uni d’obtenir la nationalité britannique.  Le pétitionnaire a également dénoncé le fait qu’il n’y a pas de division entre les différentes branches du gouvernement des « îles Malvinas » et qu’en outre, 3 des 13 membres de l’assemblée législative « illégitime » ont d’« importants intérêts économiques dans l’exploitation industrielle illicite des ressources halieutiques de la zone maritime qui entoure l’archipel.  M. Betts a déclaré que les « insulaires authentiques des « îles Malvinas » ne font pas partie du pseudo-gouvernement des îles ».  « Cette fonction revient à des citoyens du Royaume-Uni venus s’installer dans les îles sous un régime néocolonial », a-t-il dénoncé.

Le pétitionnaire a ensuite réclamé la réouverture d’un dialogue bilatéral entre l’Argentine et le Royaume-Uni, estimant par ailleurs « qu’il n’existe aucune raison légale ou logique qui voudrait que le principe de l’autodétermination des peuples en soit le principe directeur ».  Il a également estimé que « les citoyens britanniques qui vivent dans les « îles Malvinas » ne doivent pas se faire les arbitres d’un différend entre l’Argentine et le Royaume-Uni ».

Mme MARÍA ANGÉLICADEL CARMENVERNET, pétitionnaire des îles Falkland (Malvinas), a parlé de son ancêtre, Louis Vernet, « qui s’était installé en 1829 sur les îles Falkland (Malvinas), avant d’en devenir le Commandeur militaire et civil ».  Elle a indiqué que, par décret du 28 août 1822, un titre de propriété avait été offert à Louis Vernet pour lui permettre d’élever du bétail dans l’archipel.  Un autre décret de 1828 avait permis son installation sur les îles Falkland (Malvinas), a-t-elle précisé, ce qui lui avait permis de développer des activités de subsistance.  « Mon ancêtre, Louis Vernet commercialisait le cuir de phoque, les produits de la pêche et le bois », a précisé Mme Vernet.  L’archipel a pu ainsi se développer rapidement, la population vivant de la pêche, de la chasse et du commerce, a-t-elle expliqué.  Mme Vernet a souligné que ses ancêtres s’étaient donc établis légitimement dans les îles Falkland (Malvinas) avec la bienveillance et sous la houlette du Gouvernement argentin de l’époque.  Elle a, sur cette base historique, déclaré qu’elle était venue devant le Comité spécial pour soutenir la revendication de l’Argentine concernant sa souveraineté sur les îles Falkland (Malvinas).

Déclaration

M. HÉCTOR MARCOS TIMERMAN, Ministre des affaires étrangères de l’Argentine, a exhorté le Royaume-Uni à respecter ses obligations en vertu du droit international.  Il a rappelé que le différend colonial sur les îles Falkland (Malvinas) avait commencé il y a 180 ans, « avec l’expulsion de autorités légitimes et de la population argentine » par les Forces navales britanniques.  Le Ministre a qualifié ces évènements d’acte injustifié d’agression commis par l’Empire britannique à l’égard d’une république sud-américaine en plein essor.  Il a estimé que le différend d’aujourd’hui était une réminiscence du passé, pour un territoire situé à 14 000 kilomètres du Royaume-Uni.  Le Royaume-Uni n’avait pas d’autre choix que d’user de la force pour compenser l’absence de titre de souveraineté sur le territoire, a indiqué M. Timerman.  Il a cité les propos du Premier Ministre britannique de l’époque qui, en 1829, avait lui-même émis des doutes quant à la souveraineté britannique sur ces îles. 

Le Ministre des affaires étrangères de l’Argentine a rappelé les 40 résolutions de l’Assemblée générale et du Comité spécial qui ont exhorté les parties à trouver une solution pacifique au différend en respectant les objectifs de la Charte et les intérêts des habitants des îles.  Le refus britannique de négocier va donc à l’encontre de ces textes, a-t-il remarqué.  Son statut de membre permanent du Conseil de sécurité n’exonère pas le Royaume-Uni de ses obligations internationales, a-t-il ajouté.  Il a jugé « fallacieuse » l’excuse donnée par ce pays qui invoque le principe d’autodétermination pour justifier son attitude.  De son côté, l’Argentine est ouverte au dialogue, mais dans les mêmes conditions que le dialogue bilatéral qui a eu lieu dans le passé, a précisé M. Timerman.

Le Ministre a souligné que beaucoup de voix se sont élevées dans de nombreux fora pour soutenir la demande de l’Argentine, et a cité à cet égard l’Organisation des États américains (OEA), qui soutient l’Argentine; tout comme le font la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), l’Union des nations de l’Amérique du Sud (UNASUR), et le Marché commun du Sud (MERCOSUR).  Il a aussi signalé que les ministres des affaires étrangères de Cuba et de l’Uruguay, ainsi que le vice-ministre des affaires étrangères du Pérou, représentant les présidents de la CELAC, du MERCOSUR et d’UNASUR, avaient, en mars 2013, exprimé au Comité des 24 leur ferme soutien aux droits souverains argentins sur ces îles.  L’Argentine a aussi reçu le soutien de pays africains qui se sont joints aux nations sud-américaines dans la Déclaration de Malabo, adoptée en février 2013, qui reconnait les droits souverains de l’Argentine.  Le différend colonial anachronique et le refus obstiné qu’oppose le Royaume-Uni à la reprise du dialogue irritent de plus en plus de pays, a déclaré M. Timerman.

Le Royaume-Uni n’a pas d’excuse pour continuer à éviter le dialogue, a lancé le Ministre argentin.  Il a dénoncé « la tentative du Royaume-Uni, qui a voulu manipuler cette question par le biais d’un sondage à travers lequel il a voulu présenter les habitants des îles comme étant des victimes, et l’Argentine comme étant un agresseur ».  Il a ainsi fait référence à la consultation de mars 2013, appelée « référendum d’autodétermination », au terme de laquelle les 1 500 citoyens britanniques installés sur les îles ont voté en faveur du maintien de la situation coloniale.  Les Nations Unies n’ont pas demandé, ni d’ailleurs approuvé ce processus, a rappelé le Ministre argentin, précisant en outre qu’aucun observateur étranger n’avait été envoyé.  M. Timerman a ajouté qu’aucune résolution de l’Assemblée générale et du Comité sur la question des îles Falkland (Malvinas) n’avait jamais fait référence à l’autodétermination, un principe qui ne peut pas s’appliquer au cas des îles.  L’Assemblée générale a même rejeté cette mention dans un projet de résolution présenté en 1985 par le Royaume-Uni, a-t-il rappelé.

Lorsque le Royaume-Uni a envahi les îles en 1833, il a expulsé la population et les autorités argentines pour y implanter ses propres colons, a indiqué le Ministre.  Il s’agit actuellement d’une population peu nombreuse et qui ne connait pas de croissance démographique naturelle.  Invoquant les recensements récents, il a indiqué que 40% de la population vit dans ces îles depuis moins de 10 ans, et que seulement 44,7% y est née.  Le Ministre a aussi fait remarquer que, curieusement, le Royaume-Uni n’avait pas soutenu l’initiative visant à appliquer le principe d’autodétermination au peuple de la Polynésie française, un territoire qui a été réinscrit il y a quelques semaines sur la liste des territoires non autonomes.  Il a donné d’autres exemples illustrant le peu d’importance que le Royaume-Uni accorde habituellement au principe d’autodétermination.

Parallèlement, a poursuivi M. Timerman, l’Argentine a toujours soutenu les peuples qui ont revendiqué leurs droits aux Nations Unies face aux puissances coloniales.  Il a cité les cas d’Haïti et des peuples africains aujourd’hui décolonisés.  Pour sa part, le Royaume-Uni n’a pas soutenu 88% des résolutions adoptées par le Comité spécial des 24 sur les questions de décolonisation, a-t-il remarqué.   Il s’est donc étonné que le même Royaume-Uni se présente aujourd’hui comme un champion de l’autodétermination.  Le Royaume-Uni n’avait d’ailleurs pas soutenu, en 1961, la création du Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, a rappelé le Ministre.

Le Ministre a aussi observé que le Royaume-Uni ne s’exprimait jamais devant le Comité spécial des 24, avec lequel il refuse de collaborer.  Son silence et son absence mettent en évidence son refus de respecter les résolutions des Nations Unies, a-t-il estimé.  Il a donc demandé au Comité de contacter le Royaume-Uni pour l’exhorter à coopérer.  Il s’est d’ailleurs dit déçu que le Royaume-Uni ne soit pas représenté par son Ministre des affaires étrangères ou par son représentant permanent auprès des Nations Unies à la présente réunion.  Le Royaume-Uni brille par son absence, a-t-il remarqué.

Concluant son intervention, M. Timerman a expliqué que la question des îles Falkland (Malvinas) n’était pas une question d’autodétermination mais une question concernant l’intégrité territoriale de l’Argentine sur les îles Falkland (Malvinas), les îles Sandwich du Sud et les îles de Géorgie du Sud, ainsi que sur les zones maritimes adjacentes.  La superficie de cet archipel est 12 fois plus grande que celle du Royaume-Uni, a-t-il rappelé.  Il a espéré qu’une solution pacifique serait trouvée et que ce territoire cesserait d’être l’enclave militarisée d’un pouvoir étranger dans la région.  Mon pays est déjà à la table des négociations, a-t-il dit, assurant vouloir résoudre ce différend par le biais du dialogue.

Adoption de la résolution

Aux termes du projet de résolution relatif à la Question des îles Falkland (Malvinas) publié sous la cote A/AC.109/2013/L.7, qui a été présenté au Comité spécial par le représentant du Chili, et adopté par consensus, le Comité prie les Gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni de consolider le processus de dialogue et de coopération en cours en reprenant leurs négociations afin de trouver, dans les meilleurs délais, une solution pacifique au conflit de souveraineté sur les îles Falkland (Malvinas), conformément aux dispositions des résolutions 2065 (XX), 3160 (XXVIII), 31/49, 37/9, 38/12, 39/6, 40/21, 41/40, 42/19 et 43/25 de l’Assemblée générale.

Le Comité prend note des vues exprimées par la Présidente de la République argentine à l’occasion de la soixante-septième session de l’Assemblée générale et de la session du Comité spécial du 14 juin 2012.

Par l’adoption de ce texte, le Comité déploreque, malgré le large appui international en faveur de négociations entre les Gouvernements de la République argentine et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord portant sur tous les aspects relatifs à l’avenir des îles Falkland (Malvinas), l’application des résolutions de l’Assemblée générale sur cette question n’ait pas encore commencé.

Déclarations après l’adoption

M. OSCAR LEÓN GONZÁLEZ (Cuba) qui intervenait au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), a fait la lecture du Communiqué spécial sur les « îles Malvinas » adopté à l’occasion du Sommet de la CELAC qui s’est tenu à Santiago, au Chili, les 27 et 28 janvier 2013.  Il a réaffirmé les droits légitimes de l’Argentine dans la dispute entourant les « îles Malvinas », la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud, ainsi que la nécessité pour l’Argentine et le Royaume-Uni de reprendre les négociations afin de trouver une issue pacifique et définitive au différend.  Il a également souligné l’importance de respecter la résolution 3149 de l’Assemblée générale, qui engage les parties à s’abstenir d’adopter des mesures qui entraineraient des modifications unilatérales dans les îles.

Intervenant ensuite en sa capacité de représentant de l’État de Cuba, M. Gonzalez a déclaré que les « îles Malvinas » sont une partie inséparable du territoire national de l’Argentine, « pays frère d’Amérique latine ».  Il a réclamé une solution négociée, juste, définitive et dans les plus brefs délais au différend et a enjoint le Royaume-Uni à répondre à l’appel qui lui prescrit de reprendre les négociations.  M. González a également appelé le Secrétaire général à faire usage de ses bons offices à cette fin.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a estimé que l’adoption du projet de résolution par consensus renforce la nécessité de trouver une issue pacifique au différend portant sur la souveraineté des îles.  Il a déclaré que le principe d’autodétermination ne saurait être utilisé « pour justifier le maintien du colonialisme britannique ».  Le représentant a également commenté la particularité de la question des « îles Malvinas » et a insisté sur l’importance de trouver une issue pacifique au différend.  Il a ensuite appelé le Royaume-Uni à appliquer les résolutions pertinentes de l’Assemblée générale.

M. JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a déclaré que le Venezuela soutient les revendications justes et légitimes de l’Argentine sur les « îles Malvinas », la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud ainsi que les espaces maritimes les entourant.  Il a qualifié la position du Royaume-Uni d’affront au continent d’Amérique latine et a insisté sur la nécessité urgente de trouver une issue au différend.  Il faut, a-t-il souligné, relancer les négociations bilatérales, « car c’est la seule voie appropriée pour résoudre ce différend anachronique que le Gouvernement britannique s’efforce de faire perdurer ».  M. Valero Briceño a également fait savoir que « l’ALBA avait rejeté le référendum illégitime organisé au mois de mars dans les « îles Malvinas ».

M. XAVIER LASSO MENDOZA (Équateur) a déclaré que l’Équateur « soutient les droits légitimes de l’Argentine dans le différend concernant la souveraineté des « Îles Malvinas », la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud et les espaces maritimes les entourant afin de mettre un terme à 180 années d’occupation illégale par le Royaume-Uni.  Il a ensuite exhorté le Royaume-Uni à reprendre la voie des négociations.  La cause argentine est également celle de l’Amérique latine et des Caraïbes, a-t-il souligné.  Le représentant a en outre argué que la tenue d’un référendum au mois de mars ne modifie en rien l’essence même de la question des « îles Malvinas » et que le résultat de celui-ci ne permet pas de résoudre le différend entre l’Argentine et le Royaume-Uni.  M. Mendoza a en outre estimé que l’exploitation unilatérale de ressources naturelles non renouvelables des îles et leurs espaces maritimes est illégale et incompatible avec la résolution 31/49 de l’Assemblée générale.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie), s’exprimant en tant que coauteur de la résolution, a regretté qu’après tant d’années, on traite encore de cette question examinée aujourd’hui au Comité spécial et à l’Assemblée générale.  Il est temps de passer à des mesures plus concrètes, a-t-il dit.  Il a donné des arguments géographiques et historiques pour justifier la souveraineté de l’Argentine sur les îles Falkland (Malvinas).  Il a rappelé les 40 résolutions de l’Assemblée générale et du Comité spécial qui sont « systématiquement bafouées par le Royaume-Uni ».  Il a dit que sa délégation se sentait offensée par la mauvaise utilisation et la manipulation du principe d’autodétermination.  « L’autodétermination, c’est la lutte contre le colonialisme et non un moyen pour justifier celui-ci », a-t-il remarqué.  Il a appelé le Royaume-Uni à aller à la table des négociations, sachant que l’Argentine est prête à dialoguer.  « Les Malvinas sont argentines », a-t-il conclu.

Mme MARÍA RUBIALES DE CHAMORRO (Nicaragua) a rappelé le communiqué du douzième Sommet ibéro-américain de novembre 2012, dans lequel il a été demandé aux deux pays concernés de reprendre au plus vite les négociations sur les îles Falkland (Malvinas).  Ce communiqué a aussi demandé au Secrétaire général de l’ONU de mener des missions de bons offices pour trouver une solution à l’impasse actuelle.  La représentante a dénoncé la situation coloniale en vigueur et soutenu la revendication de l’Argentine sur ce territoire.

Cette situation est un exemple patent du colonialisme qui est combattu par la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, a-t-elle remarqué.  Elle a plaidé en faveur d’une solution négociée entre le Royaume-Uni et l’Argentine.  Rappelant les nombreuses résolutions adoptées sur cette question, elle s’est inquiétée du temps écoulé sans qu’on ait encore pu trouver de solution.  Elle a dénoncé les activités militaires menées par le Royaume-Uni sur les îles et les tentatives que mène ce pays pour exploiter les ressources naturelles du territoire.  Il est temps que ce territoire revienne à l’Argentine, a-t-elle conclu en demandant au Royaume-Uni de ne pas faire la sourde oreille. 

M. WANG MIN (Chine) a insisté sur l’importance de trouver une issue pacifique à la question des « îles Malvinas » et a indiqué que son gouvernement continuera d’appuyer le droit de souveraineté de l’Argentine.  Il a ensuite appelé les Gouvernements du Royaume-Uni et de l’Argentine à participer à un dialogue constructif.

M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie) a appuyé le désir de l’Argentine d’entamer un dialogue direct avec le Royaume-Uni.  Il s’est opposé à la militarisation de l’Atlantique Sud et a appelé les parties à s’abstenir de tout acte susceptible de compliquer la situation.

Mme NEDRA P. MIGUEL (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a dit être profondément préoccupée et frustrée par l’impasse dans laquelle se trouve le différend concernant les « îles Malvinas ».  Elle a notamment estimé que le manque de volonté politique était la principale cause des tensions militaires et diplomatiques connues ces 37 dernières années.  La représentante a fait part de l’appui de son gouvernement au Communiqué spécial de la CELAC sur les « îles Malvinas » qui a été publié au mois de janvier 2013, ainsi qu’envers le Communiqué spécial publié en mars 2013 par l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA).  Mme Miguel a ensuite appelé la communauté internationale à identifier les causes de l’impasse actuelle et à s’abstenir de prendre des demi-mesures ou de faire des déclarations creuses.

M. OSMAN KEH KAMARA (Sierra Leone) a rappelé la position de sa délégation quant aux droits des insulaires présents dans les îles Falkland (Malvinas) depuis plus de 180 ans qui, a-t-il dit, devraient être respectés.  « Les peuples ont un droit à l’autodétermination », a-t-il insisté.  Il a appelé le Comité spécial « à traiter des réalités au cas par cas en tenant compte des vœux des habitants des territoires ».  Nous avons toujours utilisé le principe d’autodétermination lors de l’examen des questions soumises à ce Comité, a-t-il à cet égard estimé.  Il s’est dit favorable à une visite sur le terrain des membres du Comité.  Il a aussi prôné la reprise de négociations sérieuses impliquant toutes les parties prenantes, « y compris les habitants des îles ».

M. ENRIQUE ROMÁN-MOREY (Pérou), parlant au nom de l’Union des nations de l’Amérique du Sud (UNASUR), a donné lecture de la Déclaration spéciale d’UNASUR sur les « îles Malvinas » adoptée à Lima le 30 novembre dernier.  Ce texte affirme notamment que la tenue du référendum ne change en rien la nature de la question des « îles Malvinas » et appelle les gouvernements de l’Argentine et du Royaume-Uni à négocier, mais également à s’abstenir de prendre des décisions qui provoqueraient des modifications unilatérales de la situation des îles.  L’UNASUR réaffirme également les droits légitimes de souveraineté de l’Argentine.

Parlant ensuite en sa capacité nationale, M. Román-Morey a appuyé les droits historiques et légitimes de l’Argentine sur les « îles Malvinas ».  Il a également appelé le Secrétaire général à mener une mission de bons offices afin d’aider les parties à trouver une issue au différend.

M. JOSÉ ALBERTO BRIZ GUTIÉRREZ (Guatemala) a rappelé la résolution adoptée par l’Assemblée générale en 1988 pour exhorter les deux pays, Argentine et Royaume-Uni, à reprendre les discussions pacifiques sur les îles Falkland (Malvinas).  Il a noté que l’Argentine et le Royaume-Uni maintiennent des liens commerciaux, culturels et politiques importants, mais a regretté qu’il n’y ait pas eu moyen jusqu’à présent de reprendre les négociations.  Les nombreuses résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Comité spécial ont salué la volonté du Gouvernement argentin de trouver une solution pacifique, a-t-il aussi noté.  Il a fermement appuyé les droits de l’Argentine sur les îles Falkland (Malvinas), les îles Sandwich du Sud et les îles de Géorgie du Sud, ainsi que sur les zones maritimes adjacentes.  Soulignant la volonté constante de l’Argentine de résoudre cette question par la voie du dialogue, il a appelé le Royaume-Uni et l’Argentine à reprendre les négociations dans les plus brefs délais.

M. EDUARDO ULIBARRI (Costa Rica) a insisté sur l’importance de trouver une issue pacifique, définitive et rapide à la question des « îles Malvinas » et a appelé l’Argentine et le Royaume-Uni à prendre part aux négociations.

M. LUIZ ALBERTO FIGUEIREDO MACHADO (Brésil) a fait observer que 2013 marque le 180e  anniversaire de l’occupation illégale des « îles Malvinas » par le Royaume-Uni.  Il a regretté que la question de la souveraineté des îles reste en souffrance et a réclamé une solution négociée au différend.  Il a ensuite donné lecture de la Déclaration spéciale des États membres du MERCOSUR qui a été adoptée à Brasilia le 7 décembre dernier.  Ce texte affirme notamment que la tenue du référendum ne modifie pas la question essentielle du différend et appelle le Royaume-Uni à reprendre les négociations.

M. Figueiredo Machado a ensuite commenté la situation coloniale spéciale des « Malvinas «  et a invalidé toute tentative d’insérer la question de l’autodétermination dans le débat.  Il a par ailleurs déploré que les négociations n’aient toujours pas repris malgré l’attitude constructive de l’Argentine.  Le représentant a reconnu les droits souverains de l’Argentine dans ce différend.

Reprenant la parole, le Ministre des affaires étrangères de l’Argentine a remercié les délégations pour leur soutien.  « C’est un honneur de voir l’intérêt exprimé pour cette question », a-t-il dit.  Les Nations Unies sont un recours qui fait vivre l’optimisme chez l’être humain face aux tragédies, a-t-il ajouté, avant de leur demander que soit exigé le retrait immédiat des sous-marins nucléaires britanniques stationnés dans l’Atlantique Sud.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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