À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, les délégations soulignent, à l’Assemblée générale, la nécessité de renforcer leur coopération dans le domaine de l’eau

22 mars 2013
AG/11347

À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, les délégations soulignent, à l’Assemblée générale, la nécessité de renforcer leur coopération dans le domaine de l’eau

22/03/2013
Assemblée générale
AG/11347
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Assemblée générale                                        

Dialogue interactif de haut niveau                        

sur la coopération dans le domaine de l’eau

matin & après-midi

À l’OCCASION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE L’EAU, LES DÉLÉGATIONS SOULIGNENT, À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE,

 LA NÉCESSITÉ DE RENFORCER LEUR COOPÉRATION DANS LE DOMAINE DE L’EAU

Plus de 90% des habitants de la planète

vivent dans des pays qui doivent partager leurs ressources en eau

« L’eau est vitale.  Les États Membres doivent coopérer afin de protéger cette ressource fragile », a exhorté, ce matin, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à l’occasion du Dialogue interactif de haut niveau de l’Assemblée générale sur la coopération dans le domaine de l’eau.

En cette Journée mondiale de l’eau*, dont l’ONU célèbre, cette année, le vingtième anniversaire, l’Assemblée générale organisait deux tables rondes consacrées à la coopération dans le domaine de l’eau.  Au cours des échanges de vues, de nombreux pays ont estimé que cette coopération est cruciale pour le développement durable, pour la lutte contre la pauvreté et pour l’égalité entre les sexes.

2013 a été proclamée « Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau » par l’Assemblée générale**.  Le thème de cette année a pour objectif de sensibiliser aux défis que représente la gestion des ressources en eau.  L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) est chargée, sur la base de son approche multidisciplinaire, d’organiser un grand nombre de manifestations.

Plus de 90% de la population mondiale vivent dans des pays qui doivent partager leurs ressources en eau avec leurs voisins, lesquelles sont concentrées dans des bassins hydrographiques transfrontaliers.  « C’est pourquoi la coopération dans le domaine de l’eau n’est plus un choix mais une nécessité », a souligné la Directrice de l’UNESCO, Mme Irina Bokova.  Elle s’exprimait par vidéoconférence depuis La Haye, aux Pays-Bas, où elle participait à un Forum de haut niveau, organisé à l’occasion de cette Journée mondiale.

À New York, la première table ronde du Dialogue de haut niveau, animée par le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, a examiné les défis et les possibilités en matière de coopération.  Les échanges de vues au sein de la deuxième table ronde, qu’animait la responsable scientifique de l’Institut de Stockholm pour l’environnement, Mme Annette Huber-Lee, ont exploré les moyens de répondre à ces défis, par le biais de la coopération, après 2015.

« Aujourd’hui, 780 millions de personnes dans le monde n’ont pas d’eau potable et 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement de base, en particulier des latrines, a rappelé le Vice-Secrétaire général. 

Depuis La Haye également, le Président d’ONU-Eau, M. Michel Jarraud, a estimé que la question de l’eau devrait être prioritaire dans l’Agenda pour le développement post-2015.  ONU-Eau est un mécanisme interorganisations, créé en 2003, pour promouvoir la cohérence et la coordination des initiatives du système des Nations Unies dans le domaine de l’eau. 

La population mondiale devrait augmenter de 2 à 3 milliards de personnes au cours des 40 prochaines années, entraînant ainsi une importante augmentation des besoins alimentaires.  Selon ONU-Eau, l’eau destinée à l’agriculture constitue la plus forte pression sur les ressources en eau douce de la planète. 

« Il faudrait des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour assurer un accès à des ressources hydriques à l’échelle mondiale », a estimé le Premier Ministre du Tadjikistan, M. Okil G. Okilov.

Dans ce contexte, de nombreuses délégations ont insisté, au cours de la table ronde du matin, pour que les questions de l’eau soient abordées de façon globale et avec un grand nombre d’acteurs. 

L’eau devrait être un objectif unique et spécifique du développement durable et de l’Agenda pour le développement post-2015, a insisté l’Afrique du Sud.  Le secteur privé, la société civile et les femmes devraient être associés à l’élaboration des politiques.  « Ce sont les femmes et les filles qui passent, chaque jour, de nombreuses heures à procurer de l’eau à leurs familles », a rappelé la Finlande.

L’organisation NetWater a proposé qu’une journée spéciale, qui serait organisée entre la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, et celle de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, soit proclamée « Journée internationale de la femme et de l’eau ».

L’Inde et la Chine ont fait remarquer qu’elles devaient, à elles deux, nourrir 38% de la population mondiale avec seulement 4% de ressources mondiales en eau douce, pour l’Inde, et 9% des terres arables mondiales pour la Chine. 

« Est-ce que nous allons, à l’avenir, nous battre pour l’eau ou est-ce que nous allons coopérer dans ce domaine? » a demandé le représentant de la Suisse.  La « diplomatie de l’eau », qui encourage une gestion équitable de cette ressource, est, a-t-il dit, devenue indispensable.

Dans l’après-midi, plusieurs délégations ont attiré l’attention sur les tensions et les risques de conflits potentiels liés à l’eau, et ce, dans de nombreuses régions du monde.  Au Burkina Faso, par exemple, la construction d’un barrage sur un fleuve transfrontalier suscite l’opposition de ses voisins.  « La coopération multilatérale et bilatérale doit aider les pays à résoudre leurs différends », a estimé sa Ministre de l’eau.  De son côté, la Slovénie a plaidé pour qu’un dialogue sur les bassins hydrographiques transfrontaliers soit engagé afin de faire de l’eau un facteur de coopération et de paix.

*A/RES/47/193

 **A/RES/65/154 et http://www.un.org/fr/events/worldwateryear/

DIALOGUE INTERACTIF DE HAUT NIVEAU DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SUR LA COOPÉRATION DANS LE DOMAINE DE L’EAU

Déclarations d’ouverture

M. VUK JEREMIĆ (Serbie), Président de la soixante-septième session de l’Assemblée générale, a rappelé que l’eau couvrait 70% de la surface de la Terre, en soulignant que cette « ressource » était indispensable à la vie de tous.  Il a précisé que le slogan choisi cette année pour marquer la Journée mondiale de l’eau, « L’eau, source de vie », souligne la nécessité pour l’ensemble de la planète de s’unir et de s’entendre sur la meilleure façon de renforcer la coopération en matière d’eau.  Il a fait observer que les sources en eau potable représentaient uniquement 4% des ressources hydriques de la planète et que des pressions croissantes sont exercées sur cette « ressource précieuse » en raison de la croissance démographique mondiale, du développement économique non durable et des changements climatiques.  En outre, la réalisation de l’ensemble des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à commencer par l’élimination de la pauvreté, ne peut se faire sans eau propre, ni assainissement, a ajouté M. Jeremić.

Cette question doit être la plus urgente de nos priorités, car la date butoir de 2015 approche à grande vitesse, a insisté le Président de l’Assemblée générale qui a ensuite dit attacher beaucoup d’importance à l’évènement spécial sur le suivi des efforts consacrés à la réalisation des OMD, prévu en septembre prochain en marge du débat général de l’Assemblée générale.  M. Jeremić a également appelé le Groupe de travail chargé d’élaborer les objectifs de développement durable post-2015, à se pencher sur les dimensions sociale, économique et environnementale de l’eau.  Comme le rappelle le Document final de la Conférence Rio+20, l’eau est au cœur du développement durable, a-t-il souligné.  M. Jeremić a ensuite indiqué qu’un débat thématique sera organisé, le 16 mai, à l’Assemblée générale sur le thème « Le développement durable et les changements climatiques: des solutions concrètes sur le lien entre l’énergie et l’eau ». 

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a estimé que les débats de ce Dialogue de haut niveau contribueraient aux discussions de la Conférence internationale de haut niveau sur la coopération dans le domaine de l’eau, qui aura lieu, en août, au Tadjikistan, ainsi qu’au Sommet sur l’eau qui se déroulera, en Hongrie, en octobre prochain. 

« L’eau est la vie.  Elle est vitale pour le bien-être des citoyens et de la planète.  C’est également un élément clef du développement durable », a souligné M. Ban, en rappelant qu’aujourd’hui, une personne sur trois vit dans un pays où la pression hydrique est modérée et qu’en 2030, près de la moitié de la population mondiale pourrait être confrontée à une pénurie en eau.  « C’est la raison pour laquelle nous devons coopérer pour protéger cette ressource fragile », a-t-il ajouté.

Le système des Nations Unies, à travers le mécanisme d’ONU-Eau et ses 30 pays membres, renforce la coopération dans ce domaine, tant au niveau mondial qu’au niveau local, a précisé le Secrétaire général.  Il en est de même des partenariats du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui encourage la conclusion d’accords de partage de l’eau, comme par exemple, dans le bassin du Nil.

M. Ban a ensuite mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coopération et l’innovation dans l’agriculture.  « Il faut réconcilier les exigences entre les besoins domestiques et industriels », a-t-il dit.  Son objectif « Défi Faim zéro », a-t-il indiqué, vise à promouvoir une agriculture pérenne, notamment par le partage des bonnes pratiques et d’une utilisation adéquate des ressources d’eau nécessaires.

Le Secrétaire général a regretté le peu de progrès enregistrés jusqu’ici en matière d’assainissement.  Tandis que nous sommes à moins de 1 000 jours de la date butoir pour l’achèvement des OMD, a-t-il fait remarquer, il est essentiel que la communauté internationale redouble d’efforts dans le domaine de l’eau et de l’assainissement.  Il a rappelé qu’hier, le Vice-Secrétaire général de l’ONU avait lancé un appel urgent à l’action dans le domaine de l’assainissement.  Environ 2,5 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à des services d’assainissement de base.  « Cette situation a un coût humain –on compte 4 500 décès d’enfants par jour résultant de ce problème-, a-t-il précisé, ainsi qu’un coût en matière de productivité. »  « L’eau est notre ressource commune.  Utilisons-la de manière intelligente et gaspillons moins », a-t-il insisté avant de conclure.

M. OKIL GHAYBULLOYEVICH OKILOV, Premier Ministre du Tadjikistan, a fait observer que trop de gens manquaient d’accès à l’eau potable et que ce serait très coûteux d’assurer l’accès d’une population à des ressources hydriques.  Il a estimé qu’il faudrait des investissements s’élevant à « plusieurs dizaines de milliards de dollars » pour répondre à ce problème à l’échelle mondiale.  M. Okilov a également insisté sur l’importance de veiller à l’usage rationnel et à la gestion intégrée des ressources hydriques.  Il s’est dit encouragé de constater qu’un nombre croissant de pays accordent une attention à ces questions.  Cependant, dans de nombreux cas, les plans nationaux de gestion des ressources hydriques n’ont pas été coordonnés avec les pays voisins.  Ils n’ont pas non plus été intégrés à des stratégies régionales et demeurent, de ce fait, inefficaces.  C’est pourquoi, le Premier Ministre du Tadjikistan a appelé à l’élaboration de stratégies de coopération et à la création de partenariats, non seulement entre les États, mais également entre différents secteurs économiques et les usagers des ressources en eau.

M. Okilov a ensuite attiré l’attention sur la situation dramatique de la région d’Asie centrale où la dégradation de la mer d’Aral a provoqué une détérioration de la situation économique, sociale et environnementale.  Cette situation, a-t-il ajouté, s’est aggravée par les effets des changements climatiques, notamment la fonte des glaciers.  Le Premier Ministre a rappelé qu’au cours des cinq dernières années, le Tadjikistan avait mis en œuvre une douzaine de projets pour améliorer l’accès de la population à l’eau potable.  Il a par ailleurs fait observer que 90% des catastrophes naturelles de la planète étaient liées à l’eau et que d’ici à 2025, les pays développés consommeront 50% d’eau supplémentaires, et les pays en développement 18%.  En outre, selon les prévisions, 1,8 milliard de personnes vivront dans des pays confrontés à une pénurie totale des ressources en eau et deux tiers de la population mondiale connaîtra également des contraintes liées au manque de ressources hydriques.

Avant de conclure, M. Okilov a émis l’espoir que la Conférence internationale sur la coopération en matière d’eau, qui se tiendra à Dushanbe du 20 au 22 août prochain, sera l’occasion d’adopter une nouvelle approche et une stratégie pour renforcer la coopération dans ce domaine, en plaçant l’eau au centre des objectifs de développement durable.

Intervenant par vidéoconférence depuis La Haye, aux Pays-Bas, Mme IRINA BOKOVA, Directrice générale de l’UNESCO, a résumé les temps forts des débats intervenus dans la capitale néerlandaise à l’occasion de la célébration de cette Journée mondiale de l’eau.  Elle a noté que la contribution du secteur privé, en particulier les partenariats avec celui-ci, avait été largement soulignée.  « Le secteur public est au cœur de l’innovation et sa contribution dans ce domaine est importante », a-t-elle rappelé.  Elle a ensuite précisé que les liens entre l’eau et la lutte contre la pauvreté, ainsi que les liens entre l’eau et l’ensemble des Objectifs du Millénaire pour le développement durable, en particulier ceux ayant trait aux questions des femmes et de l’égalité entre les hommes et les femmes, avaient très souvent été mentionnés.  Le Forum de haut niveau, organisé à La Haye, a également mis l’accent sur la coopération dans le domaine de l’eau.  « Plus de 90% de la population mondiale vivent dans des bassins hydrographiques transfrontaliers, et c’est pourquoi, a-t-elle souligné, la coopération n’est plus un choix mais une nécessité. »

Toujours depuis La Haye, M. MICHEL JARRAUD, Coprésident d’ONU-Eau, a tenu à rappeler que la question de l’eau était essentielle au développement durable et qu’elle devait donc être intégrée de manière prioritaire dans l’Agenda pour le développement post-2015.  Les délégations peuvent compter sur l’ensemble du système des Nations Unies pour garantir que les résultats en la matière soient les meilleurs possibles, a-t-il assuré.

M. RASHID AHMED BIN FAHAD, Ministre de l’environnement des Émirats arabes unis, a rappelé que son pays était situé dans une région aride, marquée par l’absence des pluies, de cours d’eau importants et de nappes aquatiques suffisantes.  Cette situation géographique s’accompagne d’autres défis comme la croissance démographique, a-t-il fait observer.  Dans ce contexte, l’insuffisance des nappes d’eau ne permet pas de répondre aux besoins dans le domaine de l’agriculture et d’assurer pleinement la sécurité alimentaire de la population.  Il est essentiel, a-t-il souligné, de rationaliser la consommation en eau et d’utiliser des techniques modernes pour mieux répondre à ces besoins. 

Le Ministre a aussi réaffirmé l’engagement de son pays en faveur de la coopération internationale pour une gestion plus efficace des ressources en eau.  Il a rappelé que les Émirats arabes unis avaient accueilli, en 2008, le Forum mondial de l’eau, et organisent actuellement la tenue de la Conférence mondiale sur le dessalement, prévue en 2015.  La coopération internationale est cruciale pour assister les pays confrontés à des défis dans le domaine de l’eau, dont la majorité sont des pays en développement, qui ne disposent pas des moyens matériels et humains nécessaires pour assurer la gestion de cette ressource.  « La coopération n’est pas une option mais une nécessité », a-t-il dit, en prévenant que tout retard dans ce domaine aura un coût énorme, à la fois financier et humain.

« L’eau est un don précieux à la Terre nourricière, à l’humanité et à la nature », a déclaré d’emblée M. JOSÉ ZAMORA, Ministre de l’environnement et de l’eau de la Bolivie.  Il a dénoncé le fait qu’à l’heure actuelle, 884 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et que plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à des conditions d’hygiène de base.  Il a assuré que la Constitution de la Bolivie garantissait le droit à l’eau et que, grâce aux efforts de son gouvernement, l’accès à l’eau potable avait été étendu à plus d’un million de personnes au cours des six dernières années.  En 2012, le pays a réalisé l’Objectif du Millénaire consacré à l’accès à l’eau potable, s’est-il félicité, tout en reconnaissant qu’il restait cependant encore « beaucoup à faire » en matière d’assainissement.  La Bolivie s’est donc fixée pour objectif d’assurer un accès universel à des services d’assainissement de base d’ici à 2025.  Le Ministre a ensuite insisté sur l’importance de renforcer la coopération internationale en matière d’eau ainsi que la législation et les politiques publiques pertinentes.

Pour que l’eau soit un véritable bien public, a déclaré M. Zamora, il faudrait que cette ressource soit assurée au niveau local et mettre l’accent sur la gestion transparente des services responsables.  Outre le contrôle et la gestion de l’eau, le Ministre a engagé les États Membres à prendre en compte la « culture de l’eau » des différentes communautés et populations.  Il a estimé qu’il était important de promouvoir une solidarité et la coopération pour mieux gérer les ressources hydriques.  M. Zamora a également insisté sur la nécessité de privilégier la coopération communautaire et la participation sociale plutôt que le capital.  Si l’objectif était de garantir un développement durable, a-t-il fait observer, toutes les expériences en matière de privatisation de l’eau avaient échoué.  L’« exploitation capitaliste », a-t-il dit, n’est pas compatible avec une gestion durable des ressources en eau.  Dans le cadre d’une telle exploitation, les systèmes de coopération ne peuvent pas fonctionner car, au lieu d’assurer une bonne gestion de ces ressources, ils se limitent à les fournir.  Lorsque les investissements privés représentent plus d’importance que la vie des êtres humains, la population risque alors de sombrer dans la pauvreté, a-t-il affirmé. 

Le Ministre a cité en exemple son propre pays où les organismes financiers internationaux ont tenté, à une époque, de promouvoir la privatisation de l’eau.  Une telle expérience ne doit pas être renouvelée, a insisté M. Zamora, qui a par ailleurs mis en garde les États Membres contre toute tentative de promouvoir de nouveau la privatisation de l’eau en recourant à des traités de libre échange.  L’eau n’est pas un commerce mais un droit et c’est pourquoi, cette ressource ne doit pas être limitée qu’à un petit groupe de pays et de populations au détriment de tous les autres, a-t-il souligné.  « C’est la société et l’État, et non pas les marchés, qui pourront garantir le droit fondamental à l’eau », a-t-il rappelé en conclusion.

Mme MAMOUNATA BELEM/OUÉDRAOGO, Ministre de l’eau, des aménagements hydrauliques et de l’assainissement du Burkina Faso, a déclaré que le succès de l’Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau et de la Journée mondiale de l’eau dépendrait de l’implication et des engagements d’un grand nombre d’acteurs, en particulier les enfants, les jeunes, les femmes, les secteurs économiques, la société civile, les organisations internationales et les organismes de financement internationaux.  « C’est l’affaire de tous », a-t-elle souligné.  « Nous devons nous engager plus que jamais pour que la ressource que constitue l’eau fasse l’objet d’une gestion qui intègre les besoins des différents usagers et la disponibilité de la ressource dans un esprit d’équité et de durabilité », a-t-elle insisté.   

Au Burkina Faso, a précisé Mme Ouédraogo, la création de l’Agence de l’eau du bassin du Nakanbé, en 2007, a permis d’engager les acteurs de l’eau à une gestion concertée, intégrée, équilibrée et durable des ressources en eau du bassin.  L’Agence vise également à mieux satisfaire les besoins de tous les usagers de cette ressource.  Depuis toujours, l’eau est la cause d’innombrables conflits, qui peuvent surgir à tout moment, a fait remarquer la Ministre.  C’est pourquoi, il est essentiel que cette ressource fasse l’objet d’une gestion quantitative et qualitative « efficace, exigeante dans ses objectifs et pragmatique dans ses moyens ».  Elle a également souligné que le Burkina Faso avait toujours besoin du soutien de la communauté internationale, notamment pour progresser davantage vers une déconcentration des services de gestion de l’eau afin d’adopter une gestion plus dynamique par le biais d’une approche holistique qui établirait un équilibre avec les demandes concurrentes.

M. FEDERICO RAMOS DE ARMAS, Secrétaire d’État pour l’environnement de l’Espagne, a indiqué qu’en Afrique et en Asie, les femmes devaient parcourir, en moyenne, six kilomètres par jour pour pouvoir approvisionner leur famille en eau.  Il a également fait observer que le prix moyen payé par les habitants de certaines agglomérations pour s’approvisionner en eau était parfois 10 fois supérieur au prix payé par les habitants des grandes métropoles telles que Londres ou New York.  Se voulant néanmoins optimiste, il a estimé que la communauté internationale n’avait jamais disposé d’autant de données et de connaissances sur la gestion de l’eau pour lui permettre de répondre à ce problème.  Il a ensuite insisté sur l’importance que revêt la coopération internationale et a appelé l’ONU à jouer un rôle important en la matière.  Toute la population doit avoir un accès suffisant et universel à l’eau et à l’assainissement, a-t-il insisté.

M. Ramos de Armas a ensuite rappelé que son gouvernement avait créé, en 2008, le Fonds de coopération pour l’eau et l’assainissement, lequel avait contribué, depuis sa création, à la mise en œuvre de nombreux programmes en Amérique latine.  Il a également cité la tenue de la Conférence des directeurs ibéro-américains chargés de la gestion de l’eau qui avait permis d’établir un mécanisme de coopération en matière de gestion de l’eau, associant les secteurs public et privé.  Un programme de formation avait également été lancé en 2007.  M. Ramos de Armas a ensuite indiqué qu’une autre rencontre aura lieu, en septembre prochain au Portugal, pour définir les moyens de renforcer les capacités dans ce domaine.  L’Espagne, a-t-il rappelé, dispose d’une vaste expérience en matière de gestion en eau, notamment pour la désalinisation de l’eau de mer.  Pour qu’il y ait une croissance économique, il faudrait garantir l’accès universel à l’eau en toute sécurité, a-t-il estimé.

Table ronde: « Préparer le terrain – Difficultés, défis et possibilités en matière de coopération dans le domaine de l’eau »

Avant d’animer ce dialogue, M. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général de l’ONU, a expliqué que, lorsqu’il était Président de l’Assemblée générale, il avait l’habitude de lever le verre d’eau qui était déposé sur son pupitre pour rappeler que l’eau douce qu’il contenait était un luxe.  Aujourd’hui, 780 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement de base, en particulier des latrines, a-t-il regretté.

M. ZAFAR ADEEL, Directeur du Réseau international pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations Unies, a expliqué que les travaux de ce Réseau établissaient un lien clair entre la sécurité hydrique et le développement durable, ainsi qu’avec la nutrition, la faim et la sécurité énergétique.  « Nous considérons qu’un excellent point de départ pour l’Agenda pour le développement post-2015 serait d’envisager la sécurité hydrique comme un objectif de développement durable », a-t-il dit.  Par ailleurs, ONU-Eau suggère que la sécurité hydrique soit inscrite à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.  L’ONU, a-t-il estimé, devrait renforcer les capacités de ses organes et programmes en la matière, et appuyer les efforts des États en vue de parvenir à la sécurité hydrique.

M. BALÁZS MEDGYESY, Commissaire gouvernemental pour la Stratégie de l’Union européenne pour la région du Danube, a expliqué que le Danube était le bassin hydrographique international de la planète qui subit le plus l’impact négatif des changements climatiques.  Il a fait observer que la gestion de l’eau représentait un défi important.  C’est pourquoi, il faudrait établir des systèmes de planification fiables.  Il a ensuite expliqué que la Stratégie de l’Union européenne repose sur l’intensification des efforts bilatéraux et multilatéraux déployés pour renforcer la gestion des cours d’eau à l’échelle européenne.  Les États membres de l’Union européenne doivent notamment harmoniser leurs politiques nationales dans ce domaine, a-t-il indiqué.  M. Balázs a précisé que la Stratégie accordait une place centrale à l’innovation afin de rechercher une solution qui puisse répondre à toutes les pénuries possibles.  Il n’y a pas d’alternative à la coopération dans le domaine de l’eau et, c’est pourquoi, il est important d’encourager une bonne gouvernance des services chargés de cette ressource.

Mme USCHI EID, Vice-Présidente du Conseil consultatif du Secrétaire général des Nations Unies sur l’eau, a recommandé un examen plus approfondi des questions liées à l’eau, en tenant compte des interactions qui existent entre l’eau, l’alimentation et l’énergie.  Elle a fait remarquer que les demandes mondiales en ressources en eau continuaient d’augmenter.  « En 2030, si cette courbe ascendante se maintient, la planète sera privée de 40% des réserves en eau.  C’est pourquoi, il faudrait veiller à prendre des décisions en connaissance de cause », a-t-elle insisté.  « Nous ne pouvons pas ignorer l’incidence de nos politiques sur d’autres secteurs -  Il faut, dès maintenant, mettre un terme au gaspillage de cette ressource et de celle de l’alimentation », a-t-elle dit.  Pour y parvenir, il faudrait améliorer la cohérence des politiques, en particulier au sein des Nations Unies.  Elle a notamment suggéré la mise en place d’un système de coordination entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ONU-Eau et le Conseil consultatif du Secrétaire général sur l’eau.  Elle a aussi proposé l’établissement d’indices innovants qui permettraient notamment de comparer l’utilisation de l’eau pour la production énergétique avec celle de l’eau à d’autres fins.

Dialogue interactif

Au cours de cet échange de vues, une douzaine de délégations ont souligné la nécessité d’aborder les questions de l’eau de façon globale et de faire participer un grand nombre d’acteurs à l’élaboration des mesures qui seraient prises pour assurer une gestion efficace de cette ressource.  Il faudrait, ont-elles estimé, adopter une approche en faveur de la rationalisation et de la coopération.

« La gestion de l’eau doit être abordée aux niveaux local, national, régional et mondial, en y impliquant tous les acteurs, y compris le secteur privé et le monde académique », a insisté la représentante de l’Afrique du Sud.  La gestion efficace de l’eau pour que chacun puisse y avoir accès devrait, a-t-elle dit, constituer un des objectifs de développement durable.  L’Afrique du Sud est largement concernée par les questions liées à la gestion de l’eau, a-t-elle expliqué, car le pays doit veiller, au quotidien, à une bonne utilisation des ressources, en particulier par les différentes industries nationales, avec en tête le secteur minier.

La Finlande, qui s’exprimait au nom des pays nordiques, a mis l’accent sur le rôle des organisations non gouvernementales, ainsi que sur la contribution des groupes les plus vulnérables à l’élaboration du programme de développement post-2015.  Son représentant a rappelé que les femmes et les filles devraient absolument être prises en compte.  « Ce sont elles qui passent, chaque jour, de nombreuses heures à procurer de l’eau à leurs familles », a-t-il rappelé.  Son homologue de la Suisse a mis en évidence l’initiative de « La Paix Bleue » et sa notion de la « diplomatie de l’eau », qui encourage la gestion équitable de cette ressource.  C’est une question clef pour la région du Moyen-Orient et celle de l’Asie centrale, où le niveau de l’eau des grands fleuves a décliné de 50% entre 1960 et 2010.  « Est-ce que nous allons, à l’avenir, nous battre pour l’eau ou pour coopérer », a-t-il demandé. 

« Le droit à l’eau découle des droits de l’homme et du droit à une vie digne et saine », a insisté le représentant de l’Union européenne, en rappelant que 780 millions d’individus dans le monde n’ont toujours pas accès à l’eau potable.  « 60% de la surface de l’Union européenne étaient situés dans des bassins fluviaux transfrontaliers, comme le Danube ou le Rhin », a-t-il expliqué.  C’est dans ce contexte que l’Union européenne a lancé une initiative de coopération par laquelle les États membres ont pris des engagements très importants.

Le représentant de l’Ouzbékistan a ensuite exposé différents problèmes sociaux, démographiques et économiques provoqués par l’assèchement de la mer d’Aral, en Asie centrale.  Face à cette situation, son pays a dû prendre différentes mesures de gestion de l’eau.  Il a affirmé que la culture du coton, par exemple, n’occupait plus que 25% des cultures irriguées dans le pays.

« L’Inde doit nourrir environ 17% de la population mondiale avec seulement 4% des ressources en eau douce », a expliqué son représentant.  Dans ce contexte, il a plaidé pour l’établissement concerté d’un objectif de rationalisation de l’eau et qui serait fixé à 20%.  « La Chine ne dispose que de 9% des terres arables du monde mais entretient 21% de la population mondiale », a renchéri sa représentante, qui a aussi souligné l’importance d’une coopération internationale en matière de sécurité alimentaire.  Intervenant à son tour, l’Observateur de l’État de la Palestine a aussi mis l’accent sur la coopération.  Il a cependant fait remarquer qu’Israël utilisait le comité créé à cet effet pour renforcer son occupation et obtenir plus de 80% des eaux souterraines du territoire palestinien.

De son côté, le représentant de l’Allemagne a expliqué que son pays était un important bailleur de fonds bilatéral, avec près de 600 millions de dollars consacrés à des projets dans le domaine de l’eau.  Il a annoncé que l’Allemagne comptait introduire dans le cadre des travaux de la Troisième Commission -chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles- un projet de résolution sur l’assainissement visant à appuyer le mandat du rapporteur spécial sur cette question dans le cadre des objectifs pour l’après-2015.

Les représentants du Mexique et de Singapour se sont également exprimés au cours de ce dialogue.  Un responsable de l’ONG « Toilet Hackers » a réaffirmé, pour sa part, le rôle du secteur privé dans le bon fonctionnement des infrastructures d’assainissement.

Résumant cet échange de vues, la Vice-Présidente du Conseil consultatif du Secrétaire général sur l’eau a estimé, à l’instar de l’Afrique du Sud, que l’eau devrait être un objectif de développement unique et spécifique.  Elle a insisté sur les économies d’eau et le recyclage. 

Le Commissaire gouvernemental pour la Stratégie de l’Union européenne pour la région du Danube, a précisé que 11 domaines prioritaires avaient pu être établis dans le cas du Danube et que les 14 pays concernés pouvaient ainsi définir un agenda pour le développement et des stratégies transversales.

Le représentant du Réseau international pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations Uniesa, quant à lui, encouragé les délégations à consulter le site Internet d’ONU-Eau*, en particulier les notions concernant la sécurité hydrique. 

Clôturant ce dialogue interactif, le Vice-Secrétairegénéral de l’ONU a rappelé que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) contenaient des aspects transversaux.  « L’accélération des efforts en matière d’eau aura un effet sur l’ensemble des objectifs », a-t-il affirmé.

Table ronde 2: « Explorer les propositions, les stratégies et les solutions coopératives pour l’après-2015 »

« La coopération en matière de gestion des ressources en eau peut contribuer, indéniablement, à assurer à chacun l’accès à l’eau potable, a déclaré d’emblée la modératrice de cette deuxième table ronde.  La Directrice du Centre Asie et responsable scientifique à l’Institut de Stockholm pour l’environnement, Mme ANNETTE HUBER-LEE, a insisté sur une « véritable collaboration » entre gouvernements, secteur privé et société civile.  Elle a estimé qu’il faudrait apprendre à agir grâce à des réseaux, à partager les expériences et à échanger l’information, afin de mieux répondre aux défis qui se posent.

Mme KUSUM ATHUKORALA, Présidente de l’organisation NetWater, a estimé que les efforts à entreprendre dans le cadre de l’Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau devraient être axés sur la bonne gouvernance et le renforcement des capacités.  Pour garantir une justice sociale et plus d’équité en matière de gestion des ressources en eau, il faudrait, a-t-elle souligné, disposer de davantage de données sur l’eau, en particulier des statistiques ventilées par sexe.

Cette Année internationale exigera de nouvelles stratégies, a-t-elle estimé, en mettant l’accent sur le rôle des femmes et des jeunes sur ces questions.  Mme Athukorala a regretté cependant que les investissements qui encouragent la participation des jeunes et des femmes aux initiatives sur l’accès à l’eau restent insuffisants.  Elle a proposé qu’une journée spéciale, qui serait organisée entre la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, et celle de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, soit proclamée « Journée internationale de la femme et de l’eau ».

M. JEREMY BIRD, Directeur général de l’Institut international de gestion de l’eau, a appelé à l’élaboration d’un objectif de développement durable spécifique à l’eau et a engagé les États Membres à lutter contre la pénurie d’eau.  Il faudrait également mettre l’accent sur la dignité humaine, par le biais, notamment, de la construction de toilettes et autres installations sanitaires, a estimé le panéliste.  Ce dernier a aussi attiré l’attention sur l’importance de traiter les fosses sceptiques, en rappelant qu’en Inde, 80% de la pollution en surface était liée à des défaillances dans ce domaine.

Pour le panéliste, il convient de se pencher sur la question des déchets dans son ensemble et de ne pas se limiter à examiner la seule question de l’assainissement.  M. Bird a également parlé des revers que peuvent provoquer les changements climatiques sur les familles cherchant à s’extirper de la pauvreté.  Les gouvernements doivent prendre les mesures nécessaires pour combattre la dégradation de l’environnement et procéder à une collecte d’indicateurs « pratiques ».  Répondant à une question de la modératrice concernant les pertes d’écosystème qui risquent de se produire pendant l’irrigation des champs, M. Bird a indiqué que les méthodes traditionnelles utilisées par les populations autochtones en la matière étaient très utiles pour parvenir aux solutions concernant la question de l’eau.

Mme KARIN KRCHNAK, du Fonds mondial pour la nature (WWF-États-Unis), a estimé que la gestion des nappes aquifères devrait prendre en compte l’équilibre délicat qui existe entre les besoins à satisfaire et les écosystèmes à préserver.  Elle doit aussi prendre en compte les activités liées à ces ressources.  En matière de pêche, par exemple, elle a fait remarquer que des millions de personnes dans le monde dépendaient de cette activité pour survivre.  Elle a ensuite mis l’accent sur la création de partenariats visant à améliorer la gestion des ressources en eau douce.  Les ONG, les entreprises privées et les organismes gouvernementaux doivent joindre leurs efforts pour trouver une solution aux problèmes liés à la question de l’eau, a-t-elle insisté.  Ils doivent également, a-t-elle ajouté, établir des objectifs clairs pour assurer une gestion efficace des ressources en eau, et pour définir des indicateurs précis dans ce domaine. 

Pourquoi ne parvient-on pas à passer des paroles aux actes? a demandé la Directrice de l’eau à la Banque mondiale, Mme JULIA BUCKNALL.  Les États privilégient actuellement la politique de l’autruche et refusent de reconnaître que nous sommes en train de consommer notre épargne d’eau douce, a-t-elle regretté.  Elle a également noté que les personnes qui souffrent le plus du manque de services en eau peuvent difficilement se faire entendre.  La panéliste n’a pas caché son indignation devant le fait que dans certains villages en Inde, par exemple, des gens sont équipés d’iPads, alors qu’ils ne disposent pas des services d’assainissement de base.

Mme Bucknall a ensuite fait observer que les normes de sauvegardes actuelles avaient été établies en Europe du Nord à une époque où les ressources en eau étaient abondantes et où la population mondiale n’était que de deux milliards.  Elle a ainsi préconisé d’établir un seul indicateur qui pourrait s’appliquer partout dans le monde, que la région soit aride ou pluvieuse et que les autorités disposent de suffisamment d’équipements ou non.  L’indicateur unique souhaité par Mme Bucknall permettrait de déterminer combien de personnes vivent dans des régions de bassins surexploités et de s’assurer que l’eau tirée de ces bassins ne dépasse pas le niveau d’eau qui y est déversé.

M. JASON MORRISON, Directeur technique de l’initiative « CEO Water Mandate » du Pacte mondial, a assuré que les entreprises avaient pris conscience de la nécessité d’agir dans le domaine de la gestion de l’eau.  « L’eau fait partie des cinq principaux facteurs de risques matériels pour les entreprises », a-t-il précisé.  Le panéliste a expliqué qu’une entreprise qui utilise l’eau de manière très efficace et autonome dans le cadre de ses activités peut très bien opérer dans un bassin versant où la gestion des ressources n’est pas assurée de manière efficace.  Il a illustré son point de vue par le cas d’une entreprise sud-africaine qui utilisait, chaque jour, 18 millions de litres d’eau pour ses activités.  L’entreprise a constaté qu’en investissant dans les capacités de gestion du bassin versant où elle opérait, elle pouvait économiser l’eau et en utiliser deux fois moins qu’auparavant.

Dialogue interactif

L’échange de vues qui a suivi a été l’occasion pour les délégations d’insister sur la nécessité de faire figurer la question de l’eau au centre des politiques de développement à venir, mais également sur l’importance que revêt la coopération internationale en matière de gestion des ressources hydriques.  Plusieurs délégations ont par ailleurs attiré l’attention sur les différends entre États pouvant résulter de l’utilisation des ressources que renferment les bassins hydrographiques transfrontaliers.  La question de la sécurité humaine a également été soulevée à plusieurs reprises.

Le représentant de la Turquie a noté que les pressions exercées sur les bassins hydrographiques transfrontaliers avaient tendance à augmenter du fait des pénuries croissantes en eau douce.  Un dialogue sur les bassins hydrographiques transfrontaliers s’impose afin de faire de l’eau un facteur de coopération et de paix, a renchéri le représentant de la Slovénie, qui a estimé qu’une bonne gestion de l’eau avait un « potentiel immense » en matière de règlement de conflit.

En la matière, la Ministre de l’eau et de l’assainissement du Burkina Faso a cité en exemple l’opposition d’un « pays voisin » à la construction d’un barrage sur un fleuve transfrontalier, que réclamait pourtant la population burkiné.  La coopération multilatérale et bilatérale doit pouvoir jouer dans ce type de situation pour aider les pays à résoudre leurs différends, a estimé la Ministre.  Rappelant, de son côté, le détournement du cours des fleuves Tigre et Euphrate et l’impact que cela avait eu sur son pays, le représentant de l’Iraq a appelé à l’élaboration d’un cadre juridique international pour gérer les cours d’eau internationaux dont l’ampleur et le débit, a-t-il expliqué, peuvent être gravement affectés par la construction de barrages en amont.

« Ce qu’il nous faut, c’est une véritable diplomatie de l’eau », a commenté à son tour le représentant de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui a par ailleurs fait observer que la technologie occupait une place de choix dans toutes les initiatives liées à la bonne gestion de l’eau.

Le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a misé sur l’adoption d’approches créatives.  L’éducation et le renforcement des capacités revêtent par ailleurs une importance notable si l’on souhaite répondre à l’ampleur des défis qui se posent, a-t-il ajouté.  Il faudrait, toutefois, encourager des changements de comportement culturel car l’éducation, à elle seule, ne suffit pas, a réagi la panéliste du Sri Lanka qui a fait observer que dans certains villages, les toilettes sont parfois utilisées comme grange à riz ou étable pour des chèvres.

À cet égard, une représentante de la société civile a appelé les États Membres à fixer la date butoir de 2030 pour assurer l’accès de tous à l’hygiène et à l’assainissement.  Ce sont ces deux questions qui auront le plus d’impact sur la vie des défavorisés, a-t-elle notamment fait observer.

À son tour, la représentante de la Géorgie a attiré l’attention sur la nécessité de mettre un terme à la mauvaise gestion des systèmes municipaux de gestion des déchets, tandis que son homologue de la Jordanie a insisté sur la nécessité d’optimiser les ressources hydriques en élaborant de bonnes politiques d’offre et de demande qui sachent tenir compte de l’incidence des ressources hydriques et alimentaires.

Le représentant du Brésil a mis en avant, de son côté, l’importance du partage des expériences alors que son homologue du Kirghizistan a appelé à l’adoption de mesures qui puissent bénéficier aux pays en développement et a estimé que l’énergie hydroélectrique avait le potentiel de résoudre les problèmes que connaît sa région.  La Directrice du Fonds mondial pour la nature a insisté, pour sa part, sur l’importance du cofinancement de projets de gestion en eau.

Si cela est vrai, il faut cependant convaincre, d’abord, des décideurs d’investir dans les bassins versants et dans les technologies propres et de mettre un terme aux investissements dans les projets pétroliers qui sont à l’origine de nombreux problèmes liés à la pollution des eaux, a fait remarquer la représentante de l’ONG Water Keeper Alliance.

S’inquiétant quant à lui de l’impact négatif des changements climatiques sur l’avenir de la côte ouest de l’Afrique, le représentant du Bénin a appelé les États Membres à investir dans la promotion et la construction d’habitats humains viables.

La notion de sécurité humaine semble emboiter le pas à celle de développement durable, a commenté le représentant du Maroc, qui s’est demandé s’il n’y a pas là un risque de porter un coup à la substance même des objectifs du développement durable.  Le Directeur général de l’Institut international de gestion de l’eau a estimé, pour sa part, que plusieurs aspects du développement durable prennent déjà en compte cette question de sécurité, en particulier la sécurité alimentaire.

Clôturant cet échange interactif, le Président de l’Assemblée générale, M. VUK JEREMIĆ, a souhaité que les consultations des États Membres sur l’eau permettent de définir un objectif de développement durable pour l’eau.  L’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène doit, a-t-il insisté, être une priorité pour tous.  Il a évoqué le rôle que peuvent jouer les femmes et les populations autochtones en la matière.  M. Jeremić a également indiqué qu’il était nécessaire de renforcer les liens entre l’eau, l’agriculture et l’alimentation, avant d’appeler à une plus grande cohésion des politiques adoptées.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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