CNUCED XIII: l’objectif agréé par le Programme d’action d’Istanbul de sortir 24 pays de la catégorie des PMA d’ici à 2020 est réalisable, mais l’accompagnement après reclassement pose problème

24 avril 2012
TAD/2056

CNUCED XIII: l’objectif agréé par le Programme d’action d’Istanbul de sortir 24 pays de la catégorie des PMA d’ici à 2020 est réalisable, mais l’accompagnement après reclassement pose problème

24/04/2012
Conseil économique et social
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CNUCED XIII: L’OBJECTIF AGRÉÉ PAR LE PROGRAMME D’ACTION D’ISTANBUL DE SORTIR 24 PAYS DE LA CATÉGORIE DES PMA D’ICI À 2020 EST RÉALISABLE,

MAIS L’ACCOMPAGNEMENT APRÈS RECLASSEMENT POSE PROBLÈME

(Publié tel que reçu)

DOHA, QATAR, 24 avril -- Le Programme d’action d’Istanbul pour les pays les moins avancés (PMA), couvrant la décennie 2011-2020, est-il trop ambitieux?  Non, la sortie de la catégorie des PMA d’ici à 2020 est tout à fait réalisable, ce sont plutôt les mesures d’accompagnement après reclassement qui posent problème, ont déclaré aujourd’hui le Botswana et le Cap-Vert, pays sortis de la liste des PMA respectivement en 1994 et en 2007.  Ces deux États participaient à la Réunion spéciale de haut niveau organisée aujourd’hui dans le cadre de la treizième session de la CNUCED, qui se tient jusqu’au 26 avril à Doha, au Qatar.

Réunis à Istanbul, en mai 2011, les chefs d’État et de gouvernement ont, pour la première fois, après trois Conférences décennales des Nations Unies sur les pays les moins avancés, mis particulièrement en exergue la nécessité d’assurer le développement de l’appareil productif des PMA, leur transformation structurelle, et l’objectif consistant à permettre à la moitié d’entre ces pays de sortir de cette catégorie d’ici à 2020.  Reconnaissant les problèmes qui se posent aux PMA sortis de la liste (graduation), le Programme d’action d’Istanbul souligne aussi que les mesures et avantages associés au statut de PMA doivent être supprimés graduellement, de manière à assurer aux pays gradués une stratégie de transition sans heurt.

Avant le reclassement

Au regard de l’état actuel de l’économie mondiale et des perspectives d’avenir peu encourageantes, est-ce réaliste de vouloir reclasser 20 PMA d’ici à 2010, sachant qu’étant aujourd’hui 48 alors qu’ils étaient 25 en 1971, ces pays se distinguent par un revenu par habitant de moins de 750 dollars sur trois ans, par un retard sérieux en matière de développement humain et par une forte vulnérabilité économique?  Pour être éligibles au reclassement d’ici à 2020, les pays figurant sur la liste des PMA devront avoir atteint un taux de croissance d’au moins 7%. 

Se déclarant heureux que l’on parle si clairement de la question du reclassement des pays membres de la catégorie des PMA, le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), M. SUPACHAI PANITCHPAKDI, a avoué que lorsqu’il a commencé à parler de graduer des pays de la catégorie des PMA, à son arrivée à la tête de la CNUCED, « on le regardait bizarrement ».  Les PMA eux-mêmes, a-t-il révélé, craignaient de perdre leurs avantages inhérents à leur classification.

Ces pays bénéficient en effet de traitements commerciaux préférentiels, comme ceux que leur accorde l’initiative de l’Union européenne « Everything but Arms » (« Tout sauf les armes »); de financements concessionnels et d’un statut prioritaire s’agissant de l’assistance technique.

« Il ne faut pas réfléchir de cette manière », a conseillé le Secrétaire général de la CNUCED, arguant que depuis la dernière décennie, de nombreux PMA sont bien plus compétitifs que par le passé et ont progressé dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a préconisé que, pour aller plus loin, le développement des entreprises, la diversification de l’économie, l’amélioration des mécanismes de soutien internationaux qui doivent aller au delà de l’accès aux marchés et viser le renforcement des capacités commerciales des PMA, et enfin, l’amélioration de leur faculté à mettre effectivement en œuvre leurs politiques de développement.

Au cours des 16 dernières années, huit anciens PMA ont été proposés pour reclassement.  Seuls deux sont allés jusqu’au bout: le Cap-Vert et les Maldives.  Samoa, Tuvalu, Vanuatu et la Guinée équatoriale ont été considérés, mais n’ont pas encore été reclassés.  Depuis que le Botswana a quitté la catégorie des PMA en 1994, les pays qui sont sur le point de suivre son exemple sont soit des petits États insulaires en développement, dont l’économie est tirée par le secteur du tourisme, soit des pays producteurs de pétrole.  Ces deux secteurs devraient être promus dans les autres PMA, a estimé le Secrétaire général de la CNUCED.

CHEICK SIDI DIARRA, Haut-Représentant pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, a appelé à la prudence.  Avec la crise actuelle, les PMA pourraient voir leurs exportations et l’aide publique au développement (APD) qui leur est accordée baisser.  Un autre obstacle tient à leur manque de transformation structurelle, sans compter les politiques de subventions agricoles pratiquées dans les pays du Nord qui elles aussi leur portent atteinte.  Il est cependant vrai que, fort de leur redressement économique, plusieurs PMA mettent en place une vision de développement à long terme, visant le reclassement d’ici 15 à 20 ans, voire la réalisation d’un statut de pays émergent, a noté M. Diarra.

« Je vous assure que nous avons l’ambition de sortir de la catégorie des PMA et de devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2020 », a confirmé  M. FRANÇOIS KANIMBA, Ministre du commerce et de l’industrie du Rwanda.  « Tout est en place pour que notre ambition prenne forme », a-t-il affirmé, en imputant ce succès à l’appui international, à un train de réformes exhaustif et à la création d’un environnement propice aux investissements.  Au cours de la dernière décennie, l’économie rwandaise a connu une croissance soutenue de 8% par an, et celle des cinq dernières années indique que cette croissance s’accélère.  Les indicateurs ont montré qu’un million de personnes sont sorties de la pauvreté, s’est félicité le Ministre.  L’objectif de croissance du Rwanda est désormais de 11,5% par an jusqu’à l’horizon 2020.  « Ce sera difficile à atteindre, mais c’est faisable », a-t-il assuré, en parlant du Rwanda comme étant un pays enclavé dont le grand défi reste les infrastructures.  Le pays compte ainsi lancer un projet ferroviaire d’une grande ampleur, a confié le Ministre, en lançant un appel aux capitaux publics et privés pour aider les pays d’Afrique de l’Est à concrétiser ce rêve. 

L’autre difficulté, a poursuivi le Ministre, tient aux compétences et aux capacités qui sont donc la priorité des priorités.  C’est la raison pour laquelle le Rwanda consacre plus de 50% de son budget à l’éducation, en particulier à la formation aux nouvelles technologies.  Déjà aujourd’hui, de nouvelles entreprises, fort actives dans ce domaine se multiplient au Rwanda qui fait partie des pays en développement ayant réussi à faire beaucoup en termes d’éducation, de santé et autres indicateurs sociaux, comme l’intégration de la dimension sexospécifique.  En la matière, le Rwanda est en avance, a affirmé le Ministre.

Mais, a-t-il reconnu, l’économie rwandaise est toujours trop dépendante des produits de base; l’agriculture représentant 40% du produit intérieur brut (PIB).  Le Gouvernement a la ferme intention de diversifier cette économie et a d’ailleurs mis en place trois stratégies visant cette diversification, la compétitivité des petites et moyennes entreprises (PME), et le développement industriel.  La question à résoudre étant celle de la valeur ajoutée, des mesures ont déjà été prises dont la mise en place d’un dialogue avec les grands acheteurs de thé et de café rwandais.  Le Rwanda compte aussi développer son secteur du tourisme, qui progresse déjà de manière satisfaisante, et qui devrait être le moteur de la croissance dans les années à venir.  Des transformations s’opèrent également dans le secteur agricole qui subit une modernisation rapide.  « Le Rwanda sait que quitter la catégorie des PMA est une tâche ardue, mais la croissance est de notre côté, et nous demandons à la CNUCED de nous aider à réaliser notre rêve », a ajouté le Ministre. 

Au Bangladesh, nous avons travaillé d’une autre manière, a quant à lui indiqué M. MOHAMED MIJARUL QUAYES, Vice-Ministrebangladais des affaires étrangères.  Le Gouvernement, qui a fixé des stratégies à court, moyen et long termes, a choisi l’échéance de 2021 pour sortir de la catégorie des PMA et a pris les mesures qui s’imposent bien avant la Conférence d’Istanbul, a-t-il indiqué.  Quand on parle de reclassement, a estimé le Vice-Ministre, il faut savoir si nous sommes tous sur la même longueur d’onde, car les défis du développement sont mouvants.  Quand on a fixé les OMD en 2000, on ne s’attendait pas à ce que les changements climatiques deviennent une question urgente, tout comme on ne prévoyait pas non plus une crise financière et économique d’une telle ampleur.  Aussi, les efforts pour graduer de la liste des PMA sont-ils constamment redéployés vers d’autres défis.  Ce qu’il faut aujourd’hui, a tranché le Vice-Ministre, c’est de faire en sorte que ces défis du développement soient bien intégrés par les pays développés, car à la fin, que voulons-nous?  Revenir au point actuel dans 10, 20 ou 30 ans encore?  Le reclassement ou graduation de la liste des PMA, ce devrait être la promesse de fermer la porte des conférences sur les PMA.  Les engagements doivent refléter cet enjeu.

On entend souvent les Européens nous parler « des règles d’origine » dans le domaine des textiles, par exemple.  Mais il s’agit d’un vrai obstacle posé au commerce, a dit le Vice-Ministre bangladais pour illustrer les propos ayant trait à la matérialisation des engagements pris.    

Après le reclassement

Mais que signifie vraiment le reclassement d’un pays après sa sortie de la catégorie des PMA? a demandé Mme DORCAS MAKGATO-MALESU, Ministre du commerce et de l’industrie du Botswana, pays qui a gradué de la catégorie des PMA en 1974.  Au début, a-t-elle avoué, « on est très fier, car tout le monde vous regarde avec envie ».  Mais, a-t-elle confié, « le reclassement reste malheureusement un évènement et non pas un processus ».  Le Botswana était-il réellement prêt à se mettre en compétition avec les grands de ce monde?  Non, a répondu la Ministre, en jugeant qu’il faut continuer à soutenir les pays reclassés et les aider à consolider leur base économique pour qu’ils continuent à croître.  Le Botswana a dû refixer ses priorités et ses modes de financement parce que les fonds obtenus des donateurs avaient disparu.  « Nous nous sommes sentis bien seuls », a confié la Ministre. 

Le Secrétaire d’État aux affaires étrangères du Cap-Vert a abondé dans le même sens.  M. JOSÉ LUIS ROCHA a regretté que le reclassement soit considéré comme un point d’arrivée et non comme un point de départ.  Sans regretter la graduation de son pays de la catégorie des PMA, le Secrétaire d’État a voulu que l’on tienne davantage compte de l’indice de  vulnérabilité d’un pays et que l’on formule un cadre global de transition pour octroyer aux pays reclassés une stratégie d’accompagnement fondée sur des indicateurs de performance et non sur un calendrier superficiel. 

Pour le Cap-Vert, le reclassement est un défi dans lequel il y a des fenêtres d’opportunités, mais aussi des risques.  Le Cap-Vert a toujours les mêmes contraintes structurelles, a rappelé le Secrétaire d’État, en citant une étude qui, contredisant un rapport précédent de la Banque mondiale, prévient que l’évolution du pays est marquée par une transformation dont l’avenir est incertain.  Le pays peut tirer parti de secteurs et de niches comme le tourisme ou l’énergie renouvelable.  Il peut aussi mettre en œuvre un programme prometteur d’exportations axé sur le secteur des services, mais il reste très vulnérable à l’environnement international.  Le reclassement, selon le Secrétaire d’État cap-verdien, exige un cadre conceptuel de transition consensuelle définissant des produits nouveaux qui soient à la hauteur des besoins créés par la graduation du pays, dont l’accès aux financements et aux marchés.  En ce qui concerne le Cap-Vert, l’aide qu’il recevait a été réduite de 50% dans le dernier budget national, a-t-il rappelé. 

Mesures correctives

Le Vanuatu devrait bénéficier d’une période de transition entre 2013 et 2015 avant son reclassement définitif en 2016, a indiqué, M. ROY M. JOY, Ambassadeur du Vanuatu auprès de l’Union européenne.  Il a d’ailleurs salué l’Union européenne pour avoir mis en place, au profit de son pays, une stratégie de transition sans heurt, dont une facilité d’accès aux marchés européens. 

Le Ministre de la coopération au développement de la Belgique a d’abord rappelé que la moitié de l’APD belge profite aux PMA.  M. PAUL MAGNETTE a ensuite admis que le reclassement ne doit en aucun cas être considéré comme la fin du processus, puisque la catégorie des PMA repose sur une vulnérabilité structurelle qui exige donc des solutions structurelles.  La Belgique, a rappelé le Ministre, préside, avec le Malawi, le Groupe de travail sur la transition sans heurt dont le rapport qui devrait paraître d’ici au mois de juin de cette année.  Donnant déjà quelques éléments du rapport, le Ministre a fait part d’un consensus existant sur le fait qu’un pays ne doit être reclassé que s’il a rempli tous les critères, dont la pleine participation à l’économie mondiale, et la faculté de survivre sans les mesures d’aide spécifiques aux PMA.  Les PMA, a souligné le Ministre, sont un groupe hétérogène.  Il a argué qu’il faut aller plus loin que la phase de transition et identifier les défis qui se posent à long terme.  Des progrès sûrs doivent être engrangés avant d’envisager tout reclassement, a insisté le Ministre.

Après lui, M. SELIM KUNERALP, futur Représentant permanent de la Turquie auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a donné dans le détail la liste des projets de coopération Sud-Sud que son pays a mis en place en faveur des PMA.  Si les progrès actuels continuent, le Cambodge pourrait être candidat au reclassement d’ici à la fin de 2021 ou 2022 au plus tard, a confié son représentant.  L’objectif de l’Éthiopie est de devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2020-2025 a confié, à son tour, le représentant éthiopien.

Le représentant du Népal et du Groupe des PMA à Genève a souligné le caractère essentiel du Programme d’action d’Istanbul, dont les dispositions relatives à la mise en place d’un cadre concret pour permettre à chacun de savoir ce qui doit être fait et de quelle manière, en matière de reclassement.  La nouvelle architecture internationale du développement doit garantir aux PMA qu’ils bénéficient de mesures d’appui comme l’APD et l’allègement de la dette, a-t-il aussi insisté.  

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