Le Secrétaire général préconise une approche globale pour préserver les acquis de la lutte contre la piraterie

19 novembre 2012
SG/SM/14653-SC/10821-AFR/2478

Le Secrétaire général préconise une approche globale pour préserver les acquis de la lutte contre la piraterie

19/11/2012
Secrétaire général
SG/SM/14653 SC/10821 AFR/2478
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LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PRÉCONISE UNE APPROCHE GLOBALE POUR PRÉSERVER

LES ACQUIS DE LA LUTTE CONTRE LA PIRATERIE

On trouvera ci-après la déclaration du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, lue par le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, à l’occasion du débat qui s’est tenu aujourd’hui devant le Conseil de sécurité sur la lutte contre la piraterie:

Je me félicite de l’occasion qui m’est offerte de faire un exposé devant le Conseil sur la piraterie et les vols à main armée commis en mer et de présenter le rapport annuel du Secrétaire général sur la piraterie au large des côtes somaliennes.

Les actes de piraterie et les vols à main armée commis contre des navires sont une source de préoccupation mondiale.  Ils portent atteinte à la liberté de circulation en mer et à la sécurité des lignes maritimes par lesquelles s’effectuent près de 90% du commerce mondial.  Les attaques de pirate mettent aussi en danger la sécurité des gens de mer, des pêcheurs, des passagers et compromettent l’acheminement de l’aide humanitaire.  Elles nuisent également aux industries maritimes, comme les ports, la pêche et le tourisme et entravent en conséquence le développement durable.

Selon les derniers rapports de l’Organisation maritime internationale (OMI), 291 attaques contre des navires ont été recensées au cours des 10 premiers mois de 2012.  Les pirates retiennent toujours en otage 293 marins.  Comme en 2011 et 2010, les régions les plus touchées sont l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest et l’Extrême-Orient.  Il ressort du dernier rapport du Secrétaire général que le nombre d’attaques de pirates au large des côtes somaliennes a considérablement baissé en 2012 par rapport à 2011.  Toutefois, ces acquis peuvent être facilement annulés si nous n’éliminons pas les causes de la piraterie, notamment l’instabilité, le non-droit et le manque de gouvernance réelle, même si d’importants progrès politiques ont été accomplis récemment en Somalie.

La piraterie est un problème mondial, mais qui prend différentes formes.  Au large des côtes somaliennes, les pirates sont bien organisés, capturant les navires et leurs équipages contre rançon.  Dans le golfe de Guinée, la piraterie est liée au vol de pétrole, au marché noir régional et au crime organisé.  Bien que des personnes aient été prises en otages, les rançons ne semblent pas être le mobile principal.  Des divergences dans le contexte politique et en matière de gouvernance ont également contribué à la hausse de la piraterie dans ces régions.

Pourtant, les enseignements tirés de notre expérience avec la Somalie peuvent nous aider à trouver une riposte appropriée dans le golfe de Guinée et ailleurs, notamment si nous axons notre attention sur la modernisation des lois destinées à lutter contre la piraterie, le renforcement des capacités pour faire appliquer le droit maritime et mener des enquêtes criminelles, l’appui aux réseaux de la région et la mise en commun des connaissances.  La lutte contre la piraterie exige une approche multidimensionnelle.

En Somalie, cela voulait dire stabiliser le pays dans le cadre d’un processus conçu et dirigé par les Somaliens.  Le nouveau Président somalien a tout de suite pris d’excellentes initiatives, mais les difficultés restent considérables.  Nous devons agir rapidement pour aider le Gouvernement afin qu’il puisse enfin apporter aux Somaliens la sécurité et les dividendes de la paix qu’ils méritent.  Nous saluons la détermination du Gouvernement à lutter contre la piraterie, comme indiqué dans le programme approuvé par le Parlement mardi dernier.

Deuxièmement, la Somalie a besoin d’une stratégie économique et de sécurité maritime globale s’inscrivant dans un cadre juridique approprié, comprenant l’établissement d’une zone économique exclusive, conformément aux dispositions de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.  Nous devrions transposer sur terre les progrès réalisés en mer.

Troisièmement, nous devons renforcer la capacité des États à poursuivre les individus soupçonnés de piraterie et à emprisonner ceux qui ont été condamnés pour piraterie.  Nous devons à cette fin prévenir et réprimer le financement de la piraterie et le blanchiment d’argent provenant de rançons.  Le programme de lutte contre la piraterie de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime est utile à cet égard, notamment pour garantir que les conditions de détention respectent les normes internationales.

Quatrièmement, l’engagement constructif des États Membres et des organisations régionales et internationales en faveur d’un consensus sur une riposte commune devrait être maintenu.  Le Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes comprend maintenant plus de 70 participants connaissant particulièrement bien la question. 

D’autres initiatives viennent compléter ces efforts, dont le Code de conduite de Djibouti sous les auspices de l’OMI, et le centre régional de coordination des renseignements et des poursuites concernant la piraterie qui a récemment été établi aux Seychelles.  Le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie joue également un rôle clef en vertu de la résolution 1976 (2011) dans la coordination des efforts de la Somalie avec ceux des organismes des Nations Unies, des organisations régionales et de la communauté internationale.

Conformément à la résolution 2039 (2012), les Offices des Nations Unies pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest aident la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et la Commission du golfe de Guinée à préparer un sommet régional sur la piraterie au Cameroun en avril 2013. 

Cinquièmement, on devrait encourager les compagnies maritimes à prendre des mesures pour se protéger.  Vingt pour cent des navires naviguant dans les eaux à haut risque n’appliquent pas de mesures de sécurité, et ces navires sont ceux qui font en majeure partie l’objet d’actes de piraterie.  L’OMI travaille en étroite coopération avec les compagnies maritimes sur un ensemble de mesures et de meilleures pratiques qui ont empêché des pirates de monter à bord des navires et facilité des opérations de sauvetage.

Enfin, l’ONU accueille avec reconnaissance l’appui solide en matière de lutte contre la piraterie apporté par la présence navale mise en place par l’OTAN, l’Union européenne, la force navale conjointe et des États Membres donnés.  Plusieurs États Membres –dont la Chine, l’Inde, le Japon, la Malaisie, la République de Corée et la Fédération de Russie– ont déployé un arsenal militaire et naval dans la région dans le cadre des efforts internationaux de lutte contre la piraterie. 

N’oublions pas les gens de mer.  Les otages subissent des conditions de détention terribles et sont souvent menacés et torturés par les pirates qui cherchent à obtenir une rançon.  Je me félicite de ce que le Fonds d’affectation spéciale destiné à soutenir les initiatives prises par les États pour lutter contre la piraterie au large des côtes somaliennes, présidé par le Département des affaires politiques, ait approuvé récemment un projet visant à fournir des soins médicaux, des logements, des vivres et des vêtements aux otages pendant la phase de libération, et pour les aider à rentrer chez eux rapidement.  N’oublions pas cette dimension humaine. 

Lorsque nous envisageons l’avenir, trois défis requièrent notre attention immédiate.  Premièrement, nous à devons instaurer une meilleure coordination, un meilleur partage des informations et climat de confiance entre les pays et les organismes impliqués dans les opérations de lutte contre la piraterie.  Deuxièmement, il faut renforcer les capacités nécessaires pour poursuivre les responsables d’actes de piraterie et emprisonner les personnes condamnées conformément aux normes internationales relatives aux droits de l’homme.  Troisièmement, il faut établir le cadre juridique de l’utilisation d’agents de sécurité armés sous contrat privé à bord des navires.  Le travail entrepris par l’OMI devrait être poursuivi pour que la réglementation et le principe de responsabilité soient garantis.

Pour terminer, la piraterie est un problème auquel la communauté internationale peut remédier si nous continuons de travailler ensemble.  L’ONU demeure résolue à travailler avec ses partenaires pour consolider l’assistance internationale, coordonner nos activités et apporter une réponse globale à cette menace.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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