« Je suis ici pour tirer la sonnette d’alarme à propos de la voie qu’emprunte l’humanité », déclare Ban Ki-moon en ouvrant le débat général de l’Assemblée

25 septembre 2012
SG/SM/14532-AG/11293

« Je suis ici pour tirer la sonnette d’alarme à propos de la voie qu’emprunte l’humanité », déclare Ban Ki-moon en ouvrant le débat général de l’Assemblée

25/09/2012
Secrétaire général
SG/SM/14532
AG/11293
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

« JE SUIS ICI POUR TIRER LA SONNETTE D’ALARME À PROPOS DE LA VOIE QU’EMPRUNTE L’HUMANITÉ »,

DÉCLARE BAN KI-MOON EN OUVRANT LE DÉBAT GÉNÉRAL DE L’ASSEMBLÉE


On trouvera ci-après le discours qu’a prononcé le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale, le 25 septembre:


Chaque année, nous nous réunissons dans cette auguste enceinte pour faire lucidement, et sans avoir d’illusions, le point de l’état du monde.  


Cette année, je suis ici pour tirer la sonnette d’alarme à propos de la voie qu’emprunte l’humanité.  L’insécurité et l’injustice, l’inégalité et l’intolérance, nous les voyons tous partout.  Je constate que des gouvernements gaspillent d’immenses quantités de précieuses ressources pour acheter des armes meurtrières, au lieu d’investir dans les gens.  Nous avons sous les yeux les effets de plus en plus graves des changements climatiques; et pourtant, beaucoup de ceux qui sont au pouvoir semblent ignorer délibérément la menace.


En cette période de troubles, de transition et de transformation, le temps ne joue pas en notre faveur.  Les gens veulent des emplois, la perspective d’une vie digne de ce nom.  Trop souvent, ils se heurtent à des dissensions, à la procrastination, au rejet de leurs rêves et aspirations.  Dans cette salle même, on peut voir s’exprimer la soif de progrès.  Beaucoup d’entre vous sont ici pour la première fois, nouveaux dirigeants portés au pouvoir par des voix nouvelles qui réclament des changements radicaux.  Ceux que vous représentez veulent des résultats en temps réel; maintenant, pas dans un avenir lointain. 


L’Organisation des Nations Unies est elle aussi –et ce n’est que juste– surveillée avec la même impatience; d’elle aussi, les gens attendent des comptes.  Ils ne veulent pas d’une ONU qui soit seulement le miroir d’un monde divisé.  

Les gens veulent des progrès et des solutions tout de suite.  Ils veulent des idées, des décideurs qui savent décider, un avenir porteur d’espoirs concrets.  Nous avons le devoir de réagir face à cette frustration, de répondre à ces attentes.  Mon programme d’action, défini en janvier de cette année, s’articule autour de cinq impératifs: le développement durable, la prévention, l’édification d’un monde plus sûr, l’aide aux pays en transition et l’autonomisation des femmes et des jeunes.


Je constate avec satisfaction qu’il y a eu de réelles avancées dans ces domaines.  La misère a été réduite de moitié depuis l’an 2000.  Des pays du monde arabe, le Myanmar et bien d’autres États sont en marche vers la démocratie.  La croissance économique de l’Afrique est aujourd’hui la plus rapide du monde.  L’Asie et l’Amérique latine font des progrès considérables.  


Mais nos ambitions doivent être plus grandes.  Chacun d’entre vous doit aller plus loin.  Et pour le monde, l’ONU doit aller plus loin.  Le développement durable est porteur de nos espoirs pour l’avenir. En tant que Secrétaire général, j’en ai fait ma toute première priorité.  Pourtant, la pauvreté et l’inégalité demeurent généralisées.  Notre utilisation des ressources pousse la planète à la limite de ce qu’elle peut supporter.  Pour certains écosystèmes, cette limite est sur le point d’être atteinte.  Selon les meilleurs scientifiques du monde, nous devons changer de cap avant qu’il ne soit trop tard.  


Hier, le Président de la Banque mondiale et moi-même avons annoncé que dans le cadre de l’initiative « Énergie durable pour tous », des dizaines de milliards de dollars vont pouvoir être dégagés pour des projets portant sur l’accès à l’énergie et l’efficacité énergétique.  Demain, je lancerai une nouvelle initiative intitulée « L’éducation avant tout ».  Jeudi, nous annoncerons de nouvelles contributions importantes pour l’initiative « Renforcer la nutrition ».  Et ces deux dernières années, 260 partenaires de l’initiative « Toutes les femmes, tous les enfants » ont déboursé des fonds supplémentaires s’élevant à 10 milliards de dollars.  Nous prouvons, sur le terrain, que les partenariats bien pensés peuvent donner –et donnent– des résultats qu’aucun d’entre nous ne pourrait obtenir seul. 


Il reste à peine trois ans jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Nous devons redoubler d’efforts pour éliminer la misère.  La crise économique ne peut servir d’excuse pour revenir sur des engagements qui concernent les besoins fondamentaux de tous les êtres humains. 


Cela étant, même si nous atteignons les OMD, il restera beaucoup à faire.  La Conférence Rio+20 a ouvert la voie, notamment, à l’adoption d’un ensemble d’objectifs de développement durable.  Ces nouveaux objectifs, ainsi que le programme de développement pour l’après-2015, orienteront nos travaux pendant des années.  Les OMD ont déclenché une mobilisation remarquable à l’échelle mondiale.  Ces nouveaux dispositifs doivent faire de même: toucher et inspirer les gens du monde entier.


Dans le domaine des changements climatiques, notre travail est loin d’être achevé.  En décembre dernier, les États Membres sont convenus qu’ils parviendraient à un accord juridiquement contraignant en 2015 au plus tard.  À présent, cette promesse doit être tenue.  Il n’y a plus de temps à perdre si nous voulons limiter à 2 degrés centigrades l’élévation de la température mondiale.  Il ne sera pas facile de changer de cap.  Mais il nous faut faire preuve de largeur de vue et ne pas y voir qu’un fardeau.  Tendre vers un développement durable et une économie plus verte, c’est aussi se donner l’occasion de créer des emplois, de favoriser la croissance, d’innover et de promouvoir la stabilité à long terme.  L’avenir que nous voulons, nous pouvons l’avoir, si nous agissons maintenant.  Tout comme le développement est indispensable à la paix, la paix est indispensable au développement. 


Je suis extrêmement préoccupé par la violence qui continue de faire rage en Afghanistan et en République démocratique du Congo, et j’exhorte le Soudan et le Soudan du Sud à régler toutes les questions encore en suspens concernant l’après-sécession.  La Somalie a courageusement progressé et la Libye a tenu des élections libres pour la première fois depuis un demi-siècle.  Les acquis doivent être protégés et maintenus.  Et nous devons continuer de tout faire pour prévenir les conflits avant qu’ils n’éclatent, et régler les différends par des moyens pacifiques.


Avec courage et détermination, les dirigeants du Myanmar avancent sur la voie de la démocratie et de la réconciliation.  Ce pays a devant lui bien des difficultés, qui vont des réformes économiques à la protection des minorités ethniques.  Tandis que le Gouvernement et les citoyens s’attèlent ensemble à les surmonter, la communauté internationale et l’Organisation des Nations Unies doivent leur apporter tout l’appui possible.


L’attention accordée à la crise du Sahel et l’appui apporté pour la régler sont insuffisants.  La pauvreté, la précarité, la sécheresse et des tensions religieuses risquent de déstabiliser toute la région.  Trop de gouvernements ont été remplacés de façon anticonstitutionnelle.  L’extrémisme gagne du terrain.  Les armes sont faciles à trouver; les emplois, beaucoup moins.  Face à cette situation alarmante, la communauté internationale doit se mobiliser à grande échelle et de façon coordonnée.  Demain, j’exposerai nos idées concernant une stratégie intégrée dont les gouvernements et les organisations de la région, ainsi que les partenaires internationaux, arrêteront les modalités au cours des prochaines semaines.  Je vous engage à vous associer à cette entreprise et à l’appuyer fermement. 


La situation qui règne au Sahel montre combien il importe de renforcer les mécanismes d’alerte rapide pouvant être mis au service du développement.  Partout dans le monde, des capteurs et des sismographes nous aident à nous préparer à l’éventualité d’une catastrophe naturelle.  Nous devons être mieux équipés pour détecter les secousses annonciatrices d’un désastre dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables.


Nous devons également nous concentrer davantage sur la sécurité alimentaire et la résilience nutritionnelle.  Pour des millions de personnes, les chocs fréquents sont à présent la norme.


Les prix des denrées alimentaires sont de plus en plus volatils, ce qui rend la population anxieuse, déclenche des vagues de panique menant à des achats massifs et entraîne des troubles civils.  Nous devons resserrer les filets de sécurité.  Nous devons investir davantage dans l’agriculture durable, en particulier dans les petites exploitations.  Le commerce des céréales et d’autres produits agricoles ne doit pas faire l’objet de restrictions qui réduisent les quantités disponibles et dissuadent les agriculteurs de produire plus.  Ensemble, nous pouvons éviter que les crises alimentaires de ces dernières années se reproduisent et parvenir à notre objectif: l’élimination de la faim.


En Syrie, la situation ne fait qu’empirer.  La crise n’est plus confinée à ce pays; c’est une calamité régionale qui a des ramifications mondiales.  C’est une menace de plus en plus grave contre la paix et la sécurité internationales; le Conseil de sécurité doit agir.  Je demande à la communauté internationale – en particulier aux membres du Conseil de sécurité et aux pays de la région – d’appuyer vigoureusement et concrètement les activités du Représentant spécial conjoint pour la Syrie, Lakhdar Brahimi.  Nous devons faire cesser la violence et la fourniture d’armes aux deux camps, et mettre en route dès que possible une transition conduite par les Syriens.  


Les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter, en Syrie et au-delà.  La communauté internationale ne saurait détourner le regard tandis que la violence prend des proportions incontrôlables. De brutales violations des droits de l’homme continuent d’être commises, surtout par le Gouvernement mais aussi par des groupes d’opposition.  Ces crimes ne peuvent rester impunis.  Il n’y a pas de prescription pour les actes d’une violence aussi extrême.  Il est du devoir de notre génération de mettre fin à l’impunité des auteurs de crimes internationaux, en Syrie et ailleurs.  Il est de notre devoir de donner effet, concrètement, à la responsabilité de protéger.


Un vent de changement continuera de souffler sur le monde arabe et ailleurs.  Après des décennies de pénible occupation et de restrictions humiliantes dans presque tous les aspects de leur vie, les Palestiniens doivent pouvoir exercer leur droit à un État viable qui leur soit propre.  Israël doit pouvoir vivre en paix et en sécurité, à l’abri des menaces et des tirs de roquettes.  La formule des deux États est la seule solution viable.  Mais la porte est peut-être en train de se fermer, et pour de bon.  La poursuite de l’implantation de colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé compromet gravement les efforts de paix.  Nous devons sortir de cette dangereuse impasse.  


Je rejette toute tentative de délégitimation et toute menace d’intervention militaire proférée par un État contre un autre.  Toute attaque de ce type serait catastrophique.  La rhétorique belliqueuse et stridente de ces dernières semaines est alarmante, et doit nous rappeler que des solutions pacifiques, ainsi que le respect intégral de la Charte des Nations Unies et le droit international, sont indispensables.  Quand ils s’expriment, les dirigeants doivent calmer le jeu, non faire monter le ton et échauffer les esprits.  


Pour rendre le monde plus sûr, nous devons aussi poursuivre l’objectif d’un monde débarrassé des armes nucléaires.  Tant que ces armes existent, nous courons tous des risques.  J’attends avec intérêt la conférence sur la création au Moyen-Orient d’une zone exempte d’armes nucléaires et de toutes autres armes de destruction massive qui doit se tenir dans les prochains mois.  L’Iran doit prouver que ses programmes sont menés à des fins exclusivement pacifiques. La République populaire démocratique de Corée doit avancer dans le sens de la dénucléarisation de la péninsule de Corée.  Toutes les résolutions du Conseil de sécurité sur ces questions doivent être intégralement et immédiatement appliquées.


Tant la paix que le développement seront inaccessibles si les droits de l’homme et la primauté du droit ne sont pas respectés.  L’autonomisation de la femme, la protection de l’enfance, les traités et déclarations qui étendent les garanties de protection: ce sont là nos pierres de touche.  La Réunion de haut niveau sur l’état de droit qui s’est tenue hier a souligné avec force l’importance du droit international, de la justice et des institutions, aussi bien au sein des nations qu’entre elles. 


Ces deux dernières semaines, un acte déplorable et totalement inconsidéré a causé un sentiment d’outrage bien justifié et des actes de violence quant à eux injustifiables.  La liberté de parole et la liberté de réunion sont fondamentales.  Mais ni l’une ni l’autre ne donne le droit d’inciter ou de recourir à la violence.  Pourtant, nous vivons dans un monde où les divisions sont trop souvent exploitées.  Cela sert sans doute certaines fins politiques à court terme.  Trop de gens sont prêts à se saisir d’une petite flamme de désaccord pour en faire un grand brasier.  Trop de gens tolèrent l’intolérance.

La majorité modérée ne doit pas être la majorité silencieuse.  Elle doit se donner les moyens d’agir et dire bien fort aux petits esprits, tout comme aux extrémistes, qu’ils ne parlent pas pour elle.  À ce stade, les dirigeants politiques et les personnalités locales doivent intervenir s’ils veulent se montrer responsables.


Face à de tels enjeux, l’ONU doit continuer de se renouveler.  Nous devons être unis dans l’action, collaborer entre disciplines, entre structures et entre lieux d’affectation.  Nous sommes en train de créer un Secrétariat mondial, capable d’appuyer notre présence mondiale, grâce à des services partagés, des dispositifs intégrés et des utilisations novatrices des moyens technologiques.  La mobilité du personnel est un premier pas essentiel.  Il y a longtemps qu’une initiative allant dans ce sens aurait dû être adoptée.  Nous ferons une proposition à ce sujet dans les semaines à venir, et nous aurons besoin de votre appui. 


Nous devons trouver ensemble le moyen de rationaliser le processus budgétaire et de l’ancrer dans la confiance.  La microgestion ne sert les intérêts de personne: ni ceux des États Membres qui attendent des résultats rapides, ni ceux des représentants du Secrétariat qui, comme vous, tendent vers l’excellence.  En tant que Secrétaire général, je dois avoir assez de marge de manœuvre pour assurer la gestion dans un environnement dynamique.


Nous devons aussi nous préparer à exploiter pleinement le potentiel que recèlent les partenariats dans tous les domaines.  Je ferai prochainement des propositions précises sur le renforcement des moyens dont nous disposons pour constituer de tels partenariats, ce qui nous permettra d’obtenir plus de résultats et de meilleurs résultats, d’imposer le principe de responsabilité et d’accroître la cohérence.  Nous aurons absolument besoin de votre appui pour nous acquitter de toutes les tâches importantes que vous confiez à l’ONU.  Une ONU plus forte est indispensable à tout ce que nous espérons accomplir pour les peuples du monde.  Nous devons prouver que l’ONU est capable de se réformer et d’évoluer avec son temps. 


Je me suis toujours intéressé avant tout à ce qui touche à la vie des gens, et j’ai toujours tenu à aborder de front les difficultés.  Nous avons cherché ensemble des solutions aux problèmes qui préoccupent les gens dans leur quotidien et troublent leur sommeil.  Vous, dirigeants de pays du monde entier, êtes investis du pouvoir de l’État et tenez les leviers de commande.  Les peuples attendent de vous que, sensibles à leurs aspirations, vous laissiez libre cours à leur dynamisme et à leurs idées.  Le monde attend de vous que, solidairement, vous agissiez pour le bien commun. 


Personne, certes, ne peut tout faire, mais si nous nous unissons, chacun de nous, à sa manière, peut apporter sa contribution.  Si, tous ensemble, nous savons nous montrer à la hauteur de nos responsabilités collectives, nous triompherons des épreuves d’aujourd’hui, embrasserons les possibilités qu’offre cette époque de changement accéléré et donnerons une nouvelle vie aux buts et principes énoncés dans la Charte qui fonde notre Organisation.  Je compte sur vous pour montrer résolument la voie et faire preuve de détermination afin d’édifier un monde meilleur pour tous.


Merci beaucoup.


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