L’ECOSOC débat de l’efficacité de l’aide humanitaire alors que 51 millions de personnes auront besoin, d’ici à la fin 2012, de cette aide

18 Juillet 2012
ECOSOC/6538

L’ECOSOC débat de l’efficacité de l’aide humanitaire alors que 51 millions de personnes auront besoin, d’ici à la fin 2012, de cette aide

18/07/2012
Conseil économique et social
ECOSOC/6538
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2012

35e séance – matin & après-midi


L’ECOSOC DÉBAT DE L’EFFICACITÉ DE L’AIDE HUMANITAIRE ALORS QUE 51 MILLIONS

DE PERSONNES AURONT BESOIN, D’ICI À LA FIN 2012, DE CETTE AIDE


Comment l’action humanitaire de la communauté internationale pourra-t-elle renforcer les partenariats en matière de réponse d’urgence face aux défis posés par les catastrophes naturelles et les crises alimentaires?  Cette question est au cœur des travaux du Conseil économique et social (ECOSOC) consacrés aux affaires humanitaires.


Le Conseil économique et social, qui avait entamé, cet après-midi, le segment des travaux de sa session de fond de 2012 consacré aux affaires humanitaires, a entendu de nombreuses délégations insister sur la nécessité de mieux coordonner l’action humanitaire par le biais des partenariats, de renforcer la protection et la sécurité des travailleurs humanitaires, et de partager les informations et les technologies dans ce domaine.


Dans son rapport sur le renforcement de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies*, dont est saisi l’ECOSOC pour l’examen de cette question, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, souligne à quel point la nature des crises humanitaires a changé et prévient que d’ici à la fin de 2012, au moins 51 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire sous une forme ou une autre.


L’année dernière, le Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes avait enregistré 302 catastrophes naturelles dans le monde, lesquelles, selon les estimations, avaient coûté la vie à près de 30 000 personnes et touché plus de 200 millions d’individus, a expliqué Mme Valerie Amos, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, qui présentait, cet après-midi, les grandes lignes de ce rapport devant le Conseil économique et social.  Ces catastrophes naturelles ont également provoqué environ 366 milliards de dollars de dégâts sur le plan économique, c’est-à-dire le chiffre le plus élevé jamais enregistré, a-t-elle souligné.  Pour de nombreux groupes et délégations, ces chiffres sont alarmants et nécessitent l’amélioration du dispositif de réponse opérationnelle aux catastrophes naturelles et le renforcement de la résilience des populations les plus touchées. 


S’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, le représentant de l’Algérie a souligné les défis qui se présentent aux pays en développement en matière de résilience et a appelé la communauté internationale et le système des Nations Unies à les aider à développer leurs capacités nationales, leurs connaissances et leurs institutions. 


Intervenant au nom des pays les moins avancés (PMA), le représentant du Népal a expliqué que ceux-ci étaient confrontés aux inconvénients très lourds de la mondialisation et devaient, en outre, faire face à l’intensité et à la fréquence accrues des catastrophes naturelles, ainsi qu’à l’augmentation de l’insécurité alimentaire.


En matière d’action commune, les représentants des États-Unis et de la Suède ont notamment mis l’accent sur la nécessité de renforcer les partenariats entre les pays et les organismes des Nations Unies, ainsi que le leadership régional à cet égard.  Il existe, en matière de réponse aux catastrophes, un certain nombre de partenariats efficaces, note le rapport du Secrétaire général.  Il cite, à titre d’exemples, le mémorandum d’accord et le plan d’action triennal conclu entre l’Organisation de la coopération islamique et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires à la fin de 2011 ou, dans le même esprit, le plan stratégique conjoint de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) et des Nations Unies de gestion des catastrophes.  « On considère souvent que la résilience aux catastrophes doit être uniquement la tâche des acteurs humanitaires alors que toutes les mesures devraient aussi être prises par les acteurs de développement pour renforcer la résilience », a estimé le représentant du Danemark.  Or, aujourd’hui, a-t-il dit, plus de 25% de la population somalienne ont été déplacés et plus de 350 000 personnes ont été forcées à fuir leur foyer dans le nord du Mali.  La solution à apporter à cette situation « n’est pas uniquement humanitaire », a-t-il fait remarquer.


Pour plusieurs délégations, le partage de l’information entre les États Membres, les organismes humanitaires internationaux et les services locaux d’aide humanitaire doit également permettre d’améliorer les interventions d’urgence.  « La prise de décisions dans le cadre de l’action humanitaire ne peut être efficace en l’absence de données et d’informations vérifiées, actualisées et adaptées aux besoins des populations affectées », a fait remarquer le représentant du Maroc.  Dans la même optique, plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Mexique, El Salvador ou le Chili, ont estimé que l’évaluation des besoins devrait reposer sur des indicateurs fiables et que le transfert de technologies ou l’octroi de ressources supplémentaires, par exemple, contribueraient à améliorer l’intervention.  La majorité des États Membres a également tenu à rappeler, au cours de ce débat général, que l’assistance humanitaire se fondait sur les principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.  Pour le représentant de la Fédération de Russie, « il est en effet inacceptable de manipuler l’action humanitaire à des fins politiques, en particulier dans les zones de conflit ».


Ce matin, l’ECOSOC avait également organisé une table ronde informelle sur les besoins humanitaires au Sahel, en proie à une grave crise alimentaire.  Cet évènement avait réuni, entre autres, un haut responsable du Gouvernement du Niger en charge de l’initiative « Les Nigériens nourrissent les Nigériens »; la Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), Mme Ertharin Cousin; le Directeur général de l’Office humanitaire de la Communauté européenne, M. Claus Sorensen; le Coordonnateur résident et Coordonnateur de l’action humanitaire pour le Niger, M. Fodé Ndiaye, ainsi que la société civile tchadienne.  Les discussions, qui étaient animées par la Directrice du Bureau de la coordination des activités de développement des Nations Unies, Mme Debbie Landey, ont, de manière générale, mis l’accent sur la nécessité de renforcer les capacités de résistance nationales aux crises et d’investir davantage dans le secteur agricole.


L’ECOSOC poursuivra ses travaux demain, jeudi 19 juillet, à partir de 10 heures.


*A/67/89 – E/2012/77


Réunion du Conseil économique et social concernant le passage de la phase des secours aux activités de développement


Table ronde sur le thème « Les besoins humanitaires au Sahel et l’importance de l’accroissement des capacités de résistance »


M. AMADOU ALLAHOURY DIALLO, Haut-Commissaire pour l’initiative 3N -Les Nigériens nourrissent les Nigériens- du Gouvernement du Niger, a indiqué que 5,5 millions de Nigériens étaient menacés par la famine, en ajoutant que les cas de malnutrition chroniques concernaient 51% des enfants au Niger.  La fréquence des crises et la succession de sécheresses depuis 2000 a conduit à une insécurité accrue des Nigériens, a-t-il expliqué.  Estimant que le déficit alimentaire du pays en 2012 s’élevait à 700 000 millions de tonnes, soit un cinquième de la demande nationale, il a indiqué que son gouvernement avait mis en place un programme d’urgence de 200 millions de dollars pour l’irrigation des terres, pour la préservation du bétail et pour reconstituer les stocks de céréales.  Il a ensuite détaillé l’initiative 3N -« Les Nigériens nourrissent les Nigériens »- qui vise à développer une réponse de long terme au défi de l’insécurité alimentaire au Niger. 


Cette initiative est basée sur cinq piliers, a-t-il expliqué, en citant la diversification de la production agricole, l’amélioration de l’infrastructure rurale et de l’accès aux marchés, le renforcement des capacités de résistance des communautés concernées et la création d’un environnement favorable pour la sécurité alimentaire.  Il a indiqué que cette initiative visait à doter chaque secteur de la société d’un « kit » de développement, à savoir un ensemble de possessions ou de services.  Chaque foyer devra avoir accès à l’eau, posséder au moins deux poulets, une chèvre et un mouton, a-t-il expliqué, alors que chaque village devra posséder entre autres une réserve céréalière et une banque communale.  Il a estimé à 2 milliards de dollars le montant de l’investissement sur cinq ans nécessaire à la mise en œuvre de cette stratégie, dont certains éléments ont d’ores et déjà été mis en place.  En conclusion, il a résumé les éléments originaux de cette initiative, parmi lesquels une vision claire et une volonté politique tangible, un engagement résolu pour s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire et l’accent mis sur le renforcement des capacités des communautés.


Mme ERTHARIN COUSIN, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), a indiqué que les capacités de résistance devraient être renforcées le plus tôt possible, tout en reconnaissant les lacunes des acteurs humanitaires sur la meilleure manière de renforcer lesdites capacités.  Il faut également l’appui de la communauté des donateurs pour assurer un financement pluriannuel prévisible nécessaire au renforcement des capacités, a-t-elle dit.  Elle a ensuite souligné la nécessité de trouver un équilibre entre intervention humanitaire et renforcement des capacités de résistance.  Le renforcement des capacités de résistance est le vaccin contre la vulnérabilité, a-t-elle affirmé, en ajoutant que le PAM s’efforçait dans ses interventions de répondre aux urgences tout en traitant les causes profondes de ces vulnérabilités.  Elle a plaidé pour la généralisation d’un système d’alerte rapide pour les situations de crise, lequel avait permis au PAM de mettre en place des programmes de nutrition au Sahel pour les femmes et les enfants.  Elle a enfin souligné la nécessité de la volonté politique du gouvernement hôte, condition essentielle pour la réussite des programmes humanitaires, en félicitant à cet égard le Gouvernement du Niger.  Elle a indiqué que ce n’est pas le cas en Syrie avec des conséquences graves pour la population.  La question la plus épineuse reste celle des ressources, a-t-elle indiqué, déplorant qu’elles soient encore insuffisantes.


M. CLAUS SORENSEN, Directeur général de l’Office humanitaire de la Communauté européenne, a expliqué qu’il avait parfois le sentiment de se trouver au bout d’une chaîne de catastrophes humanitaires et de devoir, souvent, « ramasser les pots cassés » d’une prévention qui doit, a-t-il estimé, être davantage améliorée et mieux coordonnée avec le développement.  Il a reconnu que certains domaines étaient moins prévisibles que d’autres, comme les conséquences des changements climatiques, mais qu’on pouvait, par contre, être davantage préparé dans d’autres domaines comme, par exemple, l’instabilité politique.  S’agissant en particulier de la situation au Sahel, il a fait remarquer que les efforts actuels visaient à mettre en œuvre une meilleure coopération entre le bras humanitaire et le bras de la coopération mais il a prévenu que, sans stabilité politique, ce qui était entrepris dans ce domaine serait voué à l’échec.  Il a précisé que l’Union européenne travaillait avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à cette question.


En ce qui concerne le financement, M. Sorensen a fait remarquer que les donateurs devraient se montrer à la hauteur de la tâche attendue.  Il a annoncé qu’il venait, avec l’aide du Parlement européen, d’obtenir 40 millions de dollars supplémentaires pour le Sahel.  Il est nécessaire de coordonner les efforts humanitaires et du développement de manière efficace et visible pour les contributeurs.  Le Directeur général de l’Office humanitaire a ensuite estimé que plusieurs erreurs avaient été commises dans le passé, en citant à titre d’exemple le manque d’investissements dans le domaine de l’agriculture.  Il a rappelé que la Déclaration de Maputo sur l’agriculture et la sécurité alimentaire prévoyait que 10% des budgets soient alloués au développement de l’agriculture et, notant que l’Union européenne entrait dans une nouvelle phase de programmation, il a estimé que le choix de priorités était, dans ce contexte, essentiel.  Les différents cycles budgétaires des institutions ne coïncident pas toujours, a noté M. Sorensen.  « Je crois fermement à la planification à long terme mais il est des situations où il faut pouvoir redémarrer depuis zéro .»  Illustrant son propos par la situation qu’a connue Haïti, il a jugé « ridicule » que l’argent qui avait été initialement alloué au secteur routier ne puisse pas être utilisé pour reconstruire des écoles.


M. DAVID GRESSLY, Coordonnateur régional des secours humanitaires pour le Sahel, a souligné le caractère chronique de l’insécurité alimentaire au Sahel, rappelant que trois millions d’enfants souffrent de malnutrition.  Il a souligné que le Gouvernement du Niger avait été le premier à réagir pour endiguer les conséquences de la crise de 2012, suivi par le Gouvernement du Mali.  Il a précisé que si les sources de financement ne se tarissent pas, la crise alimentaire au Sahel pourra être résolue, en estimant le coût global à 1,6 milliard de dollars pour 2012.  « Nous sommes bien partis pour l’instant sur le plan financier, a-t-il déclaré, avant d’insister sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de la malnutrition.  Le représentant a ainsi mentionné les insuffisances persistantes dans le secteur agricole, s’agissant notamment de la distribution des semences et de l’irrigation, avant de citer les défis futurs, le premier d’entre eux étant une possible invasion de criquets pèlerins en 2013.  Il a ensuite cité l’insécurité politique au nord du Mali, qui menace l’efficacité des programmes de renforcement des capacités.  Il a indiqué que 350 000 personnes avaient été déplacées dans le nord du Mali en raison de l’insécurité.  Il a rappelé en conclusion que 250 000 enfants mouraient chaque année de malnutrition au Sahel.  « Notre mandat pour agir, a-t-il dit, est des plus impérieux. »


M. FODÉ NDIAYE, Coordonnateur résident et Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Niger, a présenté les perspectives de l’action de l’ONU en faveur du développement au Niger.  Rappelant d’abord le contexte régional, il a souligné les vulnérabilités structurelles que partagent les pays du Sahel, ce qui explique, a-t-il dit, leurs niveaux de développement humain extrêmement faibles.  M. Ndiaye a également mis en avant la fréquence de plus en plus rapprochée des crises alimentaires liées aux phénomènes climatiques extrêmes, ainsi que l’insécurité qui s’est renforcée ces dernières années avec les différentes crises, en Algérie, en Libye, en Tunisie, au Mali, et en Côte d’Ivoire, et le renforcement de groupes terroristes comme Al-Qaida au Maghreb islamique.  Face à ces multiples défis, il a défendu une approche qui s’attaque tant aux conséquences immédiates de ces crises, qu’aux problèmes structuraux qui les ont générées, en articulant mieux les priorités centrales pour obtenir des résultats plus cohérents.


Le Coordonnateur résident a salué la réaction rapide du Gouvernement du Niger face à la crise en cours, en mobilisant certaines de ses propres ressources et en mettant en place un plan d’urgence en novembre 2011.  Il a souligné également le lancement d’une véritable stratégie nationale intitulée « les Nigériens nourrissent les Nigériens (3N) » visant à répondre aux besoins de développement à court et moyen termes, mais aussi aux causes structurelles de ces crises.  Il a cité également comme facteur de réussite, la mise en place d’un cadre d’accélération de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement qui a permis d’établir une approche commune impliquant tous les acteurs nationaux, régionaux et internationaux. 


Pour M. Ndiaye, l’approche des Nations Unies doit être bâtie à partir des stratégies et programmes nationaux pour permettre de traiter les causes profondes des crises alimentaires à répétition, à l’instar de la stratégie « 3N » au Niger.  Cette réponse de l’ONU, fondée sur les priorités nationales, doit également s’articuler avec les initiatives régionales (Union économique et monétaire ouest-africaine, Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Banque ouest-africaine de développement, Union africaine…) et internationales (Alliance mondiale pour l’action en faveur de la résilience aux sécheresses et la croissance de l’ONU, Alliance globale pour l’Initiative Résilience de l’Union européenne).  Les donateurs devraient être plus souples dans leurs outils de financement afin de les adapter aux besoins humanitaires et aux interventions en faveur du développement, tandis que les gouvernements devraient, quant à eux, respecter l’Accord de Maputo prévoyant d’investir au moins 10% de leurs budgets nationaux dans l’agriculture.


Mme MARIE LARLEM, Coordonnatrice générale de l’Association pour la promotion des libertés fondamentales au Tchad, a détaillé les actions de la société tchadienne dans la promotion de la résilience à travers les actions humanitaires et de développement.  Elle a d’abord noté les nombreux conflits armés que le pays a connus, ainsi que les conflits entre éleveurs et agriculteurs, avant de détailler les crises alimentaires devenues structurelles au Tchad, liées à la mauvaise pluviométrie, aux aléas climatiques et à une faible politique préventive de l’État.  Elle a indiqué que la société civile tchadienne veillait à endiguer la crise alimentaire en répondant d’abord aux besoins immédiats par la distribution de vivres mais aussi en fournissant un appui à long terme, avec la formation, l’encadrement et l’équipement des groupements villageois.  La société civile mène également des activités de sensibilisation sur l’hygiène et l’assainissement ainsi que sur les aspects juridiques liés à l’accès aux moyens de production, a-t-elle expliqué.


Au nombre des défis que le Tchad doit relever, Mme Larlem a mentionné la faible capacité opérationnelle des ONG nationales et des services étatiques, le cloisonnement des financements pour les activités humanitaires et de développement, les difficultés pour les ONG nationales à accéder aux financements et l’accaparement des terres cultivables par les compagnies pétrolières et les plus riches dans le sud du pays.  Elle a ensuite indiqué que les ONG tchadiennes attendaient entre autres une collaboration axée sur le transfert de compétences à la fin de la période d’urgence ainsi qu’une intégration des projets dans les plans de développement locaux.  En conclusion, elle a estimé urgent que les donateurs accordent une attention particulière aux financements couplés humanitaire/transition afin d’atténuer les effets de la crise alimentaire au Sahel.  Huit années de crises alimentaires au Sahel sont suffisantes, a-t-elle affirmé, en soulignant qu’il était urgent de passer à l’action.


Débat interactif


À l’issue de ces présentations, plusieurs représentants des États Membres ont partagé leurs vues sur les meilleurs moyens d’améliorer, selon eux, la résistance aux crises.  Plusieurs pays ont d’abord tenu à rappeler que la réaction aux crises devait être préparée aux niveaux national et local.


« Être prêt à faire face aux crises au niveau national n’est pas une simple option mais une nécessité absolue », a fait remarquer le représentant de la République de Corée, qui a rappelé que le tsunami de l’an dernier au Japon et ses effets dévastateurs avaient violemment marqué la nécessité de réunir les investissements nécessaires à la réduction des risques et à l’amélioration de la préparation.  Il a aussi mis l’accent sur la nécessité d’une coordination efficace entre les institutions de l’ONU et les acteurs humanitaires et qui soit accompagnée, a-t-il dit, d’une bonne gouvernance.


Le représentant du Mexique a rappelé qu’un plan particulier en faveur des investissements privés et publics pour renforcer le secteur agricole avait été présenté lors du Sommet du G-20, qui s’est tenu à Los Cabos, en juillet dernier.  Il a précisé que les membres du G-20 avaient aussi insisté sur la nécessité de renforcer le Programme alimentaire mondial (PAM) en vue de répondre de manière efficace aux situations d’urgence.


Son homologue de l’Égypte, ainsi que le représentant de l’Espagne, se sont dits très préoccupés par la situation qui prévaut au Sahel et ils ont appuyé l’approche intégrale mise en œuvre pour répondre à la crise.  Pour le représentant espagnol, le secteur de l’agriculture est un élément clef des défis auxquels doit faire face le Sahel et il s’agit de mettre l’accent sur la structure des prix, sur les marchés et sur la commercialisation des éléments essentiels, a-t-il dit. 


La situation de plus de 60 millions de personnes qui connaissent l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans la région est également un élément de grande préoccupation pour la délégation de l’Algérie, dont le représentant a loué les efforts entrepris par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour appuyer les gouvernements de la région. 


Pour la France, la dimension régionale et multidimensionnelle de la crise au Sahel appelle la communauté internationale à répondre à des enjeux de sécurité et de développement, ainsi qu’à des défis dans les domaines humanitaires et des droits de l’homme qui sont étroitement liés.  Cela doit se faire en renforçant les capacités des États et des communautés locales, a précisé son représentant.  Il a souligné que la France avait consacré, en 2012, plus de deux tiers de son budget d’aide alimentaire au Sahel, et ce, en plus de sa contribution par le biais de l’Union européenne.


En matière de résilience et de résistance aux crises, « le financement ne suffit pas s’il n’est pas accompagné de stratégies et de programmes », a, de son côté fait remarquer la représentante de l’Australie, dont le pays a consacré environ 12 millions de dollars au renforcement de la résilience ou en faveur de programmes nationaux destinés à faire face aux crises. 


La délégation de la Suède a, pour sa part, mis l’accent, dans le cas du Sahel, sur l’appropriation nationale et la coopération régionale pour faire face à la crise.  Son représentant a également salué le leadership du Gouvernement du Niger à cet égard, ainsi que les efforts entrepris par l’Union européenne pour établir un lien entre l’action humanitaire et les activités de développement.


Son homologue des États-Unis a fait remarquer que le champ et la complexité de la crise exigeaient une réaction « nuancée mais énergique » et il a salué « l’engagement robuste » des pays et des gouvernements touchés, ainsi que l’approche développée par le Niger pour faire face à la crise alimentaire.  Il s’est également félicité de la création d’un poste de coordonnateur régional des secours humanitaires pour le Sahel et a souhaité que le mandat de celui-ci, d’une période initiale de six mois, soit prolongé. 


Réaffirmant la nécessité de solutions à long terme dans la région, le représentant de l’Union européenne s’est ensuite dit très préoccupé par la sécurité du personnel humanitaire au nord du Mali, qui est devenue, a-t-il précisé, un enjeu majeur dans la région.  De manière globale, il s’est inquiété de la détérioration de la sécurité des acteurs du développement au Sahel et de l’impact que cette détérioration a sur leur capacité à renforcer la résilience.


En fin de dialogue, un représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a souligné le manque d’investissements dans le développement, en particulier dans l’agriculture.  « Cette situation continue de peser sur l’assistance humanitaire et sur sa capacité à répondre aux besoins en matière de résilience », a-t-il expliqué. 


De son côté, un responsable de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a prévenu que le choléra et le paludisme étaient endémiques dans la région et risquaient de s’accroître.  Il a noté qu’à peine 19% des besoins dans les cinq pays étaient couverts et a prévenu que, sans financement additionnel, il serait difficile d’appuyer les services de soins de santé primaires et de se préparer aux épidémies.


Intervenant rapidement à l’issue des remarques des délégations, le Haut-Commissaire pour l’initiative « Les Nigériens nourrissent les Nigériens » du Gouvernement du Niger a souligné la nécessité pour les pays de disposer d’une stratégie en matière de développement et de créer un cadre avec les partenaires de développement.  « Ce sont là des instruments qui peuvent permettre aux partenaires de s’aligner sur une stratégie nationale et il appartient d’abord au pays de créer ces conditions », a-t-il dit.


La Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM) a mis l’accent sur l’élan entamé, ici, aux Nations Unies, et qui est canalisé en activités et en directives opérationnelles sur le terrain, a-t-elle dit; tandis que le Coordonnateur régional des secours humanitaires pour le Sahel, a une nouvelle fois mis l’accent sur la souplesse du financement.


Outre les délégations citées, les représentants de la Finlande, des Pays-Bas, du Canada, ainsi qu’un représentant de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont également pris part à cet échange.


DÉBAT CONSACRÉ AUX AFFAIRES HUMANITAIRES


Assistance économique spéciale, aide humanitaire et secours en cas de catastrophe (A/67/89–E/2012/77, E/2012/85 et E/2012/L.11)


Déclarations liminaires


M. FERNANDO ARIAS GONZALEZ, Vice-Président du Conseil économique et social, a estimé que ce débat était une occasion unique d’approfondir la compréhension des difficultés opérationnelles de l’aide humanitaire.  Il s’agit, a-t-il dit, d’identifier ensemble comment renforcer la réponse collective aux urgences humanitaires qui se posent aujourd’hui, ainsi que celles auxquelles la communauté internationale devra faire face demain.  Il a considéré que l’action humanitaire, ainsi que sa coordination, nécessitaient un engagement fort des États Membres, des organisations régionales, des organisations non gouvernementales, du secteur privé et d’autres acteurs appropriés.  Avant de présenter plus en détail les différentes tables rondes, ainsi que les événements organisés dans le cadre de ce débat, le Vice-Président de l’ECOSOC a tenu à souligner l’appui constant des États Membres au rôle confié aux Nations Unies en vue de diriger et de coordonner l’assistance et l’aide humanitaire internationales.


Mme VALERIE AMOS, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, a indiqué qu’en 2011, 302 catastrophes naturelles avaient eu lieu dans le monde, qui ont touché 206 millions de personnes etprovoqué 366 milliards de dollars de dégâts sur le plan économique, le chiffre le plus élevé jamais enregistré.  Elle a ensuite détaillé, dans le droit fil du rapport du Secrétaire général, la nécessité de mettre en place des systèmes pour soutenir la prise de décisions humanitaires fondées sur des données factuelles.  Elle a indiqué que les autorités nationales et locales disposaient d’une mine d’informations précieuses sur les ressources, les infrastructures et les capacités des collectivités, mais qu’elles n’avaient pas forcément les moyens de les partager.  Mettre ces données à la disposition des partenaires et du grand public peut contribuer à améliorer la prise de décisions, a-t-elle estimé.


Comme les besoins humanitaires augmentent partout dans le monde, on note une gamme plus vaste et plus diverse d’organisations et d’individus qui jouent un rôle accru dans l’action menée, a déclaré Mme Amos.  C’est pourquoi, il convient de mettre en place un système humanitaire mondial plus intégré, a-t-elle suggéré, en ajoutant que le mémorandum d’accord conclu entre l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, la Ligue des États arabes et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires à la fin de 2011 soulignait l’importance des partenariats au niveau régional.  Il est également important de renforcer les partenariats avec le secteur privé, en particulier les sociétés de soutien logistique et les médias.


Débat général


S’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. MOURAD BENMEHDI (Algérie) a salué l’attention donnée, à travers les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général, « au besoin d’investir davantage dans la construction de la résilience et la préparation » des pays affectés.  Après avoir réaffirmé son attachement aux principes de l’assistance humanitaire définis par l’Assemblée générale –humanité, impartialité, neutralité-, le représentant a insisté pour qu’ils constituent « les fondements de toutes réponses humanitaires d’urgence apportées par la communauté internationale ».  Il a estimé qu’une « attention particulière » devrait être donnée « au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale des États », en rappelant aussi « le rôle unique et central des Nations Unies pour assurer le leadership et la coordination » de l’assistance internationale aux pays affectés.


Soulignant les défis qui se présentent aux pays en développement en matière de résilience, le représentant a appelé la communauté internationale et le système des Nations Unies « à les aider à développer leurs capacités humanitaires, leurs connaissances et leurs institutions, notamment par le biais des transferts de compétences ou de technologies, les financements et l’expertise ».  Il a insisté sur « la nécessité d’assurer des financements sûrs et souples » pour l’assistance humanitaire, avant de se féliciter de l’attention portée à la transition des opérations d’urgence à la reconstruction et au développement.  Rappelant que l’assistance humanitaire ne devrait « pas être perçue comme un mécanisme isolé », il a souhaité qu’elle soit dispensée, à l’avenir, « de manière à soutenir la reconstruction et le développement à long terme » des pays affectés.


M. NICHOLAS EMILIOU (Chypre) a rappelé que l’Union européenne, au nom de laquelle il s’exprimait, réitérait son ferme appui au travail du coordonnateur humanitaire.  Son rôle efficace sur le terrain, a-t-il souligné, reste crucial pour la délivrance effective de l’assistance humanitaire.  L’Union européenne défend avec ferveur, a-t-il dit, le renforcement continu du système humanitaire international.  Le représentant a ajouté que l’Union européenne insistait sur la mise en œuvre du programme de transformation à un niveau opérationnel, et reconnaissait que cela exige une attention particulière sur les trois piliers importants que sont le leadership, la coordination et la responsabilité.  Le leadership humanitaire est un élément central pour garantir une réponse humanitaire coordonnée et efficace, a indiqué le représentant.  Les coordonnateurs résidents jouent, pour leur part, un rôle particulièrement important pour aider à préserver l’espace humanitaire à travers une défense forte des principes humanitaires, a-t-il ajouté.  L’Union européenne salue les efforts entrepris par les acteurs humanitaires pour renforcer la responsabilité des acteurs concernés, en particulier les populations touchées.  Celles-ci sont au centre de l’action humanitaire et leur participation active est essentielle pour offrir une assistance qui réponde le mieux à leurs besoins.  L’Union européenne rappelle que l’intensité et la fréquence des catastrophes naturelles étaient en hausse et que les besoins humanitaires persistaient en raison des conflits armés.  Le représentant a par ailleurs indiqué que l’Union européenne était fermement convaincue que le renforcement d’un partenariat mondial en matière d’assistance humanitaire était nécessaire pour répondre efficacement à ces défis.


M. GYAN CHANDRA ACHARYA (Népal), s’exprimant au nom des pays les moins avancés (PMA), a indiqué que ces pays étaient souvent confrontés aux inconvénients de la mondialisation plus que tous les autres.  Les PMA, a-t-il fait remarquer, doivent faire face aux conflits, à une intensité et une fréquence accrues des catastrophes naturelles, à l’insécurité alimentaire et à d’autres problèmes.  Le représentant a rappelé qu’en 2011, 302 catastrophes naturelles avaient eu lieu dans le monde, emportant 29 870 vies humaines, touchant 206 millions de personnes et causant 366 milliards de dollars de dégâts économiques, ce qui était un record absolu.  Pour le Népal, il s’agit de comprendre le lien entre la réduction des catastrophes et le développement, en appelant de même à une réflexion appropriée sur l’agenda de développement post-2015.  Le représentant a par ailleurs dit que les moyens de mise en œuvre et le financement adéquat pour la préparation aux situations d’urgence restaient une question cruciale pour les Nations Unies et ses partenaires.  Les financements pour aider les pays à se préparer sont souvent des financements ad hoc et sans cohérence.  Par conséquent, des mécanismes de financement appropriés et bien dotés en moyen financier doivent être mis en place, a-t-il souhaité.


M. GONZALO ROBLES (Espagne) a souligné l’importance du rôle que jouent les coordonnateurs humanitaires qui sont chargés, notamment, de créer des synergies entre les différents acteurs et institutions humanitaires et d’encourager un financement axé sur les résultats.  C’est pourquoi, il a plaidé pour que les personnes recrutées à ce poste aient les compétences requises, notamment un grand sens du leadership.  Il a ensuite indiqué que son pays avait mené une évaluation indépendante de la qualité des propositions de financement présentées par les différentes institutions du système des Nations Unies, en précisant que cette évaluation avait révélé de nombreuses déficiences.  M. Robles a proposé de mettre en place des normes minimales pour le financement de projets qui prennent notamment en compte les besoins et les situations des institutions chargées du projet.  En ce qui concerne la sécurité alimentaire, il a plaidé pour l’adoption d’une approche basée sur la prévention des risques, à chaque niveau de décision et en conformité avec les engagements de Hyogo.


M. GRIGORY USTINOV (Fédération de Russie) a rappelé l’adhésion de son pays « aux principes de l’assistance humanitaire contenus dans les différentes résolutions de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC ».  Il a ensuite estimé « inacceptable la manipulation des problèmes humanitaires à des fins politiques, en particulier dans les zones de conflit », en considérant que cela « constituait une violation des principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance de l’assistance humanitaire » et « ne contribuait pas à réduire les souffrances de la population mais aggravait, au contraire, la situation ».  Se ralliant aux conclusions de la Coordonnatrice des secours d’urgence des Nations Unies sur les moyens de renforcer l’efficacité de la réponse humanitaire onusienne, le représentant a souligné « le rôle majeur des gouvernements des États affectés dans le lancement, l’organisation, la coordination et la fourniture de l’assistance humanitaire sur leur territoire national ».  Il a également rappelé que « le rôle de la communauté internationale visait à compléter les efforts des gouvernements ».


Soutenant également « l’inclusion de mesures de développement à court et moyen termes dans les opérations d’assistance humanitaires d’urgence », le représentant a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités humanitaires aux niveaux national et local, en particulier « pour améliorer les mécanismes de réponses des États et les instruments de réduction des risques ».  Il a également souligné « le besoin pour les coordonnateurs résidents et les coordonnateurs humanitaires de coopérer plus étroitement avec les gouvernements des pays concernés ».  Avant de conclure, le représentant de la Fédération de Russie a mis l’accent sur l’usage de matériels militaires dans les opérations d’assistance humanitaires.  Il est important, a-t-il dit, « de préserver le caractère démilitarisé » de celles-ci.  Ces pratiques ne doivent être utilisées « qu’en dernier recours », a-t-il souhaité, en insistant sur le rôle du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de « garant du caractère civil de l’assistance humanitaire internationale. »


M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a estimé que les chiffres alarmants de 51 millions d’individus, en 2012, nécessitant une aide humanitaire, dont 10,4 millions de personnes touchées par la sécheresse dans la corne de l’Afrique et 15 millions souffrant des effets de la crise alimentaire dans la région du Sahel, illustraient l’ampleur des besoins que la communauté internationale était appelée à satisfaire.  Dans ce contexte, il a estimé que la résilience devrait reposer sur une approche à long terme axée sur le développement et qui mette l’accent sur la prévention, la préparation et l’analyse des vulnérabilités. 


M. Loulichki a également souligné que la prise de décisions dans le cadre de l’action humanitaire ne pouvait pas être efficace en l’absence de données et d’informations vérifiées, actualisées et adaptées aux besoins des populations affectées.  « L’évaluation des besoins doit reposer sur des indicateurs fiables et précis dans le cadre d’une optique de développement au sens large », a-t-il déclaré.  Enfin, il a également fait remarquer que l’échange d’informations entre les États Membres et les acteurs humanitaires était de nature à améliorer l’intervention, à permettre une allocation optimale des ressources disponibles et à faciliter l’adoption de normes internationales communes en la matière.


M. EINAR HEBOGAARD JENSEN (Danemark) a salué les progrès réalisés dans le domaine de l’aide humanitaire en matière de gestion et de performance, mais a cependant considéré que divers domaines pouvaient encore être renforcés par des initiatives accrues.  Il a mis l’accent sur le renforcement du mandat des coordonnateurs des opérations humanitaires, sur la nécessité d’intégrer dans les réponses humanitaires des objectifs à long terme en matière de sortie de crise et de résilience, ainsi que sur la nécessité de construire des nouveaux partenariats.  S’agissant des coordonnateurs des opérations humanitaires, il a tout particulièrement insisté sur le rôle clef qu’ils jouent sur le terrain en vue d’assurer que l’ONU soit un acteur efficace et puisse exercer son influence sur la réponse humanitaire, comme ce fut le cas, par exemple pendant le conflit au Soudan du Sud.


En ce qui concerne l’incorporation d’objectifs à long terme en matière de résilience, M. Jensen a estimé que les crises qui touchent la corne de l’Afrique et le Sahel mettaient clairement l’accent sur la nécessité d’une prévention et d’une alerte précoce.  Il a fait remarquer qu’on considérait régulièrement que la résilience devrait être uniquement la tâche des acteurs humanitaires alors que toutes les mesures devraient aussi être prises par les acteurs de développement pour renforcer la résilience.  « Aujourd’hui, plus de 25% de la population somalienne a été déplacée et plus de 350 000 personnes ont été forcées à fuir leur foyer dans le nord du Mali.  Cette situation est le résultat direct des conséquences de la crise du développement et la solution n’est pas uniquement humanitaire », a-t-il fait remarquer.


M. MANUEL BESSLER (Suisse) a fait siennes les conclusions du rapport du Secrétaire général, en soulignant notamment « le besoin de renforcer la coordination, la direction et la responsabilité dans les réponses humanitaires » fournies par la communauté internationale.  Il a également salué les recommandations de l’Agenda pour le changement (« Transformative Agenda ») du Comité permanent interorganisations (IASC).  Le représentant a ensuite défendu le développement et le renforcement des partenariats qui permettront à l’assistance humanitaire, a-t-il dit, « d’être plus efficace et plus adaptée ».  Il a insisté sur la nécessité de consolider la collaboration avec les structures locales, nationales et régionales, afin d’améliorer aussi la préparation aux catastrophes naturelles.  Il a notamment appelé à la création de mécanismes de coopération adaptée à cette nouvelle architecture.


Concernant l’accès de plus en plus difficile aux populations affectées par des conflits armés, M. Bessler a rappelé qu’il incombait en premier lieu aux États touchés par un conflit d’assurer l’accès de l’aide humanitaire.  Il a précisé que la Suisse s’apprêtait à tester « deux instruments » qu’elle a développés « pour obtenir et maintenir l’accès aux populations en zone de conflit ».  Le représentant a ensuite rappelé que « pour briser le cercle vicieux de l’assistance humanitaire », le renforcement de la résilience des pays affectés était essentiel, en estimant notamment qu’une « meilleure coordination était nécessaire entre acteurs humanitaires et acteurs du développement ».  Il a déploré que, dans ce domaine, la préparation, la planification et les ressources financières allouées soient « très insuffisantes ».


Mme ANNE ANDERSON (Irlande) a estimé qu’il faudrait engager la communauté des donateurs, qui a notablement évolué au cours de ces dernières années, et mettre en place des partenariats avec les donateurs et organisations présentes dans le monde arabo-musulman.  Soulignant l’importance d’établir des partenariats stratégiques efficaces, elle a rappelé que le relèvement après une catastrophe naturelle était d’abord le fait des communautés touchées par cette catastrophe.  Il faut également renforcer leurs capacités de résistance, a-t-elle poursuivi, en ajoutant que le soutien accru de la communauté internationale aux acteurs nationaux ne devait pas se traduire par la création de nouvelles structures.  La représentante a aussi plaidé pour une plus grande cohérence dans la programmation et le financement des secteurs humanitaire et du développement.  Enfin, elle a rappelé les principes qui devaient guider l’action humanitaire de la communauté internationale, au nombre desquels elle a cité l’impartialité, l’indépendance et l’humanité.


M. JOAQUIN MAZA MARTELLI (El Salvador) a souligné la nécessité, d’une part, de mettre en place des systèmes pour soutenir la prise de décisions humanitaires fondées sur des données factuelles et celle, d’autre part, d’élargir et d’approfondir les partenariats en prévision des interventions humanitaires.  Des études de qualité doivent être menées pour produire des données scientifiques à même de guider les interventions humanitaires, ce qui appelle la mise en place de mécanismes de traitement de ces données, a-t-il poursuivi.  Le représentant a ensuite plaidé pour le renforcement des capacités des pays afin de mener une évaluation précoce des dommages causés par une catastrophe naturelle.  Il a indiqué que le projet de résolution soumis à l’ECOSOC devrait entériner une démarche qui vise au renforcement de la résilience et exige des investissements continus dans la prévention des catastrophes.


Mme YANERIT MORGAN (Mexique) a insisté sur la nécessité d’investir dans la prévention des catastrophes naturelles et dans la réponse à y apporter.  Elle a mis l’accent sur la normalisation des bases de données qui permettront aux États de prendre des décisions fondées sur les nécessités du terrain.  Elle a réitéré l’importance des échanges d’informations, de données et de technologies entre les États Membres, la communauté humanitaire internationale et les équipes locales, et ce, afin d’apporter une réponse humanitaire plus efficace.  « Les preuves scientifiques peuvent nous alerter sur les conséquences des changements climatiques en ce qui concerne la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles qui en découlent », a-t-elle souligné. 


M. OYSTEIN LYNGROTH (Norvège) a indiqué que chaque fois que cela était possible, la communauté internationale devrait renforcer la capacité des gouvernements en travaillant plus directement avec les personnes dans le besoin.  Il a ajouté que les gouvernements avaient la responsabilité première de porter assistance et de protéger leurs populations.  La réponse de la communauté internationale doit, par conséquent, passer de l’assistance à la coopération.  Comme l’explique le rapport du Secrétaire général de l’ONU, il est important d’établir des partenariats pour une assistance humanitaire plus efficace.  « Nous sommes conscients de ce que la création d’un système humanitaire plus inclusif et l’élargissement de la base des partenariats stratégiques constituent un processus à long terme qui exige d’être réexaminé de manière régulière », a-t-il dit.  La Norvège, a assuré son représentant, appuie les efforts entrepris par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires visant à promouvoir une réponse humanitaire coordonnée dans le but de sauver des vies et d’offrir une meilleure protection pour les populations dans le besoin.


Mme ELIZABETH COUSENS (États-Unis) a souhaité que les organisations humanitaires approfondissent et poursuivent leur apprentissage sur le terrain, tout en se félicitant des engagements de l’ONU en vue de déployer sur le terrain des équipes expérimentées dès le début des catastrophes.  Elle a indiqué que son pays restait à l’écoute du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) afin de déterminer les moyens d’améliorer les secours d’urgence et a estimé que les partenariats visaient à assurer une aide bien ciblée.  Mettant l’accent sur le partage de l’information, elle a souligné que les États-Unis attachaient une grande importance à la formation, à la planification et à la coordination des efforts afin d’aider ceux qui sont dans le besoin.  Elle a noté que les partenariats étaient particulièrement importants pour renforcer la résilience.  Enfin, la représentante a lancé un appel à tous pour que soit respectée la sécurité des travailleurs de l’aide humanitaire.


M. NANCY BUTIJER (Croatie) a rappelé que la résolution 46/182 de l’Assemblée générale était la clef de voûte du cadre humanitaire des Nations Unies.  Pour sa délégation, le renforcement de la réponse humanitaire pour venir en aide aux populations dans le besoin à temps, de manière efficace et responsable, exige une coopération entre les États Membres et le leadership des Nations Unies.  Le représentant a souligné que les problèmes de l’accès et de la sécurité des travailleurs humanitaires étaient, aujourd’hui, des préoccupations majeures.  Il est également essentiel d’améliorer l’efficacité de l’aide humanitaire.  La Croatie réaffirme son soutien au travail de la Coordonnatrice des secours d’urgence visant à renforcer le système de réponse humanitaire.  Avant de conclure, le représentant a souligné que le défi le plus important était le plein respect des principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance qui sont fondamentaux pour garantir pleinement l’efficacité de l’aide humanitaire.


M. OSCAR LEON GONZÁLEZ (Cuba) a rappelé que les principes de neutralité et d’indépendance devraient gouverner l’aide humanitaire, qui doit en outre être sollicitée par les États touchés par une catastrophe naturelle.  L’assistance humanitaire est une question de morale, a-t-il fait valoir.  Le représentant a ensuite indiqué qu’il incombait à la communauté internationale de renforcer les capacités de résistance des pays en développement.  Ces derniers devraient, à cet égard, pleinement bénéficier du transfert des technologies nécessaires, a-t-il déclaré.  Cuba, a-t-il assuré, a renforcé l’efficacité de son système d’alerte rapide et établi des partenariats avec des pays d’Amérique latine en ce qui concerne la gestion des risques.


Mme MARIA RUBIALES DE CHAMARRO (Nicaragua) a rappelé que son pays était très vulnérable aux catastrophes naturelles, du fait de leur fréquence et de leur nature diverse.  Le Nicaragua a connu des développements positifs face aux situations d’urgence provoquées par des événements indésirables car le Gouvernement du Nicaragua a promu l’idée de communauté et les organisations de prévention dans toutes les régions à risque du pays.  Le représentant a ensuite évoqué la politique des pays d’Amérique centrale pour une action intégrée en matière de prévention des catastrophes, en expliquant que cette politique renforçait la coordination des efforts des pays de la région pour faire face aux catastrophes.  Par ailleurs, le représentant a rappelé le mécanisme régional du SICA, qui prévoit une assistance mutuelle pendant les crises.  C’est un instrument qui permet aux pays d’Amérique centrale d’agir solidairement pour assister un ou plusieurs pays touchés par une catastrophe.  Il a par ailleurs expliqué que ce mécanisme fonctionnait en accord avec le processus de réforme humanitaire qui guide l’assistance humanitaire et la reconstruction au niveau international.


M. GARY QUILAN (Australie) s’est félicité des conclusions du rapport du Secrétaire général.  Sa délégation, a-t-il dit, insiste sur la nécessité de renforcer l’efficacité de l’assistance humanitaire.  Les catastrophes naturelles récurrentes soulignent, a-t-il dit, l’importance de la préparation, de la construction, de la résilience et de la réduction des risques.  « Investir sauve des vies humaines, des biens et le bétail et contribue à réduire les coûts des réponses d’urgence et de la reconstruction », a-t-il estimé.  Le représentant a ensuite souhaité le renforcement des partenariats « afin de développer de nouvelles initiatives et de nouvelles opportunités » de bâtir la résilience des communautés et pays affectés.  Il a cité en exemple le Plan stratégique de gestion et de réduction des risques ANASE-ONU, mis en place pour la période 2011-2015, qui rassemble 240 experts de 24 pays de la région.  Il a également mis l’accent sur le système de collecte de données, indispensable pour la prise de décisions et l’efficacité de la réponse humanitaire, qui a été créé conjointement par l’Australie et l’Indonésie.


M. Quilan a estimé par ailleurs que la communauté internationale devrait faire « plus pour s’adapter aux pays » dans lesquels elle intervient.  Saluant les initiatives en faveur du renforcement de la coordination entre les différents acteurs de l’assistance humanitaire, il a appelé toutes les institutions concernées du système de l’ONU à mettre en œuvre les recommandations de l’Agenda pour le changement (« Transformative Agenda ») du Comité permanent interorganisations.  Après avoir insisté sur les liens entre assistance humanitaire et développement, le représentant a souligné le besoin d’harmoniser les réponses d’urgence et les stratégies de développement, en appelant également les donateurs à faire preuve de plus de souplesse dans leur financement.  En conclusion, il a souligné l’importance « d’inclure les communautés des pays affectés dans la préparation, la mise en œuvre et l’évaluation de l’action humanitaire ».


Mme ULLA-MAIJA FINSKAS (Finlande) a indiqué que beaucoup restait encore à faire dans la mise en œuvre du programme transformateur du Comité permanent interorganisations.  La valeur ajoutée de ce programme doit être diffusée dans tout le système des Nations Unies, y compris auprès des institutions opérant sur le terrain, a-t-elle indiqué, en ajoutant qu’une coordination efficace permettrait de sauver des vies et d’économiser des ressources.  Elle a expliqué que les questions relatives à l’efficacité des réponses humanitaires, la coordination et le leadership étaient étroitement liés et devraient être traités d’une manière cohérente au sein de toutes les entités concernées du système des Nations Unies.  Elle a souligné la nécessité d’harmoniser les pratiques d’évaluation des institutions humanitaires afin de fournir un meilleur appui au coordonnateur humanitaire et de promouvoir un système humanitaire plus efficace. 


M. WANG HONGBO (Chine) a souligné que la priorité principale résidait dans une meilleure coordination des ressources internationales et un renforcement des capacités des pays affectés.  Faisant siennes les conclusions du rapport du Secrétaire général, il a appelé la communauté internationale à « développer des partenariats humanitaires » et à « renforcer la coordination » entre les multiples acteurs qui interviennent aujourd’hui dans les opérations d’assistance.  Il est important cependant de permettre aux pays affectés de « jouer leur rôle de chef de file, tant dans la préparation aux catastrophes naturelles, que dans les secours d’urgence et la reconstruction postcatastrophe.  « Les gouvernements doivent avoir la responsabilité première du lancement, de l’organisation, de la coordination et de la fourniture de l’assistance humanitaire », a-t-il insisté.


Le représentant a ensuite estimé que la communauté internationale devrait « prendre des mesures efficaces et ciblées permettant de renforcer les capacités des pays affectés », notamment pour qu’ils disposent « de leurs propres infrastructures et de leur propre système de collecte de l’information sur le terrain ».  Il a d’ailleurs souhaité que la communauté internationale continue à aider les pays en développement à renforcer leurs capacités, avant de conclure en rappelant l’engagement de son pays « à prendre une part active dans la coopération humanitaire internationale » et « à contribuer au développement des capacités nationales » de réponse et d’anticipation.


M. XOLELA NOFUKUKA (Afrique du Sud) a souligné le rôle de chef de file que jouent les autorités gouvernementales des pays touchés par une catastrophe dans la coordination et l’organisation de l’assistance humanitaire.  Il a ensuite exhorté les pays donateurs à garantir un financement pérenne et prévisible afin de répondre au mieux aux défis humanitaires.  Il a rappelé que les principes de neutralité et d’indépendance devraient gouverner l’assistance humanitaire fournie par les Nations Unies.  Il s’est également dit convaincu que l’assistance humanitaire aille au-delà de la fourniture d’une aide d’urgence et appuie le développement à long terme.  En conclusion, il a plaidé pour une intégration de la perspective sexospécifique dans la fourniture de l’assistance humanitaire et souligné une nouvelle fois la nécessité d’investir en faveur du renforcement des capacités humanitaires des pays en développement, par le biais notamment de transferts de technologie et d’expertise.


M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a souligné que son pays considérait que l’assistance humanitaire devrait accorder la priorité à la sécurité humaine et au respect des droits de l’homme.  Il a ensuite loué le travail du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ainsi que les tâches accomplies par les travailleurs humanitaires sur le terrain.  Après le séisme et le raz-de-marée de 2010, le Chili a mis en place des mécanismes destinés à renforcer sa réponse aux catastrophes naturelles, a-t-il assuré.  Le représentant a ensuite réaffirmé que l’ONU jouait un rôle de « catalyseur » dans la coordination des activités efforts entrepris par les gouvernements et les organismes de secours.  Il a aussi expliqué que l’expérience de cette catastrophe avait permis de renforcer les alliances et les partenariats à tous les niveaux, en particulier avec le secteur privé et la société civile, en vue de renforcer la préparation et la résilience à ce type d’événement.


M. SHULAMIT DAVIDOVICH (Israël) a rappelé que son pays avait « une longue tradition en matière d’assistance humanitaire ».  Il a indiqué que son gouvernement avait participé à différentes initiatives d’assistance internationale, par le biais de l’Agence israélienne d’aide humanitaire et au développement, MASHAV.  Il a cité l’aide apportée après les inondations à Fidji, l’incendie dans la prison de Comayagua (Honduras), l’explosion de munitions à Brazzaville (Congo) en mars dernier, ou la crise alimentaire qui frappe actuellement le Sahel.  Insistant ensuite sur l’importance centrale de la préparation, le représentant a souligné qu’il était « essentiel d’investir en faveur de la réduction des risques de catastrophes », en rappelant que les coûts de ces investissements sont moins élevés que ceux des opérations d’urgence et de reconstruction. 


Dans ce contexte, il a énuméré les actions menées par son pays pour la préparation et la formation d’équipes de médecins, de secouristes, d’infirmiers dans différents pays, sous la forme de cours théoriques ou d’exercices pratiques.  Le représentant s’est félicité de la participation de son pays à l’Équipe des Nations Unies pour l’évaluation et la coordination en cas de catastrophe.  En conclusion, il a rappelé que « la construction de communautés résilientes exigeait une préparation à tous les niveaux ».  « La coordination entre secteur public, secteur privé et organisations non gouvernementales, est la clef du succès aux niveaux national, régional et international, a-t-il assuré.


M. JAKOB HALLGREN (Suède) a estimé que plusieurs tendances étaient soulignées dans le rapport sur Secrétaire général sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes de l’ONU, notamment l’accroissement des besoins humanitaires et les difficultés de plus en plus grandes liées aux violations des droits de l’homme sur le terrain.  Il a ensuite souligné que son pays appuyait une évaluation fiable des risques, avant de mettre l’accent sur la nécessité d’assurer une transparence et un accès à des informations précises en la matière.  Le représentant a aussi souligné la nécessité de mettre en œuvre le programme de transformation afin d’encourager la transparence et l’amélioration des résultats.  En matière d’action commune, il a souligné l’importance du leadership régional en faveur de la coordination humanitaire.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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