L’ECOSOC débat des moyens de promouvoir la capacité de production et la création d’emplois dans un environnement économique fragilisé par la dette

3 Juillet 2012
ECOSOC/6524

L’ECOSOC débat des moyens de promouvoir la capacité de production et la création d’emplois dans un environnement économique fragilisé par la dette

03/07/2012
Conseil économique et social
ECOSOC/6524
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social                               

Session de fond de 2012                                    

15e & 16e séances – matin & après-midi                      

L’ECOSOC DÉBAT DES MOYENS DE PROMOUVOIR LA CAPACITÉ DE PRODUCTION ET LA CRÉATION D’EMPLOIS

DANS UN ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE FRAGILISÉ PAR LA DETTE

Le dialogue avec les institutions financières et commerciales a été l’occasion

pour les délégations de souligner le caractère contreproductif des mesures d’austérité

Le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) a débattu aujourd’hui de l’importance capitale que revêt la stimulation des capacités de production et l’accroissement du nombre d’emplois décents, à la fois à court terme, pour remédier aux graves conséquences d’une crise prolongée de l’emploi, et à plus long terme, pour rendre la croissance économique plus durable, mieux partagée, et plus équitable.  

Les délégations étaient, pour l’Examen ministériel de ce jour, saisies d’une série de rapports de l’ECOSOC sur la situation et les perspectives économiques mondiales1.  « L’économie mondiale se retrouve dans une spirale qui l’entraîne à la baisse en raison des politiques d’austérité », a prévenu Mme Frances Stewart, Présidente du Comité des politiques de développement, en présentant par visioconférence le rapport élaboré par son Comité.  

Au cours de la matinée, le dialogue de politique générale de haut niveau avec les institutions financières et commerciales internationales2, qui était animé parM. Sha Zukang, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a offert à l’ensemble des intervenants l’opportunité d’exprimer des regrets concernant l’absence d’une réelle gouvernance mondiale qui aurait permis à la communauté internationale de faire face de manière coordonnée aux crises économique et financière mondiales.

Aux côtés de M. Supachai Panitchpakdi, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), sont intervenus M. Min Zhu, Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI); Mme Valentine Rugwabiza, Directrice générale adjointe de l’Organisation mondiale du commerce; et M. Hans Timmer, Directeur du Groupe perspectives de développement de la Banque mondiale.  Ils ont noté que le processus de désendettement des banques, des entreprises et des ménages perturbe le flux normal du crédit, ainsi que la demande en matière de consommation et d’investissements.  En second lieu, ont-ils relevé, le chômage, qui est à la fois une cause et une conséquence de l’absence de reprise économique, reste très élevé.  Pointant du doigt un troisième facteur négatif, les experts ont relevé que les mesures d’austérité budgétaire visant à endiguer la dette publique ne font que freiner la croissance économique et donc la possibilité pour les États de bénéficier de meilleures rentrées fiscales, ce qui complique encore davantage le retour à un degré d’endettement tolérable.  Enfin, bouclant le cercle vicieux dans lequel est enfermée l’économie mondiale, les quatre panélistes ont estimé que les risques liés à la dette souveraine accumulée par les banques et la faiblesse de l’économie entretiennent la fragilité du secteur financier.

Regrettant l’absence d’une réelle gouvernance économique mondiale et mettant en garde contre les dangers posés par la raréfaction du crédit et des financements, le Secrétaire général de la CNUCED a appelé les États Membres à prendre des mesures urgentes à court terme pour compenser la baisse des fonds versés par les donateurs traditionnels à l’aide au développement.  Il a prévenu qu’il ne suffisait plus, pour sauver l’économie et le commerce mondial, de se réunir périodiquement et de s’entendre autour d’un document final.  Quant à la question posée par la crise de la dette souveraine, le représentant du FMI a estimé que la situation ne devrait s’assainir que vers 2015, date à laquelle les pays affectés devraient parvenir à un ratio dette/PIB de 113 à 115%.  La Directrice générale adjointe de l’OMC a pour sa part jugé indispensable la conclusion d’un accord commercial multilatéral qui assouplirait les procédures douanières.  Elle a dénoncé les pratiques protectionnistes adoptées par certains États et a noté que la croissance du commerce mondial, qui est passée d’un taux de 13,1% en 2010 à 6,6% en 2011, ne serait que de 4,1% en 2012.

S’agissant tout particulièrement du chômage, de nombreux intervenants ont précisé que d’après les projections de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le nombre de personnes au chômage dans le monde devrait continuer à progresser pour atteindre 200 millions -dont 75 millions de jeunes et 84 millions de femmes- en 2012 et 206 millions en 2016.  À mesure que le chômage s’installe dans la durée, ses effets dévastateurs sur les individus, sur les familles ainsi que ses effets négatifs sur la cohésion sociale iront en s’aggravant, ont-ils averti.

Notant que l’économie mondiale ne créera probablement dans les deux ans à venir que la moitié des 80 millions d’emplois nécessaires pour revenir aux taux d’emploi qui existaient avant la crise, le représentant du Chili, qui s’exprimait au nom des pays de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), a dit que la situation internationale requiert une réponse mondiale et concertée qui peut voir le jour à travers une participation universelle, démocratique et équitable de toutes les composantes de la communauté internationale.  Tous les pays, y compris ceux en développement, doivent contribuer à l’élaboration des solutions nécessaires, a-t-il souligné.

La plupart des 20 délégations intervenues cet après-midi ont jugé indispensables la conception et la mise en œuvre de politiques macroéconomiques favorables au renforcement de la productivité et à la création d’emplois décents.

Parallèlement au débat général, l’ECOSOC a aussi entendu cet après-midi les « Exposés nationaux facultatifs » du Kenya (E/2012/57), de Maurice (E/2012/54) et du Qatar (E/2012/55) qui ont été présentés respectivement par M. John Munyes Kiyong’a, Ministre du travail du Kenya; M. Vasant Kumar Bunwaree, Ministre de l’éducation et des ressources humaines de la République de Maurice; et M. Saleh bin Mohammed Al Nabit, Chef du Secrétariat général pour la planification et le développement du Qatar.

L’ECOSOC entamera la troisième journée de sa session de fond de 2012, jeudi le 5 juillet, à partir de 10 heures, en poursuivant son débat général. 

1E/2012/15, E/2012/15/ADD.1, E/2012/15/ADD.2 et E/2012/74 et E/2012/12, E/2012/33 (Supp. No 13), E/2012/63 et E/2012/73;

2E/2012/50 et E/2012/72.

DIALOGUE DE POLITIQUE GÉNÉRALE DE HAUT NIVEAU AVEC LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES ET COMMERCIALES INTERNATIONALES (E/2012/50 ET E/2012/72)

Animé par M. SHA ZUKANG, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales (DAES), ce dialogue a vu la participation de M. SUPACHAI PANITCHPAKDI, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED); M. MIN ZHU, Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI); Mme VALENTINE RUGWABIZA, Directrice générale adjointe de l’Organisation mondiale du commerce (OMC); et M. HANS TIMMER, Directeur du Groupe perspectives de développement de la Banque mondiale

Le dialogue a été, pour les panélistes et les délégations, l’occasion d’exprimer leur regret concernant l’absence d’une réelle gouvernance économique mondiale et d’appeler au déploiement d’efforts plus concertés et plus cohérents à l’échelle nationale et internationale pour sortir du cercle vicieux du désendettement, du chômage, de l’austérité budgétaire et de la fragilité du secteur financier.  Il ne suffit plus de se réunir de temps en temps et de s’entendre autour d’un beau document final, a prévenu le Secrétaire général de la CNUCED, en appelant la communauté internationale et les États Membres à prendre des mesures urgentes à court terme pour compenser la diminution des fonds provenant des donateurs traditionnels affectés par la crise de la dette souveraine.   

Si tous les intervenants se sont inquiétés de la morosité des perspectives économiques et des graves risques de ralentissement, certains ont estimé contre-productifs les efforts déployés pour rétablir la durabilité de la dette au moyen de politiques d’austérité budgétaire.  Pour ce débat, les intervenants étaient saisis d’un rapport de l’ECOSOC intitulé « Situation et perspectives de l’économie mondiale à la mi-2012 »** (E/2012/72) qui dépeint une situation et des perspectives de l’économie mondiale préoccupantes. 

Malgré de légères améliorations observées dans quelques pays après la relance de l’économie en 2010, le ralentissement marqué de la croissance mondiale au cours de l’année 2011 a porté obstacle à la création d’emplois.  Pour mettre un terme au cercle vicieux ainsi déclenché, il nous faut des politiques nationales et internationales mieux concertées sur plusieurs fronts associant, dans les économies développées, le désendettement, la hausse du chômage, l’austérité budgétaire et la fragilité du secteur financier, a insisté le Secrétaire général aux affaires économiques et sociales.  M. Zukang a précisé qu’après une croissance de 2,7% du produit mondial brut (PMB) en 2011, les tendances montrent qu’on va vers une croissance mondiale de 2,5% en 2012 et de 3,1% en 2013. 

Les intervenants ont noté que le processus de désendettement des banques, des entreprises et des ménages perturbe le flux normal du crédit ainsi que la demande en matière de consommation et d’investissements.  En second lieu, le chômage, qui est à la fois une cause et une conséquence de l’absence de reprise économique, reste important.  En troisième lieu, les mesures d’austérité budgétaire visant à endiguer la dette publique ne font que freiner la croissance économique, ce qui complique encore davantage le retour à un degré d’endettement tolérable, ont relevé les participants au dialogue.  Enfin, en quatrième lieu, les risques liés à la dette souveraine accumulée par les banques et la faiblesse de l’économie entretiennent la fragilité du secteur financier, à laquelle on tente de répondre par la poursuite des efforts de désendettement, ont-ils noté.

Au-delà de ces constats, M. Zukang a proposé quatre options politiques: des politiques fiscales justes; des politiques nationales plus durables; s’attaquer aux causes principales de l’instabilité des marchés; et accroître les flux financiers vers les pays en développement.

Le Secrétaire général de la CNUCED s’est pour sa part inquiété du manque d’harmonie entre les politiques commerciales et environnementales et de l’essoufflement de l’économie de la Chine, qui a été ces dernières décennies à la fois la locomotive et l’épine dorsale de la relance au niveau mondial, grâce à sa croissance à deux chiffres.  Il a jugé indispensable que les salaires y soient renforcés pour pouvoir renforcer la consommation intérieure et stimuler ainsi la croissance, alors que la situation montre une baisse du salaire moyen.  Il s’est inquiété qu’au niveau mondial, dans le secteur privé, on assiste au retour des mauvaises pratiques bancaires qui ont contribué à la crise financière de 2008-2009, dont le versement de bonus aux montants excessifs, la manipulation des taux d’intérêt, et la pratiques des produits dérivés basés sur la spéculation des marchés.  Il est impératif de traiter les lacunes de la gouvernance économique mondiale, a insisté M. Panitchpakdi, en souhaitant la mise en place d’un mécanisme de règlement de la dette souveraine.  Si nous n’éliminons pas les subventions versées à la production et à la consommation des combustibles fossiles, nous ne pourrons pas prendre la voie de Rio+20, a-t-il d’autre part prévenu.

Le monde a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens, a prévenu le Directeur général adjoint du FMI, en rappelant que le désendettement est un processus à long terme et que les pays affectés n’étaient même pas encore au début de ce processus.  Après la conduite de tous les programmes d’assainissement et d’austérité, la situation ne devrait s’assainir que vers 2015, date à laquelle nous devrions parvenir à un ratio dette/PIB de 113 à 115%, a ajouté M. Zhu.  Ce qui compte, c’est de voir l’impact de nos politiques sur les pays à faible revenu, alors que les pays émergents en ce qui les concerne ont perdu une grande partie de la demande de produits de consommation venant des pays avancés en raison d’un ralentissement de l’économie mondiale et de la stagnation des revenus, a-t-il noté.  Les pays à faible revenu font face à d’énormes défis parce que le ralentissement de l’économie mondiale va limiter leurs options fiscales en ce qui concerne la conduite de leurs mesures de lutte contre la pauvreté, a-t-il prévenu.  

Mettant l’accent sur le rôle que joue le commerce dans la mobilisation de ressources substantielles pour le financement du développement, la Directrice générale adjointe de l’OMC s’est particulièrement inquiétée des mesures protectionnistes mises en place depuis 2008 par certains pays.  Elles sont responsables de la perte de 3% du commerce mondial, soit l’équivalent annuel du commerce du continent africain, a-t-elle observé.  Dans les conditions actuelles, la croissance du commerce mondial, qui est tombée de 13,1% en 2010 à 6,6% en 2011, n’atteindra que 4,1% en 2012, a indiqué Mme Valentine Rugwabiza.  Elle a donc estimé qu’un accord commercial multilatéral en faveur de la réduction des procédures douanières serait de nature à générer et garantir de nouveaux flux financiers considérables sans accroître la dette des pays.  Jugeant que « le protectionnisme est aussi mauvais que le cholestérol, car comme lui, il s’accumule lentement », elle a souhaité que l’on facilite l’adhésion des pays les moins avancés (PMA) à l’OMC.  En outre, elle a exhorté les membres de l’ECOSOC à rassembler toutes leurs énergies pour pousser les membres du G-20 à respecter les engagements qu’ils prennent et résister à la tentation du protectionnisme. 

De son côté, le Directeur du Groupe perspectives de développement de la Banque mondiale a jugé irréaliste une reprise rapide de la consommation en Europe tant que des solutions structurelles n’auront pas été appliquées aux économies en difficultés fiscale et économique de ce continent.  Il a cité deux scénarii, caractérisés par la possibilité d’une croissance extrêmement lente durant plusieurs années en Europe ou par celle du déclenchement d’une nouvelle crise mondiale.  Il faut se préparer à de grands changements au cours des 20 prochaines années et se concentrer sur des politiques structurelles audacieuses aux niveaux national et international, a insisté M. Timmer, en prévenant que si l’austérité est la seule politique adoptée, elle s’avèrera en fin de compte être plus une source de problèmes que de solutions, car elle ne fera que créer du chômage.   Si les plans de relance sont importants au lendemain d’une crise, ils ne sont plus productifs quatre ans après s’ils sont les seuls outils mis en œuvre pour doper la croissance, a-t-il prévenu.

Débat interactif

Lançant le débat interactif après les exposés des panélistes, la délégation de l’Union européenne auprès des Nations Unies a expliqué que l’Union européenne est le plus grand contributeur d’aide au développement.  L’Union européenne souhaite en particulier aider les pays en développement à mieux tirer profit des opportunités qui se présentent à eux sur le plan commercial, a-t-il indiqué.

« Quelles politiques structurelles doit-on appliquer dans les pays en développement? », a demandé le représentant de Cuba.  De l’avis du représentant de la Banque mondiale, si certaines politiques de développement ont réussi dans un nombre de pays en développement, c’est grâce aux efforts de leurs gouvernements.  Le Brésil est un excellent exemple de pays qui a réussi à réduire ses inégalités socioéconomiques tout en créant un environnement stable, a-t-il affirmé.  Il a aussi indiqué que la Banque mondiale a pu tripler ses prêts aux pays à revenu intermédiaire et a pu ainsi aider beaucoup de pays à mieux résister au choc de la crise.

Rappelant que le Document final de la Conférence Rio+20 appelle les institutions financières internationales à jouer un certain rôle pour soutenir la mise en œuvre des résultats de cette Conférence, le représentant de la République de Corée a demandé comment ces institutions allaient réagir à ces appels.  Plus précisément, le représentant de la Chine a demandé au représentant du FMI de préciser comment cette institution allait utiliser les nouveaux fonds mis à sa disposition aux fins de l’aide au développement. 

Le Directeur général adjoint du FMI a répondu que les institutions financières internationales allaient continuer à travailler avec les autres organisations, comme notamment l’OIT, pour bien coordonner l’octroi et l’usage de l’aide.  Des milliards de dollars sont consacrés au secteur de l’énergie, et ils devraient permettre de mettre en œuvre les réformes recommandées en la matière.  Mais, a-t-il observé, ce sont en général les pays les plus riches qui reçoivent le plus de subventions pour soutenir leur secteur énergétique.

Le représentant du Népal s’est pour sa part montré préoccupé que les engagements pris par les pays développés soient rarement tenus.  Nous n’avons pas de ressources pour financer des plans de relance, a-t-il fait valoir, en rappelant que tous les États de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) étaient dans la même situation.  La Vice-Directrice générale de l’OMC a rappelé que la Chine avait décidé d’éliminer les quotas et les franchises d’accès à son marché pour toutes les exportations en provenance des PMA, et que l’Inde a décidé de les réduire.

Le Ministre du travail et de la protection sociale de la Namibie a demandé s’il fallait insister davantage sur les mesures d’austérité ou plutôt sur les mesures de relance, soulignant que les deux méthodes ne sont pas faciles à concilier.  « Oui, il est possible de mener de front des politiques visant l’application de mesures d’austérité à court terme et la stimulation de la croissance à long terme », a répondu le Directeur général adjoint du FMI.

Rejetant le protectionnisme, le représentant du Mexique a noté que le Document final de la Conférence Rio+20 encourage le commerce de biens et de services, secteur qui soutient les efforts de protection de l’environnement.  Enfin, le représentant de la République arabe syrienne a demandé quelles mesures efficaces pourraient préserver les pays en développement de mesures économiques, financières et monétaires unilatérales imposées en dehors de la légalité internationale.

« Êtes-vous satisfaits de la gouvernance mondiale, de ses défaillances et de son manque de leadership? » a demandé aux participants, le Secrétaire général de la CNUCED.  « Nous sommes sur un radeau à la dérive, car nous n’avons pas de programme clair pour l’avenir de l’économie mondiale », a-t-il souligné.  Nous ne pouvons pas nous reposer sur les discussions du G-20 qui se réunit deux fois par an, a-t-il d’autre part averti, plaidant pour que soient appliquées des mesures à court terme.  « Personne n’est pleinement satisfait du Document final de Rio+20.  Mais c’était le meilleur document qu’on pouvait élaborer », a conclu le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales qui était le Secrétaire général de la Conférence Rio+20.

EXAMEN MINISTÉRIEL ANNUEL SUR LE THÈME « PROMOUVOIR LA CAPACITÉ DE PRODUCTION, L’EMPLOI ET LE TRAVAIL DÉCENT POUR ÉLIMINER LA PAUVRETÉ À LA FAVEUR D’UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE PARTAGÉE, DURABLE ET ÉQUITABLE À TOUS LES NIVEAUX ET EN VUE DE LA RÉALISATION DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT » (E/2012/12, E/2012/33 (SUPP. NO 13), E/2012/63 ET E/2012/73)

Rapports et documents dont a été saisi l’ECOSOC

L’ECOSOC était saisi d’un projet de résolution (E/2012/12)intitulé « Élimination de la pauvreté », adopté par la Commission du développement social (CDS) lors de sa cinquantième session, le 10 février 2012.  Par ce texte, la CDS recommande notamment à l’ECOSOC d’exhorterles États Membres à poursuivre leur ambitieux travail de recherche de solutions socioéconomiques viables, bénéficiant au plus grand nombre, et plus équitables, mieux équilibrées, plus stables et davantage centrées sur le développement, afin de vaincre la pauvreté et les inégalités.

Le rapport (E/2012/33)sur les travaux de la quatorzième session du Comité des politiques de développement, qui a eu lieu du 12 au 16 mars 2012, explique que, vu le sous-emploi persistant et le chômage croissant de par le monde, l’emploi est devenu une grave préoccupation mondiale.  Il note que les femmes et les jeunes se heurtent encore à des conditions défavorables dans ce domaine, étant particulièrement éprouvés par la récente crise économique mondiale.  Au cours de sa session, le Comité a aussi examiné les grands principes du programme de développement pour la période de l’après-2015.

Le rapport du Secrétaire général (E/2012/63)sur le thème « Promouvoir la capacité de production, l’emploi, et le travail décent pour éliminer la pauvreté à la faveur d’une croissance économique partagée, durable et équitable à tous les niveaux en vue de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement » souligne l’importance capitale que revêtent les politiques visant à stimuler les capacités de production et à accroître le nombre d’emplois décents, pour remédier aux graves conséquences d’une crise prolongée de l’emploi et, à plus long terme pour rendre la croissance économique plus durable, partagée et équitable.  Dans ce document, le Secrétaire général met l’accent sur les mesures et les dispositifs institutionnels qui ont véritablement permis de stimuler la création d’emplois et d’entreprises, de favoriser l’amélioration des compétences et l’intégration aux activités de production, de faciliter les transitions en matière d’emploi, et de faire en sorte que les travailleurs bénéficient d’une protection sociale adéquate et de revenus équitables.

Le Secrétaire général plaide dans ce rapport en faveur de politiques macroéconomiques immédiates, cohérentes et concertées à l’échelle mondiale en vue d’accroître la production, les revenus et le nombre d’emplois de qualité, conformément aux principes et objectifs du Pacte mondial pour l’emploi.  Il demande également que des initiatives distinctes soient prises pour remédier à la vulnérabilité particulière des jeunes des deux sexes sur le marché de l’emploi, mettre en place des socles de protection sociale définis à l’échelle nationale, ceci, en vue de favoriser de meilleures capacités d’adaptation sur les plans social et économique et appuyer une transition équitable vers une économie plus respectueuse de l’environnement.

Il engage les organismes des Nations Unies, les institutions internationales et les donateurs à jouer à cet égard un rôle important en aidant les gouvernements à définir et à mettre en œuvre de manière concertée des mesures réalistes et économiques tout en faisant appel à la participation des milieux d’affaires, de la société civile et des syndicats.

L’ECOSOC a aussi été saisi de l’examen de la contribution à ses travauxde la cinquante-sixième session de la Commission de la condition de la femme (E/2012/73).

DÉBAT THÉMATIQUE SUR LE THÈME « POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES AUX FINS DE LA CAPACITÉ DE PRODUCTION, DE LA CRÉATION D’EMPLOIS, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DE LA RÉALISATION DES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT POUVANT CONTRIBUER À UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE DURABLE, ÉQUITABLE ET PROFITANT À TOUS ET À L’ÉLIMINATION DE LA PAUVRETÉ » (E/2012/15, E/2012/15/ADD.1, E/2012/15/ADD.2 ET E/2012/74)

Présentation des rapports du Secrétaire général

Le rapport du Secrétaire général sur la coopération régionale dans les domaines économique et social et dans les secteurs connexes (E/2012/15), qui a été présenté par le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, explique que l’accroissement du produit intérieur brut (PIB) dans un pays ne s’y est pas toujours traduit par la création d’emplois, notamment pour les jeunes.  Au lendemain de la crise économique mondiale, le taux de chômage des jeunes a augmenté dans de nombreux pays, y compris développés, a-t-il fait remarquer.  La montée du taux de chômage global des jeunes a été plus nette que celle du taux de chômage global des adultes, ce qui conforte l’idée selon laquelle les jeunes sont plus vulnérables aux chocs économiques, a constaté M. Zukang.

Le Secrétaire général préconise donc dans son rapport que les gouvernements investissent dans le renforcement des moyens d’action mis à la disposition des jeunes, notamment par le biais de l’acquisition des connaissances et compétences requises sur un marché du travail étroit et compétitif.  Il suggère de mieux cadrer les systèmes d’enseignement avec les exigences modernes du marché du travail pour faciliter le passage du milieu scolaire à la vie professionnelle.  Il faut aussi tenir compte de la nécessité de créer des emplois de plus en plus « verts » et de meilleure qualité, assortis d’un programme de travail décent.

Le Secrétaire général souligne dans ce rapport l’importance que revêt la coopération régionale dans la promotion d’une approche intégrée du développement durable.  Il rappelle qu’il y a eu, au cours des dernières décennies, une accélération des processus d’intégration et de coopération régionales, notamment dans le domaine du développement durable. 

Deux additifs à ce rapport (E/2012/15/Add.1 et E/2012/15/Add.2) contiennent les résolutions et décisions adoptées à la conférence des ministres africains des finances, de la planification et du développement économique (quarante-cinquième session de la Commission économique pour l’Afrique) qui s’est tenue à Addis Abeba, les 26 et 27 mars 2012.  Ces additifs contiennent également les résolutions et décisions adoptées par la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale à sa vingt-septième session, tenue à Beyrouth des 7 au 10 mai 2012, et celles adoptées par la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique à sa soixante-huitième session, tenue à Bangkok du 17 au 23 mai 2012.

Un autre rapport du Secrétaire général (E/2012/74) intitulé « Politiques macroéconomiques favorisant le renforcement de la capacité de production, la création d’emplois, le développement durable et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, dans le contexte d’une croissance soutenue, équitable, profitant à tous et axée sur l’élimination de la pauvreté », a été présenté par M. Sha Zukang. 

Ce rapport plaide en faveur d’un réexamen des politiques macroéconomiques, compte tenu de la nécessité pressante et fondamentale de créer des emplois et de parvenir au plein emploi.  Au lieu de concentrer tous leurs efforts sur le maintien de la stabilité de variables nominales telles que la dette et l’inflation, les pays devraient faire de la création d’emplois et du plein emploi, un objectif prioritaire de politique macroéconomique, selon le Secrétaire général.  Les politiques macroéconomiques devraient également être alignées sur la nécessité d’augmenter la capacité de production et de parvenir au développement durable.  Les politiques budgétaires, en particulier, devraient appuyer l’investissement public dans ces domaines.  Les politiques monétaires devraient quant à elles garantir la stabilité du secteur financier et soutenir les secteurs productifs, surtout l’agriculture et les petites et moyennes entreprises à forte intensité de main-d’œuvre, tandis que les politiques de change devraient appuyer les secteurs marchands, préconise le Secrétaire général.

Cette configuration des politiques nécessitera peut-être une gestion active des flux de capitaux, indique M. Ban Ki-moon.  Au niveau international, il faut absolument renforcer la coordination globale de manière à créer un environnement porteur pour relever les défis macroéconomiques actuels, en particulier la hausse sans précédent du chômage dans le monde, constate-t-il.

Présentation du rapport du Comité des politiques de développement

Intervenant par visioconférence, Mme FRANCES STEWART, Présidente du Comité des politiques de développement, a présenté aux délégations prenant part à la session de fond de l’ECOSOC, le rapport du Comité des politiques de développement.  Elle a expliqué l’importance des politiques de création d’emplois en soulignant que les peuples, en eux-mêmes, constituent une ressource très précieuse.  Le taux de chômage, trois fois plus élevé chez les jeunes que chez les adultes, compromet la croissance économique et favorise la criminalité, a-t-elle observé.  Recensant les autres difficultés liées à l’emploi, elle a souligné les disparités de salaire existant entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre membres de différents groupes ethniques.  La crise économique et financière est en partie responsable des problèmes d’emploi, mais il y avait déjà des problèmes avant 2008, a-t-elle indiqué. 

Le Comité des politiques de développement appelle les gouvernements à adopter et à mettre en œuvre des politiques anticycliques et à faire preuve de prudence dans la régulation de leurs systèmes financiers et des flux de capitaux, ainsi que dans la conduite des réformes financières.  Mme Stewart a cependant expliqué que la politique macroéconomique n’est pas le seul moyen d’accélérer la création d’emplois.  Il faut aussi adopter une stratégie proactive pour soutenir la diversification structurelle de l’économie, a-t-elle conseillé.  En outre, elle a appelé à s’appuyer sur les énergies propres et à soutenir les mesures d’adaptation de l’économie aux changements climatiques.  Le Comité souligne aussi le rôle important que jouent les petites et moyennes entreprises et le secteur de l’agriculture pour garantir la création d’emplois, a-t-elle indiqué.

DÉBAT GÉNÉRAL DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU

Prenant la parole au nom des États du Groupe des 77 et de la Chine, M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) s’est inquiété que les crises économique et financière aient exacerbé une crise de l’emploi, qui est responsable de l’augmentation du nombre de chômeurs, passé de 170 à 196 millions de personnes entre 2007 et 2011.  S’appuyant sur des estimations de l’Organisation internationale du Travail (OIT), il a annoncé une nouvelle augmentation du chômage en 2012 et a indiqué que le monde pourrait avoir à faire face à 200 millions de chômeurs, dont 75 millions de jeunes et 84 millions de femmes.  Il s’est inquiété des conséquences du rythme trop lent du redressement économique mondial, qui risque de remettre en question des années de progrès obtenus grâce à des programmes de lutte contre la pauvreté. 

M. Benmehidi a demandé aux pays développés et aux organismes des Nations Unies d’accroître l’appui qu’ils apportent aux pays en développement afin de contribuer à la réalisation du développement durable.  Nous demandons aux instances pertinentes de l’ONU, ainsi qu’à la société civile, au secteur privé, aux médias et aux syndicats de continuer de renforcer et développer des programmes de nature à améliorer l’employabilité des femmes, a-t-il dit.  Il a en outre demandé l’inscription, aux programmes des travaux de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC, d’un point permanent intitulé « Plein emploi et travail décent ».  Ceci devrait être fait dans le but d’encourager la mise en œuvre de politiques cohérentes et complémentaires en matière de promotion de l’emploi dans l’intérêt du développement économique et social et afin de veiller à une meilleure insertion des trois piliers du développement durable, a dit le représentant. 

Débat général (suite)

Durant son intervention, le représentant du Népal, M. GYAN CHANDRA ACHARYA, a rappelé que les pays les moins avancés (PMA) restent très vulnérables au moment où le monde réfléchit au processus à mettre en place pour assurer le développement des États après 2015, date butoir de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  La situation économique et sociale des PMA est marquée par la pauvreté et la faim, a indiqué M. Acharya, et ils ne sont pas en mesure de réaliser les OMD à la date prévue.  Les PMA sont encore plus vulnérables aujourd’hui à cause de nombreuses crises dont ils ne sont pourtant pas responsables et de la persistance du ralentissement économique mondial.  Qui plus est, les capacités de production des PMA sont très limitées, a indiqué le représentant.  M. Acharya a ensuite évoqué quelques pistes qui permettraient aux PMA de s’en sortir.  Il a annoncé que pour avoir une croissance durable et équitable dans les PMA, il faut y promouvoir de nouvelles capacités de production dans l’agriculture, l’industrie et les services, et y renforcer la résilience aux crises, y compris l’impact des changements climatiques.  En outre, pour promouvoir le travail décent et une nouvelle capacité de production, les PMA ont besoin d’améliorer leurs infrastructures, de promouvoir l’accès à une énergie pas chère et aux technologies, de développer des ressources humaines par l’éducation et les formations techniques.  La responsabilité de leur développement appartient aux PMA eux-mêmes, mais leurs partenaires ont une obligation morale et politique de leur venir en aide, notamment en leur apportant des appuis financiers durables.  Par ailleurs, le représentant a préconisé l’annulation de la dette des PMA, l’augmentation des investissements directs étrangers qui leur sont destinés, et la création d’un cadre de commerce multilatéral plus équitable et mieux réglementé.

Intervenant au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), M. OCTAVIO ERRAZURIZ (Chili) a déclaré que l’instabilité du système financier mondial, notée à l’été 2007 et devenue évidente en 2008 continue d’avoir un impact sur l’économie réelle.  Il a dit que d’après les projections de l’Organisation internationale du Travail, le nombre de personnes au chômage dans le monde devrait continuer à progresser pour atteindre 200 millions (dont 75 millions de jeunes et 84 millions de femmes) en 2012, et 206 millions en 2016.  À mesure que le chômage s’installe dans la durée, ses effets dévastateurs sur les individus, les familles et la cohésion sociale iront en s’aggravant, a-t-il regretté.  Il a aussi noté que selon le rapport du Secrétaire général sur la « Promotion de la capacité de production, l’emploi et le travail décent » (A/2012/63), l’économie mondiale ne créera probablement dans les deux ans à venir que la moitié des 80 millions d’emplois nécessaires pour revenir aux taux d’emploi qui existaient avant la crise, du fait du ralentissement récent de la croissance. 

Il s’est inquiété de la détérioration générale des principaux indicateurs sociaux, dont l’augmentation du chômage et de la pauvreté, la réduction de la croissance économique, la diminution du commerce international et de l’investissement étranger, sans oublier l’augmentation des prix des denrées alimentaires et des matières premières ou la diminution des revenus tirés du tourisme.  « Particulièrement inquiétante est l’augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim, qui a dépassé le milliard de personnes », a-t-il dit.  Il a appelé à une augmentation de l’aide publique au développement (APD) qui était de 133 milliards de dollars en 2011, soit un montant 23 fois inférieur aux 3 000 milliards de dollars mobilisés pour renflouer les banques et faire face aux crises économique et financière internationales.  Il a souhaité la définition de nouveaux critères d’allocation des ressources au développement s’appuyant sur les besoins particuliers des pays en développement.  Il a rappelé que la coopération Sud-Sud n’avait pas comme fonction de remplacer l’APD et la coopération Nord-Sud.  Il a conclu que la situation internationale requiert une réponse mondiale et concertée par le biais d’une participation universelle, démocratique et équitable de la communauté internationale dans son ensemble à la recherche de solutions, y compris les pays en développement.   

Le Ministre du travail et du bien-être social de la Namibie, M. IMMANUEL NGATJIZAKO, a au cours de son intervention détaillé les cadres juridique et législatif avec lesquels son pays compte mettre en œuvre sa stratégie pour la croissance, l’emploi et le travail décent ainsi que celles destinées à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le Gouvernement namibien a amendé la loi sur le travail (2012) et a créé sa première commission sur les salaires.  Cette commission a examiné la question du revenu des employés domestiques en 2012.  Le Gouvernement est aussi en train de mettre en place la loi de l’« Employment Services Act », adoptée en 2012, ainsi que celle dénommée « Employment Creation Commission Bill », qui date aussi de cette année 2012.  En ce qui concerne l’emploi des jeunes, la Namibie a mis en place une stratégie nationale applicable sur trois termes: le court, moyen et long termes, a indiqué le Ministre. 

M. ABDELOUAHED SOUHAIL, Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle du Maroc, a indiqué que le chômage était un phénomène revêtant plusieurs dimensions, à la fois économique, juridique et politique.  La création d’emplois, sans lesquels la dignité et le développement durable d’une société ne sont pas possibles, est la priorité du Gouvernement marocain, a-t-il affirmé, relevant que la nouvelle Constitution marocaine donnait toute sa place au développement économique et social.  Le Ministre a détaillé les initiatives prises dans ce domaine par le Gouvernement du Maroc, notamment la mise en place d’une stratégie intégrée pour le développement de la formation professionnelle, impliquant la création d’un observatoire de la formation professionnelle.  Le Maroc a décidé d’avancer résolument sur le chemin de la réforme en améliorant ses capacités productives, et ce, afin d’assurer la justice sociale, a poursuivi M. Souhail.  Le Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle du Maroc a conclu son intervention en affirmant que les déséquilibres actuels devraient inciter la communauté internationale à réviser les bases de l’ordre économique mondial et à veiller à une répartition plus équilibrée des richesses.

Le Ministre des affaires étrangères de l’Australie, M. BOB CARR, a fait remarquer que depuis 12 ans, le monde a fait d’importants progrès dans la réduction de la pauvreté et de la faim, mais que ces progrès ont été menacés par la crise de l’année 2008.  Cette crise a eu des effets négatifs sur le travail décent, a-t-il ajouté, en rappelant que 75 millions de jeunes sont aujourd’hui à la recherche d’un emploi.  Le plus important défi pour la communauté internationale reste celui d’une croissance durable, inclusive et équitable.  L’Australie propose, pour y parvenir, d’établir un marché ouvert et fort entre les pays, qui eux-mêmes doivent en outre renoncer au protectionnisme et aux taxes, tout en veillant à bâtir une industrie compétitive.  Le Ministre a ensuite invité tous les pays du monde à faire comme l’Australie, qui a ouvert son marché librement aux exportations des pays en développement. 

En outre, il a reconnu qu’une croissance économique, même durable, peut être handicapée par la dégradation de l’environnement.  Il a donc salué les engagements pris à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) pour protéger la biodiversité et les océans, ainsi que pour renforcer l’agriculture et la sécurité alimentaire.  À cet effet, l’Australie a doublé son appui de 100 millions de dollars au programme de sécurité alimentaire de la Banque mondiale, tout en prévoyant de dépenser plus de 455 millions de dollars pour des initiatives similaires dans les 12 prochains mois, a annoncé M. Carr.  Même si les défis sont énormes, M. Carr a indiqué que son pays restait optimiste en voyant les croissances économiques enregistrées en Afrique, en Amérique latine et en Asie, où l’Indonésie a connu une croissance moyenne de 5,35% depuis 12 ans.  Grâce à des programmes de protection sociale forts, le Brésil, l’Inde et l’Indonésie ont pu sauver leurs économies et leurs populations les plus vulnérables, a souligné M. Carr.  Il a enfin révélé que le G-20 s’est fixé comme objectif de réduire le coût global des transferts de fonds à 5% de la somme envoyée.  Cela signifie que près de 15 milliards de dollars par an parviendront aux personnes qui en ont le plus besoin.

M. KHANDKER MOSHARRAF HOSSAIN, Ministre du travail et de l’emploi et Ministre de l’aide aux expatriés et de l’emploi à l’étranger du Bangladesh, a indiqué que son pays a pu s’assurer une croissance économique durable d’environ 6% ces dernières années.  Nous avons aussi fait de grands progrès dans la réalisation des OMD.  Le secteur de la confection emploie 3,5 millions de travailleurs, dont 80% sont des personnes rurales, a-t-il dit.  Il a aussi indiqué que les 8 millions d’expatriés bangladais qui travaillent dans 143 pays contribuent au développement du Bangladesh par leurs envois de fonds au pays, ceux-ci ayant atteint 12,17 milliards de dollars en 2011.  Le Ministre a aussi parlé des efforts de formation dont bénéficie la population en âge de travailler, grâce notamment à une politique de développement des compétences.  Le Gouvernement s’emploie à créer des emplois verts, a assuré le Ministre.

M. Hossain a aussi mentionné la politique visant à éliminer le travail des enfants, qui a permis à 40 000 enfants d’abandonner des emplois dangereux.  Plus de 50 000 enfants devraient bénéficier de cette protection en 2012, a-t-il dit.  Il a aussi parlé du programme de garantie de l’emploi, introduit en 2008, qui vise à assurer un emploi aux pauvres et à leur permettre ainsi de combattre les pénuries d’aliments lors de la saison des cyclones.  Nous créons aussi des possibilités d’auto-emploi pour les femmes, en leur dispensant une formation, ainsi que des programmes d’éducation visant les jeunes filles.  Les soins prénataux se sont en outre généralisés, a indiqué le Ministre.  Après avoir remercié les partenaires de développement du Bangladesh, M. Hossain a demandé aux pays qui accueillent des migrants bangladais de mettre en place des garanties juridiques suffisantes pour bien régir leurs conditions de vie et d’emploi.

M. PAUL OQUIST, Ministre des politiques nationales du Nicaragua, a plaidé pour une revitalisation du Conseil économique et social, afin qu’il se montre à la hauteur des défis qui se posent aujourd’hui et de ses engagements.  Rien dans les accords internationaux ne prévoit le renoncement à des engagements pris en cas de difficultés, a-t-il affirmé, avant de citer les déceptions qu’ont été les récents Sommets de Copenhague, de Cancún et de Durban.  En contraste de l’immobilisme prévalant au niveau international, le Ministre a détaillé le succès constitué par les programmes Alba et Petrocaribe, qui permettent d’affecter les ressources issues de l’exploitation du pétrole au financement du développement, et ce, en conformité avec le modèle socialiste et chrétien du Nicaragua.

Le Ministre a ensuite exposé les bons résultats obtenus par son pays, qui a enregistré une croissance de 5% en 2011 et a triplé le volume des investissements directs reçus.  Le Président Manuel Ortega est arrivé à ces bons résultats grâce à l’adoption de politiques participatives mettant en valeur le pouvoir citoyen; au renforcement des capacités de la population; au rôle fort de redistribution dévolu à l’État; et à la mise en place de fonds solidaires comme le programme Alba, a précisé M. Oquist.  En conclusion, le Ministre a fait mention des « deux gros nuages » qui menacent la communauté internationale et qui sont les changements climatiques et la crise financière.

M. HEIKKI HOLMAS, Ministre du développement international de la Norvège, s’est préoccupé des taux très élevés de chômage qui affectent les jeunes partout dans le monde et notamment dans son pays.  Si ce problème n’est pas traité comme il se doit, « c’est une bombe à retardement social », a-t-il prévenu.  Il a aussi rappelé que la période d’austérité qui avait suivi la première guerre mondiale n’avait pas été couronnée de succès.  Le plein emploi doit être un objectif crucial, tout en respectant les principes fondamentaux régissant l’emploi, a-t-il dit.  Le Ministre a souligné que la majorité des employés du secteur informel sont des femmes.  « En Norvège, nous avons des organisations du travail fortes et des entreprises agricoles qui procurent de nombreux emplois », a indiqué M. Holmas.

Le Ministre du développement international de la Norvège a tiré la sonnette d’alarme concernant le problème important des flux financiers qui s’opèrent de pays pauvres vers l’étranger, ce qui ne favorise pas la réduction de la pauvreté.  Il a donc plaidé pour que les revenus et bénéfices tirés des activités économiques dans les pays défavorisés restent dans ces pays.  Il faut aussi y créer des emplois de bonne qualité et y renforcer le dialogue social.  Le Ministre a en outre appelé à bien respecter les normes internationales en matière d’emploi.  Face à un chômage persistant, il a alerté sur le risque de détérioration des conditions de travail et d’affaiblissement de la protection sociale, qui est devenu évident, et a invité les États Membres et les acteurs économiques à tout faire pour éviter ces conséquences.  Enfin, il a appelé à renforcer la promotion de l’égalité des sexes.  Des politiques sexospécifiques sont essentielles, notamment dans les mesures visant à résoudre la crise de l’emploi, a-t-il dit.  Le Ministre a demandé de ne pas faire marche arrière dans ce domaine, mais au contraire, de tout faire pour faciliter le travail des femmes. 

M. ATO AHMED SHIDE, Ministre d’État chargé des finances et du développement économique de l’Éthiopie, a rappelé que, dans la perspective de devenir un pays à revenu moyen d’ici à 2025, l’Éthiopie a mis en place des programmes ambitieux visant à accélérer la croissance économique, avec la réduction de la pauvreté comme objectif central.  Le Gouvernement éthiopien a mis l’accent sur le développement humain et rural, la sécurité alimentaire, la transformation du secteur agricole, la réforme du service public, la décentralisation et le renforcement des capacités tant dans le secteur public que le secteur privé.  Actuellement en cours d’exécution, un plan quinquennal 2011-2015 tente de revigorer les efforts de développement durable afin de réaliser les OMD, a dit M. Shide.  Le Ministre a précisé que le plan prévoit de doubler la production agricole et d’augmenter la part de l’industrie dans l’économie.  La croissance éthiopienne a ainsi atteint 11% au cours des huit dernières années.  Mais pour que la croissance entraine la création d’emplois et une réduction de la pauvreté, il faut qu’elle soit axée sur les pauvres, a observé M. Shide.

Le Ministre éthiopien a ensuite indiqué que la main-d’œuvre éthiopienne croît plus vite que l’offre d’emplois.  Avec une population âgée de moins de 25 ans qui représente 2/3 de la population du pays, l’emploi des jeunes est une grande préoccupation du Gouvernement, a-t-il indiqué.  Il a donc accordé la priorité à la création d’emplois productifs en dehors du secteur agricole.  Le Ministre a également souligné l’importance des petites et moyennes entreprises en Éthiopie, car elles y jouent un rôle vital dans la création d’emplois, notamment pour les personnes les plus vulnérables comme les femmes rurales et les jeunes.  Le développement de ces entreprises est donc une priorité de la stratégie de développement industriel du pays.  Pour atteindre ses objectifs de développement, l’Éthiopie doit aussi transformer son économie en utilisant davantage les sciences et la technologie, qui sont des instruments de création de richesse, a dit le Ministre.  M. Shide a donc expliqué que son pays essaie de mieux préparer les jeunes, notamment en élevant leur niveau d’éducation dans les domaines porteurs.

Mme GAUDENTIA MUGOSI KABAKA, Ministre du travail et de l’emploi de la République-Unie de Tanzanie, a affirmé que le sous-emploi et le chômage étaient notamment dus à l’exode rural et à la concentration urbaine.  Elle a mentionné la vigueur des mouvements démocratiques de jeunes qui veulent que l’on pense à leur avenir, une grande partie d’entre eux étant sans emploi.  La Ministre a également identifié les changements climatiques comme étant une source du chômage puisqu’ils compromettent les activités économiques dans les zones rurales.  L’éducation et le bien-être des jeunes sont les priorités du Gouvernement tanzanien, a-t-elle poursuivi, mentionnant plusieurs initiatives prises en Tanzanie pour lutter contre le virus du VIH/sida et contre la prise de drogues.

Mme Kabaka a indiqué qu’une institution garantissant des prêts et des financements a été mise en place dans son pays, et que les jeunes entrepreneurs bénéficient de ses prestations.  La Tanzanie peut se prévaloir de plusieurs réussites en ce qui concerne le renforcement de ses capacités productives et création d’emplois, a-t-elle conclu, avant de solliciter le concours technique et technologique de la communauté internationale pour que son pays s’engage plus résolument encore dans cette voie.

M. VALENTIN RYBAKOV, Conseiller du Président de la République du Bélarus en matière de politique étrangère, a indiqué que son pays continue de mettre en place une politique sociale afin de créer des conditions favorables à la croissance.  Nous avons réussi à générer des revenus stables pour les couches les plus vulnérables de la population, a-t-il indiqué.  Nous avons aussi pu empêcher une réduction des garanties sociales destinées aux familles nombreuses, aux personnes âgées et aux personnes handicapées.  Mais ces efforts doivent être soutenus par la communauté internationale, a-t-il demandé, plaidant aussi pour que soient évitées les politiques basées sur l’exercice de pressions économiques sur d’autres pays à des fins politiques.  Elles sont inutiles, a-t-il estimé.  Le représentant s’est montré favorable au renforcement de l’ECOSOC, en vue de rechercher des moyens de développement innovants.  Il a appuyé l’idée de créer un groupe de travail pour étudier les moyens de travailler en partenariat avec d’autres acteurs dans le domaine du financement du développement.  Enfin, il a appelé à renforcer les partenariats dans le déploiement d’efforts de mise en œuvre des objectifs de développement durable, d’atténuation et de lutte contre les effets des changements climatiques, de promotion de la sécurité alimentaire, et de protection de l’environnement.

M. JOE NAKANO, Vice-Ministreparlementaire chargé des affaires étrangères du Japon, a fait part des conclusions tirées par son pays après le dramatique tremblement de terre qui a touché le Japon l’année dernière.  Il est nécessaire de bâtir des sociétés capables d’encaisser ce genre de chocs et d’imprévus, a-t-il affirmé, ajoutant que le Japon avait été le premier pays à annoncer une contribution de 60 millions de dollars au bénéfice du Fonds monétaire international (FMI), afin de bâtir des sociétés résilientes.  Il a rappelé que le G-20 avait décidé en juin dernier de porter les ressources à la disposition du FMI à 456 milliards de dollars afin d’atteindre cet objectif.

M. Nakano a jugé essentiel d’étendre la protection sociale à toutes les tranches de population afin de parer aux risques qui affectent les individus.  Le Japon continuera d’œuvrer au développement de filets de protection sociale dans différents pays du monde, a-t-il poursuivi.  Il a ensuite affirmé que le passage à une économie verte permettrait de mieux protéger l’environnement, tout en posant les fondations d’une croissance soutenable.  Enfin, le Vice-Ministre japonais a indiqué que son pays prenait toute sa part à l’élaboration de l’agenda du développement au delà de 2015, en jouant notamment un rôle de facilitateur des discussions qui pourraient conduire à la création d’un groupe de contact post-Objectifs du Millénaire pour le développement.

M. PIERRE MOUKOKO MBONJO, Ministre des relations extérieures du Cameroun, a expliqué que le développement de la capacité de production a pour principal obstacle, dans son pays, le déficit auquel fait face le Cameroun en énergie et en infrastructures de tous ordres.  Le Cameroun a entamé, avec l’aide de ses partenaires au développement et du secteur privé, un vaste chantier de projets structurants touchant les domaines sociaux, des transports, de l’énergie et des télécommunications, a indiqué le Ministre.  Il a ainsi mentionné la réhabilitation du réseau routier, la construction de milliers de logements sociaux dans les grands centres urbains, ainsi que la construction de barrages hydroélectriques et de centrales thermiques et à gaz.  Le Cameroun est doté du deuxième potentiel hydroélectrique du continent africain, a-t-il précisé.  La mise en œuvre de ces projets est toujours accompagnée d’études d’impact environnemental et de mesures palliatives, a-t-il assuré.

M. Moukoko Mbonjo a ensuite expliqué que le renforcement des capacités de production passe aussi par l’augmentation des capacités des ressources humaines.  Il a espéré que les mesures prises par le Gouvernement camerounais permettraient d’atteindre un taux de croissance annuel de 6% au cours des trois années à venir, dont la moitié en dehors du secteur pétrolier.  Expliquant que la croissance économique cherche à créer des emplois tant dans le secteur public que dans le secteur privé, le Ministre a indiqué que le Président du Cameroun, M. Paul Biya, a décidé de recruter au cours de cette année 25 000 diplômés de tous cycles de l’enseignement supérieur confondus.  Cela renforcera le service public tout en donnant à ces jeunes un travail décent, a-t-il observé.  Pour le secteur privé, 120 000 emplois devraient être créés grâce aux chantiers en cours, a-t-il ajouté.  Le Ministre a aussi parlé du secteur agricole, qui emploie 60% de la population.  Il a espéré qu’il deviendrait l’un des principaux moteurs de croissance.  Enfin, il a parlé de la stratégie d’appui aux PME, et notamment des mécanismes prévus pour permettre à ces entreprises de bénéficier de prêts.

Mme SOMAYA SAAD, Vice-Ministredes affaires étrangères chargée des relations économiques multilatérales et de la coopération internationale de l’Égypte, a rappelé que la crise sociale et l’absence d’une redistribution efficace des revenus avaient fait le lit de la révolution égyptienne.  La société égyptienne recèle des potentialités énormes qu’il convient d’exploiter, a-t-elle affirmé, avant de détailler les initiatives prises par le Gouvernement pour promouvoir le redressement du pays, notamment l’adoption d’un projet de budget prônant une orientation nouvelle en matière de développement.

Mme Saad a exhorté la communauté internationale à faire fond sur la stabilité découlant de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle égyptienne et a appuyé les efforts menés par son gouvernement.  Elle a tenu ensuite à souligner le rôle pivot joué par l’État dans la mise en place des conditions propices au développement durable, avant d’inviter les États Membres à concentrer leurs efforts pour améliorer la qualité des emplois.  Il faut remédier au phénomène du chômage dans les pays en développement, a-t-elle poursuivi, avant d’exhorter les États Membres à faire preuve de la volonté politique suffisante pour mettre en œuvre ce qui a été décidé lors de la récente Conférence Rio+20.  

M. EMIL YALNAZOV, Directeur général des affaires mondiales au Ministère des affaires étrangères de la Bulgarie, a estimé qu’on ne peut appliquer un nouveau modèle de croissance durable, qui combine l’économie verte avec plus d’emplois et de sécurité sociale, qu’en mettant en commun les efforts de tous les secteurs (gouvernements, agences de l’ONU, institutions internationales, entreprises, société civile, syndicats, etc.).  Il a dit que la Bulgarie apprécie le travail accompli par l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans ce sens, ainsi que le Plan d’action sur la croissance et le travail récemment adopté par le G-20.  Il a aussi salué le Document final de la Conférence Rio+20 qui a conçu un programme de travail complet pour atteindre le développement durable.  En ce qui concerne l’ECOSOC, il a estimé qu’il devrait jouer un rôle plus important dans le suivi des recommandations de cette Conférence. 

Dans le contexte du cadre Europe 2020, la Bulgarie a développé une stratégie nationale d’élimination de la pauvreté et d’inclusion sociale pour 2012-2020, a indiqué le représentant.  Pour faire face au défi majeur posé par le chômage des jeunes, son gouvernement reconnait qu’il lui faut unir ses efforts avec ceux du secteur privé et des institutions internationales spécialisées.  Entre 2010 et 2011, le chômage des jeunes a augmenté de 26,6% en Bulgarie, alors que la hausse moyenne dans l’Union européenne était de 21,4%.  Ce chômage frappe particulièrement les jeunes de la communauté des Roms, a précisé le représentant.  C’est pourquoi, le Gouvernement a adopté des politiques et des programmes de soutien à la transition des jeunes entre l’école et le monde du travail, qui ont déjà permis à des milliers d’entre eux de trouver un emploi. 

M. URGAMAL BYAMBASUREN, Secrétaire d’État au Ministère de la protection sociale et du travail de la Mongolie, a affirmé que son pays avait atteint 66% des obligations contenues dans les Objectifs du Millénaire pour le développement.  L’objectif d’une diminution de moitié du taux de pauvreté à travers le monde est le plus difficile à atteindre et requiert des efforts à la fois ciblés et renouvelés, a-t-il précisé.  Il a ensuite relevé que l’économie mongole avait connu un taux de croissance de 17,4% en 2011, bien que cette croissance ne se soit pas traduite par une distribution des revenus plus égalitaires.

Le Secrétaire d’État a ensuite indiqué que la politique familiale était l’un des axes prioritaires du Gouvernement mongol, avec notamment une assistance accrue apportée aux foyers qui se trouvent être dans le besoin.  Cette politique est conduite dans le cadre de l’harmonisation des politiques du marché du travail et d’une utilisation plus efficace des ressources à disposition, a conclu M. Byambasuren.

Le représentant de la Fédération de Russie, M. IVAN I. DUBOV, a déclaré que le chômage des jeunes reste très préoccupant, parmi les impacts de la crise économique mondiale.  Pour y faire face, la Fédération de Russie considère comme essentielle la collaboration, la coopération entre tous les pays, et le leadership du système des Nations Unies ainsi que celui de l’ECOSOC.  Pour ce qui la concerne, la Fédération de Russie entend mettre en œuvre l’agenda de l’Organisation internationale du Travail sur le travail décent, a indiqué M. Dubov.  À cet effet, le Gouvernement russe a récemment décidé de fournir un appui financier substantiel au programme de renforcement du système éducatif et de développement du marché du travail de l’OIT en Asie, au Moyen-Orient et dans la Communauté des États indépendants (CEI), a annoncé le représentant.  Toujours suivant les recommandations pertinentes de l’OIT, la Fédération de Russie compte créer 25 millions d’emplois productifs dans l’objectif d’augmenter le nombre de postes de travail répondant aux critères du travail décent et pourvoyeurs de revenus réels.  En 2013, 500 milliards de roubles seront également alloués à des financements directs comme mesures anticrises, notamment en faveur de la population vulnérable et des entreprises, a-t-il indiqué.  M. Dubov a ensuite annoncé l’initiative lancée par le Président de la Fédération de Russie, M. Vladimir Poutine, qui a proposé d’accueillir à Moscou, les 11 et 12 décembre 2012, la Conférence internationale de haut niveau marquant la centième session de l’OIT.

Le représentant de la République populaire de Chine, M. LI BAODONG, a déclaré que sa délégation épouse les recommandations du rapport du Secrétaire général, portant entre autres, sur la nécessité du renforcement de la coordination des politiques macroéconomiques, l’amélioration de la politique financière et monétaire, et la promotion du plein emploi.  Dans cette optique, la Chine propose que la politique macroéconomique s’efforce de promouvoir la croissance régulière de la capacité de production; de faire de l’emploi un objectif prioritaire; de promouvoir le développement durable par l’économie verte notamment; et de renforcer la coordination entre tous les pays du monde afin de faire face conjointement aux défis.  En la matière, le Gouvernement chinois a mis en œuvre une politique financière active et une politique monétaire stable, a indiqué M. Baodong. 

Au cours du premier trimestre de cette année, le produit intérieur brut chinois a augmenté de 8,1% par rapport à la même période de l’année dernière, a-t-il précisé.  À la fin de l’année 2011, 12,21 millions de nouveaux emplois ont été créés dans les villes chinoises, tandis que 5,53 millions de personnes qui avaient perdu leurs emplois en ont trouvé un nouveau.  M. Baodong a ajouté que dans son développement, la Chine fait face à des problèmes aigus de déséquilibre, de manque de coordination, de multiples contraintes liées au développement économique, ainsi qu’à de formidables défis dans la promotion de l’emploi.  Dans son douzième plan quinquennal, la Chine qui compte 1,25 milliards d’habitants dont un grand nombre entrent dans le monde du travail chaque année, va résolument suivre le concept de développement scientifique et se concentrer sur la réalisation d’une croissance économique stable. 

M. PEDRO NÚÑEZ MOSQUERA (Cuba) a relevé le peu de progrès accomplis dans la réalisation des OMD, alors qu’il reste moins de trois ans pour les atteindre.  Il a observé que ce sont les pays en développement qui sont les plus touchés par le climat d’instabilité financière mondial.  Les membres les plus industrialisés de la communauté internationale sont loin d’atteindre l’objectif de 0,7% du PIB qu’ils avaient promis qu’ils verseraient à l’aide publique au développement, a-t-il dit.  À Cuba, en dépit du renforcement du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis, personne n’est abandonné à son sort, a-t-il assuré.  Les dépenses sociales continuent d’augmenter, reflétant une stratégie intégrale de développement qui harmonise la croissance économique avec les politiques sociales.

M. Mosquera a rappelé que l’éducation était gratuite à Cuba, jusqu’au secondaire.  Les diplômés de l’enseignement supérieur et de l’enseignement professionnel trouvent leur place sur le marché du travail, car ils sont bien formés, a-t-il dit.  Le représentant a aussi indiqué qu’à Cuba la sécurité sociale était universelle, avec une protection santé, vieillesse et décès.  La Constitution garantit le droit de tous les Cubains à l’emploi et à la protection sociale, a-t-il ajouté.  Cuba apporte par ailleurs son aide « aux pays frères du tiers monde », notamment en matière de formation des ressources humaines, a souligné M. Mosquera.  Le représentant a enfin appelé à trouver une solution au problème de la dette extérieure des pays en développement.

M. PAUL SEGER (Suisse) a jugé indispensable de créer des opportunités d’emplois pour toutes les couches de la population de chaque pays, en insistant sur le rôle du secteur privé en ce domaine.  Il a souligné la responsabilité qui incombe aux États de mettre en place des conditions et un cadre visant à favoriser la productivité, l’intégration sur le marché du travail, la recherche, ainsi que le soutien de solutions nouvelles orientées vers l’établissement de l’économie verte.  Le second défi à relever est d’ordre qualitatif, a-t-il ajouté, en appelant à la mise en œuvre de l’agenda du travail décent de l’OIT, dans le respect des principes et des droits fondamentaux du Travail.  Il a dit que l’éducation et la formation professionnelle sont des composantes essentielles de la poursuite des objectifs qui visent la création de cadres favorables au plein emploi et au travail décent, en aidant les jeunes à acquérir des compétences qui soient en phase avec les besoins du marché. 

M. Seger a aussi souligné l’importance de disposer d’un système de protection sociale qui couvre tous les individus, et il a salué l’adoption, il y a quelques semaines par la Conférence internationale du travail, de la « Recommandation concernant les socles nationaux de protection sociale ».  Il a dit qu’une protection sociale de base est le meilleur moyen de réduire la pauvreté, les inégalités, les maladies et le nombre de décès prématurés.  Soulignant le rôle de l’ECOSOC en matière de coordination, le représentant a insisté qu’en matière d’emploi productif et de travail décent, une telle coordination ne peut se faire qu’avec l’OIT.   

Le représentant de l’Indonésie, M. DESRA PERCAYA, a articulé son propos sur la nécessité d’avoir une croissance économique forte et de parvenir avec succès à l’éradication de la pauvreté, car les deux questions sont également compatibles avec la promotion de politiques en faveur des pauvres.  Ces dernières visent notamment à permettre aux gens d’améliorer et de renforcer leur bien-être.  En outre, en Indonésie comme ailleurs à travers le monde, le besoin de créer des emplois décents, notamment pour les jeunes qui sont les principales victimes de la crise économique mondiale, est une nécessité, a dit M. Percaya.  Aussi, est-il important de développer la croissance dans les secteurs qui génèrent des emplois et d’investir de manière intensive dans des secteurs tels que ceux de la santé et de l’éducation.  Le représentant a ensuite évoqué la date butoir de 2015 et la manière par laquelle il faudra aider les pays qui ne pourront pas réaliser à temps les OMD.  À cet égard, a-t-il dit, l’ECOSOC a un rôle proactif à jouer.   

M. SOOK KIM (République de Corée) a souligné que la Conférence Rio+20 a été un succès, bien qu’elle ne représente pas la fin des efforts que doit accomplir la communauté internationale.  « Nous avons encore un long chemin à parcourir », a-t-il affirmé, avant d’appeler la communauté internationale à faire preuve de flexibilité et d’esprit de compromis pour mettre en œuvre les engagements pris en faveur du développement durable.

Le délégué a ensuite indiqué que l’agenda pour le développement au delà de la date butoir de 2015 devait capitaliser sur les avancées accomplies dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), tout en remédiant aux éventuelles lacunes.  Soulignant l’importance de l’élaboration de partenariats globaux pour le développement, M. Kim s’est réjoui du lancement, la semaine dernière, du Partenariat global de Pusan pour une coopération pour le développement efficace.  En conclusion, il a plaidé pour une réforme du Conseil économique et social et a souhaité que celui, bien que jouant déjà un rôle essentiel de coordination au sein des Nations Unies, devienne plus inclusif et plus transparent.

M. DER KOGDA (Burkina Faso) a relevé que la vision commune pour l’élimination de la pauvreté devrait être axée sur des mesures de développement durable génératrices d’emplois.  Le Burkina Faso a derrière lui une décennie de lutte contre la pauvreté, a-t-il dit, expliquant les progrès réalisés dans son pays en matière de gestion des finances publiques, d’amélioration des infrastructures et de dialogue social.  La libéralisation de l’économie qui les a permis a aussi facilité les investissements étrangers directs, a souligné le représentant.  Il a parallèlement recensé les obstacles qui entravent ces efforts, comme les coûts élevés de production et la forte pression démographique. 

Le représentant burkinabè a ensuite mentionné les projets accomplis en termes de réalisation de pôles de croissance, qui sont le fruit des initiatives prometteuses lancées en faveur de la relance de la croissance économique, ceci en particulier dans les pays les moins avancés ou sans littoral.  Le Burkina Faso a prévu plusieurs pôles de croissance, notamment dans le secteur agro-industriel, a dit M. Kogda.  À ce titre, des milliers d’hectares de terres irriguées vont être aménagés, et des milliers d’emplois seront créés.  M. Kogda a aussi plaidé en faveur de la création d’emplois destinés aux jeunes.  Le Ministère de l’emploi du Burkina Faso a pris soin de mettre en œuvre la dimension intégrée du développement, afin d’aider les jeunes et les femmes à en bénéficier, a-t-il souligné.

Le représentant de l’Inde, M. HARDEEP SINGH PURI, a averti que les OMD ne pourraient pas être atteints si les pays les moins avancés (PMA), les petits États sans littoral ainsi que les petits États insulaires en développement ne sont pas pris en compte.  En outre, a-t-il ajouté, la crise mondiale a provoqué la crise de l’emploi alors que « le travail reste la dernière richesse des pauvres ».  Les pays en développement font face par ailleurs à différentes barrières commerciales qui ont des effets néfastes sur l’emploi, a regretté M. Singh Puri.  Pour faire face à cette situation, le représentant a préconisé l’augmentation des investissements publics dans les infrastructures, la technologie, l’éducation, le développement des compétences et les dépenses sociales pour renforcer la capacité de production et générer des emplois, ceci particulièrement dans les PMA et les petits pays enclavés.  Pour ce qui concerne l’Inde, son pays, le représentant a fait savoir que le Gouvernement a mis en place des mesures d’aide à la création d’emplois qui bénéficient aussi bien aux familles, qu’aux entreprises, femmes et jeunes.  À ce propos, 225 millions d’Indiens ont entre 10 et 19 ans, a précisé M. Singh Puri.  Le développement des compétences ainsi que le renforcement des capacités de production s’avèrent ainsi primordiaux sinon on sera confronté à un cauchemar démographique, a-t-il noté. 

M. JOAQUÍN ALEXANDER MAZA MARTELLI (El Salvador) a demandé de poursuivre le renforcement du système financier international en tant qu’outil permettant de promouvoir le développement.  Il a également souhaité qu’on travaille à l’élaboration de mécanismes de contrôle plus efficaces que ceux existant.  El Salvador a mis en place des instances qui promeuvent l’application de normes modernes d’amélioration de la productivité, a-t-il dit.  Nous avons aussi créé une banque nationale de développement qui servira à appuyer des projets visant à augmenter la capacité productive des entreprises.  Le représentant s’est ensuite inquiété de la réduction des flux d’aide publique au développement (APD), demandant aux pays développés de respecter leur engagement de verser 0,7% de leur PNB à ce titre.  Il a aussi demandé de veiller à offrir d’autres ressources complémentaires de l’APD.  Il faut en outre renforcer le système des Nations Unies pour y soutenir la mise en œuvre d’un plan de coopération avec les pays à revenu intermédiaire comme El Salvador, a-t-il dit.  M. Martelli a souligné le travail accompli par le biais de la coopération Sud-Sud, souhaitant que le système des Nations Unies appuie davantage ce processus.  Les Nations Unies devraient aussi jouer un rôle dans la coopération triangulaire, a-t-il estimé.  Il a enfin annoncé que son pays a lancé son processus de « self starter », dans le cadre de la réforme « Unis dans l’action », ceci grâce à l’appui de l’Uruguay.

M. ABDURRAHMAN SHALGHAM (Libye) a affirmé que l’élimination de la pauvreté nécessite des efforts de concertation soutenus entre les gouvernements et les organisations internationales.  Il a rappelé que l’économie étatique dirigée, qui a été celle de la Libye avant la dernière révolution avait obéré les perspectives de croissance du pays, avant d’indiquer que le Conseil national de transition « avait décidé d’augmenter les salaires afin que la population puisse vivre dans la dignité ».

Le représentant de la Libye a ensuite souligné les caractéristiques de l’économie de son pays, marquée par le poids du secteur pétrolier qui représente 25% du PIB libyen.  C’est un atout dans l’élimination durable de la pauvreté au même titre que le positionnement géographique de la Libye, a-t-il poursuivi, avant de rappeler l’importance cruciale que revêt le renforcement des infrastructures et de l’offre éducative.  En conclusion, M. Shalgham a affirmé que « la restructuration en cours de son pays sur des bases démocratiques se traduirait par une création d’emplois », dont bénéficieront notamment les jeunes et les femmes de la Libye.  

M. EMMANUEL OGUNTUYI (Nigéria) a relevé que la situation précaire de l’économie mondiale menace en particulier les pays et les groupes les plus pauvres en Afrique.  Le continent se heurte à des défis importants à cause notamment de ses capacités de production réduites et de problèmes de gouvernance.  Le représentant du Nigéria a parlé des résultats d’une réunion qui s’est tenue à Addis Abeba le mois dernier, qui a mis en évidence les possibilités qu’offrent les PME pour créer des emplois.  Il a indiqué que le Gouvernement du Nigéria a mis au point un cadre pour le développement des infrastructures.  Les objectifs poursuivis sont d’identifier les principaux obstacles à la croissance et de transformer l’économie actuelle pour arriver à une économie industrialisée, a-t-il expliqué.  Il a parlé de la croissance de son pays, rendue possible notamment grâce aux secteurs du bâtiment et du commerce.  Le représentant a aussi assuré que le secteur privé au Nigéria allait s’atteler à augmenter la productivité ainsi que le nombre d’emplois offerts.

M. MAFIROANE MOTANYANE (Lesotho) a déploré que les stéréotypes continuent de cantonner les femmes et les filles dans des situations de travail qui les rendent vulnérables à des phénomènes d’exploitation alors que les hommes occupent des emplois plus sûrs et mieux rémunérés.  Nous devons investir dans des programmes de développement qui permettent d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes sur le marché du travail, a-t-il poursuivi, avant de plaider pour une gouvernance plus démocratique et transparente.

Le représentant a ensuite détaillé la situation économique de son pays, marquée par un taux de chômage de prés de 22% et le poids du secteur agricole qui emploie 41% des personnes actives.  Il a parlé des initiatives prises par le Gouvernement pour soutenir la création d’emplois, notamment par la promotion de l’esprit d’entreprise et l’établissement de partenariats stratégiques pour la mobilisation des ressources.  Ayant une base économique étroite, le Lesotho a besoin de ses partenaires de développement pour atteindre ses objectifs, a conclu M. Motanyane.

La représentante de « Forum of Women’s NGO of Kyrgyzstan » a observé que les femmes sont des actrices essentielles du développement durable.  Les femmes contribuent à l’emploi et à la création d’emplois, a-t-elle précisé.  Dans la période postsocialiste au Kirghizistan, elles ont permis de créer des emplois pour des milliers de personnes qui ont pu ainsi sortir de l’extrême pauvreté.  Mais les femmes sont aussi les plus vulnérables aux paradigmes de la croissance et sont les premières personnes dont les droits sont violés, a indiqué la représentante.  Elle a souligné la nécessité d’élaborer des mécanismes de promotion des droits des femmes pour leur permettre de continuer à participer au développement du pays.  Garantir un emploi digne aux femmes et une protection de leurs droits doit être une priorité, a-t-elle dit.

Le représentant de l’organisation « AARP », l’Association américaine des personnes retraitées, a indiqué que le nombre de chômeurs âgés de plus de 55 ans aux États-Unis en décembre 2009, a augmenté de plus de 300% par rapport à janvier 2000.  L’espérance de vie a augmenté de 20 années depuis les années 1950, a-t-il observé.  Selon le Secrétaire général de l’ONU, la population de gens âgés de plus de 80 ans, qui était de 14 millions en 1950 sera de 400 millions en 2050, sachant qu’un quart de ces personnes résideront en Chine.  Les pays qui investissent dans la dignité de cette catégorie de personnes auront des retombées positives, a-t-il assuré.  Il a plaidé en faveur du respect des droits des personnes âgées et a demandé aux États Membres de faire preuve de davantage de coopération dans leur soutien à la Convention des droits des personnes âgées.

Mme KERRY STEFANCYK, de « Global Foundation for Democracy and Developpement », qui est une organisation non lucrative et non partisane créée par le Président de la République dominicaine, a apporté son soutien aux mesures prônées par l’Organisation internationale du Travail et par la République dominicaine afin que les stages fassent partie intégrante des stratégies nationales et internationales de création d’emplois à l’intention des jeunes.  Les stages jouent un rôle crucial en assurant la transition entre l’école et le marché du travail, a-t-elle rappelé. 

Mme ZAINAB ZINDANI, de l’ONG « IFENDU pour le développement des femmes », a rappelé que les initiatives visant à réduire les disparités entre les opportunités de développement offertes aux hommes et aux femmes, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de l’emploi ou de l’accès à la terre, répondaient également aux intérêts des gouvernements.  Ce sont des stratégies gagnantes pour tous, a-t-elle conclu.

M. THOMAS BRENNAN de « Salesian Missions » a jugé essentiel de promouvoir une formation permettant de disposer des compétences nécessaires au développement d’une véritable économie verte, notamment dans le domaine des énergies.  Il a jugé essentiel de développer la collaboration entre les gouvernements, les employeurs, les syndicats, et les institutions de formation pour parvenir à un niveau de formation qui soit à la hauteur des attentes et des besoins de la communauté.  Il a jugé nécessaire la mise en place d’une législation couvrant les soins de santé et les droits des jeunes travailleurs, pour les préserver de toute exploitation.         

Mme FATIMA RODRIGO de l’organisation non gouvernementale « Society of Catholic Medical Missionaries » a estimé que, face à l’accroissement de la population, il fallait assurer une croissance durable.  Les gouvernements devraient, dans cette optique, se concentrer sur le bien-être des citoyens, ceci étant de leur responsabilité et ils ne devraient pas céder à l’avidité des grandes compagnies et autres corporations.  « Il est à présent démontré qu’une mondialisation guidée par la finance est vouée à l’échec », a-t-elle rappelé.  « Nous devons apprendre et tirer des leçons des erreurs du passé et nous devons progresser vers une mondialisation guidée par le développement, avec une régulation adéquate et des réformes du secteur financier », a-t-il souligné.  Dans ce contexte, elle a considéré qu’il était impératif d’éradiquer la pauvreté et de réduire le fossé entre les riches et les pauvres.  Rappelant que le renforcement des partenariats entre le secteur public et le secteur privé était considéré comme inévitable, elle a estimé que de nombreuses institutions privées étaient en mesure de contribuer au développement social.

EXAMEN MINISTÉRIEL ANNUEL

Avant d’entamer, cet après-midi, la dernière série des neuf présentations volontaires nationales, à savoir celles du Kenya, de Maurice et du Qatar, M. EDWARD CARR, Professeur associé au Département de géographie de l’Université de la Caroline du Sud, qui animait les échanges, a tenu à rappeler que l’objectif de ces exposés était de mettre le doigt sur les lacunes de la communauté internationale, sur les écueils à surmonter, ainsi que sur les enseignements utiles qui pouvaient être tirés de ces expériences nationales. 

Présentation nationale volontaire du Kenya (E/2012/57)

M. JOHN MUNYES KIYONG’A, Ministre du travail du Kenya, a expliqué que la Constitution de 2010 du Kenya posait les bases d’une croissance économique accélérée, d’un développement rapide et de l’allégement de la pauvreté.  Il a ensuite axé une grande partie de son exposé sur la présentation du programme kényan « Vision 2030 », qui dresse la liste d’un certain nombre de projets majeurs à réaliser pour accroître la capacité productive, améliorer l’emploi et le travail décent, et faire passer rapidement le Kenya dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire. 

Il a notamment mis l’accent sur des initiatives favorisant les microentreprises et les petites entreprises.  Des mesures ont ainsi été prises pour promouvoir l’emploi dans ces micro et petites entreprises, et ce, dans l’optique d’un développement durable, notamment par la remise en état des lieux de travail, par la création de pôles d’excellence, ou encore par des mesures visant à faciliter le crédit.  Pour encourager le travail décent et la croissance équitable, le Gouvernement kényan a également mis en place des mécanismes de fixation d’un salaire minimum, comme les conseils chargés de la question des salaires, ainsi que des mécanismes de négociation collective pour protéger les travailleurs.

M. Kiyong’a a ensuite précisé que la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement qui concernent l’élimination de la faim et de l’extrême pauvreté (OMD 1), ainsi que l’élimination de la disparité entre les sexes à tous les niveaux d’ici à 2015 au plus tard (OMD 3), avait été plus difficile.  Le nombre de Kényans au chômage et le taux de chômage parmi les jeunes demeurent élevés, malgré une meilleure performance économique du pays, tandis que la participation à la vie politique des femmes nécessite encore des efforts accrus.   

À l’issue de cet exposé, le représentant de l’Inde a estimé que par le biais de sa Constitution et du plan « Vision 2030 » le Kenya avait mis en place un cadre adéquat pour accélérer sa croissance et son développement économiques.  Il a noté que le taux de chômage et la pauvreté demeuraient les problèmes les plus pernicieux qui affectent ce pays « comme c’est le cas dans la plupart des pays en développement », a-t-il précisé. 

Il a ensuite estimé que cet exposé fournissait une sorte de « feuille de route » pour l’assistance technique et financière de la communauté internationale, réaffirmant la volonté de l’Inde de renforcer son partenariat commercial avec le Kenya.  Il a ensuite, à l’instar de son homologue de l’Ouganda, interrogé le Ministre kényan en ce qui concerne les domaines prioritaires en besoin de fonds. 

À cet égard, M. Kiyong’a a cité, entre autres, le besoin de fonds permettant de générer des emplois et d’aider les jeunes du Kenya.  Il a aussi souligné les potentiels qu’offre le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de la téléphonie mobile; deux secteurs pour lesquels le Kenya souhaite faire en sorte que leurs avancées puissent profiter à l’ensemble de l’Afrique de l’Est.  Enfin, le Ministre a précisé que la piraterie demeurait un problème de taille pour son pays et a appelé la communauté internationale à intervenir sur cette question, car le Kenya doit y consacrer une part importante de ses ressources.

Un responsable de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a ensuite mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre et de coordonner des financements clefs pour améliorer l’impact des fonds.  Il a fait remarquer que le déficit commercial devait demeurer une priorité et que le Kenya devait accroître ses exportations en matière de biens et de services.  Il a aussi mis l’accent sur la nécessité de critères de résultats en ce qui concerne le renforcement du marché du travail.

Présentation nationale volontaire de Maurice (E/2012/54)

M. VASANT KUMAR BUNWAREE, Ministre de l’éducation et des ressources humaines de la République de Maurice, a souligné que l’indicateur de développement humain pour Maurice avait progressé de 1% par an entre 1980 et 2010, plaçant son pays au soixante-douzième rang de ce classement.  Maurice est également placé au cinquante-quatrièmerang du « Rapport mondial sur la compétitivité 2011-2012 », publié par le Forum économique mondial, a-t-il souligné. 

Dans le domaine de l’éducation, il a précisé que Maurice était en bonne voie d’atteindre les cibles définies par les Objectifs du Millénaire pour le développement et que l’éducation y était gratuite dans le pré-primaire (maternelle), le primaire, le secondaire et jusqu’à l’université pour les étudiants de premier cycle à plein temps inscrits à l’Université de Maurice.  Il a expliqué que le Gouvernement mauricien avait notamment investi dans la construction d’écoles et pris différentes mesures pour assurer l’équité dans l’enseignement, dont l’introduction de la langue maternelle, le « Kreol Morisien » et de la langue ancestrale « Bhojpuri » comme matières facultatives afin de promouvoir le multiculturalisme.  

Avant de conclure, le Ministre mauricien a mis l’accent sur les opportunités liées aux emplois « verts » et à l’économie « bleue », en particulier la pêche et le développement de l’infrastructure dans ce domaine.  Maurice a, à cet égard, réalisé plusieurs études pour déterminer, entre autres, l’impact de ces secteurs verts, où les qualifications qui y sont requises.  Notant que son pays avait réalisé un long chemin sur la voie de la réalisation des OMD, il a plaidé pour l’introduction de mesures novatrices, ainsi que pour des investissements dans l’éducation et dans la formation.

Interrogé par le représentant des Seychelles sur l’impact de la crise économique et financière sur ces mesures, M. Bunwaree a précisé que certains domaines, comme celui de l’emploi des jeunes, demeuraient prioritaires, malgré la crise.  Il a aussi expliqué qu’un programme permettait le versement d’allocations, pendant un an, aux employés qui se retrouvent sans emploi ou qui sont dans une période de transition.  Des formations leur permettent également de se reconvertir, a-t-il indiqué. 

Le Ministre a ensuite été convié par l’animateur du débat, M. Edward Carr, à présenter les progrès réalisés ou les difficultés enregistrées par Maurice dans le domaine de l’autonomisation des femmes.  À cet égard, M. Bunwaree a noté que Maurice n’avait pas encore atteint une rémunération égale homme/femme pour un travail égal dans certains secteurs économiques.  « Cette question, qui engage aujourd’hui plusieurs ministères, persiste encore dans certains secteurs économiques, mais le nombre de ces secteurs reste toutefois limité », a-t-il souligné.

La représentante de l’Allemagne a fait remarquer que ni le Kenya, ni Maurice n’avaient parlé des investissements étrangers directs (IED) et elle a souhaité connaître leur effet sur l’emploi à Maurice.  Le Ministre mauricien a souligné que les IED représentaient une « bonne chose » pour son pays et que le Gouvernement mauricien tentait de les attirer, notamment dans le cadre du développement des zones de pêche et des « emplois bleus ».

Présentation nationale volontaire du Qatar (E/2012/55)

M. SALEH BIN MOHAMMED AL NABIT, Secrétaire général du Secrétariat général pour la planification et le développement du Qatar, a souligné que le classement de son pays en termes d’Indice de développement humain avait connu une amélioration, le faisant passer de la cinquante-septième à la trente-septième place en seulement 10 ans.  Il a ensuite fait remarquer que son pays devait faire face à une croissance démographique rapide en raison, notamment, d’un grand nombre de personnes venues travailler au Qatar.  Cette augmentation démographique s’accompagne d’une croissance économique rapide, et le Qatar doit mettre en œuvre des réformes qui permettent la formation de ses citoyens, ainsi que promouvoir la notion d’apprentissage tout au long de la vie.  Les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle représentent en effet les principaux défis de la stratégie nationale de développement du Qatar, a expliqué M. Al Nabit, qui a identifié des lacunes en matière de formation pour les emplois dans les industries spécialisées, dans la santé et dans les services.  C’est l’une des raisons pour lesquelles le Qatar a notamment voulu attirer des universités de grande renommée, créer des centres de formations, ainsi que des institutions d’appui à la jeunesse.  Bien que le taux de chômage soit relativement bas au Qatar, il a fait remarquer que l’entrée sur le marché du travail restait difficile pour les moins de 25 ans et que la moitié des chômeurs qataris n’avaient pas poursuivi leur cycle d’études au-delà du secondaire. 

Le responsable qatari a ensuite expliqué que la stratégie nationale en faveur du marché de l’emploi visait à intégrer une perspective multidimensionnelle qui comporte des réformes à la fois en matière d’éducation et de formation, mais aussi dans les domaines de la sécurité, du développement durable, de l’autonomisation des femmes ou, encore, de la santé.  De manière globale, il a expliqué que la « Perspective nationale du Qatar pour 2030 », qui a été lancée en octobre 2008, cherchait à transformer le Qatar en un pays avancé, poursuivant un développement durable.  Cette « Perspective nationale » offre en effet un cadre d’application d’ensemble à la stratégie de développement national du Qatar pour 2011-2016.  Il a souligné que celle-ci visait à créer des transformations qui doivent avoir lieu à moyen terme pour faire du Qatar une société prospère au sein de la communauté mondiale, tout en préservant son identité propre et ses traditions.

Cette présentation a suscité plusieurs questions de la part des représentants du Bangladesh, de la Tunisie et de la République dominicaine.  Dans cette transition vers un système d’éducation et de santé moderne, comment le Qatar fait-il face à l’accroissement du nombre d’enfants scolarisés?  Sur la voie d’une économie diversifiée, quels sont les grands obstacles que le Qatar rencontre en matière de participation des hommes et des femmes sur le marché du travail?  Comment le Qatar contre-t-il le chômage des jeunes?  Enfin, comment fera-t-il pour créer une société plus éduquée, plus saine et plus « développée »?

Dans le domaine de l’éducation, le responsable qatari a expliqué sue son pays avait pu identifier certaines carences et, avec l’appui de pays développés, mettre au point des programmes qui traitent de façon précise ces défis.  Il a cité, à titre d’exemple, un programme ciblant les écoles et les petites communautés, et qui vise à encourager les étudiants à poursuivre leurs études.  S’agissant de l’autonomisation des femmes, il a présenté un programme très ambitieux qui vise à atteindre une participation des femmes qataries sur le marché du travail de plus 40% en 2016, ainsi que la création de centres destinés à améliorer leurs capacités entrepreneuriales et à lutter contre les stéréotypes qui persistent au sujet de leur participation au monde du travail.  De manière plus globale, il a précisé que la stratégie nationale qatarie en matière de développement se fondait sur quatre piliers, à savoir le développement humain, le développement social, le développement économique et le développement environnemental.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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