Conférence de presse de Mme Zainab Hawa Bangura, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit

20 décembre 2012
Conférence de presse

Conférence de presse de Mme Zainab Hawa Bangura, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit

20/12/2012
Communiqué de presse
Conférence de presse
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE DE MME ZAINAB HAWA BANGURA, REPRÉSENTANTE SPÉCIALE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

CHARGÉE DE LA QUESTION DES VIOLENCES SEXUELLES COMMISES EN PÉRIODE DE CONFLIT

De retour d’une visite en République centrafricaine, Mme Zainab Hawa Bangura, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a dressé un sombre tableau de la situation des femmes centrafricaines.  Ce « conflit oublié » se traduit par une impunité totale.

Au cours d’une visite qui s’est déroulée du 5 au 13 décembre, Mme Bangura a rencontré le Président centrafricain, des représentantes de femmes, des responsables des forces de sécurité et des donateurs internationaux.  Cette visite lui a permis, a-t-elle affirmé, de comprendre le phénomène des violences sexuelles dans les conflits armés et d’identifier leurs facteurs.  Au premier rang de ces facteurs, elle a cité l’impunité. 

« L’État centrafricain n’est pas en mesure de contrôler son territoire, ouvrant ainsi la voie aux exactions des groupes armés qui ont les coudées franches pour disposer des femmes comme des pillards disposeraient des ressources naturelles », a dénoncé Mme Bangura.  Ces groupes armés, dont l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), font régner la terreur dans certaines régions et forcent des villageois à vivre en autarcie dans les strictes limites de leur village, s’est-elle émue.  À ces groupes armés composés de mercenaires rebelles, viennent s’ajouter les troupes tchadiennes venues pourtant pour aider le Gouvernement centrafricain. 

Mme Bangura a en effet rappelé que le pays, en proie à un conflit armé depuis plusieurs décennies, était entouré de pays tels que la République démocratique du Congo (RDC), le Tchad et le Soudan.  « La République centrafricaine a besoin de l’assistance de la communauté internationale pour faire face à un dangereux voisinage », a estimé la Représentante spéciale. 

L’impunité dont jouissent les auteurs de violences sexuelles est également la résultante d’une absence de volonté politique de procéder à des poursuites judiciaires.  Elle a repoussé d’un revers de main l’argument selon lequel il était très difficile d’identifier l’appartenance des agresseurs à tel ou tel groupe armé.  Les femmes centrafricaines connaissent le modus operandi de leurs agresseurs et leurs descriptions permettent d’évaluer le niveau de professionnalisme et de discipline et en conséquence, l’identité du groupe. 

Rompant quelque peu avec le langage diplomatique traditionnellement de mise dans le cadre de ces missions, elle a affirmé avoir « menacé » le Gouvernement central ainsi que les groupes armés de mesures de rétorsion diplomatique dans le cas où ils ne démontreraient pas leur détermination à agir.  « Je n’hésiterais pas à faire en sorte qu’ils soient accusés nommément et pointés du doigt par le Conseil de sécurité », s’est-elle exclamée. 

Enfin, le dénuement des infrastructures et des services de santé est apparu à Mme Bangura comme présentant un caractère d’urgence criante.  Dans certaines zones du pays, il n’y a qu’un seul médecin pour 80 000 patients.  Les victimes d’agressions sexuelles n’ont personne vers qui se tourner.  Il faut, a-t-elle plaidé, venir en aide à ce pays et à ses femmes, notamment par l’inclusion de la dimension genre dans le processus de désarmement mis en œuvre avec beaucoup de difficultés. 

L’assistance doit être rapide et efficace et passer par un encouragement des parties en présence à reprendre le dialogue afin de mettre fin à ce « conflit oublié ».  L’État centrafricain doit redevenir maître de son destin et ne plus être dépendant du rôle encore essentiel des troupes tchadiennes.  Pour ce faire, a-t-elle estimé, le Gouvernement de Bangui doit former une armée professionnelle et disciplinée en qui il peut avoir confiance sans craindre de coup d’État. 

Elle a salué à cet égard les efforts des Nations Unies pour favoriser l’émergence d’un commandement civil et s’est montrée optimiste sur les suites qui seront données à sa visite.  « Je suis convaincue que lorsque le Secrétaire général connaîtra en détail la situation, il agira sans tarder avec force et détermination. »

*  ***  *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.