Partageant l’urgence de répondre à la crise au Mali, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques insiste sur les questions en suspens liées au déploiement d’une force internationale

5 décembre 2012
CS/10845

Partageant l’urgence de répondre à la crise au Mali, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques insiste sur les questions en suspens liées au déploiement d’une force internationale

5/12/2012
Conseil de sécurité
CS/10845
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6879e séance – matin

PARTAGEANT L’URGENCE DE RÉPONDRE À LA CRISE AU MALI, LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX AFFAIRES

POLITIQUES INSISTE SUR LES QUESTIONS EN SUSPENS LIÉES AU DÉPLOIEMENT D’UNE FORCE INTERNATIONALE

Par la voix de leurs représentants, le Mali, la CEDEAO

et l’Union africaine exhortent le Conseil à autoriser rapidement une telle force

« Le Secrétaire général partage pleinement le sentiment des États de la région quant à l’urgence de répondre à la crise au Mali, marquée notamment par la détérioration massive de la situation humanitaire et sécuritaire dans le nord du pays », a assuré le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Jeffrey Feltman, en présentant, ce matin, aux membres du Conseil de sécurité le rapport* du Secrétaire général sur la situation au Mali.

Comme l’ont ensuite demandé la Ministre pour les Maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine et les représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine, le Secrétaire général adjoint a plaidé pour que la réponse internationale soit « multidimensionnelle et bien préparée ».

« Une opération militaire pourrait être la solution de derniers recours afin de répondre aux éléments les plus extrémistes dans le nord du pays et restaurer l’intégrité territoriale du pays », a-t-il dit, alors que, selon des estimations, 412 000 personnes ont été déplacées dans le nord du Mali et que 5 millions de personnes ont été touchées par le conflit.  

M. Feltman a ajouté que les experts des Nations Unies travaillaient étroitement avec les autorités maliennes, la CEDEAO et l’Union africaine pour le développement du cadre opérationnel stratégique de la force projetée, la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), sous conduite africaine.

Le Secrétaire général adjoint a ensuite insisté sur les questions en suspens relatives au financement, au leadership et à l’équipement de ladite force.  « Si le Conseil décide d’autoriser le déploiement de la MISMA, toutes les opérations envisagées devront être bien planifiées, coordonnées et mises en œuvre », a souligné M. Feltman.

« La MISMA et les forces maliennes devront être dotées des capacités suffisantes pour mener les opérations contre les groupes terroristes et affiliés dans le nord du Mali », a-t-il averti, en soulignant l’appui logistique et financier important que devront fournir les partenaires internationaux.

Abordant ainsi la question du financement de la MISMA, M. Feltman a indiqué que les Nations Unies n’avaient qu’une capacité limitée pour fournir un soutien logistique à court terme à une force de combat.  « De telles opérations devront être financées par les contributions volontaires des États Membres », a-t-il dit.

Tout en encourageant une planification supplémentaire, il a indiqué que le cadre opérationnel stratégique, tel qu’il a été approuvé par l’Union africaine, constituait une base satisfaisante pour que le Conseil examine la demande d’autorisation de la MISMA au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

« Il y a urgence à agir pour éviter que le nord du Mali ne devienne un sanctuaire permanent pour le terrorisme et la criminalité organisée », a assuré la Ministre des Maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine, MmeTraoré Rokiatou Guikiné, alors que le représentant de l’Union africaine, M. Antonio Tete, a, pour sa part, demandé au Conseil d’entériner le Concept stratégique d’intervention et d’autoriser le déploiement de la MISMA.

Même son de cloche pour le Président de la Commission de la CEDEAO, M. Kadré Desiré Ouédraogo, qui a estimé « qu’il était vital que le Conseil de sécurité autorise le déploiement de la MISMA avant la fin de l’année 2012 ».

Alors que M. Tete a demandé au Conseil de « prévoir le financement de la MISMA et de créer un fonds en faveur de l’armée malienne », M. Ouédraogo a précisé que le financement de son déploiement serait assuré par les pays de la CEDEAO, de l’Union africaine et de leurs partenaires stratégiques. 

« Une fois la résolution adoptée, une table ronde de financement des opérations sera convoquée en vue de préciser les diverses promesses d’engagement déjà reçues », a-t-il indiqué.

« Même si ces aspects opérationnels doivent être affinés, le simple fait qu’une opération militaire soit envisagée constitue un aiguillon pour le processus politique, qui doit rester la priorité au Mali », a ensuite déclaré M. Feltman, au lendemain de la rencontre à Ouagadougou entre le Gouvernement malien et les représentants d’Ansar Dine et du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Le Secrétaire général adjoint a indiqué que ce processus politique, dirigé par les Maliens, avait pour objectifs la promotion d’un dialogue national en vue de l’élaboration d’une feuille de route, les négociations avec les groupes armés dans le nord du pays afin qu’ils renoncent à la violence et au terrorisme et les préparatifs pour la tenue de futures élections.

« Le paysage politique malien reste fragmenté », a déploré M. Feltman, qui a pointé les profondes divisions entre les parties maliennes.  Il a regretté que le dialogue national, qui doit servir de cadre de définition et de mise en œuvre des définitions nationales, ait été reporté à la deuxième semaine de décembre.

« Il est crucial que les acteurs politiques clefs parviennent, dès que possible, à définir une vision unifiée et concentrent leurs efforts sur le dialogue national et les négociations avec les groupes armés », a souligné le Secrétaire général adjoint.

« Le cheminement historique de notre peuple montre clairement que leurs dirigeants ont toujours privilégié les solutions négociées », lui a répondu la Ministre malienne, qui a réaffirmé l’engagement des autorités du Mali à dialoguer avec les Maliens qui « ne sont ni des terroristes, ni des instruments de la criminalité organisée et ne remettent pas non plus en cause l’intégrité territoriale du Mali », a-t-elle tenu à rappeler.

La Ministre a en outre vigoureusement démenti que la communauté touarègue soit une minorité marginalisée dans son pays, en soulignant que des mesures de « discrimination positive » avaient été prises en faveur de cette communauté.   « Celle-ci ne soutient pas la rébellion dans le nord du pays », a assuré Mme Guikiné.

Enfin, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques a détaillé les efforts de l’ONU en appui de ce dialogue politique, et qui est, avec le soutien à la planification de la MISMA, le second volet de la stratégie suivie par l’Organisation au Mali.

« Le Secrétaire général a l’intention d’établir une présence politique permanente des Nations Unies à Bamako afin de prêter main forte à ce dialogue », a indiqué M. Feltman.  En conclusion, il a affirmé que le déploiement d’une opération de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies pourrait être envisagé lorsque les opérations de combat seront terminées.

*     S/2012/894

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali (S/2012/894)

Dans ce rapport, qui couvre la période allant de janvier à novembre de cette année, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, constate que le Mali traverse une crise profonde qui a de graves conséquences sur les plans politique, socioéconomique et humanitaire et sur ceux de la sécurité et des droits de l’homme.  Les enjeux, écrit-il, sont l’unité nationale du pays, son intégrité territoriale et sa tradition de démocratie multiethnique et laïque.  La crise trouve son origine dans des problèmes structurels existant de longue date - faiblesse des institutions de l’État, inefficacité de la gouvernance, fragilité de la cohésion sociale, impression bien ancrée qu’ont les populations du nord d’être négligées, marginalisées et traitées de façon injuste par le gouvernement central, faiblesse de la société civile, en dépit de sa vivacité, et sa dépendance sur l’extérieur.

Tous ces problèmes ont été accentués par l’apparition de nouveaux facteurs d’instabilité, ajoute le Secrétaire général.  Sur le plan intérieur, l’élite qui gouverne le pays a donné l’impression qu’elle se rendait coupable de corruption, de népotisme et d’abus de pouvoir.  Au sein des forces armées, parmi les soldats de rang en particulier, l’impression s’est répandue que le gouvernement central avait failli à ses obligations en détournant, au profit de l’enrichissement de quelques officiers supérieurs corrompus, d’importants moyens nécessaires à la lutte contre l’insurrection dans le nord.  Ainsi, les capacités des unités déployées dans le nord ont été affaiblies petit à petit, victimes de la mauvaise qualité de la logistique et du fait qu’une grande partie du matériel était hors service et que le moral était en berne.

Après avoir rappelé les événements qui ont provoqué la coupure du pays en deux, le nord échappant au contrôle des autorités, le Secrétaire général constate que la situation humanitaire s’est progressivement détériorée.  De graves atteintes aux droits de la personne sont commises dans le nord, sous contrôle de la rébellion.  M. Ban cite, dans son rapport, de graves violations à l’encontre des femmes et de filles dans le nord du pays.  Il évoque en particulier la pratique dite de « réquisition », qu’appliquent les rebelles à Gao, consistant à violer systématiquement et collectivement des femmes et des filles retenues de force pour la nuit dans les camps de rebelles.  Des mariages forcés ont été signalés dans toutes les zones occupées, y compris des cas de jeunes femmes contraintes à épouser des membres de groupes armés uniquement pour occulter la réalité de l’enlèvement et du viol et légitimer l’union qui y fait suite et qui, dans certains cas, revient à de l’esclavage sexuel.

Le Secrétaire général indique toutefois qu’en raison des difficultés liées à l’insécurité et aux problèmes d’accès, le personnel de l’ONU n’a pas pu vérifier ces allégations pour savoir quelle était l’ampleur des violations et qui en étaient les coupables.  Des informations faisant état de recrutements massifs d’enfants soldats sont aussi contenues dans son rapport.

Sur le plan économique, le pays devrait tomber en récession en 2012, avec un taux de croissance de -3,1%, prévient le Secrétaire général. 

M. Ban précise que depuis l’adoption de la résolution 2071 (2012) du Conseil de sécurité, l’ONU a intensifié son soutien aux autorités maliennes.  Il évoque dans le détail l’opération militaire planifiée actuellement par l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour la reconquête du nord.  Celle-ci serait composée de 3 300 personnes, dont des bataillons d’infanterie et des services d’appui technique adéquats, ainsi qu’une composante de police.

Le Secrétaire général de l’ONU se dit gravement préoccupé par l’aggravation de la crise au Mali qui « pose une menace évidente pour la paix et la sécurité internationales ».  Le nord du Mali risque de devenir pour les terroristes et les réseaux criminels organisés un havre permanent où la population est soumise à une interprétation stricte de la charia et où les droits de l’homme sont violés de façon systématique.  Il estime qu’il est urgent d’agir pour aider le Gouvernement et le peuple maliens à réunifier leur pays, opérer un retour rapide à l’ordre constitutionnel et priver Al-Qaida et ses affidés d’une plateforme qui leur permette de menacer l’État malien, les pays voisins et l’ensemble de la communauté internationale.

Il souligne qu’une opération militaire pourrait être nécessaire en dernier recours pour affronter les éléments extrémistes et criminels les plus intraitables dans le nord.  « Avant d’en arriver là, toutefois, nous devons commencer par nous attacher à nouer un dialogue politique large et ouvert en vue de forger un consensus national autour d’un plan de route pour la transition et de répondre aux doléances anciennes des Touaregs et des autres communautés dans le nord », explique M. Ban.  « Les dissensions internes à Bamako, rappelle-t-il avant de conclure, constituent le plus grand obstacle à l’accomplissement de progrès dans la recherche d’une solution politique et doivent être réglées de toute urgence. »

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.