« L’Impasse politique en Iraq fait le jeu des extrémistes et accroît la vulnérabilité du pays dans une région de plus en plus instable », affirme le Représentant spécial du Secrétaire général

29 novembre 2012
CS/10838

« L’Impasse politique en Iraq fait le jeu des extrémistes et accroît la vulnérabilité du pays dans une région de plus en plus instable », affirme le Représentant spécial du Secrétaire général

29/11/2012
Conseil de sécurité
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Conseil de sécurité

6875e séance – matin

« L’IMPASSE POLITIQUE EN IRAQ FAIT LE JEU DES EXTRÉMISTES ET ACCROÎT LA VULNÉRABILITÉ DU PAYS DANS

UNE RÉGION DE PLUS EN PLUS INSTABLE », AFFIRME LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Le délégué iraquien affirme que toutes les formations politiques sont convenues de la nécessité de résoudre la crise politique

« Durant l’année écoulée, l’Iraq a fait de nombreux efforts pour renforcer l’état de droit et recouvrer sa place parmi le concert des nations, notamment en accueillant le Sommet de la Ligue des États arabes en avril dernier », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq, M. Martin Kobler, qui présentait, ce matin, devant le Conseil de sécurité, le rapport du Secrétaire général sur la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI).

M. Kobler, qui est également Chef de la MANUI, a été néanmoins prompt à souligner les défis qui menacent les progrès de la transition démocratique en Iraq, tels que l’impasse politique persistante et les développements en cours dans la région.

« Les relations entre les dirigeants politiques iraquiens ont continué d’être tendues au cours de l’année écoulée », a expliqué M. Kobler, qui a cité le fossé entre Arabes et Kurdes en Iraq.

Au nombre de facteurs qui expliquent le manque de confiance entre les deux communautés, le Représentant spécial a mentionné la question du partage du pouvoir, la sécurité et les relations tendues entre le Gouvernement central et la région du Kurdistan.  Il a déploré que l’adoption d’une série de réformes politiques qui avaient été engagées pour sortir de l’impasse ait échoué.

Le Représentant spécial a ensuite indiqué que des dizaines de membres du personnel de sécurité et de civils iraquiens, y compris des pèlerins, avaient été tués à Bagdad, Kirkouk, Kerbala et Falluja ces derniers jours.

« Les extrémistes exploitent les divergences entre les dirigeants politiques iraquiens pour fomenter des tensions ethniques et sectaires dans le pays », a-t-il mis en garde, en rappelant que les mois d’août et de septembre avaient été les plus meurtriers de ces deux dernières années.

C’est pourquoi, le Représentant spécial a invité tous les responsables politiques à ne pas faire le jeu des extrémistes et à surmonter leurs divergences par le seul moyen du dialogue.

S’exprimant au cours de cette séance, le représentant de l’Iraq, M. Hamid Al Bayati, a assuré que toutes les formations politiques conviennent qu’il est nécessaire de résoudre la crise politique dans le cadre de la Constitution, en précisant que le Chef de l’État iraquien avait poursuivi ses efforts pour réunir les responsables politiques rivaux.

M. Al Bayati a ensuite affirmé qu’en dépit de progrès constants en matière de sécurité, le pays continuait de souffrir du terrorisme qui prend pour cible les citoyens ordinaires, contraignant les autorités à renforcer l’appareil sécuritaire.

« L’impasse politique, qui persiste en Iraq, accroît également la vulnérabilité du pays sur une scène régionale marquée par une dangereuse instabilité », a affirmé le Représentant spécial.

« L’intensification du conflit en République arabe syrienne continue d’avoir de graves répercussions en Iraq », a ainsi expliqué M. Kobler, qui a pointé du doigt les risques « sérieux » d’un débordement de la violence, alors qu’on comptait, au 26 novembre, 58 883 réfugiés syriens en Iraq.

Il a en outre souligné les tensions nouvelles qui ont marqué ces derniers mois les relations entre l’Iraq et les pays voisins, notamment la Turquie, en raison de la crise syrienne.

Le Représentant spécial a ensuite passé en revue les efforts déployés par la MANUI pour encourager les dirigeants politiques iraquiens au dialogue politique.  La MANUI a contribué en septembre à la sélection du nouveau Conseil des commissaires de la Haute Commission électorale indépendante, phase cruciale pour les élections des conseils des gouvernorats du 20 avril 2013 et des élections législatives de 2014, s’est-il félicité.

« Ces élections doivent se tenir de manière crédible », a-t-il rappelé,  avant de déplorer l’absence d’un accord sur la tenue d’élections dans le gouvernorat de Kirkouk.  Comme le souligne le Secrétaire général dans son rapport, l’accord conclu par le Gouvernement iraquien et le Gouvernement régional du Kurdistan en vue de reprendre les exportations pétrolières de la région du Kurdistan a été une mesure positive, a-t-il dit.

« L’Iraq planifie l’augmentation de sa production de pétrole et de gaz afin de répondre à la demande internationale croissante », a affirmé, pour sa part, M. Al Bayati qui a indiqué, que pour la première fois depuis 2012, son pays s’était classé au deuxième rang de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Concernant les relations entre le Koweït et l’Iraq, qui, selon le représentant iraquien, sont en voie « d’amélioration », M. Kobler a énuméré les mesures encourageantes prises par le Gouvernement iraquien, en ce qui concerne notamment le projet d’entretien de l’abornement de la frontière avec le Koweït. 

« L’engagement de l’Iraq de s’acquitter des dernières obligations qui lui incombent en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies permettra d’ouvrir la voie à une normalisation définitive des relations entre les deux pays », a-t-il rappelé.

Abordant la question du camp Nouvel Iraq, anciennement camp Ashraf, le Représentant spécial a rappelé qu’il ne restait que 100 résidents dans le camp, 3 100 ayant été récemment transférés dans le camp Hurryia.

Rappelant la volonté du Gouvernement iraquien de fermer le camp dans les prochains jours, que M. Al Bayati a réaffirmée aujourd’hui, M. Kobler a exhorté les résidents du camp Nouvel Iraq à s’engager dans un dialogue constructif avec le Gouvernement iraquien et l’ONU afin que cette fermeture se fasse de manière pacifique et que l’accent soit mis sur les efforts de réinstallation dans les pays tiers.

Le Représentant spécial a indiqué qu’avec une réduction de 30 millions de dollars de son budget pour l’année prochaine, la MANUI devra apprendre « à faire plus avec moins ». 

Le représentant de l’Iraq a prévenu que la montée du sectarisme, qui est un phénomène dangereux pour toute la région, risquait de conduire à une des pires situations que l’on n’ait jamais connue depuis la Première Guerre mondiale.

LA SITUATION CONCERNANT L’IRAQ

Premier rapport du Secrétaire général présenté en application de la résolution 2061 (2012) (S/2012/848)

Ce rapport, qui est le premier présenté en application de la résolution 2061 (2012) du Conseil de sécurité, rend compte des progrès accomplis par la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) depuis le 25 juillet dernier.

Le Secrétaire général indique que les formations politiques iraquiennes ont poursuivi leurs consultations en vue de sortir de l’impasse politique persistante.  Plusieurs initiatives ont été menées à cette fin mais aucune n’a donné de résultat concret, note-t-il.  L’Alliance nationale et son dirigeant, Ibrahim al-Jaafari, se sont entretenus avec toutes les formations politiques dans le but de réunir les parties intéressées et de régler les questions en suspens au moyen d’un programme de réformes, dont la teneur n’a pas été rendue publique et n’aurait pas non plus été communiquée par écrit aux autres formations politiques.  Malgré la tenue de consultations approfondies, cette initiative ne bénéficie pas pour l’instant d’un soutien important parmi les formations parlementaires, constate encore le Secrétaire général.

Le 26 août, le Premier Ministre et le Président du Conseil des représentants sont convenus des cinq objectifs suivants: mener à terme plus rapidement divers travaux législatifs, y compris l’adoption de la loi sur le pétrole et le gaz; parvenir à une conception commune des relations extérieures de l’Iraq; se référer à la Constitution pour régler les différends; nommer dans les plus brefs délais les responsables des ministères de la sécurité; et appuyer le programme de réformes proposé.

Afin de préserver les progrès notables que l’Iraq a accomplis dans sa transition vers la démocratie, il est de la plus haute importance que les dirigeants parviennent à un consensus sur la voie à suivre, souligne le Secrétaire général.  Celui-ci les prie à nouveau de participer à un véritable dialogue constructif en vue de surmonter leurs divergences.

Par ailleurs, les relations entre le Gouvernement iraquien et le Gouvernement régional du Kurdistan restent marquées par des désaccords.  M. Ban prie vivement les deux parties de coopérer de façon constructive.  Il se félicite de l’accord conclu par le Gouvernement iraquien et le Gouvernement régional du Kurdistan en vue de reprendre les exportations pétrolières de la région du Kurdistan.  Il exprime l’espoir que le règlement de ce désaccord ouvrira la voie à l’adoption par le Conseil des représentants des dispositions législatives absolument nécessaires sur les hydrocarbures et le partage des revenus.  La MANUI se tient prête à jouer un rôle d’intermédiaire impartial, assure-t-il.

L’intensification du conflit en République arabe syrienne continue d’avoir de graves répercussions en Iraq sur les plans humanitaire et politique ainsi qu’en matière de sécurité, constate M. Ban.  Le Gouvernement iraquien a exhorté ses ressortissants sur place à revenir en Iraq.  Dans le même temps, il a continué à œuvrer activement en faveur de l’obtention d’un règlement politique, en exprimant son soutien sans réserve aux efforts du Représentant spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes pour la Syrie, M. Lakhdar Brahimi.  Des formations politiques kurdes de Syrie se sont réunies en zone autonome kurde d’Iraq et elles ont formé un Conseil kurde suprême afin d’adopter des positions communes.  Le Secrétaire général prie le Gouvernement iraquien de continuer à ouvrir ses frontières aux réfugiés syriens et à offrir hospitalité et protection aux victimes de la violence en République arabe syrienne qui cherchent refuge en Iraq.

Au nord du pays, les forces armées turques ont intensifié leurs opérations militaires dans la région du Kurdistan iraquien, notamment des bombardements aériens et des tirs d’obus d’artillerie contre le Parti des travailleurs du Kurdistan, en représailles contre les activités terroristes transfrontalières de ce dernier.  Au sud du pays, malgré leur amélioration notable au début de l’année 2012, les relations bilatérales entre l’Iraq et le Koweït continuent de se caractériser par une méfiance réciproque.  Le Secrétaire général constate que l’Iraq et le Koweït ont maintenant l’occasion historique de normaliser leurs relations et, dans le cas de l’Iraq, de s’acquitter des dernières obligations qui lui incombent.

Quant à la MANUI, celle-ci a poursuivi sa collaboration étroite avec les formations parlementaires afin de les encourager à achever la sélection des membres du nouveau Conseil des Commissaires de la Haute Commission électorale indépendante.  Les négociations ont principalement porté sur la taille et la composition du Conseil.  Le Secrétaire général regrette cependant qu’il n’y ait qu’une seule femme parmi les neufs nouveaux Commissaires et il prie les autorités iraquiennes de poursuivre leurs efforts visant à assurer la participation adéquate des femmes à tous les niveaux des institutions et processus politiques.  Il se dit encouragé par ailleurs par le fait que l’organisation des élections du Conseil du gouvernorat de Kirkouk, qui auraient dû avoir lieu il y a longtemps, semble progresser.

Sur le terrain, des attentats terroristes aveugles ont continué de faire un grand nombre de victimes dans l’ensemble du pays, à l’exception de la région du Kurdistan.  Les membres de divers groupes religieux et ethniques et de minorités, en particulier ceux vivant dans les régions marquées par des tensions liées à des différends territoriaux ou autres de longue date, ont continué d’être pris pour cible.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a continué à apporter assistance humanitaire et protection aux Iraquiens déplacés à l’intérieur de leur propre pays ou rapatriés.  Pendant les huit premiers mois de l’année 2012, plus de 173 000 personnes déplacées et plus de 52 000 rapatriés iraquiens ont réintégré leur lieu d’origine.

Alors que la MANUI et l’équipe de pays des Nations Unies continuent de se heurter à des obstacles qui les empêchent de s’acquitter pleinement des tâches qui leur ont été confiées, M. Ban tient à demander de nouveau au Gouvernement iraquien de prendre les mesures nécessaires pour faire appliquer sans plus tarder l’accord sur le statut de la Mission.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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