Conseil de sécurité: le Représentant spécial pour la République démocratique du Congo s’inquiète des effets d’une mutinerie sur la sécurité dans les Kivu

12 juin 2012
CS/10672

Conseil de sécurité: le Représentant spécial pour la République démocratique du Congo s’inquiète des effets d’une mutinerie sur la sécurité dans les Kivu

12/06/2012
Conseil de sécurité
CS/10672
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Conseil de sécurité

6785e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE

DU CONGO S’INQUIÈTE DES EFFETS D’UNE MUTINERIE SUR LA SÉCURITÉ DANS LES KIVU

« Il faut rapidement mettre un terme à une mutinerie lancée, en avril, contre l’armée par quelques individus et qui détériore gravement la sécurité en République démocratique du Congo (RDC), en particulier dans le Nord et le Sud-Kivu », a expliqué, ce matin, aux membres du Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC, M. Roger Meece.  

Venu présenter le rapport de M. Ban Ki-moon sur la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO)*, M. Meece a noté « des progrès considérables » réalisés depuis le précédent rapport, publié en début d’année, en ce qui concerne la situation sécuritaire dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. 

Ces progrès sont toutefois interrompus depuis avril par les événements récents relatifs à la mutinerie contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), lancée par quelques individus et dirigée par Bosco Ntaganda et Sultani Makenga, a indiqué M. Meece.  La mutinerie a provoqué d’importants déplacements de populations et entraîné « une grave détérioration de la sécurité », ainsi qu’une « atténuation de la pression sur les autres groupes armés opérant dans la région », a-t-il dit.

Le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MONUSCO a, par ailleurs, estimé que toutes les mesures nécessaires devaient être prises pour mettre un terme à « tout appui que les mutins pourraient recevoir depuis l’extérieur ».  À cet égard, il a appelé tous les États Membres de la région à enquêter sur de telles informations.

Il a précisé que de nombreux groupes avaient tenté de tirer parti de l’intensification globale de l’instabilité dans la zone, et que des meurtres à grande échelle et d’autres crimes graves avaient été commis contre des femmes et des enfants, exacerbant davantage le problème persistant des viols et des violences sexuelles.

Intervenant à la suite de cet exposé, le Représentant permanent de la République démocratique du Congo auprès des Nations Unies, M. Mukongo Ngay, a estimé qu’environ 200 à 300 éléments rwandais, « qui ont combattu et combattent encore dans les rangs des mutins », avaient été recrutés, préparés et déployés à partir du Rwanda.  Il a affirmé que le Gouvernement de la RDC était déterminé à « mettre militairement fin à la guerre » dans les territoires occupés par les groupes armés congolais et étrangers.

LA SITUATION CONCERNANT LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Rapport du Secrétaire général sur la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (S/2012/355)

Dans le présent rapport, soumis en application de la résolution 1991 (2011) du Conseil de sécurité, le Secrétaire général prend note, sur le plan politique, de la nomination, par le Président Kabila, d’Augustin Matata Ponyo Mapon en tant que Premier Ministre de la RDC, de la formation d’un gouvernement, ainsi que de la volonté du Président d’améliorer la gouvernance économique et de consolider les avancées réalisées en matière de démocratie au cours de son second mandat.

M. Ban Ki-moon estime toutefois que le fait que la plupart des observateurs des missions nationales et internationales d’observation des élections aient fait état de graves irrégularités et d’allégations de fraude lors des élections du 28 novembre 2011 reste préoccupant.  Il considère qu’il faudra que les autorités congolaises concernées veillent à ce que les élections provinciales et locales se déroulent de manière crédible et transparente, notamment en assurant une participation accrue de la société civile.

S’agissant de la situation en matière de sécurité, le Secrétaire général souligne que si une grande partie de la République démocratique du Congo reste relativement stable, la situation demeure très préoccupante dans l’est du pays.  Il exprime aussi ses préoccupations quant à l’état de la situation humanitaire et des droits de l’homme en RDC.

Il souligne que la détérioration récente de la situation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu témoigne, à nouveau, de la nécessité de réformer de façon tangible et durable le secteur de la sécurité et de faire en sorte que l’armée, la police et les autres institutions du secteur disposent des moyens pour établir et maintenir l’autorité de l’État et lutter contre la présence de groupes armés et contre les activités de grand banditisme.

En ce qui concerne les activités visant à faire face aux problèmes immédiats en matière de sécurité et de protection dans l’est de la République démocratique du Congo, le Secrétaire général estime que la MONUSCO devrait, en coordination avec l’équipe de pays des Nations Unies, appuyer davantage les efforts des autorités congolaises pour appliquer intégralement le plan de stabilisation et de reconstruction de l’est de la RDC, notamment dans les zones où il n’y a plus de groupes armés.

Compte tenu des différents éléments qu’il évoque, le Secrétaire général recommande de proroger le mandat de la MONUSCO pour 12 mois et de maintenir les effectifs militaires et de police à leurs niveaux actuellement autorisés.

Exposé

M. ROGER MEECE, Représentant spécial du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a tout d’abord noté que « des progrès considérables » avaient été effectués depuis son précédent exposé, présenté au Conseil en début d’année, notamment en ce qui concerne la situation sécuritaire posée par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.  Il a toutefois immédiatement déploré le fait que ces progrès aient été interrompus par les événements récents relatifs à la mutinerie lancée par quelques individus et dirigée par Bosco Ntaganda et Sultani Makenga.  Cette mutinerie, a-t-il dit, a entraîné « une grave détérioration de la sécurité » pour la population civile de cette zone et, par conséquent, une « atténuation de la pression sur les autres groupes armés opérant dans la région ».

Elle a été lancée, a expliqué M. Meece, par des soldats intégrés dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) en vertu d’accords conclus en 2009.  Mais cette intégration n’a toutefois jamais été réalisée, a-t-il regretté.  « Tandis que Ntaganda, Makenga et d’autres disent que ces dispositions n’ont pas été appliquées, le recours à la mutinerie pour soutenir leurs griefs est inacceptable », a déclaré le Chef de la MONUSCO.  Il s’est, par ailleurs, félicité du fait que Bosco Ntaganda n’ait pas reçu le large soutien qu’il espérait, et que la réaction du Gouvernement congolais ait été efficace.  M. Meece a également précisé que les relations entre Bosco Ntaganda et Sultani Makenga n’étaient pas claires, et que le mouvement « M23 » avait nié toute relation avec le premier.  « Les deux hommes partagent toutefois clairement des intérêts, des positions et des objectifs communs », a-t-il noté.

Depuis le début de ces événements, en avril, la MONUSCO a travaillé avec le Gouvernement de la RDC et les FARDC afin de limiter le nombre de blessés, de fournir une aide aux victimes et aux déplacés, et de rétablir l’ordre public.  Suite à cette intervention, les mutins ont été délogés de leur base et se sont regroupés dans une poche d’environ une centaine de kilomètres carrés située dans l’est du Parc national des Virunga, adjacent aux frontières ougandaises et rwandaises, a précisé M. Meece.  Des armes appartenant aux troupes de Ntaganda et Makenga ont été saisies par les Forces armées congolaises, et les FARDC ont également concentré leurs efforts autour de cette poche, afin de reprendre des positions, a expliqué le Représentant spécial. 

Déplorant les importants déplacements de civils provoqués par cette mutinerie, M. Meece a fait remarquer que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et de nombreux groupes rebelles congolais avaient tenté de tirer parti de l’intensification globale de l’instabilité.  « Nous disposons d’informations crédibles selon lesquelles des meurtres à grande échelle et d’autres crimes graves, délibérément entrepris par les FDLR, ainsi qu’un réseau xénophobe identifié comme « Raiya Mutomboki », ont pris pour cibles des personnes non armées, des femmes et des enfants.  « Toutes ces activités ont exacerbé le grave problème persistant des viols et d’autres violences sexuelles », a dit M. Meece.

 Bien que la MONUSCO ait déployé des forces et intensifié ses opérations dans la zone concernée, la situation au Nord-Kivu s’est détériorée et « cela contraste dramatiquement avec la situation qui prévalait avant la mutinerie », a-t-il dit.  Quant au Sud-Kivu, les opérations menées conjointement entre la Mission et les Forces armées congolaises y avaient montré un impact prometteur, notamment en ce qui concerne le programme de rapatriement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).  Malheureusement, tant les opérations au Sud que celles menés au Nord-Kivu ont dû être suspendues à la suite de la mutinerie, a précisé le Représentant spécial.  « Il est clair qu’il faut donc mettre un terme le plus rapidement possible à la mutinerie », a-t-il dit.  Il a ajouté que toutes les mesures devaient également être prises pour mettre un terme à tout appui que les mutins pourraient recevoir depuis l’extérieur, appelant à cet égard tous les États Membres qui sont dans la même région que la RDC à enquêter sur ces informations.  « La population de l’est du Congo a déjà souffert trop longtemps, et toutes mesures qui prolongent la violence et l’existence des groupes armés doivent cesser », a-t-il dit. 

S’agissant de l’évolution de la situation politique, le Représentant spécial a expliqué que la MONUSCO allait resserrer ses liens avec la nouvelle Assemblée nationale afin de soutenir et faciliter le travail de celle-ci.  Il a expliqué que lui-même, ainsi que des responsables de la MONUSCO, avaient eu des entretiens avec le nouveau Premier Ministre de la RDC, M. Augustin Matata Ponyo Mapon, et qu’il était dans l’intérêt de toutes les parties de maintenir des liens constants et un dialogue constructif. Avant de conclure sa présentation, M. Meece a noté que de nombreux défis demeuraient en ce qui concerne l’organisation et la tenue avec succès des prochaines élections provinciales et locales, et a indiqué qu’il fallait y faire face afin que les problèmes de 2011 ne se représentent pas. 

Déclaration

M. ZENON MUKONGO NGAY (République démocratique du Congo) a salué « l’action positive » de la MONUSCO et de son Représentant spécial, et ce, a-t-il dit, alors qu’il a été établi de manière péremptoire que des éléments rwandais, estimés entre 200 et 300 hommes, qui ont combattu et combattent encore dans les rangs des mutins du « M23 » de Bosco Ntaganda, ont été recrutés, préparés et déployés à partir du Rwanda.  Ce soutien, a-t-il précisé, continue car, malgré les 38 tonnes de matériel récupéré, « la puissance de feu des insurgés s’est accrue depuis qu’ils se sont rapprochés de la frontière rwandaise ». 

À propos de la MONUSCO, le représentant a fait remarquer que souvent, à l’approche du terme du mandat de la Mission et de son renouvellement, l’est de la République démocratique du Congo était confronté à une résurgence des violences.  Dans ce contexte, il s’est félicité que le mandat qui doit être renouvelé, par le Conseil de sécurité, le soit en accordant la priorité à la protection des civils, en particulier les femmes.

En termes de bilan, le représentant a fait remarquer qu’entre 2008 et 2012, la collaboration entre la MONUSCO et les FARDC s’était avérée fructueuse, et il a cité, à titre d’exemple, le fait que la Lord Resistance Army (LRA) qui a sévi en province Orientale y était passée de 1 200 éléments, en 2008, à presqu’aucun élément aujourd’hui.  Certes, a-t-il reconnu, « les choses ont changé depuis que des insurgés qui ont déserté les rangs de l’armée congolaise au début du mois d’avril ont retourné leurs armes contre l’armée régulière ».  Il a souligné que, quoi qu’il en soit, le Gouvernement de la RDC était déterminé à « mettre militairement fin à la guerre » dans les territoires occupés par les groupes armés congolais et étrangers.

Avant de conclure son intervention, M. Mukongo Ngay a abordé la question de la restructuration de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), au sujet de laquelle il a tenu à « rassurer tout le monde » sur le fait que le Gouvernement partageait le point de vue selon lequel il est nécessaire de restaurer la crédibilité de la CENI, comme cela a été exprimé dans le rapport du Secrétaire général.  Il a précisé que la Commission avait commencé à procéder à son autocritique et que pour « crédibiliser davantage » les prochaines élections, elle avait pris un train de mesures en ce sens.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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