Les membres du Conseil de sécurité décident à l’unanimité d’envoyer une mission préparatoire d’observateurs militaires non armés en Syrie

14 avril 2012
CS/10609

Les membres du Conseil de sécurité décident à l’unanimité d’envoyer une mission préparatoire d’observateurs militaires non armés en Syrie

14/04/2012
Conseil de sécurité
CS/10609
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6751e séance – matin

LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DÉCIDENT À L’UNANIMITÉ D’ENVOYER UNE MISSION

PRÉPARATOIRE D’OBSERVATEURS MILITAIRES NON ARMÉS EN SYRIE

Le Conseil entend créer une mission de vérification

des Nations Unies chargée de s’assurer de la fin des violences en Syrie

Réunis ce samedi en fin de matinée en séance publique, les membres du Conseil de sécurité ont décidé de manière unanime d’autoriser la mise en place en Syrie d’une mission préparatoire comprenant jusqu’à 30 observateurs militaires non armés qui assureront la liaison avec les parties et commenceront à rendre compte des progrès accomplis sur la voie de la cessation de la violence armée sous toutes ses formes par toutes les parties.

La résolution adoptée à l’unanimité ce matin par les membres du Conseil prévoit que cette mission opérera en attendant le déploiement d’une mission des Nations Unies en Syrie chargée de vérifier que toutes les parties cessent de se livrer à la violence armée sous toutes ses formes.  Cette mission devra aussi vérifier que les points correspondants de la proposition de l’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes sont appliqués, sur la base d’une proposition officielle du Secrétaire général, que le Conseil de sécurité souhaite recevoir le 18 avril 2012 au plus tard.

Par cette résolution, le Conseil demande que le Gouvernement syrien veille au bon fonctionnement de la mission, notamment de la mission préparatoire, en facilitant « le déploiement rapide et sans entrave de son personnel et des moyens nécessaires à l’exécution de son mandat » et « en lui garantissant la liberté de communiquer de manière confidentielle avec des personnes dans toute la Syrie, sans que ceux qui auront des contacts avec la mission ne fassent l’objet de représailles ».

Aux termes du texte adopté, le Conseil demande égalementau Gouvernement syrien « d’honorer de manière visible et dans leur intégralité » les engagements qu’il a pris.  Il lui demande ainsi « de mettre fin aux mouvements de troupes en direction d’agglomérations, de cesser d’utiliser des armes lourdes dans des agglomérations et de commencer à retirer les troupes concentrées dans des agglomérations et aux alentours ».

Condamnant les violations généralisées des droits de l’homme commises par les autorités syriennes et les violations des droits de l’homme commises par les groupes armés, le Conseil demande à toutes les parties syriennes, y compris l’opposition, de mettre fin immédiatement à la violence armée sous toutes ses formes.

Le Conseil de sécurité a travaillé sur la rédaction de cette résolution, après l’expiration, le 12 avril, du délai fixé par le plan en six points de M. Kofi Annan.  Ce plan, soumis le mois dernier lors d’une visite de M. Annan à Damas et accepté par le Gouvernement syrien le 25 mars, prévoit l’arrêt des violences et des tueries, un accès aux agences humanitaires, la libération de détenus et le lancement d’un dialogue politique.

Commentant l’adoption de cette résolution, le représentant de l’Allemagne a estimé que le déploiement de la mission d’observation préparatoire ne devra pas servir à geler la situation sur le terrain, ni se substituera à la volonté politique des parties.   « Le déploiement de la mission préparatoire est un test qui servira à voir si le Gouvernement syrien coopère », a indiqué de son côté la représentante des États-Unis. 

Au vu des violences qui persistent sur le terrain, notamment à Homs, plusieurs délégations ont exprimé des doutes quant à la réalité de l’engagement manifesté par le régime syrien.  « Nous espérons tous que le calme continuera à régner, mais nous ne nous faisons pas d’illusion », a indiqué la représentante des États-Unis, en notant qu’« aujourd’hui la Syrie avait repris le bombardement brutal des foyers ».

« Nous jugerons le régime syrien par ses actes, et rien d’autres », a averti de son côté le représentant de la France, pour qui l’engagement des autorités syriennes « survient bien tard, alors que plus de 10 000 personnes ont déjà trouvé la mort ». 

Adoptée « beaucoup trop tard » selon les représentants du Portugal et du Royaume-Uni, cette résolution par l’appui unanime qu’elle a reçu, est le premier texte sur lequel ont réussi à s’accorder les membres du Conseil de sécurité pour trouver une issue à la crise syrienne.  Son adoption a été saluée à plusieurs reprises par les délégations.

« Ce retour de tous les membres du Conseil de sécurité à l’action responsable est une autre raison de se réjouir et une raison d’espérer pour le peuple syrien », s’est notamment félicité le représentant de la France, qui a cependant mis en garde contre le soutien obstiné apporté par certains à un régime qui « a prouvé son inhumanité ».

Également présent, le représentant de la Syrie a souligné l’attachement de sa délégation au succès du plan Annan, mais s’est néanmoins inquiété de l’appui continu dont bénéficient les groupes armés de certains pays et du fait, a-t-il affirmé, que certains membres du Conseil ne tiennent pas ces groupes responsables des agressions perpétrées à l’encontre des Forces armées syriennes et des civils, entre autres.

Le représentant de la Syrie s’est également inquiété que la crise des réfugiés ne soit utilisée de manière politique par certains membres du Conseil de sécurité pour demander la création de « zones tampons » et appeler à une intervention militaire.

« Ce qui se produit en Syrie est la manifestation d’un conflit politique dont la  principale arme semble être une volonté de fractionner les populations arabes et d’opposer des factions sur des lignes culturelles, idéologiques ou religieuses », a accusé le représentant syrien.

LA SITUATION AU MOYEN-O RIENT

Texte de la résolution 2042 (2012)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant les déclarations de son président en date des 3 août 2011, 21 mars 2012 et 5 avril 2012, et rappelant également toutes les résolutions pertinentes de l’Assemblée générale,

Réaffirmant son soutien à l’Envoyé spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes, Kofi Annan, et au travail qu’il accomplit, suivant la résolution 66/253 de l’Assemblée générale, en date du 16 février 2012, et aux résolutions pertinentes de la Ligue des États arabes,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie, ainsi qu’aux buts et aux principes énoncés dans la Charte,

Condamnant les violations généralisées des droits de l’homme commises par les autorités syriennes, ainsi que toute atteinte aux droits de l’homme commise par les groupes armés, rappelant que les auteurs de cesactes devront en rendre compte, et déplorant vivement la mort de milliers de personnes dans le pays,

Notant que le Gouvernement syrien s’est engagé le 25 mars 2012 à appliquer la proposition en six points de l’Envoyé spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes et à honorer d’urgence et de manière visible, comme il est convenu de le faire dans la communication qu’il a adressée à l’Envoyé le 1er avril 2012, les engagements qu’il a pris a) de mettre fin aux mouvements de troupes en direction d’agglomérations, b) de cesser d’utiliser des armes lourdes dans des agglomérations, et c) de commencer à retirer les troupes concentrées dans des agglomérations et aux alentours, et de s’acquitter intégralement de ces engagements d’ici au 10 avril 2012 au plus tard, et notant aussi que l’opposition syrienne s’est engagée à respecter la cessation de la violence à condition que le Gouvernement fasse de même,

Notant que l’Envoyé a jugé que, depuis le 12 avril 2012, les parties semblaient respecter un cessez-le-feu et que le Gouvernement syrien avait commencé à honorer ses engagements, et s’associant à l’appel que l’Envoyé a lancé pour demander au Gouvernement syrien d’honorer immédiatement et de manière visible tous les éléments de la proposition en six points de l’Envoyé, afin que toutes les parties cessent durablement de recourir à la violence armée, sous toutes ses formes,

Réaffirme qu’il souscrit pleinement à tous les éléments de la proposition en six points de l’Envoyé (annexe), qui vise à mettre fin immédiatement à toute violence et à toute violation des droits de l’homme, à garantir l’accès des organismes humanitaires et à faciliter une transition politique dirigée par les Syriens devant mener à l’instauration d’un régime politique démocratique et pluraliste, fondé sur l’égalité des citoyens quelles que soient leur appartenance politique ou ethnique ou leurs convictions, à la faveur notamment de l’ouverture d’un dialogue politique général entre le Gouvernement syrien et l’ensemble des forces d’opposition syriennes, et demande que tous les volets de la proposition en six points de l’Envoyé soient intégralement appliqués, immédiatement et de toute urgence;

Demande au Gouvernement syrien d’honorer de manière visible et dans leur intégralité, comme il est convenu de le faire dans la communication qu’il a adressée à l’Envoyé le 1er avril 2012, les engagements qu’il a pris a) de mettre fin aux mouvements de troupes en direction d’agglomérations, b) de cesser d’utiliser des armes lourdes dans des agglomérations et c) de commencer à retirer les troupes concentrées dans des agglomérations et aux alentours;

Souligne qu’il importe à l’Envoyé que toutes les forces gouvernementales syriennes se retirent des agglomérations où elles se trouvent, avec leurs armes lourdes, et retournent dans leurs casernes, afin de faciliter la cessation durable de la violence;

Demande à toutes les parties syriennes, y compris l’opposition, de mettre fin immédiatement à la violence armée sous toutes ses formes;

Entend, sous réserve que toutes les parties cessent durablement de se livrer à la violence armée sous toutes ses formes, mettre en place immédiatement, à l’issue de consultations entre le Secrétaire général et le Gouvernement syrien, une mission des Nations Unies en Syrie chargée de vérifier que toutes les parties cessent de se livrer à la violence armée sous toutes ses formes et que les points correspondants de la proposition de l’Envoyé sont appliqués, sur la base d’une proposition officielle du Secrétaire général, qu’il souhaite recevoir le 18 avril 2012 au plus tard;

Demande que le Gouvernement syrien veille au bon fonctionnement de la mission, notamment de la mission préparatoire, en facilitant le déploiement rapide et sans entrave de son personnel et des moyens nécessaires à l’exécution de son mandat, en assurant immédiatement la liberté de circulation et d’accès totale et sans entrave nécessaire à l’exécution de son mandat, en autorisant des communications sans entrave et en lui garantissant la liberté de communiquer de manière confidentielle avec des personnes dans toute la Syrie, sans que ceux qui auront des contacts avec la mission ne fassent l’objet de représailles;

Décide d’autoriser la mise en place d’une mission préparatoire comprenant jusqu’à 30 observateurs militaires non armés qui assureront la liaison avec les parties et commenceront à rendre compte des progrès accomplis sur la voie de la cessation de la violence armée sous toutes ses formes par toutes les parties, en attendant le déploiement de la mission visée au paragraphe 5, et demande au Gouvernement syrien et à toutes les autres parties de faire en sorte que la mission préparatoire puisse s’acquitter de ses fonctions conformément aux dispositions du paragraphe 6;

Demande que les parties garantissent la sécurité de la mission préparatoire, sans préjudice de sa liberté de circulation et d’accès, et souligne que la responsabilité à cet égard incombe au premier chef aux autorités syriennes;

Prie le Secrétaire général de lui signaler immédiatement tout acte de quelque partie que ce soit qui ferait obstacle au bon fonctionnement de la mission préparatoire;

Demande à nouveau aux autorités syriennes de donner immédiatement au personnel des organisations humanitaires un accès libre et sans entrave à toutes les populations qui ont besoin d’assistance, conformément au droit international et aux principes régissant l’assistance humanitaire, et engage toutes les parties syriennes, en particulier les autorités, à coopérer pleinement avec l’ONU et les organisations humanitaires concernées pour faciliter la fourniture de l’aide humanitaire;

Prie le Secrétaire général de lui faire rapport sur l’application de la présente résolution d’ici au 19 avril 2012;

Exprime son intention d’évaluer l’état d’avancement de l’application de la présente résolution et d’envisager de nouvelles mesures, si nécessaire;

Décide de rester saisi de la question.

Annexe

Proposition en six points de l’Envoyé spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes

1)    S’engager à collaborer avec l’Envoyé dans le cadre d’un processus politique ouvert, dirigé par les Syriens, de façon à répondre aux aspirations et préoccupations légitimes de la population et, à cet effet, s’engager à désigner un interlocuteur disposant des pouvoirs nécessaires lorsque l’Envoyé en fera la demande;

2)    S’engager à cesser les combats et à assurer de toute urgence, sous la supervision de l’Organisation des Nations Unies, un arrêt effectif de toutes les formes de violence armée par toutes les parties afin de protéger les civils et de stabiliser le pays;

À cet effet, le Gouvernement syrien devrait immédiatement mettre fin aux mouvements de troupes en direction d’agglomérations, cesser d’utiliser des armes lourdes dans des agglomérations et commencer à retirer les troupes concentrées dans des agglomérations et aux alentours;

Pendant que ces mesures sont appliquées sur le terrain, le Gouvernement syrien devrait collaborer avec l’Envoyé pour faire cesser durablement  toutes les formes de violence armée par toutes les parties, dans le cadre d’un mécanisme de supervision efficace placé sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. L’Envoyé s’emploiera à amener l’opposition et tous les éléments concernés à s’engager de même à arrêter les combats et à collaborer avec lui pour faire cesser durablement toutes les formes de violence par toutes les parties dans le cadre d’un mécanisme de supervision efficace placé sous l’égide de l’ONU;

3)    Faire en sorte que l’aide humanitaire parvienne en temps voulu dans toutes les zones touchées par les combats et, à cet effet, approuver et observer, à titre immédiat, une pause humanitaire quotidienne de deux heures et coordonner l’heure et les modalités exactes de cette pause dans le cadre d’un mécanisme efficace, y compris au niveau local;

4)    Accélérer et multiplier les mesures d’élargissement des personnes arbitrairement détenues, notamment de celles qui appartiennent à des catégories particulièrement vulnérables ou qui ont pris part à des activités politiques pacifiques, communiquer sans tarder par les voies appropriées une liste de tous les lieux où ces personnes sont détenues, prendre immédiatement des dispositions en vue d’assurer l’accès à ces lieux et répondre rapidement, par les voies appropriées, à toutes les demandes écrites d’information, d’accès et d’élargissement concernant lesdites personnes;

5)    Assurer la liberté de circulation des journalistes dans tout le pays et appliquer une politique de visas non discriminatoire à leur égard;

6)    Respecter la liberté d’association et le droit de manifester pacifiquement dans les conditions prévues par la loi.

Déclarations

M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a regretté que l’adoption de ce texte « n’intervienne qu’après une année de souffrances imposées au peuple syrien par le régime en place qui ne pense qu’à sa propre survie ».  Pendant plus d’un an, a-t-il rappelé, le Gouvernement syrien a notamment détenu arbitrairement et torturé de nombreuses personnes, ce qui a conduit 45 000 Syriens à fuir vers les pays voisins.  Pendant tout ce temps là, le régime syrien a ignoré les appels lancés par la communauté internationale en vue de faire cesser ces violences, a-t-il regretté.  Il a rendu hommage à M. Kofi Annan pour les efforts inlassables qu’il a déployés tout au long de ces dernières semaines.  Le représentant du Royaume-Uni a estimé que l’arrêt des violences n’est qu’une première étape, « une petite fenêtre » qui s’est ouverte pour que la situation s’améliore sur le terrain.  Nous envisageons d’envoyer une mission plus importante, a-t-il indiqué.  Il faut mettre fin à tous les mouvements de troupes comme le demande le plan Annan, a-t-il rappelé, citant aussi les mesures que doit prendre le Gouvernement syrien pour appliquer l’intégralité du plan en six points de l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes pour la Syrie.  Il a également souhaité que l’équipe avancée d’observateurs puisse conduire librement des entretiens avec la population et des individus sur le terrain sans interférence du Gouvernement.  Toutes les parties devront ensuite s’engager dans une transition politique menée par les Syriens eux-mêmes et qui satisfasse les aspirations du peuple, a-t-il ajouté.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que les conséquences d’une aggravation de la crise syrienne pourraient être extrêmement dévastatrices, aussi bien pour la Syrie que pour la région du Moyen-Orient dans son ensemble.  Il a souligné l’engagement de sa délégation en faveur d’un dialogue politique inclusif, et a notamment rappelé que dans le passé, la Fédération de Russie avait mis en garde contre les « tentatives d’ingérences extérieures qui auraient des effets destructeurs ».

M. Churkin a ensuite indiqué que le texte original de la résolution adoptée ce jour par le Conseil de sécurité avait été « profondément modifié » et rendu plus équilibré de manière à mieux refléter la réalité sur le terrain et à prendre en compte les positions du Gouvernement syrien qui accueillera la mission de l’équipe avancée d’observateurs devant superviser le cessez-le-feu.  Un officier russe en fait partie, a-t-il relevé.  La Fédération de Russie attend du Secrétaire général qu’il présente des mesures concrètes sur le déploiement ultérieur d’une mission d’observateurs onusiens plus étoffée, a dit M. Churkin.  Le représentant de la Fédération de Russie a par ailleurs insisté sur le fait que toutes les parties, y compris l’opposition armée au Gouvernement syrien, doivent abandonner la violence, respecter entièrement le plan en six points de M. Annan et s’engager dans un processus de dialogue politique.

M. PETER WITTIG (Allemagne) a relevé que la résolution adoptée ce matin est la première ayant trait à la crise en Syrie « depuis le début de la répression sanglante menée par le Gouvernement de ce pays », et s’est réjouit de l’unanimité dont a fait preuve le Conseil de sécurité lors de l’adoption du texte.  Il a évoqué avec regret les informations concernant les combats qui auraient lieu en ce moment même sur le terrain, et a appelé à ce que la violence ne soit plus tolérée en Syrie.  Le Gouvernement syrien doit respecter pleinement ses engagements, a-t-il souligné.  « Damas doit changer de cap afin de permettre la cessation de toutes les violences », dit le représentant en appelant aussi le Gouvernement syrien à faire rentrer ses troupes dans les casernes.  Les détentions arbitraires, les enlèvements, les violences sexuelles doivent en outre cesser immédiatement, a-t-il rappelé.

M. Wittig a jugé crucial le déploiement de l’équipe d’observateurs, tout en demandant que les conditions soient créées pour que cette mission préparatoire et celle qui suivra puissent pleinement exécuter leurs mandats.  Nous connaissons trop d’exemples de missions des Nations Unies qui n’ont pas pu pleinement exercer leurs fonctions parce que les parties voulaient les manipuler et les utiliser à leur propre profit, a-t-il rappelé.  Il a estimé que le déploiement de cette mission ne devra pas seulement servir à geler la situation sur le terrain.  La mission des Nations Unies sur le terrain ne doit en aucun cas se substituer à la volonté politique des parties, a-t-il souligné.  Le représentant a enfin appelé à mettre l’accent sur la reddition des comptes pour les crimes commis pendant la crise en Syrie.  Il a estimé que les auteurs des crimes doivent en rendre compte, et que ce doit être un élément central du processus de transition.

M. LI BAODONG (Chine) a engagé toutes les parties syriennes à respecter strictement les engagements pris de manière à lancer un processus de dialogue inclusif mené par les Syriens eux-mêmes.  Il a estimé que le plan en six points de M. Annan est le moyen le plus réaliste pour parvenir au règlement de la crise syrienne et a également appelé la communauté internationale à continuer de soutenir sans arrière-pensées la mission de Kofi Annan.  Toute déclaration négative et tout obstacle posés par qui que ce soit aux efforts de médiation de M. Annan sont inacceptables, a-t-il averti.

M. Li a déclaré que le déploiement de la mission préparatoire d’observateurs que permet la résolution adoptée aujourd’hui devrait permettre de lancer les activités de supervision du cessez-le-feu et de mettre un terme aux violences.  Il a également dit que la Chine espère que le processus de dialogue politique pourra être lancé très prochainement.  Il a ensuite appelé les membres de la mission à s’acquitter de leur mandat de manière « neutre, impartiale et positive », et les parties syriennes à s’attacher à assurer son succès.

M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) s’est félicité de l’adoption, aujourd’hui, par consensus, de la première résolution sur la crise en Syrie, qui est un texte qui concrétise les efforts menés pour mettre fin aux violences.  Depuis que le Maroc est membre du Conseil de sécurité, nous avons participé à tous les efforts déployés pour que le Conseil puisse s’exprimer d’une seule voix, car c’est la seule façon de lui permettre d’avoir une influence sur les évènements en Syrie, a-t-il expliqué.  Nous estimons que la résolution constitue une étape fondamentale, a dit le représentant.  Il a rappelé le rôle constructif joué par la Ligue des États arabes dans les efforts menés sur ce dossier.

La résolution adoptée aujourd’hui est une réaction rapide du Conseil après le début du cessez-le-feu constaté en Syrie hier matin, un cessez-le-feu qui intervient après une année de violence.  « C’est l’aboutissement des efforts de la communauté internationale », a tenu à souligner le représentant.  Le Conseil de sécurité a décidé d’envoyer une mission préparatoire en Syrie, et nous espérons qu’elle pourra opérer le plus rapidement possible, a-t-il ajouté.  Il a noté que le Conseil de sécurité a aussi réaffirmé son attachement à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la Syrie.  « Nous espérons que nos frères en Syrie collaboreront tous avec M. Annan, pour que le peuple syrien puisse panser ses blessures et voir ses aspirations légitimes satisfaites », a conclu M. Loulichki.

M. RAZA BASHIR TARAR (Pakistan) a estimé que l’adoption de la résolution autorisant l’envoi d’observateurs en Syrie prouvait la capacité des membres du Conseil de sécurité à agir ensemble.  Il a relevé le soutien « unanime et ferme » accordé par le Conseil à la mission confiée à M. Annan, voyant dans cette dernière un exemple de la manière avec laquelle la diplomatie préventive peut être mise au service de la résolution des conflits.

M. NÉSTOR OSORIO (Colombie) a estimé que le texte adopté aujourd’hui constitue avant tout un appel au Gouvernement syrien pour qu’il mette fin aux violences.  Le monde a assisté à une violence sans précédent dans ce pays, a-t-il dit, invoquant la lourde responsabilité du Gouvernement syrien.  Il a estimé que les bases du dialogue politique ont été jetées par l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes, M. Annan.  Il a aussi souhaité que le Gouvernement syrien apporte son assistance à la mission préparatoire autorisée aujourd’hui par le Conseil de sécurité, afin qu’elle puisse mener à bien son mandat.

M. GÉRARD ARAUD (France) a dit espérer que l’adoption de cette résolution marquerait le tournant d’une sortie de crise pour la Syrie et ouvrirait la voie à une cessation des violences.  Au vu des violences qui persistent à Homs, M. Araud a néanmoins exprimé des doutes quand à la réalité de l’engagement manifesté par le régime syrien.  « Nous jugerons le régime syrien par ses actes, et rien d’autres », a-t-il averti.  Le représentant de la France a estimé que l’engagement des autorités syriennes « survenait bien tard, alors que plus de 10 000 personnes ont déjà trouvé la mort ».  Cette répression ne saurait rester impunie, a-t-il souligné.  M. Araud a par ailleurs indiqué que la cessation des violences ne devait pas se limiter au seul retrait des armes lourdes des centres urbains, mais qu’il fallait également s’assurer de la fin des actes de violence sous toutes les formes imaginables.  Il a, à cet égard, cité notamment la nécessité de voir la fin des actes de torture et de violence sexuelle.

M. Araud a ensuite salué le fait que l’adoption de cette résolution marque également un tournant, celui de la capacité retrouvée de la communauté internationale à parler d’une seule voix pour trouver une issue à la crise syrienne.  Ce retour de tous les membres du Conseil de sécurité à l’action responsable est une autre raison de se réjouir, et une raison d’espérer pour le peuple syrien, s’est-il notamment félicité.  Le représentant a néanmoins averti que si certaines parties persistent dans leur « soutien têtu » à un régime qui a prouvé son inhumanité, cela pourrait avoir des conséquences négatives.

M. HARDEEN SINGH PURI (Inde) a déclaré que son pays avait appuyé tous les efforts déployés en vue de résoudre la crise syrienne, notamment la mission de l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes, M. Annan.  Il s’est réjoui que ces efforts aient abouti à la cessation des violences en Syrie et à l’acceptation par la Syrie du plan en six points proposé par M. Annan.  Il a espéré que toutes les parties, y compris l’opposition, respecteraient leurs engagements et coopéreraient avec la mission préparatoire des Nations Unies pour le déploiement d’observateurs.  Pour que le plan en six points et la mission d’observation aboutissent, il est essentiel que des conditions favorables soient mises en place le plus rapidement possible, a-t-il averti.  Nous espérons que l’opposition participera aussi à ce processus, a-t-il dit.  Il a également jugé indispensable que les pays voisins et la communauté internationale apportent leur soutien aux efforts menés, a souligné M. Puri. 

M. KODJO MENAN (Togo) a vu dans l’adoption de cette résolution un évènement important quand on sait qu’à plusieurs reprises le Conseil de sécurité « n’a pas réussi à parler d’une seule voix au sujet de la grave crise syrienne ».  En décidant d’autoriser l’envoi d’une équipe restreinte de supervision du cessez-le-feu et de la fin des violences en Syrie, a-t-il ajouté, le Conseil a voulu montrer son engagement et sa détermination à travailler, à l’unisson, à la recherche d’une solution rapide et durable à la crise.  Il y a bien longtemps que le peuple syrien attend une telle action du Conseil de sécurité, a observé M. Menan.  Aussi importe-t-il que chacun de ses membres, « et en particulier ceux qui ont une quelconque influence sur le Gouvernement syrien et sur l’opposition agissent en faveur de la mise en œuvre de cette résolution », a conclu le représentant du Togo.

M. TOFIG F. MUSAYEV (Azerbaïdjan) a rappelé que sa délégation avait soutenu, depuis le début de la crise en Syrie, les efforts menés par la communauté internationale pour résoudre la crise, et en particulier ceux menés par l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes, M. Annan.  Il a constaté avec satisfaction que les parties s’étaient engagées à mettre en œuvre le plan en six points de M. Annan et avaient commencé à l’appliquer.  La résolution du Conseil de sécurité prévoit la création d’une mission de surveillance des Nations Unies, chargée de superviser le retrait des Forces armées syriennes des centres de population et l’arrêt des violences causées par l’opposition armée, a-t-il observé.  Il a aussi souligné que le Conseil de sécurité réaffirme dans le texte adopté son attachement au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie.

M. JOSÉ FILIPE MORAES CABRAL (Portugal) a vu dans l’adoption de la résolution une mesure qui intervient « beaucoup trop tard », car elle survient après la mort de plusieurs milliers de personnes.  Il en faudra d’autres pour éviter une guerre civile, a-t-il estimé.  Le représentant a engagé le Gouvernement syrien à immédiatement mettre en œuvre le plan en six points de M. Annan, et a notamment souligné la nécessité de retirer toutes les armes lourdes des agglomérations et d’assurer un accès humanitaire sans entrave, entre autres.  Tous les auteurs de violations des droits de l’homme doivent par ailleurs répondre de leurs actes, a-t-il ajouté.

M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a rappelé que son pays avait constamment soutenu les efforts de l’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes, M. Annan, afin que les parties en Syrie engagent un dialogue pacifique en vue de répondre aux aspirations du peuple syrien.  La situation sur le terrain demeure précaire, a noté M. Sangqu, qui a demandé aux parties de veiller à la bonne application du plan en six points proposé par M. Annan.  Le représentant sud-africain a demandé en particulier à toutes les parties de respecter le cessez-le-feu.  Il les a aussi appelées à faciliter le déploiement de la future mission d’observation des Nations Unies, en commençant par apporter leur soutien à la mission préparatoire.  Le représentant a aussi rappelé la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.

M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a déclaré que la seule issue à la violence en Syrie était le dialogue politique, « mené par les Syriens eux-mêmes de manière à déboucher sur les réformes exigées par la population syrienne ».  Il a également fait part du plein appui de sa délégation aux initiatives de l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue des États arabes, M. Annan, ainsi que de l’appui continu du Guatemala à la Ligue des États arabes.

Mme SUSAN RICE (États-Unis) a rappelé qu’après plus d’une année de violences qui ont causé plus de 10 000 morts et la fuite de plus de 40 000 Syriens, et après la destruction de villes syriennes par les Forces armées syriennes, le Gouvernement syrien avait déclaré qu’il était enfin prêt à mettre fin à cette politique meurtrière.  Le Conseil a autorisé le déploiement d’une mission préparatoire pour vérifier que le Gouvernement respecte les engagements qu’il a pris, a-t-elle souligné, expliquant qu’ainsi « le Conseil s’acquitte enfin de ses responsabilités ».  Jeudi, l’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes, M. Annan, a déclaré qu’un calme fragile semblait prévaloir en Syrie, a rappelé Mme Rice.  « Nous espérons tous que ce calme continuera à régner, mais nous ne nous faisons pas d’illusion », a-t-elle dit, notant qu’« aujourd’hui la Syrie avait repris le bombardement brutal des foyers ».  Les chars, les armes lourdes et les troupes restent dans les agglomérations, a-t-elle dit, exprimant la crainte qu’elles soient prêtes à reprendre les attaques.  La représentante des États-Unis a aussi mentionné certaines informations selon lesquelles des manifestants auraient été arrêtés ou tués, pendant que des milliers d’entre eux restent emprisonnés.

Pendant des mois, des manifestations pacifiques ont été réprimées dans le sang, a dit Mme Rice.  « Alors que la Ligue des États arabes a proposé un moyen de respecter les aspirations du peuple et de mettre fin aux violences, le Gouvernement n’a fait qu’intensifier celles-ci », a-t-elle.  Mme Rice a souhaité que le peuple syrien « puisse exercer ses libertés sans craindre la torture ou les arrestations arbitraires ».  Nous exigeons du Gouvernement qu’il respecte ses engagements, a-t-elle souligné.  La proposition de plan en six points est « un ensemble complet d’obligations » qui exigent du Gouvernement syrien qu’il prenne des mesures claires, a-t-elle estimé.  Elle a rappelé que la résolution souligne que le Gouvernement syrien doit honorer ses obligations, notamment en ce qui concerne la cessation immédiate des violences et le retrait des troupes des agglomérations.  Le Conseil autorise une mission d’observation préparatoire, dans l’intention d’envoyer ensuite une mission plus importante si le cessez-le-feu est respecté.  « Le déploiement de la mission préparatoire est un test pour voir si le Gouvernement coopère », a indiqué Mme Rice.  « Nous avons l’intention de travailler à l’établissement de cette mission si le Gouvernement syrien respecte ses obligations », a-t-elle ajouté. 

M. BASHAR JA’AFARI (Syrie) a indiqué que les autorités syriennes avaient arrêté, hier soir, deux jeunes gens sympathisants de l’opposition qui étaient responsables de l’assassinat, le 5 octobre, du fils d’un imam.  Il a ensuite souligné l’appui de sa délégation à la mission de M. Annan dont la Syrie veut le succès, évoquant notamment l’impact de la crise actuelle sur la stabilité du pays et de la région dans son ensemble.  La Syrie a manifesté son engagement de mettre fin aux hostilités à partir de 6 heures du matin, ce jeudi, et le Gouvernement syrien transmet régulièrement à M. Annan des comptes rendus sur la mise en œuvre du plan en six points, a notamment indiqué M. Ja’afari, pour ensuite insister sur l’importance de respecter la souveraineté syrienne.

M. Ja’afari s’est, par ailleurs, inquiété de la perspective que la crise des réfugiés ne soit utilisée de manière politique par certains membres du Conseil de sécurité pour demander la création de « zones tampons » et appeler à une intervention militaire.  Il a également dénoncé les membres du Conseil qui ne tiennent pas les bandes armées qui opèrent en Syrie responsables des agressions perpétrées à l’encontre des Forces armées syriennes et des civils, entre autres.  Il s’est étonné du fait que certains d’entre eux n’aient pas prêté attention aux informations circulant au sujet des violations des droits de l’homme commises par l’opposition et ses bandes armées.  Il a notamment accusé ces « bandes armées » de recruter des enfants soldats et d’utiliser des civils comme boucliers humains.  La Syrie espère que M. Annan traitera cette crise de façon complète et, qu’en retour des engagements du Gouvernement syrien, il veillera à ce que les bandes armées respectent la cessation des violences.  Il faut impérativement mettre un terme à la formation de ces bandes et ne pas les encourager à poursuivre leurs actes terroristes, a souligné M. Ja’afari, en évoquant les crimes commis par ces « terroristes » dont un groupe s’est vanté, dans un article publié par un journal allemand, d’avoir « égorgé au couteau plus de 200 personnes favorables au gouvernement de Damas ».

Le représentant de la Syrie a ensuite particulièrement dénoncé le fait qu’alors que M. Annan était en négociation avec les parties, une réunion parallèle ait été organisée à Istanbul par certains pays pour, a-t-il affirmé, saper les efforts de l’ONU et envenimer la crise.  L’appui continu apporté aux groupes armés menace clairement le plan de M. Annan, s’est-il inquiété, avant d’accuser les pays qui jouent ce rôle et versent de l’argent aux membres de l’opposition armée d’être responsables de l’effusion de sang en Syrie.  M. Ja’affari a ensuite dénoncé les pays qui ont imposé des sanctions « injustes » à la Syrie d’être aussi responsables de l’aggravation de cette crise.  Ce qui se produit en Syrie est la manifestation d’un conflit politique dont la principale arme semble être une volonté de fractionner les populations arabes et d’opposer des factions sur des lignes culturelles, idéologiques ou religieuses, a accusé M. Ja’afari. Cela pourrait être le terreau d’une nouvelle crise et de la fragmentation de la région, a-t-il notamment averti.

M. Ja’afari a ensuite estimé que la résolution adoptée aujourd’hui n’était pas équilibrée, mais a néanmoins convenu de la nécessité de restaurer la stabilité de la Syrie.  Le peuple syrien, a-t-il ajouté, refuse de se jeter dans les mains « des spéculateurs et manipulateurs du marché politique ».

Après avoir dénoncé « ceux qui ont vendu six sous-marins capables d’être équipés de missiles nucléaires à Israël et viennent ensuite faire des leçons de morale et de paix à la Syrie au Conseil de sécurité », M. Ja’afari s’est exprimé ensuite en français et, s’adressant à la délégation de la France, a dit que « le temps de la tutelle était révolu », qualifiant d’« inopportune son allocution au peuple syrien ».  « Le 17 avril, le peuple syrien célèbre son indépendance de la France », a indiqué le représentant.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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