Assemblée générale: les délégations insistent sur la distinction entre la notion de sécurité humaine et le concept de responsabilité de protéger

4 juin 2012
AG/11246

Assemblée générale: les délégations insistent sur la distinction entre la notion de sécurité humaine et le concept de responsabilité de protéger

04/06/2012
Communiqué de presse
AG/11246
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-sixième session

112e séance plénière - matin


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE: LES DÉLÉGATIONS INSISTENT SUR LA DISTINCTION ENTRE LA NOTION

DE SÉCURITÉ HUMAINE ET LE CONCEPT DE RESPONSABILITÉ DE PROTÉGER


L’Assemblée générale a assuré aujourd’hui le suivi de la résolution* par laquelle elle priait le Secrétaire général de solliciter les vues des États Membres sur une éventuelle définition de la notion de « sécurité humaine ».  Des 11 éléments constitutifs d’une définition, les États ont surtout commenté celui selon lequel « la notion de sécurité humaine est distincte de la notion de responsabilité de protéger ».  


Dans son rapport, le Secrétaire général explique qu’alors que la sécurité humaine renvoie aux situations d’insécurité multidimensionnelles, comme le changement climatique, les crises financières ou les menaces sanitaires, la responsabilité de protéger consiste principalement à protéger les populations dans des cas spécifiques de génocide, de crimes de guerre, de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité ».  La sécurité humaine a donc une portée plus large et fait intervenir les trois piliers du système des Nations Unies que sont la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme.


Le représentant de la Suisse s’est félicité de l’approche du Secrétaire général.  Il s’est en effet opposé à toute formule qui apporterait une définition « scientifique » ou « juridique » de la notion de « sécurité humaine ».  Une acception commune est ce sur quoi l'Assemblée générale peut espérer obtenir le meilleur accord, a-t-il estimé.  Cet avis n’a pas été partagé par toutes les délégations.  La représentante de Cuba a dit craindre qu’une compréhension commune soit trop large et trop ambiguë, ce qui risque d’avoir des conséquences dans la pratique.  


En revanche, tout le monde s’est mis d’accord sur l’assertion du Secrétaire général selon laquelle « la sécurité humaine n’implique pas la menace ou l’usage de la force et elle est assurée dans le respect intégral des buts et principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, dont le respect de la souveraineté des États et de l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les affaires intérieures qui relèvent essentiellement de la compétence nationale ».


Cette piste a été vue par beaucoup comme un moyen d’éviter les interprétations fallacieuses et les interventions indues à des fins politiques.  D’autres ont réaffirmé leur méfiance comme le représentant du Venezuela qui s’est demandé « Quelles valeurs ce concept cherche-t-il à promouvoir? Quelles personnes cherche-t-il à protéger? »


« Pour une famille qui souffre de malnutrition, cela signifie un repas sur la table, un abri et, pour les enfants, la possibilité d’aller à l’école », a répondu la Vice-Secrétaire générale de l’ONU.  La sécurité humaine, a renchéri le Président de l’Assemblée générale, appelle une action commune de ceux qui travaillent dans les piliers de la paix et de la sécurité, du développement et des droits de l’homme.  La nature multidimensionnelle des défis exige le regroupement des politiques et institutions en lieu et place des réponses fragmentées et isolées qui ont existé jusqu’ici, a-t-il estimé. 


Au nom du Réseau de la sécurité humaine, les représentants de la Jordanie et du Japon ont annoncé des négociations sur une nouvelle résolution.  Le représentant japonais a aussi annoncé une contribution de 10 millions de dollars au Fonds d’affectation spéciale pour la sécurité humaine.  Un Fonds, a rappelé la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, qui a déjà soutenu plus de 200 projets dans 70 pays et qui répond à des problèmes aussi complexes que la lutte contre la traite ou les trafics illicites.  Dans son rapport, le Secrétaire général recommande d’ailleurs aux États Membres de prendre note des leçons tirées des projets financés par le Fonds. 


C’est à l’occasion du Sommet mondial de 2005 que l’Assemblée générale a décidé depoursuivre son travail sur la définition de la sécurité humaine.  Le paragraphe 143 du Document final du Sommet mondial souligne en effet que « toutes les personnes, en particulier les plus vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri de la peur et du besoin et doivent avoir la possibilité de jouir de tous leurs droits et de développer pleinement leurs potentialités dans des conditions d’égalité ».


Toujours aujourd’hui et sur recommandation de sa Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires*, l’Assemblée générale a nommé M. Hitoshi Kozaki, du Japon, au Comité des pensions du personnel de l’ONU, pour un mandat allant jusqu’au 31 décembre 2012, en remplacement de son compatriote, M. Jun Yamada, démissionnaire.


La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.


*     A/RES/64/291

**    A/66/544/Add.1


APPLICATION ET SUIVI INTEGRÉS ET COORDONNÉS DES TEXTES ISSUS DES GRANDES CONFÉRENCES ET RÉUNIONS AU SOMMET ORGANISÉES PAR LES NATIONS UNIES DANS LES DOMAINES ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET DANS LES DOMAINES CONNEXES; ET SUITE DONNÉE AUX TEXTES ISSUS DU SOMMET DU MILLENAIRE


Rapport du Secrétaire général sur la « Suite donnée à la résolution 64/291 de l’Assemblée générale sur la sécurité humaine » (A/66/763)


Ce rapport a été établi en application de la résolution 64/291.  À partir des communications des États Membres, il résume les débats de l’Assemblée générale sur la sécurité humaine, indique les principaux éléments constitutifs de la notion de sécurité humaine, en propose une définition commune fondée sur les vues exprimées par les États Membres et examine les domaines dans lesquels l’application du principe de sécurité humaine peut apporter de la valeur ajoutée aux activités de l’Organisation.  Le rapport soumet pour conclure une série de recommandations à la réflexion des États Membres.


Dans le chapitre intitulé « Vers une définition commune de la sécurité humaine », le Secrétaire général soumet à la réflexion des États Membres une esquisse de définition commune comprenant les éléments selon lesquels la sécurité humaine incarne le droit de tous les êtres humains de vivre libres et dans la dignité, à l’abri de la pauvreté et du désespoir.  Elle est distincte de la notion de responsabilité de protéger et de son application; en ce qu’elle n’appelle pas la menace ou l’usage de la force et s’exerce dans le respect intégral des buts et principes de la Charte des Nations Unies, notamment le strict respect de la souveraineté des États et de l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale.


La sécurité humaine, propose encore le Secrétaire général, ne remplace pas la sécurité de l’État; les deux notions étant interdépendantes.  Elle consiste à garantir la survie, les moyens de subsistance et la dignité de tous les individus face aux menaces existantes et émergentes multidimensionnelles et de grande ampleur. 


La sécurité humaine, dit-il aussi, incarne l’universalité d’un ensemble de libertés fondamentales pour la vie humaine et intègre les liens réciproques entre paix, développement et droits de l’homme et englobe les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.  Elle appelle des initiatives préventives globales, axées sur l’humain et adaptées au contexte, qui renforcent la protection et la capacité d’action individuelle et collective.


Elle est assurée au mieux par une action volontariste qui contribue à atténuer l’impact des menaces existantes et, si possible, à en prévenir la multiplication et renforce les solutions ancrées dans les réalités locales et fondées sur l’appropriation nationale.


C’est au premier chef aux gouvernements qu’il incombe d’assurer la survie, les moyens de subsistance et la dignité des populations dont ils ont la charge.  Le rôle de la communauté internationale consiste à fournir aux gouvernements, à leur demande, les appuis complémentaires dont ils ont besoin pour renforcer leurs capacités d’action face aux menaces existantes ou émergentes.


La sécurité humaine est un cadre d’action dynamique et pragmatique qui permet de combattre les menaces multidimensionnelles de grande ampleur de manière cohérente et globale grâce à une collaboration et à des partenariats renforcés entre les gouvernements, les organisations internationales et régionales, la société civile et les acteurs sur le terrain.


Quant aux domaines d’activité des Nations Unies dans lesquels l’approche de la sécurité humaine peut être utile à l’action de l’Organisation, le Secrétaire général cite le changement climatique et les risques liés au climat, la consolidation de la paix après les conflits, la crise financière et économique mondiale et les Objectifs du Millénaire pour le développement, et enfin les menaces sanitaires et autres.


Dans ses recommandations, le Secrétaire général demande aux États Membres de prendre note des leçons tirées des projets financés par le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine et d’élargir l’application du concept de sécurité humaine aux niveaux national et infranational.  Il leur demande aussi d’appuyer financièrement les « précieux » travaux du Fonds.


Déclarations


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Président de l’Assemblée générale, a prévenu que les plus grandes menaces auxquelles le monde doit faire face ne pouvaient être résolues dans l’isolement.  La nature multidimensionnelle des défis exigent des solutions holistiques, intégrées et durables.  Il est urgent, a-t-il affirmé, de regrouper les politiques et les institutions de manière bien plus efficaces que les réponses fragmentées et isolées qui ont existé jusqu’ici.  M. Al-Nasser a estimé que la sécurité humaine appelle une action commune de ceux qui travaillent dans les piliers de la paix et de la sécurité, du développement et des droits de l’homme.  L’être humain doit être au centre du processus de prise de décisions, a-t-il insisté.  À présent, a souligné le Président de l’Assemblée générale, il nous faut faire un énorme pas vers le consensus sur une définition de la sécurité humaine et son application aux activités de l’ONU.


Mme ASHA-ROSE MIGIRO, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, a rappelé que la sécurité humaine était bien plus qu’une notion abstraite.  « Pour une famille qui souffre de malnutrition, cela signifie un repas sur la table, un abri et, pour les enfants, cela correspond à la possibilité d’aller à l’école », a-t-elle souligné.  Elle a rappelé que de nombreuses personnes à travers le monde souffraient d’anxiété car elles ne disposent ni d’un abri ni d’un accès à de la nourriture ou à l’éducation.


Mettant l’accent sur la nécessité d’avoir des systèmes d’alerte précoces en matière de sécurité humaine, Mme Migiro s’est ensuite félicitée des progrès réalisés par le Fonds d’affectation spéciale qui a déjà soutenu plus de 200 projets dans 70 pays.  Ce Fonds applique la notion de sécurité humaine dans ses activités concrètes, permet un changement sur le long terme et répond aussi à des problèmes complexes comme la lutte contre la traite ou les trafics illicites, a-t-elle insisté.  Elle a aussi émis l’espoir que les leçons tirées du Fonds pourront être partagées et contribuer à faire progresser les activités des Nations Unies.


Mme Migiro a estimé que la prochaine Conférence Rio+20 sur le développement durable serait l’occasion, pour la communauté internationale, de transformer les idées et les aspirations en actions concrètes.  Elle a noté que les deux thèmes principaux de la Conférence avaient déjà entraîné un débat mondial sur l’économie verte et sur le cadre institutionnel du développement durable.  Elle s’est, en outre, félicitée de ce que 130 chefs d’État et de gouvernement devraient être présents ainsi que 50 000 maires, chefs d’entreprises et militants.  Avant de conclure, elle a rappelé que Rio+20 se mettra d’accord sur une nouvelle feuille de route pour le développement durable.


M. IOANNIS VRAILAS, de l’Union européenne, a réaffirmé le soutien de l’Union à un « multilatéralisme efficace » et à l’interdépendance des trois piliers du système des Nations Unies.  Il a ajouté qu’à l’approche de la Conférence Rio+20, il était approprié de rappeler que le développement durable ne pouvait être atteint sans respecter et promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, l’état de droit, la bonne gouvernance, l’éducation, ainsi que le rôle de la jeunesse et des femmes.  Il a souligné que le rapport du Secrétaire général rappelait combien la sécurité humaine consistait à lier les trois piliers du travail de l’ONU.  « Le respect des droits de l’homme et de tous les droits doit rester au cœur de l’approche de la sécurité humaine », a-t-il ajouté.


M. Vrailas a également considéré que la définition commune de la notion de sécurité humaine proposée par le Secrétaire général était particulièrement utile car elle permettait d’éviter les mauvaises interprétations ou confusions avec d’autres approches.  Cette définition, a-t-il néanmoins estimé, ne constitue pas pour autant une fin en soi.  « Il s’agit à présent de faire progresser les choses en évitant des doublons », a-t-il estimé.  S’agissant des domaines de l’ONU dans lesquels l’application de cette notion peut apporter de la valeur ajoutée, le représentant a salué la liste non exhaustive présentée par le Secrétaire général.  Il a aussi insisté sur la nécessité de prévenir les menaces de conflits, « une notion qui est au cœur de l’approche en matière de sécurité », a-t-il dit, appelant à mettre en œuvre des systèmes d’alerte précoces et à promouvoir la médiation.


M. ZEID RA’AD ZEID AL HUSSEIN (Jordanie), intervenant au nom du Réseau de la sécurité humaine, a observé que les menaces à la sécurité humaine étaient souvent complexes et extrêmement interconnectées.  Le Réseau de la sécurité humaine, a-t-il fait savoir, estime qu’il ne peut y avoir de hiérarchisation des menaces car cela reviendrait à concevoir les menaces comme des problèmes distincts et indépendants alors qu’elles sont interconnectées et se renforcent mutuellement. 


Le représentant a pris l’exemple de la consolidation de la paix pour dire que cette notion devait comprendre une dimension « prévention des conflits » ce qui implique l’édification de sociétés puissantes et prospères, une société civile épanouie, la mise sur pied de système d’alerte précoce, la promotion de la réconciliation nationale et de la médiation, l’égalité entre les sexes et la participation des femmes au processus de prise de décisions.


M. Al Hussein a convenu qu’outre les gouvernements, la sécurité humaine impliquait un large éventail d’acteurs, notamment les réseaux de la société civile, les organisations régionales et internationales, les ONG, les communautés locales et le secteur privé.  Il a annoncé que la Jordanie organiserait avec le Japon les négociations sur une nouvelle résolution sur la sécurité humaine.


M. JOHN F. SAMMIS  (États-Unis) a rappelé que le concept de sécurité humaine témoignait des valeurs fondamentales des Nations Unies et se basait sur l’autonomisation et la liberté des individus.  Il a salué le fait que le rapport du Secrétaire général fasse le lien entre sécurité humaine, paix, développement et droits de l’homme.  Il s’est également félicité du fait que celui-ci souligne que l’État occupe le rôle premier pour garantir le bien-être de ses citoyens.  « Nous devons à présent nous concentrer sur ce que les États peuvent faire concrètement ».  À cet égard, il a ajouté que la délégation des États-Unis travaillerait activement avec les autres délégations afin de développer ce concept de sécurité humaine et voir comment cette notion pouvait être promue au sein du système des Nations Unies.


M. MOOTAZ AHMADEI KHALIL (Égypte) a affirmé que la longueur des discussions sur la sécurité humaine reflétait les inquiétudes quant à l’utilisation du concept pour justifier des interventions mal venues dans les pays vulnérables, lesquelles n’auraient rien à voir ni avec les véritables besoins des populations et ni avec la stabilité sociale et politique.  Il a estimé que le rapport du Secrétaire général répond directement à la plupart de ces inquiétudes.  Afin d’éviter les abus à des fins politiques ou autres, le représentant a proposé que les pourparlers se concentrent sur les modalités d’application de la notion de sécurité humaine dans le travail de l’ONU.  Le concept doit être appliqué, a-t-il précisé, au travail de l’Assemblée générale et non à celui du Conseil de sécurité.  Toute application du concept doit se fonder sur le consensus si pas l’unanimité, a-t-il insisté.


Mme NADIESKA NAVARRO BARRO  (Cuba) a estimé que le rapport du Secrétaire général présentait un « tableau équilibré » des avis des États Membres.  Elle a toutefois estimé que le rapport ne reprenait pas « une proposition de définition » mais bien « un appel à une compréhension commune ».  Il s’agit là d’une grande différence, a-t-elle estimé.  Une compréhension commune est en effet plus large et plus ambiguë, ce qui risque d’avoir des conséquences dans la pratique, a-t-elle averti.  Elle a repris les éléments du Secrétaire général selon lesquels la notion de sécurité humaine doit être différente de la responsabilité de protéger.  Elle n’implique pas l’utilisation ou la menace d’utiliser la force et s’incarne dans le plein respect des principes de la Charte.


La représentante a retenu que cette notion n’implique pas de nouvelles obligations juridiques pour les États et se fonde sur la différence entre les conditions sociales, économiques et culturelles entre les pays.  « À cet égard, ce sont les pays qui doivent définir leur position selon leur contexte », a-t-elle insisté.  Elle a estimé qu’il n’y aura pas de sécurité humaine sans lutte contre les changements climatiques, l’« ordre juridique international injuste » et contre la course aux armements, fustigeant « les grandes puissances qui dépensent plus pour acheter des armes que pour produire de la nourriture ». 


Mme YANERIT MORGAN (Mexique) a appuyé les propos du Secrétaire général selon lesquels la mise en œuvre du concept de sécurité humaine ne devait pas entrainer de nouvelles obligations juridiques.  Le concept de sécurité humaine doit être intégré dans les décisions visant à s’acquitter des obligations vis-à-vis de la population.  La sécurité humaine doit servir de catalyseur aux trois piliers du travail de l’ONU.  La sécurité humaine, a souligné la représentante, ne concerne pas uniquement les pays en développement.


M. JOSÉ LAUTARO DE LAS OVALLES COLMENARES (Venezuela) a précisé que sa délégation restait méfiante quant à l’application du concept de sécurité humaine car, a-t-il fait remarquer, « il n’existait pas encore de consensus sur sa définition et plusieurs questions demeurent en suspens ».  Quelles valeurs ce concept cherche-t-il à promouvoir?  Quelles personnes cherche-t-il à protéger?  Quels moyens promouvoir pour faire face aux défis et aux menaces liés à la sécurité humaine?  Pour le Venezuela, les politiques du développement doivent se concentrer sur le bien-être des personnes et des communautés et non pas seulement sur des indicateurs socioéconomiques, a rappelé son représentant.  C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la mise en œuvre d’un programme de sécurité humaine doit reposer sur le développement et non sur les armes. 


Pour sa délégation, la sécurité humaine ne sera possible que si l’on restructure les types de revenus, les styles de vie, que l’on ferme les bases militaires, que l’on transforme l’aide militaire en aide économique, que l’on supprime les subventions aux exportations d’armements, ainsi que les obstacles commerciaux imposés par les pays développés, et que l’on restructure le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’ONU.  Avant de conclure, le représentant a souligné que le débat sur la notion de sécurité humaine devait rester centré sur le développement et demeurer dans le cadre de l’Assemblée générale.


M. TSUNEO NISHIDA (Japon) a estimé que la sécurité humaine était un outil au service des gouvernements pour leur permettre d’identifier les menaces transversales à la prospérité de leurs peuples et à la stabilité politique.  Il a attiré l’attention sur le fait que pour le Secrétaire, la sécurité humaine n’implique pas de recours à la force.  Il faut, a-t-il reconnu, éviter toute mauvaise interprétation.  Le Secrétaire général, a-t-il insisté, établit une distinction claire entre sécurité humaine et responsabilité de protéger.


Le représentant a constaté que de nombreuses organisations régionales et sous-régionales, notamment l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ANASE) avaient adopté ce concept qui est d’ailleurs de plus en plus intégré dans les stratégies du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).  Il a estimé que l’Assemblée générale devait encourager ce type d’initiatives afin d’opérationnaliser le concept.  Il a également souligné l’importance du Fonds d’affectation spéciale et a annoncé que le Japon y ferait une nouvelle contribution de 10 millions de dollars.  M. Nishida a invité les États Membres à prendre part aux consultations sur une nouvelle résolution sur la sécurité humaine.


M. DAMIAN WHITE (Australie) a estimé que la communauté internationale devait veiller à ce que ses mesures collectives ne soient pas fragmentées, qu’elles se concentrent sur la prévention et qu’elles bénéficient directement aux populations les plus touchées.  Dans ce contexte, il a considéré que la notion de sécurité humaine offrait un cadre normatif pour promouvoir cela, et ce, malgré les difficultés rencontrées par de nombreux États pour définir ce concept.


Il a tenu à rappeler qu’en 2010, au cours du débat qu’a tenu l’Assemblée générale sur le concept de sécurité humaine, la définition et « l’apparente complexité » de cette notion avaient été éclaircies par le représentant de Nauru, qui s’exprimait au nom des petits États insulaires en développement.  « Pour ces communautés, qui représentent les peuples les plus vulnérables, cette notion prend toute son ampleur, elle n’a nul besoin d’explications, et nécessite une démarche commune car ces communautés se heurtent directement à la montée des eaux ou aux catastrophes naturelles ». 


Il a ensuite précisé qu’un grand nombre de pays intégraient déjà le concept de sécurité humaine dans leurs activités multidimensionnelles sans pour autant lui donner ce nom.  Le représentant a, en outre, estimé que la Conférence Rio+20 offrait une occasion unique d’aborder les nombreux défis liés à la sécurité humaine par le développement durable des océans, l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la réduction des risques de catastrophes.


M. PAUL SEGER (Suisse) a constaté que traditionnellement, les notions d’État et de sécurité étaient étroitement liées, et a estimé que la question de savoir contre quoi il faut protéger les populations, comment et à qui confier les mesures de protection dépend dans une large mesure du contexte.  Il s’est prononcé contre toute formule qui apporterait une définition « scientifique » ou « juridique » du concept de sécurité et s’est dit favorable à « une acceptation commune plutôt qu’une définition ».  Une acceptation commune, a-t-il enchainé, est ce sur quoi l'Assemblée générale peut espérer obtenir le meilleur accord. 


M. Seger a estimé qu’il faut donner une importance égale aux trois piliers de la sécurité humaine, à savoir la paix et la sécurité, les droits de l’homme et le développement.  Il a déconseillé toute mise en avant de certaines activités de l’ONU comme étant « des activités de sécurité humaine ».  Le débat sur la sécurité humaine doit souligner le fait que des actions doivent être prises aux niveaux national et international en faveur des personnes dont l’existence, la dignité et les droits de l’homme sont menacés.


M. DMITRY I. MAKSIMYCHEV  (Fédération de Russie) a tenu à rappeler que la notion de sécurité humaine devait être le fruit d’un consensus au sein de système des Nations Unies.  Il a mis l’accent sur le fait que l’objectif était de garantir un potentiel de développement humain efficace et équilibré.  Il a ajouté que, pour y parvenir, la communauté internationale pouvait, par exemple, travailler sur les problèmes de prévention des catastrophes ou collaborer à relever les défis qui se posent en matière de santé. 


Pour la Fédération de Russie, le débat sur la mise en œuvre de la sécurité humaine doit se faire après une définition du concept qui ne laisse aucune marge à de mauvaises interprétations, a dit son représentant.  Il a, à cet égard, considéré qu’une définition était beaucoup plus opportune qu’une démarche d’approche commune.  Cette définition devra s’intégrer dans les concepts du droit international, tel que le respect de la souveraineté nationale, de l’intégrité des États et de la non-ingérence.


Il a encore rappelé que ce sont les gouvernements qui sont les principaux responsables en matière de sécurité humaine et qui doivent identifier les problèmes auxquels sont confrontées leurs populations.  Il a mis l’accent sur le fait que le rôle de la communauté internationale était de répondre aux demandes des gouvernements et qu’il serait, dès lors, inconcevable que des gouvernements ou autres acteurs extérieurs imposent leur vision dans ce domaine.  C’est la raison pour laquelle, il a prévenu contre toute politisation du concept de sécurité humaine.  Cette notion n’est pas liée à la responsabilité de protéger, a-t-il souligné, à son tour. 


Mme KAREN HOSKING  (Afrique du Sud) a estimé que l’application du concept de sécurité humaine devait aider le Sud, l’Afrique notamment, à réaliser un développement durable.  De son point de vue, la sécurité humaine doit être mise au service de l’élimination de la pauvreté et du sous-développement, de la prévention de la marginalisation, ainsi que de l’élimination des maladies transmissibles, notamment le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme ainsi que les maladies infectieuses.  Il existe une corrélation directe entre insécurité et déni du droit à l’alimentation et aux ressources de base, a-t-elle ajouté.


M. EDUARDO ULIBARRI (Costa Rica) a tenu à rappeler que les principaux éléments de la notion de sécurité humaine figuraient déjà dans le Document final du Sommet mondial de 2005.  Cette notion se concentre sur les individus, en particulier les plus faibles et les plus vulnérables.  Une approche qui est aussi celle du préambule de la Charte de l’ONU et c’est pourquoi nous devons réitérer l’importance des trois piliers des Nations Unies et le droit de chaque individu à atteindre son potentiel, a-t-il estimé. 


Il s’est en outre félicité du lien étroit établi, dans le rapport, entre sécurité humaine et droits de l’homme.  Rappelant le rôle fondamental du droit international humanitaire, le représentant a toutefois mis en garde contre la tentative d’imprimer un caractère « sécuritaire » aux questions des droits de l’homme.  Bien que le rôle des États demeure primordial et central dans la détermination des priorités en matière de sécurité humaine, le représentant a estimé que les gouvernements ne pouvaient faire l’impasse sur la société civile et les organisations régionales. 


M. MANJEEV SINGH PURI (Inde) a souligné l’importance de situer le concept de sécurité humaine dans un contexte multilatéral.  Le cadre de sécurité humaine doit servir de guide aux réponses apportées aux différents défis et ne pas être considéré comme un objectif politique.  Convaincu que la responsabilité de la sécurité humaine revient aux États et aux gouvernements, M. Puri a néanmoins souligné, à son tour, la différence entre ce concept et la responsabilité de protéger.  Le concept de sécurité humaine doit éviter d’imprimer un caractère sécuritaire aux discours économiques et politiques.  La sécurité humaine doit aller au-delà de la simple protection physique pour comprendre la mise en place d’un cadre complet et multidimensionnel du développement.  Il importe également de proscrire toute approche interventionniste, a-t-il ajouté, en insistant sur l’importance d’une véritable coopération internationale.


M. JAKKRIT SRIVALI (Thaïlande) a estimé que le rapport du Secrétaire général présentait une vision équilibrée permettant de tenir compte des différents types d’interprétations du concept de sécurité humaine.  « Ce rapport constitue en effet une avancée importante », a-t-il souligné, rappelant qu’une vision commune constituait la base pour un futur consensus.  Il s’est également félicité des différents domaines d’action soulignés par le Secrétaire général.  Il a expliqué que, dans son pays, ce concept avait guidé la formulation et la mise en œuvre de politiques holistiques et intégrées centrées sur l’homme.  Ces politiques ont notamment permis de faire face à la crise économique et financière mondiale et à progresser dans la réalisation des OMD.  Il a exprimé sa disposition à partager l’expérience de son pays.


M. SERGIO RODRIGUES DOS SANTOS (Brésil) a salué la distinction que fait le Secrétaire général entre sécurité humaine et responsabilité de protéger.  Il a estimé que le développement et les droits de l’homme ne pouvaient pas toujours être considérés d’un point de vue sécuritaire.  Une paix durable nécessite une approche globale de sécurité qui reconnaitrait ses liens avec le développement et les droits de l’homme.  Il importe de répondre aux défis non militaires de manière non militaire, a insisté le représentant.


M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) s’est félicité du rapport du Secrétaire général et de la manière dont le Conseiller spécial pour la sécurité humaine a mené ses consultations en vue de réunir les éléments d’une approche commune de ce concept.  Il a également salué le fait que le respect de la souveraineté des États se trouve à la racine de la notion de sécurité humaine, tout comme les trois piliers que sont la paix et la sécurité, la promotion des droits de l’homme, ainsi que le développement des peuples.  Il a rappelé qu’il appartenait aux États d’établir les priorités face aux menaces à la sécurité et qu’ils pouvaient être aidés, dans cette tâche, par l’ONU et la communauté internationale. 


Notant ensuite qu’il ne faisait aucun doute que les progrès de l’homme avaient eu des conséquences sur l’environnement et le climat, le représentant a estimé que Rio+20 devrait permettre de fixer le futur cadre d’action.  Il a en outre considéré que l’absence de définition ne devait pas devenir un obstacle à l‘avancement du concept.


M. HUSSEIN HANIFF (Malaisie) a estimé nécessaire de poursuivre la réflexion sur une définition commune du concept de sécurité humaine, tout en convenant que les approches pouvaient différer du fait des différences culturelles et de développement.  Il a convenu que les gouvernements devaient être les principaux garants de la sécurité humaine et que ce concept devait être ancré dans les réalités locales.  L’autonomisation nationale revêt donc la plus haute importance, a-t-il souligné.  Il a estimé nécessaire d’écarter toute possibilité de recours à des interventions ou à des sanctions nuisibles.  Ma délégation ne peut accepter le paradoxe selon lequel on créerait de l’insécurité au nom de la sécurité humaine, a-t-il prévenu.  Il a jugé important d’affiner le champ d’application de cette notion.


M. MARGHOOB SALEEM BUTT (Pakistan) a noté que le rapport du Secrétaire général reflétait plusieurs éléments dont le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité des États, le respect de la Charte, la responsabilité première des États pour ce qui est de déterminer les menaces à la sécurité de leur population et, enfin, l’assistance de la communauté internationale en cas de demande.  Il s’est en outre félicité du fait que le rapport mette en lumière certains domaines où cette notion pourrait être appliquée et a estimé encourageant également le fait qu’il reconnaisse les liens entre les droits politiques, économiques et sociaux.


Le représentant s’est ensuite dit convaincu que la notion de sécurité humaine devait se concentrer sur la recherche d’un développement équitable traitant des inégalités qui entrainent des violations des droits de l’homme dans toutes les sociétés.  Il a fait remarquer qu’une autre dimension fondamentale de la sécurité humaine était la prise en compte des menaces et des enjeux résultant des crises économiques et financières.  Il a mis l’accent, à cet égard, sur la démocratisation des structures politiques et économiques.  Le représentant a aussi pris note de l’intérêt exprimé par plusieurs délégations pour une résolution qui contiendrait une définition commune de cette notion.


Mme MONIA ALSALEH (Syrie) a mis l’accent sur l’importance de déboucher sur une définition claire du concept de sécurité humaine afin d’éviter tout risque de récupération politique.  Elle a dénoncé le fait que le rapport du Secrétaire général ignore certaines dimensions qui devraient, à ses yeux, faire partie du concept de sécurité humaine.  Elle a insisté sur les principes de souveraineté et de non-ingérence, ainsi que sur la responsabilité des États de protéger leurs populations.  La représentante a également évoqué l’importance de veiller au respect du droit des peuples à l’autodétermination, ainsi qu’a leur droit d’exploiter leurs propres ressources.


Selon la représentante, la définition de sécurité humaine doit consacrer le droit au développement comme droit fondamental, mais également traiter du cas des populations qui font l’objet d’une invasion militaire ou qui vivent sous occupation étrangère.  Il ne faut pas non plus lier sécurité humaine et responsabilité de protéger, a-t-elle dit, à son tour.  Le travail de la communauté internationale devrait se limiter à appuyer les capacités nationales avec l’assentiment des gouvernements concernés, a-t-elle ajouté, en approuvant les éléments apportés dans le rapport du Secrétaire général.  La sécurité humaine, a-t-elle enchainé, doit être universelle et non sélective et ne pas conduire à des sanctions économiques.  Il est temps de mettre un terme à la politisation des droits de l’homme et de promouvoir la dignité des êtres humains, a-t-elle insisté.


M. MOHAMMAD HASSANI NEJAD PIRKOUHI (République islamique d’Iran) a appuyé les parties du rapport du Secrétaire général axées sur la responsabilité première des États lorsqu’il s’agit de déterminer les priorités en matière de sécurité humaine et le rôle que peut jouer la communauté internationale à cet égard.  Il a également pris note du fait que ce concept n’implique pas d’obligations supplémentaires pour les États et place sur un même pied d’égalité pays en développement et pays développés. 


Il a toutefois regretté que le rapport du Secrétaire général évite d’évoquer les problèmes systémiques qui sont à la base de l’insécurité humaine.  Il a souligné la nature de certains problèmes, crises et défis mondiaux qui menacent la sécurité de tous les individus.  Il conviendrait « de tenir compte des inégalités et des comportements abusifs de différents acteurs qui continuent à mettre en péril la sécurité humaine ».  Il a ensuite réitéré certaines de ses préoccupations face à des « systèmes multilatéraux qui ne sont pas fiables et qui présentent de grandes lacunes en matière d’égalité ».  Il s’agit notamment, a-t-il expliqué, de la politique de « deux poids deux mesures » et de concepts qui sont souvent appliqués de manière arbitraire à certains sur recommandation des plus puissants.


M. TIAN LIN (Chine) a estimé que la sécurité humaine est une question de développement et que l’ONU devait y accorder une plus grande attention.  Ce n’est qu’en garantissant le développement économique pour tous que la sécurité humaine sera garantie, a-t-il notamment affirmé, en jugeant important de préciser le lien entre sécurité humaine, développement et respect des droits de l’homme.


M. EDUARDO JOSE ATIENZA DE VEGA  (Philippines) a mis l’accent sur la nécessité d’aborder les menaces posées par les changements climatiques et ses conséquences.  Dans ce contexte, il a expliqué que son pays, en tant qu’État particulièrement vulnérable, soutenait l’accent mis dans le rapport sur la nécessité et l’importance d’intégrer dans la sécurité humaine la gestion des risques posées par les catastrophes.  Il a expliqué que, ces dernières années, son gouvernement s’était concentré sur les mesures à prendre dans ce domaine et avait redoublé d’efforts pour se doter d’un « Conseil d’atténuation des risques de catastrophes » et adopter une approche axée sur la prévention plutôt que sur la réaction. 


Le représentant a également souligné qu’en tant que pays démocratique, les Philippines mettaient également l’accent sur une approche axée sur l’individu, la fourniture des services de base et le renforcement de l’état de droit.  Il a soutenu l’idée qu’une approche de la sécurité humaine qui soit pertinente pour les pays en développement.  Il s’agit de mettre l’accent sur la prévention et l’atténuation des crises économiques et financières.  Avant de conclure, le représentant a tenu à remercier le Japon pour avoir annoncé une nouvelle contribution au Fonds d’affectation spéciale et appuyé les projets en matière de santé, de lutte contre la traite des personnes ou de planification familiale.


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