L’Assemblée générale débat de l’« harmonie avec la nature » et de l’équilibre délicat entre l’exploitation et la sauvegarde de la planète

18 avril 2012
AG/11228

L’Assemblée générale débat de l’« harmonie avec la nature » et de l’équilibre délicat entre l’exploitation et la sauvegarde de la planète

18/04/2012
Assemblée générale
AG/11228
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Assemblée générale

Soixante-sixième session

Débat thématique - matin

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DÉBAT DE L’« HARMONIE AVEC LA NATURE » ET DE L’ÉQUILIBRE DÉLICAT

ENTRE L’EXPLOITATION ET LA SAUVEGARDE DE LA PLANÈTE

Un expert compare la Terre et ses habitants à

des passagers du « Titanic » qui ignoreraient l’imminence d’un naufrage

L’Assemblée générale a débattu, ce matin, de la manière dont les États Membres peuvent promouvoir l’idée d’une harmonie avec la nature et d’un juste équilibre entre les nécessités économiques, sociales et environnementales, dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable qui se tiendra du 20 au 22 juin prochain à Rio, au Brésil. 

Alors que les États Membres s’apprêtent à célébrer la Journée internationale de la Terre nourricière, ce 22 avril 2012, et qu’ils entameront prochainement les dernières négociations en vue d’un projet de document final pour Rio+20, l’Assemblée générale tenait ce dialogue interactif sur le thème « Découvertes scientifiques relatives aux incidences des activités humaines sur le fonctionnement du système planétaire ».

Ce thème, décidé par sa résolution 66/204, intitulée « Harmonie avec la nature », a permis à différents responsables de l’ONU, aux conférenciers et aux représentants des États Membres de reconnaître la valeur intrinsèque de la nature, ainsi que les recherches sur ses capacités régénératrices.

« Notre ère sera probablement celle de la plus grande perte de biodiversité depuis celle des dinosaures », a d’emblée averti le professeur d’histoire des sciences à l’Université d’Harvard, M. Owen Gingerich.  Tandis que 2012 commémore le centenaire du naufrage du paquebot « Titanic », l’historien n’a pas mâché ses mots, comparant la Terre et ses habitants à des passagers qui ignorent l’imminence du naufrage.

L’humanité fait face à des risques sévères car ses activités ont considérablement accru les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.  Elle a aussi contribué à détruire les écosystèmes et la biodiversité, a rappelé, dans son message aux délégations, le Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, M. Nassir Abdulaziz Al-Nasser. 

Il s’est dit convaincu que les universités et les chercheurs peuvent contribuer à mieux cerner les risques et les enjeux présents et futurs de notre planète et a appelé les États Membres à épauler les universités et les scientifiques dans leurs recherches.

Un avis partagé par le Secrétaire général de la Conférence sur le développement durable, M. Sha Zukang, qui a rappelé que 20% de la population n’était pas en mesure de satisfaire ses besoins primaires en matière d’alimentation, d’eau et d’assainissement et d’énergie. 

« Dans le contexte actuel, la science et la technologie peuvent nous guider sur la voie d’une croissance durable qui apporterait prospérité pour tous et qui nous aiderait à concevoir la nature et la société comme un tout inséparable », a-t-il souligné.

Cet optimisme a cependant été largement tempéré par plusieurs conférenciers.  « Les individus ne peuvent pas poursuivre la démolition des écosystèmes et se reposer sur les technologies pour les reconstruire.  Ce serait se comporter comme un ingénieur un peu trop confiant », a estimé l’environnementaliste et professeur d’économie à l’Université du Vermont, M. Joshua Farley.

Par ailleurs, la science n’est pas « pure » puisqu’elle est prise dans le jeu politique et culturel et qu’elle est aussi confrontée aux impératifs de consommation ou de productivité des multinationales, a fait remarquer son collègue, M. Pat Mooney,Directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale « ETC Group », au Canada.

« Entre 2001 et 2010, 50 milliards de dollars ont, par exemple, été consacrés à la recherche en nanotechnologies avec pour seul résultat innovant des balles de golf et des vêtements qui résistent aux tâches », a-t-il fait remarquer.

M. Brian Czech, qui préside le Centre pour l’avancement de l’économie stationnaire, aux États-Unis, et qui animait le dialogue de cette matinée, a quant à lui questionné la motivation à l’origine de la recherche et développement.  « Il s’agit bien souvent du bénéfice », a-t-il déploré, rappelant que 78% de la recherche et développement était financé par les entreprises. 

Lors de la séance de questions-réponses, plusieurs délégations ont alors souligné la nécessité de décisions politiques fortes et de liens accrus entre monde politique et communauté scientifique.

Plusieurs représentants des pays des Caraïbes ou d’Amérique latine ont, de leur côté, rappelé les connaissances ancestrales que possèdent les populations autochtones en matière de gestion des ressources naturelles.  Celles-ci peuvent aussi contribuer aux débats, ont-ils expliqué.

La prochaine réunion de l’Assemblée générale sera annoncée dans le Journal des Nations Unies.

DIALOGUE INTERACTIF SUR LE THÈME « HARMONIE AVEC LA NATURE »

Déclarations liminaires

Dans un message lu au nom du Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, le Vice-Présidentde l’Assemblée générale, M. PETER THOMSON, a rappelé que le thème de ce débat interactif consacré aux « découvertes scientifiques relatives aux incidences des activités humaines sur le fonctionnement du système planétaire » avait été choisi par les États Membres par la résolution 66/204, et que celle-ci reconnaissait implicitement la nécessité de promouvoir l’idée d’une harmonie avec la nature par le biais de la science et d’une action multilatérale en ce sens.

Il a fait remarquer qu’au cours du siècle passé, les activités humaines avaient accru de manière significative les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la dégradation de la terre, ainsi que la destruction des écosystèmes.  Ajoutés à cela, les changements climatiques, la désertification et la perte de la biodiversité sont autant de défis qui pèsent sur le développement et la croissance économique, a-t-il indiqué.  Aujourd’hui, le monde est face à deux questions existentielles.  Comment maintenir la vie tout en protégeant la planète?  Et de quoi a besoin la Terre pour nourrir bientôt sept milliards d’individus?

Il a rappelé que la viabilité de la vie sur Terre était une question grave qui demanderait des décisions fondamentales dans nos sociétés, ainsi qu’au niveau international.  Il a fait souligner que les chercheurs universitaires jouaient un rôle important pour tirer au clair ces enjeux mondiaux et que la mise en œuvre effective des résultats de la recherche scientifique pouvait contribuer à une meilleure utilisation des ressources, à la protection de l’environnement, ainsi qu’à l’éradication de la pauvreté. 

Il s’est dit convaincu que les scientifiques doivent guider ce nouveau paradigme et a encouragé les États Membres à continuer à épauler le secteur universitaire, ainsi que la recherche.  En guise de conclusion, il a rappelé que la Conférence sur le développement durable Rio+20, en juin prochain, constituait une occasion unique de réaffirmer notre relation à la nature, ainsi que les engagements pris à Rio et à Johannesburg.  Il a émis l’espoir que la célébration de la Journée internationale de la Terre nourricière puisse aboutir à des résultats.

M. SHA ZUKANG, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales et Secrétaire général de la Conférence de 2012 sur le développement durable, a déclaré que ce dialogue sur l’harmonie avec la nature fournissait une contribution critique à la Conférence Rio+20 pour nous aider à concevoir la nature et la société humaine comme un tout inséparable.  Alors que 20% de la population est incapable de satisfaire ses besoins primaires en matière d’alimentation, d’eau et d’assainissement et d’énergie, M. Sha a souhaité que la science et la technologie nous guident sur la voie d’une croissance durable qui apporte la prospérité pour tous et nous aide à rester une partie intégrante de la nature. 

Il a jugé indispensable de réévaluer et repenser notre univers physique et de reconsidérer notre relation à l’environnement et les moyens de satisfaire nos besoins socioéconomiques.  Il a dit l’urgence de parvenir à un développement durable prenant en compte la capacité de régénérescence de la terre, en estimant que Rio+20 était une occasion d’évaluer les lacunes et de changer les modes de consommation non viables. 

Par ailleurs, il a indiqué que les négociations en cours pour Rio+20 avaient mis l’accent sur la nécessité de renforcer les interfaces entre les mondes politique et scientifique, mais aussi d’intégrer des indicateurs et mesures qui aillent au-delà du produit intérieur brut (PIB).  Mettant l’accent sur l’importance du partage d’expériences, il a précisé qu’un grand nombre d’États Membres et la communauté scientifique et technologique souhaitaient la mise en place d’un mécanisme mondiale facilitant la coopération scientifique internationale. 

Alors que nous nous approchons de Rio+20, nous ne devons pas perdre de vue la Terre, dans toutes les décisions que nous allons prendre, a conclu M. Sha en souhaitant que la science et la technologie nous aident à retrouver un sens de l’humanité et à reprendre conscience de notre connexion à la planète Terre.  

M. RAFAEL ARCHONDO (Bolivie) a indiqué que son pays assurait depuis le début la promotion du thème de l’harmonie avec la nature aux Nations Unies.  C’est à ce titre que la Bolivie invite tous les États Membres ainsi que la communauté scientifique à relever ce défi pour améliorer la vie des générations futures, a-t-il dit, espérant que les résolutions de la prochaine Conférence sur le développement durable Rio+20 recueilleront le consensus nécessaire.

L’objectif du dialogue interactif est d’intégrer les résultats des recherches scientifiques sur la viabilité future de l’écosystème terrestre.  Une palette de scientifiques a été invitée à parler de ce sujet pour qu’à l’avenir on ne puisse dire que les Nations Unies n’étaient pas prévenues, a souligné le représentant.

La science aime et parle sans peur de vérités réelles, des phénomènes à long terme et ayant des impacts sur la vie future; il appartient dès lors aux scientifiques de dire la vérité sur la viabilité du futur, la vérité sur notre système de développement actuel et des solutions alternatives, a-t-il affirmé.  Les Nations Unies ont trop souvent publié ces derniers temps des résolutions trop péremptoires sans tenir compte des vérités scientifiques les plus élémentaires, a également estimé le délégué bolivien.

Les ministres de l’environnement d’Amérique Latine, lors d'une réunion à Quito, en Équateur, l’année dernière, ont conclu que le défi était de parvenir à un développement durable en harmonie avec la nature.  Les marchés ont conduit à la situation présente et ils ne nous offrent pas de solutions viables pour le futur, a observé M. Archondo.

La régénération de la planète est, selon lui, primordiale.  « Nous ne pouvons pas briser la colonne vertébrale de la nature dans laquelle nous vivons », a-t-il déclaré, précisant que la science pouvait « nous dire comment ne pas briser la colonne vertébrale, de parvenir à un développement harmonieux ».  « Ce dialogue interactif pourra nous aider à dégager des perspectives pour cela », a-t-il conclu.

À l’aide de petites balles métalliques et de pièces de monnaie, M. Owen Gingerich, Professeur d’astronomie et d’histoire des sciences à l’Université Harvard (États-Unis), a brossé aux délégations un résumé très rapide de la longue histoire de l’univers, depuis le « Big Bang », les collisions d’étoiles et de galaxies jusqu’à nos jours, ainsi que le « rythme accéléré et incroyable de nos connaissances technologiques ».  « Nos corps sont faits à partir d’éléments recyclés d’étoiles.  Nous sommes tous faits d’étoiles », a-t-il expliqué, car, au départ, la Terre est une zone volcanique, sans océan, sans atmosphère. 

Il a rappelé la profonde complexité de notre histoire qui a mis des centaines de millions d’années pour pouvoir former les endroits habitables que nous connaissons aujourd’hui.  Il a ensuite énuméré plusieurs exemples illustrant la vitesse phénoménale des évolutions technologiques qui transforment sans pareil le monde dans lequel vivaient nos aïeux.  « Il y a 125 ans, personne ne connaissait les rayons X ou la radioactivité, la voiture, les communications radio », a-t-il dit.  Lorsqu’il était étudiant, les biochimistes et les anatomistes ignoraient encore le nombre de chromosomes de nos cellules. 

M. Gingerich a ensuite rappelé que de nombreuses espèces –dont certaines que nous ne connaissons pas encore- sont menacées.  « Notre ère sera probablement connue comme celle de la plus grande perte de la biodiversité depuis celle des dinosaures », a-t-il averti.  Alors que nous commémorons le centenaire du naufrage du paquebot Titanic, le professeur a fait remarquer que la Terre était aussi un grand navire et que ses habitants étaient comme des passagers à quelques minutes du naufrage. 

L’espèce humaine peut détruire l’environnement en quelques secondes, a-t-il noté, car nous sommes à un carrefour où nos connaissances et nos technologies peuvent causer des dommages irréversibles.  Dans ce contexte, il a souligné combien la diplomatie pouvait et devait œuvrer à promouvoir l’effet inverse.  Il ne faut pas que le navire Terre fasse naufrage, a-t-il conclu.

M. MARK LAWRENCE, Directeur des interactions durables avec l’atmosphère de l’Institut Max Planck (Allemagne), a entamé son exposé en démontrant la complexité du « système Terre » et du processus naturel.  Il a rappelé qu’à une certaine époque, il était devenu à la mode d’évoquer la possibilité pour l’homme d’aller vivre sur la planète Mars si un jour la Terre ne parvenait plus à le nourrir.  La problématique étant que le mode actuel d’existence de l’homme épuise la Terre et ses ressources naturelles non renouvelables.

Les activités de l’homme conduisent à la pollution de l’air, par exemple, par un processus complexe mais réel.  De cet « héritage » découle la nouvelle époque géologique de l’« anthropocène », que l’on désigne ainsi dans le milieu scientifique depuis 20 ans.  L’holocène précède l’anthropocène, a-t-il dit.  Cette époque, dont on connaît à peine les premières manifestations, témoigne de l’influence durable des activités humaines sur la nature.

Les enjeux de l’avenir sont nombreux, a-t-il dit.  L’un d’entre eux est la possibilité offerte à des organisations, comme l’ONU, de s’engager, en recueillant les connaissances scientifiques indispensables, à faire en sorte que les changements climatiques, désormais inéluctables, puissent avoir un impact positif sur l’homme.  La science ne prend pas de décisions à la place de la politique, a-t-il dit.  Elle ne fait que fournir des indications et des indices pour la prise de décisions.

M. PAT MOONEY,Directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale « ETC Group » (Canada), a développé sa « théorie du petit bang » -par opposition à celle du Big Bang- qu’il a qualifiée de réflexe de parler de « Mère Nature » à une échelle réduite, par une conversion en neurones, en gènes, et à l’échelle du nano en général.  Il a déclaré que la science n’était pas pure puisqu’elle est prise dans le jeu politique et culturel.

Illustrant son propos, il a souligné l’échec de la nanotechnologie qui prétendait, il y a quelques décennies, apporter les réponses à tous nos problèmes et qui, faute d’une réelle évaluation scientifique, a abouti à peu de résultats.  Il a insisté sur l’importance d’une réelle évaluation scientifique des technologies pour savoir quelles technologies sont nécessaires.  Il a dit que si l’ONU n’était pas en mesure de répondre aux questions Know What (« que savoir »)-Know Why (« savoir pourquoi »)-Know How (« savoir comment ») au sujet des nouvelles technologies, nous allons vers un écueil.

Il s’est dit particulièrement inquiet du fait que la première étape de la chaîne alimentaire, à savoir la vente de semences, soit contrôlée par quelques grandes entreprises dans le monde.  Les 10 principales entreprises du monde contrôlent 73% de la vente des semences en 2011 contre 33% en 1990.  Par ailleurs, les 10 plus grandes entreprises du monde contrôlent 90% des ventes chimiques de pesticides, alors que six entreprises dominent l’économie verte ou encore le secteur de la biologie synthétique.  Il a précisé que les sept principales entreprises pharmaceutiques du monde dominent la question des petits « Big Bangs » en prétendant que nous n’avons pas besoin de faire attention à nos modes de consommation, parce que ces technologies apporteront des réponses à tous nos problèmes.

Illustrant les limites de ces technologies, il a affirmé qu’une des principales entreprises concernées par la production de biocarburants venait de renoncer aux biocarburants en disant que ce n’était plus viable.  Il a également fait état de l’impasse des carburants synthétiques, en rappelant qu’un gouvernement avait investi 5 milliards de dollars pour cette question dans les années 1970, avant d’y renoncer.

Il a également indiqué que les gouvernements avaient consacré 50 milliards de dollars à la recherche en nanotechnologie entre 2001 et 2010 avec pour seul résultat innovant des balles de golf et des vêtements qui résistent aux taches.  Avec une réelle évaluation scientifique, a-t-il dit, nous aurions pu économiser ces 50 milliards de dollars et les consacrer à des politiques sociales. 

Sur le même ton, il a noté que 56 milliards de dollars avaient été consacrés à la mise au point de la prochaine génération de centrales à fusion nucléaire sans aucun résultat.  Il a regretté qu’il y ait eu des négociations pour le lancement de ces nouvelles centrales nucléaires sans une réelle évaluation technologique.  De même, 16 milliards de dollars ont été consacrés aux biotechnologies agricoles depuis les années 1970, avec comme seul résultat de parvenir à des plantes qui tolèrent des herbicides pour quelques cultures.  Il a regretté qu’avec la disparition en 1993 de deux services chargés de suivre les meilleures perspectives offertes par les technologies, l’ONU avait perdu sa capacité de procéder à une évaluation du potentiel des nanotechnologies. 

M. Joshua Farley, membre du « Gund Institutefor Ecological Economics », et Professeur à la Faculté du développement communautaire et d’économie appliquée à l’Université du Vermont (États-Unis), a déploré une « recherche perpétuelle et sans fin de la croissance économique » et a invité les délégations à réfléchir à la manière d’intégrer la science dans l’économie.  Il s’est tout particulièrement attaché à expliquer la relation qui peut exister, selon lui, entre la physique, l’écologie et l’économie.  Rappelant que 80% de l’énergie que nous utilisons provient de carburants fossiles et que ceux-ci ont connu une croissance exponentielle depuis la fin des années 1960, il a fait remarquer que cette notion de l’économie, qui dépend exclusivement des flux énergétiques, entraînait un changement de paradigme quant à la façon dont nous réfléchissons à l’économie. 

Il a estimé que les dommages causés aux écosystèmes devaient être des questions à réinsérer dans l’économie.  « Il nous faut reconnaître que nous dépendons de l’économie mais aussi que la population du globe a été multipliée par 4, et que l’économie existe dans un système planétaire qui n’est pas infini », a-t-il dit.  Il a ensuite mis l’accent sur une espèce de « foi ridicule », selon lui, dans les solutions et les innovations technologiques alors qu’on continue à démolir nos écosystèmes.  « On ne peut pas poursuivre cette démolition et nous reposer ensuite sur les technologies pour les reconstruire.  Ce serait se comporter comme un ingénieur un peu trop confiant », a-t-il ajouté. 

Il a aussi mis l’accent sur le fait que la communauté scientifique n’avait pas encore suffisamment de connaissances de l’impact de la perte de la biodiversité sur le système, citant à titre d’exemple la disparition d’animaux et le lien qui a pu être établi par la suite avec une hausse de l’épidémie de la maladie de Lyme. 

M. Farley a encore dénoncé l’« attitude amorale » de certains laboratoires pharmaceutiques qui ont préféré développer et produire des substances à des fins cosmétiques alors qu’elles avaient aussi un haut potentiel en tant que médicaments.  « Les économistes appellent cela la production efficiente, mais c’est amoral », a-t-il ajouté.  Il a affirmé la nécessité pour les individus, et les générations futures, d’un droit inaliénable à un écosystème sain.  Il a encore rappelé que l’extraction des ressources énergétiques ne devait pas dépasser le taux de régénération de ces ressources.  Il a enfin estimé que la communauté internationale aurait besoin de nouvelles institutions pour traiter de ces questions.

Avant d’animer le dialogue interactif, M. BRIAN CZECH, Président du Centre pour l’avancement de l’économie stationnaire (États-Unis), a souligné que les différents problèmes causés par la croissance économique avaient été décrits par les conférenciers.  Il a fait remarquer qu’il existait un conflit entre la croissance économique et la biodiversité et a invité les délégations à réfléchir à ce qui initie la recherche et développement.  « Ce qui est à son origine est bien souvent le bénéfice et la manière dont tout revenu, toute recette pourra être ensuite réinvestie », a-t-il regretté, rappelant que 78% de la recherche et développement était financé par les entreprises.  Il a ensuite mis l’accent sur la nécessité, à l’approche de la Conférence Rio+20, de reconnaître que la croissance économique était aussi fondée sur la nature.

Débat interactif

Le délégué de l’Union européenne (UE) a souligné l’importance de la science afin de favoriser une prise de décisions fondée sur des données constantes et scientifiques avant de saluer l’importance de la contribution du rapport GEO-5 pour le renforcement de l’interface « monde politique - monde scientifique ».  Tout en reconnaissant qu’une logique économique ne pouvait à elle seule répondre aux enjeux environnementaux, il a jugé indispensable la mise en œuvre d’un système de paiement des services d’écosystèmes.  

La représentante du Chili, au nom de la Communauté des pays d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), ainsi que le représentant de l’Équateur ont jugé essentiel de prendre conscience de l’importance des connaissances ancestrales des populations autochtones en matière de gestion de nos ressources naturelles.  Ce dernier a jugé essentiel d’indemniser les groupes qui dépendent d’écosystèmes touchés. 

Le représentant de l’Espagne a appelé à un processus de transition vers un nouveau paradigme et un système qui nous permettra une croissance viable, socialement juste et respectueuse de l’environnement.  Il a plaidé en faveur de décisions politiques de nature à préserver la diversité biologique en imposant une utilisation rationnelle des ressources de la planète.      

Le représentant de Cuba a estimé que la seule façon de promouvoir un développement durable était de modifier les modes de production et de consommation en vigueur dans les pays développés.  Il a jugé indispensable que les pays industrialisés reconnaissent leurs responsabilités en matière d’émissions de gaz à effet de serre.  

Dans leurs remarques de clôture, les experts ont remercié la délégation de la Bolivie pour avoir organisé cet événement.  Si le Directeur des interactions durables avec l’atmosphère de l’Institut Max Planck (Allemagne) a jugé déterminant d’améliorer la communication entre le monde politique et le monde scientifique, le Directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale « ETC Group » (Canada) a dit l’importance de la Convention sur la diversité biologique de 2008 et la nécessité de lutter contre la fertilisation des océans.

Il s’est dit particulièrement inquiet de constater que les mêmes gouvernements qui avaient nié le réchauffement de la planète pensaient aujourd’hui qu’une réponse technologique était suffisante pour faire face à ce problème.  Enfin, le représentant « Gund Institutefor Ecological Economics », et professeur à la Faculté du développement communautaire et d’économie appliquée à l’Université du Vermont (États-Unis) a jugé important de pouvoir déterminer la valeur de l’écosystème et de la contribution des populations les plus pauvres à la préservation de l’environnement.  

À l’issue de ce dialogue interactif, le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales et Secrétaire général de la Conférence de 2012 sur le développement durable a noté que les différents intervenants avaient rappelé combien Mère Nature était, aujourd’hui, en danger. 

Il a estimé que ce dialogue constituait une importante contribution à Rio+20 « alors que nous avançons vers le consensus en vue d’un projet de document final ».  Il a émis l’espoir que ce projet de document final soit axé sur la mise en œuvre, l’intégration, la cohérence et l’harmonie accrue avec la nature.  Il a aussi mis l’accent sur la nécessité de préconiser une utilisation avec sagesse des technologies, ainsi que de partager celles-ci avec les plus vulnérables de la planète. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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