ECOSOC: l’aide aux pays moins avancés doit appuyer des politiques créatrices d’emplois et qui renforcent la résilience économique de ces pays face aux crises

10 mars 2011
ECOSOC/6470

ECOSOC: l’aide aux pays moins avancés doit appuyer des politiques créatrices d’emplois et qui renforcent la résilience économique de ces pays face aux crises

10/03/2011
Conseil économique et social
ECOSOC/6470
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Réunion spéciale de haut niveau avec les institutions

de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED

5e et 6e séances – matin et après-midi

ECOSOC: L’AIDE AUX PMA DOIT APPUYER DES POLITIQUES CRÉATRICES D’EMPLOIS ET QUI

RENFORCENT LA RÉSILIENCE ÉCONOMIQUE DE CES PAYS FACE AUX CRISES

Le Secrétaire général invite les États Membres à participer au plus haut niveau à la

4eConférencede l’ONU sur les PMA, qui aura lieu à Istanbul en Turquie au mois de mai

Au cours de la Réunion annuelle spéciale de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) avec les institutions de Bretton Woods, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (CNUCED) qui s’est ouverte ce matin au Siège, les délégations des États Membres et les experts invités ont accordé une attention particulière à la situation dans laquelle se trouvent les pays les moins avancés (PMA) après les différentes crises économique, financière et alimentaire qui ont affecté et continuent d’avoir un impact sur toutes les économies du monde. 

Les PMA, catégorie de pays considérés par les Nations Unies comme étant les moins développés sur le plan socioéconomique du fait de la faiblesse de leur revenu par habitant, du retard qu’ils accusent dans le développement humain et de leur vulnérabilité aux chocs extérieurs, seront, en mai prochain à Istanbul, en Turquie, au centre des travaux de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (Conférence PMA IV).

C’est dans cette perspective que les experts invités par l’ECOSOC à participer au débat interactif de cette première journée de travaux ont préconisé que l’aide internationale au développement soit axée sur le renforcement des capacités productives des PMA, où, comme l’a rappelé le représentant du Népal, porte-parole des PMA, 70% des habitants vivent avec deux dollars par jour.  Pour le Président de l’ECOSOC, M. Lazarous Kapambwe de la Zambie, comme pour les représentants de la CNUCED et de l’OMC, les politiques appliquées par les PMA doivent être créatrices d’emplois et devenir plus résistantes aux effets des crises mondiales, dont la conjugaison frappe ces pays plus durement que les autres. 

Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, qui a fait cet après-midi une déclaration aux participants à la Réunion spéciale de haut niveau, a rappelé qu’en consacrant 75% de leurs revenus à l’alimentation, les habitants des PMA étaient grandement exposés à la volatilité des prix des produits alimentaires.  « Dans deux mois, la Conférence d’Istanbul sur les pays les moins avancés offrira l’opportunité de répondre aux besoins et aux demandes de ces pays et leurs populations, et je vous exhorte d’y participer au plus haut niveau », a-t-il dit aux États Membres, appelant de ses vœux l’adoption d’un programme d’action d’Istanbul qui soit « capable de générer des résultats tangibles ».

Le Chef du Service de l’analyse des politiques et de la recherche et des programmes spéciaux à la Division chargée de l’Afrique à la CNUCED -l’Afrique étant le continent qui compte le plus grand nombre de PMA- a ainsi rappelé qu’en 2009, le PIB de 19 PMA avait connu une baisse notable, les revenus tirés des exportations y ayant diminué en moyenne de 26%.  « Les taux de croissance élevés du début des années 2000 ont été trompeurs s’agissant des PMA: Les capacités productives de ces pays sont en effet restées faibles, les efforts qui y ont été déployés n’ayant pas suffisamment porté sur la réduction de la pauvreté », a expliqué M. Charles Gore.  À l’instar des autres participants, il a préconisé que les gouvernements des PMA consacrent l’aide qui leur est allouée à la ré-industrialisation de leur économie, cela en misant sur l’importation de machines-outils destinées à relancer les secteurs agricole et de l’énergie.  « L’agriculture dans les PMA est très faible, puisque le volume des importations de denrées alimentaires y est passé de 7,6 milliards de dollars en 2000 à près de 25 milliards en 2008 », a-t-il précisé.  « Il faut donc sortir les PMA de la marginalisation! », a exhorté le responsable de la CNUCED.

Concernant les solutions, le représentant de l’OMC a souligné que l’aide pour le commerce, la mise en place de mécanismes innovants de financement du développement et des partenariats accrus avec le secteur privé devaient contribuer au renforcement des capacités productives et commerciales des PMA.  Appelant à la conclusion du Cycle de négociations commerciales de Doha et à un financement adéquat de l’initiative « Aide pour le commerce », M. Shishir Priyadarshi a ainsi souhaité, qu’à Istanbul, les revendications des PMA en matière d’accès aux marchés soient entendues.

La question du financement et de la nature de l’aide aux PMA a fait l’objet de nombreux commentaires.  Le représentant de la Fédération de Russie a par exemple indiqué que son pays avait initié un dialogue entre donateurs traditionnels et donateurs émergents, afin de réfléchir au rôle des bailleurs de fonds internationaux, qui doivent aider les PMA à créer des emplois et à réduire la pauvreté « sur la base d’une coopération intergouvernementale plus étroite ».

La représentante de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a évoqué, de son côté, la mise en place déjà effective de mécanismes compensatoires permettant, dans le domaine alimentaire, d’accéder à des financements à court terme en cas de pénurie.  « Nous plaidons également pour la création d’une taxe sur les transactions opérées sur les marchés financiers dont le montant variable serait basé sur nos analyses, a-t-elle fait savoir.

« Le financement accru du développement des PMA ne doit pas masquer les disparités existant entre ces pays, qui sont inégaux face aux limitations des ressources disponibles », a souligné, pour sa part, la représentante de la France.  Estimant à cette aune qu’une allocation plus équitable de l’aide serait pertinente, elle a demandé que les décisions à prendre soient axées sur la qualité des financements octroyés et non plus sur leur quantité.  Selon elle, les mécanismes de financement innovants devront être « un catalyseur de cette évolution ».

La Réunion spéciale de l’ECOSOC avec les institutions de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED, dont les travaux sont prévus sur deux jours, se poursuivra demain, vendredi 11 mars, à 10 heures.

RÉUNION SPÉCIALE DE HAUT NIVEAU DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL (ECOSOC) AVEC LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS, L’ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE ET LA CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT.

Déclarations liminaires

M. LAZAROUS KAPAMBWE (Zambie), Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a ouvert les débats de la Réunion spéciale de haut niveau de l’ECOSOC avec les institutions de Bretton Woods, l’OMC et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en notant que la rencontre d’aujourd’hui se tenait « dans un contexte particulier, où la reprise de l’économie mondiale semble marquer le pas ».  « De plus, le monde fait de nouveau face au retour de l’insécurité alimentaire et énergétique et doit trouver des solutions pour contrer le péril climatique, à l’origine, ces dernières années, de nombreuses catastrophes naturelles. »

« Il faut une meilleure coordination des politiques économiques entre les gouvernements pour éviter tout retour de la récession globale, qui aggraverait le coût humain, déjà énorme, de la crise, responsable d’une perte significative des gains socioéconomiques des pays en développement », a poursuivi M. Kapambwe.

Le Président de l’ECOSOC, rappelant ensuite la nécessité d’établir un partenariat mondial pour le développement, qu’il a qualifié de « crucial », afin de parvenir à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015, a expliqué que « cet effort concerté requiert que tous les pays honorent leurs engagements au titre du Consensus de Monterrey et de la Déclaration de Doha sur le financement du développement, en particulier les engagements relatifs à l’aide, au commerce et à la dette extérieure ».  Il a en outre insisté sur le fait qu’une coordination accrue des politiques mondiales, régionales et nationales contribuerait à affermir la stabilité et aiderait à promouvoir le développement durable ainsi qu’un partage plus juste et équitable des ressources.

M. Kapambwe a par ailleurs mis l’accent sur l’urgence que le G-20, « qui exclut de ses discussions plus d’un tiers des peuples du monde et 85% des pays de la planète », renforce sa coopération avec les Nations Unies et que la communauté internationale maintienne son appui financier aux pays les moins avancés (PMA).  « La conjonction des crises a frappé ces pays plus violemment que les autres », a-t-il constaté, relevant que leurs exportations et les investissements étrangers qui leur étaient destinés avaient diminué, ceci, « alors que la hausse des prix des denrées alimentaires sape les gains acquis sur la voie de la réalisation des OMD ».  « Les pays les moins avancés doivent améliorer leurs capacités de production et diversifier leurs exportations, le soutien des pays industrialisés leur étant indispensable, notamment en vue d’accompagner cette indispensable mutation », a jugé le Président de l’ECOSOC.  Il a souligné que les pays industrialisés, qui s’y étaient engagés, doivent respecter leurs engagements en matière d’aide publique au développement (APD), fournir une assistance technique aux PMA et aux autres nations en développement, et rendre les règles du jeu commercial plus justes.  Enfin, concernant la situation des pays à revenu moyen, le Président de l’ECOSOC a préconisé le renforcement des liens entre ceux-ci et l’ONU et l’intensification de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire.

M. LUIS MANUEL PIANTINI MUNNIGH, Président du Conseil du commerce et du développement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a rappelé que les taux de croissance importants des PIB des PMA enregistrés jusqu’en 2008 reposaient sur des facteurs insoutenables.  Aujourd’hui, les indicateurs économiques de ces pays sont plus préoccupants: formation brute de capital en baisse constatée dans 19 pays; stagnation des taux d’épargne; économie dépendante de l’exportation d’un nombre réduit de produits; et augmentation de 167% des importations de produits dont ont besoin les PMA depuis 2008.

M. Piantini Munnigh s’est à ce titre dit très préoccupé par l’augmentation constante des prix mondiaux des produits alimentaires, n’écartant pas l’idée d’une autre crise alimentaire comparable à celle de 2008.  Les crises que le monde a connues n’ont pas été surmontées, a-t-il averti, ajoutant que le prix du pétrole, à plus de 10O dollars le baril, est une autre menace à la reprise de la croissance économique mondiale, qui était déjà assez faible.

Avançant des pistes concrètes d’action, le représentant de la CNUCED a souligné l’importance cruciale du commerce international pour les PMA, les échanges Sud-Sud croissant 50% plus rapidement que les échanges Nord-Sud.  Il a appelé en conséquence à la conclusion du Cycle de négociations commerciales de Doha et à la réduction des barrières douanières et non douanières qui empêchent le développement de la capacité exportatrice des PMA.  Il a cependant ajouté que le climat qui règne actuellement au sein des enceintes de négociations, au premier chef l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’invitait malheureusement pas à l’optimisme.

Il a ensuite insisté sur l’importance cruciale du rôle de l’État dans la création d’un cadre favorable au développement économique, aux moyens d’une politique d’encouragement aux investissements privés, d’une mise en place des infrastructures nécessaires et d’un environnement fiscal favorable.  La réduction du rôle de l’État dans l’économie, telle qu’elle est parfois encouragée, n’est pas forcément souhaitable, a-t-il poursuivi, les investissements publics étant essentiels à la croissance de long terme des PMA.

S’agissant des flux d’investissement étrangers directs (IED), il a déploré la stagnation de leurs flux à l’échelle mondiale à un montant de 1,122 milliard de dollars, même si le flux en direction des pays en développement a augmenté de 10% en 2010.  Le représentant de la CNUCED a ensuite indiqué que très peu avait quitté la catégorie des PMA depuis l’établissement de cette catégorie de pays, dont le nombre est aujourd’hui de 49.  C’est une véritable « honte », a-t-il poursuivi, qui témoigne de l’échec des politiques et des programmes de développement menés jusqu’à présent, citant à cet effet Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde, qui est curieusement situé non loin du pays le plus riche  du monde.  En conclusion, il a plaidé pour la conclusion des négociations de Doha et pour l’adoption d’une approche holistique du développement, la seule organisation susceptible d’avoir des résultats à ce titre étant les Nations Unies.

M. SHISHIR PRIYADARSHI, Directeur à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a indiqué que le commerce mondial, dont le volume des échanges a connu une contraction de 12% en 2009, a connu une augmentation de 13% en 2010, avant de déplorer que la part des PMA -11% de la population mondiale– dans ces échanges n’était que de 1%.  Il a ajouté que le développement des PMA reposait sur deux piliers: intégration plus grande au système commercial multilatéral, avec une ouverture concomitante des marchés; et renforcement de la capacité exportatrice des PMA, via notamment l’aide pour le commerce.

S’agissant du premier pilier et du Cycle de négociations commerciales de Doha, il a indiqué que les délégations étaient habitées par un sentiment d’urgence quant à la nécessité d’une conclusion rapide de ce Cycle.  L’année 2011 représente une fenêtre d’opportunité qui ne doit pas laisser se refermer, a-t-il poursuivi.  Le représentant a souligné que les négociations étaient rendues difficiles par le fait que les 153 membres de l’OMC étaient tous dotés d’un droit de veto et que l’objet des négociations actuelles allait bien au-delà de ce qui était initialement prévu.  Il a ensuite rappelé les revendications des PMA: accès immédiat aux marchés en franchise de droits et de quotas, règles d’origine simplifiées, et réexamen des règles relatives au secteur du coton, notamment en ce qui concerne les subventions.

Le Directeur de l’OMC a indiqué que les négociations devaient poursuivre l’objectif d’aboutir à un texte qui serait prêt avant la fête de Pâques de cette année, le Cycle de Doha devant, lui, être conclu d’ici à la fin l’année 2011.  Il a cependant déploré que toutes les délégations ne soient toujours pas convaincues de l’impérieuse nécessité de respecter ce calendrier.

Le représentant de l’OMC a ensuite souligné l’importance de renforcer la compétitivité des économies des PMA, l’initiative « Aide pour le commerce », lancée en 2005 à Hong Kong, jouant à ce titre un rôle essentiel.  Les PMA ont besoin d’une assistance internationale, a-t-il poursuivi, rappelant que la crise économique mondiale avait particulièrement affecté ces PMA vulnérables.  Il a ensuite indiqué que l’examen de l’initiative « Aide pour le commerce », qui doit avoir lieu en juillet prochain, permettrait de passer en revue environ 280 cas concrets où les PMA ont bénéficié de cette mesure, et qui témoigneront de son efficacité.

M. Priyadarsh a souligné que l’assistance au développement, y compris l’aide pour le commerce, la mise en place de mécanismes innovants de financement, et des partenariats accrus avec le secteur privé, étaient un élément important du renforcement des capacités des PMA.  Il a enfin appelé à la conclusion du Cycle de négociations commerciales de Doha et à un financement adéquat de l’initiative « Aide pour le commerce », afin que les économies des PMA puissent tirer le plus grand profit des opportunités qu’offre le commerce mondial.  

Débat thématique plénier sur le thème 1: « Appui financier aux efforts de développement des pays les moins avancés: Financement du développement, y compris des mécanismes novateurs, l’aide pour le commerce et l’allègement de la dette »

M. CHARLES GORE, Chef du Service de l’analyse des politiques et de la recherche à la Division de l’Afrique, des pays les moins avancés (PMA) et des programmes spéciaux de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), s’est d’abord demandé si l’appui international aux PMA était toujours effectif, car « ce devrait être une action qui ne soit pas que solidaire et symbolique ».  « Ces pays font partie de l’économie mondiale et représentent plus d’un milliard de personnes en terme de population, mais la modestie de leur poids politique joue en leur défaveur », a noté M. Gore.  Il a souligné que les PMA « ont une importance et que la recherche de solutions à leurs difficultés doit faire partie d’une solution plus large afin, notamment, de renforcer leur résilience en temps de crise ».  « En effet, en 2009, le PIB a baissé dans 19 de ces pays, les revenus tirés des exportations y ayant diminué en moyenne de 26% », a-t-il détaillé.  Expliquant que ce phénomène était dû au fait que le boom économique du début des années 2000 avait été trompeur s’agissant des PMA, M. Gore a indiqué que les capacités productives des PMA étaient restées faibles et que les efforts déployés n’avaient pas suffisamment porté sur la réduction de la pauvreté et la réalisation des OMD.  « C’est une des raisons pour lesquelles la communauté internationale a hésité à aider les PMA », a estimé Charles Gore. 

Il a préconisé que les gouvernements des PMA consacrent l’aide qui leur est allouée à la ré-industrialisation de leur économique, cela en misant sur l’importation de machines-outils destinées à relancer les secteurs agricole et de l’énergie.  « La production agricole dans les PMA est actuellement très faible puisque le volume des importations de denrées alimentaires y est passé de 7,6 milliards de dollars en 2000 à près de 25 milliards en 2008 », a-t-il fait observer.  S’il a ensuite reconnu que les PMA avaient enregistré des résultats considérables en matière d’éducation, « des défis comme l’accès à l’eau potable ou la lutte contre la mortalité infantile y restent cependant mal relevés quand ils ne le sont pas du tout », a regretté M. Gore.  Les PMA doivent créer plus d’emplois pour juguler l’impact négatif de l’exode rural sur les villes car ce phénomène fait partie des causes du sous-développement de ces pays, les problèmes existant à l’intérieur ne sont pas résolus, mais se déplacent simplement avec les populations des zones rurales vers les villes », a-t-il souligné.  Au plan des solutions, Charles Gore a plaidé pour la mise en place de nouveaux mécanismes d’appui internationaux contribuant au codéveloppement des capacités productives des PMA, à l’alignement des stratégies nationales et régionales sur les régimes en vigueur dans l’économie mondiale, et au renforcement de la coopération Sud-Sud.  « Il faut sortir les PMA de la marginalisation », a-t-il exhorté. 

Échange interactif

Le représentant de l’Argentine, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a indiqué que la conclusion du Cycle de négociations commerciales de Doha était « indispensable », et il a évoqué en particulier le volet de ces négociations consacré au développement.  « L’aide pour le commerce est également impérative pour la réalisation des OMD d’ici à 2015, notamment dans les pays les moins avancés ».  « Nous souhaitons que le programme d’action qui sera adopté en mai prochain à la quatrième Conférence des Nations Unies sur les PMA (PMA IV), à Istanbul, permettra de renforcer l’appui international nécessaire pour surmonter les obstacles au développement auxquels font face ces pays », a-t-il ajouté.  Pour le représentant, il est à cette fin important que les participants à la Conférence PMA IV d’Istanbul se concentrent sur des objectifs spécifiques, comme la construction de capacités productives, l’amélioration des infrastructures et la réduction des vulnérabilités économiques. 

La représentante du Groupe des entreprises a réagi à la déclaration de l’Argentine en soulignant la nécessité d’établir et de partager des indicateurs de performance précis afin de mieux guider les négociations commerciales.  Elle a également suggéré de mobiliser les nouveaux outils de communication, y compris les médias sociaux, en faveur du plaidoyer pour le financement du développement.

Le Népal, qui s’exprimait au nom du Groupe des pays les moins avancés, a noté que ces pays avaient réalisé des progrès économiques ces dernières années, mais des progrès qui ne sont « ni adéquats, ni durables, du fait des contraintes structurelles et de la persistance de la pauvreté ».  « Soixante-dix pourcent des habitants des PMA vivent avec deux dollars par jour », a-t-il rappelé, plaidant pour l’adoption de mesures de soutien international ciblées et cohérentes et appuyant une vision à long terme.  «  Les pays industrialisés doivent reconnaître nos problèmes spécifiques et faire en sorte que nous ayons notre mot à dire dans tous les mécanismes pertinents ».  « Il n’est plus tolérable qu’un sixième de la population mondiale n’ait pas droit à la prospérité ou au minimum pour une vie décente; nous devons rompre la marginalisation qui maintient les PMA dans le sous-développement et la pauvreté », a-t-il répété. 

Le représentant de la Fédération de Russie a mis en avant les efforts fournis par son pays pour transformer l’architecture de l’aide internationale, dont celle destinée aux pays les moins avancés.  « À Moscou, nous avons entamé un dialogue entre donateurs traditionnels et donateurs émergents afin de réfléchir au rôle des bailleurs de fond internationaux, qui, dans le cas des PMA, doivent axer leur appui sur la relance des secteurs de production comme celui de l’agriculture ».  « Nous devons aider ces pays à créer des emplois et à réduire la pauvreté sur la base d’une coopération intergouvernementale plus étroite », a-t-il insisté.

La représentante de la Hongrie, qui intervenait au nom de l’Union européenne (UE), a indiqué que, comme l’avait souligné le Sommet mondial de septembre 2010 sur les OMD, les pays les moins avancés sont ceux qui accusent le plus important retard en matière de sécurité alimentaire, d’assainissement, et de réduction de la mortalité infantile et maternelle.  « Dans ce contexte, nous avons besoin d’une ONU plus forte et pleinement engagée dans les débats du G-8, du G-20 et des institutions de Bretton Woods sur ces sujets ».  «  Au cours de ces dernières années, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale se sont adaptés aux nouvelles réalités de l’économie mondiale », a ensuite ajouté la représentante de la Hongrie, avant de considérer que cette évolution « représente une avancée en vue de la mise en œuvre de l’agenda global pour le développement ».

La représentante de la Norvège a estimé à son tour que la coopération internationale doit être plus ciblée en vue de contribuer à l’amélioration à long terme de la situation économique et en matière de développement des PMA.  « Cela découle d’ailleurs de nos engagements en matière de réalisation des OMD », a-t-elle rappelé.  Après avoir précisé que la Norvège consacre 1% de son PIB au développement, « dont une bonne partie va aux pays les moins avancés », elle a demandé que la crise financière ne serve pas de prétexte aux pays donateurs pour réduire leur APD.  « Nous devons en outre trouver, et même inventer des sources de financement novatrices », a-t-elle dit. 

La représentante de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a réagi à ces propos, en évoquant la mise en place de mécanismes compensatoires permettant, dans le domaine alimentaire, d’accéder à des financements à court terme en cas de pénurie.  « Nous plaidons également pour la création d’une taxe sur les transactions opérées sur les marchés financiers dont le montant variable serait basé sur nos analyses. »

Le représentant du Maroc s’est attiré l’attention des participants à la Réunion internationale ECOSOC/institutions de Bretton Woods/OMC/CNUCED sur la vulnérabilité des pays les moins avancés, « qui sont les plus exposés aux conséquences néfastes des chocs extérieurs et sont aussi ceux où la reprise économique est la plus lente ».  « Le problème majeur de ces pays est qu’ils n’ont pas les moyens budgétaires nécessaires pour pouvoir soutenir leur économie et amortir les effets sociaux de la crise », a ajouté le représentant marocain.  Il a souligné l’importance d’accroître les investissements dans les secteurs créateurs d’emplois et de promouvoir l’aide à la diversification des économies des PMA.  « Comme l’a indiqué l’Ambassadeur du Népal, l’appui au PMA doit être intégré et doit œuvrer au renforcement de l’accès aux marchés des produits de ces pays, vers lesquels doivent aller en priorité les transferts de technologie », a dit le représentant du Maroc.  « Il faut inclure les pays les moins avancés dans les échanges internationaux », a-t-il insisté.

Le représentant de la Zambie a d’abord rappelé que l’Afrique est le continent comptant le plus grand nombre de PMA.  « L’APD est très importante pour le développement de ces pays, mais dans le contexte d’urgence actuelle, les facilitations « commerce » du type de celles proposées par la CNUCED et l’OMC pourraient nous aider de manière peut-être plus efficace à répondre à nos besoins et à ceux des autres pays à faible revenu », a estimé le représentant zambien.  « La CNUCED et l’OMC devraient en outre encourager plus activement les investisseurs et les donateurs à conclure des partenariats avec l’Afrique dans le secteur du commerce des produits de base », a-t-il ajouté.

La représentante de la France a déclaré que les dernières décennies avaient été marquées par une augmentation très significative des ressources allouées aux PMA, « confirmant le besoin de financer leur développement. »  « Mais cela ne doit pas masquer les disparités existant entre ces pays, qui sont inégaux face aux limitations des ressources disponibles », a souligné la représentante, qui a estimé à cette aune qu’une allocation plus équitable de l’aide serait « particulièrement pertinente. »  « Il faut insister sur la qualité des financement octroyés et non plus sur leur quantité », a-t-elle ainsi préconisé.  Elle a conclu son intervention en insistant sur le fait que les PMA vont devoir investir dans des politiques vigoureuses de création d’emplois et dans celles conçues pour rendre leurs économies plus résistante aux chocs exogènes, les mécanismes de financement innovants devant être, selon elle, « un catalyseur de cette évolution ».

Déclaration du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’Organisation Nations Unies, a déclaré devant la Réunion spéciale de haut niveau de l’ECOSOC avec les institutions de Bretton Woods, la CNUCED et l’OMC que le monde état toujours en train de se remettre de la crise économique et financière qui a frappé la communauté internationale en 2008.  « La voie de la reprise reste semée d’embûches, fragile, et incertaine », a-t-il souligné, confiant sa préoccupation devant l’augmentation de la dette, des inégalités et de l’exclusion sociale.

« L’impact désastreux qu’ont eu les catastrophes naturelles et les changements climatiques sur de nombreux États continue de compromettre les progrès qui avaient pu être accomplis en matière de développement », a-t-il constaté, avant d’attirer l’attention des participants à la Réunion spéciale de haut niveau sur le fait que l’indice des prix de la FAO n’avait jamais été aussi élevé depuis sa création en 1990.  Le Secrétaire général a préconisé dans ce contexte de répondre aux défis actuels en mettant le cap sur un développement « équitable et véritablement durable ».  Il a ainsi appelé à la conclusion du Cycle de négociations commerciales multilatérales de Doha, notant que l’initiative « Aide pour le commerce » était a priori vitale, mais qu’elle n’aurait que peu d’effets si « les marchés mondiaux sont bloqués ou intrinsèquement injustes ». 

S’agissant de la situation particulière des pays les moins avancés (PMA), Ban Ki-moon a rappelé qu’en consacrant 75% de leurs revenus à l’alimentation, les habitants de ces pays étaient très vulnérables aux impacts de la flambée des prix des produits alimentaires.  « Dans deux mois, la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, qui va se tenir à Istanbul en Turquie, nous offrira l’opportunité de répondre aux demandes et aux besoins des PMA, et je vous exhorte d’y participer au plus haut niveau », a enjoint le Secrétaire général aux États Membres et aux autres acteurs et partenaires du développement. « Aidez-nous à adopter à Istanbul un programme d’action qui soit capable de générer des résultats tangibles », a-t-il encore demandé, avant de plaider pour un renforcement des Nations Unies qui se fasse « de l’intérieur ».  « Dans un monde aussi changeant, nous ne pouvons décevoir des millions de personnes qui attendent tant de nous.  Il faut qu’on les aide et qu’on les rassure », a préconisé le Secrétaire général.  « Répondons au large spectre de leurs aspirations économiques, sociales, environnementales et démocratiques ».  « Écoutons-les, aujourd’hui et demain », a conclu M. Ban Ki-moon. 

Débat thématique sur le thème 2: « Appui financier aux efforts de développement des pays à revenu intermédiaire: Coopération pour le développement, commerce, flux de capitaux, marge de manœuvre décisionnelle et système de réserves »

Déclaration liminaire

M. ROBERT VOS, Directeur de la Division de l’analyse des politiques de développement du Département des affaires économiques et sociales du Secrétariat de l’ONU, a déploré que les engagements pris en matière de financement du développement n’aient pas toujours été respectés, notamment en ce qui concerne l’aide publique au développement (APD) promise aux pays africains.  Comme éléments clefs de l’efficacité de l’aide, il a préconisé que celle-ci soit allouée à des secteurs particuliers, et qu’un processus d’appropriation de l’APD se fasse au profit des acteurs nationaux du développement.  Les donateurs devraient également veiller à ce que des ressources d’aide additionnelle soient disponibles, a dit M. Vos, avant de déplorer le manque global de cohérence du cadre actuel d’allocation de l’APD.

S’agissant du commerce international, Robert Vos a rappelé les objectifs assignés au Cycle de négociations commerciales de Doha, notamment la levée des barrières tarifaires et non tarifaires et l’élimination des aides à l’agriculture dans les pays du Nord qui versent d’importantes subventions à leur secteur agricole.  Il a déploré la stagnation et l’impasse dans laquelle sont en ce moment les pourparlers commerciaux de Doha liés aux subventions agricoles.  Le montant total des aides accordées à l’agriculture des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) en 2009 est identique à son montant de 2008, soit 0,9% du PIB de ces pays, a déploré M. Vos.

S’agissant de l’allégement de la dette, il a rappelé les recommandations formulées lors du Sommet de 2010 organisé par l’Assemblée générale de l’ONU sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Parmi ces recommandations, figurent notamment un moratoire sur la dette des pays confrontés à des situations d’urgence et la réunion d’un groupe d’expert sur les mécanismes de rééchelonnement de la dette souveraine, a-t-il rappelé.  Il a ensuite parlé de la thématique de l’allégement de la dette, qui est une mesure centrale pour de nombreux PMA, et a rappelé, avec regret, que cet allégement était comptabilisé par de nombreux donateurs dans leur APD.  En conclusion, M. Vos a préconisé l’adoption de nouveaux mécanismes de calcul de la dette souveraine des pays.

M. DETLEF KOTTE, Chef du Service des politiques macroéconomiques et des politiques de développement de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement de la CNUCED, a parlé des enjeux de la nouvelle donne économique mondiale, caractérisée notamment par un ralentissement de l’économie américaine et par l’impossibilité pour d’autres pays d’assumer le rôle de moteur de la croissance mondiale en raison d’une demande intérieure encore insuffisante.  L’interdépendance macroéconomique a été considérablement modifiée par la crise de 2008, a-t-il poursuivi.  De nouveaux équilibres et déséquilibres se sont faits jour.  Tous les pays en développement ne peuvent miser en même temps sur leurs exportations pour générer les ressources financières dont ils besoin pour promouvoir leur développement et leur bien-être social, a-t-il ajouté, avant de préconiser pour ces pays l’adoption de politiques complémentaires, notamment celles visant à élargir leur marché intérieur et la demande nationale.

À cette fin, un cadre favorable à des prises de décisions favorables à l’investissement et une politique monétaire appropriée doivent être mis en place, a-t-il poursuivi, avant de rappeler que l’abondance des flux de capitaux n’était pas forcément un signe de bonne santé économique en raison du potentiel déstabilisateur de ces capitaux, issus souvent de mouvements financiers spéculatifs et à court terme.  Les stratégies visant à promouvoir une économie basée sur de bas salaires ne peuvent être menées par tous les pays en développement, en raison de la course à la main-d’œuvre la moins chère qu’elles entraînent automatiquement, a-t-il averti.  Au contraire, une hausse des revenus et des salaires ne devrait pas être envisagée avec crainte par les pays en développement exportateurs pour autant que cette augmentation soit indexée sur les gains de productivité, a-t-il indiqué. 

Il a ensuite parlé des déséquilibres monétaires internationaux, certaines banques centrales accumulant des réserves de devises en grande quantité.  Il a préconisé la négociation et la conclusion d’accords sur les taux de change, du type de ceux adoptés dans l’enceinte de l’OMC, et une stabilité des taux de change réels entre les pays.  L’instauration d’un taux de change nominal, pondéré par des indicateurs économiques clefs devrait être encouragée, a-t-il préconisé.  Il serait ainsi possible de remédier aux déficits de comptes courants et aux politiques artificielles de sous-évaluation de certaines devises, a-t-il poursuivi, avant de plaider pour une meilleure cohérence de la sphère économique réelle et de la sphère financière.  

Échange interactif

Le représentant de l’Argentine, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a souligné l’importance qu’il y a à ce que les réponses à la crise économique et financière internationale et son impact sur le développement, se fondent sur les  intérêts et besoins spécifiques des pays en développement.  Il a plaidé pour le renforcement voire la construction progressive d’architectures financières régionales et sous-régionales. 

Le FMI, a-t-il insisté, doit fournir des solutions souples et complètes aux besoins des pays sans imposer de conditionnalités et en respectant leur marge de manœuvre politique, a insisté le représentant.  Il a appelé les pays développés à prendre des mesures pour faciliter et rediriger les flux de capitaux internationaux vers les pays en développement, et ce, de manière plus stable, prévisible et équitable, seul moyen, a dit le représentant du Brésil, de contrer les effets déstabilisateurs des flux imprévisibles.  Pour attirer les capitaux, a rappelé son homologue du Maroc, les pays en développement –notamment en Afrique- n’ont d’autres choix que de baisser les salaires.

Il faut mobiliser les ressources de manière conforme au Processus de Monterrey, a estimé le représentant du Mexique, en soulignant l’importance du commerce Sud-Sud.  Son homologue de l’Espagne a rappelé le bien-fondé de la coopération triangulaire.  Le représentant mexicain a aussi insisté sur la situation des pays à revenu intermédiaire (PRI) et souligné la variété de leur niveau économique.  Il a été appuyé en cela par la représentante de la société civile.   

Nous devons, a préconisé celui du Chili, renoncer à classer les pays en fonction de leur revenu par habitant, un critère trop réducteur.  Après qu’il eut plaidé pour le renforcement des structures chargées des pays à revenu intermédiaire au sein des Nations Unies, son homologue de la Chine a rappelé les défis cruciaux en termes de développement auxquels devaient faire les pays à revenu intermédiaire qui regroupent 64% de la population pauvre du monde.  Ces pays, a estimé le représentant de l’Égypte, jouent un rôle « tampon «  entre les pays développés et les pays les moins avancés.

Sur la question de l’emploi, le représentant de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a appelé les institutions financières internationales à se focaliser davantage sur le financement des petites et moyennes entreprises, génératrices d’emplois.  L’importance des politiques industrielles sur la croissance à long terme, a été reconnue par le représentant de la Banque mondiale alors que celui du Pérou a émis des réserves sur le postulat selon lequel l’augmentation de la demande intérieure serait suffisante pour tirer la croissance vers le haut.

Au niveau mondial, a argué le représentant du Bélarus, l’un des éléments majeurs de la croissance réside dans la collaboration en matière d’énergie.  Il a invité institutions de Bretton Woods à y prendre leur part. 

S’agissant de la dette, le représentant de la Banque mondiale a mis en garde contre les dangers d’un rééchelonnement de la dette souveraine.  Ce qu’il faut, a répondu celui de l’Équateur, ce sont des mécanismes transparents pour ce rééchelonnement.

Les délégations de la Tanzanie, du Bangladesh, du Venezuela ou encore de l’Iran sont également intervenues.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.