Deux expertes des droits des femmes s’inquiètent de contrecoups dans les avancées pour l’égalité des genres

10 octobre 2011
Conférence de presse

Deux expertes des droits des femmes s’inquiètent de contrecoups dans les avancées pour l’égalité des genres

10/10/2011
Communiqué de presse
Conférence de presse
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

DEUX EXPERTES DES DROITS DES FEMMES S’INQUIÈTENT DE CONTRECOUPS

DANS LES AVANCÉES POUR L’ÉGALITÉ DES GENRES

La lutte vers l’égalité des genres et contre la violence à l’égard des femmes semble subir les effets d’un contrecoup nourri par le sentiment que trop de pouvoir a été accordé aux femmes, se sont inquiétées deux expertes des droits des femmes présentes aujourd’hui au Siège des Nations Unies, Silvia Pimentel, Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), et Rashida Manjoo, Rapporteure spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences.

Nous sommes face à un paradoxe, a déclaré Mme Pimentel, du Brésil, car malgré un contexte global de progrès, certains pays et régions connaissaient des reculs sur certaines questions.  Elle a notamment estimé que tel était le cas avec une crispation autour de la question du droit à l’avortement en Amérique du Sud, où ce droit, même restreint au cas où la vie de la mère est en danger, est remis en question dans certains pays.

Mme Manjoo, qui est originaire d’Afrique du Sud, a, quant à elle, dénoncé l’utilisation du viol dans son pays pour « donner une leçon » à des femmes, notamment lesbiennes, ce qui constitue selon elle un contrecoup des avancées faites en matière d’égalité des genres, notamment dans le cadre de la Constitution adoptée par l’Afrique du Sud.

Concernant la situation sur le continent africain dans son ensemble, Mme Manjoo a estimé que l’Afrique disposait d’un environnement normatif et légal très avancé mais que les défis demeuraient dans son interprétation, son application et les ressources qui lui étaient allouées.  « La transformation de la société n’a pas été aussi vite que la loi », a-t-elle déploré. 

La violence contre les femmes reste « omniprésente et inacceptable », a dit Mme Manjoo.  Que ce soit en temps de paix ou de conflit, les formes et manifestations différentes de la violence contre les femmes sont, de manière simultanée, les causes et les conséquences de la discrimination, de l’inégalité et de l’oppression.  « La lutte pour les droits de femmes est une entreprise collective à laquelle tous doivent se joindre par l’action afin de garantir que chaque femme et chaque fille dans le monde puisse en jouir », a-t-elle déclaré.

Mme Manjoo a présenté son rapport qui reprend ses conclusions, ainsi que celles de ses prédécesseures, à la suite de visites dans trois pays, l’Algérie, les États-Unis et la Zambie.  Concernant les États-Unis, elle a indiqué que le pays avait consacré d’immenses ressources à la défense des droits des femmes mais estimé qu’il souffrait toujours de lacunes dans la mise en œuvre des lois existantes, notamment dans la défense des droits des femmes issues de minorités ethniques, de celles évoluant dans l’armée et de celles incarcérées. 

Elle a notamment regretté que les conditions socioéconomiques des femmes ne soient pas prises en compte au niveau programmatique dans la politique des États-Unis, notant qu’il s’agissait là d’un défi global.  En outre, elle a appelé les États-Unis à ratifier la Convention CEDAW, rejointe par Mme Pimentel qui a souligné que seuls sept pays manquaient à la ratification universelle de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Le Comité CEDAW a noté des progrès au niveau des États qui ont voté des lois pour l’égalité des genres, même si des lacunes demeurent dans leur mise en œuvre.  De même, la participation des femmes dans l’action politique, ainsi que dans le monde du travail, s’est améliorée mais elle reste faible et leur rémunération inférieure, à compétences et fonctions égales. 

Des défis énormes subsistent donc à la fois dans le secteur privé et le secteur public, a déclaré Mme Pimentel.  Deux tiers des analphabètes dans le monde sont des femmes, en raison d’un taux d’inscription des filles à l’école toujours inférieur à celui des garçons.  Les femmes subissent également les conséquences des conflits de manière disproportionnée et, dans certains pays, ne peuvent toujours pas voter, choisir avec qui elles souhaitent se marier ou même voyager sans l’autorisation d’un homme.  En outre, entre 700 000 et deux millions de femmes seraient victimes de trafics à caractère sexuel.

Interrogée sur la question des violences sexuelles perpétrées par des personnels des Nations Unies, Mme Manjoo a estimé que le Secrétaire général avait été d’une clarté absolue dans son refus de l’impunité, et qu’il ne lui semblait pas qu’il y avait un « silence » sur la question.  Toutefois, elle a reconnu le défi que représentait l’absence de données précises et suivies sur le sujet, notamment ceux évoquant des cas de « Nourriture contre rapports sexuels ».

Les deux expertes ont rappelé les faibles ressources dont elles disposent, notamment pour conduire d’éventuelles enquêtes, mais ont souligné que leurs fonctions leur permettaient de recevoir et de transmettre d’éventuelles informations sur des abus.  « Nous pouvons enquêter sur des cas et interroger directement un pays lorsque celui-ci fait face au Comité », a notamment insisté Mme Pimentel.

Interrogée sur les accusations contre Dominique Strauss-Kahn, l’ancien Directeur du Fonds monétaire international, Mme Pimentel a souligné qu’en tant que Professeure de droit et Présidente de la CEDAW, elle ne pouvait pas s’exprimer sur une affaire de justice.  Toutefois, « en tant qu’activiste de la cause féminine », elle a rappelé qu’elle avait écrit un livre sur le viol dans lequel elle avait noté que l’attention était fréquemment peu portée sur l’acte de viol lui-même, pour s’attarder sur le stéréotype sexuel selon lequel l’homme n’aurait fait que répondre à des avances qu’il n’a pu refuser.  « Je n’ai donc pas été surprise que cela ait aussi été le cas dans cette affaire », a-t-elle dit.

Cette conférence de presse était la première des rencontres organisées par le Département de l’information (DPI) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avec des experts des droits de l’homme, en parallèle des travaux de la Troisième Commission de l’Assemblée générale, chargée des questions humanitaires, sociales et culturelles.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.