Le retrait des milices Al-Chebaab de Mogadiscio est l’occasion de faire progresser le processus de paix en Somalie, déclare le Représentant spécial

10 août 2011
CS/10358

Le retrait des milices Al-Chebaab de Mogadiscio est l’occasion de faire progresser le processus de paix en Somalie, déclare le Représentant spécial

10/08/2011
Conseil de sécurité
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6599e séance – matin                                       

LE RETRAIT DES MILICES AL-CHEBAAB DE MOGADISCIO EST L’OCCASION DE FAIRE PROGRESSER

LE PROCESSUS DE PAIX EN SOMALIE, DÉCLARE LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL

« La famine qui sévit actuellement en Somalie, constitue

la « pire crise humanitaire au monde », estime pour sa part la Coordonnatrice adjointe aux secours d’urgence

« Le retrait soudain et inattendu de Mogadiscio des insurgés Al-Chebaab est une occasion de faire progresser le processus politique de manière spectaculaire », a jugé le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie, M. Augustine Mahiga.  « C’est aussi une chance offerte au Gouvernement fédéral de transition d’exercer un contrôle total sur la capitale pour la première fois en trois ans et de rouvrir un accès humanitaire sans entraves aux populations en détresse. »

En dépit des déclarations de ces milices, qui présentent leur départ comme une « manœuvre tactique », la vérité, a assuré le Représentant spécial, c’est qu’elles ont été contraintes de se retirer grâce aux efforts conjoints des forces de la Mission de l’Union africaine déployées dans le pays, du Gouvernement fédéral de transition, et de leurs alliés.  Toutefois, a-t-il prévenu, la persistance de poches toujours aux mains des insurgés Al-Chebaab dans la capitale pourrait conduire à la reprise d’hostilités, notamment d’actes terroristes.

Ce retrait soudain contraint la communauté internationale et les institutions fédérales de transition à prendre des mesures immédiates pour préserver les gains sécuritaires, a ajouté M. Mahiga.  « La tâche la plus urgente consiste à mettre en place les structures administratives de base dans les quartiers vacants depuis le départ des milices, à y rétablir l’état de droit et à y relancer une activité économique », a-t-il souligné.

À l’appui de ce programme, le Conseil national de sécurité du Gouvernement fédéral de transition a lancé un Plan de sécurité pour Mogadiscio, qui prévoit le déploiement des forces de la police somalienne plutôt que de militaires.  De son côté, le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) s’active pour ajuster ses stratégies à la nouvelle réalité de terrain, en envisageant notamment le renforcement du personnel des Nations Unies dans le pays.

Autre motif de satisfaction pour le Représentant spécial, la signature, le 9 juin dernier, de l’Accord de Kampala par le Président du Gouvernement fédéral de transition, Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, et le Président du Parlement fédéral de transition, Sharif Hassan Cheikh Adan, qui a mis fin à cinq mois d’impasse politique entre l’exécutif et le législatif, en particulier en ce qui concerne la tenue des élections présidentielle et législatives.

En repoussant les scrutins d’une année, la feuille de route indique la voie à suivre, a assuré M. Mahiga, qui s’est félicité de l’approbation de l’Accord de Kampala par le Parlement et de la nomination, le 23 juillet, par le nouveau Premier Ministre, M. Abdiweli Mohamed, d’un cabinet de 18 ministres.

« La mise en œuvre de la feuille de route donnera au peuple somalien le moyen de s’approprier le processus de paix », a poursuivi le Représentant spécial.  À cet égard, a-t-il rappelé, le soutien sans équivoque de la communauté internationale est crucial, comme la volonté politique des institutions fédérales de transition.

Des lacunes dans le soutien des Nations Unies à l’AMISOM subsistent, a reconnu M. Mahiga, qui a invité le Conseil à considérer la possibilité de renforcer le module d’appui logistique à la Mission pour lui permettre de s’acquitter de son mandat, en particulier en prévoyant le remboursement du matériel appartenant aux contingents.

Le Représentant spécial a par ailleurs indiqué que le commandant de la Force de l’AMISOM était confronté à un dilemme, puisqu’il est censé déployer ses troupes dans une zone élargie sans toutefois disposer des matériels, ni des effectifs supplémentaires dont il a besoin à cette fin.

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence a dressé pour sa part un bilan humanitaire extrêmement préoccupant, en rappelant que les Nations Unies avaient déclaré, il y a deux semaines, l’état de famine dans deux régions de la Somalie, une situation qui s’est aggravée entre-temps avec l’apparition de nouveaux foyers dans trois secteurs supplémentaires.

« C’est actuellement la pire crise humanitaire dans le monde et la pire qu’ait connue l’Afrique depuis la famine en Somalie pendant la période 1991-1992 », a fait remarquer Mme Catherine Bragg.  « Le pic de cette crise n’a pas encore été atteint, dans la mesure où la situation devrait très probablement continuer de se dégrader, compte tenu des niveaux de malnutrition et de la mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans », a-t-elle prévenu.

À l’échelle nationale, 3,7 millions de personnes sont touchées par la famine, dont 3,2 millions en situation d’urgence, a indiqué Mme Bragg, qui a ajouté que 2,8 millions de ces nécessiteux se trouvaient dans la région du centre-sud de la Somalie.  « C’est deux fois la population de Manhattan », a-t-elle lancé, précisant que 1,25 million d’enfants avaient besoin d’une assistance immédiate.

La sécheresse aiguë a provoqué le déplacement à grande échelle de Somaliens vers le Kenya et l’Éthiopie, a poursuivi la Sous-Secrétaire générale.  Près de 100 000 réfugiés ont atteint Mogadiscio au cours de ces deux derniers mois, en quête de nourriture, d’eau et d’abris.  Outre les 370 000 personnes déplacées dans la capitale somalienne, on estime à 1,5 million le nombre total des personnes déplacées dans le pays.  Environ 410 000 d’entre elles se trouvent actuellement sur une portion de route s’étendant sur 15 kilomètres à l’extérieur de Mogadiscio.

Une réponse multisectorielle de grande ampleur est indispensable pour empêcher une aggravation de la situation, a estimé Mme Bragg.  Si le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), seule organisation autorisée à distribuer des vivres dans les zones sous contrôle des milices Al-Chebaab, a pu renforcer ses opérations d’urgence dans le centre et le sud de la Somalie, les Nations Unies et leurs partenaires continuent de négocier avec les autorités et les communautés locales le droit de venir en aide aux populations en détresse.

Depuis le 27 juillet, 97 tonnes de vivres ont été livrées par voie aérienne à Mogadiscio, à Gedo et dans le Bas-Djouba, afin de secourir 34 000 enfants âgés de moins de 5 ans souffrant de malnutrition.  Des biscuits à haute teneur énergétique ont également été distribués dans ces deux dernières régions à destination de 60 000 personnes.

Revenant à son tour sur le retrait des milices Al-Chebaab de Mogadiscio, la Sous-Secrétaire générale a déclaré qu’il restait à déterminer s’il était définitif ou s’il répondait à une stratégie de repli.  Par ailleurs, les capacités de l’administration civile locale pour livrer une aide et assurer la sécurité sur place demeurent limitées, a-t-elle ajouté, rappelant que vendredi dernier, 10 personnes avaient été tuées sur un site occupé par des personnes déplacées.

Pour remédier à cette situation, le Gouvernement fédéral de transition a créé la semaine dernière une agence chargée de la gestion des situations d’urgence afin de coordonner la livraison de l’aide humanitaire.  Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) s’efforce maintenant d’améliorer le partage des informations avec cette nouvelle structure, a précisé Mme Bragg.

La Sous-Secrétaire générale a rappelé en conclusion que l’Appel humanitaire global en faveur de la Somalie n’avait été financé qu’à hauteur de 46%.  Les partenaires humanitaires ont besoin de 560 millions de dollars pour mener à bien les opérations d’urgence, a-t-elle dit.  Pour couvrir l’ensemble de la région, c’est d’un 1,3 milliard de dollars dont ils ont besoin afin de sauver des vies.  Saluant les promesses de contributions, qui atteignent désormais un milliard de dollars, Mme Bragg a expliqué que la « magnitude des souffrances en Somalie exigeait plus que cela ».

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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