Conseil de sécurité: les membres du Conseil tiennent un débat avec les commandants de forces militaires de maintien de la paix de l’ONU

27 Juillet 2011
CS/10343

Conseil de sécurité: les membres du Conseil tiennent un débat avec les commandants de forces militaires de maintien de la paix de l’ONU

27/07/2011
Conseil de sécurité
CS/10343
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité                                        

6592e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES MEMBRES DU CONSEIL TIENNENT UN DÉBAT AVEC LES COMMANDANTS

DE FORCES MILITAIRES DE MAINTIEN DE LA PAIX DE L’ONU

Les délégations soulignent que les opérations de maintien de la paix ne peuvent

totalement se substituer à la négociation et aux solutions politiques aux conflits

Le Conseil de sécurité a tenu, ce matin, un dialogue entre ses membres et les commandants des forces militaires des missions de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies opérant dans différentes parties du monde en crise ou en conflit.  Les commandants ont tour à tour évoqué des aspects particuliers des missions qu’ils accomplissent sur le terrain, notamment au Darfour, en République démocratique du Congo (RDC), au Liban et au Libéria.

Concernant la protection des civils, le Commandant des Forces de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), le général Patrick Nyamvumba (Rwanda), a indiqué que cette tâche prioritaire ne pouvait être assurée qu’en fonction du degré d’appui offert par le Gouvernement du Soudan.  « Notre stratégie de protection des civils à travers tout le Darfour dépend en effet de la coordination entre les Nations Unies, le Gouvernement soudanais et les organisations humanitaires », a-t-il noté, soulignant l’importance pour la Mission de pouvoir patrouiller de village en village ainsi qu’à l’intérieur des camps de réfugiés. 

Il a expliqué que c’est grâce à ces activités de patrouille que non seulement l’ONU peut protéger des civils innocents mais aussi faciliter l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire, y compris dans les zones reculées comme les djebels.  Pour le général Nyamvumba, le principal obstacle à la bonne marche de l’Opération reste « bien sûr » les combats entre différents mouvements armés.  « Obtenir un cessez-le-feu est vital sur tous les théâtres d’opération de maintien de la paix pour pouvoir garantir la protection des civils », a-t-il constaté.

Pour ce qui est de l’impact de la politique conditionnelle menée dans le cadre de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), le général Chander Prakash (Inde), Commandant de la Force de la MONUSCO, a mis en avant ses aspects positifs en matière de formation des Forces armées régulières de la RDC (FARDC).  « Lors des opérations menées par les Forces armées de la RDC contre des groupes rebelles, la Mission s’assure que les actions entreprises ont été bien planifiées et qu’elles comportent un volet de protection des civils, en particulier de protection des femmes », a-t-il expliqué. 

« Nous examinons régulièrement les termes de cette coopération en incluant dans nos discussions des représentants de la communauté humanitaires, dont ceux du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), a ajouté le général.  M. Prakash a indiqué que la difficulté de poursuivre une telle politique provenait du manque possible de ressources destinées à soutenir, en coopération avec le Gouvernement du Congo, les efforts des Forces armées. 

« Comment maintenir pendant tant d’années la sécurité dans une zone donnée, comme c’est le cas avec la Force intermédiaire des Nations Unies au Liban (FINUL)? », a demandé de son côté le général de division Alberto Asarta Cuevas (Espagne).  Le Chef de la Force a noté que la FINUL a indiqué qu’il avait créé un forum où son commandement, les Forces de défense israéliennes et l’armée libanaise se retrouvaient afin de coordonner les activités permettant d’assurer la mise en œuvre de la résolution 1701 et garantir le calme le long de la frontière du Sud-Liban et de la Ligne bleue.

« Notre action commune doit impérativement être basée sur une relation de confiance », a souligné M. Alberto Asarta Cuevas.  Il a néanmoins déclaré que le statu quo n’était pas une fin en soi, l’ONU, la FINUL, le Conseil de sécurité et la communauté internationale dans son ensemble devant profiter de la relative stabilité qui prédomine dans la zone d’opération de la Mission pour avancer dans le processus politique qui doit aboutir à la résolution des différends entre les parties, a-t-il estimé. 

« Dans ce contexte, la FINUL peut appuyer un tel processus en coordonnant le maintien de l’ordre; mais elle ne peut pas se substituer à l’action diplomatique en faveur de la paix », a-t-il insisté. 

Le Commandant de la Force de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), le général Muhammad Khalid (Pakistan), a évoqué quant à lui le rôle des composantes militaires dans les premières phases de consolidation de la paix.  « En tant que première présence internationale dans les sociétés postconflit, les opérations de paix de l’ONU ont un rôle crucial à jouer pour sécuriser durablement des environnements volatiles, lutter contre le crime organisé, appuyer les Forces de police nationale, juguler les risques d’épidémies, ou encore aider les organisations humanitaires à gérer la question des réfugiés », a-t-il préconisé. 

Il a ajouté que les composantes militaires déployées dans le contexte de consolidation de la paix devaient finalement tout mettre en œuvre pour éviter la reprise des conflits et dissiper les tensions et les méfiances dont font réciproquement preuve les parties en présence afin de faciliter le retour au calme et à la paix.  « La composante militaire ne doit toutefois pas se substituer aux engagements politiques pris par les parties », a prévenu le général Khalid, qui a également mis en garde contre les risques de développement d’une culture de la dépendance que peut causer la présence prolongée de cette composante dans un pays sortant de conflit.  « Le renforcement des capacités des autorités hôtes doit rester la priorité absolue de toute présence internationale dans les pays émergeant d’un conflit et qui ont fait appel à nous », a-t-il affirmé. 

Les membres du Conseil de sécurité ont commenté ces exposés en soulignant d’abord leur pertinence et le fait qu’ils permettent une meilleure compréhension de l’impact des décisions que prend le Conseil, dont ils font partie, à New York.  À cette aune, ils ont, à l’instar du Brésil, insisté qu’il est important que le Conseil donne aux Casques bleus la direction, l’orientation politiques et l’appui qui sont nécessaires à la bonne conduite du mandat qui leur est assigné. 

Les membres du Conseil de sécurité ont cependant convenu que, conformément à l’esprit de l’initiative « Nouvel Horizon », il faut laisser aux personnels des missions la liberté de penser par eux-mêmes et d’imaginer des solutions dictées par les spécificités du terrain sur lequel ils opèrent.  Ils ont également admis que les opérations de maintien de la paix ne sauraient se subsister aux initiatives politiques de règlement des conflits.  C’est pourquoi, ils ont mis l’accent sur l’utilité de promouvoir activement la diplomatie préventive au niveau régional, ainsi que la médiation et les mécanismes d’alerte rapide.

La question de la formation des militaires a été au cœur des échanges.  Pour les membres du Conseil de sécurité, la composante militaire des opérations étant la plus importante en ce qui concerne le nombre de personnels, il est vital que les Casques bleus, qui sont régulièrement au contact des populations, connaissent les cultures dans lesquelles ils sont appelés à opérer et qu’ils aient pleinement assimilé les règles de bonne conduite.  « Les Casques bleus sont d’autant plus efficaces qu’ils sont acceptés par les populations locales », ont relevé de nombreux intervenants.

Revenant sur les propos des commandants des forces de l’ONU, les membres du Conseil de sécurité, dont l’Afrique du Sud, ont reconnu la complexité de la question de la protection des civils.  Ils ont ainsi noté que la protection des civils « innocents » dans les conflits armés était par nature sensible sur le plan politique, la forme même des conflits ayant changé.  Les intervenants ont souligné le rôle des organisations régionales lorsque les États non seulement ne veulent pas ou ne sont pas capables de protéger leurs citoyens, mais sont empêchés d’honorer cette responsabilité en raison de l’intensité et de la gravité des agissements criminels d’acteurs non étatiques.  Ils ont souhaité que le Conseil de sécurité poursuive sa réflexion sur la protection des civils en vue d’élaborer des outils stratégiques spécifiques. 

Les intervenants au débat, parmi lesquels la Bosnie-Herzégovine, ont par ailleurs attiré l’attention sur les liens entre maintien et consolidation de la paix, et sécurité et développement.  Selon eux, les discussions et les documents sur le sujet doivent à présent s’efforcer d’identifier des moyens pratiques pour améliorer sur le terrain les capacités de développement, la coordination et les lignes directrices d’action.  Les délégations de la Bosnie-Herzégovine et de l’Inde, entre autres, ont ensuite déploré qu’alors que les mandats des opérations de maintien de la paix sont devenus de plus en plus complexes, les ressources indispensables à leur mise en œuvre fassent souvent défaut, ou manquent tout simplement.  Les deux délégations ont estimé que l’insuffisance des moyens indispensables pour appuyer le déploiement des capacités civiles des missions onusiennes risque notamment de compromettre sur le long ou moyen terme les chances de succès des missions de l’ONU.  La délégation de la France a recommandé que, dans un contexte budgétaire tendu, les moyens mis à la disposition des opérations de maintien ou de consolidation de la paix soient gérés de manière responsable et maîtrisée. 

Concernant la création récente de deux nouvelles Missions de l’ONU: la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA) et la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), les délégations ont préconisé que l’ONU agisse en s’appuyant sur les leçons tirées des expériences qu’elle a acquises sur d’autres terrains.  Ils ont, en outre, appelé le Conseil à fournir à la MINUSS des indications stratégiques en vue de l’aider à s’acquitter de ses importantes tâches, en particulier celles relatives à l’amélioration de la gouvernance, et celles ayant trait à l’instauration de l’état de droit dans la nouvelle nation du Soudan du Sud.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.