Conseil de sécurité: « nous devons faire en sorte que 2014 ne soit pas un nouveau 1989 », implore le Chef de la mission en Afghanistan au lancement du processus de transition

6 Juillet 2011
CS/10309

Conseil de sécurité: « nous devons faire en sorte que 2014 ne soit pas un nouveau 1989 », implore le Chef de la mission en Afghanistan au lancement du processus de transition

06/07/2011
Conseil de sécurité
CS/10309
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6574e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: «  NOUS DEVONS FAIRE EN SORTE QUE 2014 NE SOIT PAS UN NOUVEAU 1989 »,

IMPLORE LE CHEF DE LA MISSION EN AFGHANISTAN AU LANCEMENT DU PROCESSUS DE TRANSITION


Le Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a imploré aujourd’hui le Conseil de sécurité pour qu’il fasse en sorte que l’année 2014, date prévue pour la fin du processus de transfert des responsabilités en  matière de sécurité aux autorités afghanes, ne devienne pas un nouveau 1989, année où les troupes soviétiques se sont retirées d’Afghanistan, en ouvrant ainsi la voie au régime des Taliban.


Le processus de transition commençant ce mois de juillet, Staffan de Mistura, qui a présenté le rapport du Secrétaire général*, a affirmé que tous les indicateurs montrent que la transition vers l’exercice par l’Afghanistan de sa pleine souveraineté est en bonne voie.  La représentante des États-Unis, Susan Rice, a en effet confirmé l’annonce que son Président a faite, le 21 juin dernier, sur le retrait d’ici à l’été 2012 du tiers des quelque 99 000 soldats américains actuellement sur place, dont 10 000 dès cette année.  


L’annonce du Président américain a été suivie deux jours plus tard par une annonce similaire de la part de son homologue français qui a promis, comme l’a répété aujourd’hui le représentant de la France, de « rester engagée avec les alliés aux côtés du peuple afghan pour mener le processus de transition à son terme en 2014 ».  


Contrairement à certaines interprétations, a commenté le représentant de l’Afghanistan, nous ne considérons pas le retrait des forces comme le début d’un désengagement international en Afghanistan.  Il a rappelé que la transition est une stratégie formulée avec soin qui suppose non seulement un transfert graduel des responsabilités en matière de sécurité aux autorités afghanes, mais aussi, la formation accélérée des forces afghanes.


Face à une situation marquée par une augmentation de 51% du nombre d’incidents par rapport à la même période en 2010, de nombreux intervenants parmi les 20 qui ont pris la parole, ont reconnu les défis qui restent à relever en matière de sécurité.


« Nous devons nous assurer que 2014 ne soit pas un nouveau 1989 », a prévenu le Représentant spécial du Secrétaire général, en souhaitant que la communauté internationale n’abandonne pas une nouvelle fois l’Afghanistan. 


« Le retrait des forces américaines ne peut se faire avant que les forces afghanes ne soient en mesure de prendre le relais », a renchéri le représentant de la Fédération de Russie, avant que son homologue de l’Inde, n’insiste pour que l’on se concentre sur les réalités de terrain plutôt que sur un calendrier préétabli par l’OTAN. 


Dans ce contexte, les intervenants ont prôné des efforts accrus en matière de réconciliation nationale et ont vu dans la résolution 1988 (2011) du Conseil de sécurité un pas décisif.  Dans ce texte, le Conseil reconnait que certains membres des Taliban ont rallié le Gouvernement afghan et rejeté l’idéologie terroriste d’Al-Qaida, et décide, en conséquence, de séparer le régime des sanctions imposées aux Taliban de celui qui concerne Al-Qaida.  Le représentant de l’Afghanistan s’est réjoui d’une décision qui permettra au Conseil de répondre aux demandes de son gouvernement visant à radier certains noms de la Liste des Taliban visés par les sanctions.  


« Les gains militaires seront de courte durée s’ils ne s’inscrivent pas dans un contexte qui renforce la légitimité des autorités afghanes et qui permette d’envisager une solution politique au conflit », a reconnu le représentant de la France.  Le Chef de la MANUA, s’est, dans ses conclusions, dit heureux de pouvoir transmettre à Kaboul un message de soutien vigoureux des membres du Conseil de sécurité, avant les rendez-vous importants d’Istanbul et de Bonn, en novembre et décembre prochains.


*     A/65/873-S/2011/381



LA SITUATION EN AFGHANISTAN


Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (S/2011/381)


Déclarations


M. STAFFAN DE MISTURA, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a rappelé que le mois de juillet marque le début d’une transition, conformément à ce qui s’est dit entre la communauté internationale et les autorités afghanes, après que le Président des États-Unis eut annoncé le calendrier du retrait progressif des forces internationales. 


Tous les indicateurs, a affirmé le Représentant spécial, montrent que la transition est en bonne voie, même si la situation n’était pas la même dans toutes les provinces.  La transition, a-t-il insisté, ne peut pas porter seulement sur la sécurité.  Les progrès socioéconomiques doivent être irréversibles pour que les Afghans puissent s’identifier à la transition.  


S’il s’est tout de même dit inquiet de la situation en matière de sécurité, M. de Mistura s’est néanmoins dit encouragé de voir que toutes les attaques ont été repoussées par les forces afghanes.  Sur le front de la réconciliation, il a parlé « des contacts et des indices » qui semblent démontrer que nous sommes sur la bonne voie.  Il a mis l’accent sur l’importance des mesures de confiance, en soulignant la nécessité de garantir la sécurité et la discrétion de lieux de rencontre entre représentants du Gouvernement et des Taliban. 


« S’il y a bien un domaine dans lequel nous pouvons être fiers, c’est celui de l’éducation », a dit le Chef de la MANUA, en précisant que 7 millions d’enfants sont scolarisés aujourd’hui en Afghanistan, dont beaucoup de filles.  Même s’il y a eu des attaques contre des instituteurs, il semble que les Taliban aient cessé de s’en prendre aux écoles et accepté leur existence.  Il a tout de même fustigé les atrocités commises par ces derniers contre la population civile en général.  


Le Représentant spécial s’est félicité de la multiplication des réunions bilatérales, trilatérales et multilatérales depuis le Sommet de Shanghai, en citant les rencontres entre l’Afghanistan, le Pakistan et les États-Unis. Il a également mis l’accent sur l’importance de la réunion d’Istanbul du 2 novembre 2011 à laquelle se joint l’Iran.  Nous avons besoin, a-t-il dit, de rassurer les pays de la région qui craignent que des bases étrangères soient installées en Afghanistan, a-t-il ajouté, en se félicitant des déclarations rassurantes du Pentagone à ce sujet. 


Sur le front socioéconomique, il a dit craindre que la « narco-économie » ait plus d’attrait pour les Afghans avec les conséquences que l’on sait sur le pays et les pays voisins.  S’agissant des droits de la femme, il a dit que l’Afghanistan comptait beaucoup sur les 69 femmes de son Parlement pour défendre les acquis.  Il a reconnu tout le chemin qui reste à parcourir, en notant que le système judiciaire punit encore les femmes qui décident de quitter leur foyer ou refusent de se marier.


« Nous devons nous assurer que 2014 ne soit pas un nouveau 1989 », a-t-il conclut, en souhaitant que la communauté internationale n’abandonne pas une  nouvelle fois l’Afghanistan.


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a expliqué que son pays est arrivé à une période cruciale de la consolidation de la paix.  Nous allons mettre en œuvre, dans sept provinces, les premières étapes du processus de transition, conformément à la Conférence de Lisbonne, a-t-il dit.  La transition est une stratégie formulée avec soin qui suppose non seulement un transfert graduel, jusqu’en 2014, des responsabilités en matière de sécurité aux autorités afghanes, mais aussi une réduction des forces internationales, la formation accélérée des forces de police, la consolidation de la gouvernance et un nouveau programme de coopération régionale, a-t-il expliqué.


Le Gouvernement afghan, a-t-il affirmé, poursuit ses efforts pour que le processus se déroule sans heurt.  Mais il faut encore réunir les bonnes conditions et, en particulier, travailler avec les partenaires internationaux pour accélérer la formation et l’équipement des forces de sécurité, a insisté M. Tanin.  Revenant à l’annonce sur le retrait graduel des forces américaines, il a assuré: « contrairement à certaines interprétations, nous ne considérons pas cela comme le début d’un désengagement international en Afghanistan ». 


Condamnant les attaques « sophistiquées » pour susciter la peur au sein de la population, il a voulu que l’on s’en prenne à ceux qui financent, arment et abritent les terroristes et les extrémistes.  Le processus de réconciliation est prioritaire, a-t-il prévenu, car il vise la paix, la prospérité et l’unité au pays.  Le représentant s’est attaché au volet régional de ce processus, en  parlant notamment de la collaboration constructive qui doit avoir lieu entre son pays et le Pakistan. Il s’est dit préoccupé, à cet égard, par les actes commis à la frontière orientale de l’Afghanistan, qui ont fait de nombreux morts. 


M. Tanin s’est ensuite félicité de la décision du Conseil de sécurité de séparer les régimes de sanctions contre les Taliban et Al-Qaida et de répondre à ses demandes de radiation.  Évoquant une « nouvelle route de la soie », fruit d’une décennie d’interactions internationales et régionales en Afghanistan, M. Tanin a donné les exemples de la visite du Président Hamid Karzai au Pakistan, le mois dernier, qui a conduit à des discussions sur le cadre trilatéral entre ces deux pays et les États-Unis.


Cela a aussi donné l’occasion au Premier Ministre de l’Inde d’exprimer son soutien aux efforts de réconciliation nationale en Afghanistan.  Le représentant a aussi indiqué que son pays continue à avoir des échanges avec l’Iran, la Fédération de Russie, la Chine, les pays de l’Asie du sud et centrale, et ceux du monde arabe.


S’agissant du mandat de la MANUA, il a souhaité qu’il s’aligne sur le processus de transition, tout en voulant que le partenariat avec l’ONU se poursuive au-delà de cette phase.  Enfin, M. Tanin a promis que le Gouvernement continuera d’améliorer la gouvernance et de renforcer la lutte contre la corruption.  Il a illustré ses propos par l’inculpation de hauts responsables de la Banque de Kaboul.


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a condamné dans les termes les plus forts l’attaque brutale qui vient être perpétrée contre la MANUA.  Si elle s’est félicitée du projet pour le renforcement de la sécurité mis en œuvre par la Mission dans le pays, elle s’est dite toujours préoccupée par l’aggravation des tensions.  En outre, a-t-elle prévenu, l’augmentation du nombre des victimes civiles ne doit pas être considérée comme un dommage collatéral du conflit.  Toutes les parties concernées, a-t-elle insisté, doivent honorer leurs obligations internationales, en la matière.


Il n’y a pas de solution militaire au conflit, a-t-elle asséné.  Malgré les difficultés actuelles, a-t-elle estimé, le transfert des responsabilités aux Forces de sécurité afghanes doit continuer.  Quel que soit le scenario, les efforts de réconciliation demeurent un élément central de la solution et c’est le dialogue qui ouvre la voie à un avenir stable en Afghanistan, a tranché la représentante, avant d’appuyer une nouvelle fois les mesures agréées à la Conférence d’examen du Programme de paix et de réintégration en Afghanistan. 


Mme MIRSADA ČOLAKOVIČ (Bosnie-Herzégovine) a souligné l’importance de la mise en œuvre de 11 programmes prioritaires sur 22.  Elle s’est dite persuadée que la communauté internationale trouvera les moyens de financer ces programmes.  Elle a salué le rôle de la MANUA qui facilite le dialogue entre partenaires du développement.  Elle a demandé à la FIAS de s’assurer que le développement soit pris en compte dans la planification de la transition.  Elle a estimé que l’adoption de la résolution 1988 (2011) du Conseil de sécurité est un effort positif vers la réconciliation.  Elle s’est tout inquiétée de même que le mois de mai 2011 ait été le mois le plus meurtrier. 


Elle a par ailleurs salué les efforts de la Turquie qui accueillera le 2 novembre 2011, une Conférence sur l’Afghanistan, dont l’objectif est de soutenir la stabilité et le développement économique du pays.  Elle s’est félicitée aussi des engagements pris à Istanbul le 10 mai 2011 par les pays voisins de l’Afghanistan, en ce qui concerne le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays. 


M. NÉSTOR OSORIO (Colombie) s’est particulièrement inquiété de l’augmentation du nombre d’incidents, dont des attaques contre le personnel et les bâtiments des Nations Unies.  Il s’est aussi inquiété de la fréquence de manifestations publiques contre la présence civile et militaire internationale.  Il a salué les efforts d’appropriation nationale, en soulignant qu’il faut garder à l’esprit l’objectif de voir les forces afghanes prendre le relais d’ici à 2014. 


Il a, à son tour, estimé que l’adoption de la résolution 1988 du Conseil de sécurité contribuera au processus de réconciliation.  Il s’est tout de même inquiété de la persistance d’une violence qui se traduit par une augmentation des besoins humanitaires et jugé, par ailleurs, essentiel de lancer des initiatives régionales pour combattre les divers aspects du trafic de stupéfiants.  Il a dit la volonté de la Colombie de renforcer sa coopération bilatérale avec l’Afghanistan pour lutter contre ce fléau et d’autres manifestations de la criminalité organisée. 


M. JOSÉ FILIPE MORAES CABRAL (Portugal) a remercié le personnel de la MANUA pour le courage dont il a fait preuve lorsqu’il a été victime d’une attaque, en avril dernier.  Il a appelé les commandants des forces armées à poursuivre leurs efforts pour limiter le nombre de victimes parmi les civils qui, selon lui, doivent dûment être dédommagées.  Il s’est réjoui que les centres en faveur des femmes continuent à se multiplier.  Il s’est aussi réjouit des efforts pour mettre en œuvre la législation sur la violence contre les femmes.  L’Entité ONU-Femmes joue un rôle important à cet égard, a-t-il estimé, en soutenant l’initiative de la MANUA s’agissant de la protection des enfants.


L’Afghanistan, a souligné le représentant, est un carrefour important en Asie, ce qui exige une implication des pays voisins dans le processus de transition.  Il a encouragé le Comité de suivi de la lutte anticorruption et les efforts des responsables afghans en vue de consolider la démocratie.


Mme SUSAN RICE (États-Unis) a regretté l’attaque dont a été victime le complexe des Nations Unies et appelé à assurer une protection maximale du personnel.  Le mois de juillet marque le début d’une transition responsable, qui permettra aux forces afghanes d’exercer la responsabilité de la sécurité dans le pays, a-t-elle noté, précisant que les États-Unis continueront à réduire leur présence militaire, 10 000 soldats devant se retirer d’ici à la fin de l’année. 


Au cours de ces dernières années, Mme Rice a noté que des progrès sensibles avaient été faits dans la réalisation des objectifs, les renforts militaires ayant permis de stabiliser une plus grande partie du pays.  Certaines responsabilités ont déjà été transmises aux forces afghanes, a-t-elle rappelé, soulignant aussi que les Afghans rouvrent les marchés et les écoles et offrent de nouvelles possibilités aux femmes et aux filles.


Nous continuerons à apporter notre aide à mesure que la transition se poursuivra, a assuré Mme Rice, s’intéressant particulièrement à la réconciliation avec les Taliban.  Selon elle, les résultats de toute négociation devront comprendre la réconciliation avec les insurgés et le respect de la Constitution afghane, notamment en ce qui concerne le respect des droits de la femme. 


Mme Rice s’est réjouie, à son tour, de la séparation des régimes de sanctions entre les Taliban d’un côté et Al-Qaida de l’autre.  Les élections en Afghanistan ont marqué un jalon dans le processus démocratique, a-t-elle aussi apprécié, tout en notant la demande d’annulation de plusieurs élections et en espérant que le processus électoral serait conforme à la Constitution.  Elle a estimé qu’une réforme des institutions électorales sur le long terme reste essentielle.


M. WANG MIN (Chine) a soutenu les efforts pour faire avancer le Processus de Kaboul, tout en réclamant le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale de l’Afghanistan.  « L’Afghanistan doit être dirigé par les Afghans », a insisté le représentant chinois.   Il a espéré que les capacités nationales dans le domaine de la sécurité seront renforcées.  La Chine, a-t-il dit, continuera de fournir à l’Afghanistan le soutien dont il a besoin.  En tant que pays voisin et ami de l’Afghanistan, la Chine a toujours affirmé sa volonté d’entretenir des liens d’amitié et de coopération, a-t-il ajouté, exprimant la volonté de son pays de contribuer à la paix et à la stabilité de ce pays.


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) s’est dit encouragé par la mise en place des premiers éléments qui permettront de lancer la phase de transition, le 20 juillet 2011.  Il s’est aussi félicité du renforcement des forces afghanes qui devront assumer toutes les questions sécuritaires, d’ici à la fin 2014.  Il a particulièrement regretté le nombre de civils tués, en fustigeant les tactiques de violence utilisées par les insurgés pour terroriser les civils.  Il a rappelé que les insurgés tuent des employés du Gouvernement et attaquent des hôpitaux, des marchés et des hôtels. 


Il a regretté que les différends entre les tribunaux spéciaux et le Parlement ne soient pas réglés et rappelé l’importance de respecter la séparation des pouvoirs garantis par la Constitution.   


M. NOËL NELSON MESSONE (Gabon) s’est félicité que le Gouvernement afghan ait, à la demande du Conseil de sécurité, pris l’engagement de faciliter la réintégration des insurgés modérés, en application de la résolution 1988 (2011).  Il a salué la mise en place d’un Comité conjoint autonome chargé de promouvoir la transparence et la responsabilisation dans les administrations.  Malgré ces efforts louables, a dit le représentant, de nombreux obstacles subsistent notamment dans les domaines sécuritaire et de la bonne gouvernance. 


Le représentant a demandé que le Gouvernement afghan mette tout en œuvre pour accroître ses moyens de lutte contre le terrorisme et contre la corruption qui demeurent des obstacles majeurs à la paix et à la stabilité.  Il a jugé essentiel de mettre l’accent sur la protection des civils, avant de prévenir que le départ annoncé d’une grande partie des troupes internationales, particulièrement celles des États-Unis et de l’OTAN, vient confirmer l’immense défi que le Gouvernement afghan se doit de relever. 


M. CEDRICK CHARLES CROWLEY (Afrique du Sud) s’est félicité des progrès observés ces derniers mois en matière d’appropriation nationale, de réintégration et de coopération entre l’Afghanistan et ses voisins. Il a jugé essentiel l’appui de la MANUA au Gouvernement afghan et souligné l’importance de la coopération bilatérale.  Le dialogue entre la population et ses dirigeants reste essentiel pour assurer la stabilité à long terme du pays, a-t-il dit, en souhaitant que l’on encourage aussi la réconciliation entre le Gouvernement et les Taliban. 


Les femmes, a-t-il estimé, ont un rôle essentiel à jouer pour le développement et la stabilité du pays.  L’appropriation nationale est capitale pour le développement économique et social du pays, même si le soutien de la communauté internationale restera déterminant pour faciliter toute transition vers la stabilité et la prospérité. 


Mme JOY OGWU (Nigéria) a salué les progrès constants de l’Afghanistan, citant le déroulement des élections, une croissance économique prometteuse, de nouveaux gains militaires et les dons faits pour la reconstruction du pays.  Tout cela doit être complété par le processus de réconciliation, a-t-elle dit, en ajoutant que les parties doivent s’engager à défendre la Constitution et en insistant pour que le processus politique soit dirigé par les Afghans.  Elle a aussi souhaité que les femmes puissent participer sans entrave au processus de paix et que les dirigeants s’engagent de façon plus poussée dans la lutte contre la corruption.


Mme Ogwu a rappelé la situation précaire en matière de sécurité et condamné les attaques contre les civils.  Les auteurs de ces attentats doivent être poursuivis en justice, a-t-elle exigé.  Elle a également plaidé en faveur du renforcement de la coopération entre la FIAS et l’ONU.  Elle a noté les radiations demandées par le Gouvernement afghan concernant les sanctions contre les Taliban et a appuyé, à son tour, la décision de séparer les régimes des sanctions contre les Taliban et contre Al-Qaida.  Le Nigéria félicite l’engagement du Gouvernement afghan de mettre en œuvre le programme de priorité nationale, a-t-elle aussi déclaré.


M. ALEXANDER A. PANKIN (Fédération de Russie) a condamné les graves attaques commises récemment, notamment celle ayant visé le personnel des Nations Unies à Mazar-i-Sharif.  Rappelant aussi les attaques récentes commises contre l’hôpital de Logar et contre l’hôtel Intercontinental à Kaboul, il a souligné que les Taliban continuent à saper les efforts de réconciliation nationale ainsi que l’appui de la communauté internationale à la reconstruction.  Il s’est inquiété en particulier de la situation actuelle au nord du pays, qui compte de nombreux terroristes, ainsi que de son incidence transfrontière.  Il est important, a-t-il dit, de suivre une démarche ciblée et équilibrée dans la mise en œuvre du programme de réconciliation nationale.  Il a espéré que la séparation des sanctions contre les Taliban et Al-Qaida améliorera un régime qui appuie les efforts du Gouvernement pour le renforcement de la sécurité.  M. Pankin a estimé qu’il fallait que le dialogue avec les dirigeants taliban soit mené par les autorités afghanes.  Tout autre contact en dehors de cette voie lancerait un mauvais signal, a-t-il pensé.


Se disant favorable au statut neutre de l’Afghanistan, le représentant a toutefois expliqué qu’il ne pourra se réaliser que lorsque le processus de réconciliation aura progressé.  Il faut donc continuer à aider le pays à se stabiliser, a-t-il dit.  Il a aussi appelé à la neutralisation du trafic de stupéfiants, menace à la paix et à la stabilité internationales, comme cela est mentionné dans les résolutions 1943 (2010) et 1974 (2011).  Il a, à cet égard, regretté que les forces de la coalition n’accordent pas suffisamment d’importance à ce problème.  Il a souhaité que soient renforcés les efforts de coordination dans ce domaine entre la Communauté d’États indépendants (CEI), l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et l’Organisation de Shanghai.  M. Pankin a en outre estimé que les forces internationales opérant sous mandat du Conseil de sécurité ne peuvent se retirer qu’en application d’une décision du Conseil.  De plus, a-t-il ajouté, elles n’ont pas le droit de quitter l’Afghanistan sans achever les tâches qu’implique leur mandat.  La réduction des forces américaines en Afghanistan devait s’accompagner d’une augmentation des forces afghanes, a-t-il encore estimé. 


Mme CAROLINE ZIADE (Liban) a estimé que nous assistons à une nouvelle phase de transfert d’autorité dans le contexte d’une situation sécuritaire fort préoccupante.  Elle a jugé indispensable d’être très vigilant pour ne pas mettre en péril les populations civiles.  Elle a, à son tour, reconnu l’importance de la résolution 1988 (2011) du Conseil de sécurité qui favorise la réintégration des Taliban.  Elle a mis l’accent sur l’importance du rôle des femmes dans la réalisation des objectifs de développement économique et social.  Elle a enfin salué les efforts de la communauté internationale, en particulier de l’ONU, pour édifier un État capable de protéger son peuple et ses institutions et de recouvrer la prospérité. 


M. VINAY KUMAR (Inde) s’est dit très préoccupé par les difficultés persistantes auxquelles se heurte l’Afghanistan, alors que l’on note une augmentation de 51% du nombre d’incidents par rapport à la même période en 2010.  Il est essentiel que l’on tienne compte des réalités sur le terrain et pas seulement du calendrier.  Le représentant a souhaité que la transition soit mise en œuvre d’une manière systématique, en isolant et en éliminant tous les groupes terroristes qui interviennent à l’intérieur ou en dehors de l’Afghanistan. 


Le Processus de Kaboul doit s’accompagner d’un processus interne intensif avec tous les partenaires qui méritent d’être réintégrés, a dit le représentant qui a espéré que le nouveau régime des sanctions établi par la résolution 1988 permettra aux Afghans d’avoir leur mot à dire dans la lutte contre les menaces qui pèsent sur leur pays.  Il a jugé essentiel d’aligner l’assistance sur les priorités nationales et s’est dit heureux de constater que la MANUA procédait de la sorte.  S’agissant de la coopération bilatérale, il a indiqué que le Premier Ministre indien a annoncé les 12 et 13 mai 2011, une aide supplémentaire de 500 millions de dollars à l’Afghanistan.


M. GÉRARD ARAUD (France) a demandé que l’attaque lancée le 1er avril contre les locaux de la MANUA à Mazar-i-Sharif ne fasse pas dévier de l’objectif d’accompagner le Gouvernement afghan dans le chemin du retour à sa pleine souveraineté.  Abordant le processus de transition, il a assuré que la France restera engagée avec les alliés aux côtés du peuple afghan pour mener le processus à son terme fin 2014, notamment en matière de formation des Forces de sécurité afghanes.  Il a précisé que cet engagement évoluera pour tenir compte du contexte nouveau de la transition et que le redéploiement prévu des troupes françaises se fera en étroite concertation avec nos alliés et avec les autorités afghanes.


M. Araud a voulu que l’on implique davantage les Afghans dans les projets de développement, tandis que, de son côté, le Gouvernement doit combattre plus fermement la corruption et le népotisme.  Dans le domaine budgétaire, il a proposé une déconcentration de la dépense publique.  Sur le plan de la sécurité, il a estimé que « les gains militaires seront de courte durée s’ils ne s’inscrivent pas dans un contexte qui renforce la légitimité des autorités afghanes et qui permette d’envisager une solution politique au conflit ».  Il a par ailleurs appelé toutes les institutions afghanes à travailler dans le respect de leurs compétences mutuelles et du principe de la séparation des pouvoirs. 


Le Représentant spécial du Secrétaire général, a-t-il dit, doit rester saisi de cette question et de la réforme électorale.  Il a assuré que la France continue d’appuyer les efforts du Président Karzai pour arriver à un processus de paix associant l’ensemble des composantes de la société afghane.  Il a aussi apprécié la décision de séparer le régime de sanctions, espérant que cela incitera les Afghans à tourner le dos au terrorisme international et à engager un dialogue direct.


M. PETER WITTIG (Allemagne) s’est félicité des progrès accomplis dans le processus de transition afghan.  Évoquant les violences commises ces derniers mois, il s’est dit particulièrement choqué par l’attaque perpétrée contre un hôpital.  Il s’est en revanche félicité de la réaction des forces afghanes lors de l’attaque contre l’hôtel Intercontinental à Kaboul.  Rappelant en outre l’attentat commis contre les locaux des Nations Unies, il a insisté sur la responsabilité de protéger ce personnel.


Le succès du Processus de Kaboul dépend notamment de la résolution de la crise économique, a poursuivi le représentant.  Or, a-t-il fait observer, l’absence d’un programme du Fonds monétaire international (FMI) compromet gravement la capacité du Gouvernement afghan de mener ses politiques.  Il a expliqué que la Conférence de Bonn, que l’Allemagne accueillera en décembre prochain, vise à engager une action sur le long terme, avec notamment l’objectif de mieux définir le processus de transition jusqu’en 2014 et au-delà.  Nous espérons que cette Conférence marquera un jalon dans la stabilisation de la paix en Afghanistan, a-t-il dit, avant de saluer le rôle de la MANUA.


M. TSUNEO NISHIDA (Japon) a estimé que 2011, première année de transition vers 2014 était une année cruciale.  Dans le contexte des récentes attaques contre les locaux de l’ONU à Mazar-i-Charif et de l’hôtel Intercontinental à Kaboul, il a dit que la sécurité restait une priorité.  Il a mis l’accent sur l’aide japonaise en matière de formation de la police afghane, qui se traduit par le paiement des salaires et le renforcement de la capacité administrative de la police.  Il a cité des campagnes d’alphabétisation des policiers et le lancement d’une nouvelle campagne de formation en collaboration avec la Turquie. 


Il a regretté les problèmes survenus à la Banque de Kaboul qui ont des répercussions sur les donateurs internationaux.  Il a, à son tour, dit que l’adoption de la résolution 1988 est une mesure positive pour promouvoir la réconciliation dans le pays. 


M. GILLES RIVARD (Canada) a jugé qu’il n’était pas possible d’instaurer la stabilité en Afghanistan exclusivement par des moyens militaires. Il faut un processus de réconciliation entre le Gouvernement afghan et les insurgés et que la réconciliation soit durable, il faudra que les insurgés renoncent à la violence, rompent avec Al-Qaida et reconnaissent la Constitution afghane. 


Même s’il faut tenir des pourparlers de paix dès maintenant, le représentant a souligné que certains Afghans redoutent la perte des gains engrangés depuis 10 ans sur les plans de la démocratisation, des droits de  l’homme et d’accès aux services sociaux de base.  Il a jugé indispensable que l’on tienne compte de cette préoccupation dans les discussions en cours et que l’on veille à ce que la paix profite à tous les citoyens afghans. 


Il a ajouté que le processus de Kaboul et les plans de priorités nationales que dirige le Gouvernement afghan demeurent des outils importants.  Il faut maintenant faciliter leur mise en œuvre, en les liant à la transition en matière de sécurité et en veillant à ce qu’ils apportent des bénéfices tangibles dans des domaines comme l’accès aux services de santé et d’éducation.  Il a jugé essentiel que la communauté internationale aide l’Afghanistan à augmenter sa capacité de produire des recettes durant cette période. 


Il a aussi jugé crucial que l’Afghanistan et ses voisins surmontent leur méfiance historique et leurs intérêts divergents, qui vont souvent à l’encontre de la stabilité régionale et de la logique économique.  Il a dit anticiper avec confiance la Conférence que les Afghans organiseront à Bonn en décembre 2011 sur les enjeux de la transition. 


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a rappelé que la réunion d’aujourd’hui coïncidait avec le lancement d’un processus de transition et d’appropriation nationale et le début d’un examen détaillé de la mise en œuvre du mandat de la MANUA.  Il a jugé capital que l’appropriation et le respect de la souveraineté nationale de l’Afghanistan soient respectés.  Alors que nous nous approchons des dates de retrait des forces internationales, nous sommes témoins d’une augmentation de 51% du nombre d’incidents par rapport à la même période en 2010, a-t-il rappelé. 


Il s’est inquiété des conséquences sur les populations civiles des opérations des forces internationales et des insurgés.  Il a précisé que le nombre de militaires et paramilitaires pakistanais présents à la frontière afghane est plus important que le nombre total des troupes internationales présentes en Afghanistan.  Il a mis l’accent sur l’importance du lien entre réconciliation et sécurité.  Il a estimé que le nouveau régime des sanctions établi par la résolution 1988 contribuera à réduire le nombre des insurgés en permettant leur réintégration. 


Il a souligné la référence que constitue la Déclaration d’Islamabad qui fixe les cadres de la coopération du Pakistan avec l’Afghanistan dans les domaines du commerce, de l’économie, des transports ou encore des échanges entre parlementaires.  Il s’est dit encouragé par le fait que 19 000 Afghans réfugiés au Pakistan aient pu rentrer chez eux au cours de ces trois derniers mois. 


M. PEDRO SERRANO, Chef par intérim de la délégation de l’Union européenne, s’est félicité du transfert des responsabilités de la FIAS aux Forces de sécurité afghanes dans sept régions du pays.  Parallèlement, il s’est inquiété de l’augmentation de 51% des incidents liés à la sécurité depuis le début de 2011, par rapport à la même période l’an dernier.  Parmi les progrès à réaliser dans le cadre du processus de transition, il a souligné l’importance d’améliorer la gouvernance, la transparence, ainsi que le contrôle des dépenses publiques. 


L’absence d’accord avec le FMI et l’effondrement de la Banque de Kaboul constituent les principaux obstacles à la distribution des fonds destinés au développement, a regretté M. Serrano.  Cette crise bancaire préoccupe grandement l’Union européenne et ses membres qui dépensent plus d’un milliard d’euros par an pour l’Afghanistan, a-t-il dit.  Il a aussi estimé que des progrès sont essentiels en matière de gouvernance et a félicité, à cet égard, le Conseil d’avoir séparé le régime des sanctions des Taliban de celui d’Al-Qaida.


M. FAZLI ÇORMAN (Turquie) a condamné les attaques qui ont fait de nombreux morts parmi les civils.  Les différents acteurs de la transition doivent contribuer à ce processus de paix dans le pays, a-t-il dit.  La sécurité, lorsqu’elle sera pleinement assurée, permettra une bonne gouvernance et le développement des capacités institutionnelles.  Le représentant a aussi souligné que la durabilité de la paix en Afghanistan doit concerner tous les secteurs de la société. 


Si la formation de Forces de sécurité afghanes est essentielle, il en est de même pour la stabilité sociale et économique.  En outre, le représentant a souligné l’importance d’un ordre régional solide.  Il a rappelé que le Ministre des affaires étrangères de la Turquie a accueilli à Istanbul, en mai dernier, des réunions préparatoires de la Conférence d’Istanbul pour l’Afghanistan, qui se tiendra le 2 novembre 2011.  « Nous espérons que toutes les avancées du processus de transition seront consignées sur le papier dans la perspective de cette Conférence », a-t-il ajouté, disant compter sur l’appui de la communauté internationale.


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