Conseil de sécurité: des élections réussies en 2012 et une meilleure gouvernance du secteur minier sont indispensables à la transition en Sierra Leone

24 mars 2011
CS/10208

Conseil de sécurité: des élections réussies en 2012 et une meilleure gouvernance du secteur minier sont indispensables à la transition en Sierra Leone

24/03/2011
Conseil de sécurité
CS/10208
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Conseil de sécurité

6504e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: DES ÉLECTIONS RÉUSSIES EN 2012 ET UNE MEILLEURE GOUVERNANCE

DU SECTEUR MINIER SONT INDISPENSABLES À LA TRANSITION EN SIERRA LEONE


Tout en prenant note des progrès notables accomplis par la Sierra Leone au cours des six derniers mois, le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, M. Michael von der Schulenburg, a souligné que plusieurs défis continuaient à se poser sur la voie qui pourrait mener la Sierra Leone à une transition démocratique réussie et capable de permettre ensuite aux Sierra-Léonais de jeter dans leur pays les bases d’une prospérité économique.  Les défis existants, a indiqué le Représentant spécial du Secrétaire général, se posent à la fois a l’échelle nationale et à celle de la sous-région d’Afrique de l’Ouest.


Venu présenter aux membres du Conseil de sécurité le rapport semestriel du Secrétaire général sur le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL), M. von der Schulenburg a rappelé que l’établissement du bilan des progrès accomplis dans ce pays en matière de paix et de stabilité avait lieu alors que des évènements politiques majeurs surviennent dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et en Côte d’Ivoire.  Les développements récemment observés en Sierra Leone peuvent paraître mineurs ou secondaires et moins spectaculaires, si on les compare à ce qui se passe ailleurs.  Mais, de ce fait, il est nécessaire que le Conseil de sécurité accorde à la Sierra Leone toute l’attention qu’elle mérite, a estimé M. von der Schulenburg.


Autrefois faisant figure d’État voué à l’échec et à la faillite, la Sierra Leone est en train de devenir un pays modèle dont les populations et les autorités sont capables de surmonter de vieilles divisions et des antagonismes séculaires pour progresser vers la paix, la démocratie et la prospérité, a plaidé le Représentant spécial.  « N’oublions pas », a-t-il rappelé, « qu’en Sierra Leone, c’est aussi une jeunesse sans illusions qui s’est soulevée, au départ, contre des années d’autoritarisme, de pillage des ressources naturelles, et de corruption endémique qui ne profitaient qu’à une petite élite ».  Aujourd’hui, les habitants de ce pays prennent part à des élections libres; la sécurité est rétablie dans l’ensemble d’un pays qui n’a plus de prisonniers politiques, ni de violations systématiques des droits de l’homme.  La liberté d’expression a permis l’épanouissement d’une presse libre, diverse, indépendante et critique, a poursuivi M. von der Schulenburg, qui a également fait état du pluralisme politique instauré en Sierra Leone où existe d’autre part une société civile active et, où la tolérance religieuse est une réalité illustrée par la coexistence harmonieuse de communautés musulmane et chrétienne.


Ceci étant, la Sierra Leone reste un des pays les plus pauvres au monde, et elle demeure fragile et vulnérable aux chocs politiques, économiques et sociaux, qui peuvent se produire à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, a relevé le Représentant spécial.  Les dépenses budgétaires relativement excessives du Gouvernement sierra-léonais pourraient avoir des conséquences regrettables, a-t-il prévenu.  Dans un pays où l’immense majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour, des problèmes comme ceux posés par la hausse des prix des hydrocarbures ou du riz; l’incapacité du Gouvernement à verser les salaires de ses employés à temps; des programmes de travaux publics et d’équipement inachevés; l’insuffisance des pluies et le désespoir des jeunes, pourraient menacer les gains durement acquis depuis la fin du conflit qu’a connu la Sierra Leone, a prévenu M. von der Schulenburg.


Le Représentant spécial a également attiré l’attention du Conseil de sécurité sur deux questions déterminantes pour l’avenir du pays: l’exploitation des ressources naturelles et la tenue des élections prévues en 2012.  Il s’est dit encouragé par les récentes déclarations faites par le Président sierra-léonais, M. Ernest Bai Koroma, qui a assuré que l’exploitation des minerais et des ressources potentielles en hydrocarbures se ferait de manière transparente et profiterait à tous les Sierra-Léonais.  Le Gouvernement, s’est félicité M. von der Schulenburg, a ainsi renouvelé son engagement en faveur de la mise en œuvre complète de l’Initiative pour la transparence des activités menées par les industries extractives.  À cet égard, la Sierra Leone s’est lancée dans un programme conjoint, mené avec la Banque mondiale, et qui vise à optimiser les revenus tirés de l’exploitation de ses ressources nationales.  Parallèlement, le Gouvernement a conclu avec la Norvège et les États-Unis le lancement d’un programme global d’assistance technique visant à réformer et renforcer les structures de forage et d’exploitation d’hydrocarbures opérant en Sierra Leone.


Le Représentant spécial a cependant prévenu que la transformation possible de la Sierra Leone en pays exportateur de minerais et d’hydrocarbures mettrait à l’épreuve la cohésion sociale du pays, qui devra faire face à de nouvelles réalités.  Présent à l’occasion de cette séance de travail du Conseil de sécurité, le Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Sierra Leone, M. Joseph B. Dauda, a expliqué que des mesures avaient été prises pour améliorer la gouvernance du secteur minier et maximiser les profits issus de l’exploitation des ressources de la Sierra Leone.


S’il a également salué les progrès réalisés dans la préparation des élections de 2012, M. von der Schulenburg a cependant relevé plusieurs défis.  Tout d’abord, la nécessité de renforcer le degré d’engagement et d’interaction existant entre la Commission électorale nationale et les partis politiques.  Par ailleurs, la Commission d’enregistrement des partis politiques devrait jouer son rôle de médiateur entre les partis et faire appliquer le Code de conduite des partis politiques, a préconisé le Représentant spécial. 


Le Ministre des affaires étrangères de la Sierra Leone a assuré que la Commission électorale et la Commission d’enregistrement des partis politiques avaient toute latitude pour s’acquitter de leurs mandats respectifs sans la moindre interférence du Gouvernement.  Il a précisé que le Président Bai Koroma avait récemment tenu à inclure dans son cabinet des ministres issus d’un spectre politique le plus large possible, ceci dans un souci de promouvoir la cohésion et l’unité nationales.


Le Gouvernement sierra-léonais, a dit M. Dauda, reste pleinement engagé en faveur de l’Agenda pour le changement, qui est le document dans lequel est énoncée la vision commune promue avec les Nations Unies pour la Sierra Leone et dans lequel, comme priorités, sont mentionnés l’emploi des jeunes, la lutte contre la corruption, et celle contre le trafic de stupéfiants.  En dépit des progrès déjà enregistrés dans ces domaines, il reste encore beaucoup à faire, a cependant reconnu M. Dauda, qui a lancé un appel à la communauté internationale et aux partenaires de développement pour que la poursuite du processus de consolidation de la paix en Sierra Leone soit soutenue.  Il les a exhortés à honorer les promesses et les annonces de contributions faites lors de la dernière réunion, qui s’est tenue à Londres, du Groupe consultatif sur la Sierra Leone.


Dans son intervention, M. John McNee, Représentant permanent du Canada et Président de la formation « Sierra Leone » de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a pour sa part souligné que la transition en Sierra Leone devra suivre trois processus: la mise en œuvre du Plan d’action pour le changement, la tenue des élections en 2012, et le réalignement de l’aide internationale sur les priorités de développement de la Sierra Leone.  Il a ensuite salué les progrès « extraordinaires » réalisés par le Gouvernement et le peuple sierra-léonais depuis la fin du conflit, notamment en matière de bonne gouvernance, d’emploi des jeunes et de lutte contre le trafic de stupéfiants.  « Cependant, malgré les progrès accomplis, chacun de ces enjeux représente toujours un risque pour la stabilité du pays », a-t-il nuancé.  Notant que ces enjeux devront faire l’objet d’une vigilance concertée de la part du Gouvernement et de la communauté internationale, M. McNee a réitéré le besoin d’un soutien financier aux programmes mis en œuvre en Sierra Leone, qui soit continu, substantiel et prévisible.  « Le Plan d’action pour le changement ne dispose pas des fonds nécessaires à sa concrétisation », a-t-il ainsi relevé, tout en assurant que la Commission de consolidation de la paix continuerait, à cet égard, de solliciter les donateurs.


Concernant les élections de 2012, l’Ambassadeur McNee a estimé que leur réussite dépendrait de la volonté des partis qui comptent y participer d’en respecter les règles et les résultats.  « La CCP se concentrera sur la préparation du scrutin au cours de la prochaine année », a-t-il indiqué.  « Elle continuera en outre d’exercer un rôle important au cours des deux prochaines années, à mesure que les efforts déployés par la communauté internationale passeront de la consolidation de la paix au développement », a-t-il ajouté.  M. McNee a par ailleurs estimé que le développement économique durable de la Sierra Leone dépendra de la stabilité qui pourra être établie au niveau de la sous-région d’Afrique de l’Ouest, ainsi que de l’accès à l’aide qui est nécessaire pour surmonter les difficultés financières auxquelles fait face le pays.  Pour surmonter ces défis, il sera important d’offrir un soutien constant et continu aux autorités de la Sierra Leone et de nouer des partenariats solides avec les institutions internationales et les acteurs régionaux concernés, a préconisé M. McNee.


LA SITUATION EN SIERRA LEONE


Sixième rapport du Secrétaire général sur le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL) (S/2011/119)


Le présent rapport fait le bilan des progrès accomplis dans l’exécution du mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL) sur la période allant du 1er septembre 2010 au 28 février 2011.


Depuis le dernier rapport du Secrétaire général, en date du 17 septembre 2010, d’importants faits nouveaux ont eu lieu en Sierra Leone et en Guinée voisine, qui vont aider la Sierre Leone à continuer d’avancer dans la consolidation de la paix et à atteindre ses objectifs de développement.  Dans la perspective des élections présidentielle, parlementaires et locales de 2012, un accord a été trouvé entre les organes chargés d’organiser les élections, le Gouvernement sierra-léonais, les donateurs et les Nations Unies sur les arrangements de financement, et autres, des élections.  « Un grand pas en avant a été fait dans le renforcement de l’unité et de la cohésion nationales, lorsqu’Ernest Bai Koroma, Président de la République, a nommé de nouveaux ministres lors du dernier remaniement ministériel, ce qui a eu pour effet d’accroître la représentativité de son gouvernement », indique dans ce rapport le Secrétaire général.  Ledit gouvernement, soucieux de répondre aux préoccupations suscitées par la conclusion récente de contrats d’extraction minière, a pris des mesures afin d’améliorer la gouvernance du secteur et réaffirmé sa volonté de favoriser une plus grande transparence.  Le programme de soins de santé gratuits lancé par le Président Koroma en avril 2010 commence à produire des résultats encourageants, notamment une réduction de la mortalité maternelle et postinfantile, note également M. Ban Ki-moon.


Le Secrétaire général constate avec satisfaction que, malgré la persistance de certains problèmes, dans l’ensemble, les progrès accomplis en Sierra Leone pourraient aider le BINUCSIL à établir sa stratégie de fin de mandat.  L’Agenda pour le changement, qui est le document de stratégie nationale de développement adopté par le Gouvernement de la Sierra Leone, recense trois domaines comme présentant des risques, à savoir: le chômage des jeunes, la corruption et la drogue.  Le chômage des jeunes est un problème tenace qui exigera un engagement plus ferme de la part du Gouvernement et un appui plus vigoureux de la part de ses partenaires internationaux.  Les activités entreprises par la Commission anticorruption sont les bienvenues et ont aidé à renforcer la bonne gouvernance, à renforcer la confiance entre les principaux acteurs nationaux, et à améliorer la réputation et l’image de marque du pays à l’étranger, estime Ban Ki-moon.  Invitant le Gouvernement à continuer à lutter contre la corruption, le Secrétaire général engage les partenaires internationaux de la Sierra Leone à continuer à fournir un appui crucial à la Commission anticorruption.  En ce qui concerne la drogue, la création du Groupe contre la criminalité organisée transnationale, qui bénéficie de solides appuis internationaux, a aidé à endiguer le flux de drogues pénétrant sur le territoire de la Sierra Leone depuis la saisie de 700 kilogrammes de cocaïne à l’aéroport international de Lungi en juillet 2008.


Le Secrétaire général salue la volonté du Gouvernement de voir appliquer la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité et accueille favorablement les mesures prises pour parvenir à la parité des sexes en matière de gouvernance.  « Bien évidemment, il reste encore beaucoup à faire », souligne-t-il.  Les mesures prises pour garantir une plus grande participation des femmes à la vie politique, notamment avec la création de l’Association des sections féminines de tous les partis politiques et l’obtention d’un consensus entre les principaux partis politiques, sont très encourageantes, se félicite M. Ban.  Il prend également note des mesures prises par le BINUCSIL et l’équipe de pays des Nations Unies pour aider à mettre fin à la violence contre les femmes et réduire les pratiques préjudiciables aux femmes et aux filles en Sierra Leone, notamment les mutilations sexuelles féminines, dans le cadre d’un dialogue avec le Gouvernement, les initiatrices traditionnelles et les victimes de ces pratiques.


Le Secrétaire général salue les efforts faits par le Président Koroma pour mieux ancrer la cohésion et l’unité nationales dans le cadre d’un cabinet dans lequel toutes les composantes du pays sont représentées.  L’élection partielle organisée dans le district de Kono, le 5 décembre 2010, a permis de voir comment se comportaient les institutions démocratiques du pays avant les élections de 2012.  La façon dont les institutions nationales se sont acquittées de leurs fonctions, qu’il s’agisse du maintien de l’ordre, de la crédibilité des élections et de la mise sur pied de mécanismes de médiation et de dialogue, montre qu’elles ont continué à gagner en expérience, relève M. Ban, qui engage le Gouvernement et ses partenaires internationaux à continuer à renforcer ces institutions et en particulier à trouver une solution aux problèmes de transport que rencontre la police.


Tous les progrès accomplis seront remis en question par les problèmes que posera l’organisation d’élections pacifiques, libres et régulières en 2012.  Le succès du scrutin repose sur l’octroi de chances égales à tous, à savoir à « tous les candidats, qui sont libres de faire valoir leur programme politique dans toutes les régions », dans « un processus électoral crédible, et dont les participants acceptent les résultats sortis des urnes ».  Le Secrétaire général engage donc tous les partis politiques à continuer d’adhérer au communiqué commun du 2 avril 2009 et au Code de conduite des partis politiques, et à respecter le rôle et les responsabilités des institutions démocratiques en ce qui concerne le déroulement des élections.  Il invite également le Gouvernement à nommer le président et les membres de la Commission d’enregistrement des partis politiques.  Saluant l’action de la Commission de la consolidation de la paix et de la présidence de la formation Sierra Leone, Ban Ki-moon assure que l’action de la Commission dans les 18 mois à venir sera cruciale pour aider la Sierra Leone à organiser des élections crédibles.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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