Le Conseil de sécurité reconnaît la nécessité de tenir compte des dimensions socioéconomiques des conflits pour faciliter la transition vers la paix

11 février 2011
CS/10172

Le Conseil de sécurité reconnaît la nécessité de tenir compte des dimensions socioéconomiques des conflits pour faciliter la transition vers la paix

11/02/2011
Conseil de sécurité
CS/10172
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6479e séance – matin & après-midi

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RECONNAÎT LA NÉCESSITÉ DE TENIR COMPTE DES DIMENSIONS

SOCIOÉCONOMIQUES DES CONFLITS POUR FACILITER LA TRANSITION VERS LA PAIX

Ban Ki-moon appelle à la mise en œuvre de moyens innovants

pour affermir les institutions nationales des pays les plus fragiles

Le Conseil de sécurité a souligné, aujourd’hui, que sécurité et développement étaient étroitement liés et interdépendants et qu’ils constituaient des conditions essentielles pour instaurer une paix durable. 

Lors d’un débat, marqué par la participation d’une soixantaine de délégations dont neuf au niveau ministériel, les membres du Conseil de sécurité ont ainsi reconnu que, pour aider un pays à retrouver la paix, il est nécessaire de prendre en considération les dimensions économique, politique et sociale des conflits.

Dans une déclaration lue par le Ministre brésilien des affaires étrangères, M. Antonio de Aguiar Patriota, qui présidait la séance, le Conseil affirme également que la prise en main de leurs intérêts et l’exercice de leurs responsabilités par les États est une condition essentielle de l’instauration d’une paix durable. 

Avant la lecture de ce document, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, avait souligné la nécessité, « pour faciliter l’appropriation des programmes de développement par les pays les plus fragiles », de renforcer la cohérence du fonctionnement des institutions multilatérales pertinentes et la mise en œuvre de moyens innovants pour construire et affermir les institutions nationales de ces pays.

La Directrice pour le Rapport 2011 de la Banque mondiale sur le développement dans le monde, Mme Sarah Cliffe, a appuyé ces propos en soulignant que le renforcement des institutions était élémentaire pour éviter le retour de la violence et de l’instabilité.  « Il y a urgence à relever les défis évoqués afin d’empêcher des nouveaux cycles de violence et l’affaiblissement des institutions, qui privent les pays touchés d’une croissance de leur PIB pendant 30 ans et entravent la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) », a-t-elle ainsi relevé.  Un milliard et demi de personnes vivent dans des régions où il n’est pas possible de mener une vie normale ou d’envoyer les enfants en toute sécurité à l’école, a-t-elle déploré. 

Mme Cliffe a par ailleurs noté que les processus de changement les plus efficaces sur la durée avaient contribué à améliorer l’accès à la justice et la conduite de réformes politiques et économiques profondes.  « Un tel effort prend du temps, en moyenne 20 à 30 ans », a-t-elle fait observer.  Elle a également insisté sur l’importance de restaurer la confiance entre les dirigeants et les citoyens en créant une base nationale inclusive donnant à tous les acteurs la possibilité de participer au développement et à la sécurité de leur pays. 

Les délégations, parmi lesquelles celle de la France, ont plaidé pour que les opérations de maintien de la paix soient engagées dans des activités liant sécurité et développement. 

« Les mandats des opérations de maintien de la paix doivent prévoir, dès les phases de leur préparation par le Conseil de sécurité, des activités liant sécurité et développement », a ainsi demandé l’Ambassadeur Gérard Araud.  Celui-ci a estimé que le désarmement et la réintégration, par exemple, ne peuvent être efficaces que s’ils contribuent à l’amélioration des conditions de vie des populations. 

En écho à ces propos, la déclaration présidentielle du Conseil souligne qu’il importe de définir clairement les rôles et responsabilités respectifs des opérations de maintien de la paix, des équipes de pays de l’ONU et des autres acteurs, « condition d’un soutien rationnellement intégré qui réponde aux priorités et aux besoins de consolidation de la paix de chaque pays, tels qu’ils ont été définis par les autorités nationales ».  À cette aune, le Conseil, répondant au souhait du Brésil, qui assure sa présidence pendant le mois de février,s’engage à examiner comment les opérations peuvent aider au mieux les autorités nationales à définir lesdites priorités.

Les délégations se sont ralliées au Secrétaire général de l’ONU, qui a affirmé que le développement doit être inclusif.  Elles ont ainsi rendu hommage aux travaux de la Commission de consolidation de la paix (CCP), représentée lors du débat par son Président, M. Eugène-Richard Gasana (Rwanda), en mettant en exergue son rôle de promoteur en faveur de l’intégration des femmes et des jeunes dans les processus de paix et de développement des sociétés.  M. Ban n’a pas manqué de saluer le fait que la CCP « rapproche efficacement divers acteurs –la société civile, l’ECOSOC, les contributeurs de troupes, les donateurs, la Banque mondiale et le FMI »- autour de stratégies communes de développement.

Le Secrétaire général de l’ONU a également considéré qu’il ne sera pas possible de réaliser la sécurité internationale sans une gestion efficace des risques associés aux changements climatiques, dont « les effets ont un impact nocif croissant sur le développement », et sans une réduction de la violence criminelle, alimentée par la prolifération des armes légères et de petit calibre (ALPC).  C’est pourquoi, il a demandé au Conseil de sécurité d’intensifier sa collaboration avec l’Assemblée générale dans le domaine du désarmement de ces arsenaux. 

Le représentant de la France s’est cependant dit préoccupé par « les effets déstabilisateurs de l’insécurité alimentaire », annonçant que la lutte contre ce phénomène serait une priorité de la France dans le cadre de sa présidence du G-20. 

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Relations d’interdépendance entre sécurité et développement

Lettre datée du 2 février 2011 adressée au Secrétaire général par la Représentante permanente du Brésil auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2011/50)

Dans ce document adressé au Secrétaire général, la Présidente du Conseil de sécurité pour le mois de février, l’Ambassadeur Maria Luiza Ribeiro Viotti, du Brésil, souligne que l’expérience de l’ONU dans des situations de conflit a montré qu’une paix durable exige une approche globale de la sécurité, associant une analyse des causes profondes de la violence ainsi que de la situation sociale et économique sur le terrain.  Elle estime qu’il est temps que les membres du Conseil de sécurité déterminent si cette question relève de la compétence du Conseil et comment les opérations de maintien de la paix doivent être engagées dans des activités liant sécurité et développement. 

Notant la relation complexe entre la sécurité et le développement, Mme Ribeiro Viotti indique également, sur la base des constatations faites dans plusieurs déclarations présidentielles, que la stabilité doit être considérée comme un moyen de renforcer le développement social et économique.  « La consolidation de la paix s’est imposée comme le principal instrument permettant de contribuer à rapprocher le maintien de la sécurité et l’aide au développement », relève-t-elle encore, regrettant toutefois qu’une stratégie d’ensemble des Nations Unies fasse toujours défaut. 

Elle préconise, dans ce contexte, que le Conseil de sécurité veille à ce que les activités initiales de consolidation de la paix soient mises en œuvre par des opérations de maintien la paix ou avec leur appui.  Pour Mme Ribeiro Viotti, les questions de développement relèvent bien de la compétence du Conseil lorsqu’il doit s’acquitter de sa responsabilité première de maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Elle rappelle cependant que le Conseil de sécurité ne devrait pas pour autant se charger des tâches incombant à l’Assemblée générale et au Conseil économique et social, ou empiéter sur celles de la Commission de consolidation de la paix.  « Le Conseil de sécurité doit donc tenir compte des questions sociales et de développement dans ses délibérations, afin de garantir une transition plus efficace vers la paix », considère-t-elle.

Déclaration présidentielle

Le Conseil de sécurité réaffirme la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales que lui confère la Charte des Nations Unies et sa volonté de travailler à l’instauration d’une paix durable dans la recherche d’une issue à toutes les situations qui sont inscrites à son programme de travail.

Le Conseil souligne que sécurité et développement sont étroitement liés et interdépendants et sont des conditions essentielles d’une paix durable.  Il a conscience que les corrélations qui existent entre eux sont multiples et complexes et varient selon les cas.

Le Conseil réaffirme que, pour aider un pays au sortir d’un conflit à retrouver durablement la paix, il faut adopter une démarche globale et intégrée, qui exploite et renforce la confluence des actions d’ordre politique et de celles portant sur la sécurité, le développement, les droits de l’homme et l’instauration de l’état de droit et vise les causes profondes du conflit.  Il affirme à cet égard qu’il est nécessaire de prendre en considération les dimensions économique, politique et sociale des conflits.

Le Conseil affirme que la prise en main de leurs intérêts et l’exercice de leurs responsabilités par les États est une condition essentielle de l’instauration d’une paix durable.  Il réaffirme que, lorsqu’un pays émerge d’un conflit, c’est avant tout aux autorités nationales qu’il incombe de définir les priorités et la stratégie de consolidation de la paix dans une perspective de prise en main du sort du pays.

Le Conseil souligne à nouveau qu’il importe de prévoir et de lancer des activités de consolidation de la paix dès les premiers stades de la planification et de l’exécution des opérations de maintien de la paix, ce qui implique notamment que celles-ci doivent avoir un mandat clairement défini et réalisable.  Il souligne l’importance d’une définition claire des rôles et des responsabilités respectifs des opérations de maintien de la paix, des équipes de pays des Nations Unies et des autres acteurs, condition d’un soutien rationnellement intégré qui réponde aux priorités et aux besoins de consolidation de la paix de chaque pays tels qu’ils ont été définis par les autorités nationales.  Il recommande de prêter une attention particulière au renforcement de l’intégration de l’action des Nations Unies lorsqu’une mission de maintien de la paix se déroule en même temps que des activités de consolidation de la paix entreprises par d’autres acteurs des Nations Unies, comme c’est le cas en République démocratique du Congo et au Soudan.

Le Conseil note que, pour mener à bien les multiples activités que peut prévoir le mandat d’une opération de maintien de la paix, qu’il s’agisse de la réforme du dispositif de sécurité, du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration, de l’instauration de l’état de droit ou de la défense des droits de l’homme, il est indispensable d’adopter une perspective tenant compte de l’étroite corrélation qui existe entre sécurité et développement.  Il apprécie à cet égard les mesures de consolidation de la paix prises à un stade précoce des missions de maintien de la paix, qui consistent notamment à créer des conditions favorables au relèvement de l’économie et à fournir des services essentiels.  Il considère que de telles mesures sont de nature à inspirer une confiance croissante dans les missions.

Le Conseil s’engage à examiner comment les opérations de maintien de la paix peuvent, dans les cas appropriés, aider au mieux les autorités nationales à définir leurs priorités de consolidation de la paix et, en respectant ces priorités, aider les autres acteurs nationaux et internationaux à exécuter des activités de consolidation de la paix et à entreprendre eux-mêmes certaines tâches qui contribuent à la consolidation de la paix.  Il souligne que la reconstruction, le relèvement économique et le renforcement des capacités sont des conditions essentielles du développement à long terme des pays en situation postconflictuelle, et d’une paix durable; il considère qu’il importe particulièrement que les pays prennent leur sort en main, tout en soulignant le rôle notable de l’assistance internationale.

Le Conseil note que, pour le règlement des questions touchant le maintien de la paix et de la sécurité internationales qui sont soumises à son examen, il importe d’analyser les conflits et de prendre en considération des informations sur leur contexte, notamment les problèmes sociaux et économiques, lorsque de tels problèmes sont source de conflits, risquent de compromettre l’exécution des décisions du Conseil ou mettent en péril le processus de consolidation de la paix.  Il prie donc le Secrétaire général de veiller à ce que les rapports qu’il lui présente contiennent de telles informations contextuelles.

Le Conseil souligne l’importance qu’il attache à la durabilité de la paix dans les situations postconflictuelles.  Il réaffirme à cet égard que l’objectif ultime d’une mission de maintien de la paix doit être de créer sur le terrain les conditions nécessaires à la sécurité et à l’instauration d’une paix durable, conditions qui permettent la reconfiguration ou le retrait de la mission.

Le Conseil rappelle que l’exploitation illicite des ressources naturelles a contribué et contribue encore à entretenir des conflits.  Il considère qu’à cet égard les Nations Unies peuvent jouer un rôle en aidant comme il convient les États concernés, à leur demande et en respectant rigoureusement leur souveraineté sur leurs ressources naturelles et leur souci de prendre leurs intérêts en main, à empêcher l’accès illicite aux ressources et à jeter les bases de leur exploitation licite en vue de favoriser le développement, cette aide pouvant consister en particulier à donner les moyens aux pays en situation postconflictuelle de mieux gérer leurs ressources. 

Le Conseil, afin d’être mieux à même de jouer son rôle face aux conflits et aux situations postconflictuelles dans l’exercice des responsabilités que lui confère la Charte des Nations Unies, encourage les organismes des Nations Unies à coopérer étroitement entre eux et avec les organisations régionales et sous-régionales et d’autres organisations, tant au Siège que sur le terrain, et il se dit disposé à examiner les moyens d’améliorer cette coopération.

Le Conseil souligne que l’action intégrée menée sur le terrain en matière de sécurité et de développement doit être coordonnée avec les activités du gouvernement du pays et que cette action peut contribuer dans une mesure importante à la stabilisation et à l’amélioration de la situation sur le plan de la sécurité et à la protection des civils.  Il note l’importance que revêt, à cet égard, la coopération avec la société civile.  Il affirme qu’il ne saurait y avoir de paix et de développement durables sans la participation de toutes les parties prenantes et souligne qu’il faut que les femmes participent activement à tous les stades de la consolidation de la paix, de la conclusion des accords de paix et des programmes de développement.  Il se dit prêt à engager au besoin un dialogue avec d’autres acteurs, dont les organismes, fonds et programmes des Nations Unies et les institutions financières internationales, au sujet de telle ou telle situation inscrite à son programme de travail. 

Le Conseil encourage les États Membres, en particulier ceux qui sont représentés dans les organes directeurs des organismes, fonds et programmes des Nations Unies, à promouvoir la cohérence de l’action menée par les Nations Unies dans les situations conflictuelles et postconflictuelles.

Le Conseil réaffirme son soutien aux travaux de la Commission de consolidation de la paix et se dit de nouveau prêt à mettre la Commission davantage à contribution dans son rôle consultatif.  Il a conscience de la nécessité d’une bonne coordination avec la Commission et d’un dialogue avec elle.  Il engage la Commission à continuer de promouvoir une conception intégrée et cohérente de la consolidation de la paix et à veiller à ce que les activités que les Nations Unies soutiennent en matière de développement et de sécurité se renforcent mutuellement.

Le Conseil insiste sur la contribution que le Conseil économique et social peut apporter en traitant de questions économiques, sociales, culturelles et humanitaires, et il souligne l’importance d’une étroite coopération, conforme à l’Article 65 de la Charte des Nations Unies.

Déclarations

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a souligné que les récents événements dans le monde avaient souligné la nécessité d’ancrer la stabilité politique dans la paix et un cadre de vie décent.  « La paix, la sécurité et le développement sont interdépendants », a-t-il dit, indiquant que neuf des 10 pays ayant l’indice de développement humain le plus faible avaient été confrontés à un conflit au cours des 20 dernières années. 

« Si le manque de développement peut alimenter les flammes du conflit, les progrès économiques et sociaux  peuvent aider à prévenir ce dernier et assurer la paix », a encore avancé le Secrétaire général.  Un développement élargi doit, a-t-il estimé, contribuer à appréhender les causes des conflits, tout en garantissant un partage équitable des ressources, un meilleur accès aux terres cultivables, et en renforçant la gouvernance et l’accès à la justice pour tous.  « Avant tout, le développement doit être inclusif », a insisté M. Ban.  Il a ainsi fait référence à l’intégration des femmes dans les processus de paix et à la participation active des jeunes qui, a-t-il rappelé, possèdent un potentiel immense de contribution à l’essor des sociétés. 

Le Secrétaire général a ensuite rendu hommage aux travaux de la Commission de consolidation de la paix (CCP), laquelle « rapproche efficacement divers acteurs –la société civile, l’ECOSOC, les contributeurs de troupes, les donateurs, la Banque mondiale et le FMI »- autour d’approches communes de développement.  Évoquant la voie à suivre pour, notamment, faciliter l’appropriation des programmes de développement par les pays hôtes, M. Ban a appelé à renforcer la cohérence du fonctionnement des institutions multilatérales pertinentes et à la mise en œuvre de moyens innovants pour construire et affermir les institutions nationales des pays les plus fragiles. 

« Comme l’a souligné le débat du mois dernier du Conseil sur la construction des institutions, des institutions et une appropriation nationales fortes sont déterminantes pour garantir une paix durable ».  Le Secrétaire général a également considéré qu’il ne sera pas possible de réaliser la sécurité internationale sans une gestion efficace des risques associés aux changements climatiques, dont « les effets ont un impact nocif croissant sur le développement », et sans une réduction significative de la violence criminelle, « qu’alimente la prolifération des armes légères et de petit calibre et leurs munitions ».  Sur ce dernier point, il a estimé que le Conseil de sécurité doit envisager de renforcer sa collaboration avec l’Assemblée générale pour améliorer sa stratégie de désarmement des armes classiques. 

M. EUGÈNE-RICHARD GASANA (Rwanda), Président de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a estimé que les actions et les mesures conçues pour orienter l’engagement des Nations Unies en matière de sécurité et de développement avec les pays émergeant d’un conflit devraient être conçues et mises en place suffisamment tôt après la cessation des hostilités, avec la pleine participation des parties prenantes nationales.  Il a également noté que le Conseil de sécurité jouait un rôle important pour faciliter un engagement rapide visant à renforcer la sécurité et le développement dans les diverses activités postconflit, surtout grâce à des mandats multidimensionnels des missions de maintien de la paix.  Il a ainsi mis l’accent sur la nécessité de favoriser une cohérence et une intégration des efforts entre les missions, les équipes de pays des Nations Unies et d’autres acteurs de développement, y compris la Banque mondiale.

M. Gasana a de même constaté que la présentation du prochain rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde témoignait du fait que la Banque mondiale était en constante évolution et apparaissait comme un partenaire incontournable des Nations Unies dans notre quête commune vers une paix durable dans le monde.  Il a affirmé à cet égard que la CCP constituait une instance politique souple et inclusive de nature à renforcer ce partenariat avec la Banque mondiale, ainsi qu’avec les autres acteurs du développement sur le terrain.  Dans ses différentes formations pays, la CCP a d’ailleurs fait de ce partenariat une priorité essentielle.

Lorsque le Conseil de sécurité examine le mandat, la structure et la configuration des missions de maintien de la paix, il peut s’appuyer sur les avis de la Commission de consolidation de la paix afin d’optimiser la contribution de ces missions à la reconstruction et au développement, souligné M. Gasana.  Selon le Président de la Commission, le Conseil devra bénéficier d’une appréciation rapide et continue de la situation sécuritaire sur le terrain, ainsi que des facteurs d’une consolidation effective de la paix. 

La Commission de consolidation de paix, a-t-il dit, est la mieux placée à mener une analyse holistique approfondie des causes et des facteurs de conflits afin de permettre au Conseil d’adapter constamment sa stratégie, de concevoir des critères réalistes pour mesurer et surveiller les progrès vers la consolidation de la paix et ainsi atténuer les risques de rechute vers le conflit.  Cette analyse aidera également le Conseil à élaborer une stratégie réaliste de sortie, que ce soit de la mission de maintien de la paix ou celle de la consolidation de la paix.

Mme SARAH CLIFFE, Représentante spéciale et Directrice pour le Rapport 2011 de la Banque mondiale sur le développement dans le monde, a salué la contribution de l’Assemblée générale, du Conseil économique et social (ECOSOC), de la Commission de consolidation de la paix (CCP) et des fonds et programmes de l’ONU à la préparation de ce document.  « Son message est clair: le renforcement des institutions est élémentaire pour éviter le retour de la violence et de l’instabilité », a-t-elle affirmé.  Mme Cliffe a tout d’abord fait observer que le Rapport de la Banque mondiale indique un succès global en ce qui concerne la réduction des violences dans le monde.  « Mais c’est bien la persistance des guerres civiles et l’éclatement des crises politiques qui représentent aujourd’hui les obstacles les plus sérieux sur la voie du développement », a précisé Mme Cliffe.  Elle a expliqué qu’un milliard et demi de personnes vivent dans des régions où il n’est pas possible de mener une vie normale ou d’envoyer les enfants en toute sécurité à l’école.  « Ces situations sapent en outre les résultats des processus de paix dans les pays sortant d’un conflit et accentuent la faiblesse des institutions », a-t-elle expliqué, soulignant les risques élevés que fait naître la combinaison des faiblesses institutionnelles et des hauts niveaux de tensions internes et externes.  Elle a assuré que si les causes sous-jacentes aux crises sont liées aux contextes historiques et sociaux des pays concernés, « la faiblesse institutionnelle est un facteur commun limitant partout les perspectives d’émancipation, d’emploi et de participation à la vie publique des citoyens ». 

Mme Cliffe a ensuite noté que les processus de changements les plus efficaces sur la durée, qui sont présentés dans le Rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde, avaient contribué à améliorer l’accès à la justice et la conduite « énergique et courageuse » des réformes politiques et économiques.  « Un tel effort prend du temps, en moyenne 20 et 30 ans », a-t-elle fait observer, insistant sur l’importance de restaurer la confiance entre les dirigeants et les citoyens en créant une base nationale inclusive donnant à tous les acteurs la possibilité de contribuer au développement à la sécurité de leur pays.  La Représentante spéciale de la Banque mondiale a par ailleurs mis en garde contre la tentation d’importer des modèles de changement préétablis, car « ce qui marche quelque part à un moment donné ne fonctionnera pas automatiquement ailleurs ».  Elle a estimé que si le lien entre sécurité et développement est complexe, « il est cependant remarquable que la solution passe nécessairement par le renforcement de l’accès à la justice et à l’emploi décent », soit « les meilleurs moyens pour réduire les risques d’éclatement ou de reprise de la violence ».  Elle a ainsi préconisé de concentrer davantage l’aide internationale sur ces domaines clefs.  « L’aide doit être fournie en amont des crises et non pas au lendemain des guerres civiles et c’est pourquoi, il est important de privilégier, comme l’a recommandé le Secrétaire général dans sa déclaration, une approche cohérente à l’intérieur de tout le système multilatéral », a-t-elle souligné.  Mme Cliffe a également suggéré qu’au niveau régional, l’appui de la communauté internationale aux pays et zones fragiles soit axé sur le renforcement des capacités des institutions régionales « pour faciliter les programmes de développement frontaliers et lutter contre tous les flux illicites par le biais de procédures robustes ».  « Il y a urgence à relever les défis évoqués afin d’empêcher des nouveaux cycles de violence et l’affaiblissement des institutions, qui coûtent 30 années de PNB de croissance en moyenne aux pays touchés et entravent considérablement la réalisation des OMD », a-t-elle dit avant de conclure.

M. GUIDO WESTERWELLE, Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a estimé en premier lieu que la situation au sud de la Méditerranée convenait parfaitement au sujet de la discussion d’aujourd’hui.  L’Égypte est un grand pays, a-t-il dit.  Le peuple égyptien mérite de bénéficier de la transformation pacifique de sa société et il appartient aux Égyptiens de déterminer qui dirigera leur pays, a-t-il fait observer.  Les personnes qui manifestent dans les rues du Caire ne demandent pas la liberté ou des emplois, mais les deux en même temps, a-t-il estimé.  Les deux sont liés, a-t-il dit, ajoutant que la répression de la participation politique, la répression des droits de l’homme et de la liberté économique conduiront à l’instabilité.  Ce que peut proposer la communauté internationale, c’est d’apporter son soutien à la transition démocratique, a-t-il poursuivi, en précisant que l’Europe avait offert un partenariat pour la transformation.

Le Ministre allemand des affaires étrangères a également évoqué plusieurs situations illustrant les liens entre paix et sécurité, développement et droits de l’homme, comme celles prévalant en Afghanistan, en République démocratique du Congo (RDC) ou au Soudan.  L’Allemagne, a-t-il dit, encourage le Conseil de sécurité à s’attaquer à la question de la consolidation de la paix le plus tôt possible.  L’idée de consolidation de la paix doit guider ses travaux lorsqu’il s’agit d’établir le mandat d’une opération de maintien de la paix, son extension ou sa réduction.  À cet égard, la Commission de consolidation de la paix peut être d’un conseil avisé.  M. Westerwelle a par ailleurs mis l’accent sur la nécessité d’autonomiser les acteurs du secteur privé afin qu’ils puissent être en mesure de créer des opportunités en vue d’offrir un avenir meilleur.

Mme MARIA ANGELA HOLGUÍN CUELLAR, Ministre des affaires étrangères de la Colombie, a estimé qu’en formulant ses mandats, le Conseil de sécurité devrait mettre l’accent sur le renforcement des activités et des structures de coordination ayant un impact important sur le développement des capacités nationales.  Ce type d’activités n’est pas nouveau dans le contexte des opérations de maintien de la paix, a-t-elle dit.  Celles qui visent à renforcer les institutions de sécurité, le système judiciaire, l’état de droit, l’institutionnalisation de la protection des civils, et celles qui sont entreprises en matière de désarmement, de démobilisation et de réintégration représentent déjà une contribution substantielle aux bases du développement. 

Une coordination des activités orientées vers le développement par des institutions des Nations Unies avec une présence sur le terrain est essentielle, a ajouté Mme Cuellar.  Le Conseil pourrait ainsi, selon elle, ajuster les mandats des opérations de maintien de la paix afin de prendre en compte ces questions et éviter une dispersion des efforts entrepris en faveur du développement à long terme des pays.  Le Président du Conseil de sécurité pourrait établir à cet égard un dialogue stratégique avec la Commission de consolidation de la paix (CCP) et, à travers elle, avec la Banque mondiale et d’autres acteurs, sur des questions liées aux situations spécifiques de préoccupation.  De même, le Conseil, dans ses activités de maintien de la paix, pourrait bénéficier de la pratique du Conseil économique et social (ECOSOC), de l’Assemblée générale, ainsi que des leçons tirées du travail de la CCP.

M. SVEN ALKALAJ, Ministre des affaires étrangères de la Bosnie-Herzégovine, a jugé important d’avoir une bonne compréhension des mécanismes qui régissent le nœud sécurité-développement.  Ce nœud appelle aussi à une réévaluation des frontières entre ces deux questions.  Au cœur de la problématique se trouve la capacité de contribuer sur le terrain à la prévention des conflits et à la création d’un environnement favorable à une paix durable.  Touchant ainsi au fondement même de la consolidation de la paix, le Ministre a fait part de son sentiment que pour traiter du lien sécurité-développement, il faut se concentrer sur le renforcement des institutions nécessaires.  Il a aussi souligné l’importance de ressources et de l’aide.  A cet égard, il a jugé essentielle une meilleure coopération entre les donateurs et les institutions financières internationales. 

Résumant sa pensée, le Ministre a souligné l’importance d’une approche intégrée, globale et coordonnée qui inclut la bonne gouvernance, l’état de droit, le respect des droits de l’homme, le renforcement des institutions, la réforme du secteur de la sécurité, la reconstruction économique et le développement, et ce, pour une paix durable et irréversible. 

M. LUIS AMADO, Ministre des affaires étrangères du Portugal, a cité l’exemple de la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT) pour illustrer le fait qu’une opération qui lie sans équivoque sécurité et développement garantit aussi le succès des efforts déployés au niveau des institutions et des individus.  Rappelant le Partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Union africaine, scellé à Lisbonne en 2007, il a estimé que cette convergence entre volonté politique et mise à disposition des ressources est cruciale pour répondre aux besoins des États fragiles, pas seulement en Afrique mais aussi dans d’autres continents.

Le Ministre s’est attardé sur la Stratégie nationale pour la sécurité et le développement qui met l’accent sur deux éléments répondant au mieux à l’interface entre sécurité et développement.  Il a cité la promotion du rôle de la femme, en tant qu’agent du développement, dans la prévention et le règlement des conflits; et la promotion de l’emploi des jeunes.  

M. S. M. KRISHNA, Ministre des affaires étrangères de l’Inde, a estimé que la mise en œuvre d’un accord de paix doit toujours s’accompagner d’une aide humanitaire mais aussi de la relance économique et de la création d’institutions politiques et administratives susceptibles d’améliorer la gouvernance et de faire participer toutes les parties prenantes, en particulier les plus faibles et les plus marginalisés.  Relevant que le budget des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, estimé à 8 milliards de dollars par an, est supérieur aux budgets combinés du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Ministre a jugé évident qu’il est temps d’augmenter les ressources du développement si l’on veut qu’il atténue les problèmes de sécurité. 

Le Ministre a tout de même insisté sur le fait que la communauté internationale peut encourager, motiver et faciliter mais qu’elle ne peut en aucun cas imposer des solutions.  La tentation de créer une nouvelle orthodoxie consistant à être condescendant plutôt qu’à l’écoute, doit à tout prix disparaître.  Le Ministre a indiqué que dans le cadre de l’IBSA – Inde, Brésil et Afrique du Sud-, son pays travaille avec l’Union africaine et d’autres groupements du continent pour promouvoir une perspective sud-sud du développement et de la sécurité.  La structure internationale actuelle du maintien et de la consolidation de la paix doit être réformée.  Les détenteurs du pouvoir et de la capacité de résoudre les problèmes sont bien plus nombreux qu’il y a 60 ans, a fait observer le Ministre.

M. PAUL BUNDUKU-LATHA, Ministre délégué auprès du Ministre des affaires étrangères, de la coopération internationale et de la Francophonie du Gabon, a souligné que le projet de société de son Président axé sur le triptyque « Paix, développement, partage » demeure la parfaite illustration du lien indissociable entre sécurité et développement.  L’actualité internationale récente, a-t-il indiqué, révèle avec force à quel point la précarité peut engendrer des revendications porteuses de mutations sociales et politiques profondes.  On a vu ainsi, s’est-il expliqué, des émeutes de la faim dégénérer en révolte populaire aux effets déstabilisants pour la paix et la sécurité. 

La bonne gouvernance, la justice sociale, l’état de droit, le respect de la légalité républicaine et des droits de l’homme, la liberté d’expression, la démocratie pluraliste et l’acceptation des résultats électoraux issus de scrutins libres et transparents constituent assurément des facteurs indispensables à la stabilité des États et à la dynamique du développement, a ajouté le Ministre.  Il a aussi souligné l’importance d’une meilleure coordination entre tous les organes du système des Nations Unies.  

M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a rappelé que la plupart des conflits contemporains trouvaient leur source dans des différends liés au développement économique, notamment à cause du contrôle des ressources naturelles, d’un accès disproportionné à la richesse et au pouvoir, du népotisme, de la corruption ou de la faible participation de la population au processus démocratique.  Il a rappelé que les pays en situation de postconflit ne disposent pas des moyens nécessaires pour réaliser les objectifs de développement.  Il a souligné l’importance de la création de la Commission de consolidation de la paix (CCP) en 2005 qui, a-t-il dit, met l’accent sur l’interdépendance entre sécurité et développement.  Il a exhorté le Conseil à s’appuyer sur l’expérience de la Commission pour toutes les questions économiques et sociales.  Il a également souligné l’importance du rôle des organisations régionales et sous-régionales pour traiter des relations d’interdépendance entre sécurité et développement en mettant l’accent sur l’importance du NEPAD et du nouveau  programme de l’Union africaine pour la reconstruction et développement après un conflit.  La création de communautés économiques régionales (RECs) au niveau sous-régional et le développement de mécanismes de résolution de conflits au sein de ces structures est une étape cruciale vers la paix durable par le biais du développement économique durable, a estimé le représentant.  Il a précisé que l’Afrique du Sud, par le biais de la coopération Sud-Sud et du Dispositif IBAS pour l’atténuation de la pauvreté et la lutte contre la faim (Inde-Brésil-Afrique du Sud) jouait un rôle important pour le développement à travers des projets menés en Haïti, Burundi, Palestine, Guinée Bissau et Sierra Leone.       

M. LI BAODONG (Chine) a assuré, à son tour, que la sécurité et le développement sont étroitement liés, « la première étant une condition préalable à la réalisation du second ».  Le maintien de la paix, la sécurité et l’aide au développement sont des domaines définis par la Charte des Nations Unies et, par conséquent, relèvent de la compétence du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.  Le représentant a souhaité que le Conseil s’attache plus activement à éliminer les sources de conflit, « la pauvreté et le sous-développement, qui contribuent à alimenter le terrorisme ».  Il a en outre préconisé d’alléger la dette des pays en développement pour les aider à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) aussi vite que possible, le Conseil de sécurité et les Nations Unies devant promouvoir à cette fin une véritable culture de la paix.  En effet, a-t-il dit, les États doivent éviter à tout prix de menacer d’utiliser ou de recourir à la force, car cela tue, même avant de les lancer, les processus de réconciliation nationale nécessaires à la restauration de la confiance.  Le représentant de la Chine a par ailleurs souligné la nécessité que l’ONU, le Conseil de sécurité et les institutions financières internationales, axent plus particulièrement leur action sur le renforcement du lien entre sécurité et développement en Afrique, « où l’essor économique, plus qu’ailleurs, ne peut aller sans stabilité politique durable ».  « Cela suppose un appui plus dynamique de notre part aux activités de l’Union africaine », a-t-il conclu. 

Mme JOY OGWU (Nigéria) a affirmé que les dirigeants du monde, lors du Sommet de 2005, avaient souligné la nécessité de traduire en actions concrètes la compréhension conceptuelle de l’interdépendance entre sécurité, développement et droits de l’homme, le Conseil de sécurité étant bien placé pour promouvoir ce processus.  En soutenant les efforts de développement, conjointement avec les activités directement liées à la paix et à la sécurité, les objectifs de prévention des conflits, qui sont au cœur des obligations découlant de la Charte des Nations Unies, peuvent être atteints, a-t-elle assuré.  

La représentante a mis l’accent également sur le rôle de la Commission de consolidation de la paix (CCP), citant la situation de la Sierra Leone comme exemple concret de stratégie de consolidation de la paix à long terme avec la participation de tous les acteurs internationaux et nationaux pertinents.  Elle a ainsi souhaité un renforcement du partenariat entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix.  Mme Ogwu a par ailleurs estimé que l’examen aujourd’hui du paradigme développement-sécurité par le Conseil de sécurité ne devait en aucun cas être perçu comme une tentative du Conseil de se substituer à l’Assemblée générale ou au Conseil économique et social (ECOSOC).

Mme ROSEMARY A. DICARLO (États-Unis), après avoir souligné à son tour l’impact négatif de l’insécurité sur le développement des pays, en particulier les pays en développement, a insisté sur le fait que les femmes doivent participer à la prise de décisions pour sortir les sociétés de cet engrenage.  Elle a notamment pris pour exemple les initiatives efficaces mises en œuvre au Libéria, en République démocratique du Congo (RDC), en Afghanistan et en Haïti.  Elle a ensuite rappelé qu’il y a cinq ans, le Conseil de sécurité incluait la question du lien entre sécurité et le développement dans les mandats d’opération de la paix. Aujourd’hui, la CCP s’est imposée comme le principal instrument permettant de contribuer à rapprocher le maintien de la sécurité et l’aide au développement, a-t-elle ajouté.  La représentante a cependant déploré qu’à l’heure actuelle, 90% des conflits en cours ont lieu  dans des pays où la consolidation de la paix a échoué.  C’est pourquoi, nous devons faire beaucoup plus, en aidant en premier lieu les pays à assumer les efforts de reconstruction, a également estimé Mme DiCarlo.  Elle a conclu en soulignant la nécessité que les opérations de maintien de la paix aient un impact positif dans les communautés et que le Conseil de sécurité se montre plus ouvert à de « nouvelles idées » sur une question de plus en plus souvent débattue lors de ses réunions publiques. 

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a souligné qu’il était nécessaire d’utiliser la possibilité offerte par la Charte des Nations Unies de soumettre au Conseil de sécurité des rapports spéciaux du Conseil économique et social (ECOSOC).  La prérogative fondamentale du Conseil de sécurité consiste à maintenir la paix et la sécurité internationales à l’aide de tous les instruments mis à sa disposition, a-t-il affirmé, insistant sur l’importance pour les Départements et institutions des Nations Unies concernés de communiquer, à cette fin, au Conseil des informations aussi complètes et à jour que possible. 

Le représentant a en outre mis l’accent sur l’importance des efforts adéquats de rétablissement de l’économie à mener dans les pays émergeant d’un conflit, les garantissant ainsi contre une résurgence de nouvelles crises.  La réduction ordonnée de la présence des missions de maintien de la paix au fur de l’amélioration de la situation exigent parallèlement des mesures concrètes dans le domaine de la consolidation de la paix, a-t-il ajouté.  Le délégué de la Fédération de Russie a également plaidé en faveur du renforcement des fonctions de représentant spécial du Secrétaire général à la tête des missions de maintien de la paix des Nations Unies.

M. NAWAF SALAM (Liban) a souligné l’importance des activités de consolidation de la paix pour renforcer le lien entre les efforts de sécurité et les efforts de développement.  Il a cité, à cet égard, l’amélioration des mandats de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC) qui, a-t-il dit, ont progressivement incorporé un nombre croissant de tâches pour la consolidation de la paix, notamment l’appui à l’état de droit, la protection des civils, la réforme du secteur de la sécurité, les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), l’organisation d’élections et le renforcement du système judiciaire.  « De toute évidence, il est vital de promouvoir le développement durable pour réaliser une paix elle-même durable », a-t-il constaté.  M. Salam a poursuivi en insistant sur le fait que la paix ne peut être préservée sans création d’emplois et un partage équitable des richesses du pays.  Évoquant enfin la situation dans son pays, le représentant du Liban a indiqué que la mise en œuvre de l’Accord de Taëf de 1989 illustrait la manière dont le développement peut jouer un rôle déterminant dans les phases de relèvement et de consolidation de la paix après une guerre civile.  

M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a affirmé que les liens entre la sécurité et le développement étaient évidents.  Il faut, a-t-il dit, bâtir des liens solides entre sécurité et développement, une tâche essentielle pour prévenir les conflits et établir une paix durable.  Le représentant a notamment mis l’accent sur la nécessité de renforcer le rôle de la Commission de consolidation la paix (CCP).  Il a aussi insisté sur l’importance d’établir la confiance avec les populations concernées, soulignant qu’il faudrait, à cette fin, créer des institutions capables d’assurer la justice et des emplois.  Les États doivent également pouvoir répondre aux attentes du public et être tenus responsables de leurs actes. 

De même, le délégué a souligné qu’il était important d’assurer une meilleure intégration des efforts, en se fondant sur une évaluation des réalités des actions et des compétences.  Il faut déterminer les rôles et les responsabilités de tous les secteurs de la consolidation de la paix, a-t-il déclaré, estimant par exemple que les agents de la paix ne doivent pas s’acquitter de fonctions relevant du domaine du développement.  Les partenaires pour le développement devraient pouvoir  s’engager rapidement.  Il faut veiller, a dit M. Grant, à ce que les institutions aient la marge de manœuvre nécessaire pour engager rapidement des actions sur le terrain. 

M. GÉRARD ARAUD (France) a indiqué que la répartition inégale des richesses était souvent la cause d’éclatement de conflits intra-étatiques.  Le représentant a ensuite évoqué deux nouvelles menaces à la sécurité, les changements climatiques et l’insécurité alimentaire, « qui a de graves effets déstabilisateurs ».  Sur ce dernier point, il a indiqué que la lutte contre ce phénomène serait une priorité de la France dans le cadre de sa présidence du G-20.  « Dans les situations postconflit, il convient de renforcer les capacités nationales en matière de sécurité afin de créer les conditions favorables au développement économique », a également souligné l’Ambassadeur Araud.  La préservation de la sécurité doit être prise en compte dans les stratégies des acteurs du développement, afin de limiter le risque d’apparition ou d’extension des conflits, a-t-il dit.  « L’ONU doit améliorer l’efficacité et la coordination de son action sur le terrain », a-t-il également souligné, en rappelant que l’Union européenne, avec 60% de l’aide internationale versée par les pays membres de l’OCDE, était le premier donateur mondial de l’aide publique au développement.  Le représentant de la France a ensuite déclaré qu’il incombait en premier lieu aux États de maintenir la stabilité, par le biais d’une bonne gouvernance, du renforcement de la société civile et de l’intégration économique des populations marginalisées.  M. Araud a ensuite préconisé que les mandats des opérations de maintien de la paix prévoient, dès les phases de leur préparation par le Conseil de sécurité, des activités liant sécurité et développement.  Le désarmement et la réintégration, par exemple, ne peuvent être efficaces que s’ils contribuent à l’amélioration des conditions de vie des populations, a-t-il fait remarquer, avant de souligner qu’il était  essentiel de clarifier les tâches et responsabilités de chacun dans le cadre d’une stratégie cohérente et globale.

« Nous pouvons faire plus et nous devrons être capables de faire mieux », a dit M. ANTONIO DE AGUIAR PATRIOTA, Ministre des relations extérieures du Brésil, au Conseil qui, a-t-il reconnu, a, à juste titre, déjà incorporé des activités de reconstruction dans certains mandats de maintien de la paix.   Le propos, a-t-il précisé, n’est pas de reconfigurer les responsabilités des différents organes et agences de l’ONU ni de transformer le Conseil en un programme de développement.  Le débat d’aujourd’hui atteindra son objectif, a-t-il estimé, s’il arrive à convaincre de l’importance d’associer développement et sécurité dans les stratégies conçues pour une paix durable.  C’est particulièrement le cas pour des situations comme Haïti. 

Une paix durable exige une approche globale de la sécurité, a poursuivi le Ministre.  Sans une relance économique, le désarmement, la démobilisation et la réintégration peuvent rarement produire les résultats escomptés.  Des activités telles que la promotion de l’emploi des jeunes ou la réhabilitation des services sociaux de base jouent un rôle essentiel dans l’appui aux opérations de maintien de la paix et en conséquence, dans la stabilité politique sur le terrain.  La réputation de l’ONU dans les pays où elle opère peut véritablement s’améliorer si le Conseil se concentre un peu plus sur l’impact positif d’une stratégie bien exécutée par les agences, les fonds, les programmes et les institutions financières internationales.  Dans ce contexte, une coopération accrue entre le Conseil, l’ECOSOC et la Commission de consolidation de la paix est nécessaire, a conclu le Ministre.

M. RENE CASTRO SALAZAR, Ministre des affaires étrangères de Costa Rica,  s’est dit fermement convaincu qu’une meilleure approche des défis du développement génère une plus grande sécurité tout comme une approche de la sécurité plus équilibrée et plus orientée par les activités civiles conduit au développement.  Les problèmes de développement et de sécurité dans les pays du Sud sont énormes mais leurs ingrédients ne sont pas seulement endogènes.  Les armes qui tuent et mutilent des innocents sont fabriqués dans les pays développés, a rappelé le Ministre.  Il ne s’agit de se livrer au jeu de la délation, a-t-il poursuivi, mais les responsabilités doivent être partagées.  Le devoir de promouvoir les trois piliers de l’ONU incombe à tous ses États Membres, a insisté le Ministre. 

Ces 10 dernières années, les dépenses militaires ont augmenté de 45% totalisant 1 531 milliards de dollars en 2009.  Utilisée autrement, une ponction de 10% sur ces ressources, a plaidé le Ministre, pourrait contribuer à une réalisation presque complète des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  C’est la raison pourquoi, a-t-il dit, le Costa Rica insiste tant sur l’adoption d’instruments tels que le Traité sur le commerce des armes.  Le pays, qui a renoncé aux dépenses militaires, fonde son système de sécurité sur deux fondamentaux, à savoir, au plan interne, la cohésion sociale et l’adhésion collective à la démocratie, aux droits de l’homme, au développement durable et au renforcement des capacités.  Au plan externe, il le fonde sur le droit international, en particulier les mécanismes de sécurité collective et les cours internationales.

M. SAMUEL ŽBOGAR, Ministre des affaires étrangères de la Slovénie, a estimé que les Casques bleus devraient être en mesure de contribuer aux premiers stades de la consolidation de la paix.  Une conjugaison bien coordonnée et en temps voulu de mesures dans les domaines du politique, du développement, de la sécurité et de l’humanitaire est nécessaire pour répondre à plusieurs situations aujourd’hui dans le monde.  Soulignant, à son tour, le rôle de la Commission de consolidation de la paix et saluant le rapport du Secrétaire général sur les capacités civiles internationales, il a mis l’accent sur la nécessité de bien comprendre les contextes local et national des pays pour renforcer l’efficacité des efforts de règlement de conflit et de consolidation de la paix.  Toutefois, a-t-il prévenu, il ne faut pas oublier que les conditions politiques d’un pays sont toujours spécifiques et qu’il n’existe pas de solution applicable à tous.  Il a souligné l’importance de l’appropriation nationale dans les efforts de paix et de développement, qui exige la participation de toute la société civile, y compris les femmes. 

M. NORACHIT SINHASENI (Thaïlande), qui s’exprimait au nom du Réseau de sécurité humaine, a estimé qu’une approche globale de la sécurité signifiait que la consolidation de la paix postconflit devrait être étroitement liée aux responsabilités principales du Conseil de sécurité.  Il est largement admis aujourd’hui que le maintien et la consolidation de la paix ne constituent pas un processus linéaire mais devraient, l’un et l’autre, fonctionner de pair.  Les différents acteurs dans ces domaines sont obligés de coopérer étroitement, a-t-il ajouté.  Le représentant s’est félicité, à cet égard, des efforts actuels entrepris par le Secrétariat en vue de développer rapidement une stratégie de consolidation de la paix pour les Casques bleus, lesquels devraient également œuvrer à faciliter une transition souple des missions de maintien de la paix vers d’autres formes d’engagement de la part des Nations Unies.  De même, l’appropriation nationale, a-t-il estimé, devrait représenter un élément essentiel de tout mandat ou mission de maintien de la paix ou de consolidation de la paix.  Enfin, le représentant a mis l’accent sur la nécessité pour le Conseil de sécurité d’examiner de plus en plus les causes profondes et la dynamique économique et sociale de toute situation de conflit inscrite à son ordre du jour.

M. SHIGEKI SUMI (Japon) a jugé que les rapports du Secrétaire général devraient comprendre une analyse plus détaillée de l’état actuel du processus d’intégration et des éléments socioéconomiques qui affectent la sécurité afin d’offrir aux États Membres des directives sur la manière de mieux cibler les efforts vers un nombre réduit de priorités et sur les domaines vers lesquels il faut diriger les ressources et l’attention.  Le représentant a aussi jugé important d’accélérer les efforts pour instituer un système visant à renforcer, en plus de déployer, les capacités civiles sur le terrain. 

En l’occurrence, il a insisté sur la nécessité de promouvoir l’emploi des jeunes et d’éviter ainsi un cycle vicieux où des jeunes désœuvrés recourent aux armes et à la violence.  Pour éviter la résurgence des conflits, il faudrait peut-être aussi, a suggéré le représentant, renforcer la coopération entre les missions de maintien de la paix et les panels d’experts sur les sanctions.  Concluant sur l’importance du rôle que les femmes peuvent jouer, il a estimé qu’un des moyens pratiques de faire la différence serait d’augmenter le nombre de femmes militaires et de policières dans les opérations de maintien de la paix.

M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a souligné qu’il était impératif de s’attaquer plus activement et de manière coordonnée aux causes sous-jacentes des conflits.  Le maintien et la consolidation de la paix sont des disciplines spécialisées ayant en commun l’objectif de prévenir la reprise des conflits, a-t-il rappelé, en plaidant pour un renforcement de l’équilibre entre ces deux domaines clefs.  « La situation actuelle donne ainsi la fâcheuse impression que ces disciplines sont en concurrence pour obtenir des ressources et être reconnues, alors qu’il faudrait au contraire conjuguer les efforts », a noté le représentant du Pakistan.  Il a estimé que, dans ce contexte, la Commission de consolidation de la paix a un rôle précieux à jouer pour coordonner les activités de maintien et de consolidation de la paix et éviter ainsi tout chevauchement. 

Mme MARY E. FLORES (Honduras) a plaidé pour que les fonds et la coopération requis dans la lutte continuelle pour le bien-être ne soient jamais refusés à aucune nation.  Bien au contraire, les ressources gaspillées, les fonds perdus, l’argent dépensé dans des choses superflues doivent être consacrés au développement, en particulier aux plus vulnérables et aux secteurs les plus fragiles.  La représentante a suggéré la création d’un groupe de travail doté d’assez de pouvoir et de discrétion pour identifier les ressources existantes et recommander leur réaffectation lorsqu’il s’est avéré qu’elles sont mal utilisées.  L’impatience provoque l’angoisse et la possibilité d’un changement donne de l’espoir.  Nos peuples veulent savoir comment améliorer leur destin et rendre leur avenir plus radieux, a prévenu la représentante.

M. GARY QUINLAN (Australie) a affirmé que le Conseil de sécurité avait un rôle décisif à jouer, l’invitant notamment à se pencher davantage sur les racines des problèmes.  Il a mis l’accent sur la nécessité de renouveler constamment les approches adoptées, notamment en renforçant les liens avec la Commission de consolidation de la paix (CCP).  Le développement économique peut éviter qu’un pays ne se replonge dans le conflit, a-t-il ainsi souligné.  Il faut, a estimé le représentant de l’Australie, faire de son mieux pour atteindre les objectifs de développement, le Conseil de sécurité devant continuer d’orienter les décisions en matière de maintien de la paix et accorder toute son attention au renouvellement des mandats.  Il a en outre souligné la nécessité de mieux définir les rôles et les responsabilités au sein du système des Nations Unies dans le domaine clef de la consolidation de la paix.  Il a invité les responsables des formations de pays au sein de la Commission de consolidation de la paix à travailler plus étroitement avec le Conseil de sécurité et a souhaité une coopération plus grande entre le Conseil de sécurité et la Banque mondiale.

M. JAN GRAULS (Belgique), intervenant au nom des Présidents des Formations-pays de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a souligné qu’une conjugaison intégrée et cohérente entre les activités de maintien de la paix et celles de consolidation de la paix est essentielle pour la sécurité et le développement.  La CCP a un rôle unique à jouer puisque qu’elle s’efforce de jeter les bases d’une société protégée de résurgence des conflits tout en semant les graines d’un développement durable.  En conséquence, les activités de consolidation doivent commencer dès les premières phases de l’engagement de l’ONU.

Le rôle unique de la CCP, a insisté le représentant, fait d’elle un précieux interlocuteur dans un dialogue stratégique et approfondi avec le Conseil de sécurité, sur une approche globale de la sécurité.  Il faut faire plus pour renforcer cette relation de travail, a estimé le représentant, en promettant qu’au fur et à mesure que la CCP accumulera de l’expérience et interviendra dans davantage de pays, elle sera progressivement en meilleure posture pour fournir des conseils plus pratiques et plus riches au Conseil de sécurité.

M. JOHN MCNEE (Canada) a souligné qu’un des principaux défis en matière de sécurité et de développement était d’ordre organisationnel.  L’adoption par le Canada d’une approche paragouvernementale en Haïti, au Soudan et en Afghanistan a montré qu’il est rentable de déployer un effort cohérent, a-t-il précisé.  Le représentant a ainsi noté que le succès d’une intégration passe par la délimitation claire des rôles et des responsabilités, « notamment entre les acteurs civils et militaires ».  Les missions sur le terrain doivent aussi pouvoir réagir rapidement à l’évolution des circonstances, a-t-il ajouté, déplorant que la mobilisation de l’appui par les hauts fonctionnaires du Secrétariat de l’ONU pour les activités sur le terrain était souvent trop lente ou mal adaptée aux besoins.  Le représentant du Canada a aussi estimé que les efforts de consolidation de la paix et de renforcement des institutions de l’État ne seront efficaces que dans la mesure où les pays se les approprieront.  La communauté internationale doit mieux harmoniser l’aide avec les priorités nationales, de manière à en améliorer l’efficacité, à accroitre la coopération et à réduire le lourd fardeau imposé à des États fragiles, a-t-il considéré.  En outre, il a estimé que la Commission de consolidation de la paix, en commençant à collaborer avec des partenaires de développement, y compris la Banque mondiale et des organisations régionales, était devenue l’instance idéale pour faire converger sécurité et développement. 

M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) a mis en garde contre la tentation d’adopter des approches ou de généraliser de manière simpliste alors que les interactions entre la paix, la sécurité et le développement dépendent d’un ensemble complexe de questions.  De même, a-t-il dit, chaque situation de conflit a sa propre dynamique et ses particularités qui, a-t-il dit, doivent être prises en compte au moment où les décisions politiques sont prises.  Pour aboutir à une sécurité et un développement durables, il faudrait que toutes les parties locales concernées s’engagent à y contribuer de manière active.  L’appropriation nationale et les responsabilités nationales sont des facteurs clefs d’une paix durable, a-t-il dit.  Le représentant a par ailleurs mis l’accent sur l’importance de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA) que la Turquie organisera à Istanbul, au mois de mai prochain.  Il a espéré que cette Conférence contribuera à apporter un souffle nouveau au processus de coopération de développement en aidant les PMA sur la voie d’une croissance économique et d’un développement durables.

M. PEDRO NÚÑEZ MOSQUERA (Cuba) a estimé que tous les problèmes liés à l’insécurité, au sous-développement et à la pauvreté étaient la conséquence d’un ordre économique mondial « injuste » imposé à tous.  Il a ainsi blâmé le modèle libéral « qui a fait croire aux pays du tiers-monde qu’une meilleure croissance économique donnerait lieu à de véritables progrès macroéconomiques ».  « Or, aujourd’hui, nous constatons que le fossé entre riches et pauvres n’a jamais été aussi profond et que la vulnérabilité des pauvres est exacerbée par la montée de nouvelles menaces à la paix et à la sécurité internationales, notamment les effets des changements climatiques », a-t-il ajouté.  « Il y a quatre ans, la liste des pays les moins avancés (PMA) comportait 24 États, aujourd’hui elle en compte 50 », a-t-il fait observer, soulignant que si l’engagement pris, il y a 40 ans, de consacrer chaque année 0,7% du PIB des pays développés à l’aide publique au développement avait été honoré, le montant de l’assistance internationale s’élèverait à 160 milliards de dollars, « soit plus de deux fois le montant qui prévaut actuellement ».  Le représentant a ensuite plaidé pour le transfert d’une partie du budget militaire mondial « astronomique » à l’aide au développement.  « La pauvreté gagne aujourd’hui les sociétés occidentales les plus nanties, a-t-il fait remarquer, et avec un peu plus de la moitié des 1 400 milliards de dollars que consacre annuellement les grandes puissances à l’armement, les OMD pourraient être réalisés dans les temps par tous les pays, et contribuer ainsi véritablement à renforcer la paix et la sécurité internationales », a-t-il conclu.

Mme YANERIT MORGAN (Mexique) a estimé que le Conseil de sécurité devrait garder à l’esprit la nécessité d’assurer, en priorité, la sécurité des personnes.  La représentante s’est dite convaincue que le Conseil de sécurité devrait continuer de renforcer les activités de prévention des conflits et de faciliter des réponses en temps opportun aux crises nouvelles qui apparaissent.  Le développement joue un rôle décisif à cet égard, a-t-elle assuré.  La déléguée du Mexique a mis l’accent sur la nécessité d’établir une coopération plus étroite entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix, la prise en compte des contributions de cette dernière dans les opérations de maintien de la paix étant impérative.  La consolidation de la paix doit être obligatoirement liée aux priorités nationales de chaque pays, a-t-elle ajouté. 

M. BENEDICT LUKWIYA (Ouganda) a appelé les Nations Unies à intensifier les efforts pour une approche plus efficace et plus cohérente du maintien et de la consolidation de la paix.  À cet égard, il a estimé que la CCP joue un rôle important et qu’elle doit davantage se concentrer sur les dividendes tangibles de la paix comme la fourniture des services sociaux de base, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie, en général.  Il a ajouté qu’une réforme fondamentale de l’architecture internationale de la paix, de la sécurité et du développement est urgente et nécessaire pour assurer une plus grande représentation et une plus grande participation de tous les pays, en particulier les pays en développement. 

Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) a rappelé que depuis 2000, son pays figure parmi ceux qui respectent l’objectif de consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement.  Depuis 2009, l’aide luxembourgeoise a franchi le seuil de 1%, a souligné la représentante.  Si le Conseil veut définir des stratégies durables de sortie de conflit, a-t-elle estimé, il est indispensable qu’il prenne en considération les analyses et les travaux des organes et acteurs du développement et veille à une bonne coordination avec ces acteurs.  La consolidation de la paix, a-t-elle insisté, est l’étape essentielle entre le retour de la sécurité et le redémarrage socioéconomique.  À ce titre, elle a encouragé le Conseil à dynamiser ses relations avec la CCP.  Une analyse fine des causes profondes d’un conflit doit précéder toute démarche sécuritaire pour que les meilleurs moyens soient définis d’un commun accord entre toutes les parties prenantes. 

Des questions à ne pas négliger, dans ce cadre, sont par exemple, la gestion des ressources naturelles et les problèmes liés à la propriété foncière.  À cet égard, il est essentiel que le Conseil reçoive des rapports du Secrétaire général qui prennent en compte les points de vue et analyses de tous les départements pertinents.  Parmi les organes principaux, elle a estimé que l’ECOSOC est idéalement placé.  Une meilleure coopération entre l’ECOSOC et la CCP peut de cette manière approfondir la cohérence dans l’action du système onusien.  En concluant, la représentante a souligné la nécessité d’envisager les changements climatiques comme des « multiplicateurs de menaces ». 

M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a déclaré que la spirale de violence qui a frappé sa région était davantage imputable à la polarisation idéologique qui sévissait pendant la Guerre froide qu’à la pauvreté ou à l’injustice mais, a-t-il admis, la présence de ces deux facteurs a mis le feu aux poudres.  Il faut donc, a-t-il dit, traiter à la fois des causes sous-jacentes du conflit mais aussi de tous les autres facteurs plus complexes qui pourraient alimenter les tensions.  Le pire scenario se présente quand des frustrations accumulées sont ignorées et quand elles ne peuvent même pas s’exprimer librement pour pouvoir influencer les réponses des dirigeants.  L’examen de tout lien entre sécurité et développement doit mener à la question de l’amélioration des institutions et du renforcement de l’état de droit.  Le représentant a conclu en se félicitant de la nouvelle architecture de consolidation de la paix mise en place aux Nations Unies. 

M. MAGED A. ABDELAZIZ (Égypte), qui intervenait au nom du Mouvement des pays non alignés (MNA), a souligné d’emblée que le Conseil de sécurité  n’avait, en vertu de la Charte de l’ONU, « aucune autorité sur les institutions spécialisées, fonds et programmes de développement des Nations Unies ».  « Les questions économiques et sociales relèvent de la compétence de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC », a-t-il rappelé.  Il a toutefois reconnu qu’une stabilité et un développement durables étaient essentiels pour mener au succès les efforts internationaux de promotion de la paix et du développement partout dans le monde.  « Les pays non alignés ont la conviction que l’ONU doit développer une vision commune devant permettre aux opérations de maintien de la paix de recevoir tout l’appui logistique, financier et surtout politique, requis pour la pleine réalisation de leur mandat ».  « En outre, nous sommes d’avis que les activités de consolidation de la paix postconflit doivent être conduites en se basant sur des processus continus de consultation au sein des principaux organes compétents de l’ONU », a-t-il déclaré.  Le représentant de l’Égypte a également souligné la nécessité que ces acticités soient examinées de manière approfondie et régulière par la Commission de consolidation de la paix, en coopération avec les autorités nationales concernées. 

Mme BYRGANYM AITIMOVA (Kazakhstan) a souligné le caractère impératif des mesures de confiance s’agissant du politique, du développement et du social.  La création de la Conférence sur l’interaction et les mesures d’établissement de la confiance en Asie est un excellent exemple en ce sens, a-t-elle dit.  Le Conseil et les opérations de maintien de la paix qu’il déploie, a-t-elle poursuivi, peuvent tirer parti des acteurs du développement au sein du système des Nations Unies.  Elle a conclu en rappelant l’appui de son pays aux efforts visant à promouvoir la paix comme la fermeture du site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, la création d’une zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale et la promotion d’un dialogue à l’OSCE et l’OCI sur la paix, la sécurité et le développement.

M. ROBERTO RODRÍGUEZ ARNILLAS (Pérou) a souligné l’importance de la complémentarité et de la synergie entre les activités de sécurité, de développement et des droits de l’homme, celle-ci devant se traduire par des actions sur le terrain.  Il faut adopter une approche globale intégrée de la sécurité et du maintien et de la consolidation de la paix, ce qui suppose, a-t-il dit, une analyse des causes sous-jacentes de la violence et de ses dimensions économiques et sociales.  Le représentant a souligné le rôle de la Commission de consolidation de la paix (CCP) en tant qu’organe catalyseur.  C’est pourquoi, il faut renforcer le rôle de la CCP.  Il est clair, a estimé le représentant, que les dimensions de sécurité et de développement doivent orienter les mandats de maintien de la paix et de consolidation de la paix, tous les organismes et institutions des Nations Unies devant accorder une attention particulière aux activités de développement.  Il a ainsi plaidé en faveur d’une coopération efficace et étroite entre tous ces organismes et institutions.

M. PETER THOMSON (Fidji), qui intervenait au nom des petits États insulaires en développement de la région du Pacifique, a déclaré que ces pays connaissent combien le fait de ne pas comprendre l’interdépendance entre sécurité et développement peut créer des risques.  « La création d’emplois, l’édification et le renforcement des infrastructures fournissant les services de base, les mesures pour faire face aux défis en matière d’environnement contribuent, a-t-il dit, à empêcher la reprise des conflits et à stabiliser les sociétés ».  « Le développement durable et respectueux de l’environnement et la sécurité font partie intégrante des activités de consolidation de la paix dans nos pays », a-t-il également assuré.  Le représentant a ensuite évoqué les effets négatifs des changements climatiques qui, « dans les pays les plus fragiles de la région du Pacifique, représentent la plus grave menace à la sécurité et au développement ».  « Il est urgent que la communauté internationale redouble d’efforts pour renforcer les moyens de résilience de nos États », a-t-il déclaré, en mettant l’accent sur la nécessité de financer les projets déjà définis.  « Cet effort pour préparer l’avenir des États les plus fragiles de la région doit aller de pair avec la réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre », a-t-il insisté. 

M. PAUL SEGER (Suisse) a jugé important, compte tenu de leurs liens, que les processus de réforme des Nations Unies touchant à la paix et à la sécurité, au système opérationnel de développement et aux droits de l’homme avancent de façon coordonnée.  Il a aussi jugé qu’une coopération stratégique entre les Nations Unies et la Banque mondiale est essentielle.  Il est également essentiel, a-t-il conclu, que les ressources que le Conseil octroie aux opérations sur le terrain viennent compléter et renforcer celles des acteurs du développement, en appui aux acteurs nationaux.  Pour ce faire, une approche différente est fondamentale afin que ces missions ne se substituent pas mais contribuent au contraire à renforcer les capacités nationales. 

M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a estimé que la persistance des conflits, en particulier en Afrique, les coûts humain et financier qu’ils génèrent et les impératifs de la stabilité dans la phase postconflit commandaient une interaction précoce entre la phase de maintien et celle de consolidation de la paix.  L’avènement d’une paix pérenne passe impérativement par une gestion judicieuse de la phase critique de transition entre le maintien de la paix et la consolidation de la paix.  Dans cette phase de transition, il importe d’adopter une approche alliant les impératifs sécuritaires à des actions de développement, susceptibles de stabiliser l’État sortant d’une situation de conflit.  De l’avis de sa délégation, la présence des Nations Unies dans un contexte postconflit doit veiller à l’instauration de stratégies nationales avec les pays hôtes, ciblant les axes prioritaires.  Il est important, a-t-il également souligné, de promouvoir une approche intégrée pour mieux appréhender l’interface « sécurité et développement », en créant les synergies et la coordination nécessaires entre les structures nationales, onusiennes et internationales et en mobilisant les ressources nécessaires à long terme.

M. PEDRO SERRANO, Chef de la délégation de l’Union européenne auprès des Nations Unies, a expliqué que la sécurité était une condition préalable du développement; le développement une condition préalable de la sécurité; et le respect des droits de l’homme une condition préalable tant de la sécurité que du développement.  Il a indiqué que dans ce cadre, l’Union européenne restait engagée à améliorer, aussi bien au Siège que sur le terrain, le fonctionnement des opérations de maintien de la paix.  À New York, nous coopérons étroitement avec la CCP, qui devrait être en mesure de conseiller plus fréquemment le Conseil de sécurité sur la manière dont les activités des missions de l’ONU seraient associées aux efforts élargis de consolidation de la paix, a-t-il indiqué.  M. Serrano a ajouté qu’en matière d’appui aux missions, l’Union européenne consacrait des ressources importantes à la mise en œuvre de projets connexes aux opérations de maintien de la paix.  Cet effort a permis par exemple à la MINUSTAH de produire des manuels de police et de justice en Haïti et à la MINUAD d’accélérer la réintégration sociale d’ex-combattants au Darfour, a-t-il fait remarquer.  Par ailleurs, M. Serrano a estimé que davantage d’efforts doivent être entrepris pour optimiser le potentiel économique que représente la présence des Nations Unies dans les pays hôtes.  Il a, en conclusion, assuré que l’Union européenne soutenait les initiatives menées par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme pour intégrer la problématique des droits de l’homme dans toutes les composantes des opérations de maintien de la paix. 

M. OCTAVIO ERRÁZURIZ (Chili) a affirmé que la problématique du développement et les conditions sociales d’un pays donné étaient des éléments que le Conseil de sécurité devrait prendre en compte et évaluer au moment il élabore les mandats des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a insisté sur le travail de coordination et de cohérence entre les différents organes pertinents des Nations Unies.  Les travaux du Conseil de sécurité doivent également prendre en compte les perspectives de développement, a-t-il dit.  S’agissant de l’Afrique, le Conseil de sécurité, a ajouté le représentant, doit continuer à poursuivre les efforts pour adopter une approche globale et intégrée qui renforce le lien entre développement économique et social et paix et sécurité.

M. CHARLES T. NTWAAGAE (Botswana) a déclaré que la démilitarisation graduelle des doctrines de politique étrangère d’un certain nombre de pays a une incidence positive sur la sécurité et le développement.  Le représentant s’est réjoui que des ressources de plus en plus importantes soient consacrées à l’agenda pour le développement, à la création des institutions et une gouvernance fortes, à la promotion du droit et la protection des droits de l’homme.  Il a également salué les mesures visant à faire du développement une priorité, ce qui démontre la volonté d’États Membres d’offrir une réponse individuelle ou collective aux problèmes du développement et de l’insécurité.  Nous sommes persuadés, a-t-il conclu, que l’aide au développement est de loin la réponse la plus appropriée et durable à l’insécurité.  Elle apporte des résultats importants, soutient les pays de manière durable et prévient des éventuels effondrements.  Il a indiqué que les gains du développement étaient le meilleur moyen de garantir un environnement politique sûr et stable.    

M. COLLIN BECK (Îles Salomon) a demandé au Conseil de sécurité de répondre aux demandes de l’Assemblée générale, « qui, dans plusieurs résolutions, l’a invité à examiner les implications en matière de sécurité des effets néfastes des changements climatiques ».  « Le Conseil de sécurité doit se saisir d’urgence de la question », a-t-il dit.  « La quatrième Conférence des pays les moins avancés, qui se tiendra en mai prochain à Istanbul, doit être l’occasion d’abandonner les politiques adoptées jusqu’à ce jour et qui n’ont abouti à aucun résultat », s’est-il ensuite exclamé.  Il a regretté qu’après trois décennies de mise en œuvre, « les programmes d’action pertinents n’aient pas donné les résultats escomptés ».  « Le programme qui sera adopté à la Conférence d’Istanbul devra permettre de répondre réellement et rapidement aux aspirations des pays concernés », a-t-il insisté. 

M. OMBENI Y. SEFUE (République-Unie de Tanzanie) a déclaré que pour les sociétés postconflit, les dividendes de la paix et du développement sont les meilleures garanties pour empêcher la reprise d’une guerre.  « Les populations doivent être parties prenantes des processus de paix et être concernées par le partage des fruits de la croissance et de la prospérité », a-t-il estimé, en expliquant que c’est par ce moyen que les États, notamment d’Afrique, pourront stabiliser leurs sociétés, améliorer, dans un climat de confiance, la gouvernance et promouvoir efficacement les droits de l’homme.  À son tour, il a souligné l’urgence que le Conseil de sécurité s’attaque aux causes économiques et sociales sous-jacentes des conflits.  « Nous ne demandons pas au Conseil d’excéder son mandat ou d’empiéter sur le territoire des institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies, nous lui demandons juste de développer une stratégie pour appuyer les efforts de développement entrepris par ces entités », a-t-il précisé. 

M. GAREN NAZARIAN (Arménie) a mis l’accent sur la nécessité pour le Conseil de sécurité de mieux cibler son approche en matière de sécurité et de développement par la promotion de politiques efficaces et de solutions pratiques.  L’expérience des organisations internationales œuvrant dans les situations de conflit a montré qu’une paix durable exigeait des solutions globales et une approche de la sécurité qui tiennent compte à la fois des causes des conflits et des situations économiques sur le terrain.  Le représentant a souligné que la région du Caucase du Sud souffrait d’un manque de coopération et ne bénéficiait pas pleinement d’une ressource essentielle pour se rapprocher de la paix, à savoir le développement durable.  L’expérience des deux dernières décennies dans le Caucase du Sud témoigne du fait que le rejet d’une coopération économique régionale et l’imposition de frontières fermées ne contribuaient pas à créer des solutions pacifiques.

M. JORGE ARGÜELLO (Argentine) a déclaré que le Conseil de sécurité ne devait pas s’approprier les responsabilités d’autres organes de l’ONU, comme l’Assemblée générale, l’ECOSOC ou la Commission de consolidation de la paix, sur la question de l’interdépendance entre sécurité et développement.  Il a souligné qu’il était essentiel que les États Membres se penchent sur les moyens d’améliorer les méthodes de travail du Conseil de sécurité et ses relations avec l’Assemblée générale, dans le souci de promouvoir une interaction plus transparente avec les autres organismes de l’ONU dont le mandat couvre les questions de développement.  Par ailleurs, il a cité le projet commun du Pérou et de l’Argentine qui ont décidé de créer une entreprise de génie militaire conjointe qui sera déployée en Haïti afin d’offrir à la population l’accès le plus large possible à l’eau potable et des routes.  Il a également précisé que l’Argentine avait activement participé à l’adoption d’une déclaration sur la « paix, la sécurité et la coopération dans les Amériques » lors de la dernière assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA).  Cette déclaration, s’est-il félicité, souligne les valeurs partagées entre les pays de l’hémisphère Sud en matière de droits de l’homme et ses relations avec la société démocratique, le développement, la paix et la sécurité, qui constituent toutes les bases du bien-être collectif d’une région.

M. FEDERICO ALBERTO CUELLO CAMILO (République dominicaine) a affirmé que le développement humain durable créait les conditions d’une paix durable.  La sécurité juridique reposant sur un cadre constitutionnel garantit non seulement la stabilité politique, mais aussi économique, a-t-il ajouté.  En Haïti, l’absence d’un développement durable éloigne le pays, a-t-il dit, d’une paix durable.  L’inégalité des chances est la principale source d’instabilité en Haïti, a-t-il estimé.  Le déboisement à 98% du territoire haïtien et l’absence d’emplois décents empêchent une amélioration de la situation économique et contribuent à accentuer les injustices sociales dans le pays, a-t-il précisé.

M. ABDOU SALAM DIALLO (Sénégal) a estimé qu’il était opportun, pour s’attaquer de manière globale aux causes profondes des conflits et instaurer une paix durable, de mettre l’accent sur certaines actions prioritaires.  Parmi elles, il a cité la nécessité de veiller à ce que la prévention puisse englober des activités de développement en plus des décisions politiques et des actions humanitaires.  Il a également suggéré de tenir compte, dans le cadre des programmes de relèvement et de consolidation de la paix, des priorités définies par les pays concernés.  Il a jugé nécessaire de créer les conditions d’une coopération efficace entre toutes les parties prenantes.  Le représentant a également préconisé de définir des cadres stratégiques pour la reconstruction et le développement après le conflit.  Il faut lutter contre toutes les menaces à la paix et à la sécurité qui risquent de saper les fondements de l’État, a-t-il insisté, en citant le trafic de drogues, la prolifération des armes légères et de petit calibre et le terrorisme.  Avant de conclure, il a jugé utile de renforcer la collaboration entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix pour que cette dernière joue pleinement son rôle d’organe consultatif. 

M. MACHARIA KAMAU (Kenya) a souligné que les caractéristiques de la plupart des pays dans le monde font qu’ils vivent dans un environnement hautement explosif du point de vue politique et social.  C’est un fait, a-t-il regretté, que le Conseil de sécurité et d’autres organes internationaux perdent parfois de vue, composés de pays politiquement et économiquement stables et historiquement privilégiés.  Cela est particulièrement vrai quand la « course à la sécurité » semble faire oublier la nécessité d’une appréciation soigneuse et approfondie d’une situation donnée et des conditions historiques qui caractérisent les sociétés fracturées, les démocraties fragiles et les économies en transition. 

Parfois, l’inverse est aussi vrai, a dit avoir constaté le représentant, quand les menaces à la sécurité sont ignorées pour mieux faire la publicité des valeurs comme « la bonne gouvernance ».  Démocratie et libertés sont des processus délicats souvent marqués par des revers et des déceptions, a dit le représentant.  Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces revers et ces déceptions sont inhérents à la nature même des démocraties.  En conséquence, entamer une course effrénée pour les supprimer ou les atténuer par des moyens extérieures, les pressions des institutions internationales ou par la force peut conduire à l’arrêt du processus démocratique et à la résurgence de l’insécurité.  Chaque pays doit pouvoir  trouver sa propre voie.  Le Conseil de sécurité devrait s’en souvenir.

M. LIBRAN N. CABACTULAN (Philippines) a estimé que la Rapport de la Banque mondiale envisage la question de la sécurité à partir d’une perspective un peu plus large que celle à laquelle le Conseil nous a habitués.  Le prisme de l’analyse considère le conflit, la fragilité, le terrorisme et la criminalité organisée comme des sources de violence qui affectent gravement le développement.  La Somalie et le phénomène de la piraterie en sont les exemples les plus concrets, a estimé le représentant.  En la matière, la diplomatie préventive et l’adoption d’une approche plus souple des conflits se révèleront bien plus efficaces que l’engagement militaire.  Elles exigent toutefois une perspective totalement différente de la paix et de la sécurité, a prévenu le représentant.

M. JARMO VIINANEN (Finlande) a estimé qu’il était essentiel de faire participer les femmes aux efforts de paix et de consolidation de la paix.  « L’autonomisation des femmes est une condition préalable d’un développement et d’une paix durable », a-t-il dit.  « L’architecture onusienne de consolidation de la paix a été mise en place pour combler le fossé entre stabilisation et développement durable », a-t-il ensuite rappelé, regrettant que, « trop souvent, le manque de synchronisation entre les opérations de maintien de la paix et la mise en œuvre des programmes de développement conduise à des échecs ».  « Le manque de cohérence est une lacune récurrente », a-t-il fait remarquer, estimant que ce problème sera réglé le jour où les donateurs et les États Membres s’acquitteront véritablement de leurs engagements.  « Nous devons ainsi nous assurer que le financement des opérations de maintien de la paix, dotées de mandats élargis, est garanti afin de permettre leur pleine mise en œuvre », a également insisté M. Viinanen.  Avant de conclure, il a estimé que l’aide à la nouvelle nation du Sud-Soudan serait un test important pour la capacité de la communauté internationale et celle du Conseil de sécurité de contribuer à réduire la vulnérabilité d’un peuple, affecté pendant des décennies, par les ravages de la guerre. 

M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a estimé que le Conseil de sécurité devrait accorder davantage d’attention aux questions de développement dans son approche et ses délibérations.  Il est révolu le temps où la sécurité n’était appréhendée que dans l’unique optique politico-militaire, a-t-il dit.  Il faut désormais intégrer, a-t-il estimé, les dimensions nouvelles de la sécurité qui concourent au plein épanouissement de l’être humain.  La prévention doit, dans ce cadre, avoir toute sa place dans les stratégies mises en place pour assurer la paix et la sécurité à travers la promotion d’un développement durable, l’accès équitable aux fruits de la croissance, y compris l’emploi pour les jeunes et la pleine jouissance de leurs droits pour les femmes.  Le représentant a également jugé que le maintien de la paix et la consolidation de la paix devraient être au centre des actions menées par l’ONU et la communauté internationale dans son ensemble.

M. JORGE VALERO BRICEÑO (Venezuela) a estimé que la sécurité et le développement étaient des domaines séparés.  L’agenda des Nations Unies pour le développement relève de la compétence de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC, a-t-il rappelé  Tout en reconnaissant que l’éradication de la pauvreté, l’élimination des inégalités et de l’oppression sont essentielles pour parvenir à la paix, le représentant a déclaré qu’il était cependant préoccupé par les conclusions selon lesquelles les pays pauvres, marginalisant des populations politiquement ou socialement, posent des menaces à la paix et à la sécurité qui exigeraient une intervention extérieure.  Les causes structurelles de la pauvreté, qui alimentent la violence, résultent d’abord des politiques imposées par les grandes puissances, qui ont une responsabilité écrasante dans la réduction du bien-être des peuples des pays en développement, a-t-il estimé.  Le Conseil de sécurité, s’il veut s’attaquer aux causes de la pauvreté, doit éliminer en premier lieu les relations de pouvoir inégales entre ces pays et les pays riches et ce ne sera qu’à ce moment-là qu’il aura le plein appui de la République bolivarienne du Venezuela », a conclu M. Valero Briceño. 

M. SAIFUL AZAM ABDULLAH (Malaisie) a appelé à une structure où les soldats de la paix rempliraient leur mandat pendant que la CCP et d’autres acteurs du développement du système de l’ONU, travailleraient à des projets générateurs d’emplois et de revenus.  Appelant à un appui résolu en faveur de la CCP, le représentant a souligné que cette Commission jette un pont entre la sécurité et le développement.  Aujourd’hui, a-t-il rappelé, de nombreux pays font face à des révoltes internes causées par la hausse du prix des denrées alimentaires, des taux élevés de chômage parmi les jeunes et la pauvreté. 

En coopération avec la CCP, l’ECOSOC, la Banque mondiale, le FMI, la FAO et d’autres agences pertinentes du système des Nations Unies, le Conseil de sécurité pourrait examiner les différents scenarii et proposer aux États Membres concernés les moyens de tarir les sources d’instabilité.  Les derniers évènements au Moyen-Orient ont prouvé à suffisance comment une hausse soudaine des prix alimentaires conjuguée à un chômage généralisé peut déstabiliser un pays.  La stabilité politique est une condition sine qua non au développement économique et à la prospérité, a insisté le représentant.

M. JOSÉ LUIS CANCELA (Uruguay) a estimé que si tous les instruments mis à notre disposition étaient utilisés pour promouvoir le développement économique, il serait possible de prévenir le retour à un conflit qui risque de saper des décennies d’efforts et d’investissements humains et matériels en faveur de la paix.  Le représentant a souligné également qu’il était essentiel qu’une mission de maintien de la paix œuvre dès le départ au renforcement des capacités nationales en vue de régler les problèmes de façon pacifique.  Le délégué a également mis l’accent sur l’importance du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration des anciens combattants, qui constituent d’autres facteurs clefs pour instaurer la stabilité et ouvrir la voie au développement.  Il a en outre insisté sur la reconstruction des infrastructures qui a des effets multiplicateurs pour les pays sortant d’un conflit

M. ESHAGH AL HABIB (République islamique d’Iran) a regretté que le Conseil de sécurité ait échoué à s’attaquer aux causes « bien connues » des conflits, l’extrême pauvreté, l’exclusion et la marginalisation ainsi que « les interventions étrangères, les incursions militaires et l’occupation ».  Le Conseil était conscient des enjeux, mais les considérations politiques de certains de ses membres les plus puissants ont toujours empêché cet organe de prendre des actions déterminantes pour lutter contre ces causes et ouvrir ainsi la voie à un développement durable et à la prospérité économique du plus grand nombre, a-t-il ensuite accusé.  Le représentant a estimé qu’il était temps que les responsables reconnaissent leurs torts et agissent de manière plus transparente.  Il a ensuite stigmatisé les sanctions économiques « illégitimes et punitives » imposées par le Conseil de sécurité, et qui compromettent la croissance économique et l’essor des sociétés les plus fragiles, entravant les droits des peuples à l’éducation, à la santé, à un emploi décent et au développement de leurs capacités.  En conclusion, le représentant a estimé que les mesures constructives destinées à prévenir les conflits et à accélérer le développement devraient être prises en tenant dûment compte des spécificités de chaque pays ou région. 

M. SHALVA TSISKARASHVILI (Géorgie) a affirmé que son pays incarnait l’exemple selon lequel l’instabilité avait un effet néfaste sur tous les aspects du développement national.  Il a estimé que l’absence de sécurité, de droit, une atmosphère générale de chaos et des violations flagrantes des droits de l’homme, ainsi que la criminalité organisée dans les territoires occupés de la Géorgie avaient un effet délétère sur tous les programmes de développement national.  La Géorgie a décidé unilatéralement de ne pas recourir à la force et de faciliter l’établissement des conditions propices à la sécurité dans ces territoires occupés.  Le représentant a précisé que son gouvernement avait adopté une « Stratégie d’État pour les territoires occupés », portant sur l’engagement par le biais de la coopération, et un plan d’action qui envisage le développement et l’amélioration de tous les champs de la vie sociale.

M. CARLOS ENRIQUE GARCÍA GONZÁLEZ (El Salvador) a estimé que la prise en compte effective des liens entre sécurité et développement dépendait pour l’essentiel de la capacité des États à répondre, de façon appropriée, aux besoins des populations en matière de participation politique, d’intégration sociale et de justice.  « La sécurité et le bien-être collectif vont de pair et se renforcent même mutuellement », a-t-il ajouté.  Il a souhaité que le Conseil adopte une approche globale et intégrée dans le domaine de la paix et de la sécurité, en vue de permettre aux États Membres de répondre collectivement aux nombreuses questions complexes auxquelles sont confrontés les pays contraints de vivre dans le sous-développement. 

Mme MARÍA RUBIALES DE CHAMORRO (Nicaragua) a affirmé que les questions relatives au développement relevaient de la compétence de l’Assemblée générale et du Conseil économique et social (ECOSOC), les questions de paix et de sécurité relevant, quant à elles, du Conseil de sécurité.  La représentante a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la Commission de consolidation de la paix (CCP) et d’améliorer la coordination avec les États, l’Assemblée générale, le Conseil de sécurité, l’ECOSOC et les institutions des Nations Unies.  Elle a également relevé qu’après la signature des accords de paix, les fonds consacrés au développement de sa région avaient été moindres et moins rapides que les fonds consacrés à la guerre, un phénomène que l’on peut également observer, selon elle, dans d’autres régions.  Seul le développement durable garantira la stabilité et la paix durables, a-t-elle assuré avant de conclure.

M. DAFFA-ALLA ELHAG ALI OSMAN (Soudan) a rappelé, à son tour, que le Conseil de sécurité était chargé, en vertu de la Charte des Nations Unies, des questions de paix et de sécurité internationales.  Le développement relève, quant à lui, de la compétence de l’Assemblée générale, de l’ECOSOC et d’autres institutions spécialisées, fonds et programmes du système des Nations Unies.  Il a toutefois admis que grâce à l’action de l’ONU dans le monde, l’opinion publique était aujourd’hui plus consciente des liens entre sécurité et développement.  Il a considéré en outre que les opérations de maintien de la paix strictement militaires étaient systématiquement vouées à l’échec.  Le représentant a ainsi souhaité que la communauté internationale contribue à s’attaquer aux causes sous-jacentes des conflits, en particulier les guerres civiles, « toujours imputables au sous-développement, voire, dans certains cas, aux effets néfastes des changements climatiques ».  « Notre gouvernement, conscient du lien entre sécurité et développement, a adopté une stratégie globale afin de parvenir rapidement au règlement complet de la crise au Darfour », a-t-il assuré.

M. SHIN BOONAM (République de Corée), estimant que le sous-développement étant la cause profonde de l’insécurité et des conflits, a mis l’accent sur la nécessité d’adopter, en vue de maintenir la paix et la sécurité à travers le monde, une approche globale et intégrée.  Le sous-développement, a-t-il ajouté, doit susciter l’intervention des différents acteurs concernés, y compris le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les institutions financières internationales et la société civile.  Le développement et, en particulier, le développement économique, doit être poursuivi de manière soutenue, inclusive et équitable, a-t-il estimé. 

Mme ALICE A. MUNGWA, Observatrice permanente adjointe de l’Union africaine auprès des Nations Unies, a noté entre autres que la réussite des opérations de paix menées au Burundi, au Tchad et en Somalie montrait qu’une action militaire et de sécurité peut être combinée aux efforts internationaux de stabilisation.  Il faut que la communauté internationale parvienne à faire bénéficier les peuples des dividendes de la paix lorsque celle-ci est instaurée, a-t-elle ajouté, estimant que la confiance et la réconciliation sont des conditions essentielles pour poser les fondations d’un développement véritablement durable.  Mme Mungwa a ensuite mis en avant l’efficacité du système d’alerte rapide à l’échelle du continent, destiné à assurer que les tensions susceptibles de saper les efforts en cours de développement en Afrique, ou de faire basculer un pays dans l’insécurité, sont détectées en amont et appréhendées de manière préventive.  C’est ainsi qu’elle a souligné l’importance du partage d’information et de la communication entre États d’une même région pour mieux traiter des liens entre la sécurité et le développement. 

M. PALITHA T. B. KOHONO (Sri Lanka) a affirmé que les gouvernements successifs de son pays ont toujours compris que le développement était la clef pour confronter la menace à la sécurité posée par le groupe terroriste, LTTE.  À la fin du conflit, le Gouvernement s’est montré encore plus conscient de la nécessité d’accélérer le développement et a accordé une attention particulière à la réhabilitation et à la reconstruction.  En fait, pendant le conflit, la stabilité et le développement économique ont été utilisés comme des mesures d’incitation pour encourager les civils tamouls à se soustraire aux griffes du LTTE. 

L’accès à une bonne éducation, l’avancement social et le développement économique sont les clefs pour traiter des causes sous-jacentes de la violence.  Le Sri Lanka maintiendra le niveau de ses investissements dans ces domaines, a assuré le représentant, en appelant l’ONU à renforcer sa coordination et son efficacité pour appuyer les efforts de développement et donc de la sécurité.

M. TOFIG F. MUSAYEV (Azerbaïdjan) a exprimé l’attachement de son pays en vue de renforcer la coopération globale dans tous les domaines, en accordant une attention particulière à la nécessité de répondre aux besoins spécifiques et aux vulnérabilités de personnes qui souffrent des conflits ou des conséquences des catastrophes naturelles.  En dépit du fléau de la guerre et des conséquences dévastatrices de l’agression militaire, l’Azerbaïdjan est pleinement engagé à faire des efforts soutenus en vue de maintenir la paix internationale, la sécurité, la stabilité et le développement.  Il a mis l’accent sur la nécessité d’œuvrer à régler les racines des conflits, en prenant en compte le fait que le développement, la paix, la sécurité, les droits de l’homme et l’état de droit étaient étroitement liés et se renforçaient mutuellement.  Enfin, le représentant a déclaré que la résolution du conflit dans le Caucase du Sud, qui passe, selon lui, par la fin de l’occupation des territoires de l’Azerbaïdjan et le retour des populations déplacées par la force dans leurs foyers d’origine, était une condition préalable essentielle de la mise en place d’une coopération et de stratégies de développement mutuellement bénéfiques.

Le représentant de la Fédération de Russie a repris la parole pour répondre à la Géorgie « qui, dans son intervention, a parlé ´d’occupation du territoire’ ».  « Si l’on parle de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, il s’agit de pays qui, au début des années 1990 et en 2008 ont été victimes de l’agression de la Géorgie. »  « La Fédération de Russie assure la sécurité de ces pays et leur souveraineté, il n’existe pas, à notre connaissance, de régime d’occupation », a-t-il ajouté.  « La politique doit être faite dans l’intérêt des peuples, un principe qu’a remis en cause le Président géorgien lorsqu’il a attaqué et occupé l’Ossétie », a conclu le représentant russe.

Le représentant de la Géorgie, répondant au représentant de la Fédération de Russie, a affirmé que ce pays devrait respecter ses obligations en vertu du droit international.  C’est la Fédération de Russie qui viole l’intégrité territoriale de la Géorgie, a-t-il assuré.  Il a ajouté que la Fédération de Russie avait commis une agression contre son pays en août 2008, qui a donné lieu à l’occupation de 20% du territoire de la Géorgie.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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