Le Conseil de sécurité examine la situation au Soudan marquée par un regain de violence au Darfour et des progrès dans le processus de Doha

26 janvier 2011
CS/10165

Le Conseil de sécurité examine la situation au Soudan marquée par un regain de violence au Darfour et des progrès dans le processus de Doha

26/01/2011
Conseil de sécurité
CS/10165
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6474e séance – matin

L E CONSEIL DE SÉCURITÉ EXAMINE LA SITUATION AU SOUDAN MARQUÉE PAR UN REGAIN DE   VIOLENCE AU DARFOUR ET DES PROGRÈS DANS LE PROCESSUS DE DOHA

Le Représentant spécial conjoint Union Africaine-Nations Unies pour le Darfour, M. Ibrahim Gambari, s’est dit préoccupé, ce matin devant le Conseil de sécurité, par le regain de violence dans le nord et le sud du Darfour.  Sur le plan politique, le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, M. Atul Khare, s’est, quant à lui, félicité des progrès enregistrés dans les négociations en cours à Doha, au Qatar.

Le Conseil de sécurité s’est ainsi une nouvelle fois penché sur le référendum sur l’autodétermination du Sud-Soudan, dont les résultats définitifs pourraient être annoncés le 14 février, ainsi que sur la situation politique, sécuritaire et humanitaire au Soudan, à la faveur de l’examen de deux rapports du Secrétaire général*.

Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix a d’abord souligné qu’en dépit d’incidents violents au Darfour au cours de ces derniers mois, des progrès avaient été enregistrés dans les négociations en cours à Doha.  La décision, le 16 décembre, du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) de reprendre les négociations avec le Gouvernement soudanais en vue de la conclusion d’un accord de cessez-le-feu est un pas positif, a-t-il dit.

M. Khare est également revenu sur la deuxième réunion du Forum consultatif sur le Soudan, consacrée à un débat sur un processus politique basé au Darfour, qui a eu lieu à Addis-Abeba le 6 novembre.  Les participants ont noté que les résultats du processus de Doha seraient le point de départ du processus politique basé au Darfour, lequel s’appuierait sur le consensus de la population du Darfour.

La crédibilité du processus politique basé au Darfour dépendra de l’instauration de conditions favorables, impliquant, a-t-il dit, que soient prises par le Gouvernement un certain nombre de mesures indispensables.

Il a cité, au nombre de celles-ci, la protection des droits civils et politiques des participants, de sorte qu’ils puissent exprimer leurs vues sans crainte de représailles, la garantie de la liberté d’expression et de la liberté d’assemblée, sans lesquelles il ne saurait y avoir de véritable concertation, la garantie pour les participants et pour l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) de leur liberté de mouvement, la représentation proportionnelle et équitable des intérêts des diverses composantes de la population du Darfour.

M. Khare a ajouté qu’à l’issue d’une rencontre le 16 décembre, le Représentant spécial conjoint pour le Darfour, M. Ibrahim Gambari, le Président du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, M. Thabo Mbeki, et le Conseiller présidentiel, M. Ghazi Salaheddin, avaient décidé qu’une équipe technique conjointe MINUAD-Gouvernement soudanais serait chargée de suivre l’évolution des conditions dont dépend l’instauration d’un climat favorable au lancement d’un processus politique basé au Darfour et de définir les modalités de ce processus.

 S’agissant du référendum au Sud-Soudan, les résultats préliminaires devraient être annoncés le 2 février et, s’il n’y a pas de procédure d’appel, être rendus définitifs le 14 février.  Les premières indications données par les résultats de la Commission pour le référendum au Sud-Soudan montrent une large majorité de votes en faveur de la sécession, a-t-il assuré.

Depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Soudan, le 18 janvier, aucun incident violent majeur n’a été signalé à Abyei, a-t-il dit.  Les accord conclus les 13 et 17 janvier liés à la migration et à la sécurité dans la région ont été largement tenus et sont progressivement mis en œuvre.  Il a précisé que le Président soudanais Omar Al-Bashir et le Vice-Président Salva Kiir devraient se rencontrer demain pour reprendre les discussions concernant Abyei, avec l’appui du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine.

Tandis que le référendum s’est déroulé sans incident majeur, les parties devraient à nouveau concentrer leurs efforts sur la conclusion des négociations sur les dispositions postréférendaires.  Elles continuent de se réunir à tous les niveaux et se sont engagées à reprendre le processus de négociation au début du mois prochain. 

Il s’est dit convaincu que les parties, grâce aux efforts de médiation du Président Thabo Mbeki, sauront faire des progrès rapides au cours de la période à venir.  Il s’est dit également persuadé que la stabilité au Nord et au Sud se renforceront mutuellement, espérant à cet égard que la communauté internationale reconnaîtra le courage et l’esprit de sacrifice dont font preuve les dirigeants des deux côtés alors que s’achève la période intérimaire de l’Accord de paix global.

M. Khare a précisé que le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, se rendra au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba les 30 et 31 janvier, aux côtés du Président de la Commission de l’Union africaine, M. Jean Ping, où il participera à une réunion de haut niveau sur l’appui régional et international au Soudan. 

Cette réunion, a-t-il dit, représentera une opportunité pour utiliser l’attention et la bonne volonté sans précédent à l’égard du Soudan et pour aider les parties à relever les nombreux défis que rencontre le pays aujourd’hui.

M. Ibrahim Gambari, qui s’exprimait, pour sa part, par videoconférence d’Al-Fasher, au Soudan, s’est dit très préoccupé par la reprise de la violence dans le nord et le sud du Darfour.  Ceci résulte, a-t-il précisé, de la détérioration des relations entre le Gouvernement soudanais et l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi (ALS-MM).

Depuis lors, la MINUAD et la communauté humanitaire ont travaillé avec vigueur pour faire face aux conséquences humanitaires et sécuritaires de ces heurts, en particulier le déplacement de 43 000 personnes, dont 15 000 rassemblés autour des bases d’opération de la MINUAD à Shangil Tobaya, Khor Abeche et Shaeria.

M. Gambari a fait état de nouvelles violences il y a deux jours, à Thabit, sur la route entre Al-Fasher et Shangil Tobaya.  La MINUAD a en outre reçu des informations signalant des raids des Forces armées soudanaises, le 24 janvier, contre le village d’Abou Zerega, dans la même région.  Le 25 janvier, les combats se sont poursuivis dans le secteur entre Al-Fasher et Shangil Tobaya.

Par ailleurs, après s’être félicité de la libération le 5 janvier du membre de la MINUAD retenu en otage pendant 91 jours, M. Gambari s’est dit attristé par l’enlèvement dans l’ouest du Darfour, le 13 janvier, de trois membres d’équipage bulgares travaillant en sous-traitance pour le Service aérien d'aide humanitaire des Nations Unies.

L’accès humanitaire demeure également un défi à relever dans de nombreux endroits au Darfour, a poursuivi le Représentant spécial, précisant néanmoins que la Mission avait pris des mesures pour améliorer la situation.  Il a souligné, de même, que la MINUAD continuait de travailler conjointement avec les institutions des Nations Unies pour élargir l’accès au Djebel Marra, une région montagneuse d’une superficie d’environ 12 800 kilomètres carrés qui comprend une partie du territoire des trois États dont est composé le Darfour.

De vastes secteurs de cette région sont devenus en février 2010 inaccessibles aux organismes d’aide humanitaire et à la MINUAD en raison, notamment, des combats qui opposent principalement les FAS aux Forces de l’Armée de libération du Soudan-faction Ahdul Wahid (ALS-AW).  Le Djebel Marra, a-t-il dit, est une région importante du Darfour, qui demeurera une priorité dans les efforts de la MINUAD.

Afin d’obtenir une stabilisation durable de la situation au Darfour, il convient de saisir toutes les opportunités qui s’offrent pour permettre aux personnes déplacées de retrouver des conditions de vie normales.  Pour que ces efforts soient couronnés de succès, la violence doit cesser.  Il a réitéré son appel au Gouvernement et à l’ALS-MMpour cesser immédiatement les hostilités.

* S/2010/681 (voir communiqué de presse du 18 janvier 2011) et S/2011/22

Rapport du Secrétaire général sur l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (S/2011/22)

Le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, dans ce rapport sur l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), rendant compte notamment de l’évolution de la situation politique et de la situation sur le plan de la sécurité et le plan humanitaire, note avec satisfaction les progrès des négociations de Doha et la moindre fréquence des affrontements intercommunautaires.

En revanche, il s’inquiète vivement de la recrudescence des combats entre les forces gouvernementales et les forces des mouvements armés, en particulier du Mouvement pour la justice et l’égalité et de l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi, et de ses répercussions sur le plan humanitaire.

L’emploi de la force armée n’est pas un moyen de régler le conflit et ne fait que prolonger et aggraver les souffrances de la population du Darfour, écrit-il, appelant le Gouvernement soudanais et les dirigeants des mouvements à assumer la responsabilité qui leur incombe vis-à-vis de la population du Darfour, à faire en sorte que leurs troupes renoncent à la violence et à exercer la volonté politique nécessaire pour déclarer immédiatement le cessez-le-feu et conclure un accord de paix global et sans exclusion.

Le Secrétaire général estime que le Soudan se trouve à un moment crucial de son histoire.  Les parties à l’Accord de paix global ont fait preuve d’une détermination et d’un esprit de coopération louables dans l’application des dispositions finales de l’Accord, souligne-t-il, tandis que la communauté internationale a manifesté dans le même temps une solidarité sans précédent dans son soutien aux parties à l’Accord de paix global.

Jamais les conditions n’ont été plus favorables pour mettre un terme au conflit du Darfour.  Il importe donc que la communauté internationale se montre solidaire et résolue et intensifie l’action qu’elle mène au Soudan auprès du Gouvernement et des parties pour les aider à s’entendre sur un accord de paix global et sans exclusive pour le Darfour.

Il encourage les États qui exercent une influence sur certains mouvements actifs au Darfour opérant au Sud-Soudan, à les exhorter à prendre part sincèrement et résolument au processus de paix afin qu’un accord puisse être conclu sans plus tarder.  De même, il exhorte la population du Darfour à la patience, si difficile que puissent être les conditions sur le terrain, et invite instamment tous les dirigeants du Darfour à renouveler leur engagement en faveur de la conclusion rapide du processus de paix.

Par ailleurs, M. Ban condamne les attaques, les enlèvements et les actes de banditisme qui continuent de viser la MINUAD et des agents humanitaires et demande au Gouvernement de redoubler d’efforts pour rétablir l’ordre et l’état de droit au Darfour et faire en sorte que les responsables de ces actes soient traduits en justice.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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