Haïti: le Conseil de sécurité appelle à l’organisation d’un second tour reflétant les recommandations de l’Organisation des États américains

20 janvier 2011
CS/10159

Haïti: le Conseil de sécurité appelle à l’organisation d’un second tour reflétant les recommandations de l’Organisation des États américains

20/01/2011
Conseil de sécurité
CS/10159
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6471e séance – matin

HAÏTI: LE CONSEIL DE SÉCURITÉ APPELLE À L’ORGANISATION D’UN SECOND TOUR

REFLÉTANT LES RECOMMANDATIONS DE L’ORGANISATION DES ÉTATS AMÉRICAINS

Les membres du Conseil de sécurité ont appelé, aujourd’hui, Haïti à s’inspirer des recommandations faites par « la mission d’appui à la vérification de tabulation des votes » de l’Organisation des États américains (OEA) pour organiser le second tour de l’élection présidentielle. 

Au cours de cette réunion d’information à laquelle a participé la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, son homologue des opérations de maintien de la paix a souhaité que le Conseil électoral provisoire (CEP), comme il s’y est engagé, tienne pleinement compte des recommandations de l’OEA.

Alain Le Roy a dit craindre le risque d’une crise constitutionnelle, après les accusations de fraudes massives et les manifestations qui ont suivi l’annonce des résultats du premier tour, le 7 décembre dernier.  Il est donc essentiel que le CEP puisse mener à bien sa mission sans ingérence politique, a souligné le Secrétaire général adjoint, en indiquant que les résultats définitifs du premier tour seraient probablement annoncés le 31 janvier, de manière à organiser le second tour à la mi-février. 

Une crise politique durable ne doit pas s’ajouter aux calamités subies en 2010 par les Haïtiens, a prévenu le représentant de la France, à l’instar des autres membres du Conseil.  Si Haïti, a-t-il dit, ne se dote pas d’institutions fortes et stables, tous les moyens mis en œuvre par la communauté internationale resteront vains.  La France a appelé le Gouvernement haïtien à tirer les conséquences des recommandations de l’OEA, conformément à ses engagements vis-à-vis de la communauté internationale. 

Hier, 19 janvier, en recevant le rapport de l’OEA des mains du Président haïtien, le CEP a déclaré: « les recommandations techniques contenues dans le rapport des experts de l’OEA seront considérées pour la réalisation du deuxième tour du scrutin.  De même, l’éventualité d’un changement de position dans le classement des deuxième et troisième candidats dans la liste publiée lors des résultats préliminaires du 7 décembre 2010 sera prise en compte dans le cadre du traitement des contestations ».

À ce risque d’instabilité, la représentante des États-Unis en a ajouté un autre: le retour de l’ancien Président Jean-Claude Duvalier en Haïti.  Susan Rice a néanmoins jugé que le Gouvernement haïtien semble prendre des mesures pour rendre l’ex-Président comptable de ses actes passés.  Arrivé le 17 janvier à Port-au-Prince, M. Duvalier est désormais inculpé à la suite de plaintes déposées contre lui. 

Nous devons reconnaître qu’Haïti doit être refondé, a reconnu le représentant d’Haïti, Jean Wesley Cazeau, notant l’ampleur de la tâche ainsi que l’importance des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires.  Il a fait part des progrès réalisés par la Commission intérimaire de reconstruction d’Haïti. 

Il reste cependant beaucoup à faire, a-t-il souligné, prévenant de l’arrivée de la saison cyclonique et des effets dévastateurs de l’épidémie de choléra qui, en moins de cinq mois, a fait plus de 3 500 morts et causé près de 90 000 hospitalisations.  Selon la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires, le taux de mortalité dû à l’épidémie est passé de 9 à 2%.  Comme les autres délégations, le représentant d’Haïti, a souhaité que le Groupe d’experts indépendants mis sur pied par le Secrétaire général fasse toute la lumière sur les origines de ce mal.

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Déclarations

M. ALAIN LE ROY, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a rappelé les manifestations après que le Conseil électoral provisoire (CEP) eut annoncé les résultats préliminaires du premier tour de l’élection présidentielle, le 7 décembre dernier.  Devant les accusations de fraudes massives, le Président haïtien a décidé, le 14 décembre, d’inviter une mission d’experts électoraux de l’Organisation des États américains (OEA) pour évaluer le processus électoral.  Le 29 décembre, le Gouvernement haïtien, le CEP et la Mission d’observation électorale conjointe OEA/CARICOM ont signé un accord définissant les termes de référence de cette mission. 

Le Gouvernement, qui a reçu le rapport de l’OEA le 13 janvier, s’est engagé à le transmettre au CEP.  Il revient maintenant au CEP de mener le processus à son terme selon les dispositions de la Constitution haïtienne et de la loi électorale, avant de pouvoir annoncer les résultats définitifs des élections.  Selon l’accord entre le Gouvernement, le CEP et l’OEA, une deuxième mission va être déployée pour fournir au CEP une assistance juridique pour la phase contentieuse du processus électoral.  Le CEP aurait l’intention d’annoncer les résultats définitifs du premier tour le 31 janvier afin d’organiser le deuxième tour vers la mi-février, a indiqué M. Le Roy.

Entre-temps, le 16 janvier, l’ancien Président d’Haïti, Jean-Claude Duvalier, est arrivé à Port-au-Prince, où il a été interrogé par le parquet après les plaintes déposées contre lui, a poursuivi M. Le Roy.  Il a souligné que, depuis l’annonce des résultats préliminaires de l’élection présidentielle, Haïti s’est trouvée paralysée par les incertitudes politiques.  Il est cependant important que la crise politique actuelle soit résolue rapidement, afin de permettre au Gouvernement et au peuple d’Haïti de se concentrer sur la reconstruction et le redressement du pays.  Le Secrétaire général adjoint a aussi souhaité que le CEP, comme il s’y est engagé, tienne pleinement compte des recommandations du rapport de l’OEA, sans quoi le pays risque de se retrouver dans une crise constitutionnelle.  Il est donc essentiel que le CEP puisse mener à bien sa mission sans ingérence politique, a-t-il dit.

Il a aussi indiqué que la semaine dernière, il a participé à la commémoration du séisme du 12 janvier où il a notamment rencontré le Président Préval.  Dans les jours qui vont suivre, a-t-il préconisé, la communauté internationale doit rester unie et demander aux parties en présence de travailler ensemble pour un avenir meilleur.  S’il y a eu quelques cas de violence sporadique, la situation en matière de sécurité reste calme, a également indiqué M. Le Roy.  La MINUSTAH travaille avec la Police nationale haïtienne qui s’est comportée de façon très professionnelle.  Néanmoins, les risques de troubles sont toujours présents et la MINUSTAH continuera de suivre la situation de près. 

La MINUSTAH joue aussi un rôle actif dans la lutte contre l’épidémie de choléra, a-t-il dit.  Nous sommes engagés à jeter la lumière sur la cause de l’épidémie, a-t-il assuré, mentionnant la nomination début janvier par le Secrétaire général d’un groupe d’experts indépendants.  Haïti est à la croisée des chemins et les choix à faire dans les prochains jours détermineront la stabilité du pays dans l’avenir, a-t-il conclu.

Mme VALÉRIE AMOS, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, a estimé que beaucoup avait été fait en Haïti depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010; les agences humanitaires des Nations Unies, la MINUSTAH, la Croix-Rouge et les ONG ayant pris part aux efforts.  Elle a indiqué que plus d’1,5 million d’Haïtiens avaient pu accéder à un abri.  Près de la moitié demeurent dans les camps alors que les autres ont pu regagner leurs maisons.  De même, chaque jour, environ 5 millions de litres d’eau sont distribués et plus d’1,1 million d’enfants reçoivent des repas dans les écoles grâce au Programme alimentaire mondial (PAM).

La Secrétaire générale adjointe a également souligné que le taux de mortalité dû à l’épidémie de choléra avait baissé en Haïti, passant de 9 à 2%.  Cette baisse montre que les centres de soins et les campagnes de sensibilisation ont porté des fruits.  L’assistance humanitaire constitue un moyen de survie important, a-t-elle dit.  Les efforts dans ce domaine doivent se poursuivre au moins pour cette année, d’où un appel humanitaire lancé pour 2011 de 906 millions de dollars.  Nous devons faire davantage et agir rapidement, a-t-elle déclaré.  Les efforts qui ont aidé des millions de personnes ne sont pas des solutions de long terme.  Elle a appelé au lancement des efforts de reconstruction.  Il est important de rester réaliste quant à la durée des efforts nécessaires. 

M. JEAN WESLEY CAZEAU (Haïti) a rappelé « le plus triste moment » de l’histoire d’Haïti qui a eu lieu le 12 janvier 2010, faisant référence au tremblement de terre qui a causé « plus d’un quart de million de morts, des milliers d’handicapés, d’orphelins, de sans-abris, des destructions morales et physiques, de la désolation et du désespoir », alors que le Gouvernement venait à peine de mettre en place son Plan national de développement, a-t-il indiqué. 

Saluant l’empressement de la communauté internationale au chevet de la population haïtienne, il a dit que c’était des gestes « qu’on n’oublie jamais et qui ne font que resserrer les liens d’amitié et de compréhension entre les peuples ».  Il a remercié notamment les donateurs qui ont formulé des promesses lors de la conférence du 31 mars 2010 et en particulier, ceux qui les ont déjà matérialisées.  Nous devons reconnaître qu’Haïti doit être refondé, a poursuivi M. Cazeau, notant l’ampleur de la tâche ainsi que l’importance des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires.

Depuis sa création, en juin 2010, la Commission intérimaire de reconstruction d’Haïti a approuvé 74 projets dans des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, le développement, l’agriculture ou encore l’assistance professionnelle et technique aux secteurs privé et public, s’est félicité le représentant.  Il a aussi mentionné la construction prochaine d’un parc industriel dans le nord du pays qui, quand il sera totalement opérationnel, donnera du travail à plus de 20 000 citoyens. 

Une école-hôpital de 350 lits est en train d’être érigée dans le centre, a-t-il ajouté, et un marché central vient d’être restauré à Port-au-Prince.  Les activités commerciales ont repris et la plupart des écoles ont recommencé à fonctionner, ainsi que les services publics et privés, dont la Police nationale.  On constate un certain retour à la normalité, a expliqué M. Cazeau.

Il reste cependant beaucoup à faire, a-t-il reconnu, avec plus d’un million de personnes qui vivent encore sous des tentes et qui résistent très mal aux rafales de vent et aux pluies torrentielles.  La saison cyclonique est déjà à nos portes, s’est-il inquiété, mentionnant aussi les effets dévastateurs de l’épidémie de choléra qui, en moins de cinq mois, a fait plus de 3 500 morts et causé près de 90 000 hospitalisations.  Il souhaite que la Commission, mise sur pied par le Secrétaire général pour étudier les origines de ce mal, fasse bientôt connaitre ses conclusions.

Mme SUSAN RICE (États-Unis) a affirmé qu’un an après le tremblement de terre, la voie vers le relèvement était difficile.  Elle a souligné la nécessité de consolider dans la durée un partenariat avec Haïti.  La représentante s’est félicitée du rapport de la mission de vérification de l’OEA car, le ferme appui de la communauté internationale nécessite un processus crédible qui refléterait la volonté du peuple haïtien telle qu’exprimée dans les élections, a-t-elle expliqué, encourageant les autorités haïtiennes à dégager une voie claire. 

La représentante s’est dite préoccupée par les conséquences que pourrait avoir le retour de l’ancien Président Jean-Claude Duvalier en Haïti.  La situation politique est instable, a-t-elle estimé, jugeant néanmoins que le Gouvernement haïtien semblait adopter des mesures rendant l’ex-Président comptable de ses actes passés.  Mme Rice a en outre demandé à tous les acteurs d’agir de façon pacifique; les troubles et la violence ne permettant pas à la volonté haïtienne de se faire entendre.

S’agissant de l’épidémie de choléra, elle a déclaré que la communauté internationale devait répondre aux besoins à court terme des Haïtiens tout en réduisant à plus long terme l’impact de la maladie.  Elle a ajouté que son pays déployait des efforts pour répondre à toutes les lacunes dans la stratégie de lutte contre le choléra.  Par ailleurs, pour mieux lutter contre l’insécurité, la représentante a mis l’accent sur le relèvement économique et la création d’emplois. 

Des progrès ont été accomplis depuis le séisme mais, a-t-elle prévenu, l’effort de redressement prendra des années.  Il faudra un partenariat et un engagement, a-t-elle précisé, rappelant que les États-Unis étaient déterminés à travailler avec les Haïtiens et la communauté internationale dans le long terme. 

Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a jugé essentiel que les dirigeants d’Haïti s’assurent que la voix des urnes soit entendue.  Il leur revient aussi de maintenir le calme et de s’abstenir de toute provocation, quels que soient les développements politiques, a-t-elle dit.  Elle a ajouté qu’il était de la responsabilité collective de tous les acteurs politiques haïtiens de préserver la stabilité acquise ces dernières années.  Elle a salué les contributions de la MINUSTAH, de l’OEA ainsi que des partenaires bilatéraux et multilatéraux notamment dans le contexte du processus électoral en cours.  Elle a dit que le rapport de la mission de vérification de l’OEA qui vient d’être remis au Conseil électoral provisoire sera utile aux délibérations.  Elle a estimé que le rôle de la MINUSTAH sera critique dans l’appui au processus électoral. 

La représentante a déclaré que l’élection d’un nouveau président et l’installation d’un nouveau parlement seront déterminants non seulement pour la démocratie en Haïti, mais aussi pour la reconstruction du pays.  Le relèvement est en cours, a-t-elle assuré, en saluant les efforts des partenaires, des donateurs et de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.  Néanmoins, elle a noté l’insuffisance des financements pour des activités d’une importance critique comme les programmes « travail contre rémunération ».  Elle a estimé que les partenaires devaient faire plus pour atteindre les objectifs 2011 de la Commission de reconstruction. 

Elle a mis l’accent sur l’aide humanitaire, en citant une contribution brésilienne de deux millions de dollars à l’Organisation panaméricaine de la santé pour lutter contre le choléra.  Nous avons également envoyé 2,5 tonnes de fournitures médicales et non médicales, a précisé la représentante du Brésil, avant de saluer la décision du Secrétaire général de mettre en place un groupe d’experts indépendants pour enquêter sur la source de l’épidémie de choléra.  En outre, elle a estimé crucial que l’on réponde aux besoins des déplacés et rapatriés.

M. GÉRARD ARAUD (France) a estimé qu’une crise politique durable ne devait pas s’ajouter aux calamités subies en 2010, telles que le tremblement de terre, les cyclones ou l’épidémie de choléra.  Si Haïti, a-t-il dit, ne se dote pas d’institutions fortes et stables, tous les moyens mis en œuvre par la communauté internationale resteront vains.  La France, a-t-il ajouté, appelle les autorités haïtiennes à respecter leurs engagements vis-à-vis de la communauté internationale et à tirer les conséquences des recommandations de l’OEA. 

Le pays ne peut pas se permettre de s’installer dans la paralysie ou de retomber dans la violence.  La volonté de la population doit être respectée et de nouvelles autorités doivent rapidement prendre en main l’avenir du pays, avec le soutien de la communauté internationale, a déclaré M. Araud, qui a rappelé l’appui de la France dans le cadre des Nations Unies et à titre bilatéral.

M. PHILIP PARHAM (Royaume-Uni) a exprimé son plein soutien à la MINUSTAH, dans l’espoir que les efforts menés aideront le peuple haïtien à renforcer ses capacités.  Pour garantir une sécurité durable dans le pays, il est important que ce soit le peuple haïtien lui-même, et non le personnel de maintien de la paix de l’ONU, qui prenne la direction des efforts de reconstruction avec l’appui de la communauté internationale, a-t-il estimé.  Notant les nombreux obstacles qui ont entravé les efforts au cours des 12 derniers mois, comme l’ouragan Tomas et l’épidémie de choléra, il a toutefois salué les progrès réalisés. 

Le nombre de personnes vivant dans les camps a diminué et 64% des fonds promis en mars dernier ont été déboursés, a-t-il notamment relevé.  M. Parham a ajouté que le Royaume-Uni a joué son rôle dans les efforts humanitaires, en fournissant de la nourriture, de l’eau potable, des abris et des soins médicaux, outre un personnel médical, pour faire face à l’épidémie de choléra.  En ce qui concerne le processus électoral, il a exhorté tous les candidats présidentiels à faire en sorte que soit maintenu un environnement pacifique.  Il est essentiel que le nouveau gouvernement soit élu de façon légitime, au terme d’élections libres et justes, a-t-il souligné. 

Plaidant pour la transformation de la MINUSTAH en une opération de développement, M. NESTOR OSORIO (Colombie) a estimé qu’Haïti a plus que jamais besoin d’une capacité institutionnelle solide, d’une plus grande démocratie, du développement de ses infrastructures et d’investissements étrangers pour générer des emplois et lutter contre la pauvreté.  La coopération dont le pays bénéficie aujourd’hui ne suffit pas, a-t-il poursuivi.  Il faut changer le mandat de la Mission pour qu’ensemble, a-t-il ajouté, nous puissions parvenir à une stabilisation rapide du pays et à sa reconstruction, avec l’aide des mécanismes pertinents et des organisations régionales et sous-régionales. 

À cet égard, la finalisation du second tour des élections est « critique », a-t-il averti, en soulignant que la consolidation du système électoral, l’amélioration du système judiciaire et la concrétisation d’une législature répondant aux attentes du peuple doivent être en tête des priorités.  Appelant les institutions financières et les donateurs à une « conscience sociale », le représentant a souligné que la participation de tous les acteurs politiques et sociaux haïtiens à la reconstruction nationale est un élément indispensable du succès. 

Mme CAROLINE ZIADE (Liban) s’est déclarée préoccupée par l’évolution de la situation après l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 7 décembre 2010.  Ce scrutin, a-t-elle dit, doit se dérouler en conformité avec les lois applicables sans recours aucun à la violence.  Elle a ainsi souligné la nécessité de tenir le deuxième tour en respectant strictement l’équité et la transparence de façon à promouvoir la démocratie et de poursuivre les efforts de réforme constitutionnelle et de reconstruction. 

La représentante a également exprimé sa préoccupation face à l’épidémie de choléra.  Elle a salué la mise en place par le Secrétaire général d’un groupe d’experts devant déterminer l’origine de cette épidémie.  Elle a mis l’accent sur la nécessité de faire tous les efforts possibles pour assurer le fonctionnement de l’état de droit et de respecter la volonté du peuple haïtien pour ce qui est de déterminer son avenir et ses institutions. 

M. JOSÉ FILIPE MORAES CABRAL (Portugal) a estimé qu’en matière d’aide humanitaire, la communauté internationale pouvait faire davantage, notamment au niveau structurel.  Il a affirmé que le déroulement « équitable et transparent » d’un deuxième tour de scrutin revêtait la plus haute importance.  Une observation internationale et efficace de ces élections est donc essentielle, a-t-il ajouté.  Il a aussi estimé que la MINUSTAH avait un rôle important à jouer en matière de promotion du dialogue politique et de réconciliation nationale.  Nous ne sommes pas seulement confrontés, a-t-il poursuivi, au chaos provoqué par le cataclysme, mais aussi aux manquements et aux déséquilibres structurels qui existent depuis des années. 

Le représentant a voulu que ce dernier point soit prit en compte dans la conception de la réponse à apporter à l’évolution politique et sociale d’Haïti.  M. Moraes Cabral s’est également dit préoccupé par la présence de « nouveaux éléments » susceptibles de provoquer une aggravation de l’instabilité dans le pays.  S’agissant par ailleurs de la question de l’aide humanitaire, il a appelé au renforcement de la coordination entre la MINUSTAH, les agences de l’ONU, la communauté des donateurs et des ONG.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a souligné l’aide sans précédent qui a été fournie par la communauté internationale pour le redressement d’Haïti.  La Fédération de Russie a consacré 8 millions de dollars aux efforts de reconstruction, a-t-il donné comme exemple.  Préoccupé par la lenteur des progrès dans le processus de redressement, il a appelé le Gouvernement haïtien à jouer un rôle de premier plan pour coordonner l’assistance et la reconstruction.  Il est nécessaire de renforcer les structures gouvernementales pour permettre à terme aux Haïtiens de reconstruire leur pays, a-t-il jugé.  En ce qui concerne le processus électoral en cours, il a demandé à toutes les parties de rester calmes, souhaitant que ce processus soit mené à bien.  Nous appuyons la MINUSTAH et remercions son personnel qui travaille dans des conditions difficiles, a-t-il aussi déclaré.

M. ALFRED ALEXIS MOUNGARA MOUSSOTSI (Gabon) s’est dit préoccupé par le fait que, deux mois et demi après l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, le second tour n’ait pas eu lieu.  Le représentant a espéré que les recommandations du rapport de la mission de l’OEA seront suivies et a souhaité un aboutissement heureux du processus électoral.  Sur le chapitre sécuritaire, il s’est également dit préoccupé par les informations faisant état de violences sexuelles.  Il a par ailleurs plaidé en faveur d’une coordination des efforts et une utilisation rationnelle de l’aide fournie, espérant que l’aide promise par les différents donateurs sera effectivement versée.  

M. PETER WITTIG (Allemagne) a exprimé sa reconnaissance à tous les humanitaires des Nations Unies et aux ONG qui travaillent en Haïti.  Il a aussi reconnu le rôle important que joue le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), alors qu’il opère dans un environnement très difficile.  Saluant aussi les millions de donateurs privés, il a rappelé que ces personnes s’attendent à ce que tous les efforts soient faits pour que l’aide parvienne aux personnes touchées.  Le représentant a aussi relevé le problème des violences sexuelles dans les camps et a dit apprécier les efforts menés pour régler cette situation.  La stabilité politique est indispensable pour que les efforts de redressement aboutissent, a-t-il aussi remarqué, se félicitant des efforts menés en ce sens par le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Edmond Mulet, et par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Alain Le Roy.  Nous demandons maintenant au Conseil électoral provisoire de poursuivre le processus électoral en se fondant sur le rapport de la mission de l’OEA, a-t-il dit.

M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) s’est dit très inquiet de la situation politique et humanitaire d’Haïti.  Il a dit que le relèvement nécessitera un effort pluriannuel et a demandé que les efforts de reconstruction soient une priorité absolue en 2011.  Il a dit l’importance de la résolution 1944 du Conseil de sécurité qui appelle la communauté internationale à coordonner ses efforts avec la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.  Il a jugé essentiel que le Gouvernement haïtien conduise tous les efforts de reconstruction en s’assurant que les initiatives soient transparentes et efficaces et répondent aux besoins des plus démunies.  Il a assuré que l’Afrique du Sud, individuellement et en tant que partenaire de l’Inde et du Brésil, dans le cadre du Forum trilatéral (IBAS) continuera d’appuyer les efforts de relèvement et le développement durable d’Haïti.

Par ailleurs, s’agissant des élections qui se sont tenues le 28 novembre 2010, M. Sangqu a indiqué que l’Afrique du Sud avait pris note des conclusions du rapport de la mission de vérification des experts de l’Organisation des États américains (OEA), ainsi que du communiqué du Conseil électoral provisoire du 19 janvier 2011.  Il a dit qu’il était essentiel que cette question soit résolue dans le cadre du processus légal en vigueur.  Il a jugé important que le Conseil de sécurité continue d’appuyer le processus électoral en demandant à toutes les parties, ainsi qu’à la population, de s’abstenir de toute violence.

M. HARDEEP SINGH PURI (Inde) a notamment souligné la nécessité urgente, alors que des progrès sont enregistrés dans la reconstruction et le relèvement à long terme d’Haïti, d’assurer une meilleure coordination entre les agences humanitaires, les donateurs et le Gouvernement d’Haïti.  Les différentes agences des Nations Unies doivent travailler avec acharnement pour renforcer les capacités techniques d’Haïti en vue d’une utilisation pleine et appropriée de l’aide.  De même, saluant les efforts de la MINUSTAH, il a demandé instamment aux parties concernées d’éviter toute action qui entraverait le travail des Casques bleus.

Le représentant indien a en outre souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour aider les Haïtiens à affronter l’épidémie de choléra.  À cet égard, il a espéré que le groupe d’experts indépendants que vient de nommer le Secrétaire général, pourra soumettre un rapport fondé sur des données scientifiques et capable de répondre aux accusations.  Enfin, le délégué a estimé que le travail concerté de reconstruction et de relèvement du pays ne peut se faire que dans des conditions politiques et administratives stables.  Il a demandé instamment à tous les acteurs politiques de s’abstenir de toute action pouvant causer la violence et détourner l’attention nécessaire au travail de reconstruction.

M. BULUS PAUL ZOM LOLO (Nigéria) a salué tous ceux qui ont répondu aux besoins du peuple d’Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et précisé que son pays a apporté une assistance financière et en nature qui dépasse 10 millions de dollars.  Il a aussi rendu hommage à l’engagement des volontaires du « Nigerian Technical Aid Corp », présents depuis plusieurs années en Haïti.  En outre, a-t-il ajouté, le Nigéria a envoyé un contingent de police au sein de la MINUSTAH.  Il reste encore fort à faire dans le pays, a-t-il poursuivi, appelant la communauté internationale à ne pas se détourner d’Haïti et à continuer de participer à ses efforts de redressement après les effets dévastateurs du séisme et de l’épidémie de choléra. 

Nous espérons que les donateurs répondront favorablement à l’appel d’OCHA, a-t-il dit.  S’agissant des incertitudes politiques en Haïti, il a invité le Conseil électoral provisoire et tous les leaders politiques à respecter la volonté du peuple et à s’abstenir de toute action qui saperait la marche d’Haïti vers la démocratie et une gouvernance légitime.  Il est urgent de décider d’une date pour le second tour des élections, a-t-il estimé.

M. WANG MIN (Chine) a espéré que les Haïtiens avec l’aide de la communauté internationale pourront retrouver leurs foyers au plus tôt.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de trouver des solutions appropriées à la crise électorale née de l’annonce des résultats du premier tour.  Il a ainsi lancé un appel à toutes les parties pour qu’elles se concentrent sur la paix et la stabilité du pays et le bien-être du peuple.  Il convient de s’assurer, a-t-il dit, que les élections reflètent véritablement l’avis du peuple haïtien.  Il a également souligné la nécessité de renforcer l’appui aux efforts de reconstruction d’Haïti, demandant aux parties concernées d’agir comme elles l’ont promis. 

M. IVAN BARBALIĆ (Bosnie Herzégovine) a déclaré que la conclusion « pacifique et crédible » du processus électoral était essentielle pour le redressement et la reconstruction d’Haïti. L’établissement d’un gouvernement légitime est une condition préalable de la stabilité et du développement, a-t-il expliqué.  Il a appelé les autorités haïtiennes à faire respecter le calme et la MINUSTAH à fournir son « appui indispensable » aux autorités nationales.  Le représentant a par ailleurs estimé que la participation de l’OEA au processus de vérification du vote était importante pour garantir sa crédibilité.

M. Barbalić a par ailleurs estimé que la réforme du secteur de la sécurité méritait une attention particulière, et que le renforcement des capacités de la Police nationale haïtienne devait se faire de manière prioritaire.  Il a également engagé la Commission présidentielle pour la réinstallation à suivre de près la situation des personnes déplacées.  S’agissant de l’aide internationale, il a appelé les donateurs internationaux à coordonner de près leurs activités avec la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti afin d’optimiser l’efficacité de l’appui international.

La Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, dans ses remarques de clôture, a souligné qu’OCHA renforçait ses opérations en Haïti.  Elle a remarqué que les États Membres avaient insisté sur l’importance pour les Haïtiens de bénéficier d’institutions stables et de jouir de la sécurité.  Il est important de veiller à la protection des personnes faces aux violences sexuelles, a-t-elle dit, cette nécessité étant fondamentale pour les efforts de reconstruction et de développement en cours. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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