Des délégations de la Deuxième Commission plaident pour une réforme des institutions de Bretton Woods et demandent l’allègement de la dette des pays pauvres

10 octobre 2011
AG/EF/3308

Des délégations de la Deuxième Commission plaident pour une réforme des institutions de Bretton Woods et demandent l’allègement de la dette des pays pauvres

10/10/2011
Assemblée générale
AG/EF/3308
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Deuxième Commission                                       

7e et 8e séances – matin & après-midi                       

DES DÉLÉGATIONS DE LA DEUXIÈME COMMISSION PLAIDENT POUR UNE RÉFORME DES INSTITUTIONS

DE BRETTON WOODS ET DEMANDENT L’ALLÈGEMENT DE LA DETTE DES PAYS PAUVRES

La Commission économique et financière (Deuxième Commission) a tenu son premier débat thématique, aujourd’hui, avec une convergence de vues des délégations sur le besoin d’alléger la dette des pays en développement et sur l’urgence d’une réforme de la gouvernance des institutions de Breton Woods, afin de les rendre plus légitimes, représentatives, efficaces, et démocratiques.

Une trentaine de délégations ont pris la parole, en matinée et dans l’après-midi, au cours de sessions consacrées aux questions de politique macroéconomique, avec notamment deux articulations majeures, à savoir la question du système financier international et du développement, et celle du problème de la soutenabilité de la dette des pays en développement. 

La Deuxième Commission était, à ce titre, saisie de deux rapports du Secrétaire général.  Le premier*, présenté par le Directeur du Bureau pour le financement pour le développement, du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies, M. Alexander Trepelkov, portait sur le système financier international et le développement.  Dans ce rapport, le Secrétaire général reconnaît que les institutions de Bretton Woods ont pris d’importantes mesures pour corriger les déséquilibres qui ont longtemps existé au sein de leurs organes de prise de décision, notamment dans la répartition des voix et la représentation des pays dans les conseils de direction de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).  Le second** rapport, présenté par Mme Yuefen Li, de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), souligne que la valeur totale de la dette extérieure des pays en développement et des États en transition s’est accrue d’environ 10% en 2010, en partie du fait des fluctuations du dollar et aurait ainsi atteint près de 3 900 milliards de dollars.

En ce qui concerne la dette, un certain nombre de délégations a rappelé que la dette est suspendue, telle une épée de Damoclès, sur les efforts et les ressources que les pays en développement déploient pour sortir de la pauvreté.  Le représentant de la Chine a noté que la dette extérieure des pays en développement est devenue de moins en moins viable et soutenable, et il a souhaité que la communauté internationale aide ces pays en les soulageant du poids de cette dette en la rééchelonnant ou en l’annulant comme l’a fait la Chine avec 50 pays parmi les plus endettés.  Pour le représentant du Népal, qui parlait au nom des pays les moins avancés (PMA), il faut certes alléger le poids de la dette, mais il est aussi important « que la crise économique ne serve pas de prétexte pour les pays industrialisés, pour justifier la réduction de l’aide dont dépendent les PMA pour assurer leur développement ».  Le représentant des États-Unis a affirmé que son pays « continue de regarder du côté du Club de Paris pour trouver des solutions durables, au cas par cas, aux problèmes de paiement rencontrés par les pays débiteurs ».   

La réforme des institutions financières internationales a également marqué les discussions au sein de la Deuxième Commission.  Pour le Brésil, ces institutions méritent d’être réformées dans la perspective d’une meilleure représentation des pays en développement au sein des organes dirigeants du FMI et de la Banque mondiale.  Intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. Marcela Suarez Salvia, de l’Argentine, a déploré le fait que le processus de nomination d’un nouveau Directeur général du Fonds monétaire international ait ignoré le besoin et la possibilité de sélectionner un candidat originaire d’un pays en développement.  Plusieurs autres pays ont souhaité voir les institutions de Bretton Woods accorder plus de voix, dans leurs organes de prise de décisions, aux pays en développement, ceci dans un souci d’équité et de justice, ont-ils indiqué.

Les travaux de la Deuxième Commission étaient dirigés par M. Denis Zdorov, Vice-Président de la Commission.

La Deuxième Commission poursuivra ses travaux demain, mardi 11 octobre 2011, à 15 heures, et organisera une table ronde interactive sur les « Stratégies alternatives de développement pour la création d’emplois ».

*A/66/167

**A/66/164

QUESTIONS DE POLITIQUE MACROÉCONOMIQUE

Rapport du Secrétaire général sur le système financier international et développement (A/66/167 et A/C.2/66/3)

Ce rapport, soumis à l’Assemblée générale en application de sa résolution 65/143, complète le rapport du Secrétaire général sur le suivi et l’application du Consensus de Monterrey et la Déclaration de Doha sur le financement du développement.  Le rapport passe en revue les tendances récentes constatées dans les mouvements internationaux de capitaux officiels et privés en provenance des pays en développement et les efforts actuellement menés pour réformer le système monétaire et financier international et son architecture. 

Parmi les importantes priorités de la régulation financière, note le Secrétaire général, figurentl’application de l’accord de Bâle III, l’application de nouvelles règles aux institutions financières systémiquement importantes et une régulation adéquate du système bancaire parallèle.  M. Ban précise qu’il faut veiller à ce que les règles et leur application, ainsi que les pratiques de contrôle, s’inspirent bien de la volonté de renforcer la stabilité financière mondiale et d’assurer le développement, plutôt que de servir les intérêts d’un groupe restreint quelconque de marchés ou d’institutions financières privées.  Le Secrétaire général ajoute que dans ses activités de surveillance, le Fonds monétaire international doit prêter plus nettement attention aux répercussions qu’ont sur le reste du monde les politiques suivies par les grands pays.

Le rapport note qu’étant donné que la mondialisation financière se poursuit, il est nécessaire de mettre en place un régime international d’évaluation des politiques pour mieux gérer les mouvements transfrontières de capitaux.  En outre, est-il souligné dans ce rapport, l’alourdissement de la dette publique dans les pays développés est de plus en plus analysé comme une cause majeure d’instabilité du système financier mondial.  Pour y remédier, préconise M. Ban, il faut assurer la viabilité budgétaire à moyen terme sans déstabiliser les marchés financiers.  Il suggère aussi d’envisager de créer un mécanisme multilatéral qui soit capable d’assurer le financement dont ont besoin des pays et leurs économies durant les crises systémiques, parallèlement à la mise en place d’arrangements de soutien bilatéraux et régionaux à la liquidité.

Le rapport reconnaît que les institutions de Bretton Woods ont pris d’importantes mesures pour corriger les déséquilibres dans la répartition des voix et la représentation des pays au sein de leurs organes de gouvernance.  En dehors de l’application rapide et complète des réformes déjà décidées, il importe de poursuivre les travaux menés sur les diverses questions de gouvernance, notamment sur les moyens d’améliorer encore plus la structure de gouvernance, d’augmenter la diversité des dirigeants et du personnel des institutions financières internationales, et de mettre au point des procédures ouvertes, transparentes et fondées sur le mérite de sélection des hauts dirigeants de ces institutions, souligne le Secrétaire général.

Rapport du Secrétaire général portant sur la soutenabilité de la dette extérieure et le développement (A/66/164)

Dans ce rapport, le Secrétaire général relève que la valeur en dollars de la dette extérieure totale des pays en développement et des pays en transition s’élevait à environ 3 500 milliards de dollars à la fin de 2009.  Son taux d’accroissement a baissé, passant de 8% en 2007-2008 à 3,5% en 2008-2009.  Bien que les données du système de notification de la dette de la Banque mondiale ne soient pas encore disponibles pour 2010, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que la valeur totale de la dette extérieure s’est accrue d’environ 10% en 2010, et aurait ainsi atteint près de 3 900 milliards de dollars, note le rapport.  Cette forte hausse s’explique en partie par les fluctuations qu’a connues la monnaie des États-Unis en 2010, monnaie -le dollar- qui s’est dépréciée d’environ 6% en termes effectifs.

D’après les estimations récentes, indique M. Ban, en 2010, les pays en développement auraient été à l’origine d’un transfert net d’environ 557 milliards de dollars de ressources financières vers les pays développés.  On a constaté d’autre part une accumulation rapide de réserves internationales.  En 2010, le montant total des réserves internationales des pays en développement a dépassé 5 500 milliards de dollars, soit une fois et demie la valeur totale de leur dette extérieure.

En 2010, indique le rapport, le service de la dette représentait moins de 4% des exportations en Asie de l’Est et dans le Pacifique; plus de 22% en Europe de l’Est et Asie centrale; 5,3% en Afrique subsaharienne; 5,8% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord; 6,8% en Asie du Sud; et 14% en Amérique latine et dans les Caraïbes.  En outre, la dette extérieure avoisine 40% du revenu national brut en Europe de l’Est et Asie centrale, et 12% en Asie de l’Est et dans le Pacifique, tandis qu’elle est d’environ 14% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 18% en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, et 24% en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Le Secrétaire général souligne que la majorité des pays en développement ont été résilients face à la crise financière mondiale causée par l’effondrement aux États-Unis du marché des prêts immobiliers à risque.  Néanmoins, il relève que certains pays risquent bientôt d’être contraints d’adopter des mesures de contraction budgétaire contre-productives et ont des difficultés face au prix élevé des denrées alimentaires et du pétrole.

Les perspectives économiques mondiales demeurent par ailleurs incertaines, et un nouveau choc, ou même une reprise lente, pourraient avoir des effets négatifs sur la soutenabilité de la dette, remarque M. Ban.  La communauté internationale doit donc impérativement mettre en place un système permettant de restreindre les flux élevés de capitaux improductifs qui, au lieu de promouvoir le développement économique, relèvent de la pure spéculation, préconise le Secrétaire général.

Le rapport note également que la conjoncture économique mondiale sans précédent des dernières années a largement détourné du développement l’attention de la communauté internationale.  Les donateurs, suggère M. Ban, doivent donc impérativement redoubler d’efforts afin de tenir leurs engagements en matière d’aide publique au développement de façon à préserver et à consolider les progrès accomplis et à faire en sorte qu’ils se poursuivent.  M. Ban note tout de même que l’aide publique au développement (APD) venant des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a atteint 129 milliards de dollars en 2010, le plus haut montant jamais atteint, et qu’elle a représenté 0,32% du produit intérieur brut (PIB) des pays donateurs.  Il importe donc, conclut le Secrétaire général dans ce rapport, d’envisager d’étendre les mesures d’allégement de la dette aux pays à faible revenu, et de faire en sorte que l’aide apportée à ces pays soit faite de plus en plus sous forme de dons.

Débat général

M. MARCELO SUAREZ SALVIA (Argentine), s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a souligné que la poursuite de la crise économique et financière affectait de manière négative les perspectives de croissance de nombreux pays en développement, et inversait même les tendances de développement que l’on avait connues ces dernières années.  La perspective d’une reprise est menacée par les circonstances actuelles, au vu des turbulences qui ont cours sur les marchés financiers et des pressions existantes sur les budgets des États, a dit M. Suarez Salvia.  Le représentant a exprimé sa vive inquiétude concernant cette nouvelle phase de l’économie mondiale, qui fait désormais face à plus de défis qu’au début de la crise, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur le long terme pour l’aide au développement.  Il a plaidé pour la prise de mesures rapides et appropriées qui permettraient de trouver une solution et a estimé que les pays en développement n’avaient pas à porter le poids d’une crise dont ils ne sont pas responsables.  Il a cité la nécessité de mettre en place des aides supplémentaires pour permettre aux pays d’atteindre les objectifs de développement adoptés au niveau international et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ainsi que celle d’assurer le versement dans les temps des aides prévues.

M. Suarez Salvia a souligné le besoin urgent d’une réforme du système financier international, et a, à ce titre, déploré que le processus de nomination d’un nouveau Directeur général du Fonds monétaire international ait ignoré le besoin de sélectionner un candidat d’un pays en développement.  Il a aussi mis en exergue le besoin de discussions autour d’une renégociation de la dette des pays en développement, dans un contexte de risques financiers accrus pour les pays développés, risques qui pourraient être contagieux.  À ce titre, il a noté que les établissements financiers régionaux et sous-régionaux pouvaient apporter un soutien flexible aux efforts régionaux de développement.  Concernant l’énergie et les matières premières, très sensibles à la volatilité des prix, le Groupe des 77 et de la Chine répète que la sécurité alimentaire ne pourra pas être garantie sans que des mesures permettant l’accès aux marchés mondiaux des produits agricoles des pays en développement soient prises de manière que les règles de ce commerce deviennent plus équitables.  Il est impératif de mettre fin aux mesures protectionnistes des pays développés, a souligné le représentant.

M. GYAN CHANDRA ACHARYA (Népal), qui s’exprimait au nom des pays les moins avancés (PMA), a relevé que les PMA, du fait de la crise économique mondiale, ont connu une baisse d’activité dans les domaines du commerce, du tourisme et des investissements étrangers.  Cette réduction d’activité a entrainé celle des revenus qui, ajoutée au non-respect des engagements d’aide des donateurs, a gravement affecté le déficit financier des PMA, a dit le représentant.  Il a également regretté que les prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indiquent que l’aide publique au développement devrait baisser cette année et connaître uns stagnation l’année prochaine.  M. Acharya a déclaré que la crise économique ne devrait pas pour les pays industrialisés, devenir un prétexte pour réduire l’aide, surtout que, a-t-il ajouté, les PMA dépendent énormément des fonds de l’aide pour assurer leur développement.  Il a rappelé que selon le Plan d’action de la Conférence d’Istanbul, qui a eu lieu en mai dernier, la communauté internationale doit être plus attentive aux besoins spécifiques des PMA. 

Concernant la question de la réforme des institutions financières internationales, le représentant a proposé que la voix et la participation des PMA soient renforcées au sein des institutions de Bretton Woods.  Il a indiqué que les Nations Unies ont un rôle important à jouer pour le renforcement et la coordination du système financier international et de l’architecture financière internationale.  Il a enfin souhaité la mise en place d’un système international indépendant sur l’arbitration de la dette, afin, a-t-il noté, de permettre aux pays faisant face à la dette, de pouvoir trouver des solutions de manière harmonieuse.

M. YUSRA KAHN (Indonésie), qui s’exprimait au nom des pays de l’Association de s nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a rappelé que la croissance des pays de la région avait été solide depuis la reprise survenue après la crise de 2008, avec un taux de croissance de 7,5% en 2010 dans la zone.  Toutefois, l’ANASE souligne le besoin de rester vigilant au vu des difficultés actuelles de l’économie mondiale et de leur possible impact sur le développement économique de la région d’Asie du Sud-Est, a dit M. Khan.  Il a plaidé pour l’adoption de mesures macroéconomiques adaptées.  Il est important, à cet égard, d’entretenir le dialogue et la coopération sur le plan financier aux niveaux régional et international, a-t-il ajouté.  Dans la région d’Asie du Sud-Est, l’ANASE poursuit d’ailleurs les réformes structurelles et les mesures de soutien à la demande, à l’emploi et aux investissements, a souligné le représentant.  Ce dernier a aussi appelé à une réforme des institutions financières de Bretton Woods, pour que notamment leur gouvernance soit plus ouverte aux pays en développement.  Le problème de la volatilité de prix des matières premières a également été soulevé par le représentant de l’Indonésie.

M. VLADIMIR SERGEEV (Fédération de Russie) a rappelé qu’un système financier international stable et efficace était l’un des piliers d’une croissance économique durable et que les Nations Unies pouvaient avoir un rôle essentiel pour garantir que soit menée la réforme nécessaire des institutions financières internationales.  À cet égard, la Deuxième Commission devrait accorder une grande importance aux travaux du G-20, qui reste une entité multilatérale clef dans l’élaboration d’approches collectives pour résoudre les défis économiques mondiaux.  Si l’apport du G-20 dans la réforme de l’architecture du système financier mondial est indéniable, il est aussi souhaitable que le G-20 renforce son dialogue avec les organes spécialisés de l’ONU, et la Fédération de Russie accueille favorablement les initiatives allant en ce sens, a souligné M. Sergeev. 

Le représentant a, en outre, noté que les pays du groupe BRICS (Brésil, Fédération de Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) jouaient un rôle de plus en plus important dans la réforme de l’économie et de la finance internationales et que ces pays ne cherchaient pas la confrontation, mais plutôt une collaboration multilatérale équitable.  Il a plaidé pour une réforme des mécanismes internationaux de régulation financière, avec une meilleure coordination et une meilleure supervision, et aussi une hausse des réserves en devises internationales.  À ce titre, les droits de tirage spéciaux (DTS) revêtent une importance particulière dans le système monétaire mondial, a estimé M. Sergeev.  Par ailleurs, la Fédération de Russie souligne qu’elle n’a pas l’intention de mettre en place de nouveaux impôts ou autres limitations aux activités financières, a dit le représentant.  Il a plaidé en faveur de l’apport d’un soutien aux institutions financières, et à cet égard évoqué le projet en cours visant à transformer Moscou en centre financier international.  M. Sergeev a aussi abordé la question de la crise des dettes souveraines en souhaitant que l’on reconsidère les concepts et stratégies à utiliser pour régler ce problème, et il a rappelé à ce titre que la dette de la Fédération de Russie ne dépassait pas 10% de son PIB.  

M. DAFFA-ALLA ELHAG ALI OSMAN (Soudan) a relevé que les cours des produits alimentaires et des produits de base causent problème.  Il a ensuite noté que la dette est comme un problème majeur qui mérite d’être réglé afin que les pays les moins avancés puissent avoir une chance de promouvoir leur développement.  Il a indiqué que les pays à faible revenu payent un tribut très lourd à la crise actuelle du fait des erreurs commises par les pays développés.  Le représentant a ensuite présenté des mesures et réformes menées au Soudan.  Il a cité entre autres la mobilisation des ressources, la maitrise de l’inflation, la mise en place d’une unité chargé de la gestion de la question de la dette extérieure afin de trouver une solution à l’endettement du pays.  Malgré ces efforts, a-t-il regretté, le Soudan n’a pas bénéficié des mesures de réduction de dette, comme par exemple celle de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE).  Il a souhaité que cette « discrimination » vis-à-vis de son pays prenne fin, afin que le Soudan, qui sort d’un long conflit armé, reçoive le soutien de la communauté internationale pour l’aider dans sa reconstruction.

M. LIU FENG-YUAN (Singapore) a noté que le risque d’un ralentissement de l’économie mondiale est aujourd’hui plus que jamais d’actualité.  Il l’est autant sinon plus qu’il ne l’était au début de la crise financière internationale en 2008, a dit M. Liu.  Il a rappelé qu’au début de la crise, l’économie de Singapore avait connu une récession, avant de renouer avec la croissance à deux chiffres en 2010.  Il a relevé que Singapore a mis en place un ensemble de mesures qui vont de l’ouverture aux marchés extérieurs à la protection des investisseurs et de la population nationale.  Il a également estimé que les Nations Unies, ayant une légitimité internationale avérée, devraient continuer de jouer un rôle prépondérant dans la régulation du système financier international, sans pour autant, a-t-il ajouté, que des organismes comme le G-20 ne soient mis de côté.

M. DANILO ROSALES DIAZ (Nicaragua) a relevé que les raisons de la crise actuelle étaient dues à l’absence de volonté politique.  « Sans volonté, sans compromis politique réel pour être à la hauteur des défis colossaux auxquels nous sommes confrontés, nous ne serons en mesure de faire face ni à l’effondrement de l’économie ni aux conséquences irréversibles des changements climatiques », a-t-il déclaré, ajoutant que rarement dans l’histoire le monde n’avait été confronté à des difficultés d’une telle ampleur.  « L’ordre mondial injuste dans lequel nous vivons, et qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme », doit être changé, a souligné M. Diaz. 

Le représentant a blâmé le fait que les promesses de changement structurel qui ont été faites en 2008 n’aient pas été tenues, soulignant qu’aujourd’hui « nous sommes au bord de l’effondrement » économique, « justement parce que nous n’avons retenu aucune leçon », tandis que la richesse se concentre de plus en plus entre quelques mains et que la paupérisation du plus grand nombre s’accélère.  Il a aussi abordé la crise de la dette en Europe et la dégradation récente de la notation des États-Unis, et il s’est interrogé sur le rôle des agences de notation et sur la valeur de leurs projections ou analyses.  Il a conclu que le modèle économique mondial actuel doit être profondément changé, car il n’est pas viable, et a plaidé pour l’instauration d’un système économique « qui soit au service de l’homme ».

M. JOAO LUCAS QUENTAL DE ALMEIDA (Brésil) a jugé que la situation actuelle était différente, en plusieurs points, de celle qui prévalait lors de la crise de 2008, avec notamment, aujourd’hui, la crainte d’une double récession qui affecterait à la fois les économies matures et les pays en développement.  Dans les pays développés, la production notamment reste à des niveaux inférieurs à ceux de 2008 en dépit des mesures historiques qui ont pu être prises.  Parallèlement, les mesures prévues, mais qui malheureusement non pas abouties, sont importantes en ce qui concerne les secteurs financier et immobilier, ou encore la consommation, qui reste anémique.  Les pays développés continueront toutefois d’être un moteur pour l’économie mondiale à court et moyen termes, a dit M. De Almeida.  Ces pays devraient mettre en place des mesures coordonnées pour stimuler leurs économies et adopter des politiques de long terme pour renforcer leurs budgets, a-t-il préconisé.  Parallèlement, la communauté internationale devrait aider l’Europe à régler le problème de ses dettes souveraines, a jugé le représentant. 

Afin d’éviter une nouvelle récession aux pays développés, et pour en atténuer les effets sur les pays en développement, il est crucial de promouvoir une politique de coordination renforcée, a estimé le représentant du Brésil, qui a indiqué que son pays voit dans le G-20 « une plate-forme importante pour assurer la reprise économique et jeter les bases d’une croissance solide, durable et équilibrée », sur fond de dialogue régulier avec les instances des Nations Unies.  Le représentant du Brésil a aussi plaidé pour une réforme du système financier mondial et des institutions financières internationales, dans la perspective d’une meilleure représentation des pays en développement au sein des organes dirigeants du FMI et de la Banque mondiale.  Il a aussi fait valoir l’importance des droits de tirage spéciaux. 

M. ABDOU SALAM DIALLO (Sénégal) a indiqué que la mise en place d’un « système financier international plus solide, plus stable et plus équilibré est devenue impérative pour apporter des solutions durables face à la persistance des déséquilibres mondiaux ».  À ce propos, il a suggéré l’élargissement des cadres de concertation et de décision internationaux aux pays émergents et en développement.  Concernant l’aide publique au développement, le représentant a souhaité que les donateurs respectent leurs engagements, et il a souligné que les rééchelonnements de la dette, de même que l’Initiative PPTE, ne paraissent pas être des solutions pérennes.  Il a estimé qu’à défaut de l’annulation intégrale de la dette, il faudrait « prendre des mesures plus douces en vue d’alléger davantage ce fardeau qui constitue un réel handicap aux efforts de développement ».

M. TLEUZHAN S. SEKSENBAY (Kazakhstan) a estimé que la réforme des institutions de Bretton Woods devrait être rapidement menée, afin que ces institutions soient le reflet des modifications visibles dans l’architecture économique mondiale aujourd’hui.  Il a suggéré la mise en place d’un « pacte de régulation mondiale », qui devrait, par exemple, détecter les signes avant coureurs de crises internationales et les juguler à temps.  Le représentant a souligné que le système des Nations Unies, et particulièrement le Conseil économique et social (ECOSOC), devraient jouer un rôle central, non seulement dans le suivi, mais également dans la coordination et la mise en place des programmes à l’échelle mondiale.

M. SAUL WEISLEDER (Costa Rica) a plaidé pour que soit reconnu le fait que les États Membres « ont des responsabilités communes mais différenciées », et a appelé à des solutions issues « d’une analyse objective et sereine ».  Il a souligné que la crise économique actuelle trouvait son origine dans les pays développés, dans les imprudences du système bancaire et financier, et dans l’absence de régulation adéquate sur les marchés financiers.  L’intervention des pays développés et émergents et leur coordination au sein du G-20 ont permis de contenir ce qui risquait de devenir une crise aussi colossale que celle des années 1930.  Mais au-delà, ces mêmes autorités, ainsi que les dirigeants du monde financier ne sont pas en mesure de nouer des accords suffisamment solides et coordonnés pour éviter la rechute à court terme et favoriser une relance de l’économie à plus long terme, a déploré M. Weisleder. 

Le représentant a suggéré une coordination étroite et transparente pour favoriser une reprise économique sur le long terme, coordination qui devrait intégrer une analyse des sources et des raisons de la crise actuelle.  Il a aussi appelé à ce que les économies développées et en développement mettent de côté leurs intérêts propres pour trouver une solution commune comme l’ont fait en leur temps des leaders et penseurs comme John Maynard Keynes.  Ce travail coordonné devrait être fait sous l’égide d’organismes internationaux.  Dans cette perspective, parmi les chantiers essentiels figure la réforme du système financier international afin de restaurer la confiance sur les marchés, a dit le représentant.  Ce dernier a aussi souhaité que soit bouclé le Cycle de négociations commerciales de Doha et qu’une solution soit apportée au problème de la volatilité extrême des cours et des prix des produits de base.

M. TAUHEDUL ISLAM (Bangladesh) a souhaité que la communauté internationale trouve des solutions à la crise économique internationale qui touche fortement les PMA, alors que ces derniers ne sont pas à l’origine de cette crise.  Le représentant a noté que la présente crise financière et économique a révélé les dysfonctionnements du système financier international, et il a suggéré que la réforme tant annoncée des institutions de Bretton Woods ait lieu.  M. Islam a insisté sur le fait que les différentes règles et feuilles de route proposées par les Nations Unies pour réguler l’architecture financière et économique internationale soient mises en place et respectées par toute organisation internationale travaillant dans les secteurs économique et financier.  Il a également suggéré que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international reconnaissent que les PMA font partie d’une catégorie d’États particulière, et qu’ils devraient de ce fait avoir une représentation conséquente au sein des organes directeurs de ces deux institutions.

M. DONG ZHIHUA (Chine) a souligné que l’instabilité et les incertitudes augmentaient avec le contexte économique et financier actuel.  Dans cette perspective, les pays devraient continuer à s’entraider et prendre des mesures efficaces et pratiques pour faire face à ces difficultés.  Ils devraient œuvrer de concert pour garantir une croissance durable et dynamique à moyen et long termes à l’économie de la planète.  Les États Membres devraient aussi bien intégrer le lien entre la croissance économique et la santé financière, a préconisé M. Dong.  La communauté internationale devrait pour sa part prêter attention aux difficultés des pays en développement et les aider à stabiliser leurs marchés financiers et améliorer leur développement, a ajouté le représentant.  Les pays développés devraient, en outre, honorer leurs engagements en matière d’aide au développement, a-t-il souligné.

La Chine a plaidé pour la mise en place d’un ordre financier international nouveau, juste et équitable, pour une meilleure représentation des pays en développement au sein des organes de gouvernance des institutions de Bretton Woods et pour le renforcement de la règlementation des flux de capitaux transfrontières, a indiqué M. Dong.  Le représentant a cité le besoin d’améliorer le système monétaire international, en renforçant notamment les mécanismes de contrôle et de fluctuation des taux de change.  La Chine, a-t-il dit, souhaite aider à réduire l’écart entre les pays du Nord et du Sud, et elle prône une politique monétaire prudente.

Le représentant a noté que la dette extérieure des pays en développement est devenue de moins en moins viable et souhaité que la communauté internationale aide ces pays en les soulageant du poids de cette dette.  Il a cité à ce titre la nécessité d’assurer le versement des aides promises, une hausse du niveau de soutien des organismes financiers internationaux aux États, ou encore le rééchelonnement de la dette.  Sur ce point, la Chine s’est elle-même engagée à annuler la dette de pays pauvres en six occasions depuis 2000, a fait valoir le représentant.  La Chine avait, à la fin de l’année 2010, annulé au total 388 dettes détenues par 50 pays faisant partie de la catégorie des pays pauvres très endettés et de celle des pays les moins avancés.

M. DANILO ROSALES DIAZ (Nicaragua) a relevé que les raisons de la crise actuelle étaient dues à l’absence de volonté politique.  « Sans volonté, sans compromis politique réel pour être à la hauteur des défis colossaux auxquels nous sommes confrontés, nous ne serons en mesure de faire face ni à l’effondrement de l’économie ni aux conséquences irréversibles des changements climatiques », a-t-il déclaré, ajoutant que rarement dans l’histoire, le monde n’avait été confronté à des difficultés d’une telle ampleur.  « L’ordre mondial injuste dans lequel nous vivons, et qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme », doit être changé, a souligné M. Diaz. 

Le représentant a blâmé le fait que les promesses de changement structurel qui ont été faites en 2008 n’aient pas été tenues, soulignant qu’aujourd’hui « nous sommes au bord de l’effondrement » économique, « justement parce que nous n’avons retenu aucune leçon », tandis que la richesse se concentre de plus en plus entre quelques mains et que la paupérisation du plus grand nombre s’accélère.  Il a aussi abordé la crise de la dette en Europe et la dégradation récente de la notation des États-Unis, et il s’est interrogé sur le rôle des agences de notation et sur la valeur de leurs projections ou analyses.  Il a conclu que le modèle économique mondial actuel doit être profondément changé, car il n’est pas viable, et a plaidé pour l’instauration d’un système économique « qui soit au service de l’homme ».

M. WALTER SCHULDT (Équateur) a indiqué que l’allègement de la dette doit toucher tous les pays endettés, et non pas seulement les pays ayant respecté un certain nombre de conditions mises en place par les donateurs.  Il a réaffirmé le rôle central des Nations Unies sur la question de la « soutenabilité » de la dette et a souhaité le renforcement de la coopération technique, afin de renforcer les capacités des pays en développement en matière de statistiques qui ont un rapport avec la dette.  Le représentant a regretté que les pays développés ne soient pas ouverts à la possibilité d’un débat sur la « soutenabilité » de la dette, et a souhaité que les États donateurs fassent preuve de plus de volonté politique sur le traitement de cette question.

M. JOHN SAMMIS (États-Unis) a déclaré qu’il fallait redoubler d’efforts pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement étant donné que l’horizon 2015 approche.  Certains pays en développement ont enregistré des progrès notoires, tout comme certains pays les moins avancés.  Mais l’élimination de la pauvreté demeure un problème mondial, et les États fragiles ont en particulier peu avancé, a constaté M. Sammis.  Le représentant a rappelé qu’une croissance économique soutenue joue un rôle essentiel pour résorber la pauvreté, notamment en termes d’éducation, de santé publique ou de sécurité alimentaire.

Pour les États-Unis, « les ressources financières ne suffisent pas à elles seules à résorber la pauvreté des pays en développement », a estimé le représentant.  Il faut développer une meilleure gouvernance, un environnement propice au monde des affaires, à l’investissement et à la création d’entreprises, ainsi que de la transparence dans le processus de décisions, a-t-il préconisé.  Les États-Unis souhaitent s’engager à soutenir les efforts nationaux des pays en ce sens afin de bâtir des économies inclusives qui améliorent la vie de leurs populations.  Ces efforts requièrent une base élargie de donateurs, dont des  fondations, des pays émergents, des organisations non gouvernementales (ONG), le secteur privé et les entrepreneurs.  Il faut élargir les opportunités commerciales pour permettre la croissance des marchés et améliorer les flux commerciaux des pays en voie de développement, tel que souhaité dans le second round du Cycle de négociations commerciales de Doha.  Les États-Unis sont prêts à apporter une assistance technique pour aider les pays en voie de développement à se développer sur les marchés commerciaux.  Comme l’avait indiqué le Président Obama dans un discours du G-20 à Séoul en novembre 2010, les pays en voie de développement doivent assumer leurs responsabilités en ouvrant leurs marchés et en créant des emplois, a dit M. Sammis.  Le représentant a, en outre, salué le travail des institutions de Bretton Woods et jugé que les organes des Nations Unies offrent une opportunité précieuse de partage d’expertises pour pouvoir contribuer à réduire la pauvreté.

S’exprimant sur la dette, le représentant a noté que les engagements se sont accrus au cours de la dernière décennie grâce à diverses initiatives sur l’allégement de la dette et divers autres engagements multilatéraux.  Les États-Unis continuent de regarder du côté du Club de Paris pour trouver des solutions durables, au cas par cas, aux problèmes de paiement rencontrés par les pays débiteurs.  Une dette durable nécessite une stratégie nationale reposant notamment sur une politique macroéconomique solide et une transparence maximale des politiques faisant participer les citoyens, a ajouté M. Sammis.  Le représentant a, en outre, dit attendre avec intérêt la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur les progrès liés au Consensus de Monterrey et à la Déclaration de Doha en termes d’aide au développement, et a dit soutenir les nouvelles idées qui visent à favoriser la réussite dans la réalisation des OMD.  Néanmoins, ces approches doivent être individuelles et volontaires.  Les États-Unis, en tant que plus gros contributeur à l’aide au développement, demeurent fidèles à l’agenda de l’aide et aux principes de la Déclaration de Paris.  « Nous souhaiterions que d’avantage de pays adhèrent à ces principes.  Nous devrions mesurer le développement à l’aune de l’ascension sociale des populations, de la pauvreté à la prospérité ».

Mme CARLA ESPOSITO GUEVARA (État plurinational de Bolivie) a relevé que le monde se dirige vers un avenir incertain à cause de la crise économique et financière internationales.  Elle a noté que la cause profonde de cette crise est l’instabilité des économies de pays riches, ainsi que les pratiques spéculatives mises en place par les financiers et banquiers pays développés.  Elle a estimé qu’on ne peut pas socialiser les risques et privatiser les gains, une manière de décrire le fait que les impôts des citoyens soient utilisés pour réparer les déficits causés par la spéculation.  La représentante de la Bolivie a, en outre, souligné que l’impact de la crise est plus grave dans les pays en développement, et y aggrave la pauvreté, tout en y augmentant le fossé entre pauvres et riches.  Elle a indiqué que les crises montrent le besoin de réformer les institutions de Bretton Woods en les rendant plus démocratiques, plus représentatives et orientées vers le développement.  L’aide publique au développement ne devrait pas être affectée du fait de la crise, a-t-elle déclaré.  Elle a estimé, enfin, que les Nations Unies ne doivent pas décevoir les peuples du monde, et devraient s’impliquer davantage au règlement de cette crise mondiale.

M. ATAKLTI HAGEGE (Éthiopie) a regretté que le service de la dette et les montants dus soient toujours un obstacle au développement de pays comme l’Éthiopie.  Il a indiqué qu’en 2010, 65% du budget d’investissement de l’Éthiopie étaient consacrés aux projets et programmes destinés à améliorer le sort des populations les plus pauvres.  C’est une orientation budgétaire qui, a regretté M. Hagege, ne rencontre pas l’assentiment et le soutien des donateurs, qui n’ont versé que la moitié des promesses de financements qu’ils avaient faites à l’Éthiopie, qu’ils accusent de mener un « programme économique non orthodoxe ».  De 2004 à 2010, a indiqué le représentant, le taux de croissance de l’Éthiopie était de 11,3%.  Une situation positive qui permet au pays de prévoir la diminution du taux de pauvreté de sa population qui passera de 29% en 2010 à 22% en 2015, a ajouté le représentant, en espérant, à cet effet, le soutien de la communauté internationale. 

M. RAHMAN KHAN (Inde) a souligné que sur plusieurs points la crise s’était aggravée depuis 2008, alors que les piliers de la croissance mondiale, à savoir les États-Unis, l’Europe et le Japon, font face à un ralentissement continu de leurs économies, ce ralentissement faisant partie des tendances qui affectent les marchés financiers du monde entier et risquent d’affecter négativement les pays en développement, pays dans lesquels vivent les populations les plus vulnérables à la crise.  Plus de 100 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté l’an dernier dans les pays en développement, a noté le représentant, qui a souligné aussi qu’« il est paradoxal que les peuples les moins responsables de la crise en deviennent les plus grosses victimes ».  Pour l’Inde, il est clair que le système financier et économique mondial doit être réformé urgemment « pour faire place à la démocratie, à la transparence et à la responsabilité ».  M. Khan a appelé au lancement d’efforts plus déterminés sur la scène internationale et à l’élaboration d’outils qui permettraient d’atténuer les effets déstabilisants des flux de capitaux volatiles sur les marchés financiers. 

Il a mis en garde contre la tentation du protectionnisme à laquelle pourraient succomber certains pays pour essayer de faire face à la crise mondiale, appelant plutôt à la mise en place de politiques macroéconomiques coordonnées entre grandes économies, et il a indiqué le soutien de l’Inde aux accords de Bâle III pour la réglementation des liquidités et des capitaux.  Il a aussi plaidé pour une réforme du système financier, dont une réforme des quotas de représentation des pays en voie de développement au sein de ces institutions.  Concernant la dette, le représentant a souligné que les pays les moins avancés étaient les plus affectés par la crise de la dette et a suggéré la mise en place de mécanismes permettant de rendre ces endettements plus gérables par les pays endettés.

M. MOHSIN FADZLI HAJI SAMSURI (Malaisie) a déclaré que « les crises mondiale et régionales que connait le monde depuis une vingtaine d’années, sont la preuve, que le système financier actuel nous a conduit droit à l’échec ».  La Malaisie, a assuré le représentant, appuie les recommandations issues du rapport du Secrétaire général de l’ONU, notamment les mesures urgentes à prendre, dans plusieurs secteurs clefs, tels que « la régulation financière, la supervision des politiques macroéconomiques, la gouvernance des institutions de Bretton Woods », pour renforcer l’architecture et le système économique mondiales.  M. Samsuri a dit que son pays fondait beaucoup d’espoirs dans ce rapport de l’ONU, qui place au centre de ses préoccupations « la relance des économies des pays en développement et des pays les moins avancés.  Le représentant de la Malaisie a insisté sur l’importance de mettre en place des mécanismes et systèmes d’alerte, « pour prévenir une crise avant qu’il ne soit trop tard ».

M. AHMAD NASEEM WARRAICH (Pakistan) a plaidé en faveur d’une réforme de l’architecture du système financier international, en guise de riposte à la crise financière qui secoue le monde entier, et a déploré « le manque de volonté politique » pour y parvenir.  Il est fondamental, a suggéré le représentant pakistanais, notamment pour relancer la machine du système financier international, « de mobiliser et d’affecter de manière efficace les ressources afin de promouvoir une croissance économique soutenue et un développement durable », plus particulièrement dans les pays en développement.  Le représentant du Pakistan, soulignant également, la mise en œuvre rapide des réformes des institutions de Bretton Woods, tel que cela a été convenu en 2010, a estimé que « la résolution de la question de la représentativité des pays en développement au sein de ces institutions, devrait être une priorité ».

M. GEORGE TALBOT (Guyana), s’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a souligné que les États de la CARICOM sont inquiets face à une éventuelle seconde récession et face aux impacts qu’elle pourrait avoir sur le développement des États de la région.  Il a estimé qu’étant donné que les membres de la CARICOM n’ont pas la possibilité de mettre en place des mesures anticycliques de résolution de la crise, ils continuent de subir les conséquences des erreurs causées par d’autres.  Il a, dans ce contexte, noté que l’aide publique au développement devrait servir de catalyseur au développement des pays de la CARICOM, y compris pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Le représentant a rappelé que la vulnérabilité particulière des petits États insulaires en développement devrait faire l’objet d’une attention particulière de la communauté internationale.  Il a rappelé que la plupart des pays membres de la CARICOM font partie des pays les plus endettés de la planète, ce qui apparait comme un obstacle difficile à franchir sur la voie de leur développement.  Il a, de ce fait, souhaité que des instances internationales de discussion, telles que les Nations Unies, soient le lieu de débat sur la soutenabilité de la dette et de la place de cette dernière sur le développement des pays.  Il a suggéré que la Commission internationale d’experts sur la coopération sur les questions d’impôts soit transformée en une instance intergouvernementale, intégrée au Conseil économique et social, afin de pouvoir renforcer la coopération internationale sur les questions de fiscalité.

M. JOSEPH-MARIE FOUDA NDI (Cameroun) a relevé que le nouveau ralentissement de l’économie mondiale intervient dans un contexte où les pays en développement, plus vulnérables aux chocs exogènes et au poids de la dette, peinent encore à se relever de la précédente crise.  Bien qu’ayant reçu pour certains des aides du Fonds monétaire international, qui sont venues s’ajouter aux mesures prises sur le plan national, « les pays en développement n’ont pas eu les ressources nécessaires pour s’offrir des plans vigoureux », a déploré le représentant.  Pour le Cameroun, le redressement du monde en développement « ne pourra se concrétiser que dans une approche de partenariat et de solidarité », laquelle ne saurait se confiner à la seule aide publique au développement, a souligné M. Fouda Ndi.  Au titre des autres aides nécessaires, il faut encourager l’afflux de capitaux privés vers l’Afrique, a-t-il indiqué en parlant des investissements étrangers directs.

S’agissant de gouvernance économique mondiale, le représentant a souhaité que l’ONU « s’affirme dans la formulation des normes et des mécanismes visant à garantir la stabilité économique collective », et que les Nations Unies ne soient pas marginalisées dans cette gouvernance.  M. Fouda Ndi a d’autre part rappelé l’objectif que s’est fixé le Cameroun de devenir un pays émergent à l’horizon 2035, notamment par le lancement de grands projets d’infrastructures, de mise en valeur de ses ressources naturelles et de politiques judicieuses visant la création d’emplois stables.

M. MODEST MERO (République-Unie de Tanzanie) a relevé que la situation économique et financière actuelle affectait de manière négative l’économie de son pays, en particulier les exportations, le tourisme ou encore les recettes de l’État.  La Tanzanie, comme les autres pays en développement, souffre de la volatilité des prix des matières premières, du coût des échanges internationaux, de la volatilité des taux de change, et des défis posés à la gestion de la dette.  Dans ce contexte, la Tanzanie poursuit une politique économique prudente, a souligné son représentant, mais elle fait face à une résurgence de pressions inflationnistes. 

Le représentant de la Tanzanie a souligné l’attachement de son pays au multilatéralisme, et notamment au système commercial multilatéral et au marché mondial des échanges, estimant que le Cycle de négociations commerciales de Doha doit rester, comme prévu lors de son lancement, un cycle de développement.  Doha « devrait être considéré comme un échec s’il ne génère pas de développement dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) », a estimé M. Mero.  À ce titre, le représentant a exprimé sa vive inquiétude au vu du manque de consensus actuel sur le sujet, et a aussi demandé à la communauté internationale de résoudre le problème de la spéculation sur les marchés financiers et des matières premières.  Il a enfin déploré que la question de la dette n’ait pas fait l’objet de plus d’attention au niveau international.

M. MAGDIEL GENO SUPO SAMAKI (Nigéria) a plaidé en faveur d’une coopération internationale et d’une régulation adaptées pour stabiliser les flux financiers mondiaux.  Il a souligné que le Nigéria faisait des progrès grâce à ses réformes économiques menées pour renforcer ses fondamentaux économiques, réformes qui ont conduit à de meilleures bases macroéconomiques, une moindre inflation, et un PIB plus solide, sur fond de bons revenus tirés du marché du pétrole.  La croissance du PIB du Nigéria est passée de 7% en 2009 à 8,1% en 2010 et les perspectives de moyen terme sont prometteuses, avec 6,9% attendus en 2011 et 6,7% en 2012.  Le représentant a aussi mis en exergue l’exécution du budget et la modification du système fiscal. 

Il a appelé les États à se protéger de la récession pour pouvoir atteindre en 2015 les Objectifs du Millénaire pour le développement, ce au moyen d’une politique de gestion des risques et d’une politique qui limite les flux de capitaux à court terme en encourageant l’investissement, qu’il soit direct ou indirect.  Il a exprimé le soutien du Nigéria aux accords de Bâle III et le besoin de mettre en œuvre des mesures supplémentaires pour éviter les risques systémiques dans la finance internationale.  Concernant la dette, le représentant a souligné les initiatives prises par le Nigéria, qui a notamment mis au point un cadre de gestion de la dette au sein duquel sont établies les stratégies régissant les emprunts.  Il a aussi appelé à d’avantage d’allégements de la dette pour les pays les plus pauvres et à la mise en place de services financiers plus inclusifs vis-à-vis des populations.  Il a enfin rappelé qu’il est impératif que les pays donateurs respectent leurs engagements financiers. 

M. ELYES LAKHAL (Tunisie) a affirmé que devant le caractère multidimensionnel et complexe des menaces consécutives à la crise financière internationale, il est de la responsabilité des Nations Unies de forger l’esprit de solidarité et de coopération nécessaires aux niveaux local, national et international.  Il a rappelé que la Tunisie est à l’origine du « printemps arabe », et il a invité la communauté internationale à soutenir son pays dans ses efforts de relèvement.  Dans ce contexte, M. Jerandi a estimé que le rapatriement des fonds détournés par l’ancien régime serait important pour le contribuable tunisien qui a été spolié de ses revenus.  Il a également invité les donateurs à soutenir la transition en marche en Tunisie par des actions comme la conversion du service de la dette en des ressources utilisables pour des projets d’investissement.  Au sujet de la réforme des institutions financières internationales, le représentant a suggéré « la réforme de la gouvernance du FMI et de la Banque mondiale, en vue de corriger les déséquilibres dans la répartition des voix et assurer la représentation des pays en développement au sein de leur conseil d’administration ».

M. BENEDICT LUKWIYA (Ouganda) s’est félicité des réformes portant sur le plan de la gouvernance que les institutions de Bretton Woods ont commencé à mettre en place en vue de traduire dans les faits une meilleure représentativité de la nouvelle réalité économique du monde.  Il a regretté que la dette, dans les pays en développement, soit un obstacle majeur au développement, car les ressources qui devraient servir à l’amélioration de la qualité de vie des populations sont attribuées au service de la dette.  Il a rappelé que l’Ouganda est l’un des bénéficiaires de l’Initiative PPTE, et il a souhaité, que de nouvelles dispositions d’allègement de la dette soient mises en place, qu’en bénéficient aussi bien les pays qui ont reçu les facilités liées à l’Initiative PPTE que ceux qui n’y ont pas encore eu droit.

M. VICTOR OVALLES-SANTOS (Venezuela) a déploré la disparition de certaines conquêtes sociales à cause de la crise financière, la spéculation financière allant à l’encontre de la création d’emplois et de revenus.  Il a plaidé pour un renforcement de la régulation financière.  La crise économique mondiale a été un tremblement de terre, dans lequel le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont une part de responsabilité.  En ce sens, il faut pouvoir réformer les institutions de Bretton Woods et y instaurer un meilleur contrôle, a dit le représentant.  Il a aussi demandé la mise en place d’instruments monétaires régionaux, et la création de nouveaux mécanismes pour pouvoir résoudre le problème de la dette extérieure.  Il a dit que le Venezuela proposait que l’on mette en place au sein de chaque région une architecture financière régionale, et qu’il estime que les pays du Sud peuvent construire un nouveau monde reposant sur un modèle différent.

Mme MONTEL (France) a réagi aux différentes interventions de la journée ayant fait référence au rôle et à la place du G-20 dont la France assure la présidence en ce moment.  Elle a relevé que la France et l’ensemble des pays européens sont conscients de la situation politique difficile que traverse l’Europe.  Elle a soutenu que l’Europe travaille à trouver des réponses adéquates à la crise actuelle et elle a noté que la France, en tant que Présidente du G-20, soutient les réformes mises en place par le G-20 pour juguler la crise.  Elle a ensuite énuméré un ensemble de mesures d’ouverture allant dans le sens de l’amélioration de la gouvernance des instances financières internationales.  Elle a, de ce fait, indiqué que le G-20 a cédé des sièges aux pays émergents dans les organes de décision des institutions de Bretton Woods et elle a mentionné l’abandon de la procédure de nomination de certains États par le canal d’une élection.  La représentante a déclaré que ces réformes renforcent la légitimité politique de ces institutions.  Enfin, elle a souligné que sous la présidence française, le G-20 a toujours associé les Nations Unies à tous les travaux et débats pour lesquels la pertinence de la présence de l’ONU était avérée.

M. THEERAPHAT TRANGKATHUMKUL (Thaïlande) a rappelé que les conséquences de la crise financière et économique actuelle continuaient de faire peser des risques sur la croissance économique et la stabilité financière mondiales.  Cette situation est encore aggravée par les nombreuses catastrophes naturelles qui touchent différentes parties du globe, y compris la Thaïlande, victime de graves inondations récemment dans 30 de ses 77 provinces.  Malgré une croissance robuste de 7,8% en 2010 et une faible dette publique, le pays doit persévérer dans une stratégie de croissance soutenue et répondre aux besoins croissants de sa population, a-t-il souligné, réaffirmant l’attachement de son gouvernement à une philosophie de modération et d’équilibre entre croissance et gestion durable des ressources naturelles. 

Appelant à une réforme du système financier international et à un soutien à la coopération monétaire et financière au niveau régional, le représentant a plaidé en faveur de la création d’un commerce international transparent, régulé et équitable, y compris pour l’agriculture et les produits manufacturés.  La mise en place de la Communauté économique de l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) est une priorité de notre politique, a-t-il dit.  La Thaïlande est également préoccupée par le poids de la dette, qui pèse sur les perspectives à long terme des pays en développement, et souhaite voir accentués le renforcement des capacités et le transfert de technologie pour développer les alternatives en matière d’énergie, a-t-il confié.  M. Trangkathumkul a souligné qu’il ne s’agissait pas nécessairement d’atteindre les plus hauts chiffres possibles de croissance, mais bien de s’engager sur la voie d’une croissance durable et inclusive, qui bénéficie à tous les membres de chaque société humaine.

Mme AMBER BARTH, S’exprimant au nom de l’Organisation internationale du travail (OIT), a souligné que la réforme du secteur financier ne fait aucun doute mais qu’il faut clarifier le but et les résultats souhaités d’une telle réforme.  L’OIT réitère que la réforme du système financier doit aller dans le sens d’une convergence des politiques de macroéconomie, de l’emploi et du marché du travail afin de garantir une croissance solide au niveau mondial, sur fonds d’investissements accrus pour résoudre les problèmes de long terme du marché du travail.  L’instabilité et le manque de confiance sur les marchés financiers continuent d’endommager les perspectives de croissance de l’économie réelle, alors que le marché du travail demeure fragile dans la plupart des pays et que les écarts s’accroissent entre riches et pauvres, a regretté Mme Barth. 

La représentante de l’OIT a jugé vital de mettre en œuvre des mesures qui stimulent l’investissement dans l’économie réelle.  Elle a rappelé que l’emploi et la protection sociale sont des piliers essentiels d’une croissance équilibrée et d’un modèle économique fondé non pas sur l’endettement, mais sur la génération de revenus.  À ce titre, les budgets alloués aux systèmes nationaux de protection sociale doivent être perpétués, a préconisé la représentante, qui a conclu en appelant les politiques à donner la priorité à l’économie réelle au travers d’investissements durables, de l’épargne, et de la consommation, en favorisant l’emploi décent.  « Sans reprise du marché du travail, la reprise globale de l’économie restera en péril », a-t-elle averti. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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