L’inertie de la Commission du désarmement remet en cause les efforts de non-prolifération

12 octobre 2011
AG/DSI/3436

L’inertie de la Commission du désarmement remet en cause les efforts de non-prolifération

12/10/2011
Assemblée générale
AG/DSI/3436
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Première Commission

10e séance – après-midi

L’INERTIE DE LA COMMISSION DU DÉSARMEMENT REMET EN CAUSE LES EFFORTS DE NON-PROLIFÉRATION

Le Haut-Représentant pour les affaires de désarmement et des responsables

 de l’AIEA, de l’OIAC et de la CD dialoguent avec des délégations de la Première Commission

La Première Commission, chargée des questions du désarmement et de la sécurité internationale a entendu, aujourd’hui, plusieurs hauts fonctionnaires sur la situation actuelle dans le domaine de la maîtrise des armements et du désarmement et sur le rôle des organisations ayant des mandats en la matière.

Rassemblant notamment le Haut-Représentant pour les affaires de désarmement, M. Sergio de QueirozDuarte, et le Secrétaire général adjoint de la Conférence du désarmement (CD), M. Jarmo Sareva, la discussion a été l’occasion de revenir sur l’impasse en cours au sein de la CD, qui empêche en particulier d’avancer sur la question de la production de matières fissiles à des fins militaires ou civiles.  

Faut-il poursuivre les efforts pour dépasser l’impasse qui règne?  Une action plus drastique sur l’avenir de la CD est-elle nécessaire?  Un autre cadre de négociation peut-il mieux fonctionner, en particulier dans le domaine des armes de destruction massive?  Voilà quelques-unes des questions soulevées par le Secrétaire général adjoint de la CD, qui a constaté un sentiment largement partagé selon lequel le principal organe multilatéral de négociation sur le désarmement ne produit pas les résultats attendus.

Défendant la Conférence en rappelant les réalisations qu’elle a permises -TNP, Convention sur les armes chimiques et biologiques et TICEN-, il a mis en avant des pistes de réflexion pour revitaliser ses travaux et dépasser les blocages récurrents rencontrés en son sein, comme la fin des présidences tournantes mensuelles et l’adoption d’un programme de travail tous les ans.  Également favorable à une interaction plus forte avec la société civile, il a défendu l’élargissement de sa composition afin d’éviter qu’elle ne se transforme en tour d’ivoire.  Autre piste qu’il a mise en avant, les recommandations formulées par l’Assemblée générale à l’issue de sa réunion en juillet consacrée à la revitalisation de la CD, sous réserve que les États qui en sont membres acceptent de les mettre en œuvre, a-t-il ajouté.

Abordant également le thème de l’avenir de la CD, le représentant du Royaume-Uni, dans le cadre du dialogue sur les armes nucléaires entamé cet après- midi a lui aussi qualifié l’impasse actuelle d’inacceptable, soulignant qu’elle était le fait d’un État qui bloque les souhaits de la majorité, en particulier les discussions sur un traité relatif aux matières fissiles.

Dans leurs interventions, les représentants des États-Unis, de la Roumanie et du Kazakhstan ont également insisté sur l’importance de l’ouverture de négociations en vue de la création d’un traité interdisant la production de matières fissiles à des fins militaires.

La Roumanie, l’Afrique du Sud et le Kazakhstan qui utilisent déjà l’énergie nucléaire pour la production d’électricité ont rappelé le droit de tous les États à utiliser cette énergie à des fins pacifiques.  C’est d’ailleurs dans ce contexte que le représentant kazakh a réitéré la proposition de son pays d’accueillir sur son territoire une banque internationale du combustible nucléaire, placée sous le contrôle de l’AIEA, afin de renforcer encore le régime de non-prolifération à l’instar de la création des zones exemptes d’armes nucléaires et du projet en cours en la matière au Moyen-Orient, défendu aussi par les cinq pays intervenus cet après-midi.

S’il n’est pas revenu sur l’idée d’une banque mondiale du combustible nucléaire, le représentant de l’AIEA, qui participait au dialogue en début de séance, a, en revanche, réitéré le soutien de l’Agence aux efforts déployés pour un traité sur les matières fissiles.

Après avoir rappelé également le rôle essentiel de vérification joué par l’AIEA dans les cinq ZEAN existantes aujourd’hui sur la planète, en particulier l’autorité dont elle jouit auprès des États membres de ces ZEAN, il a indiqué que l’Agence faciliterait aussi les efforts pour la création d’une ZEAN au Moyen-Orient.  Dès le mois prochain, elle accueillera à son siège à Vienne, un forum dédié à cette question.

Rappelant également leur soutien à cette initiative, les États-Unis ont indiqué qu’ils avaient travaillé activement avec le Royaume-Uni et la Fédération de Russie pour parvenir à la nomination d’un facilitateur pour la Conférence internationale prévue en 2012 sur ce thème.

La Première Commission poursuivra son débat sur les armes nucléaires demain après-midi.

DÉBAT THÉMATIQUE

Dialogue avec des fonctionnaires de haut niveau sur la situation actuelle

M. SERGIO DE QUEIROZ DUARTE, Haut-Représentant des Nations Unies pour les affaires de désarmement a dit qu’il croyait pouvoir affirmer que « l’état de la situation dans le domaine du contrôle des armes et du désarmement » montrait des signes d’amélioration graduelle, bien qu’il reste difficile de faire des prédictions assurées sur la durabilité de ce progrès dans les années à venir.  Le soutien en faveur des traités clefs dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération –en particulier, le Traité sur la non-prolifération (TNP) et la Convention sur les armes chimiques et biologiques– reste assez fort, il en est de même s’agissant de l’entrée en vigueur du TICEN, a-t-il expliqué.  Il a par ailleurs rappelé que la résolution 1540 adoptée par le Conseil de sécurité avait aidé à renforcer les dispositifs internes dans leur action pour prévenir la prolifération et l’utilisation, par les terroristes, des armes de destruction massive.  Un processus similaire doit encore se développer pour garantir que les normes dans le domaine du désarmement sont bien reflétées dans les mandats des organes concernés, les législations internes, les doctrines et les politiques.  Ces normes ne doivent pas seulement viser à l’élimination de toutes les armes de destruction massive, mais aussi s’assurer qu’elles ne feront pas ensuite leur réapparition, a-t-il poursuivi. 

Pour M. Duarte, c’est le large sujet du contrôle des armes qui doit être pris en compte aujourd’hui.  Le Haut-Représentant a ainsi rappelé que la réglementation des armements était un objectif de la Charte des Nations Unies, regrettant le peu d’avancées réalisées dans le commerce des armes conventionnelles depuis 45 ans.  Il est nécessaire que les efforts dans ce domaine soient non seulement couronnés de succès, mais que des efforts supplémentaires soient entrepris pour réduire les dépenses militaires, limiter la production, l’échange et l’amélioration des armes conventionnelles.  La réalisation du désarmement concernant les armes de destruction massive ne doit jamais être perçue comme une invite à la prolifération des armes conventionnelles, a-t-il ajouté, expliquant, par ailleurs, que l’absence de toute entité internationale travaillant sur la limitation de la production ou de la prolifération des armes conventionnelles était assez parlante en elle-même. 

Il a enfin indiqué que l’un des domaines auxquels il faut consacrer une certaine attention est la coopération productive qui est à l’œuvre entre différentes organisations, citant notamment en exemple la Réunion de haut niveau sur la sûreté et la sécurité nucléaires tenue le mois dernier, qui s’est concentrée sur l’étude de l’accident tragique de Fukushima, en coopération étroite avec l’AIEA, avec la participation de 16 institutions des Nations Unies.  Enfin, revenant sur l’impasse de la Conférence du désarmement, M. Duarte a indiqué que la Réunion de haut niveau convoquée par le Secrétaire général le 24 septembre dernier et la réunion de suivi de l’Assemblée générale de juillet dernier ont représenté plus que de simples occasions pour critiquer le statu quo, mais ont aussi permis à la communauté internationale d’exprimer son soutien à de nouveaux progrès en la matière, progrès pour que la règle de droit gouverne le désarmement. 

Prenant à son tour la parole devant les délégations, le Secrétaire général adjoint de la Conférence du désarmement (CD), M. JARMO SAREVA, a estimé qu’il existait aujourd’hui un sentiment largement partagé que la CD ne produit pas les résultats attendus en raison de l’impasse qu’elle connaît depuis plusieurs années, et en dépit des appels répétés du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, de ceux des États Membres, de la Première Commission ou de l’organisation en juillet dernier, d’une session de l’Assemblée générale consacrée à la revitalisation des travaux de la CD.

Rappelant ensuite les réalisations les plus importantes de la CD -TNP, Convention sur les armes chimiques, Conventions sur les armes biologiques et TICEN-, il a souligné qu’aucun texte de la même portée n’était aujourd’hui en projet, avant de soulever une série de questions liées à l’avenir du seul organe multilatéral de négociations en matière de désarmement: faut-il continuer les efforts pour dépasser l’impasse qui règne ou une action plus drastique sur l’avenir de la CD est-elle nécessaire? Un autre cadre de négociations peut-il mieux fonctionner, en particulier dans le domaine des armes de destruction massive? 

Sans répondre directement, M. Jarmo Sareva a estimé que la communauté internationale faisait face à une tache extrêmement complexe d’invention ou de réinvention des mécanismes de désarmement, dont le succès n’était pas garanti.

Estimant que la CD faisait partie de ces organes qui devraient être créés s’ils n’existaient pas, il a ensuite mis en avant des pistes de réflexion, comme la fin des présidences tournantes mensuelles et l’adoption d’un programme de travail tous les ans.

Il a également souligné l’importance d’introduire plus de démocratie dans le désarmement.  Une interaction plus forte avec la société civile serait plus que bénéfique pour la CD, afin de l’aider à ne pas se transformer en tour d’ivoire, a-t-il déclaré.

En conclusion, il a rappelé les travaux de l’Assemblée générale lors de sa réunion spéciale de juillet consacrée à la revitalisation de la CD, insistant sur l’immense légitimité dont jouissaient les recommandations qu’elle a formulées, ajoutant que toutefois tout accord pour revitaliser les travaux de la CD  dépendait d’une entente entre les membres qui la composent actuellement.

Rappelant d’abord que l’année 2012 marquera le quinzième anniversaire de l’entrée en vigueur de la Convention sur les armes chimiques, M. AHMET UZUMCU, Directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a estimé que ce Traité multilatéral sans précédent avait permis de faire reculer le développement, le stockage et l’usage de ces armes, en instaurant un régime de vérification de l’industrie mondiale de la chimie pour s’assurer qu’aucune arme chimique n’est désormais produite.

Dressant ensuite le bilan de ces 15 années, le Directeur général de l’OIAC a indiqué que 85% des ressources destinées aux inspections ont été consacrés à des vérifications destinées à prendre acte de la destruction de près de 70% du stock mondial déclaré d’armes chimiques.

Il est ensuite revenu sur le désarmement des deux principaux possesseurs de telles armes, la Fédération de Russie et les États-Unis, saluant les progrès réalisés par ces deux États qui ont respectivement détruit 22 000 tonnes et 25 000 tonnes d’agents chimiques, soit 55% et 90% de leurs stocks d’armes chimiques déclarés.

M. Ahmet Uzumcu a toutefois indiqué que les deux États avaient indiqué récemment qu’ils ne seraient pas en mesure de remplir leurs engagements en détruisant la totalité de leurs stocks à l’échéance prévue d’avril prochain. Précisant qu’ils avaient cependant réaffirmé début octobre leurs engagements à respecter la Convention et à éliminer tous leurs stocks.

Devant les délégations, le Directeur général de l’OIAC a poursuivi en évoquant les préoccupations suscitées ces derniers mois par la situation en Libye. Nous avons reçu l’assurance que les stocks d’armes chimiques libyens sont sous le contrôle des Forces du Conseil national de transition libyen (CNT), a-t-il déclaré.

Abordant ensuite les questions de fonctionnement de l’OIAC, il a rappelé que conformément à la Convention qui a fixé à avril 2012 l’échéance pour la destruction des stocks d’armes chimiques par les États parties, les inspections diminueraient au-delà de cette date.  Les objectifs fondamentaux pour lesquels l’OPCW a été créée restent toutefois d’actualité, a-t-il souligné, citant notamment  les efforts à poursuivre pour renforcer l’efficacité de la mise en œuvre de la Convention par chaque État partie, éviter la résurgence de stocks ou l’apparition de nouvelles armes avec les progrès de la science, s’assurer que de telles armes ne tombent pas aux mains d’acteurs non étatiques -organisations criminelles ou terroristes- et consolider la coopération internationale entre les 188 États parties.

Face à des défis qui évoluent, M. Ahmet Uzumcu a demandé finalement à une réflexion globale sur les moyens d’adapter l’OIAC, invitant les États parties à y contribuer directement dans les mois qui viennent.

Pour conclure, le Directeur de l’OIAC a appelé les derniers États qui n’ont pas encore signé et ratifié la Convention à le faire au plus vite.  Il a également proposé la participation de l’OIAC à la Conférence internationale sur la création d’une ZEAN au Moyen-Orient prévue en 2012.

Après avoir rappelé que la plupart des pays de la planète utilisaient aujourd’hui des technologies nucléaires, notamment dans la médecine, la gestion des ressources en eau ou la sécurité alimentaire, et que 30 États produisaient en plus de l’électricité à partir de centrales nucléaires construites sur leur territoire, M. GEOFFREY SHAW représentant le Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a souligné le rôle central de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour accompagner le développement croissant du recours à l’énergie nucléaire et éviter qu’il ne contribue à la prolifération.

Soulignant ensuite qu’au travers de son régime de vérification, l’AIEA offre des assurances crédibles à la communauté internationale sur le bon usage de la matière fissile et des technologies nucléaires, il a regretté toutefois que l’autorité légale de l’Agence dans ce domaine ne soit pas universelle.  Alors que les États non nucléarisés parties au TNP doivent conclure avec l’Agence des accords de garanties généralisées, 15 d’entre eux n’ont toujours pas mis en œuvre ces accords, a-t-il déploré.

Abordant ensuite la question des outils de vérification dont dispose l’AIEA, le représentant a rappelé que le Protocole additionnel au TNP de 1997 avait renforcé les capacités de l’Agence, en lui permettant notamment d’avoir accès à plus d’information et de lieux.  Grâce à cet outil juridique, l’AIEA peut donner des assurances crédibles sur l’usage exclusivement civil de matériel nucléaire déclaré, ainsi que sur l’éventuelle présence ou usage de matières fissiles non déclarées.

Estimant que de telles assurances renforcent la confiance régionale et internationale, contribuent à atténuer le sentiment de menace, et par conséquent le risque de prolifération, le représentant de l’AIEA s’est félicité de l’entrée en vigueur de Protocoles additionnels dans 110 États parties au TNP, appelant ceux qui ne l’ont pas encore fait à le faire le plus vite possible.

Devant la Première Commission, M. Geoffrey Shaw est ensuite revenu sur les efforts déployés en faveur du désarmement nucléaire, insistant sur le caractère central d’un régime de vérification crédible pour assurer la transparence des initiatives de désarmement.  L’AIEA peut faciliter le désarmement en vérifiant de manière indépendante que les matières fissiles provenant d’armes démantelées ne sont jamais réutilisées à d’autres fins militaires, a-t-il déclaré, avant de citer l’exemple du rôle joué par l’AIEA dans la mise en œuvre du Traité russo-américain START 2 entré en vigueur début 2011.

Autre domaine de prédilection de l’AIEA, la création de nouvelles ZEAN.  Les traités qui ont créé jusqu’à présent les cinq ZEAN existantes sur la planète reconnaissent le rôle de vérification de l’AIEA et son autorité via les accords de garanties généralisées qu’elle passe avec les États Membres.  Dans ce contexte, l’Agence a été sollicitée pour faciliter les efforts déployés pour la création d’une nouvelle ZEAN au Moyen-Orient, a expliqué son représentant, avant d’indiquer qu’un Forum dédié à cette question se tiendrait au siège de l’AIEA, à Vienne, dès le mois prochain.

Pour conclure, le représentant a soulevé le problème de la sécurité nucléaire, le qualifiant d’extrêmement important pour tous les États.  Après avoir rappelé que l’AIEA aidait les États parties au TNP à développer des capacités de sécurité nucléaires durables destinées à protéger les matières radioactives ou nucléaires, son représentant a mis en avant le programme sécuritaire de l’Agence dans ce domaine, qui englobe la définition des normes de sécurité, l’assistance à la mise en place d’une législation nationale, les conseils sur la protection physique des matériaux et installations ou encore la détection de radiations et les réponses à mettre en œuvre.

Évoquant enfin le trafic illicite de matières fissiles ou radioactives et le risque que des organisations criminelles ou terroristes y accèdent, le représentant a appelé à des efforts supplémentaires, notamment pour parvenir à l’entrée en vigueur de l’Amendement à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires adopté il y a déjà six ans.

Débat sur les armes nucléaires

M. ISRAIL U.TILEGEN (Kazakhstan) a indiqué que son pays avait été en première ligne s’agissant de la non-prolifération, ayant notamment renoncé volontairement au quatrième plus gros arsenal nucléaire du monde.  Il est en faveur de l’entrée en vigueur du TICEN le plus rapidement possible, afin que sa Commission préparatoire devienne une véritable organisation de vérification.  La CD doit devenir un moteur robuste pour entamer des négociations d’un traité sur les matières fissiles, a-t-il aussi estimé.  Compte tenu de la demande croissante d’énergie nucléaire, le Kazakhstan est prêt à accueillir sur son territoire une banque du combustible nucléaire sous les auspices de l’AIEA, pour autoriser les pays à se procurer du combustible nucléaire, afin de renforcer le régime de non-prolifération.  Pour le Kazakhstan, il faut rappeler que chaque État a droit d’utiliser de façon pacifique le nucléaire.  Le représentant a par ailleurs salué les efforts en faveur de la création de zones exemptes d’armes nucléaires.  Il a rappelé que le Kazakhstan avait ratifié la Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire.  Le Kazakhstan participe aux efforts pour sensibiliser sur la question des essais nucléaires, a souligné le représentant, rappelant que son pays allait cette année encore présenter aux côtés d’autres États le texte de la résolution 64/35 afin de mettre un terme aux essais et aux explosions nucléaires.    

M. LESLIE GUMBI (Afrique du Sud) a déclaré que l’unique garantie contre l’utilisation des armes nucléaires est leur entière destruction.  Toute présomption de détention de l’arme nucléaire ne fera qu’accroître l’insécurité, a-t-il noté.  Nous sommes convenus de nombreuses mesures de désarmement nucléaire ces dernières années, et il faut qu’elles soient mises en œuvre pour augmenter la confiance.  Pour l’Afrique du Sud, il faut aussi faire en sorte que les doctrines de dissuasion soient revues, et adopter un cadre complet d’instruments se renforçant pour aller vers un monde exempt d’armes nucléaires.  Le représentant a ensuite demandé aux États qui n’ont pas ratifié le TICEN de le faire sans attendre.  L’entrée en vigueur de ce Traité reste un objectif urgent et non négociable.  Les États ont besoin de garanties.  Un instrument contraignant sur l’utilisation ou la menace de l’utilisation de l’arme nucléaire serait une avancée importante.  L’Afrique du Sud continue d’appuyer la création de zones exemptes d’armes de destruction massive.  Le désarmement nucléaire reste notre priorité, car les armes nucléaires, facteur d’insécurité, ne sauraient avoir de place dans notre environnement.  Il ne faut pas prendre seulement en compte les intérêts des États: la sécurité humaine est également un objectif important, a expliqué le représentant.   

Mme LAURA KENNEDY (États-Unis) a rappelé qu’en matière de désarmement, son pays croyait fermement à des étapes réalistes, progressives, et se renforçant l’une après l’autre pour parvenir à l’objectif fixé.  Nous pensons que chercher à mettre sur pied une convention sur les armes nucléaires est beaucoup moins susceptible de produire des avancées sur les objectifs recherchés, a expliqué la représentante.  Chercher à combiner toutes questions au cours d’une seule négociation conduirait à l’impasse, détournant l’attention de la communauté internationale de l’objectif d’étapes pratiques, atteignables qui puissent être entreprises, a-t-elle poursuivi. 

La représentante a par ailleurs fait valoir la mise en vigueur du Traité START entre la Russie et son pays.  En complément de ces démarches bilatérales, nous continuons le dialogue multilatéral au sein du P5, a-t-elle expliqué, citant les réunions de Londres en 2009 et Paris cet été pour évoquer l’accroissement de la transparence, la vérification, et les mesures visant au renforcement de la confiance.  Pour les États-Unis, la réduction des armes nucléaires restreint la capacité du développement d’autres armes, et à cet égard, l’entrée en vigueur du TICEN et les négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes et autres dispositifs explosifs nucléaires sont des étapes clefs.  La représentante a ensuite exprimé la déception de son pays devant le blocage de la CD.  Mme Kennedy a rappelé l’engagement de son pays en faveur de zones exemptes d’armes nucléaires.  Enfin, elle a indiqué que les États-Unis avaient travaillé activement avec la Russie et le Royaume-Uni, et en consultation avec la région, pour arriver à la nomination d’un facilitateur pour la conférence régionale de 2012 sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. 

M. EUGEN VICTORMIHUT (Roumanie) a réitéré que le TNP demeure le pilier du système de non-prolifération.  La Roumanie salue les derniers évènements dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération.  Il a indiqué que les parties devaient travailler à un succès de la conférence qui se tiendra en 2012 s’agissant de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, et cela malgré les difficultés qui peuvent exister.  En tant que pays possédant un programme de nucléaire civil, la Roumanie a réaffirmé le droit de tout un chacun d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  En conclusion, il a indiqué que la priorité pour son pays était la négociation d’un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes et autres dispositifs explosifs nucléaires.  Il a par ailleurs appelé à revitaliser les travaux de la CD qui stagnent depuis 15 ans. 

M. JO ADAMSON (Royaume-Uni) a rappelé la position de son pays en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires, soulignant les efforts déployés dans le domaine du désarmement et le respect de ses obligations internationales en tant qu’État partie au TNP.

Constatant ensuite que des armes nucléaires existent toujours et que l’environnement sécuritaire international reste incertain, il a précisé que le Royaume-Uni avait poursuivi son désarmement, mais conservait toutefois une force nucléaire de dissuasion crédible mais minimum.  Devant les délégations, il a réitéré l’engagement de son pays à ne pas utiliser ou menacer d’utiliser des armes nucléaires contre des États non nucléaires parties au TNP et se soumettant aux obligations qui y sont liées.

Revenant ensuite sur le succès de la Conférence de révision du TNP de 2010, qui a débouché sur l’adoption d’un Plan d’action concret, il a appelé les États Membres à maintenir cet élan, comme l’on fait les cinq puissances nucléaires reconnues dans le TNP lors de leur réunion d’experts du P5 à Paris cet été, consacrée aux questions de transparence et de garanties négatives de sécurité.

Le représentant a poursuivi son intervention en saluant le Ghana et la Guinée pour leur ratification du TICEN au cours de l’année écoulée.  Il a également indiqué que son pays s’apprêtait à lancer une initiative visant à promouvoir la ratification du TICEN dans les petites îles.

Toujours dans le domaine de la non-prolifération, il a déploré l’impasse dans laquelle se trouve la CD, la qualifiant d’inacceptable avant d’en attribuer la responsabilité à un État qui bloque les souhaits de la majorité, en particulier les discussions sur un traité sur les matières fissiles.

Rejetant toutefois l’idée de négociations à l’extérieur du cadre multilatéral de la CD, aux motifs qu’elles excluraient des acteurs essentiels à l’universalisation d’un traité et qu’elles mineraient le mandat de la CD en dépit de ses réalisations passées, le représentant du Royaume-Uni a appelé les États Membres à concentrer les efforts collectifs sur les moyens de revitaliser les travaux de la CD pour s’attaquer aux problèmes complexes liés à un traité sur les matières fissiles.  Nous considérons ce traité comme un élément vital de notre ultime objectif, celui d’un monde sans armes nucléaires, a-t-il déclaré.

Pour conclure, le représentant a mis en avant la menace posée par le développement d’armes nucléaires par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et l’Iran, et les préoccupations internationales encore plus grandes soulevées par les révélations sur la construction d’une unité d’enrichissement d’uranium en RPDC et le début de l’enrichissement d’uranium à 20% en Iran.

Déplorant les entorses répétées de l’Iran au TNP dont il est un État partie, le représentant a estimé que la communauté internationale ne pouvait ignorer cette réalité.  La communauté internationale doit faire bloc et appeler la RPDC et l’Iran à se conformer au droit international, à travailler avec l’AIEA et à s’abstenir de toutes nouvelles provocations, a-t-il déclaré. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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