Réunion de haut niveau sur la désertification: « la désertification tue non seulement des gens, mais aussi notre développement et notre avenir »

20 septembre 2011
AG/11143

Réunion de haut niveau sur la désertification: « la désertification tue non seulement des gens, mais aussi notre développement et notre avenir »

20/09/2011
Assemblée générale
AG/11143
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-sixième session

6e & 9e séances plénières

Matin & après-midi


RÉUNION DE HAUT NIVEAU SUR LA DÉSERTIFICATION: « LA DÉSERTIFICATION TUE NON SEULEMENT DES GENS, MAIS AUSSI NOTRE DÉVELOPPEMENT ET NOTRE AVENIR »


Par cette phrase, le Président de l’Assemblée appelle

la communauté internationale à mettre en œuvre avec efficacité et volonté la Convention contre la désertification


Dans un contexte rendu dramatique par la sécheresse qui affecte durement la région de la corne de l’Afrique, sécheresse qualifiée ce matin de « véritable tueur silencieux » par le Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, M. Nassir Adulaziz Al-Nasser, l’Assemblée a tenu une Réunion de haut niveau, organisée dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, pour tirer la sonnette d’alarme et rappeler au monde que les vies de deux milliards de personnes sont concernées par ce phénomène et ses impacts.


Il a été convenu que le Président de l’Assemblée générale présentera la synthèse des discussions de ce jour lors de la dixième session de la Conférence des États parties à la Convention sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement affectés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique, qui doit se tenir du 10 au 21 octobre à Changwon, en République de Corée, et lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable qui aura lieu à Rio de Janeiro, au Brésil, du 4 au 6 juin 2012 (Conférence Rio+20).


Chaque année, ce sont 12 millions d’hectares de terres cultivables qui disparaissent en raison de la désertification, soit l’équivalent, au bout de 10 ans, de la taille d’un pays comme l’Afrique du Sud!  Cette réalité est d’autant plus alarmante que les capacités globales de production alimentaire devront être augmentées de 70%, afin de nourrir les neuf milliards d’habitants que devrait compter la planète Terre en 2050.


Les intervenants au débat organisé par l’Assemblée générale se sont ainsi dits « vivement préoccupés » par la situation des 2,3 milliards de personnes qui vivent dans les zones arides, et dont les moyens de subsistance, essentiellement tirés de l’élevage du bétail et de la culture des terres sont menacés par la désertification.


« Les habitants des terres arides de la planète comptent parmi les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment aux risques de famine », a ainsi déclaré M. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, qui a également attiré l’attention de l’Assemblée générale sur les 13 millions de personnes qui, en ce moment, ont besoin d’une aide humanitaire urgente à Djibouti, en Éthiopie, au Kenya et en Somalie.  « La survie de ces gens dépend des sols dégradés, dont la productivité a diminué en deçà du niveau de subsistance alimentaire », a souligné M. Ban.


Comme l’a indiqué, dans une déclaration liminaire, M. Luc Gnacadja, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, « la désertification fait courir un risque à chacun d’entre nous. Entre la survie et l’extinction de l’espèce humaine, il n’y a qu’une dizaine de centimètres de sol fertile ».


Les intervenants au débat d’ouverture et aux tables rondes qui l’ont suivi ont souligné l’interdépendance existant entre la lutte menée contre la désertification par les États et l’ambition poursuivie par la communauté internationale d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  « S’il n’est pas mis fin au phénomène de la désertification, ses impacts risquent d’annihiler nos efforts de lutte contre la pauvreté ainsi que ceux déployés en faveur de la réalisation des OMD et du développement durable », a averti le Secrétaire général.


M. Ban a appelé la communauté internationale à une véritable prise de conscience, déplorant que les zones arides –soit 40% de la surface des terres de la planète- soient aussi trop souvent des déserts en termes d’investissements, car étant perçues par les gouvernements et les autres acteurs internationaux comme une cause perdue d’avance.  « Rien n’est cependant plus éloigné de la vérité », a souligné Ban Ki-moon.


Le Président de l’Assemblée, pour sa part, a insisté sur la mise en place de stratégies globales, venant appuyer des initiatives locales, afin de parvenir à un taux de dégradation des sols qui soit égal à zéro.  Il s’est ainsi réjoui de l’initiative de l’Union africaine « Un grand mur vert », qui participe à la lutte contre la désertification dans la région du Sahel en procédant à la plantation d’un véritable mur d’arbres couvrant une zone qui va du Sénégal, à l’Ouest, à Djibouti, à l’extrémité Est du continent.


Plusieurs intervenants ont également insisté sur la nécessité de mettre en place un panel scientifique global qui renforcerait les liens entre la communauté scientifique et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, adoptée en 1994, et permettrait de donner l’alerte en cas de menace de situations de crise.  Adoptée en 1994, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification a été signée par 194 pays.  Elle est le seul instrument juridiquement contraignant liant l’environnement, le développement et la préservation des sols.


M. Alberto D’Alotto, Ministre adjoint des affaires étrangères de l’Argentine, a fortement déploré que la mise en œuvre de cette Convention « soit à la traîne » comparée à celle des deux autres Conventions de Rio, qui sont respectivement la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur la diversité biologique.  Plusieurs délégations ont fait le même constat.


Dans ses remarques de clôture, le Président de l’Assemblée générale a confirmé qu’il transmettrait à la Conférence de Changwon, ainsi qu’à la Conférence de Rio+20, les principales suggestions formulées lors du débat et des tables rondes qui ont eu lieu aujourd’hui.  Parmi ces suggestions et recommandations, il a notamment cité celle ayant trait à la création d’un groupe d’experts sur la désertification et la dégradation des sols.  Résumant l’importance des travaux de la journée, marqués par les deux tables rondes coprésidées notamment par les Présidents du Nigéria et de l’Autriche, M. Al-Nasser en a rappelé la teneur des enjeux en une phrase: « la désertification ne tue pas seulement les hommes, elle tue également notre développement et notre avenir ». 


RÉUNION DE HAUT NIVEAU DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SUR LA LUTTE CONTRE LA DÉSERTIFICATION, LA DÉGRADATION DES SOLS ET LA SÉCHERESSE DANS LE CONTEXTE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DE L’ÉLIMINATION DE LA PAUVRETÉ


Déclarations liminaires


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER, Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, a souligné les conséquences économiques, sociales et politiques très lourdes de la désertification, le cadre de vie d’un milliard d’habitants dans plus de 100 pays étant directement menacé par ce phénomène.  Il a ensuite rappelé que l’Afrique de l’Est connaissait la pire sécheresse depuis 60 ans, directement responsable de la mort, ces trois derniers mois, de dizaines de milliers d’enfants somaliens âgés de moins de 5 ans.  La sécheresse est un tueur silencieux qui requiert une action concertée au plus haut niveau pour être désarmée, a-t-il poursuivi.  M. Al-Nasser a reconnu que les efforts menés jusqu’à présent pour lutter contre la désertification et la dégradation des sols avaient été insuffisants.  Les stratégies mises en place doivent viser l’objectif d’un taux de dégradation des sols qui soit égal à zéro, et elles doivent venir en appui aux initiatives locales, et ce dans un cadre financier prévisible et pérenne.


Le Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale a ensuite exhorté les États Membres à faire en sorte que la prochaine Conférence de Rio +20 débouche sur des résultats tangibles qui réaffirment un équilibre entre tous les aspects du développement durable.  M. Al-Nasser a ensuite insisté sur le défi majeur que représente la sécurité alimentaire, tant que la malnutrition aura un impact durable sur le développement d’un pays.  Il a préconisé l’élaboration de stratégies nationales pour s’attaquer aux racines de l’insécurité alimentaire, stratégies qui viendraient en appui de coopérations triangulaires, Sud-Sud, et globales, afin de dégager les politiques les plus efficaces en la matière.  Il s’est réjoui de l’initiative de l’Union africaine « Un grand mur vert », qui vise à lutter contre la désertification dans la région du Sahel en plantant un véritable mur d’arbres du Sénégal, à l’Ouest, à Djibouti, à l’extrémité Est du continent.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a attiré l’attention sur les 13 millions de personnes qui nécessitent une aide humanitaire urgente à Djibouti, en Éthiopie, au Kenya et en Somalie.  La sécheresse ne doit pas se transformer en famine, a-t-il souligné, faisant remarquer que bien souvent la communauté internationale réagissait trop tard et que les décisions étaient souvent prises alors que les États veulent en même temps faire de fausses économies.  Nous comptabilisons les coûts non seulement en termes de vies humaines, mais sur la base des frais supplémentaires encourus pour répondre à des crises qui pourraient être évitées pour une fraction de ce montant, a-t-il déploré.  Les zones arides, a-t-il poursuivi, sont bien trop souvent un désert d’investissements, car elles sont perçues par les gouvernements et la communauté internationale comme une cause perdue.  Rien n’est plus éloigné de la vérité, a-t-il souligné.


Le Secrétaire général a rappelé que 40% des étendues de la surface totale du globe terrestre sont arides ou semi-arides et que deux milliards de personnes dépendent de ces zones pour leur subsistance.  Il a également attiré l’attention sur le fait que les zones arides ont le potentiel d’atténuer les effets des changements climatiques et que leur stock de carbone représentait plus d’un tiers du stock mondial.  Pour M. Ban, l’incitation à faire pour assurer la gestion durable des zones arides est évidente.  « Lutter contre la désertification, préserver les zones arides et appuyer les communautés qui en dépendent résident au cœur du développement durable », a dit le Secrétaire général, qui a notamment évoqué le fait que d’importantes cultures céréalières se faisaient dans des zones semi-arides.  Il a ajouté que le potentiel pratique des zones arides en matière d’énergie solaire et éolienne reste inexploité.  De son avis, le lancement d’une action en temps voulu est capable de libérer ces richesses et de fournir une solution à de nombreux défis mondiaux allant de l’insécurité alimentaire à la pauvreté rurale en passant par l’insécurité énergétique, la perte de la biodiversité, les changements climatiques, l’instabilité politique, les conflits géopolitiques et les migrations forcées.  Mais pour ce faire, a-t-il affirmé, nous devons augmenter les investissements pour combattre la désertification et reconquérir les sols dégradés.


S’agissant de la dégradation des sols, le Secrétaire général a signalé que les zones humides et tropicales étaient également victimes de ce phénomène.  Si celui-ci n’est pas inversé, a-t-il averti, il risque d’annihiler nos efforts de lutte contre la pauvreté ainsi que ceux en faveur de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et du développement durable.  Observant qu’avec les changements climatiques les sécheresses deviendront plus fréquentes et intenses, M. Ban a estimé que la question de la sécheresse et de la dégradation des sols devait figurer au cœur des politiques de développement.  Selon lui, en recentrant l’agenda du développement de manière à inclure le potentiel des zones arides, il sera possible de briser les liens existant entre la pauvreté et la désertification, la sécheresse et la dégradation des sols.  « Faisons de l’utilisation durable des sols la pierre angulaire de l’économie verte pour l’élimination de la pauvreté et pour le développement durable », a-t-il conclu.


M. LUC GNACADJA, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a d’abord tenu à souligner les progrès enregistrés dans la lutte contre la désertification, notamment la meilleure connaissance scientifique des facteurs de la dégradation des sols et un engagement accru des États parties à la Convention dans la mise en œuvre de ladite Convention.  Il a ensuite déploré que la dégradation des sols demeure un « point aveugle » pour la communauté internationale, en dépit de la quête pour un développement durable.  Ainsi, chaque année, ce sont environ 24 milliards de tonnes de sol fertile qui sont perdus, et le pourcentage de la surface de la terre menacée par une sécheresse sévère a plus que doublé en 30 ans, a dit M. Gnacadja.  La sécheresse tragique en cours dans la corne de l’Afrique rappelle l’urgence de ce constat, a-t-il souligné.  Il a rappelé que la dégradation des sols touchait de manière prépondérante les zones non arides, et que la diminution des zones tampons entre zones arides et zones non arides était un facteur de dégradation accrue des sols.  Il a déploré que le coût de l’inaction dans la lutte contre la dégradation des sols soit très largement sous-estimé.  La lutte contre la désertification, bien loin d’être un fardeau pour les finances publiques, est un domaine essentiel du développement économique, a-t-il poursuivi.  Il a enfin souligné l’importance cruciale de l’édification d’un monde qui soit neutre du point de vue de la dégradation des sols.  À cette fin, la communauté internationale doit s’assigner un objectif exigeant et s’y tenir, afin de dégager un nouveau paradigme dans la gestion des sols, basé sur le partage des connaissances scientifiques et des investissements financiers conséquents.


M. ALBERTO D’ALOTTO, Ministre adjoint des affaires étrangères, du commerce international et du culte de l’Argentine et Président de la neuvième session de la Conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a appelé à une plus grande coopération des États Membres au niveau technique et financier pour lutter contre la désertification.  Il a ensuite attiré l’attention sur le fait que la Convention était désormais reconnue comme un corps subsidiaire permanent ainsi que sur la base des retombées de la réforme du processus institutionnel du Fonds pour l’environnement mondial.  Il a engagé la communauté internationale et les États Membres à prendre de meilleures décisions, de manière à lutter contre la désertification, appelant à la création d’un cadre pour obtenir des conseils scientifiques sur les questions pertinentes pour la Conférence.  Ce cadre doit également être capable de donner l’alerte sur d’éventuelles situations de crise, a-t-il ajouté.  M. D’Alotto a ensuite fait part de l’engagement de l’Argentine envers la Convention-cadre.  De son avis, celle-ci est l’instrument international adéquat pour la mise au point d’outils plus pertinents en matière de lutte contre la désertification, la dégradation des sols, et la sécheresse.


Intervenant ensuite au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. D’Alotto a rappelé que les pays en développement étaient les principales victimes de la désertification et a fait part des préoccupations de sa délégation au sujet du sort des populations de la corne de l’Afrique.  Il importe de réaliser tous les engagements pris en vertu de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et de son Plan stratégique décennal afin d’accorder une plus grande priorité à la désertification, à la dégradation des sols et à la sécheresse et de préparer au mieux la dixième Conférence des parties, a-t-il préconisé.  Il a mis l’accent sur les principes 2 et 7 de la Déclaration de Rio, lesquels soulignent le droit souverain des États à exploiter leurs propres ressources sur la base de leur propre politique de développement et de gestion de l’environnement ainsi que sur le principe de responsabilité différenciée.  Il a également souligné le rôle important des mécanismes régionaux de coordination dans le cadre de la mise en œuvre des annexes régionales de la Convention.


Le Ministre adjoint des affaires étrangères de l’Argentine a estimé que la Convention sur la lutte contre la désertification était à la traîne comparée aux deux autres Conventions de Rio, notamment la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur la diversité biologique.  La Convention sur la lutte contre la désertification doit être mise sur un pied d’égalité avec les autres et jouir de la même importance que ces deux autres textes cités, a-t-il préconisé.  Il a réclamé une plus grande coopération entre les Conventions de Rio qui respectent leur mandat individuel tout en reconnaissant les bienfaits potentiels de la complémentarité.  M. D’Alotto a par ailleurs estimé qu’outre l’aspect environnemental, la question de la désertification, de la dégradation des sols et de la sécheresse devait être traitée sur la base de ses répercussions sociales et commerciales.


M. LEE DON KOO, Ministre des forêts de la République de Corée et Président de la dixième session de la Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a rappelé que 12 millions d’hectares de terre sont perdus chaque année en raison de la dégradation des sols et de la désertification.  Trois milliards d’habitants vivent dans un état de sévère pauvreté, dont un milliard dans les zones arides, ces personnes sont le milliard oublié, a-t-il indiqué.  Pourtant, cette situation très inquiétante ne bénéficie pas de l’attention adéquate de la communauté internationale, qui semble oublier que les sols ne sont pas seulement la propriété des générations actuelles mais aussi des générations à venir.  En conséquence, il a plaidé pour un changement de paradigme en passant d’une économie de croissance pure à une économie de croissance verte.  C’est la voie dans laquelle s’est engagée la République de Corée, qui a réussi à briser le dilemme de la pauvreté et de la désertification, au moyen d’une gestion des terres soutenable et d’une approche du développement écosystémique, a dit M. Lee.  Il a plaidé pour un engagement politique renforcé des États dans la lutte contre la désertification et pour la promotion de partenariats globaux, à même de dessiner une communauté internationale durable, au sein de laquelle chacun pourrait mener une vie digne.


M. ANDRIS PIEBALGS, Commissaire au développement de l’Union européenne, a appelé à la mise sur pied de politiques cohérentes pour lutter contre les défis de la désertification quand celle-ci est encore au stade le plus précoce.  Il a observé que les pressions exercées par la population, la recherche de la sécurité alimentaire et les pénuries en eau provoquaient souvent une utilisation non durable des sols.  Il a expliqué que la politique étrangère de l’Union européenne et de ses États membres soulignait l’importance d’une gestion durable des sols de manière à contribuer sur le long terme à la lutte contre la pauvreté et à la promotion de la sécurité alimentaire.  L’investissement dans une gestion durable des sols est une partie intégrante de la réalisation d’une économie verte, a-t-il affirmé.  M. Piebalgs a ensuite expliqué que sa délégation s’efforçait de mieux comprendre les répercussions économiques de la dégradation des sols afin d’aider les décideurs à répondre à ce problème et d’inciter le secteur privé à investir dans des politiques de gestion durable des sols.  La gestion durable des sols, a-t-il affirmé, est le chaînon manquant pour répondre aux changements climatiques, à la perte de la biodiversité et à l’insécurité alimentaire.  Il importe donc de mettre l’accent sur les objectifs partagés des trois Conventions de Rio et sur la nécessité d’une action coordonnée.


M. JATO SILLAH, Ministre des forêts de la Gambie, s’exprimant au nom des États de l’Afrique, a rappelé que les pays africains étaient les plus touchés par la désertification et la dégradation des sols, ce qui avait pour effet d’y exacerber une pauvreté rurale déjà très forte.  La situation actuelle des terres arides, où vivent un milliard d’habitants, est très préoccupante, a-t-il poursuivi.  Il faut identifier les moyens spécifiques de lutte contre ce phénomène, dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement, a préconisé M. Sillah.  Il a rappelé la détermination des États de l’Afrique de conduire les politiques les plus efficaces, même si les résultats enregistrés restent pour l’instant minces.  Il a ensuite plaidé pour que le Groupe africain soit doté d’un panel scientifique, ainsi que pour une mise en œuvre accélérée de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.  Il a insisté sur l’importance d’un cadre financier pérenne et d’une synergie accrue entre les trois Conventions de Rio.  Il s’est dit préoccupé par les conséquences de la désertification sur les changements climatiques.  Il a enfin exhorté la communauté internationale à se montrer à la hauteur des engagements qu’elle a contractés vis à vis du continent africain, notamment en annulant la dette extérieure des pays les plus touchés par la désertification.  Enfin, il a souligné le rôle précieux joué par la Commission du développement durable dans la lutte contre la désertification.


M. RAJ SHAH, Administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a observé que les « effets dévastateurs » de la désertification, de la dégradation des sols et de la sécheresse étaient particulièrement prononcés dans la corne de l’Afrique.  De son avis, l’aide d’urgence n’est pas une solution durable: il importe plutôt de  réhabiliter les sols et de développer de nouvelles technologies pour gérer les sols de manière durable, a-t-il préconisé.  Le représentant a ensuite évoqué l’initiative « Feed the Future » du Président Obama qui entend aider les États à mettre sur pied leur propre système agricole afin d’être capable d’assurer leur autonomie alimentaire sur le long terme.  Il a fait savoir que sa délégation appuyait fermement la Convention sur la lutte contre la désertification en matière de zones arides, pour ensuite s’attarder sur l’expérience des États-Unis en matière de gestion de leurs propres sols.  Il a mis l’accent sur l’importance d’investir sur des solutions portant sur le long terme, ainsi que sur les atouts des nouvelles technologies. 


La question n’est pas de savoir s’il faut mettre fin à la faim, mais plutôt si nous le ferons, a-t-il lancé.  M. Shah a par ailleurs observé qu’en permettant aux populations de se nourrir, on parvenait par ce biais à mettre un terme aux émeutes de la faim qui provoquent tant d’instabilité dans les pays et les régions.


Application de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique


Réunion-débat 1


Déclarations liminaires des Coprésidents


M. GOODLUCK EBELE JONATHAN, Président de la République fédérale du Nigéria, a indiqué que plus de 35% de la superficie totale de l’Afrique sont touchés par la désertification et que 43% des territoires arides du continent africain étaient caractérisés par la présence de déserts aux conditions de vie extrêmes.  Une bonne partie des terres arables de l’Afrique seront perdues si le phénomène de la désertification persiste, a-t-il averti.


Le Président du Nigéria a expliqué que, pour faire face à ce phénomène, son pays avait mis sur pied un cadre de protection de l’environnement pour lutter contre la désertification et atténuer les effets de la sécheresse.  Le Gouvernement nigérian promeut également de bonnes pratiques agricoles ainsi qu’une bonne gestion des eaux.  M. Jonathan a prôné la création de partenariats pour faire face aux défis persistants posés par la désertification, citant notamment en exemple le programme de l’Union africaine de lutte contre la désertification du Sahel.  « Les zones arides ont le potentiel d’être transformées en terres de prospérité », a déclaré le Président du Nigéria, pour qui la lutte contre la désertification et celle contre la dégradation des sols sont les piliers du développement durable.  Il a préconisé la création d’un groupe de scientifiques indépendants chargé d’examiner ces questions afin d’aider les États Membres à prendre les décisions qui s’imposent en la matière.


M. JEAN ASSELBORN, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Luxembourg, a indiqué que dans le monde, 2 milliards de personnes étaient touchées par la désertification.  Il a appelé à l’adoption de solutions globales, estimant que la Conférence Rio+20, qui aura lieu au mois de juin 2012, devait servir de plateforme politique pour faciliter la prise de décisions.  Il a observé que le phénomène de la désertification accroissait la vulnérabilité des populations les plus pauvres et accentuait l’insécurité alimentaire.  M. Asselborn a ensuite passé en revu les initiatives de son pays en matière d’appui à apporter à des pays partenaires, dont notamment le Cap-Vert.  Il a, entre autres, indiqué qu’en 2010, le Luxembourg avait consacré près de 10 millions d’euros à l’aide aux pays victimes de désertification.


Débat interactif


« La désertification et la dégradation des sols sont une menace à la stabilité mondiale et un facteur de stagnation économique, de pauvreté, d’insécurité et d’immigration », a déclaré la Ministre de l’environnement et de la protection des terres et de la mer de l’Italie.  À l’instar d’autres représentants, elle a demandé que ces questions forment la pierre angulaire des débats de la Conférence Rio+20.


« La Conférence Rio+20 doit être l’occasion d’insuffler un élan politique à la lutte contre la désertification », a déclaré le Président de la Namibie, qui a aussi lancé un appel en faveur de l’intégration des principes de l’économie verte dans tous les efforts de lutte contre le phénomène de la sécheresse et de la désertification.


Le Premier Ministre des Fidji a, quant à lui, évoqué l’importance de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification qui, a-t-il estimé, doit être un des outils de lutte contre l’insécurité alimentaire.


« La lutte contre la désertification ne doit plus être le parent pauvre du Fonds mondial pour la protection de l’environnement », a prévenu la Ministre des affaires étrangères de Madagascar qui a déploré que très peu de ressources soient allouées à ces efforts et que les procédures d’accès au financement pour les mener soient particulièrement « difficiles ».


Pour sa part, le Président de la Mongolie a proposé la création d’un panel intergouvernemental sur la dégradation des sols, la désertification et la sécheresse, ceci après avoir constaté une accélération du phénomène qui, a-t-il indiqué, affecte la Mongolie deux fois plus vite que d’autres pays ou territoires.


« L’investissement dans la durabilité des terres doit être la pierre angulaire du développement durable, a lancé, pour sa part, la Première Ministre du Mali qui a évoqué les ravages provoqués par les feux de brousse qui consument 14 millions d’hectares de végétations et de terres chaque année dans son pays.  Elle a également évoqué l’importance de l’augmentation des investissements dans la gestion des terres, et elle a préconisé le développement de partenariats sous-régionaux et un renforcement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud.


De son côté le Ministre de l’environnement du Liban a rappelé que les changements environnementaux et climatiques provoquaient des migrations forcées et aggravaient les conflits relatifs à la distribution de ressources, tandis que le Premier Ministre du Swaziland a observé que la désertification provoquait de nouvelles maladies qui frappent le cheptel et affectent l’agriculture et le niveau des récoltes.  Intervenant à son tour, le Président de Nauru a parlé de la pénurie en eau potable que connait son pays, dont les habitants, a-t-il expliqué, dépendent principalement des chutes d’eau de pluie.  Des sécheresses prolongées, des averses imprévisibles et l’infiltration de l’eau salée dans la nappe phréatique ont provoqué des situations de crise à plusieurs reprises au cours des 20 dernières années, a-t-il signalé.


Le Ministre des affaires étrangères de la République islamique d’Iran s’est attardé sur les conséquences désastreuses des tempêtes de sable et de poussière sur l’environnement et sur la vie des populations, soulignant l’importance, pour les pays touchés par ces phénomènes, de coopérer afin de mieux les étudier, les comprendre et leur trouver des parades ou solutions.


Cette table ronde a également été l’occasion pour les intervenants de passer en revue certaines des initiatives prises sur le plan national pour faire face au phénomène de la désertification.  Le Président du Zimbabwe a ainsi évoqué les 20 millions d’arbres plantés l’an dernier à travers le territoire zimbabwéen dans le cadre d’un programme de reboisement.


L’importance de la sensibilisation, des échanges de bonne pratique et du renforcement des capacités en matière de recherche a également été évoquée à plusieurs reprises au cours du débat, de même que la pertinence de la mise en place d’un système d’alerte rapide et l’importance d’assurer plus de fiabilité et de souplesse dans les financements provenant des bailleurs de fonds.


Réunion-débat 2


Débat interactif


Cette réunion-débat était coprésidée, cet après-midi, par M. Heinz Fischer, Président fédéral de la République d’Autriche et par le Commodore Josaia Voreqe Bainimarama, Premier Ministre de la République des Fidji, qui ont dès l’ouverture donné la parole aux délégations.


« La gestion des sols fait trop souvent figure de parent pauvre dans la promotion du développement durable », a déploré la représentante de la Suisse, qui à l’instar d’autres représentants, a souligné le lien très fort qui existe entre la réduction de la pauvreté et la gestion harmonieuse des sols et de l’environnement naturel.


Le représentant du Niger a ainsi plaidé pour une réconciliation de l’homme et de la Terre afin de pouvoir en tirer des bénéfices plus durables.  Lui faisant écho, le représentant de l’Allemagne a insisté sur le fait que la dégradation des sols est un phénomène véritablement global auquel n’échappe aucun pays ou société humaine.


Le représentant de la société civile, qui prenait part à cette table ronde en tant que Grand Groupe, a tenu à dénoncer l’idée reçue selon laquelle la désertification ne toucherait que les populations pauvres.  « En réalité ce phénomène est une véritable lèpre pour toute la Terre et tous ses habitants», a-t-il estimé.


Prenant la parole, le Ministre des affaires étrangères du Botswana a souhaité que la désertification soit perçue comme un sujet réellement prioritaire en ce qui concerne l’agenda de la promotion du développement durable, notamment dans l’optique de la tenue de la Conférence Rio+20.  Avant cette intervention, la représentante de la Suisse avait plaidé en faveur de l’adoption par la communauté internationale d’une vision holistique de la lutte contre la désertification, la sécheresse et leurs conséquences, avec un renforcement des synergies entre les divers instruments internationaux.  Ce souhait a été repris par le représentant du Portugal


Le représentant de l’Algérie a, quant a lui, indiqué que la responsabilité de la communauté internationale était engagée dans la lutte contre la désertification, et à cet effet, il a plaidé pour que la communauté internationale procède à l’établissement d’un cadre financier pérenne.


Cet appel lancé pour la mise à disposition de ressources plus prévisibles aux efforts de lutte contre la désertification a été repris par de nombreuses délégations qui ont appelé la communauté internationale à se montrer à la hauteur de ses engagements. 


Ainsi, la Ministre de l’environnement de l’Afrique du Sud, après avoir indiqué que la priorité de son pays -la réduction de la pauvreté- était entravée par la dégradation des sols, a plaidé pour un financement adéquat de la mise en œuvre des programmes relevant de la Convention sur la lutte contre la désertification et pour la mise en place d’indicateurs dans l’application des recommandations contenues dans le texte de cette Convention.


La Ministre de l’environnement du Brésil a, quant à elle, avancé la notion « d’équité environnementale », qui ne pourra être assurée que par davantage de subventions et une coopération internationale accrue.  Elle a aussi souhaité, en même temps que le représentant du Paraguay, que la Convention soit dotée de fondements scientifiques plus solides.  Le représentant de Cuba a plaidé pour une plus grande cohérence dans les libellés des trois Conventions de Rio.


Plusieurs délégations ont fait part des défis spécifiques auxquels devaient faire face leurs pays en termes de lutte contre l’appauvrissement des sols et la désertification.


Le représentant du Kirghizstan a ainsi indiqué que les écosystèmes du Kirghizstan étaient fragiles, et que la préservation des sols devait prendre en compte les spécificités montagneuses du pays.


Alors que la représentante du Bangladesh déplorait la salinité des terres irriguées dans son pays, le Ministre de l’environnement du Tchad a indiqué que son pays, déjà fragilisé par la grande sécheresse des années 1970, devait aujourd’hui faire face a une désertification aigüe, avec des conséquences dramatiques pour la population.  La préservation du lac Tchad revêt à ce titre une importance cruciale, a-t-il poursuivi.


Dans le droit fil de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, plusieurs pays ont exposé leur stratégie de lutte contre ce phénomène et ses conséquences.  Le représentant du Tadjikistan a ainsi indiqué que son pays avait défini une stratégie nationale de préservation des sols, avec l’édiction d’un programme-cadre régissant la gestion durable des terres cultivables.


Pour sa part, le représentant du Sri Lanka a indiqué que la terre était devenue un bien de plus en plus prisé, en raison notamment de l’accroissement démographique.  Il a passé en revue les actions concrètes entreprises par son pays pour lutter contre la dégradation des sols, avec notamment un plan ambitieux de reboisement.


Le représentant d’Israël a indiqué que son pays pratiquait un système d’irrigation et arrosage des cultures économe en eau, basé sur le goutte à goutte, et dont pourraient s’inspirer d’autres pays.  Pour sa part, le Ministre des forêts de la République de Corée a rappelé que le système de reboisement mis en place par son pays avait permis d’y briser le lien entre pauvreté et dégradation des sols.


Le représentant du Tchad est de nouveau intervenu et a indiqué que des « ceintures vertes » avaient été mises en place autour des grandes villes du pays afin de faire pièce à la désertification.  La représentante de l’Équateur a, quant à elle, indiqué que la nature était dans son pays un véritable sujet de droit, bénéficiant à ce titre de la plus grande protection.


Enfin, un certain nombre de délégations, comme celles de la Gambie et del’Allemagne, ont profité de ce débat interactif pour attirer l’attention sur la dramatique famine en cours dans la corne de l’Afrique.  Le représentant du Kenya a indiqué que l’afflux au Kenya de refugiés somaliens fuyant la guerre et la sécheresse était source d’instabilité.


En conclusion, le Premier Ministre de la République des Fidji a indiqué qu’il n’y aurait jamais de développement durable sans lutte contre la désertification et la sécheresse.  Il a ensuite fait une rapide synthèse des travaux de la journée.


Remarques de clôture


Dans ses remarques de clôture, le Président de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale, M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a observé que les trois piliers du développement durable seraient mis en péril si on ne répond pas au problème de la désertification; il a ajouté que la question de la dégradation des sols et ses impacts sont particulièrement ressentis par les plus pauvres, qui vivent en majorité dans les zones arides.  Les dirigeants, a-t-il indiqué, ont décidé que si ces terres doivent devenir des terres de prospérité commune, il faut protéger les sols par l’intermédiaire d’une gestion durable de leurs écosystèmes.  La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification doit être un catalyseur pour atteindre ces objectifs, a préconisé M. Al-Nasser.


Le Président de l’Assemblée générale a ensuite passé en revue les principales suggestions qui ont été formulées au cours de cette journée de débat, notamment la création d’un groupe d’experts sur la désertification et la dégradation des sols, et l’investissement dans la gestion durable des sols.  Il a précisé qu’il les transmettrait à la dixième Conférence des États parties à la Convention sur la lutte contre la désertification, qui doit se tenir en République de Corée, ainsi qu’à la Conférence Rio+20.


M. Al-Nasser a ensuite engagé les États Membres à prendre conscience du fait que la faim tue chaque année plus de personnes que le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose réunis.  Il a également fait remarquer que la faim était provoquée par l’interconnexion entre plusieurs problèmes, notamment la désertification, la dégradation des sols, la sécheresse et les changements climatiques.  « La désertification ne tue pas uniquement les gens, mais tue également notre développement et notre avenir », a prévenu M. Al-Nasser, avant d’observer que ce sont les populations les plus pauvres et vulnérables qui en pâtissent le plus.


Le Président de l’Assemblée générale a estimé que les efforts destinés à réduire les pressions exercées sur les zones arides et à lutter contre la désertification devaient aller « main dans la main » avec les efforts de lutte contre la pauvreté.  Il a également appelé au renforcement des efforts de prévention de risques et de renforcement des capacités de gestion des catastrophes, par le biais notamment de l’information et des systèmes d’alerte précoce.  Pour M. Al-Nasser, la question de la désertification et celle de la dégradation des sols ne doivent pas seulement être une préoccupation environnementale mais une « composante intégrale » du développement durable.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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