« Attaquer les femmes, c’est attaquer la paix elle-même », déclare Ban Ki-moon

16 décembre 2010
SG/SM/13323-SC/10123-FEM/1837

« Attaquer les femmes, c’est attaquer la paix elle-même », déclare Ban Ki-moon

16/12/2010
Secrétaire général
SG/SM/13323 SC/10123 FEM/1837
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« ATTAQUER LES FEMMES, C’EST ATTAQUER LA PAIX ELLE-MÊME », DÉCLARE BAN KI-MOON

Vous trouverez, ci-après, la déclaration du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, faite à l’occasion du débat public du Conseil de sécurité sur les violences sexuelles liées au conflit, tenu le 16 décembre 2010:

Je vous remercie, Madame la Présidente, d’avoir convoqué cette importante séance.  J’apprécie l’attention personnelle que vous portez au problème de la violence sexuelle, qui est une priorité absolue pour moi-même et pour le système des Nations Unies.

Je remercie tous les membres du Conseil de sécurité pour le projet de résolution qui sera adopté au cours de la présente séance.  Le Conseil mettra ainsi en place un élément essentiel du dispositif visant à faire rendre des comptes aux responsables de tels actes.  Il avertira en outre très clairement ceux qui violeraient des femmes et le droit, que l’impunité ne sera pas tolérée.

Mais n’oublions pas qu’alors même que nous prenons ici cette mesure, des événements catastrophiques se déroulent dans des communautés prises dans les affres des conflits.  Des individus armés prennent pour cibles des civils, violent des femmes et des hommes et terrorisent des populations entières.  Des campagnes préméditées sont menées dans les buts les plus sinistres: réduire au silence des dirigeantes, vider des territoires riches en ressources minérales mais dont la population est pauvre, recruter d’autres personnes et perpétuer le cycle de la violence.

La violence sexuelle brise des vies, dévaste des pays et anéantit l’espoir.  Les victimes qui auraient pu contribuer au développement sont frappées d’ostracisme.  Les filles qui auraient pu devenir de grandes dirigeantes ne peuvent même pas à aller à l’école.  Dans beaucoup d’endroits, la menace est tellement omniprésente que les femmes ne peuvent pas aller cultiver la terre, chercher de l’eau ou le combustible nécessaire pour cuisiner et nourrir leur famille, de peur de se faire agresser en chemin.  Souvent, les auteurs se montrent particulièrement cruels envers les enfants, traumatisant intentionnellement des garçons et des filles en les forçant à regarder leur mère se faire agresser ou en s’attaquant directement à eux.

Au début de cette année, de telles horreurs ont eu lieu à Walikale, dans la partie orientale de la République démocratique du Congo.  Des centaines de femmes ont été violées, de même que des filles, des garçons et des hommes.  Une petite fille, d’à peine 5 ans, a subi des blessures physiques tellement graves qu’elle ne s’en remettra peut-être jamais totalement.  Nous ne pouvons qu’imaginer le traumatisme psychologique dont elle souffre à présent.

Les victimes ne survivent parfois à ces attaques que pour être soumis à une autre forme de mauvais traitements.  La violence sexuelle est l’un des seuls crimes dont les victimes –et non pas les auteurs– subissent la honte.  Cela est vrai non seulement en République démocratique du Congo mais aussi dans d’autres pays du monde.  Les victimes sont humiliées et marginalisées.  Leurs maris les rejettent.  Les hommes et les garçons qui ont été agressés sexuellement sont souvent victimes d’isolement et de discrimination.  Au moment même où ces personnes en auraient le plus besoin, elles ne reçoivent aucun soutien de leur communauté.  

Le silence des victimes ne profite qu’aux auteurs de ces actes.  Il favorise l’impunité, ce qui sape la confiance dans le système judiciaire.  Qu’on ne s’y trompe pas: tout cela est délibéré et fait partie du schéma même de la violence.  Attaquer les femmes, c’est attaquer la paix elle-même.  C’est pourquoi nous devons faire davantage pour combattre la stigmatisation, assurer la sécurité des femmes et venir en aide aux victimes.  Elles ont besoin de services et méritent des réparations intégrales.  Cela est essentiel pour permettre aux personnes de se reconstruire et pour garantir la justice au sein de la société.

L’ONU et la communauté internationale peuvent appuyer les efforts nationaux mais ne peuvent pas les supplanter.  J’appelle les dirigeants à se joindre à moi pour dire que trop c’est trop.  Nous ne pouvons pas laisser la violence sexuelle comme tactique de guerre devenir un mode de vie.  Les Nations Unies travaillent dans des zones de conflit ou dans des zones en proie à des troubles dans le monde entier pour protéger les populations et lutter contre l’impunité.  Nous avons pu nous rendre compte qu’une action résolue et concertée peut donner de bons résultats.

À Walikale, les soldats de la paix de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), dans le cadre d’une opération menée conjointement avec les forces congolaises, ont procédé à l’arrestation du « lieutenant-colonel » Mayele, un des commandants impliqués dans les viols massifs.  Cependant, de nombreux auteurs de tels actes sont toujours en fuite.  La MONUSCO et le système des Nations Unies aident les autorités de la République démocratique du Congo à enquêter sur les crimes commis, à protéger les témoins et à traduire les auteurs de ces actes en justice.  La MONUSCO a également lancé une opération ciblée pour mieux protéger les civils dans les zones concernées.  Cela a permis de procéder à l’arrestation de plusieurs personnes soupçonnées d’avoir commis des violations des droits de l’homme et à de nombreuses personnes déplacées de retourner dans leurs foyers.

D’importantes mesures ont également été prises au niveau international, notamment l’arrestation récente de dirigeants des Forces démocratiques de libération du Rwanda, en France et en Allemagne, et les travaux de la Cour pénale internationales sur les crimes de violence sexuelle.

Le projet de résolution présenté aujourd’hui nous donne des moyens plus efficaces et des outils plus performants pour lutter contre la violence sexuelle.  Il m’y est demandé d’établir, dans mes rapports sur la question, la liste des parties qui se livrent à de tels actes.  Il est demandé au système des Nations Unies de fournir des informations de meilleure qualité et le Conseil y réaffirme sa volonté d’adopter des sanctions contre les auteurs de ces crimes.  Je mettrai tout en œuvre pour faire en sorte que ce projet de résolution permette de véritablement protéger les populations vulnérables.

Ma Représentante spéciale fait entendre la voix des femmes dans le cadre des délibérations du Conseil.  Je suis reconnaissant au Conseil de l’avoir invitée à lui présenter un exposé aujourd’hui et j’espère qu’elle aura de nombreuses autres occasions de le faire dans l’avenir.  L’appui politique soutenu du Conseil de sécurité au déploiement de l’Équipe d’experts de l’état de droit et la protection des conseillères dans les pays touchés seront essentiels pour progresser.

L’ensemble du système des Nations Unies est mobilisé à l’appui de ma campagne « Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes ».  Nous nous employons à modifier les comportements dans le monde entier.  Ensemble, l’ONU, les gouvernements et la communauté internationale peuvent faire disparaître cette menace et garantir un avenir meilleur à tous.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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