Conférence de presse mensuelle du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon

24 mai 2010
SG/SM/12910

Conférence de presse mensuelle du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon

24/05/2010
Secrétaire général
SG/SM/12910
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE MENSUELLE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ONU, M. BAN KI-MOON

Au cours de sa conférence de presse mensuelle, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, de retour d’Istanbul où il a participé à la Conférence sur la Somalie, a présenté ce matin les résultats de cette Conférence avant d’aborder la question de la non-prolifération nucléaire, notamment la présente Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération, les sanctions du Conseil à l’encontre de la position de la République islamique d’Iran à cet égard, et les conclusions de l’enquête sur le naufrage du navire sud-coréen dans la péninsule coréenne, sujet qui a suscité de nombreuses questions.  Il a aussi annoncé ses prochains déplacements au cours desquels, il visitera, après le Brésil, 10 pays d’Afrique.

Rentré hier après-midi, le Secrétaire général a indiqué qu’il venait de participer à la Conférence sur la Somalie à Istanbul, ainsi qu’à des réunions bilatérales productives avec les dirigeants turcs et d’autres dirigeants mondiaux.  Il a souligné l’importance de cet événement qui s’est déroulé à une période cruciale pour la Somalie.

La Conférence, a-t-il assuré, a appuyé pleinement les efforts du Président de la Somalie, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, et du Gouvernement fédéral de transition dans la mise en œuvre des Accords de Djibouti et pour maintenir le processus de paix sur la bonne voie.

M. Ban Ki-moon a précisé le message explicite en trois points qu’a lancé la Déclaration d’Istanbul.  Les Nations Unies ne resteront pas passives en laissant la Somalie tenter de sortir seule de sa situation actuelle.  Ensuite, a-t-il dit, le Gouvernement fédéral de transition doit accomplir la tâche qui lui incombe et s’attaquer aux questions difficiles de la sécurité et de la gouvernance.  Enfin, si l’on ne s’attaque pas aux causes principales de cette crise sur le territoire de la Somalie, il ne sera jamais possible de mettre fin à la piraterie en mer.  Cela implique qu’il faudrait mieux financer et former davantage les Forces de sécurité somaliennes, tout en insistant sur la reconstruction du pays pour briser le cycle du désespoir.

L’attaque perpétrée hier contre le Palais présidentiel montre à la fois l’urgence et la portée de ce défi, a fait remarquer le Secrétaire général.

« Les semaines à venir vont être très chargées pour nous tous », a poursuivi M. Ban qui a d’abord rappelé la clôture, prévue vendredi, des travaux de la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération (TNP) qui se tient au Siège de l’ONU.  « Comme on s’y attendait, des positions divergentes ont été exprimées.  Mais la volonté de réussir a été claire », a-t-il assuré.  De nombreuses propositions constructives ont été avancées en ce qui concerne les trois piliers du TNP, à savoir le désarmement, la non-prolifération et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

« Nous avons maintenant atteint une étape cruciale et il est temps de trouver un accord », a souligné le Secrétaire général qui a exhorté les délégations à adopter une approche pragmatique, à oublier la rhétorique et à voir au-delà de leurs intérêts nationaux étroits.  « Il y a trop d’intérêts en présence pour que la Conférence échoue, comme cela s’est passé la dernière fois », a-t-il dit.

Le Secrétaire général a fait remarquer que le monde entier observe et attend, dans l’espoir d’un monde plus sûr, c’est-à-dire un monde exempt d’armes nucléaires, un monde dans lequel on n’aura pas à craindre le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires.

Passant à d’autres sujets d’actualité, le Secrétaire général a parlé du naufrage du navire sud-coréen qui a fait l’objet d’une enquête internationale.  « Les preuves figurant au rapport d’enquête sont accablantes et extrêmement troublantes », a-t-il estimé, avant de joindre sa voix à celles, nombreuses, qui ont condamné cet incident.

Il a déploré en particulier que l’incident ait eu lieu à un moment où les Pourparlers à Six et les efforts internationaux en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne sont au point mort.  « Un tel acte inacceptable qui serait commis par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) va à l’encontre des efforts internationaux visant la paix et la stabilité dans la région », a déclaré le Secrétaire général.

« J’ai écouté attentivement hier soir l’annonce faite par Lee Myung-bak, Président de la République de Corée », a assuré M. Ban, avant de préciser qu’à la suite de l’appel lancé pour que le Conseil de sécurité traite de cette question, des consultations privées sont prévues entre les membres du Conseil qui sont concernés.  « Je suis confiant que le Conseil de sécurité, en assumant ses responsabilités dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, prendra des mesures adaptées à la gravité de la situation », a-t-il dit.

« Cet incident nous rappelle combien il est urgent de préserver la paix et la stabilité sur la péninsule coréenne.  J’ai l’espoir que l’action rapide du Conseil contribuera aussi à la reprise sans délai des Pourparlers à Six pour traiter les questions nucléaires et toutes les affaires en suspens ».

Compte tenu de la gravité de la situation humanitaire en République populaire démocratique de Corée, le Secrétaire général a indiqué que les Nations Unies continueront leur travail d’assistance en vue d’améliorer les conditions de vie de tous ceux qui se trouvent dans une situation difficile.  À cet égard, il a salué les efforts menés par la République de Corée, le Président Lee ayant annoncé vouloir continuer à fournir une aide humanitaire aux enfants touchés par cette situation.  « En ma qualité de Secrétaire général des Nations Unies, je continuerai à suivre de près les événements », a-t-il ajouté.

Concernant l’Iran, il a indiqué qu’il s’était entretenu avec le Premier Ministre de la Turquie, M. Recep Erdogan, pendant sa visite à Istanbul.  Il lui a dit qu’il appréciait les efforts diplomatiques que la Turquie déploie avec le Brésil, en vue de réduire les tensions internationales liées au programme nucléaire iranien.  « J’ai eu une conversation téléphonique avec le Ministre brésilien des affaires étrangères la semaine dernière et je vais rencontrer, cette semaine, le Président Lula à Rio de Janeiro », a précisé le Secrétaire général.

M. Ban a rappelé que l’Iran avait, aujourd’hui, transmis une lettre à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui, en même temps que d’autres parties concernées, va évaluer la proposition qu’elle contient.  Il a également signalé avoir parlé au téléphone ce matin avec M. Yukiya Amano, Directeur général de l’AIEA.  Si la proposition est acceptée et mise en œuvre, elle pourrait constituer une mesure de confiance importante et ouvrir la voie à une solution négociée de la question du programme nucléaire iranien, a estimé le Secrétaire général.

« J’ai déclaré à plusieurs reprises que l’Iran devait montrer plus de transparence en ce qui concerne son programme nucléaire.  Permettez-moi de souligner une fois encore qu’il est important pour l’Iran de coopérer pleinement avec l’AIEA et de respecter pleinement les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité ».

Le Secrétaire général a ensuite annoncé qu’il allait beaucoup voyager au cours des semaines à venir.  Il se rendra tout d’abord au Brésil, cette semaine, pour participer au troisième Forum de l’Alliance des civilisations.  L’Alliance bénéficie d’un soutien de plus en plus grand, s’est-il réjoui.  Elle regroupe actuellement plus de 100 pays, les États-Unis étant le dernier pays à l’avoir rejointe.  Son œuvre, qui consiste à ériger des ponts entre les cultures, les religions et les traditions, est cruciale pour de nombreux défis mondiaux, a-t-il souligné.

Le Secrétaire général se rendra ensuite au Malawi où il prononcera un discours devant le Parlement et rencontrera le Président du Malawi, M. Bingu wa Mutarika, qui assure actuellement la présidence de l’Union africaine.  Il visitera aussi un « Village pour le Millénaire », qui permet de contribuer à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de montrer que « lorsqu’on essaie, on parvient à quelque chose et lorsqu’on ne tente rien, on n’obtient rien ».

Le 31 mai, le Secrétaire général sera à Kampala, en Ouganda, où il a convoqué la première Conférence de révision du Statut de la Cour pénale internationale (CPI).  Après le long chemin qu’elle a parcouru, la Cour est maintenant pleinement opérationnelle pour enquêter, poursuivre en justice les auteurs de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans un nombre de pays de plus en plus grand, s’est félicité M. Ban.

La Conférence de révision de Kampala est une occasion importante, non seulement pour faire le point des progrès réalisés, mais aussi pour renforcer notre détermination commune afin que les crimes internationaux ne restent pas impunis, a-t-il dit.  « Quelle autre façon avons-nous de prévenir ces crimes à l’avenir?  s’est-il interrogé, en soulignant que « l’ère de l’impunité doit cesser et nous entrons dans une nouvelle ère de responsabilité ».

Le Secrétaire général se rendra, enfin, à Nice, où il participera au Sommet France-Afrique auquel le Président français, Nicolas Sarkozy, l’a invité.  Il saisira cette occasion pour rencontrer de nombreux dirigeants africains et participer à une session importante sur les changements climatiques et le développement, a-t-il précisé.

M. Ban a également indiqué qu’il retournera en Afrique au mois de juin, à deux occasions.  Il se rendra d’abord en Afrique du Sud pour discuter des OMD et susciter un soutien au Sommet de septembre prochain.  Ce voyage coïncide avec l’ouverture de la Coupe du monde de football, un « événement qui rend hommage au talent et au potentiel de l’Afrique », a-t-il dit.

Il se rendra ensuite au Burundi, avant d’effectuer une visite dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le Cameroun, le Nigéria, le Bénin et la Sierra Leone.

À la fin du mois de juin, il se rendra au Gabon et en République démocratique du Congo (RDC).  « La MONUC est arrivée à un stade crucial de ses travaux et je veux m’entretenir directement avec les dirigeants du pays sur les questions importantes en jeu », a-t-il précisé.

Répondant à une série de questions sur les conclusions de l’enquête sur le naufrage du navire sud-coréen dans la péninsule coréenne, le Secrétaire général a déclaré: « J’espère que le Conseil de sécurité prendra des mesures appropriées qui rendent compte de la gravité de cette situation dont les conséquences se répercuteront au-delà de la paix et de la sécurité régionales ».  Il a également espéré que la reprise des Pourparlers à Six permettra de créer une atmosphère politique propice à l’obtention d’une résolution.

« Je comprends la frustration et la colère que ressent la population de la République de Corée, car les faits sont accablants.  Ils sont également troublants pour moi, aussi bien en tant que Secrétaire général, qu’en tant que citoyen de la République de Corée.  En tant que Secrétaire général, je tâcherai d’être aussi objectif et juste que possible, mais étant également originaire de la République de Corée, je ne veux pas créer de mauvaises perceptions.  Je suis personnellement très troublé par ce qui c’est passé, mais je tiens à limiter mes réponses », a dit en substance M. Ban.

Face à l’insistance d’un journaliste qui voulait savoir pourquoi cet incident revêtait tant d’importance, M. Ban a néanmoins expliqué qu’au cours des quatre ou cinq dernières décennies, la RPDC était à l’origine de plusieurs provocations, mais que cette dernière était une des plus graves, dans la mesure où il y avait eu de nombreux échanges entre la République de Corée et la RPDC.  « Nombreux ont été ceux qui ont espéré que les Pourparlers à Six déboucheraient sur une déclaration conjointe sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne », a-t-il fait remarquer.  Il a également indiqué qu’ayant occupé la position de Vice-Président de la Commission conjointe pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne, cette question lui tenait particulièrement à cœur.  « J’éprouve un profond sentiment de responsabilité », a-t-il dit.

Expliquant par ailleurs pourquoi l’ONU avait décidé de maintenir ses opérations humanitaires en RPDC, le Secrétaire général a affirmé que quelle que soit la situation politique, il incombe à l’ONU de fournir une aide humanitaire aux personnes les plus vulnérables, et en particulier aux enfants.  « Les enfants seront les dirigeants de demain, et la malnutrition aggravée peut avoir des conséquences dramatiques », a-t-il prévenu.

« Le manque de confiance mutuelle est au cœur du problème relatif au dossier nucléaire iranien », a par ailleurs affirmé le Secrétaire général, en abordant un autre sujet brulant de l’actualité. 

Il a rappelé que la communauté internationale était particulièrement préoccupée par le fait que le caractère non militaire du programme nucléaire iranien n’avait pas été démontré, et que l’Iran avait l’intention de continuer à produire de l’uranium enrichi à 20%.  Il a également précisé que les membres du Conseil de sécurité participaient à des consultations actives sur de possibles mesures de sanctions.  Le Secrétaire général s’est néanmoins félicité de l’initiative diplomatique lancée conjointement par la Turquie et le Brésil, laquelle devrait, selon lui, inciter à un engagement plus significatif de la part de l’Agence internationale de l’énergie atomique et de la communauté internationale.  « Il faut équilibrer les mesures de rétablissement de la confiance avec l’obtention d’une solution permanente, et le Brésil et la Turquie en ont pris l’initiative », a-t-il dit, tout en relevant que l’Iran avait également présenté sa propre proposition relative à l’uranium faiblement enrichi.

« Établir un équilibre entre toutes les composantes requerra volonté politique et flexibilité, ainsi qu’un examen très technique et professionnel du compromis général », a-t-il par ailleurs estimé, tout en appelant à la poursuite des négociations en vue d’obtenir une résolution pacifique de la question.

Appelé à commenter le travail de la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 2010, dont les travaux doivent s’achever cette semaine, le Secrétaire général s’est dit préoccupé par le fait que malgré un bon coup d’envoi, les négociations n’avaient pas suffisamment progressé à cause des points de vue divergents de certains États Parties.  « Nous ne pouvons nous permettre de reproduire l’échec de 2005 » a-t-il affirmé.  « Nous devons aller au-delà des intérêts nationaux et prendre en compte la position de la communauté internationale qui aspire à vivre dans un monde libre d’armes nucléaires. »

Le Secrétaire général a également répondu à plusieurs autres questions qui portaient sur divers sujets.

Au sujet du Malawi, où un couple d’homosexuels a récemment été condamné à 14 ans d’emprisonnement pour « actes contre nature », le Secrétaire général a affirmé que « toute violation des droits de l’homme sur la base de l’orientation sexuelle ou du sexe d’une personne doit être condamnée ».  Il a encouragé les États Membres à faire preuve d’un plus grand « courage politique » pour lutter contre la discrimination sous toutes ses formes, avant de rappeler que le Comité des droits de l’homme avait reconnu que la criminalisation d’actes sexuels entre adultes consentants était une violation du droit à la vie privée.

S’agissant de l’inauguration présidentielle d’Omar Al-Bashir, au Soudan, à laquelle doivent participer de hauts fonctionnaires de l’ONU, M. Ban a estimé qu’il s’agissait là d’un évènement certes cérémonial mais toutefois politiquement important pour la population soudanaise.  Il a également rappelé que l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) et la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) appuyait la mise en œuvre de l’Accord de paix global, et que l’interaction de leurs membres avec de hauts fonctionnaires du Gouvernement soudanais était critique à cette fin.

Abordant la question du Sri Lanka, le Secrétaire général a indiqué qu’il était en train de créer un groupe d’experts chargé d’examiner les crimes de guerre qui auraient été perpétrés dans ce pays.  Il a aussi indiqué qu’il avait l’intention de pousser le Gouvernement sri-lankais à continuer d’améliorer les conditions de vie des personnes déplacées et à encourager le processus de réconciliation nationale et de responsabilisation.

La situation au Liban a également été soulevée au cours de cette conférence de presse.  Le Secrétaire général en a profité pour affirmer qu’il était préoccupé par la situation politique qui prévaut dans le sud du pays, notamment à la suite d’informations concernant le transfert illégal d’armes opéré en violation de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.  « Cette résolution doit être pleinement mise en œuvre et respectée », a-t-il rappelé. 

Une journaliste s’est par ailleurs attardée sur le Plan-cadre d’équipement, estimant que la rénovation du Secrétariat ne semblait pas être conforme à l’engagement pris par le Secrétaire général en faveur de l’environnement.  « Il est encore trop tôt pour faire des commentaires à ce sujet », a réagi M. Ban.  Il a néanmoins affirmé qu’il s’était engagé auprès des États Membres à faire des locaux de l’ONU des locaux verts.  « Nous donnerons l’exemple pour les autres organisations internationales en réduisant nos besoins en énergie entre 50 et 60%, en recourant à l’énergie solaire pour notre système de climatisation et de chauffage et en utilisant des technologies de pointe », a-t-il précisé.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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