Les membres du Conseil de sécurité soulignent que le dialogue interculturel est un outil important de la diplomatie et du règlement des conflits

26 mai 2010
CS/9936

Les membres du Conseil de sécurité soulignent que le dialogue interculturel est un outil important de la diplomatie et du règlement des conflits

26/05/2010
Conseil de sécurité
CS/9936
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6322e séance – matin


LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ SOULIGNENT QUE LE DIALOGUE INTERCULTUREL

EST UN OUTIL IMPORTANT DE LA DIPLOMATIE ET DU RÈGLEMENT DES CONFLITS


Le Secrétaire général exhorte le Conseil de sécurité à en faire « un plus grand usage »


À la veille du troisième Forum de l’Alliance des civilisations, le Conseil de sécurité, a, ce matin, à l’invitation du Premier Ministre libanais, M. Saad Hariri, tenu un débat sur le thème du « dialogue entre les cultures au service de la paix et de la sécurité », considéré comme un instrument de diplomatie préventive, de gestion et règlement des conflits et de consolidation de la paix.


Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, a mis l’accent sur la nécessité de « développer la coopération » et de « renforcer la compréhension mutuelle et le respect », une démarche nécessaire, a-t-il dit, pour « atteindre la paix et la sécurité internationales ». 


M. Ban a déclaré que le dialogue pouvait contribuer à la prévention des conflits, à la promotion de la réconciliation, à la recherche de solutions pour le règlement pacifique des différends ainsi qu’à la consolidation de la paix. 


La protection de la diversité culturelle est un droit de l’homme fondamental, qui est consacré dans de nombreux instruments juridiques contraignants, a-t-il souligné.  Le défi que le Conseil de sécurité doit relever, a-t-il estimé, consiste à « intégrer le dialogue interculturel dans les efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité ».


Le Secrétaire général, qui a également rappelé que l’Alliance des civilisations, créée par l’Assemblée générale à l'initiative des Gouvernements espagnol et turc, ouvrirait son troisième Forum le 28 mai à Rio de Janeiro, au Brésil, a invité le Conseil à « puiser davantage » dans les expériences vécues par certains de ses membres et à partager les leçons apprises.  Le dialogue interculturel est un « outil important » de la diplomatie, a-t-il dit, ajoutant: « Je vous exhorte à en faire un plus grand usage ».


M. Hariri, qui présidait cette séance du Conseil de sécurité, a estimé que la nécessité d’un dialogue entre les peuples et les cultures était « beaucoup plus évidente aujourd’hui » au regard « des problèmes rencontrés dans les relations entre les peuples et les communautés, et les risques d’affrontements que peuvent entraîner les politiques fondées sur la crainte et les menaces ».


Pour le Premier Ministre libanais, qui a insisté sur l’expérience de son pays, la pratique du dialogue au niveau mondial doit rejoindre « l’action diplomatique conduite en vertu du droit international », et s’éloigner ainsi de la « logique de la force, de l’imposition et de la pratique des deux poids deux mesures ».


Le délégué de la France a rendu hommage au Liban qui, selon lui, représente « le plus beau creuset des civilisations et des religions » et « incarne à lui seul ce que la paix peut devoir à la tolérance, au respect de l’autre et à l’acceptation de la différence ». 


Lors du débat, les délégations, qui étaient saisies d’un document de réflexion* préparé par la présidence libanaise du Conseil de sécurité, ont reconnu le rôle que joue le dialogue interculturel en matière de diplomatie préventive, de gestion et règlement des conflits et de consolidation de la paix.


Pour le Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni, M. Alistair Burt, le dialogue interculturel devrait « reposer sur les valeurs humaines universelles ».  « Les Nations Unies sont bien placées pour appuyer un tel dialogue interculturel », a-t-il précisé, plaidant en faveur d’une approche qui permet de faire face aux différences de façon « tolérante et respectueuse ». 


Le délégué du Japon a estimé que le Conseil de sécurité devrait insister davantage sur le règlement pacifique des différends avant que la violence n’éclate et encourager un plus grand dialogue entre les parties avant qu’une situation conflictuelle ne s’aggrave.  Il a invité le Secrétaire général et le Conseil à utiliser ensemble de manière optimale les moyens disponibles pour éviter les conflits, en ayant recours notamment à des médiateurs de haut niveau.


Le représentant de la Fédération de Russie a toutefois jugé que l’ONU ne disposait pas du monopole en matière de médiation, mettant ainsi l’accent sur le rôle des organisations régionales ou sous-régionales pour régler les conflits relevant de leur champ de compétence.  « Le Conseil de sécurité doit aborder ces questions sur la base de la division du travail avec ces structures régionales et sous-régionales », a-t-il fait observer.


Son homologue du Brésil a insisté, en particulier, sur la notion d’éducation à la tolérance.  Si l’on réussit à établir des institutions et à éduquer les peuples de cette façon, certaines des causes sous-jacentes des conflits dans de nombreuses parties du monde pourront être éliminées, a-t-elle affirmé. 


Pour la délégation de la Turquie, l’ONU, seule instance universelle, doit assumer un rôle de « chef de file » pour développer une approche collective et promouvoir le dialogue interculturel.  Son représentant a souligné la nécessité de « reconnaître les différences culturelles en tant que partie intégrante du patrimoine de l’humanité » et, d’autre part, de lutter contre l’ignorance et les préjugés de manière à « permettre à la voix de la modération d’être amplifiée dans les sociétés du monde pour établir un véritable dialogue interculturel ». 


*     S/2010/248



MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES


Dialogue entre les cultures au service de la paix et de la sécurité


Déclarations


M. SAAD HARIRI, Premier Ministre du Liban, a ouvert le débat qu’il présidait en estimant que la nécessité d’un dialogue entre les peuples et les cultures était beaucoup plus évidente aujourd’hui au regard des problèmes rencontrés dans les relations entre les peuples et les communautés, et les risques d’affrontements que peuvent entraîner les politiques fondées sur la crainte et les menaces.


Le Premier Ministre a notamment souligné la nécessité d’unir les efforts pour lutter contre le sectarisme et l’extrémisme et de promouvoir la médiation en vue de résoudre de façon équitable et pacifique les conflits.  Il a insisté également sur les efforts patients à déployer dans les domaines de la politique, de la culture et des médias pour se préserver de la violence et de la haine.


Pour M. Hariri, le dialogue de vie dans la culture, la société et la politique, ou la notion de « vie partagée », comme on l’appelle au Liban, est le moyen de préserver l’unité et de se laisser enrichir par la pluralité.  Ces objectifs sont au cœur de la volonté de parité entre les musulmans et les chrétiens, comme le prévoit l’Accord de Taëf qui a mis fin, en 1989, au conflit civil au Liban.  Cette parité, a-t-il précisé, renforce la capacité du Liban à contribuer au dialogue interculturel et interconfessionnel au niveau mondial.


Le Premier Ministre libanais a souligné que le dialogue n’ignorait pas les contradictions ni la compétition démocratique, mais constituait un mode de gestion plurielle afin que les différences n’engendrent pas l’hostilité ou les divisions.  Il n’est pas, a-t-il précisé, un processus de négociations conditionné par les relations de pouvoir, mais une contribution au changement de ces relations, même en termes relatifs, afin d’assurer l’égalité entre tous les partenaires de ce dialogue.  Voilà pourquoi, a-t-il dit, la pratique du dialogue au niveau mondial rejoint l’action diplomatique conduite en vertu du droit international, s’éloignant de la logique de la force, de l’imposition et de la pratique des « deux poids deux mesures ».


M. Hariri a rappelé que le Liban avait été soumis à 25 ans d’occupation israélienne et à des guerres israéliennes répétées.  L’occupation d’une partie du territoire libanais se poursuit, a-t-il ajouté, jugeant légitime de se demander comment le dialogue pourrait établir la confiance et de nouvelles relations dans le contexte de l’occupation israélienne constante des territoires arabes et palestiniens et face au refus persistant des droits fondamentaux inaliénables du peuple palestinien et, plus particulièrement, de leurs droits au retour et à un État indépendant avec Jérusalem pour capitale.  L’esprit de justice et le respect du droit international doivent régner pour qu’un véritable dialogue puisse s’instaurer, a-t-il dit. 


M. Hariri a estimé également qu’une paix juste et durable en Palestine, préconisée par l’Initiative de paix arabe, aurait une influence significative sur les relations entre les cultures et les religions.  En outre, a-t-il ajouté, une paix juste est indispensable au succès du dialogue et comme approche pour résoudre la crise et réaliser un véritable rapprochement entre l’Occident et le monde arabe et musulman.


Le Premier Ministre libanais a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur des valeurs éthiques universelles contenues dans la Charte des Nations Unies qui guident sa diplomatie et ses programmes en matière de médiation et de résolution des conflits.  Ces valeurs, a affirmé M. Hariri, sont les fondements du dialogue interculturel.  Le dialogue interculturel assure leur promotion, a-t-il conclu, sous les applaudissements.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a souligné l’importance de la question du dialogue interculturel pour le Liban et tous les États Membres, en particulier à la veille du troisième Forum de l’Alliance des civilisations qui s’ouvrira le 28 mai à Rio de Janeiro et auquel il participera.  Il a noté que le soutien à l’Alliance continue de s’accroître.  L’Alliance compte à ce jour 100 membres, le dernier à l’avoir rejointe étant les États-Unis.  C’est une bonne initiative, à un moment opportun, a-t-il dit.  « Le monde change vite et nous sommes de plus en plus connectés les uns aux autres, à travers les migrations, le commerce et les technologies de l’information, a-t-il fait remarquer, tout en regrettant que nous soyons de plus en plus divisés. »  Il a aussi souligné que les pays eux-mêmes font l’expérience de la diversité culturelle, à l’intérieur de leurs frontières.  Au niveau local, il a noté que les défis peuvent facilement passer d’un pays à l’autre et même d’une région à l’autre.


Tout cela renforce l’idée qu’il faut développer la coopération et renforcer la compréhension mutuelle et le respect, a indiqué le Secrétaire général, insistant sur la nécessité de cette démarche pour atteindre la paix et la sécurité internationales.  Il a déclaré que le dialogue pouvait contribuer à la prévention des conflits, à la promotion de la réconciliation, à la recherche de solutions pour le règlement pacifique des différends et aussi à la consolidation de la paix.  La protection de la diversité culturelle est un droit de l’homme fondamental, qui est consacré dans de nombreux instruments juridiques contraignants, a-t-il rappelé.


Pour marquer la Journée mondiale pour la diversité culturelle, pour le dialogue et le développement, sept rapporteurs spéciaux des droits de l’homme ont publié, il y a sept jours, une déclaration commune appelant les États à assumer leurs responsabilités en vertu du droit international afin de créer un environnement propice à l’exercice des droits culturels, comme les droits des minorités ethniques, religieuses et linguistiques ainsi que des peuples autochtones, a rappelé le Secrétaire général.  L’éducation est également une priorité, a-t-il souligné, invitant à renforcer ce secteur pour que les jeunes bénéficient de la diversité culturelle.  « Nous devons aussi nous engager davantage et créer des partenariats avec les gouvernements locaux, la société civile, les jeunes et les médias », a-t-il recommandé.


L’Assemblée générale a proclamé 2010 « l’Année internationale pour le rapprochement des cultures », a-t-il rappelé, se réjouissant des efforts et sommets organisés dans ce cadre.  Le défi pour le Conseil de sécurité consiste à intégrer le dialogue interculturel dans les efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité, a déclaré le Secrétaire général.  Il a invité le Conseil à « puiser davantage » dans les expériences vécues par certains de ses membres et à partager les leçons apprises.  Le dialogue interculturel est un « outil important » de la diplomatie, a-t-il dit, ajoutant: « Je vous exhorte à en faire un plus grand usage ».


M. ALISTAIR BURT, Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères et du Commonwealth, a fait remarquer que trop souvent, les préjugés et les malentendus semblent être à la source de conflits ou de leur prolongation.  M. Burt a ainsi évoqué les situations en Afghanistan et au Moyen-Orient.  S’agissant de la situation au Moyen-Orient, il a notamment demandé aux parties concernées de continuer à œuvrer pour tenter de réduire les fossés et à prendre des mesures audacieuses pour trouver une solution permettant d’instaurer une paix durable.  Il a appuyé également les travaux de l’Alliance des civilisations visant à promouvoir un dialogue interculturel.  M. Burt a estimé que le dialogue interculturel devrait reposer sur les valeurs humaines universelles.  Les Nations Unies sont bien placées pour appuyer un tel dialogue interculturel, a-t-il précisé.  Il a également plaidé en faveur d’une approche qui permet de faire face aux différences de façon tolérante et respectueuse.  Cela doit commencer par des sociétés ouvertes et tolérantes, a-t-il estimé.  « Nous devons veiller à ce que les leçons tirées de ce débat soient reflétées dans les travaux en cours du Conseil de sécurité visant à résoudre les conflits », a-t-il souligné. 


M. GÉRARD ARAUD (France) a rendu hommage au Liban qui, selon lui, représente « le plus beau creuset des civilisations et des religions », ajoutant que ce pays, « qui fait vivre et gouverner ensemble, incarne à lui seul ce que la paix peut devoir à la tolérance, au respect de l’autre et à l’acceptation de la différence ».  Depuis 2001, le dialogue interculturel s’est imposé à l’agenda international pour le meilleur et pour le pire, a poursuivi le représentant.  On ne peut nier l’intérêt du dialogue entre les groupes, a-t-il fait remarquer, soulignant que le dialogue interculturel peut être un instrument de résolution et de prévention des conflits, ainsi que de consolidation de la paix.  Mais ce n’est pas une fin en soi, a-t-il estimé, car les cultures ne sont pas figées et chaque individu peut revendiquer plusieurs appartenances culturelles ou au contraire s’en affranchir.  Il a aussi prévenu contre le risque de revendiquer des cultures à des fins politiques.


M. Araud s’est félicité des nombreuses initiatives visant à développer le dialogue interculturel.  L’UNESCO, qui œuvre depuis sa création au rapprochement entre les peuples, a vocation d’être l’enceinte privilégiée dans ce domaine, a-t-il estimé. «  En tant qu’États Membres, nous avons la responsabilité d’agir pour prévenir les conflits et y mettre fin, en prenant compte le facteur culturel », a-t-il souligné.  Mais ce facteur n’est que rarement le générateur unique des conflits, a fait observer le représentant de la France, relevant qu’il est souvent instrumentalisé par les radicaux de tous ordres.  L’identité culturelle est au cœur des préoccupations de la France, a-t-il poursuivi, précisant que cette identité était faite d’une multitude de traditions, de coutumes et de croyances.  Il a expliqué que la laïcité en France vise la cohabitation pacifique de toutes les croyances et non-croyances.  La diversité est d’ailleurs au cœur de la construction européenne, a-t-il aussi rappelé.


La France est déterminée à bâtir un avenir commun dans un environnement de diversité culturelle, a assuré l’Ambassadeur Araud, avant d’indiquer que la Francophonie permet aussi d’établir un dialogue et une collaboration utile.  Il s’est aussi félicité de la tenue du Sommet de l’Alliance des civilisations à Rio de Janeiro, à la fin de cette semaine.  Avant de conclure, M. Araud a souhaité que la société civile, les femmes, toutes les religions et philosophies soient incluses dans le dialogue interculturel, sans aucune discrimination.  Pour dialoguer, a-t-il rappelé, il faut être capable d’entendre les opinions contraires.  La France continuera à se consacrer au dialogue des cultures et des civilisations, a-t-il assuré.


M. ALEXANDER A. PANKIN(Fédération de Russie) a affirmé que l’analyse de toute l’histoire mondiale témoignait du fait que les approches aux problèmes actuels devraient être rapportées à la diversité culturelle des sociétés du monde.  Le potentiel des différentes initiatives en faveur du dialogue interculturel, comme celle de l’Alliance des civilisations, ne doivent avoir aucun aspect de concurrence entre elles, a-t-il dit.  Le représentant a rappelé que son pays regroupait beaucoup d’ethnies, de cultures et de religions.  Il a jugé qu’il était erroné de parler de conflit entre les civilisations et les cultures, déclarant que la Fédération de Russie rejetait catégoriquement toute tentative d’associer toute religion avec le terrorisme ou la criminalité transnationale organisée.  Le représentant a également estimé que la médiation constituait pour la communauté internationale le moyen de réagir aux situations de conflit.  Les activités des médiateurs doivent être transparentes, a-t-il insisté.  L’ONU ne dispose pas du monopole en matière de médiation, a-t-il poursuivi, mettant l’accent sur le rôle des organisations régionales ou sous-régionales pour régler les conflits relevant de leur champ de compétence.  Le Conseil de sécurité doit aborder ces questions sur la base de la division du travail avec ces structures régionales et sous-régionales, a-t-il dit. 


M. YUKIO TAKASU (Japon) a rappelé que la Charte de l’ONU signale l’importance du dialogue interculturel dans la promotion de la paix et la sécurité internationales.  Il a déploré que la méfiance et les préjugés entre les peuples aient entraîné trop souvent des tensions et des guerres.  Le représentant a estimé que le Conseil de sécurité devrait insister davantage sur le règlement pacifique des différends avant que la violence n’éclate et encourager un plus grand dialogue entre les parties avant qu’une situation conflictuelle ne s’aggrave.  Le rôle du Secrétaire général est d’alerter le Conseil de sécurité, a-t-il rappelé.  C’est pourquoi, il a invité le Secrétaire général et le Conseil à utiliser ensemble de manière optimale les moyens disponibles pour éviter les conflits, en ayant recours notamment à des médiateurs de haut niveau.  Il faut cependant respecter le patrimoine culturel, a-t-il insisté, tout en émettant l’espoir que des communautés différentes puissent coexister et vivre pacifiquement.  Le délégué a aussi souligné l’importance de l’éducation qui, selon lui, peut nourrir un dialogue interculturel.  Le Japon défend de manière vigoureuse la sécurité humaine, a-t-il ajouté, car tous les êtres humains quels que soient leur religion, leur sexe ou leur race ont le droit de vivre à l’abri de la peur.  Le Japon a organisé un dialogue avec le monde islamique, impliquant notamment des jeunes, a-t-il indiqué, avant de rappeler que son pays avait aussi mis en place des programmes en vue de faciliter le processus de paix au Moyen-Orient.


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a relevé la pertinence de ce débat à la veille du troisième Forum mondial de l’Alliance des civilisations, qui se tiendra à partir du 28 mai à Rio de Janeiro.  Ce Forum, a-t-elle dit, s’attachera notamment à trouver des accords visant à promouvoir la confiance et la compréhension parmi les peuples.  La représentante a rappelé que son pays était né d’un brassage de cultures et d’ethnies.  Le dialogue interculturel n’est pas une préférence politique, mais fait partie de la propre identité des Brésiliens, a-t-elle dit.  Mme Ribeiro Viotti a mis l’accent sur le dialogue interculturel en tant qu’outil de diplomatie préventive et sur le rôle du maintien de la paix pour faciliter la compréhension mutuelle entre les cultures.  La représentante a, en particulier, insisté sur la notion d’éducation à la tolérance.  Si l’on réussit à établir des institutions et à éduquer les peuples de cette façon, certaines des causes sous-jacentes des conflits dans de nombreuses parties du monde pourront être éliminées, a-t-elle estimé.  De même, elle a insisté sur la contribution au dialogue interculturel que peuvent apporter les Nations Unies par le biais du maintien de la paix.


Mme BROOKE D. ANDERSON (États-Unis) s’est réjouie de la reprise des pourparlers indirects dans le processus de paix au Moyen-Orient et espéré que, grâce à des négociations de bonne foi, les parties pourraient arriver à se mettre d’accord sur une solution juste.  Jérusalem est une question importante pour les juifs, les musulmans et les chrétiens, a-t-elle rappelé, tout en soulignant la nécessité de parvenir à un accord sur le statut de Jérusalem qui préserve les intérêts de chacun.  La représentante a ensuite noté que, grâce aux nouvelles technologies d’information et de communication, il y a un rapprochement entre les gens.  Son pays, a-t-elle assuré, est attaché à promouvoir le dialogue.  En dépit de la grande diversité des familles humaines, il y a des valeurs communes dans la dignité et les droits de l’homme, a-t-elle souligné.  Il appartient aussi aux citoyens de favoriser les échanges interculturels, a-t-elle estimé, en mettant l’accent sur l’importance des dialogues directs entre les personnes.


Les États-Unis financent des échanges dans le cadre du dialogue interculturel, a poursuivi Mme Anderson, signalant notamment des échanges de groupes de jeunes américains avec d’autres groupes culturels dans le monde.   « Aux États-Unis, le Président Obama a parlé de « mosaïque » et nous avons cherché à établir des ponts entre les peuples », a-t-elle dit.  Les États-Unis, qui viennent d’adhérer à l’Alliance des civilisations, soutiennent sa mission et espèrent adopter, grâce à elle, une approche encore plus inclusive, a-t-elle assuré.  Le Président Obama, a-t-elle ajouté, a appelé à écouter et à respecter les autres, tout en exprimant librement son opinion.  « Nous croyons fermement que les intérêts que nous partageons entre êtres humains sont bien plus forts que ce qui nous sépare », a-t-elle dit.  Avant de conclure, la représentante des États-Unis a invité à associer l’acte à la parole, notamment dans les domaines de la non-prolifération nucléaire, des changements climatiques et des pandémies, afin de trouver des solutions communes à tous.


M. IVAN BARBALIC (Bosnie-Herzégovine) a estimé que la diversité culturelle représente aujourd’hui un défi politique majeur pour les démocraties modernes, la citoyenneté, le pluralisme, la cohésion sociale et surtout, pour la paix et la sécurité mondiales.  Il s’est dit convaincu que le dialogue interculturel est une question essentielle pour le monde d’aujourd’hui.  Citant à titre d’exemple la situation des pays des Balkans, il a souligné les mérites d’une approche informée et globale pour mettre un terme aux fausses idées, aux préjugés, à l’exclusion et à la marginalisation et pour faciliter la compréhension et le respect mutuel entre les peuples et pays.  Pour le représentant, le dialogue interculturel et interreligieux  est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans les sociétés en situation postconflit, tant pour faciliter la coopération régionale qu’en tant qu’instrument de la diplomatie préventive. 


De l’avis de sa délégation, le multiculturalisme ne doit cependant pas se définir comme un ensemble de cultures ayant un statut égal, mais plutôt comme un système basé sur des valeurs communes et la promotion de la paix.  Il s’agit d’une interaction constante entre cultures différentes dans l’esprit de jeter des ponts pour désamorcer les tensions possibles par la tolérance et le dialogue a-t-il précisé.  Ainsi, la Bosnie-Herzégovine encourage toute initiative internationale  dans le domaine du dialogue interculturel, y compris celles des Nations Unies et de l’Alliance des civilisations.  La Conférence de l’Alliance, qui s’était tenue en décembre 2009 en Bosnie-Herzégovine, avait adopté une déclaration sur la stratégie régionale en la matière qui insiste sur l’éducation, la jeunesse et les médias comme facteurs clefs des sociétés pluralistes et inclusives.  Le représentant a souhaité que le Conseil de sécurité adopte plus fréquemment une approche de diplomatie préventive et de promotion du dialogue interculturel comme mécanisme de maintien de la paix et de la sécurité internationales.


M. ALFRED MOUNGARA MOUSSOTSI (Gabon) a expliqué que le dialogue interculturel favorise le développement et la multiplication des relations entre les peuples et les amènent à mieux se comprendre et à se connaître dans ce qu’ils ont de plus profond, de plus vrai et de plus sacré.  Le Conseil de sécurité, a-t-il estimé, ne peut pas être en marge de la grande vague qui exhorte les peuples et les civilisations du monde entier à s’unir par le biais du dialogue interculturel.  Il a fait remarquer que, dans un environnement international parcouru par de nombreux flux, notamment ceux générés par les nouvelles technologies de la communication et de l’information, le monde devient de plus en plus un village planétaire et le besoin de rapprochement des peuples et des cultures s’impose comme une impérieuse nécessité pour bâtir la paix dans l’esprit des hommes.  Il a ainsi souligné comment la recherche, au moyen du dialogue, des voies de compromis entre les religions, les groupes ethniques et les civilisations est un outil indispensable à la promotion des la paix entre les nations.  « C’est en mettant de côté nos particularismes identitaires et culturels que nous comprendrons progressivement que ce qui nous unit en tant qu’humanité est beaucoup plus important que ce qui nous divise », a-t-il déclaré.


Le représentant a considéré que le Conseil de sécurité devrait accorder une grande importance au dialogue et à la réconciliation des peuples et des ethnies qui étaient dans le passé en conflit, par le biais de ses missions de maintien de la paix.  Il a cité notamment le Rwanda, le Libéria et la Sierra Leone, où le dialogue a largement contribué au retour de la cohésion sociale et à la paix durable.  Il a aussi appelé à bannir les préjugés et les malentendus entre les peuples de différentes cultures et religions.  « Nous ne pouvons préserver les générations présentes et futures des affres de la guerre, de l’intolérance religieuse, du terrorisme et de la menace nucléaire que si nous arrivons à intégrer dans notre esprit et notre comportement les valeurs transversales », a-t-il fait observer.


M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) a souligné la nature complexe du monde d’aujourd’hui où, en plus des risques conventionnels, de nouvelles menaces pour la paix et la sécurité internationales ont émergé.  À cet égard, il a cité le terrorisme, l’extrémisme, la xénophobie et les stéréotypes religieux et culturels.  Ces nouvelles menaces ne connaissent pas de frontières nationales, a-t-il noté, ajoutant que cela rendait d’autant plus difficile de préserver la paix internationale.  Le délégué a également rappelé qu’aucun pays n’en pouvait seul faire face à ces menaces, et c’est pourquoi,  la communauté internationale doit opter pour une approche collective et renforcer le multilatéralisme.  Cela ne sera  possible que s’il y a une meilleure entente entre les peuples et les pays de manière à pouvoir dépasser les stéréotypes classiques et la mentalité du « nous » contre « eux », a-t-il poursuivi.  Pour la délégation turque, les Nations Unies, seule instance universelle, doivent assumer un rôle de chef de file pour développer cette approche et promouvoir le dialogue interculturel.  Le Conseil de sécurité doit, pour sa part, assumer sa part de responsabilité dans sa manière de gérer les situations de conflit.  Le représentant a souligné qu’il faudrait d’une part, reconnaître les différences culturelles en tant que partie intégrante du patrimoine de l’humanité et, d’autre part, accepter ces différences et lutter contre l’ignorance et les préjugés de manière à permettre à la voix de la modération d’être amplifiée dans les sociétés du monde pour établir un véritable dialogue interculturel. 


En raison de son histoire et de sa situation géographique, la Turquie a toujours œuvré pour la promotion du dialogue interculturel, qui se traduit dans la vie quotidienne par la tolérance culturelle et la cohabitation pacifique.  C’est ainsi que la Turquie avait coparrainé en 2005, avec l’Espagne, l’Alliance des civilisations, qui est devenue aujourd’hui une véritable initiative de paix dont l’objectif vise à éliminer les fausses idées et à établir des ponts pour faciliter le dialogue interculturel, a rappelé le représentant.  Il a salué l’adhésion récente des États-Unis à l’Alliance, qui compte à ce jour 100 membres.  Il a également saisi cette occasion pour souligner que le débat d’aujourd’hui vient à point nommé à la veille du troisième Forum de l’Alliance qui se tiendra les 28 et 29 mai 2010 à Rio de Janeiro.


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a déclaré que le respect et l’acceptation de la diversité culturelle, ethnique et religieuse représentait des valeurs essentielles qui renforcent les objectifs consacrés dans la Charte des Nations Unies.  Il est essentiel, a-t-il dit, de lutter contre les stéréotypes et les idées fausses qui encouragent la méfiance entre les sociétés et les individus.  Il est nécessaire, a-t-il souligné, que le Conseil de sécurité, dans le cadre de ses responsabilités, s’associe aux efforts visant à un plus grand rapprochement entre les cultures.  Le représentant a en particulier mis l’accent sur la nécessité de renforcer l’état de droit, de promouvoir et de protéger les doits de l’homme et de respecter le droit international humanitaire.  Rappelant la composition multiethnique de son pays, le représentant a souligné la nécessité d’encourager la valeur ajoutée qu’offrent les sociétés multiculturelles. 


M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) s’est dit convaincu que la promotion du dialogue interculturel constitue un des moyens de promouvoir la paix et la sécurité durables au plan international.  Il a prévenu contre les risques que représentent les préjugés, en soulignant que le dialogue facilite la compréhension entre les différentes cultures.  Il s’est félicité à cet égard des efforts entrepris par l’Alliance des civilisations.  Le dialogue interculturel permet aussi de s’assurer que le système multilatéral repose bien sur le respect mutuel, a-t-il ajouté.  Le dialogue entre les diverses cultures et religions contribue considérablement au maintien de la paix et de la sécurité internationales, a-t-il insisté, soulignant qu’il permet notamment d’éviter de se baser sur des idées reçues.  De l’avis de sa délégation, le dialogue interculturel peut aussi jouer un rôle important pour aborder les nouvelles menaces à la paix et à la stabilité, a indiqué le représentant.  Il a par ailleurs salué les efforts de l’UNESCO dans la promotion du dialogue interculturel et s’est félicité de la tenue du deuxième Forum de l’Alliance des civilisations, qui a eu lieu à Istanbul l’année dernière.  Pour développer le dialogue interculturel, il faudrait renforcer les contacts entre les jeunes, la société civile, les médias et les établissements d’enseignement, a préconisé le représentant.


M. LI BAODONG (Chine) a estimé que ce débat permettrait de contribuer à la promotion du dialogue interculturel et interconfessionnel, qui est nécessaire à la coexistence pacifique et au maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Le dialogue interculturel est, a-t-il dit, conforme aux buts et aux objectifs des Nations Unies et à la notion de diplomatie préventive.  Il a mis l’accent sur la nécessité de promouvoir un traitement égal pour toutes les cultures et religions sur la base du respect mutuel et de renforcer le dialogue interculturel de façon inclusive et ouverte.  Le représentant a en outre insisté sur la nécessité de résoudre les conflits par des moyens pacifiques.  Il a souligné que son pays était opposé à l’idée de lier le terrorisme à une religion.  Il a également rappelé l’importance, dans le règlement des conflits, de la médiation et des bons offices.


Mme U. JOY OGWU (Nigéria) a salué l’engagement du Liban à l’égard des idéaux des Nations Unies.  Elle a souligné que le dialogue et la compréhension sont des instruments importants pour la paix et la sécurité internationales, en notant la mosaïque que constituent les États Membres des Nations Unies.  Promouvoir la tolérance, la compréhension et le respect mutuel, ainsi que l’unité et la diversité, ne peut se faire que par un dialogue, a-t-elle estimé.  La représentante a estimé qu’il était utile d’adopter de nouvelles approches et perspectives pour appuyer la volonté politique dans la quête de la paix.  Le Nigéria, qui est conscient non seulement des grands défis mais aussi des grands avantages d’une société multiculturelle multiconfessionnelle, est déterminé à préserver sa diversité et son caractère unique, a-t-elle précisé.  Parmi les idéaux nationaux du Nigéria, il y a l’unité, le progrès et la paix.  La déléguée a aussi indiqué que le dialogue interreligieux a été encouragé par le Gouvernement nigérian, avec la pleine participation de la société civile.  Au niveau international, elle a estimé qu’il reste encore beaucoup à faire.  On risque de ne pas utiliser au mieux le « village planétaire » si on ne favorise pas le dialogue comme outil de diplomatie préventive, a-t-elle prévenu.  Avant de conclure, elle a réaffirmé l’importance de l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon lequel « tous les êtres humains sont nés libres et égaux dans leurs droits et leur dignité ».


M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a rappelé que depuis longtemps la coexistence pacifique entre cultures et systèmes de valeurs différents ont représenté un défi pour les relations internationales.  Il a fait remarquer que, dans un monde de plus en plus interconnecté, la nécessité de promouvoir le dialogue, la compréhension mutuelle et la tolérance est d’autant plus cruciale pour prévenir les conflits et promouvoir l’entente et la paix.  Un tel dialogue suppose, a-t-il dit, le respect des valeurs et croyances autres que les siennes et la prise de conscience des défis communs sur le plan politique, économique, social et écologique.  Ce dialogue doit également être ancré dans le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que dans le principe de l’état de droit, a ajouté le représentant. 


Saluant les différentes initiatives lancées en ce sens par les Nations Unies, notamment l’Alliance des civilisations, M. Mayr-Harting a rappelé que son pays avait été un membre actif de l’Alliance dès sa création en 2005, et qu’il sera représenté par son Ministre des affaires étrangères, M. Spindelegger, au troisième Forum de l’Alliance qui se tiendra les 28 et 29 mai à Rio de Janeiro.  Il a ajouté que l’Autriche  accueillera le cinquième Forum de l’Alliance à Vienne, en 2012.  Dans ce contexte, M. Mayr-Harting est revenu sur l’intérêt croissant accordé par l’Europe au dialogue avec les communautés musulmanes.  La troisième Conférence des imams européens s’est déroulée à Vienne il y a quelques jours, a-t-il rappelé, avant de préciser que son pays accueillera également le premier Forum des jeunes leaders euro-arabes avant la fin de cette année.  Ayant également lancé des programmes de dialogue bilatéraux avec l’Indonésie et le Singapour, l’Autriche espère établir des échanges de ce type avec d’autres pays en coopération avec la Ligue des États arabes, a indiqué le représentant.


Dans ses remarques de clôture, le Premier Ministre du Liban a rappelé qu’il ne faudrait pas attendre qu’une catastrophe survienne pour réagir.  Le dialogue est essentiel pour éviter tout conflit, notamment si on l’associe au respect du droit et à une volonté politique très vigoureuse, a-t-il déclaré. 


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