Le Conseil de sécurité se prononcera en octobre 2010 sur les indicateurs destinés à suivre l’application de sa résolution phare sur les femmes, la paix et la sécurité

27 avril 2010
CS/9914

Le Conseil de sécurité se prononcera en octobre 2010 sur les indicateurs destinés à suivre l’application de sa résolution phare sur les femmes, la paix et la sécurité

27/04/2010
Conseil de sécurité
CS/9914
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Conseil de sécurité

6302eséance – matin

LE CONSEIL DE S É CURITÉ SE PRONONCERA EN OCTOBRE 2010 SUR LES INDICATEURS DESTINÉS À SUIVRE L’APPLICATION DE SA RÉSOLUTION PHARE SUR LES FEMMES, LA PAIX ET LA SÉCURITÉ

En adoptant cet après-midi une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité a exprimé son intention de se prononcer, à l’occasion du dixième anniversaire de sa résolution 1325 (2000), qui sera célébré en octobre 2010, sur un « ensemble complet d’indicateurs » à utiliser au niveau mondial pour suivre l’application de cette résolution qui porte sur les femmes, la paix et la sécurité.

Cette résolution historique, la première du genre, demandait aux États Membres de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions concernant le règlement des conflits et les processus de paix, ainsi qu’à toutes les parties à un conflit armé de prendre des mesures pour protéger les femmes et les petites filles contre les violences sexuelles dans les situations de conflit armé.  Les résolutions 1612 (2005), 1674 (2006), 1820 (2008), 1888 (2009) et 1889 (2009), notamment, ont reflété la détermination du Conseil à renforcer la mise en œuvre de ces dispositions au cours de la décennie écoulée.

La déclaration présidentielle a été adoptée à l’issue d’un débat auquel les 15 membres du Conseil ont pris part, ainsi que la Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale pour la parité des sexes et la promotion de la femme, Mme Rachel Mayanja, et laReprésentante spéciale du Secrétaire général chargée de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits armés, Mme Margot Wallström.  À cette occasion, la situation en République démocratique du Congo (RDC) a été évoquée à plusieurs reprises, en particulier dans l’est du pays, où les violences sexuelles sont perpétrées dans un climat d’impunité.

Mme Mayanja a présenté le rapport* du Secrétaire généralsur les femmes, la paix et la sécurité, dans lequel M. Ban Ki-moon révèle que « 10 ans après son adoption, l’application de la résolution 1325 dans son ensemble demeure lente et l’évaluation des progrès réalisés à cet égard est limitée en raison du manque de données de référence et d’indicateurs précis, mesurables, pertinents et assortis de délais ».

Le Secrétariat, a expliqué la Conseillère spéciale, a retenu 26 indicateurs qui couvrent l’éventail le plus large possible en matière de prévention, de participation, de protection et de secours et de relèvement.  Ils permettront également de suivre au plus près la situation spécifique des femmes et des filles ou encore la façon dont la question de la parité est intégrée aux processus de paix.  Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité note le travail qui reste à faire pour que ces indicateurs deviennent opérationnels.

Le Conseil prie donc le Secrétaire général de poursuivre ses consultations avec ses membres, en tenant compte des vues exprimées par les autres parties prenantes, y compris les autres États Membres de l’ONU, et en tenant compte aussi de la nécessité d’affiner ces indicateurs, en vue d’inclure un ensemble complet dans le rapport sur l’application de la résolution 1325 (2000) qu’il doit lui présenter en octobre 2010.

Mme Margot Wallström, qui intervenait pour la première fois devant les membres du Conseil, depuis sa nomination le 2 février dernier, s’est lancée dans un vigoureux plaidoyer en faveur de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits armés.  Réagissant elle aussi au contenu du rapport du Secrétaire général, elle a affirmé que les bases de données sur lesquelles les Nations Unies se fondent pour agir dans ce domaine sont « faussées » par la « disparité des analyses ».

La plus insidieuse de ces analyses, a précisé la Représentante spéciale, est la notion selon laquelle le viol serait une conséquence inévitable de la guerre.  S’appuyant sur le rapport, elle a appelé de ses vœux la mise en place de nouveaux systèmes de collecte de données pour cerner les « tendances », ainsi que d’indicateurs d’alerte rapide.  Elle a également salué l’élargissement de la « liste de la honte » des groupes recrutant des enfants soldats aux groupes et individus suspectés de se livrer à des violences sexuelles.

Son Bureau, a annoncé Mme Wallström, lancera en juin prochain, en coopération avec le Fonds des Nations Unies pour le développement de la Femme (UNIFEM) et le Département des opérations de maintien de la paix, un Annuaire analytique des pratiques de maintien de la paix pour mieux répondre au défi des violences sexuelles en temps de conflit.

* S/2010/173

LES FEMMES, LA PAIX ET LA SÉCURITÉ

Rapport du Secrétaire général sur les femmes, la paix et la sécurité (S/2010/173)

Dix ans après son adoption, l’application de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécuritédans son ensemble demeure lente et l’évaluation des progrès réalisés à cet égard est limitée par le manque de données de référence et d’indicateurs précis, mesurables, réalisables, pertinents et assortis de délais, indique le rapport.  La demande du Conseil de sécurité concernant la mise au point d’un ensemble d’indicateurs qui doivent être utilisés au niveau mondial pour suivre l’application de la résolution 1325 (2000) tombe à point nommé.

Les indicateurs proposés dans le présent rapport sont le fruit d’un vaste exercice de cartographie et de consultations approfondies.  Une phase d’expérimentation donnant lieu à une mise au point technique et à la collecte de données serait nécessaire pour rendre l’ensemble des indicateurs proposés opérationnels, préconise-t-il.  La participation des équipes de pays des Nations Unies serait déterminante.  La période d’expérimentation varierait de deux à cinq ans et associerait tous les acteurs concernés (États Membres, fonds, programmes et institutions spécialisées des Nations Unies, organismes régionaux et organisations de la société civile).  L’élaboration des indicateurs a suscité une large impulsion à aller de l’avant et préparé les fonds, programmes et institutions spécialisées des Nations Unies à s’assurer la maîtrise des résultats de cet exercice.  Les responsables de ces fonds, programmes et institutions spécialisées ont ainsi indiqué qu’ils étaient disposés à recueillir certaines de ces données et à en assurer le suivi.

Le Secrétaire général recommande donc au Conseil de sécurité de demander aux organismes des Nations Unies de collaborer avec les organisations et les parties compétentes en vue de recueillir des données pour les indicateurs le plus rapidement possible, afin de les mettre à la disposition de tous les acteurs concernés, y compris des États Membres.  À cet égard, les entités compétentes des Nations Unies au niveau national, telles que les équipes de pays des Nations Unies, les projets pilotes relevant de l’initiative « Unis dans l’action » et les missions intégrées, joueraient un rôle moteur pour tester les indicateurs et s’assurer qu’ils peuvent être utilisés avec les données recueillies au niveau national, souligne le rapport.

Le Conseil pourrait exiger que les informations obtenues grâce à ces indicateurs soient incorporées dans les rapports de pays présentés par le Secrétaire général au Conseil de sécurité, lorsque cela est possible.  Les États Membres devraient être invités à utiliser d’eux-mêmes, parallèlement aux efforts déployés par les entités des Nations Unies, les indicateurs à titre expérimental pour s’assurer qu’ils correspondent aux contextes nationaux et à définir les meilleures pratiques en matière de collecte et d’analyse des données.  Le Conseil pourrait renforcer le principe de responsabilité et le suivi de l’application de la résolution 1325 (2000) grâce à la mise en place d’un mécanisme qui utiliserait les indicateurs décrits dans le présent rapport.

Enfin, les États Membres seraient priés, dans le contexte du dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325 (2000), de commencer à utiliser les indicateurs proposés pour lesquels des données existent déjà.  En examinant ce rapport, le Conseil souhaitera peut-être prendre note des travaux qui se déroulent actuellement en parallèle pour mettre au point des indicateurs se rapportant à ses résolutions 1820 (2008), 1882 (2009), 1888 (2009), 1889 (2009) et 1894 (2009).

Mme MARGOT WALLSTRÖM,Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a rappelé que, « de la guerre de Troie à l’ère du nucléaire, le viol a été étroitement lié aux conflits armés ».  Pourtant, c’est une relation que nous commençons tout juste à comprendre.  L’Histoire, a-t-elle expliqué, a perpétué le mythe selon lequel les hommes sont les principales victimes de la guerre, reléguant les femmes en marge de la société.  Le Conseil de sécurité, a-t-elle estimé, a contribué à redéfinir la relation entre la guerre et le viol et, plus largement, entre les femmes, la paix et la sécurité.  La résolution 1820 a constitué une réponse historique à cette réalité haineuse, s’appuyant sur l’idée que les violences sexuelles perpétrées en temps de guerre sont une violence collective, destinée à détruire les personnes, mais également leur conscience d’êtres humains.

La Représentante spéciale a ensuite évoqué l’action du système des Nations Unies pour lutter contre les violences sexuelles.  Celui-ci propose avant tout des mécanismes de surveillance et d’évaluation, basés sur des critères pertinents.  Mme Wallström a attiré l’attention sur certaines lacunes.  Aujourd’hui, les bases de données sur lesquelles les Nations Unies se fondent pour agir sont faussées par des disparités analytiques.  La plus insidieuse, a-t-elle expliqué, est la notion selon laquelle le viol est une conséquence inévitable de la guerre.  La violence sexuelle et ses conséquences extrêmes ne sont pas intrinsèquement liées aux conflits et aux déplacements.  Mme Wallström s’est élevée contre cette idée selon laquelle les auteurs de viols n’ont pas de sang sur les mains et que des notions telles que des « besoins biologiques » ou la « confusion de la guerre » peuvent être invoquées à leur sujet.  La Représentante spéciale a pour sa part souligné que le viol de masse n’était pas plus naturel, inévitable ou tolérable que le meurtre de masse.  La prévention, a-t-elle dit, est à la portée de la communauté internationale.  Pour parvenir à la mettre en place, il faut cependant établir de nouveaux systèmes de collecte de données pour capturer les tendances, ainsi que des indicateurs d’alerte rapide.

Un autre motif de préoccupations porte sur la question de la responsabilité: le besoin de mettre des noms sur les horreurs les plus complexes de la guerre.  C’est pourquoi, elle a salué l’élargissement de la « liste de la honte » des groupes recrutant des enfants soldats à ceux qui sont suspectés de recourir aux violences sexuelles.  Le deuxième rapport du Secrétaire général sur le suivi de la mise en œuvre de la résolution 1820, qui sera rendu public à la fin 2010, présentera des critères alignés sur ceux retenus par le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.  Mme Wallström a également estimé qu’un des problèmes qui se pose aujourd’hui tient au manque d’inclusion de la question des violences sexuelles, qu’elles soient perpétrées contre des femmes ou contre des hommes, au volet de la protection des civils.  Elle a annoncé le lancement, en juin prochain, par son Bureau, en coopération avec le Fonds des Nations Unies pour le développement de la Femme (UNIFEM) et le Département des opérations de maintien de la paix, d’un Annuaire analytique des pratiques de maintien de la paix pour mieux répondre au défi des violences sexuelles en temps de conflit.

Après avoir évoqué les cas répétés de violences sexuelles observées en République démocratique du Congo (RDC), en particulier dans la région des Kivus, la Représentante spéciale a réaffirmé son ordre du jour en cinq points très précis: mettre fin à l’impunité; autonomiser les femmes; mobiliser la volonté politique; reconnaître que le viol est à la fois une tactique et une conséquence de la guerre; et veiller à une réponse plus cohérente de la part du système des Nations Unies contre les violences sexuelles.  Revenant sur le thème de la prévention, Mme Wallström a indiqué que son Bureau préparerait une « matrice d’alerte rapide » des facteurs à risque sur le terrain.  Elle a expliqué qu’il était impératif de s’en prendre aux chaînes de commandement, qui jouent un rôle dans l’instauration d’une culture de la violence au sein des groupes armés.  Avant de conclure, la Représentante spéciale a appelé le Conseil de sécurité à continuer d’accorder une attention constante à la question des violences sexuelles.  « Notre objectif à tous, a-t-elle ajouté, est de faire respecter le droit international pour que les femmes puissent « trouver refuge auprès de la justice ».

Mme RACHEL MAYANJA, Sous-Secrétaire générale, Conseillère spéciale pour la parité des sexes et la promotion de la femme, présentant le rapport du Secrétaire général sur les femmes, la paix et la sécurité, a souligné la particularité de ce document technique, dont les nombreux indicateurs visent à rassembler des statistiques de base sur les différents domaines d’activités et établir des données.  Ces indicateurs sont nécessaires pour la planification, la prise de décisions, les travaux de recherche, le suivi et l’établissement de rapports, a-t-elle indiqué.  Mme Mayanja a ensuite expliqué que les 26 indicateurs retenus pour suivre l’application de la résolution 1325 couvraient l’éventail le plus large possible en matière de prévention, de participation, de protection et de secours et relèvement.  Ces indicateurs permettent à un second niveau de suivre au plus près la situation spécifique des femmes et des filles ou encore la façon avec laquelle la question du genre est intégrée dans les processus de paix, a encore indiqué Rachel Mayanja.  Cette méthodologie, a-t-elle estimé, doit renforcer la coordination des actions menées conjointement par les États Membres, les équipes de pays de l’ONU, les organisations de la société civile et les autres parties prenantes qui ont une opportunité pour protéger les femmes pendant les conflits armés et de les résoudre par des moyens pacifiques.

M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) a estimé que le Conseil de sécurité devrait accorder une attention soutenue au thème intitulé « les femmes, la paix et la sécurité », une question « qui relève pleinement de la paix et de la sécurité au sens large ».  Le représentant a souligné que la résolution 1325, adoptée il y a 10 ans, était un véritable « phare, un moyen de dénombrer aujourd’hui combien de femmes sont violées et déplacées, combien de femmes qui défendent les droits de l’homme sont tuées dans tel ou tel pays car elles se sont fait entendre ».  Le représentant a assuré que les indicateurs présentés par Mme Mayanja étaient utiles pour obtenir une « radiographie détaillée » de la situation des femmes et des filles pendant et au lendemain des conflits armés.  En octobre prochain, le Conseil de sécurité devra être à même de mesurer les progrès réalisés dans l’application de la résolution 1325 et ajuster ses efforts pour répondre aux ambitions des auteurs de ce texte décisif, a-t-il ajouté.  Le représentant a également appelé à un accroissement des ressources pour donner aux femmes les moyens concrets de participer pleinement aux processus de paix et aux activités de relèvement au lendemain des conflits.  Avant de conclure, le représentant britannique a appuyé la création de l’entité mixte sur la parité approuvée par l’Assemblée générale, en vue de renforcer les actions menées par l’ONU en matière d’autonomisation des femmes. 

Mme SUSAN RICE (États-Unis) a souligné l’impact dévastateur des conflits armés sur les femmes.  C’est la raison pour laquelle elle s’est félicitée de la nomination de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, indiquant que sa délégation était prête à coopérer avec elle pour mettre en place des indicateurs pertinents.  Elle a fait observer qu’il reste encore fort à faire pour y parvenir, en particulier dans des pays où des atrocités de masse sont commises, comme en République démocratique du Congo (RDC).  De l’avis de Mme Rice, le dernier rapport du Secrétaire général marque une étape importante, dans la mesure où il propose de nouveaux indicateurs qui serviront de base à des consultations du Conseil au cours desquelles ses membres s’emploieront à vérifier leur pertinence et leur efficacité.  La représentante a estimé que, presque 10 ans après l’adoption de la résolution 1325, l’attention du Conseil de sécurité ne s’était pas relâchée sur le sujet des violences sexuelles, comme en témoigne la réunion qui sera organisée en octobre prochain pour marquer le dixième anniversaire de cette résolution.

M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a indiqué que son pays avait pleinement soutenu la création d’un poste de représentant spécial du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.  La résolution 1888 (2009) a doté ce représentant spécial d’un certain nombre d’outils, notamment une équipe d’experts, a-t-il affirmé, tout en souhaitant obtenir davantage d’informations sur le programme du représentant spécial pour mettre en œuvre la résolution.

Le représentant a estimé que dans de nombreuses situations de conflit, les auteurs d’abus systématiques contre les femmes et les filles demeuraient largement impunis.  Les accusations de violence sexuelle doivent faire l’objet d’enquêtes et leurs auteurs doivent rendre des comptes, non seulement par le biais de la justice, mais aussi grâce au dépistage au sein des forces armées et de sécurité.  En outre, les victimes de violences sexuelles doivent recevoir une assistance et des formes adéquates de réparations.  La situation exige, a-t-il estimé, des mesures supplémentaires de la part du Conseil de sécurité en vue de renforcer l’état de droit et la lutte contre l’impunité.

M. ERTUĞRUL APAKAN (Turquie) a relevé combien il reste encore à faire pour que les femmes, dans les situations de conflit, puissent participer pleinement et en toute sécurité aux efforts de consolidation de la paix.  Il a souligné l’utilité des indicateurs élaborés par le Secrétariat de l’ONU pour suivre l’application de la résolution 1325, qui permettent de déterminer les domaines où des actions seraient utiles pour réaliser des progrès.  Pour continuer à améliorer ces indicateurs, il a proposé notamment de tenir compte des circonstances particulières à chaque situation.  Pour cela, a ajouté le représentant, il faudrait poursuivre les consultations avec l’ensemble des États Membres de l’ONU.  Le dixième anniversaire de la résolution 1325 offre une bonne occasion, a estimé M. Apakan, pour pousser le processus dans la bonne direction.  Par ailleurs, il a préconisé d’adopter une approche unique dans les efforts visant d’une part l’application de la résolution 1325, et, d’autre part, celle des résolutions 1820 et 1888 sur la violence sexuelle dans les conflits.  Il a en outre appelé à sensibiliser davantage la communauté internationale sur les quatre résolutions du Conseil de sécurité relatives aux femmes, notamment par le biais des parlementaires.

Mme CAROLINE ZIADE (Liban) a appuyé d’emblée les efforts de l’Assemblée générale pour parvenir à la création d’une entité mixte sur la parité entre les sexes au sein du Secrétariat.  Les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité sont utiles pour protéger les femmes pendant et au lendemain des conflits armés, a-t-elle poursuivi.  Des lacunes persistent dans la mise en œuvre de ces résolutions, a-t-elle estimé, souhaitant que la communauté internationale déploie les efforts nécessaires « pour combler le fossé entre les concepts et la pratique ».  La représentante a préconisé à cet effet d’examiner les résolutions 1888 et 1889 « de manière intégrée et globale, en admettant qu’il est impossible d’autonomiser les femmes tant que s’exercent contre elles les pires violences physique et psychologique ».  La déléguée libanaise a, à son tour, appelé à la participation accrue des femmes à toutes les étapes des processus de paix et de consolidation de la paix, y compris les programmes de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR).  Elle a aussi plaidé pour que soit levée l’impunité des auteurs d’actes de violences sexuelles pendant les conflits armés.  La résolution 1888 demande justement le renforcement institutions judiciaires et de sécurité à cette fin, un groupe d’experts ayant été créé pour aider les autorités nationales à renforcer l’état de droit avec le consentement des pays concernés, a-t-elle rappelé. 

Mme U. JOY OGWU (Nigéria) a regretté, qu’en dépit des résolutions pertinentes successives adoptées par le Conseil de sécurité, les violences sexuelles se poursuivent, parfois dans un climat d’impunité.  Après avoir indiqué que son pays était l’un des responsables du suivi du programme pilote de protection des femmes dans le cadre de la consolidation de la paix, la représentante a salué les travaux du Conseil de sécurité et du Secrétaire général pour déterminer les mesures permettant d’atteindre les objectifs de la résolution 1325.  Le Nigéria s’est également félicité du rapport du Secrétaire général, qui propose des indicateurs à l’aune desquels la condition des femmes dans les situations de conflit pourrait être mieux évaluée.  Les recommandations pour le programme pilote, telles qu’elles figurent dans le rapport sont louables, a déclaré la représentante, souhaitant cependant que le Conseil de sécurité s’emploie à rechercher un consensus étayé par un engagement collectif.  Avant de conclure, la représentante a proposé que le Secrétaire général identifie et fasse rapport sur les tâches nécessaires à une meilleure coordination des contributions de toutes les parties concernées.

M. ALFRED MOUNGARA MOUSSOTSI (Gabon) a mis l’accent sur la nécessité, en vue de rendre les indicateurs opérationnels, de renforcer, surtout dans la phase initiale, la coopération entre les États Membres, les entités des Nations Unies, les institutions régionales et les organisations de la société civile.  La mise en œuvre effective des indicateurs ne doit pas être une fin en soi, mais plutôt un outil supplémentaire pour lutter contre la marginalisation des femmes dans les différentes phases du règlement des conflits, qu’il s’agisse de la prévention, de la médiation ou des activités de consolidation de la paix après les conflits.

Le représentant a souligné l’importance que son pays attachait à l’implication effective des femmes dans les processus de paix.  Toutefois, a-t-il ajouté, leur participation au processus de paix exige que la question de la parité puisse devenir une réalité dans chaque société.  Il a ainsi précisé qu’au Gabon, le Ministère de la défense était dirigé par une femme.  De même, de nombreuses femmes occupent des fonctions de responsabilité dans pratiquement tous les corps d’armée.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a appelé le Conseil de sécurité à continuer de prendre en compte la situation des femmes dans les conflits armés, complétant ainsi les actions menées par les autres entités de l’ONU en faveur de la promotion de la femme.  L’accent doit être mis sur la prévention des violences sexuelles pour éviter leur systématisation dans le cadre de véritables tactiques de guerre, a-t-il ajouté.  Se tournant vers Mme Wallström, le représentant a déclaré que les cinq auteurs de violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC) doivent être traduits en justice dans les meilleurs délais.  La lutte contre l’impunité reste une priorité en RDC, a-t-il rappelé, ajoutant que la situation au Népal, en Birmanie, en Côté d’Ivoire, en Guinée ou au Kenya demeurait une source de préoccupation majeure pour le Conseil.  « Nous devons faire face à ces situations en nous appuyant sur des mesures concrètes prises dans le cadre de la résolution 1888 », a-t-il préconisé.  Concernant le suivi de l’application de la résolution 1325, le représentant s’est félicité de la tenue de consultations entre le Secrétariat et le Conseil de sécurité pour obtenir, d’ici le mois d’octobre prochain, un ensemble d’indicateurs pertinents.  Le représentant a souhaité qu’à l’avenir, la mise en œuvre de la résolution 1325 implique le rôle des femmes et

filles dans les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).  Avant de conclure, il a appuyé l’organisation d’une réunion ministérielle à l’occasion du dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325, afin de faire le point sur l’état de son application et ouvrir de nouvelles perspectives.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que les efforts la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit devraient, avant tout, porter sur les pays où les cas de violences sexuelles sont les plus fréquents et ne pas faire double emploi avec les structures des Nations Unies existantes qui œuvrent à la promotion de la parité et du respect des droits des femmes.  Le représentant a ensuite salué la qualité du rapport présenté aujourd’hui, dont les indicateurs devraient permettre de mieux comprendre à l’avenir les moyens de prévenir les violences sexuelles.  Il a cependant souhaité que le travail sur ces indicateurs soit plus « transparent » et prenne en compte la nécessité d’établir une répartition des tâches entre les différents acteurs pertinents de l’Organisation.

M. MILOŠ VUKAŠINOVIĆ (Bosnie-Herzégovine) a indiqué que les dispositions de la résolution 1325 ont été intégrées dans les plans d’action nationaux de son pays.  Sa délégation, a-t-il ajouté, prend note des activités du Groupe de travail sur les indicateurs, qui vient de fournir une base solide pour les travaux ultérieurs de l’ONU destinés à faciliter l’application de la résolution 1325.  Le représentant a souhaité que le processus d’élaboration et d’adoption des indicateurs pour suivre l’application de la résolution 1325 soit transparent et mené en collaboration avec toutes les parties prenantes à l’amélioration de la situation des femmes dans les conflits armés.  À son tour, il a estimé que la commémoration du dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325 doit être l’occasion pour les États Membres de faire le point sur les progrès réalisés et réfléchir aux moyens permettant d’éliminer les obstacles à la mise en œuvre de ce texte aux niveaux national et international.

M. LONG ZHOU (Chine) a déclaré qu’il faudrait encourager des synergies entre les différents acteurs de l’Organisation des Nations Unies pour mieux prévenir les violences sexuelles dans les conflits.  Il incombe en premier lieu aux États Membres, qui sont responsables de la sécurité des femmes, de jouer un rôle actif dans la lutte contre ces violences, a-t-il affirmé.  Le représentant a souligné que la communauté des donateurs doit également contribuer à cet effort.  Il a souhaité qu’il y ait, à l’avenir, une meilleure coordination au sein de l’ONU afin d’assurer une mise en œuvre plus efficace de la résolution 1325.

M. GUILLERMO PUENTE-ORDERICA (Mexique) a estimé que toutes les parties doivent appliquer le droit international pendant et au lendemain des conflits armés.  Le rôle des femmes est fondamental dans toutes les étapes de règlement des conflits armés, puisqu’elles sont  « la solution aux problèmes structurels des guerres, civiles notamment ».  Pour le représentant, les progrès en matière de protection des femmes sont insatisfaisants, et le dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325 doit être occasion de renforcer les moyens d’action collective sur la base d’une évaluation ayant intégré les indicateurs décrits dans le rapport du Secrétaire général.  En octobre prochain, les États Membres devront définir comment l’ONU doit assurer un meilleur suivi de la résolution 1325, a-t-il rappelé, estimant que l’Organisation doit aider les États à prendre et appliquer des mesures concernant la parité et le renforcement de leurs cadres normatif et institutionnel.  Les indicateurs sont à la fois un instrument de diagnostic et une feuille de route pour l’avenir, a-t-il conclu, avant d’appuyer à son tour la création d’une nouvelle entité chargée de la parité entre les sexes au sein du Secrétariat.

M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) a souligné le « caractère symbolique » de la résolution 1325, et de celles qui ont suivi.  Sa délégation, a-t-il dit, est convaincue du rôle déterminant que jouent les femmes en matière de consolidation de la paix.  Cette première identification de 26 indicateurs est en soi un moment historique et constitue l’aboutissement d’une série de consultations avec tous les États Membres de l’ONU, a estimé le représentant.  Aussi, a-t-il encouragé le Secrétaire général à poursuivre ces consultations pour aboutir à un ensemble affiné qui sera bien compris par tous.

Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a rappelé que la résolution 1325 fait des femmes des « agents de la paix ».  Un tel rôle suppose une participation active dans le domaine de la prévention des conflits et de consolidation de la paix, a-t-elle expliqué.  Pour la représentante brésilienne, les étapes de relèvement offrent des opportunités aux sociétés de surmonter les antagonismes liés à la parité entre les sexes et de redistribuer les rôles et les pouvoirs sur une base plus équitable. 

Il faut saisir cette occasion d’édifier des sociétés respectueuses des femmes, a souligné Mme Ribeiro Viotti, ajoutant que cet effort suppose également une autonomisation économique accrue des femmes dans les situations postconflit.  Dans le secteur agricole et dans la mise en œuvre des programmes de développement, les femmes doivent jouer un rôle pivot, dans la mesure où la population masculine a été affectée de manière significative par les combats, a-t-elle encore souligné. 

Poursuivant son intervention, Mme Ribeiro Viotti a estimé que les indicateurs de suivi de l’application de la résolution 1325, « s’ils sont définis et appliqués de manière adéquate », peuvent être un instrument décisif d’analyse des situations des femmes dans les conflits armés partout dans le monde.  « Lors des prochaines consultations sur ces indicateurs, nous devrons tenir compte au plus près des défis auxquels chaque pays est confronté », a-t-elle déclaré.  Elle a justifié cet appel en assurant qu’il faut impérativement éviter d’ajouter des fardeaux supplémentaires sur les épaules des pays en développement, en premier lieu ceux sortant d’un conflit. 

M. YUKIO TAKASU (Japon) a souligné l’importance du rapport du Secrétaire général et du programme en cinq points de la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.  Il s’est dit convaincu qu’il faudrait accorder la priorité à l’autonomisation des femmes et s’est félicité des propositions du Secrétaire général à cet égard.  Le représentant a également plaidé pour la mise au point de critères visant à inscrire les auteurs de violences sexuelles sur la « liste de la honte ».  M. Takasu a en conclusion souligné l’importance des rapports thématiques de pays et des mécanismes d’alerte rapide, en particulier dans le cadre des activités de consolidation de la paix.

Déclaration présidentielle

Le Conseil de sécurité se félicite que Mme  Margot Wallstrom ait été nommée Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit et réaffirme son soutien au mandat de la Représentante spéciale, énoncé dans sa résolution 1888 (2009).

Le Conseil se félicite que le Secrétaire général ait présenté dans les délais prévus le rapport demandé dans sa résolution 1889 (2009) (S/2010/173) et prend note des indicateurs et des recommandations qui y figurent.

Le Conseil note qu’il reste à faire un travail de mise au point technique et conceptuelle pour que les indicateurs figurant dans le rapport deviennent opérationnels.

Le Conseil prie le Secrétaire général de poursuivre ses consultations avec ses membres, en tenant compte des vues exprimées par les autres parties prenantes, y compris les membres de l’ONU qui ne font pas partie de ses membres, et en tenant compte aussi de la nécessité d’affiner les indicateurs figurant dans son rapport (S/2010/173) et du travail effectué parallèlement en application de sa résolution 1888 (2009), en vue d’inclure un ensemble complet d’indicateurs dans le rapport sur l’application de la résolution 1325 (2000) qu’il doit lui présenter en octobre 2010, ainsi qu’un programme de travail précisant les missions et les responsabilités respectives des divers organismes du système des Nations Unies par rapport à ces indicateurs, et un calendrier pour la mise en œuvre desdits indicateurs.

Le Conseil prie le Secrétaire général de continuer de veiller à présenter, dans tous les rapports qu’il lui soumet sur des pays donnés, des informations concernant l’impact des situations de conflit armé sur les femmes et les filles, les besoins particuliers de celles-ci au lendemain de conflits et les obstacles qui les empêchent de pourvoir à ces besoins.

Le Conseil exprime son intention de se prononcer, à l’occasion du dixième anniversaire de sa résolution 1325 (2000), qui sera célébré en octobre 2010, sur un ensemble complet d’indicateurs à utiliser au niveau mondial pour suivre l’application de la résolution 1325 (2000).

Le Conseil réaffirme qu’il souhaite célébrer le dixième anniversaire de sa résolution 1325 (2000).

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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