La réconciliation nationale demeure la condition sine qua non de la démocratisation et du développement en Guinée-Bissau, souligne le Chef du Bureau intégré de l’ONU

5 novembre 2010
CS/10078

La réconciliation nationale demeure la condition sine qua non de la démocratisation et du développement en Guinée-Bissau, souligne le Chef du Bureau intégré de l’ONU

5/11/2010
Conseil de sécurité
CS/10078
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Conseil de sécurité

6416e séance – matin

LA RÉCONCILIATION NATIONALE DEMEURE LA CONDITION SINE QUA NON DE LA DÉMOCRATISATION

ET DU DÉVELOPPEMENT EN GUINÉE-BISSAU, SOULIGNE LE CHEF DU BUREAU INTÉGRÉ DE L’ONU

Les membres du Conseil de sécurité ont entendu, ce matin, un exposé du Représentant spécial du Secrétaire général pour la Guinée-Bissau où la situation politique et en matière de sécurité dans le pays demeure complexe et volatile.  

M. Joseph Mutaboba, qui présentait le rapport du Secrétaire général sur les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS), a souligné la nécessité de poursuivre les efforts de réconciliation nationale qui, a-t-il dit, sont à la base d’une amélioration de la gouvernance et de l’orientation de la Guinée-Bissau vers le développement durable.  Il a également estimé que les nouvelles activités conjointes de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) contribueront à renforcer la stabilité du pays.  M. Mutaboba a, par ailleurs, appelé la communauté internationale à intensifier son appui aux initiatives de la CEDEAO de lutte contre la criminalité transnationale organisée aux niveaux national et régional.  Le Représentant de l’Union africaine pour la Guinée-Bissau, M. Sebastiao da Silva Isata, qui était intervenu dans le cadre de cette séance, a préconisé l’organisation d’une conférence des donateurs pour accélérer la réforme du secteur de la sécurité et de la défense.  La Présidente de la formation « Guinée-Bissau » de la Commission de consolidation de la paix (CCP), Mme Maria Luiza Ribeiro Viotti, a estimé, quant à elle, qu’il existait un consensus sur la nécessité de poursuivre les efforts internationaux en vue d’assurer une gouvernance démocratique efficace en Guinée-Bissau.  Le Représentant permanent de la Guinée-Bissau auprès de l’ONU a annoncé, pour sa part, la tenue d’une conférence nationale de réconciliation en 2011.

Le Chef du Bureau intégré de l’ONU pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) a assuré qu’une équipe de projet, composée de membres de la CEDEAO, de la CPLP, de l’Union africaine et des Nations Unies, venait d’être mise en place pour faciliter la levée de fonds visant à renforcer le secteur de la sécurité.  Il a ainsi indiqué qu’à l’heure actuelle, les institutions de la police étaient assistées par le biais d’accords bilatéraux entre la Guinée-Bissau et le Portugal et le Brésil, l’Angola intervenant au niveau de la formation des forces armées.  Les autorités nationales estiment que l’appui du Conseil de sécurité est crucial pour les efforts conjoints de la CEDEAO et de la CPLP, a-t-il indiqué, en soulignant qu’il était « indispensable » que cette initiative soit basée sur des points de repère clairs afin d’assurer le suivi de cette initiative.  Il a également souligné la nécessité d’appuyer la réforme du secteur de la sécurité -qui, a-t-il rappelé, dépend de la volonté du Gouvernement– couvrant également la restructuration des forces armées.  M. Mutaboba a estimé que l’appui aux efforts de consolidation de la paix en Guinée-Bissau était la condition sine qua non au renforcement de la bonne gouvernance et au développement durable. 

Le Représentant spécial s’est dit préoccupé par la décision de la Cour militaire de relâcher l’ancien Chef de la défense, le vice-amiral Zamora Induta, qui démontre « la prédominance du leadership militaire sur les institutions judiciaires, et jusqu’à un certain point, sur le pouvoir exécutif ». 

Les partenaires internationaux hésiteront à s’engager auprès des autorités nationales tant que persistera un tel climat d’impunité dans le pays, a prévenu M. Mutaboba.  « Les autorités doivent prendre d’urgence des mesures pour démontrer leur détermination à combattre l’impunité et à promouvoir la réconciliation nationale », a-t-il précisé.  Il s’est cependant félicité à cet égard de la tenue, le 14 octobre dernier, sous l’égide de l’Union africaine, d’une rencontre entre le Président Malam Bacai Sanha et le Premier Ministre Carlos Gomes sur la stabilité du pays, qui avait mis l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divergences au sein du parti au pouvoir.  Concernant la lutte contre le trafic des stupéfiants et la criminalité transnationale organisée, M. Mutaboba a lancé un appel aux partenaires internationaux pour qu’ils assurent une assistance technique accrue dans les aéroports, les ports et aux frontières afin d’y renforcer le contrôle et dissuader les trafiquants d’entrer dans le pays. 

Il a également souligné que les conditions étaient réunies pour assurer la mise en place, au sein du Bureau intégré des Nations Unies, de l’unité pour la criminalité transnationale organisée, prévue par l’Initiative « Côte de l’Afrique de l’Ouest », lancée par la CEDEAO pour renforcer la lutte contre la menace que fait peser le trafic illicite des stupéfiants sur l’état de droit dans les pays de la sous-région.  « Si le Bureau intégré des Nations Unies a la capacité d’assurer un suivi de ce processus, en étroite collaboration avec les partenaires nationaux et internationaux, la communauté internationale doit engager une action plus robuste pour autoriser le gel ou la confiscation d’avoirs et de comptes bancaires en vue de renforcer le combat contre ce phénomène déstabilisateur », a-t-il ajouté. 

M. da Silva Isata a salué les efforts des autorités nationales pour appliquer les décisions et recommandations de l’Union africaine et de la communauté internationale.  Il s’est félicité, entre autres, de la récente rencontre entre le Président et le Premier Ministre destinée à mettre un terme à leurs différends, ainsi que du déploiement de la Mission de stabilisation conjointe de l’Union africaine et de la CEDEAO, « qui appuiera les activités en cours de consolidation de la paix et le développement postconflit ». 

Revenant sur la lutte contre la criminalité transnationale organisée, il a estimé qu’en dépit des mesures législatives prises pour criminaliser le trafic de stupéfiants et la possession de drogues, la création d’une force de police équipée de moyens modernes était « un impératif ».  Le Représentant de l’Union africaine pour la Guinée-Bissau a ensuite préconisé l’organisation d’une conférence des donateurs pour accélérer la réforme du secteur de la sécurité et de la défense, qu’il a qualifiée de pierre angulaire de la démocratie, de l’état de droit et de la bonne gouvernance.  « La conférence serait également utile pour explorer les moyens de réduire le poids de la pauvreté qui, en Guinée-Bissau, est une des causes de l’instabilité », a-t-il ajouté. 

De son côté, Mme Maria Luiza Ribeiro Viotti a estimé qu’il existait un consensus sur la nécessité de poursuivre l’engagement international pour permettre à la Guinée-Bissau de bâtir une gouvernance démocratique efficace et de faire face à tous les défis. 

« Il faut donc identifier le type de soutien que la communauté internationale peut apporter dans les circonstances actuelles », a poursuivi Mme Ribeiro Viotti, qui a expliqué que c’est ce qu’a fait la Commission de consolidation de la paix durant les derniers mois.  Rappelant que, le 16 juillet, la formation Guinée-Bissau de la CCP avait eu, à New York, une réunion avec le Premier Ministre de ce pays, M. Adelino Mario Queta, la Présidente de la Commission a indiqué que celui-ci avait réaffirmé que le Gouvernement considère la réforme du secteur de la sécurité comme sa principale priorité.  Il a de plus déploré le « fléau » de la drogue et fait savoir que son pays n’était pas en mesure de traiter seul ces difficultés et demandait donc la poursuite du soutien de la communauté internationale, a-t-elle dit.

Mme Ribeiro Viotti a signalé d’autres initiatives, notamment des consultations avec la CEDEAO et la CPLP.  Elle a estimé qu’en matière de lutte contre le trafic de drogues, la volonté politique était primordiale, « y compris pour garantir l’assistance internationale ».  La représentante a, par ailleurs, fait remarquer que les efforts internationaux en Guinée-Bissau ne devraient pas se limiter à la coopération en matière de sécurité, et qu’il faudrait aussi renforcer les fondations du développement économique et social.  « Seules une économie dynamique et la création d’emplois permettront de dégager les revenus nécessaires à la fourniture de services de base à la population et à l’État de fonctionner de façon viable », a-t-elle ainsi affirmé.

« Malgré les évènements du 1er avril, la Guinée-Bissau continue à rechercher la voie de la stabilité politique », a déclaré, quant à lui, le Représentant permanent de la Guinée-Bissau auprès de l’ONU, M. Joao Soares da Gama.  Annonçant la tenue d’une conférence nationale de réconciliation en 2011, il a attiré l’attention sur les efforts actuels consentis par son gouvernement pour renforcer sa crédibilité auprès des institutions financières internationales et parvenir au point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays très endettés du FMI d’ici à la fin de 2010.  Il a ensuite réagi aux propos des autres orateurs sur la lutte contre le trafic de drogues, en soulignant le caractère régional du problème.  C’est ainsi qu’il a appelé à la mise en œuvre des initiatives de la CEDEAO visant à combattre ce fléau, à ce niveau, et évoqué les visite, effectuées par les dirigeants civils et militaires du pays, au Brésil, « pour la recherche d’une assistance militaire technique » ainsi qu’en Angola et à Cuba. 

M. Soares da Gama s’est par ailleurs dit confiant qu’avec le nouveau partenariat CEDEAO/CPLP, les conditions seront réunies pour que le pays puisse se stabiliser définitivement et s’orienter vers un développement durable.  Avant de conclure, le représentant a estimé que « le moment était venu d’aider davantage son pays pour qu’il puisse aussi espérer atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ».  « Nous réitérons, par conséquent, notre appel à tous nos partenaires de continuer à nous aider avec le même esprit d’amitié, de solidarité et de coopération », a-t-il dit.

LA SITUATION EN GUINÉE-BISSAU

Rapport du Secrétaire général sur l’évolution de la situation en Guinée-Bissau et les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) (S/2010/550)

Dans ce rapport, qui fait le point sur la situation dans le pays depuis la fin juin 2010, le Secrétaire général note qu’à la suite des événements militaires du 1er avril –marqués par l’arrestation du Premier Ministre et celle du chef d’état-major des armées par un groupe de militaires- et de la nomination du nouveau chef d’état-major général des armées, le Conseil de l’Union européenne a annoncé le 2 août qu’il suspendrait, le 30 septembre 2010, sa mission pour la réforme du secteur de la sécurité en Guinée-Bissau, en raison de l’instabilité politique et du non-respect de l’état de droit dans ce pays.

M. Ban Ki-moon souligne que, dans ce contexte, le BINUGBIS avait continué de coopérer étroitement avec les principaux partenaires nationaux et internationaux pour mieux coordonner l’assistance de la communauté internationale aux réformes des secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice.  Il note, en particulier, que le Bureau avait apporté une assistance aux procédures de contrôle de sécurité et de certification du personnel des forces de l’ordre.  Il indique ainsi que, le 21 septembre, le Ministère de l’intérieur avait officiellement approuvé la stratégie proposée par le BINUGBIS visant à appuyer la lutte menée par le Gouvernement contre l’impunité et à renforcer l’application du principe de responsabilité.

Le Secrétaire général indique en outre qu’aux côtés de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), le BINUGBIS avait continué d’aider la Guinée-Bissau à combattre le trafic des stupéfiants, cela dans le cadre de l’Initiative côtes de l’Afrique de l’Ouest et du plan d’action régional de la CEDEAO.  Des programmes de renforcement des capacités ont également été lancés afin de rehausser le niveau des institutions judiciaires et des services de police et du Bureau central national de l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL).

Concernant les activités de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Ban signale qu’au cours de la période examinée, les membres de la formation Guinée-Bissau avaient rappelé que les autorités nationales devraient traduire en justice les auteurs des actes perpétrés le 1er avril; libérer l’ancien chef d’état-major général et les autres officiers supérieurs détenus; et prendre des mesures efficaces pour combattre le trafic de stupéfiants et poursuivre la réforme des secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice.  « Tous les membres sont convenus qu’il faudrait apporter de toute urgence une assistance en vue de mettre en œuvre plus rapidement les plans nationaux de réforme du secteur de la sécurité et redoubler d’efforts afin de consolider l’état de droit et de contribuer à répondre aux besoins socioéconomiques du pays », ajoute-t-il.

Dans ses observations, le Secrétaire général de l’ONU recommande que, dans la mesure où le rôle crucial que le BINUGBIS est appelé à jouer dans la mise en œuvre du programme de réforme du secteur de la sécurité et le fait que l’appui intégré des Nations Unies au processus de consolidation de la paix en Guinée-Bissau demeure nécessaire, le mandat du Bureau -qui arrive à expiration le 31 décembre 2010- soit prorogé d’un an, jusqu’au 31 décembre 2011.

« Le BINUGBIS continuerait ainsi, dans l’année à venir, à s’acquitter de son mandat en étroite coopération avec les autorités nationales et les partenaires internationaux de la Guinée-Bissau, une importance particulière étant accordée à un processus de dialogue et de réconciliation nationale ouvert à tous, à la promotion de l’état de droit et du respect des droits de l’homme et à la lutte contre le trafic de drogues et la criminalité transnationale organisée », précise le Secrétaire général.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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