Les représentants de l’Union africaine et de la Somalie demandent aux États membres d’appuyer l’AMISOM

21 octobre 2010
CS/10063

Les représentants de l’Union africaine et de la Somalie demandent aux États membres d’appuyer l’AMISOM

21/10/2010
Conseil de sécurité
CS/10063
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6407e séance – matin


LES REPRÉSENTANTS DE L’UNION AFRICAINE ET DE LA SOMALIE DEMANDENT AUX ÉTATS MEMBRES D’APPUYER L’AMISOM


Le Secrétaire général invite le Conseil de sécurité  à soutenir l’action du Gouvernement de transition


Le Conseil de sécurité a examiné ce matin la situation en Somalie, une semaine après que le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine l’eut invité à prendre une série de mesures visant à renforcer l’AMISOM et à garantir son financement, à imposer un blocus naval et une zone d’interdiction de survol et à prendre de nouvelles mesures de lutte contre la piraterie.  Le Conseil a successivement entendu le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, le Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, M. Ramtane Lamamra, et le Ministre des affaires étrangères de la Somalie, M. Yusuf Hassan Ibrahim.


La situation en Somalie demeure fragile « mais il existe des lueurs d’espoir », a estimé M. Ban.  Déplorant les divisions au sein du Gouvernement fédéral de transition, il a toutefois souligné que son action en matière de paix et de sécurité et de lutte contre les insurgés démontrait sa détermination à répondre, aux côtés de la communauté internationale, aux aspirations des Somaliens.  M. Ban a ensuite évoqué les deux millions de personnes, dont 1,4 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, qui dépendent toujours de l’aide ainsi que le conflit opposant dans certaines zones du pays les autorités aux terroristes, y compris les insurgés étrangers « qui ont profité de la fragilité régnant en Somalie pour y établir un sanctuaire ». 


M. Lamamra a, lui aussi, décrit une situation politique qui s’est dégradée à la suite des tensions au sein du Gouvernement fédéral de transition et de l’incapacité des institutions transitoires à s’acquitter de leurs obligations aux termes du Processus de Djibouti, ce qui a entraîné la démission du Premier Ministre, Omar Abdirashid Sharmarke, le 21 septembre.  Il a toutefois pris note de la nomination d’un nouveau Premier Ministre et a dit attendre la formation d’un nouveau gouvernement représentatif et sa confirmation rapide par le Parlement. 


Le Commissaire a par ailleurs rappelé que la situation à Mogadiscio et dans le reste du pays restait inacceptable et qu’elle était marquée par des violences de toutes sortes, y compris des attaques contre la population, le Gouvernement fédéral de transition et l’AMISOM, qu’il a attribuées aux milices Al Chabaab et Hizbul al-Islam, « avec le soutien actif d’éléments étrangers ».  L’Union africaine est très préoccupée de l’extension du conflit par delà les frontières, illustré par l’attentat de Kampala du 11 juillet, a-t-il ajouté.  M. Lamamra a souligné que la situation humanitaire était particulièrement préoccupante, du fait des attaques des milices contre les institutions et les travailleurs humanitaires, des restrictions d’accès ainsi qu’un financement insuffisant.


Sans nier le caractère dramatique de la situation, le Ministre somalien des affaires étrangères a toutefois voulu dépeindre une situation qui n’était pas sans espoir.  Mogadiscio n’est pas toute la Somalie, a-t-il fait valoir, insistant sur le développement économique de certaines villes grâce aux entrepreneurs locaux et leurs concitoyens de la diaspora, qui parviennent à mettre en place des « cliniques, des écoles, des réseaux d’électricité, le téléphone et l’eau courante » malgré l’absence de gouvernement central.  Même à Mogadiscio, on trouve des stations de radio et de télévision privées, de nouveaux hôtels ou des cafés Internet, a-t-il affirmé, attribuant cet état de fait à la résilience du peuple somalien.


M. Ibrahim a également présenté la démission du Premier Ministre comme un « exercice de démocratie et de gouvernance », ajoutant que le nouveau chef du Gouvernement serait rapidement confirmé par le Parlement et pourrait alors former un nouveau cabinet.  Le Gouvernement fédéral de transition est pleinement conscient de sa responsabilité principale dans la stabilisation du pays et fera tout son possible pour mettre en œuvre sa feuille de route durant le temps qu’il lui reste en application du processus de Djibouti, a-t-il ajouté.  Il a souhaité aussi que le Secrétaire général puisse réexaminer le temps qu’il juge nécessaire - six mois dans son rapport* - pour mettre au point sa conception de la coopération des Nations Unies avec les organisations régionales telles que l’Union africaine.


Pour M. Ban, « si la communauté internationale veut faire la différence en Somalie, elle doit agir maintenant ».  Il a rappelé la nécessité d’appuyer le Gouvernement fédéral de transition dans les domaines prioritaires prévus par le Processus de paix de Djibouti.  Concernant la réconciliation, il a annoncé que son Représentant spécial se rendrait bientôt à Mogadiscio et dans les pays voisins afin d’y promouvoir la reprise du dialogue avec les entités ayant renoncé à la violence.  Il a ensuite indiqué que le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) aiderait le Gouvernement à avancer dans l’élaboration des constitutions prévues par la Charte fédérale de transition et à renforcer les institutions étatiques.  Afin de progresser dans la mise en place des accords entre le Gouvernement et les autorités régionales, il a en outre estimé qu’il faudrait que l’ONU accroisse sa présence dans le « Puntland » et le « Somaliland ». 


Le Secrétaire général n’a pas manqué de saluer les efforts d’assistance au Gouvernement fédéral de transition de l’Union africaine et de sa mission en Somalie, l’AMISOM, beaucoup mieux équipée militairement grâce à l’appui que lui apportent les Nations Unies.  Rappelant que la stratégie militaire de la Mission est d’aider le Gouvernement à se doter d’un secteur de la sécurité efficace, de créer un espace humanitaire et de faciliter la fourniture de services de base aux populations, M. Ban a ajouté que, pour qu’elle soit un partenaire plus performant encore, « une aide internationale accrue est nécessaire ». 


À cet égard, le Secrétaire général a expliqué que des consultations intensives avaient lieu pour résoudre le problème du manque de prévisibilité et l’insuffisance des ressources allouées à l’AMISOM.  Constatant qu’au terme de ce processus, le rapport du Président de la Commission de l’Union africaine appelait à un appui additionnel significatif des Nations Unies, financé par le biais des contributions mises en recouvrement des États Membres, il a encouragé les membres du Conseil de sécurité à prendre « les décisions courageuses nécessaires pour renforcer la capacité de l’AMISOM » et lui permettre ainsi de remplir plus efficacement son mandat. 


Le Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine a estimé que les propos du Secrétaire général traduisaient un engagement renouvelé et sans faille en faveur d’une solution durable à deux décennies de souffrances du peuple somalien.  Il a ensuite rappelé que cette séance du Conseil de sécurité prenait place une semaine après la séance au niveau ministériel du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, à Addis-Abeba, le 15 octobre.  Celle-ci, a-t-il affirmé, a permis de prendre des décisions à long terme dont la mise en œuvre dans les délais permettra de modifier la situation sur le terrain et d’aider le peuple somalien à ouvrir un nouveau chapitre, plus pacifique, de son histoire.


Les décisions que le Conseil de paix et de sécurité a jugées nécessaires de prendre se situent à plusieurs niveaux, a expliqué M. Lamamra.  Le premier concerne les Somaliens eux-mêmes, dont les dirigeants ont la responsabilité première de restaurer la paix et la stabilité dans le pays.  Rappelant que la période de transition actuelle prendra fin le 20 août 2011, le Conseil de paix et de sécurité a exhorté les dirigeants à mettre de côté leurs intérêts égoïstes et à assurer la formation rapide d’un nouveau Gouvernement, à mettre en place une feuille de route pour le reste de la période de transition, à achever rapidement les mesures à prendre dans le cadre de la transition, y compris le processus constitutionnel, à continuer de tendre la main à tous les Somaliens épris de paix sur la base du Processus de Djibouti, seule base de paix pour le pays, et à accepter rapidement le projet de plan national de stabilisation et de sécurité.


Le deuxième niveau concerne l’Union africaine, a poursuivi le Commissaire, affirmant que les efforts des Somaliens ne réussiront pas sans l’appui du continent africain et de la communauté internationale dans son ensemble.  L’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD)  continueront d’apporter leur soutien aux Somaliens, a-t-il assuré. Dans les mois à venir, l’Union africaine assistera au processus de paix et renforcera l’AMISOM afin de porter ses effectifs militaires à 20 000 hommes et sa composante de police à 1 680 hommes.  L’équipement de la force et sa composante civile, a-t-il ajouté, seront également renforcés.  Enfin, l’Union africaine veillera à mobiliser la communauté internationale pour qu’elle joue pleinement son rôle, a-t-il dit.


Le troisième niveau d’action concerne la communauté internationale, et plus précisément les Nations Unies, a déclaré M. Lamamra.  L’Union africaine est fermement convaincue que la communauté internationale doit déployer davantage d’efforts pour faire face aux défis que représente la situation actuelle en Somalie, a-t-il souligné, avant de rappeler les mesures que le Conseil de paix et de sécurité avait demandées au Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre rapidement.


Il s’agit d’approuver le renforcement de l’AMISOM, d’autoriser un paquet de soutien plus important fondé sur le recours aux contributions mises en recouvrement des Nations Unies qui tiennent compte du renforcement de l’AMISOM et des remboursements pour l’équipement des contingents, ainsi que le paiement des soldes des soldats au même taux que les Casques bleus, afin de garantir à la Mission un financement adéquat, prévisible et durable.  Ce soutien devrait être accordé à l’AMISOM à la fois en Somalie et en dehors du pays, a-t-il précisé.


M. Lamamra a aussi rappelé que le Conseil de paix et de sécurité avait également demandé au Conseil de sécurité d’imposer un blocus naval et une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Somalie, de veiller à une pleine application des sanctions prises contre ceux qui entravent le processus de paix et de réconciliation, de traiter de manière holistique de la question de la piraterie au large des côtes somaliennes et des autres activités maritimes illégales, de réitérer sa volonté de déployer en temps voulu une opération de maintien de la paix des Nations Unies en Somalie et d’accorder à l’AMISOM une autre fonction.


Le Ministre somalien des affaires étrangères a déclaré au Conseil de sécurité qu’il fait totalement sien le communiqué de l’Union africaine du 15 octobre, qui reprend les demandes du Conseil de paix et de sécurité.  Le Gouvernement fédéral de transition se félicite en particulier de l’appel lancé au Conseil de sécurité pour qu’il prenne maintenant des décisions conformes à sa responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, a-t-il dit. 


L’Union africaine, a estimé M. Ibrahim, ne fait que demander que l’ONU renforce sa coopération avec les institutions régionales conformément au Chapitre VIII de la Charte de l’ONU. Il a donc souhaité que le Conseil de sécurité reprenne à son compte les décisions prises le 15 octobre par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, démontre qu’il a conscience de l’urgence de la situation, réaffirme son engagement et sa volonté politique en faveur du rétablissement, du maintien et de la consolidation de la paix, s’engage à appliquer les mêmes normes qu’au déploiement des Casques bleus de l’ONU et réussisse à convaincre la communauté internationale qu’il est prêt à prendre les mesures décisives qui s’imposent. 


« Ne perdons pas de vue les possibilités de faire la paix en Somalie », a pour sa part déclaré M. Lamamra.  La communauté internationale, a-t-il dit, peut décider de poursuivre « sa politique actuelle d’engagement partiel et de demi-mesures dans le vain espoir qu’on pourra contenir la situation actuelle et continuer de faire du retour à la paix une condition préalable au déploiement d’une opération des Nations Unies ».  Mais elle peut aussi décider d’intensifier ses efforts et de donner un sens concret au principe - qui a été mis en exergue tant de fois - de la responsabilité de protéger et traiter d’urgence la menace à la paix et la sécurité internationales que représente la situation en Somalie.  C’est cette voie que l’Union africaine a choisie, a conclu M. Lamamra en appelant le Conseil de sécurité à se ranger aux côtés de l’Union africaine en vue d’obtenir une réponse décisive à l’appel à l’aide désespérée que lance le peuple somalien.


* S/2010/514. Ce rapport doit être présenté au Conseil de sécurité le 22 octobre dans le cadre de son examen du soutien à apporter aux missions du l’Union africaine


*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.