Dixième anniversaire du rapport « Brahimi »: l’Assemblée générale envisage l’avenir des opérations de maintien de la paix

22 juin 2010
AG/10953

Dixième anniversaire du rapport « Brahimi »: l’Assemblée générale envisage l’avenir des opérations de maintien de la paix

22/6/2010
Assemblée générale
AG/10953
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-quatrième session

Débat thématique sur les opérations

De maintien de la paix

matin & après-midi


DIXIÈME ANNIVERSAIRE DU RAPPORT « BRAHIMI »: L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ENVISAGE

L’AVENIR DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX


Le Secrétaire général souligne la nécessité de continuer

à renforcer le mécanisme de maintien de la paix de l’ONU


Experts et États Membres ont discuté aujourd’hui de l’avenir des opérations de maintien de la paix, thème d’un débat thématique de l’Assemblée générale marquant le dixième anniversaire de la publication du rapport « Brahimi » dont les recommandations visaient à en améliorer l’efficacité.


Le rapport « Brahimi » a constitué un « véritable jalon dans l’évolution des opérations de maintien de la paix des Nations Unies », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à l’ouverture de ce débat thématique intitulé: « Opérations de maintien de la paix des Nations Unies: Envisager l’avenir ».


« Le Groupe d’étude de haut niveau dirigé par M. Lakhdar Brahimi avait été créé après une période de défis sans précédent pour les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, marquée par une augmentation considérable du nombre des effectifs déployés, un nouveau degré d’ambition et la complexité des mandats qui leur étaient confiés », a expliqué M. Ban.  Le Secrétaire général a souligné la nécessité de « continuer à renforcer le mécanisme du maintien de la paix », évoquant ainsi le lancement, l’an dernier, du processus « Nouvel horizon ». 


Une opération de maintien de la paix réussie est le fruit d’une « responsabilité partagée », a poursuivi M. Ban, qui a souligné qu’il était indispensable d’engager « ceux qui octroient les mandats des opérations de maintien de la paix, ceux qui y contribuent et ceux qui gèrent les activités sur le terrain ».  L’Assemblée générale a, à cet égard, un rôle important à jouer en rassemblant tous les États Membres dans cette entreprise commune, a-t-il conclu.


Pour son Président, M. Ali Abdussalam Treki, le maintien de la paix est un « effort collectif qui mérite le soutien de tous les pays », ceux-ci devant fournir toutes les ressources humaines et financières nécessaires à l’accomplissement des mandats.  M. Treki a précisé que l’objectif de l’Assemblée générale était de fournir des orientations au maintien de la paix. 


Intervenant par vidéoconférence depuis le siège de l’UNESCO, à Paris, M. Lakhdar Brahimi, ancien Conseiller spécial du Secrétaire général, a rappelé les principales recommandations contenues dans son rapport publié le 20 août 2000, visant à améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Il a réitéré l’appel lancé par le Groupe d’étude aux dirigeants du monde pour qu’ils s’engagent et renforcent la capacité des Nations Unies à accomplir la mission qui est leur vraie « raison d’être », à savoir l’assistance aux communautés pour restaurer et maintenir la paix.


Le débat thématique s’est poursuivi par une session extraordinaire intitulée « Créer des partenariats et garantir des capacités », qui a été l’occasion pour le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Alain Le Roy, de rappeler qu’actuellement, plus de 124 000 membres des personnels civil et militaire sont employés dans 16 opérations de maintien de la paix.


M. Le Roy est revenu sur le processus « Nouvel horizon », initié l’an dernier par le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et le Département de l’appui aux missions (DAM), et qui présente une analyse des défis présents et futurs du maintien de la paix et formule des propositions pour un partenariat renouvelé en faveur du maintien de la paix.


Le programme d’action qui en résulte se concentre sur quatre domaines prioritaires: l’élaboration de directives pratiques sur les rôles essentiels que doit jouer une ONU moderne en matière de maintien de la paix; le développement de capacités permettant de fournir un appui aux opérations de maintien de la paix actuelles et futures; l’élaboration d’une stratégie d’appui sur le terrain; et des moyens plus efficaces pour planifier, gérer et contrôler les missions. 


Le Sous-Secrétaire général à l’appui aux missions, M. Anthony Banbury, a affirmé que le Secrétariat de l’ONU était engagé à jouer son rôle comme « partenaire véritable dans le domaine du maintien de la paix ».  « Les difficultés sont considérables, a-t-il dit, ajoutant que pour les surmonter, il faudrait établir un « vrai partenariat avec les États Membres ».


L’Uruguay, par la voix de son Ministre des affaires étrangères, M. Luis Almagro, le Bangladesh, le Pakistan, l’Inde et le Nigéria avaient auparavant fait part de leur expérience en tant que pays contributeurs de contingents militaires ou de police et de leur expertise, notamment sur les meilleures façons d’établir un partenariat fructueux entre ceux qui autorisent, ceux qui exécutent et ceux qui accueillent les opérations de paix.


Deux tables rondes ont ensuite orienté le débat thématique vers l’aspect politique et le caractère multidimensionnel des opérations de maintien de la paix.


Les participants à la première d’entre elles, dont l’ancien Président finlandais et lauréat du prix Nobel de la paix 2008, M. Martti Ahtisaari, l’ancien Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient M. Alvaro de Soto, et le Représentant spécial conjoint Union africaine-Nations Unies pour le Darfour, M. Ibrahim Gambari, ont notamment attiré l’attention sur lesquestions de volonté politique et d’appui aux opérations de maintien de la paix.


Au cours de la seconde table ronde, les intervenants, parmi lesquels l’ancien Président du Ghana et ancien Président de l’Union africaine M. John Agyekum Kufuor, l’ancien Ministre des finances de l’Afghanistan, M. Ashraf Ghani, et la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Libéria, Mme Ellen Margrethe Løj, ont mis l’accent sur les liens entre la sécurité et les aspects économiques d’une paix durable, en reconnaissant que ces opérations devraient s’appuyer sur des partenariats précoces avec toutes les parties prenantes sur le terrain.


OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES: ENVISAGER L’AVENIR


Déclarations liminaires


Ouvrant le débat thématique sur les opérations de maintien de la paix, M. ALI ABDUSSALAM TREKI, Président de la soixante-quatrième session de l’Assemblée générale, s’est félicité du haut niveau de participation qui démontre l’importance accordée à ce débat.  Le maintien de la paix est un effort collectif qui mérite le soutien de tous les pays et ceux-ci doivent fournir toutes les ressources humaines et financières nécessaires à l’accomplissement des mandats, a-t-il souligné.  Il a expliqué que l’objectif de l’Assemblée générale est de fournir des orientations au maintien de la paix.  Ce domaine est devenu le fleuron des Nations Unies et joue un rôle important pour maintenir la paix dans le monde, a-t-il noté.  À cet égard, le Président de l’Assemblée générale a invité la communauté internationale à profiter le mieux possible du rôle et de la légitimité des Nations Unies.  « Nous devons aussi faire face aux défis comme la planification et la gestion efficace des opérations de maintien de la paix, l’augmentation de la demande de missions et la complexité accrue de leurs mandats », a-t-il fait remarquer.  De l’avis du Président, l’objectif ultime de la résolution pacifique des conflits ne pourra devenir une réalité que par le biais d’une démarche plus globale.


Le Président a ensuite fait référence au rapport établi en août 2000 par le Groupe d’étude sur les opérations de paix des Nations Unies, qui était présidé par M. Lakhdar Brahimi.  Ce rapport a mis le doigt sur les graves lacunes des capacités de maintien de la paix aux Nations Unies et conduit à des modifications dans ce domaine, a-t-il rappelé.  Le débat d’aujourd’hui nous donne l’occasion d’examiner en profondeur les questions clefs comme les aspects politiques des opérations de maintien de la paix.  Le Président a relevé que les objectifs militaires et politiques des missions doivent être complémentaires.  En outre, les missions doivent recevoir les ressources correspondant à leur mandat, a-t-il rappelé.  Il a aussi souligné l’importance d’une participation positive des parties prenantes et des pays voisins.  Il ne suffit pas de fournir des ressources suffisantes.  Il faut aussi encourager le développement des capacités locales, a-t-il dit.  C’est pourquoi, les Nations Unies et leurs partenaires doivent revoir la manière dont ils apportent leur soutien aux pays concernés, a-t-il estimé.  M. Treki a appelé à améliorer les résultats en répondant davantage aux besoins spécifiques de tel ou tel pays.  Avant de conclure, M. Treki a rendu hommage aux Casques bleus qui ont servi dans les missions de maintien de la paix, en soulignant le rôle important que jouent les pays fournisseurs de contingents.  Le Conseil de sécurité et le Secrétariat de l’ONU doivent renforcer leur coopération dans ce domaine, a-t-il ajouté.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a affirmé que le rapport Brahimi avait constitué un véritable jalon dans l’évolution des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Il a estimé que le Groupe d’étude de haut niveau dirigé par M. Lakhdar Brahimi avait été créé après une période de défis sans précédent pour les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, marquée par une augmentation considérable du nombre des effectifs déployés, un nouveau degré d’ambition et la complexité des mandats qui leur étaient confiés.


Grâce aux réformes proposées par le Groupe d’étude, les opérations de maintien de la paix ont été en mesure de croître, d’intégrer les leçons tirées de ces expériences et de continuer à servir en tant qu’outil rentable et souple, de figure de proue des Nations Unies, une mission d’espoir pour les populations prises au piège des conflits armés.


Il faut, a-t-il dit, continuer à renforcer le mécanisme du maintien de la paix.  C’est pour cette raison que le Secrétariat a lancé l’an dernier le processus « Nouvel horizon », a-t-il ajouté, se félicitant que les différentes commissions de l’Assemblée générale aient exprimé leur soutien aux propositions inscrites à l’ordre du jour.  « Aujourd’hui, nous sommes parvenus à une meilleure compréhension de ce que devraient faire ou peuvent faire les opérations de maintien de la paix », a-t-il assuré.


Le succès du maintien de la paix doit être le fruit d’une responsabilité partagée, a poursuivi M. Ban, en soulignant la nécessité d’engager ceux qui octroient les mandats des opérations de maintien de la paix, ceux qui y contribuent et ceux qui en gèrent les activités sur le terrain.


Le Secrétaire général a en outre mis l’accent sur la contribution importante apportée ou que peuvent apporter les partenaires régionaux ou sous-régionaux, les institutions financières internationales et d’autres acteurs de développement.  Les gouvernements des pays qui accueillent les opérations de maintien de la paix doivent s’accorder au diapason, a—t-il estimé, tandis que les États Membres doivent élaborer des mandats clairs et réalisables, dans le cadre des ressources disponibles et d’un appui logistique.  La famille des Nations Unies tout entière doit œuvrer de concert, a-t-il ajouté.


Le Secrétaire général a souligné qu’il était nécessaire d’aiguiser sans relâche les outils du maintien de la paix.  L’Assemblée générale a, à cet égard, un rôle important à jouer en rassemblant tous les États Membres dans cette entreprise commune, a conclu M. Ban.


Participant à ce débat par le biais d’une vidéoconférence, depuis le siège de l’UNESCO à Paris, M. LAKHDAR BRAHIMI, ancien Conseiller spécial du Secrétaire général et ancien Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, a rappelé les travaux importants qu’il avait menés il y a 10 ans, lorsqu’il était à la tête du Groupe d’étude sur les opérations de paix des Nations Unies.  Le Secrétaire général de l’époque, M. Kofi Annan, avait fixé des objectifs ambitieux en demandant au Groupe d’étude de formuler des recommandations pour le Sommet du Millénaire, a-t-il rappelé, précisant que le Groupe d’étude devait définir les moyens pour les Nations Unies de mieux répondre aux nouvelles demandes d’opérations de maintien de la paix.  Les conclusions du rapport du Groupe d’étude ont été bien accueillies parce qu’elles correspondaient aux critiques justifiées sur certaines actions des Nations Unies, a-t-il fait remarquer.


Rappelant les 10 recommandations du Groupe d’étude, M. Brahimi a indiqué en premier lieu que les responsables des Nations Unies ne pouvaient ni tout faire, ni se rendre partout dans le monde, soulignant que des missions avaient échoué parce qu’elles avaient été envoyées dans des conditions qui ne convenaient pas au maintien de la paix.  Si l’ONU peut fournir un environnement sûr et protéger les civils, elle doit le faire.  Dans le cas contraire, elle ne doit pas s’engager.  Il faut cesser de prendre des demi-mesures, a-t-il dit.  La deuxième conclusion était que les Nations Unies prennent trop souvent des décisions importantes pour réagir à des crises, alors qu’elles n’ont pas une connaissance suffisante des problèmes en cause.  C’est pourquoi, M. Brahimi a souligné l’importance pour l’ONU de disposer d’une meilleure connaissance des régions concernées et d’une plus grande capacité analytique.  Car même si la capacité est suffisante, il n’est pas toujours souhaitable de s’engager avant d’avoir analysé les circonstances de la crise, a-t-il fait observer.  « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a-t-il dit en français.


M. Brahimi a aussi rappelé que le Groupe d’étude avait exhorté le Secrétariat à communiquer au Conseil de sécurité « ce qu’il doit savoir au lieu de ce qu’il veut entendre », ce qui n’est pas si facile à faire lorsqu’on se heurte à des pressions, a-t-il dit.  Le Groupe d’étude avait aussi appelé à une plus grande réactivité dans la capacité de déploiement qui, a-t-il insisté, doit se faire dans les délais utiles.  Cette capacité doit être plus prévisible, en particulier lorsqu’il s’agit de réagir à des crises en Afrique, a-t-il précisé.  M. Brahimi a rappelé que le Groupe avait recommandé au Secrétariat et au Conseil de sécurité de consulter davantage les pays fournisseurs de contingents et de police, notamment pour les décisions qui affectent la sécurité du personnel.  Il s’est réjoui de voir que cette coopération triangulaire s’améliorait.  Une autre recommandation concernait la sortie des forces des Nations Unies et appelait à l’organiser en se basant sur des critères de consolidation de la paix et de renforcement des institutions.


Le Groupe d’étude avait aussi signalé que les activités entreprises par les intervenants dans les domaines militaire, de police, politique, humanitaire, des droits de l’homme et du développement étaient étroitement liées entre elles, a rappelé M. Brahimi.  Si ces intervenants dirigent leurs efforts dans la même direction, de grands résultats peuvent être obtenus, a-t-il expliqué.  Le Groupe d’étude avait aussi indiqué qu’il faudrait agir sans laisser de traces trop profondes et appelé à fournir un personnel civil international de grande qualité.  « Nous avons en effet retenu les témoignages d’anciens membres du personnel de missions qui regrettaient le manque de compétence de certains », a-t-il indiqué.  M. Brahimi a aussi souligné l’appel lancé par le Groupe d’étude pour que les Nations Unies soient plus disposées à coopérer avec les organisations régionales, les organisations non gouvernementales, l’enseignement supérieur et la société civile, qui sont des interlocuteurs compétents et qui possèdent des connaissances utiles.


Enfin, le Groupe d’étude avait invité l’ONU à accepter le maintien de la paix comme une activité permanente et indispensable de l’Organisation, prévenant que de nouveaux conflits pourraient éclater.  Même si la capacité des institutions régionales peut être renforcée pour y répondre, la capacité des Nations Unies dans ce domaine est unique, a souligné M. Brahimi.  « Je suis certain qu’il y aura toujours une forte demande d’opérations de maintien de la paix à l’avenir », a-t-il assuré.  Il a conclu en rappelant l’appel lancé par le Groupe d’étude aux dirigeants du monde pour qu’ils s’engagent et renforcent la capacité des Nations Unies à accomplir la mission qui est leur vraie « raison d’être », à savoir l’assistance aux communautés pour restaurer et maintenir la paix.


Créer des partenariats et garantir des capacités


Déclarations


M. LUIS ALMAGRO, Ministre des affaires étrangères de l’Uruguay, a mis l’accent sur la coopération nécessaire entre l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix.  Il a estimé que l’Assemblée générale et son organe subsidiaire, le Comité spécial des opérations de maintien de la paix, constituaient les forums appropriés pour atteindre cet objectif.  Le Ministre a observé des signes positifs au cours des 18 derniers mois.  Il y a ainsi, a-t-il constaté, davantage de consultations entre le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes, et une plus grande interaction entre l’Assemblée générale et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix.  M. Alamagro a notamment plaidé en faveur d’une intensification et d’une consolidation d’actions, telles que les consultations en amont des pays contributeurs de troupes, avant le renouvellement des mandats.


Le Ministre s’est également félicité de l’échange entre les pays contributeurs de troupes, le Conseil de sécurité, le Secrétariat et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix dans le cadre du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix.  Si cette interaction veut demeurer utile, elle doit être réalisée de manière ouverte et directe, comme un exercice constructif visant à identifier les menaces, à corriger les faiblesses et à tirer profit des opportunités qui se présentent.  M. Almagro a en outre mis l’accent sur une nécessaire initiative de restructuration du système d’appui aux missions.  La complexité des missions d’aujourd’hui exige plus de qualité et d’efficacité dans les déploiements des Casques bleus, le soutien logistique, la mobilité et l’information.  Un changement est nécessaire, a-t-il déclaré, saluant l’approbation récente de la Stratégie mondiale d’appui aux missions que l’Uruguay a soutenue depuis le début.


Le général TARIQUE AHMED SIDDIQUE, Ministre d’État du Bangladesh, a rappelé qu’il était important pour les Nations Unies de renforcer ses partenariats avec les gouvernements des pays accueillant les opérations de maintien de la paix et autres acteurs.  Les pays fournisseurs de contingents devraient participer plus activement aux décisions concernant la création de nouvelles opérations de maintien de la paix ou l’élargissement de celles qui sont déjà déployées.  Les questions controversées concernant la situation humanitaire, les droits de l’homme et le développement ne peuvent être réglées que par le biais de partenariats, a-t-il souligné.


Le général Siddique a proposé l’élaboration d’une stratégie de communication pour que les mandats soient clairement compris par les communautés concernées, tout en renforçant les capacités des Casques bleus.  La Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUC), a-t-il notamment fait remarquer, dispose de capacités inappropriées pour faire face aux risques considérables auxquels sont confrontés les civils et les Casques bleus.  Il a estimé que les activités liées au renforcement de l’état de droit et des capacités dans le pays hôte devraient commencer peu après le déploiement de Casques bleus.  Par ailleurs, il a suggéré de développer une capacité de contrôle indépendante pour évaluer les progrès accomplis par les missions, afin de renforcer leur responsabilité.


Le général Siddique a aussi rappelé que son pays avait joué un rôle essentiel dans le maintien de la paix, au prix de nombreux sacrifices.  Il a indiqué qu’il participe à la formation au maintien de la paix par le biais du Bangladesh Institute of Peace Support Operations Training.  Prochainement, son pays accueillera une conférence annuelle rassemblant les associations internationales de centres de formation dans ce domaine, a-t-il indiqué.  Le Bangladesh, a-t-il ajouté, entend contribuer au centre de soutien régional en Asie, qui sera mis en place prochainement.  Avant de conclure, il a souhaité que les pays fournisseurs de contingents soient représentés de façon appropriée à la fois au Département des opérations de maintien de la paix et au Département d’appui aux missions.


M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a affirmé que son pays appuyait les objectifs des opérations de maintien de la paix.  La cause du maintien de la paix ne s’est guère affaiblie, a-t-il dit, en rendant hommage aux Casques bleus pakistanais tués pendant l’exercice de leurs fonctions.  Le représentant a insisté sur l’importance de créer et d’élaborer une réponse coordonnée aux situations de conflit, fondée sur une analyse objective des réalités sur le terrain, et de formuler des mandats clairs et réalisables dotés des ressources adéquates.  Il a, de même, fait état des défis omniprésents consistant à concevoir une transition sans heurt d’un environnement de maintien de la paix vers la phase de sortie, en se concentrant en particulier sur les stratégies de consolidation de la paix.


L’aspiration de base doit, a estimé le représentant, dériver de la Charte des Nations Unies.  Le respect de la Charte est essentiel pour maintenir la crédibilité et la neutralité des opérations de maintien de la paix, a-t-il déclaré.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la compréhension entre le Conseil de sécurité, où les mandats sont rédigés, et les zones de conflit, ce qui exige, a-t-il dit, des consultations régulières entre le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat.  Le représentant a également indiqué que son pays appuyait les objectifs de la Stratégie globale d’appui aux missions, espérant que celle-ci contribuera à simplifier les procédures et non à les compliquer.  Il a enfin estimé que le document officieux du Département des opérations de maintien de la paix et du Département de l’appui aux missions « Nouvel horizon » devrait être analysé en vue d’assurer la poursuite du processus de réforme.  Ce processus est essentiel, a-t-il dit, pour s’attaquer, à l’aide d’une méthode logique et cohérente, aux défis à venir du maintien de la paix.


M. HARDEEP SINGH PURI (Inde) a indiqué que son pays a fourni 100 000 personnes aux opérations de maintien de la paix au cours des 60 dernières années, participant ainsi à toutes les opérations de l’ONU.  La formule de 1945 est dépassée, a-t-il dit, notant que les capacités qui existent dans le monde sont aujourd’hui réparties de façon très différente.  Compte tenu de ces changements, les partenariats sont essentiels, a-t-il estimé.  Actuellement, a noté M. Singh Puri, les États Membres qui ne sont pas représentés au Conseil de sécurité peuvent s’exprimer sur les questions relatives au maintien de la paix au sein des Quatrième et Cinquième Commissions et participer à des réunions organisées par le Conseil de sécurité.  Il a cependant regretté les tentatives récentes visant à contourner les pays du Comité spécial des opérations de maintien de la paix –ou Comité des 34-  et les pays fournisseurs de contingents sur des questions importantes.  Tout en notant des améliorations sur le calendrier des réunions triangulaires, il a suggéré que l’ordre du jour de ces réunions soit plus précis et que le système de consultation couvre toutes les étapes d’une mission.


Le représentant a insisté sur la nécessité pour les opérations de maintien de la paix d’établir une meilleure coordination avec les autorités nationales, en tenant compte en premier lieu des besoins des pays d’accueil et non pas des priorités des donateurs.  M. Singh Puri a indiqué que l’Inde encourageait le recrutement de femmes dans les opérations de maintien de la paix.  Son pays, a-t-il rappelé, a mis à la disposition de la Mission des Nations Unies au Libéria, une unité de police composée uniquement de femmes.


Mme U. JOY OGWU (Nigéria) a mis l’accent sur la contribution de son pays aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies depuis 50 ans, précisant que les Casques bleus nigérians étaient présents dans des opérations de l’Union africaine ou de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  La représentante a plaidé en faveur d’un renforcement du partenariat entre les Nations Unies et les organisations régionales en vue, notamment, d’assurer un partage des responsabilités.  Le maintien de la paix et la consolidation de la paix sont inséparables, a-t-elle également estimé.  De même, elle a mis l’accent sur la prévention qui, a-t-elle dit, est nécessaire pour protéger plus efficacement les générations futures du fléau de la guerre.


M. ALAIN LE ROY, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a indiqué que 20 000 Casques bleus étaient déployés au moment de la publication du rapport Brahimi.  Plus de 10 ans après, 124 000 soldats de la paix sont déployés dans 16 opérations, a-t-il fait remarquer.  S’appuyant sur les recommandations du rapport, l’ONU a renforcé  la structure du maintien de la paix au Siège et sur le terrain, a-t-il ajouté.  Le maintien de la paix, a expliqué M. Le Roy, s’achemine maintenant vers la consolidation de la paix, ce qui ne diminue pas l’ampleur des opérations.  Celles-ci vont continuer à se multiplier et leurs mandats gagnent en complexité car ils sont multidimensionnels, a-t-il prévenu.  Dans le cadre de conflits civils, les mandats des missions de maintien de la paix prévoient d’appuyer le processus électoral, le désarmement, la démobilisation et la réintégration des soldats.  Les Casques bleus mettent donc en œuvre des mandats de plus en plus complexes et sont davantage appelés à protéger des civils.


« Nous coopérons avec les autres acteurs du maintien de la paix, comme l’Union africaine (UA), en particulier pour renforcer les capacités du pays d’accueil », a poursuivi M. Le Roy.  Il a rappelé qu’avec la Secrétaire générale adjointe à l’appui aux missions, Mme Susana Malcorra, le Département des opérations de maintien de la paix avait lancé, en juillet dernier, le processus « Nouvel horizon », qui entend renforcer le partenariat dans le domaine du maintien de la paix.  « Nous avons noté que le processus politique est souvent faible dans les opérations de maintien de la paix.  Dans ce processus, nous avons déterminé les défis majeurs à relever en priorité, comme le manque de consensus des États Membres quant au rôle de l’ONU dans le maintien de la paix », a-t-il précisé.  Le programme d’action pour la période 2010-2011 présenté par le Secrétaire général, en janvier dernier, dans le cadre du processus « Nouvel horizon », reflète les priorités découlant d’échanges avec les États Membres sur les partenariats pris dans le maintien de la paix en 2009.


M. Le Roy a expliqué que ce programme d’action se concentrait sur quatre domaines prioritaires: l’élaboration de directives pratiques sur les rôles essentiels que doit jouer une ONU moderne en matière de maintien de la paix; le développement de capacités permettant de fournir un appui aux opérations de maintien de la paix actuelles et futures; l’élaboration d’une stratégie d’appui sur le terrain; et des moyens plus efficaces pour planifier, gérer et contrôler les missions.  « Nous avons déjà pu améliorer la coopération entre les membres du Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents », s’est réjoui M. Le Roy.  Son Département, a-t-il indiqué, met actuellement au point une stratégie pour répondre aux lacunes des opérations de maintien de la paix sur le terrain et s’assurer que les soldats de la paix soient mieux formés et préparés pour assumer leur rôle.


M. ANTHONY BANBURY, Sous-Secrétaire général à l’appui aux missions, a affirmé que le Secrétariat de l’ONU était engagé à jouer son rôle comme partenaire véritable dans le domaine du maintien de la paix.  Le Département de l’appui aux missions jouera également son rôle pour répondre aux attentes des États Membres.  Le Département est confronté à un défi de taille qui consiste à fournir un appui efficace et opportun sur le terrain aux opérations de maintien de la paix, dans des lieux éloignés et difficiles.  La Stratégie globale d’appui aux missions vise, a-t-il précisé, à renforcer les capacités des Nations Unies et à fournir un appui plus rapidement et à moindre coût.  Les difficultés sont considérables, a-t-il dit, ajoutant que pour les surmonter, il faudrait établir un partenariat véritable avec les États Membres.



Première table ronde: « Les dimensions politiques des opérations de maintien de la paix des Nations Unies »


Les experts et représentants d’États Membres qui participaient à la première table ronde de ce débat thématique, animée par le Président de l’International Peace Institute, M. TERJE ROED-LARSEN, se sont attachés à examiner les dimensions politiques des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. 


Ils ont en particulier porté leur attention sur les questions de volonté politique et d’appui aux opérations de maintien de la paix, ainsi que sur les liens et les impacts mutuels des missions de maintien de la paix et des processus politiques.


M. MARTTI AHTISAARI, ancien Président de la Finlande et lauréat du prix Nobel de la paix 2008, a fait part, dans un premier temps, de son expérience dans le cadre du processus de paix en Namibie et de l’opération du Groupe d’assistance des Nations Unies pour la période de transition (GANUPT), première tentative d’engagement des Nations Unies, a-t-il dit, dans des opérations de maintien de la paix multidimensionnelles depuis l’échec de la première mission de l’ONU au Congo en 1964.  Dans le débat actuel, le consentement du pays d’accueil représente une des questions clefs où il convient, a-t-il estimé, d’avoir une compréhension commune.  Ainsi, à la lumière du cas namibien, le consentement des parties en conflit pour le maintien de la paix, s’il n’est pas toujours présent, pourrait être créé et appuyé grâce à un dialogue continu avec les parties.  Une présence militaire crédible, une équipe civile multidimensionnelle et un processus politique se renforcent mutuellement sur le plan opérationnel, a-t-il ajouté.  L’exemple du GANUPT a en outre montré, a-t-il expliqué, le rôle essentiel des partenariats avec les parties prenantes régionales, en l’occurrence les États de la ligne de front au nom de l’Organisation de l’unité africaine (OUA).  M. Ahtisaari a, de même, souligné l’importance de l’état de droit et de la protection des droits de l’homme dans la création d’un environnement pacifique durable.


Il n’y a pas de recette miracle aux défis que rencontre le maintien de la paix, a déclaré M. Ahtisaari.  Les États Membres peuvent agir s’ils ont la volonté politique de le faire, a-t-il estimé, suggérant plusieurs mesures concrètes devant être mises en œuvre, comme la réforme du processus budgétaire pour améliorer le mécanisme d’alerte préventive et faire preuve de souplesse, une participation plus active des pays contributeurs de troupes au processus de planification, une autorité accrue du Secrétariat et une plus grande transparence des activités du Conseil de sécurité.  Le lauréat du prix Nobel de la paix a insisté en outre sur la nécessité d’aller au-delà du maintien de la paix.  La leçon la plus importante que l’on peut tirer de la gestion des conflits de ces dernières années est la nécessité de consolider la paix de manière efficace pour garantir que le conflit ne reprenne.  La mission intégrée de consolidation de la paix, telle que celle mise en œuvre en Sierra Leone, fournit ainsi aux États Membres, à moindre risque et de façon moins abrupte, une stratégie de sortie aux opérations de maintien de la paix, de même qu’un arrangement provisoire avant la phase ultime de transition vers le système de coordonnateur résident des Nations Unies.


M. Ahtisaari a également souligné l’importance de la prévention des conflits.  La prévention des conflits ne requiert pas nécessairement, a-t-il estimé, de nouveaux bureaux ou de nouvelles institutions.  Les stratégies de prévention des conflits exigent, à ses yeux, une attention soutenue, des ressources et un processus visant à encourager des actions face à des signaux d’alerte.  


M. ÁLVARO DE SOTO, ancien Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, a en particulier observé que 20 ans après la fin de la guerre froide, il n’existe toujours pas clarté en ce qui concerne la manière dont les Nations Unies doivent utiliser les outils à leur disposition.  Bien que les résolutions du Conseil de sécurité contiennent des préambules longs et détaillés, ceux-ci, a-t-il dit, ne fournissent que de maigres renseignements sur la manière dont il peut et doit agir.  L’engagement et la volonté politiques doivent, a-t-il dit, constituer le principe qui sous-tend toute décision prise par le Conseil de sécurité concernant une opération de maintien de la paix des Nations Unies. 


Ce principe doit être associé à la détermination d’envisager l’opération de façon à réduire considérablement le risque de rechute du conflit.  Le Conseil ne devrait pas initier d’opération tant que les ressources et les capacités ne sont pas disponibles, a-t-il poursuivi, notant que ce point figurait avec force dans le rapport Brahimi.


M. De Soto a souligné que le maintien de la paix devrait être considéré comme un outil au service d’une stratégie politique plus large, qui découle essentiellement de l’objectif principal de l’ONU d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Il a estimé que les Nations Unies et, en particulier le Conseil de sécurité, devraient être le fer de lance dans la réalisation de l’objectif de consolidation de la paix dans la période postconflit pour éviter la récurrence des combats.  Il a émis la crainte que les décisions prises lors du Sommet mondial de 2005 soient oubliées et qu’il y ait une dépolitisation et une technocratisation du maintien de la paix.


M. IBRAHIM GAMBARI, Représentant spécial conjoint Union Africaine-Nations Unies pour le Darfour, a mis l’accent sur la nécessité de traiter, en premier lieu, de l’impartialité de l’ONU.  Il a également estimé que l’ONU disposait d’une expérience sans précédent qui lui permettrait d’être mieux à même d’établir des solutions durables de gestion des conflits.  M. Gambari a par ailleurs souligné le rôle des organisations régionales et sous-régionales, lesquelles, a-t-il dit, ont mûri en tant qu’organisations politiques.  Leurs États membres, en tant que fournisseurs de contingents, sont aussi des partenaires de poids. 


S’agissant de la précision des mandats et des directives, le Conseil de sécurité doit dire clairement ce qui doit être fait.  Il a pris l’exemple du Darfour, où 27 hélicoptères avaient été demandés et seuls 5 avaient été obtenus.  M. Gambari a également souligné la nécessité d’appuyer des acteurs essentiels dans la région.  Il ne s’agit pas nécessairement des États, a-t-il dit, citant, par exemple, des organisations non gouvernementales (ONG) ou des groupes d’amis.  Enfin, il a mis l’accent sur la nécessité d’assurer une coordination entre les différents acteurs lorsqu’il s’agit de médiation.


Lors du débat qui a suivi, le délégué du Maroc a estimé qu’un appui efficace des opérations de maintien de la paix au processus politique dans la phase de sortie de conflit était primordial et devrait être appréhendé en termes de calendrier, de cohérence et de synchronisation.  Le rôle des États voisins est également essentiel, dans la mesure où il peut être considéré comme un obstacle, a-t-il souligné.  Il a, de même, plaidé en faveur d’une articulation entre maintien et consolidation de la paix.


Son homologue de la France a jugé essentiel que les membres du Conseil de sécurité, qui assurent la responsabilité première du maintien de la paix et de la sécurité internationale, ainsi que les pays contributeurs de troupes et de police, participent à ce débat.  Il a rappelé que la France et le Royaume-Uni avaient, l’an dernier, lancé une initiative visant, notamment, à améliorer le suivi politico-militaire des opérations de maintien de la paix par le Conseil de sécurité et à affiner la doctrine sur les questions complexes du maintien de la paix.  Sur l’ensemble des points, des progrès ont été réalisés grâce aux efforts menés par tous, a-t-il affirmé, précisant que ce travail sera poursuivi en vue, notamment, d’améliorer la coopération avec les pays contributeurs de troupes et d’assurer un suivi financier plus rigoureux des opérations.


Le représentant de la Finlande a souhaité que soient précisés les moyens devant être mis en œuvre pour renforcer les liens entre le maintien et la consolidation de la paix afin d’assurer une paix durable.  Les délégués du Brésil, du Pérou et du Sénégal ont également pris la parole.


Deuxième table ronde: Opérations de maintien de la paix multidimensionnelles: Vers une paix durable, le maintien de la paix et le lien entre la sécurité et le développement


Animée par le Chef de cabinet du Bureau du Président de l’Assemblée générale, M. JAMAL BENOMAR, la table ronde de l’après-midi a ouvert un débat sur le caractère multidimensionnel et la complexité des opérations de maintien de la paix, en mettant l’accent sur les liens entre la sécurité et les aspects économiques d’une paix durable.  Les experts et les représentants d’États Membres ont reconnu que ces opérations devraient s’appuyer sur des partenariats précoces avec toutes les parties prenantes sur le terrain.


M. JOHN AGYEKUM KUFUOR, ancien Président du Ghana et ancien Président de l’Union africaine, qui préside actuellement l’organisation Interpeace, après avoir rappelé que le Ghana était le cinquième pays contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a noté que les conflits qui émergent actuellement sont liés aux attentes des populations en matière de démocratisation, de respect des droits de l’homme et de bonne gouvernance.  La rivalité en matière de gestion des ressources naturelles a également été la cause de certains conflits, a-t-il signalé.  L’ancien Président du Ghana a également noté la complexité des opérations de maintien de la paix qui sont passées d’opérations traditionnelles à des missions « plus musclées ».  L’ONU, a estimé M. Kufuor, doit maintenant redoubler d’efforts pour faire participer la population locale à la recherche de solutions.


M. Kufuor a appelé à définir clairement les mandats des missions et à prendre des décisions sur leur composition seulement après une analyse complète de la situation sur le terrain.  Il a également souhaité que les organisations régionales, comme l’Union africaine, participent aux mesures de consolidation de la paix.  En ce qui concerne le renforcement de la capacité d’analyse, il a invité l’ONU à se doter de mécanismes permettant de confirmer les informations obtenues sur le terrain.  L’ONU devrait aussi être prête à maintenir sa présence sur une durée assez longue, a-t-il ajouté.  M. Kufuor a enfin invité à tenir compte du rôle des médias dans l’élaboration des stratégies opérationnelles de maintien de la paix.


En direct de Kaboul par vidéoconférence, M. ASHRAF GHANI, Président de Institute of State Effectiveness et ancien Ministre des finances de l’Afghanistan, a estimé que 47 pays sont actuellement menacés d’échec ou de déclin.  Il y a 10 ans, a-t-il rappelé, l’ONU n’était pas du tout préparée à faire face au conflit en Afghanistan.  Lorsque ses institutions ont commencé leurs opérations en 2001 dans ce pays, l’ONU n’avait pas un plan d’action coordonné et il ne lui était pas demandé de rendre des comptes, a-t-il fait remarquer.  Abordant la question de l’appropriation, il a expliqué que les accords de paix sont des projets émanant des États qui permettent aux institutions de s’inscrire dans le cadre de l’état de droit.  Un deuxième type de stratégie est la décentralisation.  Dans certains pays, comme en Europe centrale et au Soudan, nous constatons que la structure centralisée à l’extrême de l’État a entraîné des conflits que la décentralisation a permis de résoudre, a-t-il dit.  Le cas le plus significatif est le Soudan où la règle du jeu a été complètement renégociée.  L’Afghanistan, le Cambodge et le Rwanda sont des exemples où le pouvoir central s’est effondré, a-t-il poursuivi, expliquant qu’il avait fallu, pour y rétablir la paix, trouver une élite politique en mesure d’accepter la règle du jeu et de la respecter.  Lorsque les parties ne trouvent pas d’accord au niveau local, il faut l’imposer, a-t-il aussi expliqué, citant l’exemple de la Bosnie-Herzégovine.


M. Ghani a regretté souvent un manque de compétences au sein des institutions étatiques.  Mais, a-t-il aussi constaté, aucune instance internationale n’a de manuel pour faire fonctionner un ministère des finances par exemple.  Il a aussi estimé que les Nations Unies doivent, dès le déploiement des missions, prévoir une date de sortie.  Il a enfin invité à établir de véritables « contrats de résultats » avec le Secrétariat, qui doit résolument appuyer les opérations sur le terrain.


M. JUSTIN YIFU LIN, Économiste en chef de la Banque mondiale, s’est interrogé sur la démarche à suivre pour faire en sorte que les objectifs de paix durable servent le développement durable.  Soulignant que 22 des 44 pays qui sont les plus éloignés de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) connaissent des conflits ou viennent d’en sortir, il a annoncé que le prochain rapport de la Banque mondiale sur la question du développement doit se concentrer sur l’interdépendance entre les conflits et le développement.  M. Lin a noté que les missions avec un mandat multidimensionnel sont particulièrement efficaces pour accroître la croissance.  Cependant la croissance économique n’est pas suffisante si certains groupes sont exclus de l’accès au pouvoir et aux ressources, a-t-il prévenu.  De plus grands efforts sont nécessaires pour consolider la paix, a-t-il ajouté, citant les mesures à prendre sur les plans sécuritaire, politique, administratif, économique, ainsi que dans le domaine de la justice transitionnelle.


M. Lin a aussi appelé à adopter des approches réalistes en matière de maintien de la paix, en tenant compte des conditions prévalant au niveau local.  « De nos jours, la communauté internationale est moins patiente et cherche à imposer des modèles qui ne tiennent pas compte du contexte des pays, alors qu’il faut vraiment tenir compte de l’évolution locale », a-t-il dit.  Il a aussi estimé qu’il faudrait réduire l’impact des chocs externes sur les pays fragiles, en les protégeant notamment contre la volatilité des prix des produits de base et contre le trafic de stupéfiants.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Libéria à la MINUL, a souligné que la coopération de la communauté internationale était essentielle pour consolider la paix dans une situation postconflit.  Le gouvernement du pays concerné doit avancer simultanément sur trois voies: le maintien de la paix, la consolidation de la paix et le développement.  Les trois sont liées intrinsèquement, a-t-elle insisté.  Les attentes de la population sont très élevées, a-t-elle ajouté, car elles souhaitent recueillir au quotidien les fruits du maintien de la paix.  Elle a cependant expliqué que les trois domaines d’action ne peuvent pas avancer au même rythme.  Si les priorités peuvent varier d’un pays à l’autre, il faut assurer avant tout l’appropriation nationale des processus de paix et de développement, ainsi que le renforcement des capacités nationales, a-t-elle ajouté.  L’appropriation nationale est indispensable si on veut agir à long terme, a-t-elle précisé.


Mme Løj a estimé qu’il était important de renforcer et de former le personnel de police, ajoutant qu’il faut aussi des moyens supplémentaires pour les centres de détention.  En ce qui concerne les coûts récurrents, elle a appelé la communauté internationale à financer des emprunts à court terme.  Ce sont des obstacles que la MINUL tente d’éliminer, a-t-elle dit.


M. PETER WITTIG, Président de la Commission de la consolidation de la paix, a demandé que soit mise en place une véritable synergie entre les opérations de maintien de la paix et les efforts menés en vue de la consolidation de la paix.  Il a ainsi invité à adopter une vision pour la consolidation de la paix au moment même de la création des missions, plaidant à cet égard pour une interdépendance entre l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité dans ce domaine.  La Commission de consolidation de la paix devrait être en mesure de conseiller ces organes sur les objectifs à suivre pour parvenir à une paix à long terme.  Il a proposé en particulier que les partenariats avec les parties prenantes dans le domaine du développement et les institutions humanitaires soient conçus au moment de la création de la mission.  Il faudrait aussi une plus grande prévisibilité des efforts de l’ONU en matière de consolidation de la paix, a-t-il suggéré.


Si certains insistent sur la sécurité et d’autres sur le développement, beaucoup ont invité à trouver un équilibre entre ces deux secteurs, a relevé Mme Judy CHENG-HOPKINS, Sous-Secrétaire générale à l’appui à la consolidation de la paix, qui résumait les interventions des experts.


Dans le débat qui a suivi, la délégation du Sénégal a appelé à renforcer la diplomatie préventive et à élaborer un système d’alerte précoce.  La représentante du Portugal, pays fournisseur de contingents, a estimé que les stratégies de maintien de la paix à long terme devraient êtres envisagées dès la création des mandats des opérations.  Dans le même sens, son homologue de l’Italie a proposé d’impliquer la Commission de consolidation de la paix dès que le Conseil de sécurité décide de la création d’une opération.  À ce stade, il serait possible d’envisager une consultation obligatoire des États Membres, a-t-il proposé.


La coordination des fonctions de maintien de la paix et de consolidation de la paix doit se faire en lien avec les donateurs et les autres partenaires sur le terrain, a souhaité la représentante de l’Afrique du Sud, qui a par ailleurs invité les missions de consolidation de la paix à utiliser des projets à effet rapide pour la mise en œuvre de leurs mandats.


La représentante du Venezuela a, quant à elle, estimé que les échecs du maintien de la paix sont liés au manque de légitimité des mandats, invitant notamment à améliorer les relations avec le pays d’accueil.  Il faut passer de la notion de « paix et sécurité » à celle de « paix et développement », a-t-elle également souhaité.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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