Journée mondiale de la liberté de la presse: Ban Ki-moon souligne le potentiel des médias à favoriser le dialogue, la réconciliation et la compréhension mutuelle

7 mai 2009
OBV/782-PI/1881

Journée mondiale de la liberté de la presse: Ban Ki-moon souligne le potentiel des médias à favoriser le dialogue, la réconciliation et la compréhension mutuelle

07/05/2009
Couverture de réunion
OBV/782 PI/1881
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commémoration de la Journée mondiale

de la liberté de la presse

matin

JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE: BAN KI-MOON SOULIGNE LE POTENTIEL DES MÉDIAS À FAVORISER LE DIALOGUE, LA RÉCONCILIATION ET LA COMPRÉHENSION MUTUELLE

Les panélistes estiment que la presse dans le monde arabe peut être un instrument efficace en faveur de la démocratisation

Le Département de l’information de l’ONU (DPI) a organisé une « réunion d’information », ce matin, avec des organisations non gouvernementales (ONG) dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, débat qui avait pour thème le rôle de la presse dans le monde arabe.  Les intervenants ont mis l’accent en particulier sur la question de savoir si les nouveaux médias -chaînes de télévision par satellite et Internet- étaient susceptibles de favoriser la démocratisation du Moyen-Orient, les intervenants ayant eu tendance à répondre par l’affirmative.

Dans une introduction à caractère général, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a souligné le potentiel des médias à favoriser « le dialogue, la réconciliation et la compréhension mutuelle », thème choisi cette année pour la célébration de cette Journée mondiale.  La presse, a-t-il rappelé, donne une voix aux minorités et aux groupes marginalisés.  Elle remet en cause les préjugés religieux, politiques ou autres.  Elle offre un forum permettant d’entendre les critiques et de réclamer des comptes aux autorités.  Dans les sociétés sortant d’un conflit, elle peut promouvoir la bonne gouvernance, ainsi que la confiance entre anciens ennemis. 

Le Secrétaire général a cependant fait remarquer que les journalistes faisaient souvent face à des risques graves, qui parfois leur coûtaient la vie.  L’un d’entre eux, Lasantha Wickrematunge du Sri Lanka, a reçu à titre posthume, il y a trois jours, le prix de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) 2009 pour la liberté de la presse, a-t-il rappelé.  M. Ban a indiqué qu’il avait appelé le Gouvernement sri-lankais à faire le maximum pour appréhender les responsables de ce meurtre.  L’impunité, a-t-il souligné, ouvre la voie à d’autres attaques.  Il a appelé les États ayant des journalistes dans leurs prisons à respecter leurs droits, en particulier le droit à une justice équitable.  Les nouveaux médias ne sont pas à l’abri, a-t-il dit, précisant que 45% des travailleurs des médias emprisonnés étaient des blogueurs.  Pour le Secrétaire général, en cette période de crise économique, il est essentiel de soutenir l’existence de médias indépendants.

Mme Sofia Clark, faisant lecture d’un message du Président de l’Assemblée générale, M. Miguel d’Escoto Brockmann, a estimé que « nous manquions d’informations crédibles, en dépit de la quantité d’informations disponibles, un problème qui existe également dans les pays développés ».  « Comme nos économies, la diffusion de l’information est affectée par une érosion de la confiance », a-t-elle poursuivi.  Mme Clark a donc encouragé les journalistes à réfléchir à la dimension éthique de leur travail et aux responsabilités incombant à une presse libre.

Le Président du Comité de l’information de l’ONU, M. Antonio Pedro Monteiro Lima (Cap-Vert), a rappelé que les États avaient l’obligation de protéger la liberté de la presse.  Lorsqu’on refuse aux journalistes ce droit fondamental, ce sont à la fois la liberté d’expression et le développement qui en souffrent.  Après avoir dénoncé certains excès qui consistent à « avilir l’autre dans ses croyances », il a souligné néanmoins que « la liberté de la presse était la bouée de sauvetage d’une société désemparée sur une planète en péril ».

Mme Hélène-Marie Gosselin a lu un message au nom du Directeur général de l’UNESCO, M. Koïchiro Matsuura, dans lequel celui-ci a rappelé que si les journalistes avaient le droit de s’exprimer franchement, voire sévèrement, cela n’impliquait pas de porter atteinte aux convictions d’autrui.  Les médias peuvent, au contraire, promouvoir la tolérance et l’acceptation de la différence, a-t-elle fait observer.  « Nous devons renforcer nos efforts en faveur d’une presse critique permettant aux gens de prendre des décisions de manière informée, a-t-elle souligné, précisant qu’« une presse libre n’était pas un luxe et était même un élément permettant d’assurer la paix ».

Le Président de l’Association des journalistes accrédités aux Nations Unies, M. Giampaolo Pioli, a rendu hommage, pour sa part, aux journalistes tombés dans l’exercice de leur profession en lisant le dernier éditorial dujournaliste sri-lankais Lasantha Wickrematunge « Quand je serai finalement assassiné, c’est le Gouvernement qui m’aura assassiné », écrivait celui-ci.  « On me demande souvent pourquoi je prends de tels risques mais si je ne le fais pas, il n’y aura plus personne pour parler au nom de ceux qui n’ont pas le droit à la parole.  Les journalistes ne se sacrifient pas pour eux-mêmes », soulignait-il.

Prenant ensuite la parole, Mme Alya Ahmed Al-Thani, de la Mission permanente du Qatar auprès des Nations Unies, a évoqué la politique de son pays en faveur de la liberté de la presse qui, a-t-elle précisé, a permis la suppression du Ministère de l’information en 1998, ce qui constitue une première dans la région.  En outre, le Qatar a mis fin à la censure de la presse et a créé la chaîne satellitaire Al-Jazeera.  Le Qatar entend être un pôle des médias dans la région, a-t-elle indiqué.

M. Abderrahim Foukara, chef du Bureau d’Al-Jazeera International à Washington, D.C., qui a aussi été correspondant de cette chaîne auprès des Nations Unies, a souligné que la création d’Al-Jazeera International, il y a 13 ans, avait permis à l’ensemble du monde arabe, du Maroc à Oman, de s’intéresser instantanément aux mêmes sujets.  La chaîne satellitaire américaine CNN exprime une autre sensibilité et c’est important que chaque civilisation puisse avoir la sienne, a-t-il observé.  « Nous pouvons contribuer à calmer une situation ou, au contraire, l’envenimer », a-t-il constaté.  « Nous pouvons saturer les ondes de bavardages qui ont une influence négative ou laisser les responsables dire les choses comme ils l’entendent ».  M. Foukara a exprimé le souhait que les Nations Unies organisent une rencontre annuelle sur la question de la paix.  Les journalistes devraient convenir de manière universelle de ne pas encourager le recours à la guerre, a-t-il conclu.

M. Mohamed Abdel Dayem, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a souligné que sur les 10 pays persécutant les blogueurs dans le monde, cinq se trouvaient au Moyen-Orient.  Si l’on examine les défis que doivent relever les journalistes de la presse écrite, on se rend compte que les États disposent de tout un arsenal pour empêcher les journalistes de travailler, a-t-il dit, notant qu’il était aisé d’être accusé de diffamation lorsque l’on dénonce la corruption par exemple.  C’est particulièrement vrai au Moyen-Orient, a-t-il dit, où ce type de poursuite relève du droit pénal.  S’il y a de moins en moins de condamnations à des peines d’emprisonnement, les journalistes peuvent se voir infliger des amendes exorbitantes susceptibles de les museler.

Mme Ebtihal Mubarak, journaliste saoudienne au journal anglophone Arab News de Djeddah, a fait part de son expérience des médias saoudiens.  Elle s’est interrogée sur ce qu’on entend par « renforcement du dialogue » dans une société aussi fermée que la saoudienne où les ONG sont interdites.  C’est pourquoi, a-t-elle fait remarquer, on attend beaucoup plus des médias qui doivent prendre le relais d’une société civile inexistante.  Mme Mubarak a souligné que les nouveaux médias (Internet, Facebook et les blogs) étaient les « samizdats » de l’Arabie saoudite, ces publications clandestines du temps de l’Union soviétique.  Il existe des forums organisés par chaque tribu, ce qui a beaucoup changé la vie des jeunes qui représentent 60% de la population et qui sont marginalisés par la presse officielle, a-t-elle estimé.  Ces forums les aident à organiser des rencontres, ce qui est particulièrement difficile dans ce pays et même si ces rencontres demeurent souvent virtuelles, l’Internet jouant aussi le rôle de « fenêtre sur le monde ».

M. Ghassan Shabaneh, professeur d’études sur le Moyen-Orient au Marymount Manhattan College, a affirmé que les chaînes arabes par satellite faisaient preuve aujourd’hui d’un professionnalisme équivalent, voire supérieur dans certains cas, aux chaînes de télévision occidentales.  « Nous sommes passés d’une situation d’absence de liberté à celle où existe une liberté au moins relative », a-t-il constaté.  Cette presse plus libre et plus professionnelle a également accru les attentes dans le monde arabe, ce qui incite à se demander si ces nouveaux médias peuvent permettre la démocratisation des États arabes.  M. Shabaneh s’est dit tenté de répondre par l’affirmative.  Toutefois, certains sujets restent difficiles à aborder, a-t-il reconnu, citant le cas du Darfour où les journalistes arabes hésitent à dire certaines choses.  Mais, a-t-il fait observer, cette situation existe aussi en Occident où certains médias hésiteront à aborder des sujets susceptibles de déplaire à ceux qui les financent.  La faiblesse de la société civile dans le monde arabe est le problème numéro un, le second étant la démocratisation, a encore observé cet universitaire qui a affirmé en conclusion ne voir nulle contradiction entre islam et démocratie et islam et liberté de la presse.

Lors du débat interactif qui s’est ensuivi avec les ONG, certains intervenants ont constaté qu’en raison des conditions économiques et de l’analphabétisme, l’effet révolutionnaire qu’avait eu l’Internet en Occident ne s’était pas encore produit dans le monde arabe.  Cela assure encore de beaux jours à la télévision, les téléspectateurs n’ayant pas besoin de savoir lire, a-t-il été observé.  Un intervenant a souligné que si l’on comptait uniquement sur la télévision, on ne parviendrait pas par miracle à la compréhension entre les peuples, ce qui est encore plus vrai dans les situations de conflit. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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