L’agriculture durable garante de la sécurité alimentaire au centre du débat de haut niveau de la Commission du développement durable

13 mai 2009
ENV/DEV/1048

L’agriculture durable garante de la sécurité alimentaire au centre du débat de haut niveau de la Commission du développement durable

13/05/2009
Conseil économique et social
ENV/DEV/1048
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission du développement durable

Dix-septième session

9e et 10e séances – matin et après-midi

L’AGRICULTURE DURABLE GARANTE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE AU CENTRE DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Ministres, représentants et responsables du système de L’ONU examinent les moyens de « répondre à la crise alimentaire par le biais du développement durable »

Le Secrétaire général des Nations Unies a ouvert, aujourd’hui, le débat de haut niveau de la dix-septième Commission du développement durable (CDD-17) en appelant la communauté internationale à « répondre aux besoins des générations actuelles sans mettre en péril les besoins des générations futures ».  M. Ban Ki-moon a ainsi rappelé l’importance critique d’investir à long terme dans une agriculture durable garante de la sécurité alimentaire.

« Pour répondre aux défis du XXIe siècle, il importe de s’inspirer du passé », a, de son côté, estimé la Présidente de la CDD-17 et Ministre de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire des Pays-Bas, Mme Verburg, en plaidant en faveur du développement d’une chaîne alimentaire durable et de l’amélioration de l’accès aux marchés des pays en développement.

M. Ban et Mme Verburg ont tous deux estimé que l’agriculture durable constituait la meilleure réponse au défi de la sécurité alimentaire et un élément de l’atténuation des changements climatiques.  Ils ont affirmé que l’investissement dans une révolution verte africaine servirait à la fois les objectifs de sécurité alimentaire, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), y compris la durabilité environnementale.

À l’instar de la plupart des intervenants, ils ont exhorté la communauté internationale à investir à long terme dans l’agriculture afin de promouvoir le développement agricole et d’accélérer la réalisation des OMD.

« Pendant combien de temps encore permettra-t-on à ceux qui défendent leur niveau de vie de mettre en danger une partie de la planète » a demandé, pour sa part, la Ministre de l’environnement de la Namibie, en considérant que toutes les mesures qui seront identifiés lors de cette session n’auront aucun impact sans une réelle volonté politique. 

Si le Président du Guyana a appelé les grands pollueurs à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, le Secrétaire à l’environnement et au développement durable de l’Argentine a jugé que la « dette environnementale » devait être réglée par les pays développés, au même titre que des dettes financières.   

L’Alliance des petits États insulaires, par la voix de la Jamaïque et le Groupe des petits États insulaires en développement du Pacifique, par l’intermédiaire de Nauru, ont demandé que la CDD-17 reconnaisse les besoins, défis et fragilités particuliers de leurs pays et que la dix-huitième session consacre plus d’une journée à cette question en 2010.

Par ailleurs, plusieurs délégations ont souhaité que l’on se projette dès à présent au-delà de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, et des objectifs post-Kyoto de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ce débat a été suivi dans l’après-midi par deux tables rondes sur le thème général « Répondre à la crise alimentaire par le biais du développement durable ».  Les panélistes ont souligné le caractère indispensable de l’investissement dans l’agriculture.  Celui-ci devrait atteindre 30 milliards de dollars annuels pour faire face aux besoins alimentaires, sachant que la part de l’agriculture dans l’aide publique au développement (APD) est en réduction constante, puisqu’elle est passée de 17 % en 1980 à 3 % en 2006.

Conscients du fait que la crise alimentaire frappe en premier lieu les habitants des pays en développement, les participants à cette double table ronde ont, d’une manière générale, insisté sur le rôle important que revêt l’agriculture, aussi bien dans la lutte contre la famine et la pauvreté, que dans l’adaptation aux effets des changements climatiques. 

Ils se sont également penchés sur le problème de l’instabilité des cours des produits agricoles liés aux subventions des pays développés.  Ils ont enfin largement débattu de la question des agrocarburants et de leur impact, tout en mettant l’accent sur l’importance de la recherche et du développement pour permettre une révolution verte en Afrique.

Le débat de haut niveau de la CDD se poursuit demain à 10 heures.

MODULE THÉMATIQUE DU CYCLE D’APPLICATION 2008-2009 –– SESSION DIRECTIVE

a)    Agriculture

b)    Développement rural

c)    Sols

d)    Sécheresse

e)    Désertification

f)    Afrique

Débat de haut niveau:

Mme GREDA VERBURG, Présidente de la Commission du développement durable et Ministre de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire des Pays-Bas, a déclaré que les crises alimentaire, énergétique et financière avaient frappé le secteur du développement durable de plein fouet.  Signalant que près d’un milliard de personnes vivaient avec moins d’un dollar par jour, elle a estimé qu’il était à présent peu probable de réaliser le premier des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Face à ces crises, il faut éviter d’y ajouter une crise de leadership, a-t-elle ajouté.

Selon elle, le message de la CDD-17 doit se fonder sur la crédibilité, la coopération et un engagement crédible pour nous en tenir à nos promesses.  Elle a souligné l’importance d’établir des partenariats entre les secteurs public et privé.  Mme Verburg a également jugé que l’agriculture ne devait plus être considérée comme faisant partie du problème, mais comme étant porteuse de solutions.  Elle a rappelé que l’agriculture résidait au cœur des initiatives de lutte contre la pauvreté et du développement durable, et a estimé qu’elle devait également faire partie des efforts de lutte contre les changements climatiques.

Il faut une révolution verte durable, notamment en Afrique, a-t-elle enchaîné, prônant une révolution des idées, des technologies, des politiques agricole et commerciale, l’accès aux marchés et des moyens financiers.  Il importe entre autres, selon elle, d’accroître les investissements dans l’agriculture durable, de développer un système et une chaîne alimentaire durables, d’améliorer l’accès aux marchés des pays en développement et d’établir des filets de sécurité et des systèmes de microcrédit.  La Présidente de la CDD-17 a également insisté sur l’importance des nouvelles technologies et de leur lien avec le savoir traditionnel, la science, la recherche et l’éducation.  Pour répondre aux défis du XXIe siècle, il importe de s’inspirer du passé, a-t-elle dit.

Mme Verburg a également considéré que le secteur agricole pouvait grandement contribuer aux efforts de lutte contre les effets des changements climatiques.  Selon elle, l’agriculture est capable d’absorber une quantité importante de gaz à effet de serre.  Elle a aussi abordé la question des biocarburants, estimant qu’il fallait en examiner la production durable.  Relevant par ailleurs que le secteur agricole consommait 70% des ressources en eau fraîche de la planète, elle a plaidé en faveur de la création d’un agenda qui traiterait de la question de l’utilisation de l’eau dans la fabrication d’aliments et l’utilisation des écosystèmes.

La mise en œuvre de notre vision commune demeure notre plus grand défi, a-t-elle ajouté, des ressources nouvelles et supplémentaires étant nécessaires, notamment pour les pays en développement.  Elle a en particulier souligné que les pays développés avaient une responsabilité particulière dans ce domaine.  Elle a ensuite engagé les États Membres à maintenir leur regard tourné vers l’avenir et à aller au-delà des généralités au cours du débat de haut niveau.  Une révolution verte pour une agriculture durable est devenue réalité, a-t-elle déclaré.  Et de reprendre à son compte le célèbre slogan de campagne du Président américain Barack Obama: « Yes we can! ».

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que l’ONU avait avancé, il y a 22 ans, la notion de développement durable comme moyen d’échapper au cycle de la pauvreté, de la dégradation et du désespoir.  Il a dit que cette approche intégrée et exhaustive du développement restait toujours aussi valable aujourd’hui et offrait les moyens de répondre à la crise climatique, à la crise alimentaire et à la crise énergétique.   Nous devons nous rallier à la sagesse du Rapport Brundtland et répondre aux besoins des générations actuelles sans mettre en péril les besoins des générations futures, a-t-il insisté.

En cette année des changements climatiques, nous devons parvenir à un accord pour des mesures tous azimuts, a-t-il affirmé, mettant l’accent sur la nécessité de promouvoir l’adaptation et l’atténuation, le développement de technologies qui renforceront les capacités et la mobilisation de ressources financières en faveur des pays en développement.

C’est pourquoi, il a dit avoir convié une réunion de haut niveau sur les changements climatiques, le 22 septembre, qui réunira tous les dirigeants du monde, avant la grande étape de la Conférence internationale de Copenhague.

Il a estimé qu’il y avait un lien très fort entre les changements climatiques et les questions dont est saisie la CDD au cours de cette session, en ajoutant que l’agriculture durable pouvait contribuer à l’atténuation des changements climatiques.  Dans le cas contraire, les changements climatiques affecteront la production agricole et exacerberont la sécheresse et la désertification, en touchant d’abord les plus vulnérables.

La crise alimentaire n’est pas encore derrière nous, alors que l’augmentation des prix signifie que 100 millions de personnes risquent de grossir les rangs des mal-nourris, a-t-il dit.  C’est pourquoi le Programme alimentaire mondial (PAM) va augmenter son budget de 500 à 750 millions de dollars pour faire face à cette réalité.  M. Ban s’est félicité d’un soutien international très large.  Il a salué la tenue, en janvier, à l’initiative du Président du Gouvernement espagnol, M. José Luis Rodríguez Zapatero, d’une réunion de haut niveau sur la « sécurité alimentaire pour tous », une réunion, a-t-il dit, qui a convenu d’une approche exhaustive à long terme faisant le lien entre nutrition, sécurité alimentaire, agriculture et commerce.  Il a noté qu’un succès en ce domaine dépendra des partenariats entre gouvernements, sociétés civiles, agriculteurs, secteurs privés et organisations internationales.

Pour réaliser une révolution verte en Afrique, les Africains doivent avoir accès à la terre et à la sécurité, aux marchés, à la technologie et à de meilleures infrastructures, a encore assuré le Secrétaire général.  Il a estimé que l’investissement dans une révolution verte africaine ne servirait pas seulement les progrès en matière de sécurité alimentaire, mais également la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) y compris la durabilité environnementale.  Il a affirmé que la communauté internationale devait proposer des mesures d’urgence à court terme, afin de faire face aux questions critiques.  Mais elle doit aussi s’engager dans des investissements à long terme afin de promouvoir la production alimentaire et le développement agricole, renforcer la sécurité alimentaire et accélérer le mémento en faveur des OMD.  M. Ban a rappelé qu’il avait, lors du récent Sommet du G-20, exhorté tous les gouvernements à aider les pays à faire face aux crises actuelles de manière intégrée.  Ils ont fustigé le protectionnisme, réaffirmé leur engagement en faveur des OMD et appelé les Nations Unies à travailler avec les autres institutions mondiales afin de mettre en place un mécanisme de suivi de l’impact de la crise sur les plus vulnérables, a-t-il dit. 

Le Secrétaire général a salué l’impact de la CDD et de ses travaux qui contribuent à un système des Nations Unies uni dans l’action.  Il a constaté l’avancée des négociations intenses pour parvenir à un ensemble de mesures efficaces, notamment pour redynamiser l’agriculture, appuyer la capacité de résistance des petits agriculteurs et, d’une manière générale, assurer la sécurité alimentaire.

M. BHARRAT JAGDEO, Président de la République du Guyana, a déclaré que la communauté internationale devait transformer sa prise de conscience en solutions.  Il a estimé que le nouveau cadre institutionnel et régulateur en cours d’édification suite à la crise financière internationale devait permettre d’intégrer la question du développement durable au sein des prises de décisions internationales.  Il importe également, selon lui, de faire preuve de vigueur lors du Sommet de Copenhague, car les changements climatiques sont une menace bien plus pesante que l’échec de n’importe quelle banque.  Il a mis l’accent sur l’importance d’instaurer un véritable multilatéralisme et un partenariat international, relevant que les politiques agricoles appliquées à court terme sur un continent pouvaient provoquer un déséquilibre économique sur un autre.  Il a estimé que le G-20 devait être élargi pour comprendre un plus grand nombre de petits pays en développement et afin d’éviter tout déséquilibre dans la création d’une nouvelle architecture financière.

Sur la question des changements climatiques, M. Jagdeo a déclaré que les plus grands pollueurs devaient s’engager de manière significative à réduire leurs émissions.  Si le monde développé accepte sa part de responsabilité, les pays en développement seront prêts à jouer leur rôle, a-t-il dit.  Il sera mathématiquement impossible d’éviter un changement climatique catastrophique si le monde en développement n’emprunte pas une voie plus durable pour assurer son développement à venir, a-t-il notamment déclaré.  Selon le Président du Guyana, outre des réductions notables d’émissions, le Sommet de Copenhague doit également favoriser la création de flux financiers et les transferts de technologies afin de permettre au monde en développement de contribuer à apporter des solutions au problème.  Il a indiqué que son gouvernement appuyait les appels en vue de réduire la déforestation de moitié d’ici à 2020.  Le prix de l’inaction est plus élevé que les investissements nécessaires pour résoudre cet aspect du problème climatique, a-t-il estimé.  Il a ajouté que le Guyana se tenait prêt à protéger la totalité de ses forêts tropicales si la communauté internationale réussissait à intégrer la foresterie au sein d’un accord élargi sur les changements climatiques.

En matière de sécurité alimentaire, le Président guyanais a prôné la création d’un partenariat qui associerait les meilleures pratiques scientifiques à des ressources adéquates, ainsi qu’à des politiques commerciales cohérentes.  Sur ce point, il a cité l’exemple du programme de sécurité alimentaire de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), notamment la création du Fonds pour la modernisation de l’agriculture.  Il a également insisté sur l’importance de réformer les institutions multilatérales et de créer une nouvelle politique environnementale, constatant que la crise alimentaire ne connaissait pas de frontière nationale.  Selon lui, les pays ayant d’importantes ressources en terres et en eau fraîche ont un rôle important à jouer en matière de sécurité alimentaire, tant au niveau régional qu’international.  Le développement durable est bien plus qu’un slogan et est dorénavant reconnu comme un élément essentiel visant à garantir le bien-être de la population mondiale, a conclu M. Jagdeo.

Mme NETUMBO NANDI-NDAITWAH, Ministre de l’environnement et du tourisme de la Namibie, a indiqué que son pays s’était investi, sans compter, dans les travaux de la CDD-17, en ayant accueilli, notamment, une réunion de haut niveau intersession sur l’agriculture africaine.  Elle a estimé que la participation des ministres africains à la Conférence de haut niveau de Windhoek démontrait l’importance que l’Afrique accordait à son agriculture, laquelle contribue à la gestion des ressources naturelles.  Elle a rappelé que les ministres africains avaient souligné l’urgence d’une révolution verte agricole, afin de stimuler la production agricole comme une solution à la crise alimentaire.  Elle a souhaité que les petites exploitations agricoles reçoivent l’attention qu’elles méritent dans l’intérêt d’une révolution verte qui se fonde sur l’autonomie des agriculteurs.  Elle a mis l’accent sur l’importance du transfert de technologies adéquates pour permettre aux pays africains d’améliorer leur productivité. 

La Ministre a en outre souligné le rôle crucial des femmes dans la productivité et la gestion agricole, en souhaitant qu’elles soient associées à la gestion du système foncier.  Il s’agit aussi de lutter contre la dégradation des sols, en s’adaptant aux effets des changements climatiques, a-t-elle dit.  Elle a relevé l’impact des changements climatiques en notant que son pays, d’ordinaire confronté aux sécheresses, devait à présent faire face à des inondations sans précédent.  Il faut des programmes pour restaurer les terres, a-t-elle dit, en notant l’incapacité grandissante des pays africains face à ces dégradations.  C’est pourquoi, elle a exhorté les pays développés à mobiliser des moyens visant à permettre à ces pays d’assumer leurs capacités de gestion et de réduction des risques de catastrophes. 

Combien de temps ceux qui défendent leur niveau de vie seront-ils autorisés à le faire d’une manière qui met en danger une partie de la planète, a-t-elle demandé, en rappelant que tous étaient sur le « même bateau ».  Tous les choix politiques identifiés lors de cette session n’auront aucun impact si nous ne nous mettons pas d’accord sur les moyens de mise en œuvre et une réelle volonté politique, a-t-elle insisté.  Il est indispensable, selon elle, de mobiliser les investissements requis pour financer les infrastructures dont les pays en développement ont besoin.  Il faut des fonds, au moment opportun, dans le secteur agricole, si nous voulons gagner la bataille de la sécurité alimentaire, a ajouté la Ministre.

Mme SYLVIE LUCAS, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que l’organe qu’elle présidait avait mis l’accent sur le développement durable au cours de sa précédente session.  Les pauvres ont été les plus touchés par la crise alimentaire et les crises économique et financière, a-t-elle averti.  Selon elle, les pratiques agricoles actuelles ne permettront pas de répondre aux besoins de la population, le système agricole n’étant plus viable.  Abordant la situation de l’Afrique, continent marqué, a-t-elle dit, par des décennies de négligence, Mme Lucas a estimé que la Déclaration de Windhoek constituait un pas en avant important en vue de réaliser la stabilité alimentaire en Afrique, et ce, de façon écologiquement viable. 

La Présidente de l’ECOSOC a également mis l’accent sur l’importance de la gestion des terres et de l’environnement.  Insistant sur l’importance d’intégrer des mesures d’adaptation au sein des plans de gestion, elle a prôné l’adoption d’une démarche qui intègre une dimension économique, sociale et environnementale.  Le but même du développement durable est d’appliquer une démarche intégrée, a-t-elle dit, pour rappeler le rôle unique que l’ECOSOC peut jouer dans ce domaine.  Mme Lucas a ensuite indiqué que les conclusions et recommandations de la CDD-17 constitueraient des éléments importants pour la session de fond de l’ECOSOC qui portera sur la santé mondiale.

M. HOMERO BIBILONI, Secrétaire à l’environnement et au développement durable de l’Argentine, a estimé qu’il ne fallait pas seulement se concentrer sur la Conférence de Copenhague, en notant que, depuis le Sommet de Rio, la réalité était plus forte.  Nous ne sommes pas en mesure de trouver des solutions tangibles, a-t-il regretté.  Il faut surmonter plusieurs crises, a-t-il dit, ajoutant que nous n’avions plus besoin de séminaires ni de documents, mais des mesures de mise en œuvre pour aujourd’hui, pas pour demain.  Il faut des réponses concrètes à des réalités concrètes, a-t-il encore déclaré, notant que 75% des personnes pauvres dépendaient de l’agriculture.  S’agissant de la production agricole et de sa commercialisation, il a souhaité que l’on fît le point sur les règles du jeu et que l’on examinât la façon dont les subventions agricoles touchent les règles des échanges.  Il a pris l’exemple des marchés qui souffrent de distorsions alors que les producteurs exercent des pressions de plus en plus fortes sur l’environnement.

Selon M. Bibiloni, il ne faut plus minimiser la question de la désertification.  Il a appelé à modifier les normes de confort des uns si l’on veut mettre un terme aux inégalités et à la pauvreté des autres.  Il a regretté que certaines valeurs n’intègrent pas l’être humain, tout en soulignant la contradiction entre les efforts gigantesques entrepris pour tenter de régler la crise financière et la faiblesse des mesures pour faire face aux défis de la production agricole des pays en développement.  À cet égard, il a noté que la dette environnementale n’était pas le fait des pays en développement mais des pays développés.  Alors qu’il semble évident d’honorer des dettes financières, il devrait être tout aussi logique de demander que soient honorées les dettes environnementales, a-t-il estimé.  Il a, de même, fustigé l’inégalité des termes des échanges, soulignant la nécessité de renverser la tendance pour parvenir à une harmonie entre production et environnement.  Il a illustré son propos en affirmant que la réalité, c’était comme un train en marche, et que le pire était de ne pas monter dans ce train.  Enfin, il a insisté sur la nécessité de ne pas seulement se concentrer sur la prochaine Conférence de Copenhague ou sur les objectifs à l’horizon 2020, mais de tenir compte aussi, d’une manière plus large, des intérêts des générations futures.

Mme JULIA MARTON-LEFÈVRE, de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a relevé qu’au moment où la Commission examinait les questions de l’agriculture, de l’Afrique, de la désertification, de la sécheresse, du développement rural ou des sols, le monde était confronté à l’une des pires crises financières depuis la Grande Dépression, avec pour conséquences, notamment, la montée du chômage et les pertes de propriétés.  À cette crise, a-t-elle indiqué, s’ajoutent celles de l’énergie et de l’alimentation que l’on doit avoir en perspective, à l’approche de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Copenhague,Danemark. 

Mme Marton-Lefèvre a soutenu que nulle part ailleurs qu’en Afrique se faisaient sentir, de façon sévère, les effets négatifs de notre mode de vie et de nos pratiques non durables.  Il sera impossible de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) si l’on ne s’attaque pas aux défis posés par les problèmes environnementaux mondiaux, et en négligeant l’Afrique, a-t-elle déclaré, soulignant la nécessité d’investir non seulement dans l’agriculture et la construction d’infrastructures, mais aussi d’œuvrer à l’entrée de l’Afrique dans le commerce mondial.  Il faut accroître les investissements au bénéfice de la nature, a ajouté la Directrice de l’UICN.  Elle a appelé en outre à ne pas abandonner la lutte pour la réduction de la pauvreté et pour le développement durable, soulignant que les personnes les pus vulnérables souffriront le plus des effets des changements climatiques.  La combinaison entre la récession économique, la dégradation des écosystèmes et les changements climatiques est un cocktail potentiellement explosif, a-t-elle assuré.  Elle a conclu en plaidant pour le transfert des technologies vers les lieux les plus pauvres de la planète.

M. SHOAIB SULTAN KHAN, Président du Programme national de soutien rural (Pakistan), a mis l’accent sur l’importance des partenariats avec les communautés.  Il a rappelé que le partenariat impliquait que chaque partie s’acquittât de ses obligations respectives.  Il a indiqué que les initiatives lancées par l’organisation qu’il préside avaient permis d’illustrer la motivation des personnes à s’extirper de la pauvreté.   Il a souligné, à titre d’exemple, que les paysans d’une région reculée de son pays qui avaient participé à un des programmes de son association vendaient à présent les abricots qu’ils cultivaient sur les marchés londoniens.  Il s’est également félicité du fait que la deuxième évaluation de la Banque mondiale avait constaté un doublement du revenu des ces personnes.  M. Khan a en outre insisté sur le rôle important du développement durable, ainsi que l’importance d’impliquer les villageois au niveau communautaire.  Selon lui, les stratégies de développement durable doivent mettre l’accent sur les communautés, et le développement durable exige des pays qu’ils mobilisent leurs communautés entières.

Intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. ABDALMAHMOOD ABDALHALEEM MOHAMAD (Soudan) a exprimé la volonté de son groupe de conclure les négociations en cours, afin de parvenir à une série d’actions associées à un calendrier précis.  Il a réaffirmé son attachement aux principes de Rio pour éradiquer la faim et la pauvreté, garantir la sécurité alimentaire et atteindre les objectifs agréés au niveau international y compris les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Il a estimé que la réponse à apporter devait être décisive dans le contexte des multiples interactions entre les crises financière, alimentaire et énergétique.  Il a réaffirmé les besoins et défis des pays émergents des conflits et a mis l’accent sur les pays souffrant d’une occupation étrangère. 

Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité d’examiner les questions thématiques à la lumière des trois piliers du développement durable, en estimant que la mise en œuvre du programme pour l’agriculture exigeait un nouveau partenariat au niveau mondial.  Pour répondre à ce sentiment d’urgence, a-t-il ajouté, il est essentiel de répondre aux questions de distorsions des marchés liées aux subventions agricoles des pays développés.  Il a jugé que l’élimination de ces subventions faisait partie des efforts d’ensemble pour promouvoir une agriculture durable.  La CDD doit s’attaquer aux questions d’accès aux nouvelles technologies respectueuses de la protection de l’environnement, a-t-il dit.  Il est important d’insister sur la recherche et, notamment, sur l’amélioration de la résistance des cultures face à la sécheresse et la dégradation des sols, a-t-il poursuivi.

M. JAKUB ŠEBESTA, Ministre de l’agriculture de la République tchèque, qui intervenait au nom de l’Union européenne (UE), a déclaré que la situation extraordinaire résultant des crises actuelles exigeait une approche novatrice et dynamique.  Il a estimé que l’agriculture devait être durable afin de garantir la sécurité et la qualité alimentaire dans le monde.  L’Union européenne appuie la création d’un partenariat mondial pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition, a-t-il signalé.  Il a insisté sur la gestion durable des ressources naturelles, l’usage durable des pesticides et des fertilisants, l’application de techniques de gestion plus respectueuses de l’environnement, ainsi que sur une production durable de biocarburants.  Selon lui, une gestion durable des écosystèmes permettra également d’atténuer les effets des changements climatiques. 

Après avoir insisté sur l’importance d’une gestion intégrée des ressources en eau pour répondre aux problèmes de la désertification et de la dégradation des sols, le Ministre tchèque a estimé qu’une attention particulière devait être accordée aux petits États insulaires en développement.  Il a également souligné l’importance d’assurer une gestion durable des forêts et du tourisme, et a évoqué l’autonomisation des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables, les autochtones en particulier.  M. Šebesta a affirmé que la situation de l’agriculture en Afrique méritait une attention particulière de la part de la communauté internationale.  Il est essentiel d’améliorer l’accès aux marchés et d’appuyer les processus d’intégration régionale, a-t-il dit, en appelant de ses vœux la création d’une révolution verte durable en Afrique.  Le Ministre tchèque a également prôné une approche plus cohérente de la part de la communauté des donateurs et des agences de l’ONU.  L’UE est convaincue de l’importance d’intégrer des considérations sociale et environnementale, ainsi que des questions de gouvernance au sein des plans de redressement économique, a-t-il dit.  Il a souhaité enfin la création rapide d’une économie verte, le développement de technologies respectueuses de l’environnement et la transformation des modes de consommation et de production actuels.

Mme KATHLEEN MERRIGAN, Vice-Secrétaire d’État du Département de l’agriculture des États-Unis, a indiqué que l’Agence américaine pour le développement avait choisi cette année le thème du développement durable pour célébrer la Journée de la terre.  Elle a affirmé que la nouvelle Administration américaine accordait une grande importance à des dialogues de ce type.  Elle a mis l’accent sur l’importance de la recherche, de l’éducation et de la responsabilisation des communautés impliquées dans la recherche de solutions.  Elle a salué le rôle primordial des femmes dans ce domaine.  Il faut promouvoir la bonne utilisation des engrais, a-t-elle encore dit, avant d’insister sur la nécessité de trouver des moyens de protéger l’environnement pour répondre aux besoins des générations futures. 

Au nom de l’Alliance des petits États insulaires, M. CHRISTOPHER TUFTON, Ministre de l’agriculture et des pêches de la Jamaïque, a déclaré que la menace la plus importante pour les petits États insulaires était les changements climatiques et leurs conséquences terribles sur la terre, l’agriculture et donc la sécurité alimentaire.  Il a ajouté que le déclin des pêches représentait une menace à la survie des petits États insulaires.  Chaque année des ouragans ont des conséquences terribles sur les secteurs vitaux de l’économie et font perdre les gains acquis au cours des années.  Il a mis l’accent sur l’érosion des côtes liée à la montée du niveau de la mer.  Les sols sont de plus en plus salés avec des conséquences graves sur la productivité agricole et donc la sécurité alimentaire.  C’est pourquoi, il est, selon lui, essentiel que les conclusions de la CDD-17 reconnaissent les besoins et défis particuliers des petits États insulaires.  Il a souhaité que la prochaine CDD consacre plus d’une journée à ce groupe d’États.

Mme MARLENE MOSES (Nauru), qui intervenait au nom des petits États insulaires en développement du Pacifique, a indiqué que la CDD-17 revêtait une importance spéciale pour les États qu’elle représentait, nombre d’entre eux étant menacés d’être littéralement engloutis par les effets des changements climatiques.  Il convient d’utiliser la CDD afin de mieux orienter les efforts collectifs pour mettre en œuvre des stratégies d’adaptation, a-t-elle dit.  Selon elle, toutes les stratégies d’adaptation doivent être intégrées au sein des politiques en développement de l’ONU.  Il importe également d’intégrer la gestion des sols au sein des stratégies de lutte contre les effets des changements climatiques et d’encourager la production domestique de vivres, afin de réduire la dépendance des petits États insulaires en développement du Pacifique aux importations d’aliments.  Elle a également souligné l’importance de régler les problèmes liés à l’érosion des sols.

Mme Moses a ensuite indiqué que les petits États insulaires en développement du Pacifique avaient rédigé un projet de résolution intitulé « La sécurité et les changements climatiques », qui vise à répondre à ce défi d’une manière plus intégrée.  Elle a également souligné qu’il leur était difficile d’appliquer la Stratégie de Maurice par manque de ressources.  Sans possibilité de financement, les politiques issues de Maurice ne pourront être appliquées, a-t-elle dit.  La représentante a en outre expliqué que les pays de sa région avaient établi des initiatives de coopération bilatérale visant à compléter les mécanismes de financement internationaux déjà mis en place pour répondre à leurs besoins en matière de développement.

Au nom du Groupe des États arabes, M.AHMED ABDULRAHMAN AL-JARMAN (Émirats arabes unis) a mis l’accent sur la nécessité d’améliorer et de développer les pratiques agricoles.  Il a estimé qu’il était impératif de tenir compte aussi des plantes et du bétail pour atteindre les objectifs de sécurité alimentaire.  C’est une question très importante pour les pays arabes qui souhaitent renforcer les capacités des petits fermiers et des zones rurales où l’être humain est le principal moteur du développement, a-t-il dit.  Il s’agit de diminuer la dépendance par rapport à l’eau, en assurant la promotion des techniques modernes, a-t-il ajouté, précisant qu’il y avait de plus en plus de sécheresse grave.  Il a jugé nécessaire de parvenir à une démarche intégrée pour lutter contre la désertification et d’obtenir les moyens de mettre en œuvre la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.  Il a rappelé que la communauté internationale s’est engagée, en 2002, lors du Sommet de Johannesburg, à soutenir l’Afrique par le biais du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).  Il a jugé essentiel de ranimer le secteur agricole, qui permettra de sortir de la crise alimentaire.  Il s’est inquiété des conséquences de l’occupation israélienne sur la destruction des terres et les ressources en eau du peuple palestinien, en soulignant la nécessité de soutenir les efforts des peuples occupés à atteindre les objectifs de développement durable. 

Mme ISMAT JAHAN (Bangladesh), qui intervenait au nom des pays les moins avancés (PMA), a déclaré que le secteur agricole n’était pas épargné par les effets de la crise financière actuelle.  Les efforts de redressement doivent impérativement prendre en compte la problématique des régions rurales où l’agriculture demeure la principale activité économique, a-t-elle dit.  Elle a insisté sur l’importance d’améliorer l’infrastructure physique et institutionnelle de ces régions, notamment les routes, les entrepôts, de même que la conservation des sols et des ressources en eau.  Mme Jahan a expliqué que le secteur agricole des PMA dépendait presque entièrement des eaux de pluie et que sa productivité était donc particulièrement vulnérable aux effets des changements climatiques.  Elle a notamment évoqué l’intensification des sécheresses et des inondations, relevant que la monté du niveau des mers avait entraîné une salinisation des eaux destinées à l’irrigation.  La sécurité alimentaire et le bien-être des PMA seront directement touchés, a-t-elle dit.

Une action immédiate est nécessaire pour développer une production agricole efficace dans l’ensemble du monde en développement, a-t-elle enchaîné, avant de demander une augmentation significative des investissements dans l’agriculture et dans le développement rural.  Elle a également demandé la levée des restrictions tarifaires imposées aux exportations des pays en développement.  La représentante s’est aussi penchée sur la nécessité pour leurs gouvernements de créer un système d’alerte précoce face à la sécheresse et de développer des cultures de plantes xérophiles capables de résister aux parasites.

La représentante a ensuite engagé les pays développés à honorer leur engagement de contribuer à hauteur de 0,2% de leur revenu national brut à l’aide aux PMA.  Elle a lancé un appel en faveur de l’annulation de la dette de ces derniers et a insisté sur l’importance des nouvelles technologies.  Enfin, après avoir rappelé le rôle important que peuvent jouer les microcrédits, Mme Jahan a mis l’accent sur l’importance d’autonomiser les femmes dans les régions rurales.

M. KAZUHIKO TAKEMOTO, Vice-Ministre des affaires de l’environnement mondial du Japon, a exprimé le souci de son pays de promouvoir les techniques et connaissances traditionnelles en matière de productivité agricole.  Il a notamment mis l’accent sur la question de la biomasse, en indiquant que le Japon poursuivait ses efforts pour produire des biocarburants à base de paille de riz afin que cette production ne se fasse pas au détriment de la production alimentaire.  Il a reconnu l’importance d’accélérer le rythme des négociations en cours de façon à parvenir à des accords et à des règles sur la gestion des forêts et le reboisement et à un accord international pour l’après-2012.  Par ailleurs, il a souligné la nécessité de tenir compte de l’importance d’une bonne gestion de la terre et de la sylviculture pour piéger le carbone.

M. DMITRY MAKSIMYCHEV (Fédération de Russie) a estimé que l’agriculture jouait et continuerait de jouer un rôle prioritaire dans le développement durable et dans la réduction de la pauvreté.  Il s’est dit préoccupé par la perspective de ne pas réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Le représentant a indiqué que la Fédération de Russie avait l’intention d’accroître considérablement ses contributions au Programme alimentaire mondial (PAM) et au Fonds de lutte contre la crise alimentaire de la Banque mondiale.  Il a également expliqué qu’une réforme agraire avait permis à son pays de devenir un exportateur notable de céréales.  La Fédération de Russie, a-t-il ajouté, organisera au mois de juin prochain, à Saint-Pétersbourg, un forum mondial sur les céréales qui examinera, entre autres, les moyens de répondre aux problèmes posés par la crise alimentaire.

Mme STEFANIA PRESTIGIACOMO, Ministre de l’environnement de l’Italie, a présenté l’état des discussions au sein du G-8, que préside son pays actuellement.  Elle a également mentionné la rencontre, l’an dernier à Syracuse, des Ministres de l’environnement du G-8, dont les débats ont porté sur le développement de la productivité agricole, les mesures à mettre en œuvre pour faire face aux changements climatiques, la santé des enfants et la biodiversité.  Elle a souligné la nécessité pour le G-8 de reconnaître la valeur économique de la diversité comme moyen de faire face à la crise économique et financière actuelle.  Elle a exprimé le souci du G-8 de parvenir à un régime ambitieux en matière des changements climatiques sous la forme d’un accord pour l’après-2012.  Elle a noté qu’une réunion du G-8 à la fin du mois d’avril avait ouvert la voie à une stratégie commune pour lutter contre la faim et promouvoir la sécurité alimentaire.  Elle a souligné la nécessité d’atténuer les conséquences de la crise financière sur la faim et la pauvreté.

Tables rondes ministérielles sur le thème « Répondre à la crise alimentaire par le biais du développement durable »

La crise alimentaire n’est pas terminée et une action urgente est nécessaire.  Les panélistes qui ont ouvert, cet après-midi, les deux tables rondes ministérielles sur le thème « Répondre à la crise alimentaire par le biais du développement durable », ont souligné la nécessité d’investir dans l’agriculture afin d’éviter des ravages encore plus destructeurs, alors que le nombre de malnutris dans le monde est de presque 1 milliard.

La Commission du développement durable a ainsi entendu les présentations du Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), M. ACHIM STEINER; la Directrice du Bureau de New York du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), Mme AXUMITE GEBRE-EGZIABHER; le Directeur général adjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. ALEXANDER MUELLER; et la responsable de l’Initiative vision 2020 de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, Mme RAJUL PANDYA-LORCH. 

Lors de leurs exposés, il a été relevé que la part de l’agriculture dans l’aide au développement était en réduction constante, de 17% en 1980 à 3% en 2006.  Si le Directeur exécutif du PNUE a estimé que les objectifs de lutte contre les changements climatiques offraient une nouvelle perspective à l’économie rurale, la responsable d’ONU-Habitat, elle, a mis l’accent sur l’importance des villes en matière de sécurité alimentaire puisque les zones urbaines représentent les principaux marchés des produits agricoles. 

M. Mueller a affirmé de son côté qu’un investissement annuel de 30 milliards de dollars dans certains secteurs clefs permettrait des bénéfices annuels de 120 milliards de dollars.  Mme Pandya-Lorch a, elle, relevé que la crise alimentaire de 2008 avait réduit à néant quatre décennies de progrès, puisqu’en un an le nombre de malnutris était revenu au niveau de celui de 1970.  

Pour M. Steiner, il est urgent d’établir le lien entre crise alimentaire et développement durable.  Il a souligné le caractère troublant de la crise alimentaire de 2008 qui intervient à un moment où un niveau sans précédent de production céréalière a été atteint.  Nous sommes, a-t-il dit, à une époque sans équivalent en ce début du XXIe siècle, alors que les humains sont parvenus à affecter dangereusement le système naturel, à modifier les systèmes hydrologiques et l’atmosphère, avec des conséquences sur la santé, le bien-être social et le développement économique. 

Le Directeur exécutif du PNUE a noté que le nouvel agenda des changements climatiques, en s’appuyant sur la réduction des gaz à effet de serre et sur l’adaptabilité, était lié à l’avenir de l’économie mondiale, puisque pour la première fois, celle-ci offrait à l’économie rurale une nouvelle perspective.  M. Steiner a souligné que 70% des carbones étaient stockés dans uniquement 10% des terres.  À la lumière de l’importance croissante des zones rurales, a-t-il ajouté, il est essentiel que les agriculteurs s’affirment comme des acteurs économiques principaux dans le cadre d’une économie mondialisée.  

Mme Gebre-Egziabher a mis l’accent sur l’importance de la ville en matière de sécurité alimentaire.  Selon elle, les villes, grandes ou petites, représentent le principal marché des produits agricoles.  Elle a souligné la nécessité d’assurer une continuité entre les chaînes de production rurale et de consommation urbaine, à une époque où se mondialisent les échanges de produits alimentaires.  Elle a insisté sur l’importance d’une réforme en matière de droit foncier, lequel, notamment, reconnaîtrait les formes traditionnelles et intermédiaires d’occupation des sols. 

Le Directeur général adjoint de la FAO a constaté que le nombre des personnes sous-alimentées était passé de 842 à 963 millions en quelques années.  Il faut, a-t-il dit, augmenter de 3 à 4% par an la production agricole au cours de la décennie pour répondre aux besoins de la croissance démographique, la population mondiale devant atteindre 9 milliards d’habitants en 2050, et comprendre 3 milliards de personnes supplémentaires dans les zones urbaines des pays en développement.

Concernant les changements climatiques, M. Mueller a indiqué que les rendements agricoles allaient baisser de 20 à 30% dans les terres de faibles latitudes si les températures augmentaient de 2 à 3 degrés.  Enfin, il a jugé déterminante la question de la gestion de l’eau, en notant que l’agriculture consommait 70% des besoins hydriques. 

Mme Pandya-Lorch a observé de son côté que les prix des produits agricoles avaient certes baissé, mais que cette diminution ne s’était pas répercutée sur les marchés mondiaux.  Elle a noté que la crise alimentaire entraînait une malnutrition qui avait un impact sur les conditions de santé, donc les possibilités de travail, et, en conséquence, les pouvoirs d’achat. 

Table ronde 1

Conscients du fait que la crise alimentaire frappe en premier lieu les habitants des pays en développement, les participants à la table ronde 1 ont, cet après-midi, insisté sur le rôle important que revêt l’agriculture, aussi bien dans la lutte contre la famine et la pauvreté, que dans l’adaptation aux effets des changements climatiques. 

Alors que la population mondiale ne cesse de croître, la question du rendement agricole a également été évoquée à de nombreuses reprises lors des débats que coprésidaient le Ministre de l’environnement et de la planification spatiale de la Serbie, M. Oliver Dulic; et le Secrétaire d’État et Directeur général de l’Office fédéral pour l’agriculture de la Suisse, M. Manfred Boetsch.

Le représentant du Royaume-Uni a notamment insisté sur l’importance d’un équilibre entre les impératifs liés à la nécessité de nourrir la population de la planète, tout en évitant de surexploiter les ressources naturelles. 

« Nous devons établir l’égalité dans un monde où 1 milliard de personnes souffrent d’obésité et 1 milliard d’autres se couchent chaque soir tenaillés par la faim », a-t-il dit.

En guise de réponse à ce problème, le représentant de l’Allemagne a estimé que l’investissement dans l’agriculture durable en zone rurale, où vivent 80% des personnes qui souffrent de la faim, devait être le moteur principal de la lutte contre la famine.  Pour son homologue de la Belgique, c’est à l’inégalité entre les sexes qu’il faut s’attaquer en premier lieu.  Il a notamment souligné l’importance de garantir l’accès des femmes à la propriété foncière, condition essentielle, selon lui, pour le développement en zone rurale.

La Directrice exécutive d’ONU-Habitat, Mme Anna Tabijuka, s’est penchée, quant à elle, sur le phénomène de la migration des campagnes vers les villes, jugeant le moment propice pour examiner les liens qui existent entre les zones rurales et les zones urbaines.

De son côté, le représentant du Pérou a évoqué les problèmes liés aux cultures illicites qui, dans certains pays, peuvent occuper une superficie importante des terres cultivables.  Il a souligné l’urgence de les remplacer par des cultures vivrières.

Le Ministre de l’environnement de l’eau et des forêts de la Côte d’Ivoire a, lui, relevé les effets néfastes de l’agriculture, faisant remarquer que ce secteur était l’un des principaux facteurs de destruction des forêts dans le monde.  Il importe, par conséquent, selon lui, de développer l’agroforesterie.

Le Sous-Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Alexandre Mueller, a évoqué, quant à lui, le « potentiel énorme » de l’agriculture en matière d’atténuation des effets des changements climatiques, grâce, notamment, à ses importantes capacités en matière de séquestration du carbone.

Le représentant du Maroc a proposé la création d’un fonds multilatéral qui permettrait de financer les efforts d’adaptation aux effets des changements climatiques.  L’accord de Copenhague, à la fin de l’année, doit apporter des solutions concrètes visant à garantir la sécurité alimentaire de la population du monde, a-t-il notamment estimé.

Toujours polémique, la question des biocarburants a également été débattue à plusieurs reprises par les participants.  Si certains, à l’instar du représentant de Cuba, y ont vu une contribution directe à l’insécurité alimentaire, d’autres, comme le représentant du Pérou, ont insisté sur l’importance de veiller à ce que les biocarburants n’aient pas d’incidences sur la sécurité alimentaire de la planète, en garantissant notamment la durabilité de sa production.

L’importance des investissements a également été soulignée à plusieurs reprises, que ce se soit dans la recherche, afin de fournir, comme l’a suggéré le représentant du Royaume-Uni, de nouveaux types de graines et d’engrais aux exploitants de la planète, ou dans les infrastructures des pays.  Sur ce point, le représentant du Liban a fortement insisté sur l’importance d’améliorer la qualité des routes afin de permettre aux agriculteurs d’acheminer leurs produits vers les marchés.

Par ailleurs, plusieurs participants ont souhaité que soit mis un terme à certaines pratiques commerciales employées par les pays développés.  Le Ministre d’État pour l’environnement et les forêts de l’Inde a notamment demandé la réduction, voire l’élimination, des subventions agricoles, tandis que le chef de la délégation de la Chine a affirmé qu’il était temps de mettre fin au protectionnisme commercial.  Son homologue de Cuba a, quant à lui, dénoncé les pratiques des industries transnationalesdu secteur agroalimentaire visant à contrôler les prix, les normes de certification, la distribution et les modes de financement de la production alimentaire mondiale.

En outre, le Ministre de l’environnement et du tourisme de la Namibie s’en est pris aux importations bon marché qui, selon lui, contribuent à décourager la production locale dans les pays en voie de développement.  Selon lui, les pays développés doivent arrêter d’envoyer leurs excédents de production sur les marchés des pays en développement.

De son côté, le représentant de la Belgique a souligné la nécessité de créer des filets de sécurité sociale pour protéger les plus démunis de la fluctuation des prix. 

Pour le représentant du Liban ce sont les prix faibles qui ont contribué à décourager la production agricole dans les pays en développement.  Il faut augmenter les prix des aliments afin d’accroître le revenu des agriculteurs, a-t-il dit, avant de plaider pour une réforme agraire qui permettrait d’accroître l’efficacité des marchés. 

Par ailleurs, le Ministre du tourisme et de l’environnement du Monténégro a loué les bienfaits du tourisme durable, un des moteurs principaux de l’économie monténégrine, tandis que le Ministre d’État pour l’environnement et les forêts de l’Inde a estimé que le droit de propriété intellectuelle devait être révisé afin de récompenser les innovations qui contribuent au bien commun de l’humanité.

Table ronde 2

Les intervenants de la deuxième table ronde de l’après-midi se sont penchés sur le problème posé par l’instabilité des cours des produits agricoles, mettant en cause en particulier les subventions pratiquées par les pays développés.  Par ailleurs, la question des agrocarburants a été largement débattue, le rôle de ceux-ci ne faisant pas l’unanimité parmi les participants.  Enfin, la plupart des orateurs ont mis l’accent sur la recherche et le développement afin, notamment, de permettre une révolution verte en Afrique.

Plusieurs participants, dont le Ministre de l’environnement et de la protection de la nature du Bénin, se sont inquiétés de la volatilité des prix qui fait que, bien souvent, lorsqu’un paysan augmente sa production moins il gagne.  Le représentant de l’Irlande a d’ailleurs attiré l’attention de la Commission sur l’utilisation de l’expression « sécurité alimentaire », terme neutre et froid, a-t-il observé, alors qu’il s’agit, en fait, de résoudre une question aussi douloureuse que la faim.  Pour le Bénin, un accord international sur les prix agricoles – et sur les subventions dans les pays développés - est une nécessité si l’on veut que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. 

Mme PANDYA-LORCH, de l’Initiative vision 2020 de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, a évoqué le problème des prix, notant que ceux-ci n’avaient cessé de baisser alors que l’on n’avait pas investi dans l’agriculture depuis 30 ans.  Selon elle, le problème n’est pas tant le niveau des cours que celui de leur volatilité.  La délégation du Brésil a souligné que l’on ne pouvait progresser sans régler la question des subventions agricoles dans les pays riches. 

Concernant les agrocarburants, la délégation colombienne a constaté l’influence des cours du pétrole sur les cours des produits agricoles.  En conséquence, les productions de produits alimentaires et d’agrocarburants ne devraient pas, selon elle, entrer en concurrence.  La Colombie, qui a commencé elle aussi à produire ces carburants verts, est favorable à cette alternative énergétique, sa délégation mettant en garde contre le fait de tirer des conclusions prématurées sur ce nouveau secteur.  Son collègue du Brésil a défendu la production d’énergies « propres » si l’on entendait lutter contre le réchauffement climatique.  « Les biocarburants sont les catalyseurs du développement durable », a-t-il souligné. 

À l’inverse, la délégation nicaraguayenne a indiqué que si son pays soutenait le développement des sources alternatives d’énergie, il n’était pas favorable aux agrocarburants.  Il recommande un moratoire d’au moins 5 ans sur ces productions qui ne seraient pas aussi écologiques qu’on le prétend et qui entraînent la déforestation.  La représentante de l’organisation non gouvernementale Youthand Children a souligné la nécessité de rechercher des alternatives.  Elle a appuyé la délégation nicaraguayenne en estimant que l’agriculture devait d’abord répondre aux besoins alimentaires avant d’envisager d’autres utilisations.  Le Vice-Ministrede l’écologie du Japon a rétorqué que l’on devait faire les deux à la fois.  Ainsi, son pays fait-il des recherches sur le recyclage énergétique des tiges de riz, la solution étant d’utiliser des sous-produits agricoles non directement consommables.

À l’instar d’autres intervenants, la Ministre de l’environnement, de la protection de la nature et du développement durable du Gabon, Mme Georgette Koko, a illustré les efforts de son pays en matière de développement agricole.  Malgré ces efforts, elle a estimé qu’une révolution verte africaine ne serait pas possible sans une augmentation des flux d’investissements nationaux et étrangers pour financer les programmes, infrastructures et transfert de technologie.  La Vice-Secrétaire d’État du Département de l’agriculture des États-Unis, Mme Kathleen Merrigan, a, elle, souligné l’utilité de la mise en commun des connaissances dans le monde entier, via l’Internet en particulier.

Les efforts de recherche et de développement doivent être accentués, ont assuré plusieurs délégations.  Le Ministre de l’agriculture et du développement durable d’Israël a souligné que son pays était pleinement conscient, de par son expérience, de l’importance d’une bonne gestion de ressources naturelles rares. 

Le Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), M. Achim Steiner, a souligné lui aussi la nécessité d’investir davantage dans la recherche.  « Nous devons investir dans des entrants moins polluants » et « investir davantage dans les écosystèmes », a-t-il dit.  Il faut aussi réduire les pertes post-récoltes, 40% de la production agricole étant perdue, selon l’estimation du PNUE.

La Ministre de l’environnement et du tourisme de la Namibie, Mme Netumbo Nandi-Ndaitwah, qui présidait la table ronde, a conclu la réunion en constatant que les budgets agricoles étaient en augmentation en Afrique et qu’il existait une véritable volonté politique sur ce continent d’investir dans l’agriculture alors que celle-ci a été longtemps négligée.  Mme Rajul Pandya-Lorch, de l’IFPRI 2020 Vision Initiative, avait toutefois averti auparavant que la nouvelle priorité donnée aux investissements dans l’agriculture ne ferait pas sentir ses effets avant 10 ou 15 ans.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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