Le Conseil de sécurité évalue les activités de la MINURCAT et la situation politique au Tchad et en République centrafricaine

28 Juillet 2009
CS/9718

Le Conseil de sécurité évalue les activités de la MINURCAT et la situation politique au Tchad et en République centrafricaine

28/07/2009
Conseil de sécurité
CS/9718
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6172e séance – matin

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ ÉVALUE LES ACTIVITÉS DE LA MINURCAT ET LA SITUATION POLITIQUE AU TCHAD ET EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Préoccupées par la situation sécuritaire dans la région, de nombreuses délégations appellent à accélérer le déploiement complet de la Mission

Le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) a présenté aujourd’hui au Conseil de sécurité les activités d’une Mission déployée à seulement 46% de ses effectifs autorisés.  La lenteur du processus, a prévenu M. Victor Angelo, limite la capacité de la Mission à remplir son mandat pour assurer la sécurité de la communauté humanitaire, des réfugiés, des personnes déplacées et des populations vulnérables.

Sur le plan politique, le Représentant spécial a fait état de progrès dans la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007 signé entre le Gouvernement tchadien et l’opposition politique.  Le Code électoral et le statut de la Commission électorale indépendante ont été agréés alors que les résultats du recensement de la population devraient être connus très prochainement. 

Ces bonnes nouvelles, saluées par tous les membres du Conseil, ont été assombries par les tensions qui persistent dans l’est du Tchad, lesquelles ont été aggravées par l’attaque menée le 4 mai dernier par l’Union des forces de la résistance (UFR).

Félicité par de nombreuses délégations pour les efforts de médiation entrepris par son pays, le représentant de la Jamahiriya arabe libyenne a estimé que l’on ne peut mettre un terme aux conflits dans la région que dans le cadre d’accords globaux.  Il a appelé au respect de l’Accord de Syrte, conclu en 2007, lequel a été suivi, le 26 juillet dernier, de l’Accord de Tripoli entre le Gouvernement tchadien et le Mouvement national (MN).

Par ailleurs, malgré l’Accord de Doha, signé le 3 mai 2009 entre le Tchad et le Soudan, de nouvelles tensions se font jour également entre ces deux pays.  Toutes les délégations ont lancé un appel pour qu’ils évitent les provocations et cessent de soutenir les groupes rebelles. 

Face à l’agression soudanaise, a expliqué le représentant du Tchad, mon pays demeure « méfiant et vigilant ».  Il a reconnu que le Tchad a procédé à des frappes aériennes, le mois dernier, « pour détruire des forces venues du Soudan et regroupées à la frontière, en territoire tchadien ».

Le représentant a remercié les contributeurs au Fonds d’affectation spéciale destiné à financer le Détachement intégré de sécurité (DIS), cette unité de police communautaire « assez originale » dont le rôle sur le terrain est d’une importance « capitale ».  

Le Représentant spécial a tout de même prévenu que le Fonds d’affection spéciale du DIS qui a un budget annuel de 17,3 millions de dollars risquait d’être totalement épuisé à la fin du mois d’octobre.  Le représentant du Tchad a assuré que son pays compte prendre en charge progressivement le Détachement à l’issue de négociations envisagées pour 2010 avec le Secrétariat de l’ONU.

Si toutes les délégations se sont félicitées du niveau de déploiement du DIS et de ses activités, quelques-unes d’entre elles, dont la France, se sont dites préoccupées par les problèmes disciplinaires de certains membres du personnel.

S’agissant de la République centrafricaine, la situation dans le nord-est du pays connaît une insécurité extrême depuis trois mois, a insisté le Représentant spécial.  La MINURCAT est pleinement déployée dans la zone d’opérations mais la gravité de la situation dépasse sa capacité, a-t-il averti.

La médiation du Gouvernement, a affirmé le représentant de la République centrafricaine, ne s’est pas fait attendre car il a assumé la responsabilité qui lui revient.  Il a lancé un appel pour que la situation dans le nord-est soit « sérieusement » examinée sur la base d’une approche sous-régionale.

Le représentant centrafricain s’est joint aux appels en faveur d’une accélération du déploiement complet de la MINURCAT.  Son homologue de la France a affirmé que son pays maintiendra un bataillon logistique et le dispositif épervier. 

En concluant, le Représentant spécial a attiré l’attention du Conseil sur le plan de travail stratégique de la Mission qui comprend des critères, des indicateurs de progrès et des activités clefs.  Tous les aspects du plan exigent l’appui de la communauté internationale et la bonne coordination des autorités nationales, a-t-il dit. 

Pour maximiser les efforts et éviter les chevauchements, a-t-il aussi indiqué, la Mission et l’Équipe de pays des Nations Unies à N’Djamena a aussi commencé à préparer un cadre stratégique intégré qui met en exergue les activités liées à la consolidation de la paix jusqu’en 2011.  Ce cadre sera finalisé en octobre 2009, a assuré le Représentant spécial. 

LA SITUATION AU TCHAD, EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ET DANS LA SOUS-RÉGION

Exposé

M. VICTOR ANGELO, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad, a présenté le rapport (S/2009/359) du Secrétaire général qui couvre les développements politiques, sécuritaires et humanitaires depuis le 14 avril 2009.  Le rapport contient en annexe un plan de travail stratégique pour la réalisation des étapes énumérées dans la résolution 1861 (2009) du Conseil de sécurité.

Sur le plan politique, le Représentant spécial a indiqué que dans le cadre de l’Accord du 13 août dernier, le Gouvernement et l’opposition sont parvenus à un accord sur le statut de l’opposition et la charte des partis politiques.  Ils ont également convenu du Code électoral et de la Commission électorale indépendante.  La semaine dernière, 30 membres de la Commission ont prêté serment.  De même, le Gouvernement a lancé le recensement de la population le 20 mai dernier, dont les résultats devraient être connus très prochainement. 

Après avoir rappelé l’attaque menée le 4 mai dernier par l’Union des forces de la résistance (UFR) contre le territoire tchadien à partir du Soudan, le Représentant spécial a souligné que malgré l’Accord de Doha, de nouvelles tensions se sont faits jour.  La saison des pluies, a-t-il dit, offre une occasion à ne pas rater pour que le Tchad et le Soudan réaffirment leur engagement politique, notamment en ce qui concerne la mise en place du mécanisme de vérification de la frontière. 

Concernant la République centrafricaine, a-t-il poursuivi, la situation dans le nord-est connaît une insécurité extrême depuis trois mois.  Le 6 et le 21 juin, des hommes armés ont attaqué la ville de Biro provoquant la mort de 27 personnes et incendiant 60% des maisons.  À ce jour, une bonne partie de la population n’est toujours pas revenue.  La MINURCAT est pleinement déployée dans la zone d’opérations prévue mais la gravité de la situation dépasse sa capacité.  Le 1er juillet, le Gouvernement centrafricain a envoyé une équipe de médiation qui a connu un certain succès.  La région de Vakaya est toujours dans une situation précaire, a ajouté le Représentant spécial.

La Mission travaille avec le Gouvernement centrafricain et l’équipe de pays des Nations Unies à Bangui pour créer un couloir humanitaire pour venir en aide aux 16 000 réfugiés qui se trouvent dans le sud du pays.  Il est impossible d’y accéder côté tchadien en raison de l’impraticabilité des routes.  La Mission a établi un dialogue avec la communauté humanitaire, sur une base hebdomadaire.  Après les tensions du mois de mai, l’espace humanitaire a été réduit, ce qui a conduit la Mission à multiplier ses escortes. 

Après avoir fait part des activités de l’unité antimines, le Représentant spécial a indiqué que le déploiement actuel de la Force militaire de la Mission est à 46% des effectifs autorisés.  La lenteur du déploiement, a-t-il prévenu, limite la capacité de la Mission à remplir son mandat d’assurer la sécurité de la communauté humanitaire, des réfugiés, des personnes déplacées et des populations vulnérables. 

La Force a lancé l’« Opération pionnier », du 13 au 17 juillet, qui a accru les patrouilles, le déploiement de troupes dans des villages éloignés et la surveillance des grands axes.  La Force a conduit avec succès des opérations de type expédition.  Le Représentant spécial a attiré l’attention du Conseil sur le sous-équipement de la Force, avant de s’attarder sur les activités du Détachement intégré de sécurité (DIS).

Le DIS a essuyé plusieurs attaques directes et subi plusieurs pertes.  La MINURCAT et le Gouvernement se sont bien entendus sur le fait que le DIS est une force de police sans mandat militaire et que son premier objectif est de protéger les personnes déplacées, les réfugiés, la communauté humanitaire et la population locale. 

L’appui logistique de la Mission au DIS reste faible.  Le DIS qui pourrait devenir une partie intégrante de la réforme du secteur de la sécurité au Tchad n’est financé que par des contributions volontaires, notamment par le truchement du Fonds d’affectation spéciale, qui s’épuisent rapidement.  Ce Fonds sera vide à la fin du mois d’octobre, a prévenu le Représentant spécial, en rappelant qu’il est alimenté d’un budget annuel de 17,3 millions de dollars.  Après avoir fait part des efforts de la Mission dans le domaine de la justice et des prisons et des droits de l’homme, le Représentant spécial s’est attardé sur les affaires politiques et civiles de la Mission. 

Il a indiqué que pendant ces derniers mois, la Mission, les autorités locales et administratives, le Gouvernement tchadien et la Commission européenne ont lancé un programme de dialogue intercommunautaire.  Ce programme a connu un certain succès comme en atteste le fait que les chefs tribaux des Massalit et des Zaghawa ont accepté de traiter des obstacles au retour des Massalit dans leur village d’origine.  Ce groupe ethnique commence à revenir à temps pour la saison des semailles, ce qui donne de l’espoir d’un règlement à long terme du conflit. 

Avant de conclure, le Représentant spécial a attiré l’attention sur le plan de travail stratégique qui insiste sur le retour des personnes déplacées.  Tous les aspects du plan exigent l’appui de la communauté internationale et la bonne coordination des autorités nationales.  La Mission poursuit ses contacts avec le Gouvernement de la République centrafricaine qui a signé, le 13 juin, l’amendement à l’Accord sur le statut de la Mission (ASM).  Les relations avec le Tchad demeurent très constructives même si les discussions sur l’ASM se poursuivent, en particulier sur la question de la taxation.

Pour maximiser les efforts et éviter les chevauchements, la Mission et l’équipe de pays des Nations Unies à N’Djamena ont aussi commencé à préparer un cadre stratégique intégré qui met en exergue les activités liées à la consolidation de la paix jusqu’en 2011.  Ce cadre sera finalisé en octobre 2009, a indiqué le Représentant spécial. 

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a estimé que la situation au Tchad reste porteuse de nombreux défis pour le Conseil de sécurité et les Nations Unies en général.  Il est important d’achever le déploiement de la MINURCAT et de s’assurer du bon fonctionnement du Détachement intégré de sécurité (DIS), a-t-il souligné.  Le représentant, tout en notant que la transition entre l’EUFOR et la MINURCAT s’est bien déroulée jusqu’à présent, a souhaité que ce processus s’accélère.  Il a appelé tous les États à soutenir ce processus.  La France maintiendra un bataillon logistique, en plus du bataillon togolais et du dispositif épervier, a-t-il indiqué.  En matière de sécurité, il s’est réjoui du bon fonctionnement de l’unité de police DIS, notamment pour les escortes.  « Nous sommes toutefois préoccupés par des problèmes disciplinaires de quelques membres du personnel du DIS », a-t-il ajouté.  Le représentant a aussi souligné l’importance d’une bonne coordination entre le DIS et la MINURCAT, rappelant que celle-ci doit lui apporter un soutien.

S’agissant de la protection de la population humanitaire, le représentant a attiré l’attention sur les tensions qui caractérisent les relations entre le Tchad et le Soudan.  Il a appelé les deux pays à mettre en œuvre leurs engagements et à éviter des provocations, en mettnt fin aux soutiens apportés aux groupes rebelles.  Il a regretté qu’au Tchad, 152 attaques aient été perpétrées contre le personnel humanitaire en cinq mois.  Des attaques ont également visé des membres du DIS, causant la mort de trois d’entre eux ces derniers mois.  Il a félicité la MINURCAT pour l’assistance qu’elle a fournie aux travailleurs humanitaires lors des attaques de juin dernier.  Le représentant a encouragé les autorités tchadiennes à poursuivre leur action afin que cessent les violations des droits de l’homme, notamment le recrutement d’enfants soldats.  Le représentant s’est réjoui de la création de la Commission électorale indépendante et de l’adoption de lois sur le statut politique.  En République centrafricaine aussi, il faut que le processus de paix se poursuive, a-t-il souligné.  Il a enfin rendu hommage au Représentant spécial du Secrétaire général, M. Victor Angelo, et salué le plan de travail stratégique proposé.

M. JORGE URBINA (Costa Rica) a salué l’élaboration du plan de travail stratégique.  Il a estimé que les critères sont un ajout utile, de même que la description des activités prévues.  Il s’est particulièrement félicité du critère lié à la paix et à la sécurité dans la sous-région.  En effet, le retour volontaire des réfugiés et des personnes déplacées ne peut se faire que si l’on s’attaque aux causes des conflits dans l’ensemble de la sous-région.  Le représentant a jugé nécessaire que le Gouvernement tchadien mette en œuvre l’Accord de Tripoli, conclu il y a quelques jours, en jugeant que toute l’opposition doit être incluse dans ces efforts.  Il a pris note des progrès réalisés pour la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007 entre le Gouvernement tchadien et l’opposition politique et pour les préparatifs des élections.  Le représentant a exhorté le Gouvernement tchadien à explorer toutes les possibilités de réconciliation dont la mission de bons offices du Secrétaire général.  Il a appelé les pays qui ont une influence sur les parties à oeuvrer en ce sens.  Il a aussi appelé le Tchad et le Soudan à renoncer aux « provocations habituelles ».  Le moment est venu de cesser les attaques et le soutien aux différents groupes rebelles, et de travailler à l’amélioration des relations.  Le représentant a conclu en exprimant sa préoccupation face à la situation humanitaire.  Il s’est également dit préoccupé par l’insécurité en République centrafricaine.  

M. ANTOINE SOMDAH (Burkina Faso) s’est dit préoccupé par la situation sécuritaire au Tchad et condamné l’attaque du 4 mai 2009, à la suite d’une incursion rebelle dans l’est du Tchad.  Il a renouvelé son appel aux parties concernées d’honorer leurs engagements.  Le représentant s’est félicité de ce que le Gouvernement tchadien ait pu assurer, avec l’aide de la MINURCAT, le déploiement effectif du Détachement intégré de sécurité (DIS).  Il s’est dit encouragé par la signature il y a quelques jours, à Tripoli, d’un accord entre le gouvernement tchadien et le mouvement national, qui prévoit la réinsertion des mouvements rebelles.  « Nous sommes aussi encouragés par les projets de lois concernant le statut de l’opposition et les élections nationales, avec la création de la Commission électorale nationale indépendante.  Les parties doivent maintenir le dialogue pour résoudre toute question de désaccord, a-t-il souhaité.  Le représentant s’est inquiété des attaques de groupes armés qui limitent l’acheminement de l’assistance humanitaire.  Le représentant a appelé les parties à respecter leur Accord de décembre 2006, afin de permettre au processus politique d’avancer en vue des élections à venir.  Il a estimé que la situation au Tchad exige une collaboration effective dans la région.  Il a appelé à respecter en particulier les Accords de Doha et de Dakar.  La communauté internationale doit tout mettre ne œuvre pour le déploiement de la composante militaire de la MINURCAT et pour son fonctionnement, a-t-il aussi souligné.  La communauté internationale et le Conseil de sécurité doivent rester mobilisés pour apporter un soutien suffisant aux efforts du Tchad et de la République centrafricaine, a estimé le représentant avant de conclure.

M. KONSTANTIN K. DOLGOV (Fédération de Russie) a regretté la détérioration de la situation en matière de sécurité à la fois au Tchad et en République centrafricaine.  Il a dit partager l’avis du Secrétaire général quant à la responsabilité du Gouvernement tchadien de stabiliser la situation dans l’est du pays.  Cette stabilisation est impossible sans une amélioration des relations avec le Soudan, a souligné le représentant en faisant part de son inquiétude face aux incursions tchadiennes dans le territoire soudanais.  Le représentant a appelé les deux pays à faire preuve de retenue et à tirer parti des mécanismes existants pour améliorer leurs relations.  Le représentant a salué le déploiement du Détachement intégré de sécurité (DIS) qui exige, a-t-il estimé, une bonne coopération avec la composante police de la MINURCAT.  Il a, à son tour, regretté que la Mission soit sous-équipée.

M. YUKIO TAKASU (Japon), préoccupé par la situation qui prévaut au Tchad et en République centrafricaine, a appelé à utiliser le processus politique pour résoudre les problèmes constatés.  La signature, il y a quelques jours, d’un accord de paix à Tripoli, conclu il y a quelques jours, entre le Gouvernement et tous les mouvements rebelles et la préparation des élections en cours sont encourageantes, a-t-il estimé.  Le Gouvernement de la République centrafricaine est aussi en train de créer le cadre nécessaire à la tenue des élections, a-t-il noté.  Le représentant a cependant regretté que les problèmes de sécurité affectent la situation humanitaire dans les deux pays.  Les personnes déplacées souffrent du manque d’accès de l’aide et il faut que toute la communauté se mobilise pour renforcer cette aide, a-t-il insisté.  À cet égard, le représentant du Japon a annoncé que son pays va verser 10 millions de dollars supplémentaires au titre de l’aide, par le biais des Nations Unies.  Il a ensuite demandé l’arrêt immédiat des hostilités et de la reprise du processus de paix de Dakar.  La MINURCAT a un rôle stabilisateur essentiel dans la région, a-t-il souligné, tout en notant qu’elle ne dispose pas encore des effectifs nécessaires.  Des mesures doivent être prises pour que la transition se fasse sans heurt, a-t-il préconisé.  Avant de conclure, le délégué a appelé à appuyer le Détachement intégré de sécurité (DIS) pour renforcer la sécurité, en coopération avec la MINURCAT.  Il a aussi salué les efforts du Gouvernement tchadien pour mieux protéger les droits de l’homme dans le pays.

M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a condamné la nouvelle escalade de violence au Tchad.  Il s’est dit préoccupé par le recrutement volontaire et involontaire dans les camps de réfugiés.  Un règlement politique à la crise reste la seule solution viable, a-t-il souligné.  Le représentant s’est donc félicité des progrès notables dans la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007.  Il a appelé à des efforts renouvelés pour la réintégration des groupes armés concernés dans le processus démocratique.  Il a salué, à cet égard, les efforts de la Libye.  Se déclarant également préoccupé par les tensions entre le Tchad et le Soudan qui ont un impact direct sur l’ensemble de la région, il s’est félicité de ce que la réalisation de la paix et la sécurité ait été retenue comme critère dans le plan de travail stratégique.  Le représentant a conclu en se disant inquiet de la situation humanitaire dans les camps. 

M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a remercié les Gouvernements tchadien et centrafricain de leur appui au déploiement de la MINURCAT.  Il s’est dit conscient des difficultés rencontrées dans ce processus, depuis le 15 mars et le transfert d’autorité de l’EUFOR, et souligné en particulier l’insuffisance des ressources qui freine son déploiement.  Les États-Unis continueront de participer à l’aide nécessaire pour faciliter ce déploiement, a-t-il assuré.  Il s’est ensuite félicité des activités de la police spéciale tchadienne et du Détachement intégré de sécurité (DIS) qui ont permis d’assurer la sécurité dans le pays.  Les attaques qu’il a subies montrent que le Détachement intégré de sécurité doit renforcer ses capacités à se défendre, a-t-il souligné.  Le délégué américain s’est aussi félicité des mesures prises en matière de discipline tout en indiquant attendre davantage d’informations sur cette question.  Il s’est aussi dit préoccupé par l’instabilité qui règne actuellement en République centrafricaine.  « Nous exhortons la MINURCAT à renforcer sa capacité à protéger la sécurité des civils et des acteurs de la région », a-t-il dit.  L’insécurité au Tchad et au Soudan menace la sécurité dans la région, a-t-il prévenu, tout en soulignant la nécessité de respecter l’Accord de Doha.  Les deux pays doivent cesser leurs opérations armées qui mettent en danger l’ensemble de la région, a-t-il insisté  Les acteurs au niveau régional doivent encourager les deux gouvernements à respecter les accords existants et à s’abstenir de soutenir les rebelles, a-t-il ajouté.

M. LIU ZHENMIN (Chine) s’est, à son tour, dit préoccupé par la situation en République centrafricaine et au Tchad.  Il s’est cependant félicité de l’évolution du processus de paix dans le premier pays.  Il a espéré que les élections présidentielles pourront se faire sans heurt, en appelant la communauté internationale à apporter l’aide financière et technique nécessaire.  Il a aussi appuyé la coopération entre la Mission et le Bureau de consolidation des Nations Unies en République centrafricaine.  Se félicitant également de l’évolution de la situation au Tchad, il a encouragé les parties concernées à parvenir à la réconciliation politique.  Il a dit apprécier les bons offices de la Libye avant de demander à l’Union des forces de la résistance (UFR) de rechercher une solution au différend par le dialogue politique.  Le représentant a poursuivi en espérant que le Tchad et le Soudan règleront également leurs problèmes par le dialogue.  Il a promis que la Chine continuera d’œuvrer avec la communauté internationale pour apaiser la situation dans la région.  Saluant les activités de la Mission dont l’aide au Détachement intégré de sécurité (DIS), le représentant a appelé la MINURCAT à poursuivre ses efforts pour achever le plus rapidement possible son déploiement. 

M. HOANG CHI TRUNG (Viet Nam) s’est dit préoccupé par la situation qui prévaut au Tchad, tout en se félicitant de l’adoption du cadre législatif mis en place pour la tenue des prochaines élections.  Il a appelé toutes les parties à soutenir ce processus politique et demandé au Tchad et au Soudan de faire preuve de retenue et d’appliquer les accords pertinents, notamment celui de Dakar.  Le représentant a ensuite exprimé son appui à la MINURCAT qui, malgré les contraintes budgétaires auxquelles elle est confrontée, a facilité les efforts de paix et contribué à l’amélioration de la situation humanitaire dans les deux pays.  Il a d’ailleurs appelé tous les pays à contribuer à son bon fonctionnement.  Avant de conclure, il a appuyé le plan de travail stratégique de la MINURCAT, en souhaitant que la Mission et l’Union africaine travailleront en étroite coopération.

M. FAZLI CORMAN (Turquie) a déclaré que de toute évidence, les attaques de l’opposition tchadienne et les tensions entre N’Djamena et Khartoum ont compliqué le déploiement et les activités de la MINURCAT.  Le plein déploiement du Détachement intégré de sécurité (DIS) est un grand pas en avant, a estimé le représentant en appelant la Mission à continuer de lui apporter un soutien politique et opérationnel.  Le Gouvernement tchadien doit faire plus pour soutenir le DIS car la Mission ne restera pas de manière illimitée dans le pays.  Le Gouvernement tchadien doit aussi créer un environnement politique qui permette de s’attaquer aux causes sous-jacentes du conflit à l’est du pays.  L’Accord de Tripoli, conclu il y a quelques jours, marque un pas dans la bonne direction.  Le représentant a espéré que le Gouvernement tchadien pourra créer un processus global inclusif.  La détérioration de la situation entre le Tchad et le Soudan a des conséquences délétères sur le terrain, a poursuivi le représentant en appelant les deux pays à comprendre que leur intérêt est dans la coopération et non dans la confrontation, et à tirer parti des efforts de médiation.

M. IBRAHIM O. A. DABBASHI (Jamahiriya arabe libyenne) a regretté la détérioration de la situation sur le terrain qui, a-t-il prévenu, a des répercussions à l’est du Tchad et de la République centrafricaine, en particulier pour les populations civiles.  Il s’est félicité de l’Accord du 13 août 2007 concernant les mouvements rebelles et de l’adoption du cadre législatif pour la tenue des prochaines élections.  D’autres progrès ont également été réalisés, comme le recensement et le découpage électoral qui, a-t-il dit, pourront faire avancer le processus.  La Libye estime que l’on ne peut mettre un terme aux conflits dans la région que dans le cadre d’accords globaux.  C’est pourquoi, le représentant a appelé les parties à respecter l’Accord de Syrte, conclu en 2007.  Il a appelé tous les mouvements armés à la réconciliation, rappelant l’accord signé avec trois d’entre eux à Tripoli, il y a quelques jours.

La Libye soutient aussi les efforts de paix en République centrafricaine, a poursuivi le représentant.  Il a cité les efforts de médiation mis en œuvre par son pays, qui ont conduit à un accord avec un groupe armé.  Le représentant libyen a assuré que sa délégation appuyait tous les autres efforts menés au niveau régional et appelé la communauté internationale à les renforcer.  En coopération avec le Qatar, la Libye déploie des efforts de médiation pour parvenir à la conclusion de nouveaux accords et à normaliser les relations entre les deux pays, a-t-il indiqué.  En ce qui concerne le déploiement de la MINURCAT à l’est du Tchad et à l’est de la République centrafricaine, il a souhaité que la Mission dispose de l’équipement et des ressources nécessaires pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat.  Il a aussi espéré que le DIS sera renforcé.  Le représentant a en outre souligné l’importance de la planification des activités politiques et humanitaires, tout en appelant à faire preuve de prudence en ce qui concerne les calendriers.

M. CLAUDE HELLER (Mexique) a salué les progrès réalisés par la MINURCAT dans la région.  En dépit des avancées enregistrées, il s’est dit préoccupé par la lenteur du déploiement de la composante militaire de la Mission.  Il a donc demandé au Secrétariat de tenir le Conseil informé de l’évolution des choses.  Il a poursuivi en arguant que la situation politique dans la sous-région est délicate et compliquée en raison des liens étroits qui existent entre les trois pays.  Mais cette complexité ne doit pas servir de prétexte pour l’inaction.  La paix dans la région ne peut se faire sans un dialogue politique.  De même, le représentant a jugé nécessaire d’adopter des mesures permettant d’instaurant un climat de confiance pour couper tout appui aux différents groupes de rebelles.  Il a appelé à la mise en place d’un mécanisme pour assurer le suivi des Accords de Doha et de Dakar.  À son tour, il s’est dit inquiet de la situation humanitaire et celle en matière des droits de l’homme, dont la violation des droits des enfants, en particulier au Tchad.  Il a annoncé que le Groupe de travail du Conseil sur les enfants et les conflits armés qu’il préside entend appeler les groupes rebelles à élaborer des plans précis et plaider pour la création de mécanisme d’obligation redditionnelle. 

M. DAVID QUARREY (Royaume-Uni) s’est félicité que la MINURCAT commence à agir efficacement sur le terrain.  La paix au Tchad est liée à la situation au Darfour, a-t-il souligné, avant de souhaiter la mise en place d’un processus politique entre le Tchad et le Soudan.  Il s’est aussi félicité de la mise en place d’un plan de travail stratégique en vue de répondre aux critères approuvés par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1861 (2009).  La question du recrutement des mouvements rebelles n’est pas examinée dans le rapport, a-t-il par ailleurs remarqué, avant de demander une réponse à ce problème.  Il a aussi souligné le rôle important que joue le DIS et espéré qu’il pourrait accomplir ses fonctions dans les meilleures conditions, grâce à l’appui fourni par la MINURCAT.

M. VICE SKRACIC (Croatie) s’est félicité de la mise en oeuvre de l’Accord du 13 août 2007.  Les élections prévues seront non seulement une chance de réconciliation mais elles pourraient aussi être décisives pour renforcer la stabilité politique du Tchad.  Préoccupé par la détérioration de la situation entre le Tchad et le Soudan, le représentant a appelé les gouvernements des deux pays à cesser d’appuyer les groupes rebelles et à rétablir la confiance.  Après avoir passé en revue quelques activités de la MINURCAT, il a regretté qu’elle soit sous-équipée.  Il a souhaité que les promesses de contributions faites par un certain nombre de pays soient concrétisées d’ici à la fin de l’année.

M. RUHAKANA RUGUNDA (Ouganda) s’est félicité des efforts déployés par le Gouvernement du Tchad, notamment la signature de l’Accord du 13 août 2007 avec l’opposition politique et le consensus sur les élections.  Il reste cependant encore beaucoup à faire pour consolider les acquis, a-t-il fait remarquer.  Le représentant a félicité le Gouvernement tchadien pour les mesures prises en vue de promouvoir le dialogue, tout en se disant préoccupé par la rébellion armée dans l’est du pays.  Le représentant a appelé les parties à y mettre un terme, par la voie politique.  Il a par ailleurs salué les efforts entrepris pour mettre en œuvre un processus de paix avec le Soudan.  Félicitant le personnel de la MINURCAT de ses efforts, il a émis l’espoir que la Mission pourra au plus vite atteindre sa pleine capacité.  La Mission, a-t-il ajouté, doit renforcer ses capacités pour mener à bien sa mission.

M. FERNAND POUKRE-KONO (République centrafricaine) a indiqué que la situation qui prévaut dans le nord-est de son pays demeure d’autant plus préoccupante qu’elle s’est détériorée après des efforts de dialogue.  Pour remédier aux nouveaux phénomènes dont les tensions ethniques, le Gouvernement a dû intervenir.  La médiation du Gouvernement ne s’est pas fait attendre car il a assumé la responsabilité qui lui revient.  Il s’est donc engagé dans des pourparlers avec des rebelles récalcitrants au dialogue inclusif qui ont fini par adhéré à l’Accord de Libreville, facilitant ainsi la mise en œuvre du processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR), a assuré son représentant. 

Soulignant la position géostratégique du nord-est du pays qui était vital pour un commerce actif avec Port-Soudan et le Tchad, le représentant a affirmé que cette zone est devenue dangereuse en raison des activités des groupes rebelles.  Les activités de la MINURCAT n’ont pu qu’enclencher la coopération du Gouvernement.  Aussi, ce dernier a-t-il facilité l’établissement d’un corridor humanitaire alors que la MINURCAT a pu mettre à sa disposition une aide logistique.  Le représentant a donc plaidé pour le renforcement de l’appui à la Mission tout en exprimant à nouveau sa gratitude à la France, pour l’aide logistique qu’elle apporte. 

Il a aussi voulu que la Mission, le Bureau des Nations Unies et la Commission de consolidation de la paix jouent un rôle complémentaire.  Avant de conclure, il a lancé un appel pour que la situation dans le nord-est soit sérieusement examinée sur la base d’une approche sous-régionale.  L’action des rebelles de la LRA qui ont effectué des incursions dans le sud-est du pays constitue une autre préoccupation, a souligné le représentant. 

M. AHMAD ALLAM-MI (Tchad) a fait remarquer que la mise en place de la MINURCAT se déroule de façon satisfaisante, soulignant son rôle positif pour la protection des populations vulnérables.  Il a incité la communauté internationale à combler ses besoins en hommes et en matériel, afin de lui donner les moyens d’accomplir son mandat dans des conditions optimales.  Il a par ailleurs remercié les contributeurs au fonds spécial destiné à financer le Détachement intégré de sécurité (DIS), cette unité de police communautaire « assez originale » et dont le rôle sur le terrain est d’une importance capitale.  Le financement du DIS est toutefois préoccupant, a-t-il dit, si d’ici à la fin de l’année des efforts supplémentaires ne sont pas accomplis par les anciens généreux contributeurs ou de nouveaux contributeurs.  Le Tchad, quant à lui, compte s’engager pour une prise en charge progressive du DIS à l’issue de négociations envisagées pour 2010 avec le Secrétariat général des Nations Unies, a assuré son représentant.

La volonté constante du Tchad de résoudre ses problèmes internes est illustrée par trois évènements majeurs, a indiqué M. Allam-Mi, citant ainsi la fin du recensement de la population dans la perspective de l’organisation d’élections libres et transparentes; la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante; et le retour au pays de plusieurs centaines d’éléments des groupes armés venus du Soudan, qui se sont revenus dans la légalité.  Face à l’agression soudanaise, le Tchad demeure méfiant et vigilant pour faire face à toute éventualité.  « Contrairement aux récentes allégations du Soudan, nous n’avons pas procédé à des survols de son espace aérien, ni à des frappes de groupes armés au Darfour », a-t-il assuré.  M. Allam-Mi a simplement reconnu que le Tchad avait procédé à des frappes aériennes pour détruire des forces venues du Soudan et regroupées à la frontière, du côté de Tissi en territoire tchadien.

Reprenant la parole, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MINURCAT, a d’abord commencé par montrer une série de photographies sur les activités de la Mission.  Il a ensuite souligné l’importance du règlement des conflits communautaires qui sont souvent à l’origine des rébellions et qui, lorsqu’ils sont réglés, peuvent faciliter le retour des personnes déplacées et des réfugiés.  Le Représentant spécial a aussi annoncé la tenue prochaine d’une réunion à Khartoum, la capitale du Soudan, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Dakar.  Il a souligné que des discussions auront lieu sur le mécanisme de surveillance de la frontière.  S’agissant du Détachement intégré de sécurité, il a affirmé que la Mission avait expulsé du Détachement toutes les personnes qui ont été jugées coupables de manquement à la discipline.  Plaidant une nouvelle fois pour l’équipement de la Mission, il a souligné que pleinement déployée, elle pourra faire la différence dans l’est du Tchad. 

Revenant à la situation en République centrafricaine, le Représentant spécial a indiqué que certains groupes rebelles avaient sollicité un soutien auprès des mêmes tribus au Darfour, ce qui est extrêmement préoccupant.  Enfin, sur le plan de travail stratégique, il a promis de faire figurer les chiffres du recrutement dans les camps, dans le prochain rapport.  « Nous présenterons non seulement une analyse mais également des mesures concrètes que nous prenons ou allons prendre », a-t-il insisté.

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