Conseil de sécurité: malgré des avancées considérables vers la paix et la stabilité, l’Afrique de l’Ouest demeure vulnérable à de nouvelles menaces, déclare M. Saïd Djinnit

7 Juillet 2009
CS/9699

Conseil de sécurité: malgré des avancées considérables vers la paix et la stabilité, l’Afrique de l’Ouest demeure vulnérable à de nouvelles menaces, déclare M. Saïd Djinnit

07/07/2009
Conseil de sécurité
CS/9699
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Conseil de sécurité

6157e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: MALGRÉ DES AVANCÉES CONSIDÉRABLES VERS LA PAIX ET LA STABILITÉ, L’AFRIQUE DE L’OUEST DEMEURE VULNÉRABLE À DE NOUVELLES MENACES, DÉCLARE M. SAÏD DJINNIT


Le Représentant spécial pour l’Afrique de l’Ouest et le Directeur exécutif de l’ONUDC identifient le trafic illicite de stupéfiants comme l’une des menaces les plus graves


« Laboratoire pour la paix et la sécurité », l’Afrique de l’Ouest a su tirer les leçons d’un passé douloureux et affirmer sa détermination face à l’instabilité politique et aux conflits armés, a déclaré ce matin le Représentant spécial du Secrétaire général pour la sous-région.  Les progrès significatifs enregistrés ces dernières années, a-t-il cependant prévenu, demeurent « extrêmement fragiles », en raison de la persistance des causes profondes des conflits et de l’apparition de nouvelles menaces, comme le trafic illicite de stupéfiants.


Venu présenter le rapport semestriel du Secrétaire général sur les activités du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, qu’il dirige, M. Saïd Djinnit a fait état d’avancées notables dans les domaines du relèvement postconflit, de la consolidation de la paix, de la gouvernance et de l’état de droit.  Grâce à ces efforts, il n’existe actuellement aucun conflit armé en Afrique de l’Ouest et l’impact de la violence armée contre les institutions de l’État et les sociétés, qu’illustre, par exemple, le nombre de réfugiés et de personnes déplacées, a considérablement diminué.


Ces gains, a fait remarquer M. Djinnit, pourraient être compromis par la persistance des causes profondes des conflits et l’émergence de nouvelles menaces, comme les activités terroristes menées dans la bande du Sahel, la piraterie dans le golfe de Guinée, ainsi que le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée, d’autant qu’elles se posent dans un contexte social et économique précaire.


M. Djinnit a attiré l’attention sur trois défis spécifiques auxquels est confrontée l’Afrique de l’Ouest: la résurgence des changements anticonstitutionnels de gouvernement dans certains pays; la question « brûlante » de la réforme du secteur de la sécurité; et l’expansion du trafic illicite de stupéfiants dans la sous-région.


S’agissant du premier, il a rappelé qu’« à l’exception notable de Madagascar, tous les coups d’État qui se sont produits récemment ont eu lieu en Afrique de l’Ouest ».  Au cours de la période à l’examen, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest a poursuivi son action en vue de créer les conditions favorables à la tenue d’élections en Mauritanie, en Guinée ou au Togo.


Concernant la réforme du secteur de la sécurité, le Représentant spécial a expliqué que le Bureau des Nations Unies avait entamé un processus destiné à clarifier le rôle de ce secteur et à renforcer sa capacité dans le cadre des scrutins qui doivent se tenir dans la sous-région.


Invité lui aussi à s’exprimer devant le Conseil de sécurité, le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a déclaré que « les récents coups d’État ou tentatives de coups d’État démontrent qu’il est important de superviser les forces armées et de restaurer l’ordre constitutionnel ».


Soulignant la nécessité d’aider les pays d’Afrique de l’Ouest à surveiller leurs frontières, M. Antonio Maria Costa a invité les États Membres à équiper les pays concernés de vedettes de patrouille, d’hélicoptères et de radars indispensables pour lutter contre la criminalité organisée.


Abordant enfin la question du trafic de stupéfiants, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest a rappelé que la sous-région a émergé, au cours de ces dernières années, comme une importante plate-forme, en particulier pour la cocaïne en provenance d’Amérique latine et à destination de l’Europe.  Le Directeur exécutif de l’ONUDC a indiqué que 20 tonnes de cocaïne, dont la valeur à destination est estimée à un milliard de dollars, transitent chaque année par cette région.


Même si le volume semble diminuer depuis deux ans, M. Costa a prévenu que rien ne garantit que cette tendance soit maintenue.  « Les troubles récents en Guinée-Bissau et en Guinée démontrent l’intérêt de groupes puissants.  « Tant que nous ne ferons pas face aux causes sous-jacentes de cette vulnérabilité, les pays de la région continueront d’attirer ceux qui agissent en marge de la loi et abusent de l’autorité à des fins personnelles. »


Le Directeur exécutif, qui s’est dit très préoccupé par le fait que le trafic de stupéfiants tend à se déplacer vers le Sahel et l’Afrique du Nord, ainsi que sur la côte ouest, a attiré l’attention sur les conclusions du rapport, publié aujourd’hui même par l’ONUDC, selon lesquelles l’Afrique de l’Ouest est également devenue une plaque tournante du trafic de cigarettes, d’armes, de personnes, de faux médicaments, de déchets toxiques, de pétrole et autres ressources naturelles.  Près de 80% des cigarettes en Afrique de l’Ouest et du Nord proviennent de sources illicites et 50% des médicaments utilisés en Afrique de l’Ouest sont des faux, a précisé M. Costa.


Demain, a annoncé M. Djinnit, le Département des affaires politiques, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, l’ONUDC et le Département des opérations de maintien de la paix lanceront conjointement l’« Initiative en faveur de la Côte d’Afrique de l’Ouest », qui vise à renforcer la capacité de police et d’application des lois dans quatre pays pilotes, à savoir la Côte d’Ivoire, le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau.


Enfin, en coopération avec INTERPOL, les Nations Unies appuieront également le Plan d’action de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) contre la drogue et le crime, dont la mise en œuvre doit être suivie par le Conseil de sécurité.



CONSOLIDATION DE LA PAIX EN AFRIQUE DE L’OUEST


Déclarations


M. SAÏD DJINNIT, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest, a déclaré que la recherche d’une solution aux problèmes de l’Afrique de l’Ouest ne pouvait être dissociée des efforts de paix globaux déployés en Afrique.  Les conflits en Afrique tendent à montrer que, depuis le début des années 90, l’Afrique de l’Ouest est un laboratoire pour la paix et la sécurité.  D’un côté, la sous-région a été confrontée à de violents conflits, avec des conséquences terribles sur le développement, la stabilité et la sécurité.  De l’autre, elle a su tirer les leçons de ces expériences douloureuses et a émergé comme l’une des sous-régions les plus déterminées à répondre à l’instabilité politique et aux conflits armés.  Le rapport du Secrétaire général dont est saisi aujourd’hui le Conseil de sécurité présente la situation en Afrique de l’Ouest au cours des six derniers mois, ainsi que les efforts déployés par le Bureau des Nations Unies dans la sous-région pour appuyer les initiatives visant à relever les défis posés à la paix et à la stabilité dans la sous-région, a précisé M. Djinnit.  Il souligne les progrès réalisés, en particulier dans le relèvement postconflit, la consolidation de la paix et la gouvernance et l’état de droit.


Il n’y a actuellement aucun conflit armé en cours en Afrique de l’Ouest, s’est félicité le Représentant spécial.  L’impact des violences armées sur les institutions de l’état et les sociétés, qu’il était possible de mesurer à l’aune du nombre de réfugiés et de personnes déplacées, a considérablement diminué.  Les opérations de maintien de la paix en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Sierra Leone évoluent rapidement, passant à la phase de relèvement postconflit et de consolidation de la paix, a fait observer M. Djinnit.  En Guinée-Bissau, a-t-il ajouté, le premier tour d’élections présidentielles justes, transparentes et équitables, vient de s’achever, au moment où le Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans ce pays (BANUGBIS) s’apprête à devenir un Bureau intégré afin d’assurer une meilleure coordination entre les parties prenantes nationales.


Mais le Représentant spécial a prévenu que les progrès significatifs enregistrés par l’Afrique de l’Ouest demeurent « extrêmement fragiles », dans la mesure où les causes profondes des conflits persistent, comme l’attestent les reculs enregistrés sur le plan démocratique par la Mauritanie ou la poursuite de la crise au Niger.  En outre, de nouvelles menaces apparaissent, comme les activités terroristes dans la bande du Sahel, la piraterie dans le golfe de Guinée, le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée, qui compromettent les efforts de paix dans la sous-région et sont susceptibles d’avoir un impact sur la sécurité internationale.  M. Djinnit n’a pas manqué de rappeler que ces problèmes se posent dans un contexte social et économique précaire, sous l’influence combinée de facteurs aussi divers que la rapide croissance démographique, le déclin de la croissance économique, l’urbanisation galopante, le chômage des jeunes, les changements climatiques et l’insécurité alimentaire.


Le Représentant spécial a identifié les trois défis les plus graves auxquels fait désormais face l’Afrique de l’Ouest.  Il a tout d’abord cité la résurgence des changements anticonstitutionnels de gouvernement dans certains pays de la sous-région: à l’exception notable de Madagascar, tous les coups d’État récemment perpétrés en Afrique l’ont été en Afrique de l’Ouest.  En Mauritanie, le BANUGBIS a dépêché une équipe de facilitation composée de représentants du Sénégal, de l’Union africaine (UA) et des Nations Unies, dont les efforts ont abouti à la signature, début juin, de l’Accord de Dakar entre les principales forces politiques du pays, ouvrant ainsi la voie au retour de l’ordre constitutionnel et aux élections présidentielles prévues le 18 juillet 2009.  En Guinée, les efforts se poursuivent dans le cadre du Groupe de contact international, dont la prochaine réunion est prévue les 16 et 17 juillet prochain à Conakry.  Au Togo, en coopération avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le BANUGBIS a encouragé les parties prenantes à créer les conditions propices à l’organisation d’une élection présidentielle pacifique et démocratique en 2010.


Soulevant la question « brûlante » de la réforme du secteur de la sécurité, le Représentant spécial a rappelé que le BANUGBIS avait entamé un processus destiné à clarifier le rôle de ce secteur et à renforcer sa capacité dans le cadre des scrutins qui doivent se tenir en Afrique de l’Ouest.  M. Djinnit a ensuite abordé un autre problème, celui du trafic de stupéfiants, la sous-région ayant émergé comme une plate-forme importante, en particulier pour la cocaïne en provenance d’Amérique latine et à destination de l’Europe.  Les efforts déployés par les États ouest-africains méritent d’être appuyés inconditionnellement, de même que ceux de l’ONUDC.  Demain, a précisé le Représentant spécial, le Département des affaires politiques, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, l’ONUDC et le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) lanceront conjointement l’« Initiative en faveur de la Côte d’Afrique de l’Ouest », qui vise à renforcer la capacité de police et d’application des lois dans quatre pays pilotes, à savoir la Côte d’Ivoire, le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau.


Pour M. Djinnit, une action pour répondre aux défis transfrontières et régionaux posés à la paix et à la sécurité devrait s’inscrire dans le contexte plus large d’une stratégie globale de prévention et de règlement des conflits.  Au cours des six mois à venir, a-t-il annoncé, le Bureau continuera de piloter l’action fondée sur la synergie qu’il préconise et d’œuvrer avec les organismes des Nations Unies, ainsi que d’autres acteurs, dont la société civile, pour appuyer davantage la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union du fleuve Mano dans les domaines de la bonne gouvernance, de la sécurité humaine, de l’égalité des sexes et de l’état de droit.  Il continuera également de jouer un rôle majeur dans l’action concertée qui est menée pour s’attaquer au fléau que constituent le trafic de drogues et la criminalité organisée.  Enfin, en tant que Président de la Commission mixte Cameroun-Nigéria et du Comité de suivi de l’Accord de Greentree, le Représentant spécial a indiqué qu’il continuerait de promouvoir le règlement pacifique et sans heurt du différend frontalier entre les deux pays.


M. ANTONIO MARIA COSTA, Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), s’est inquiété de la situation du trafic de stupéfiants en Afrique de l’Ouest, faisant remarquer que 20 tonnes de cocaïne transitent chaque année par cette région et dont la valeur à destination est estimée à un milliard de dollars.  Même si le volume semble diminuer depuis deux ans, a-t-il dit, rien ne garantit que cette tendance à la baisse se poursuivra.  Les troubles récents en Guinée-Bissau et en Guinée (Conakry) montrent qu’il y a des forces puissantes qui s’intéressent aux activités illicites.  « Tant que nous ne ferons pas face aux sources de la vulnérabilité, cette région continuera d’attirer ceux qui agissent en marge de la loi et abusent de l’autorité à des fins personnelles. 


Le Directeur exécutif a prévenu contre d’autres risques, citant tout d’abord le déplacement du trafic de stupéfiants vers le Sahel et l’Afrique du Nord.  Faisant remarquer que le trafic ne se limite pas à la drogue, il a aussi attiré l’attention sur les conclusions du rapport que publie aujourd’hui l’ONUDC et qui montre que l’Afrique de l’Ouest est une plaque tournante du trafic de cigarettes, d’armes, de personnes, de faux médicaments, de déchets toxiques, de pétrole et d’autres ressources naturelles.  Il a ajouté que la criminalité organisée était un obstacle aux efforts en matière d’état de droit, de gouvernance, de protection de l’environnement, de droits de l’homme et de santé, et qu’elle exposait l’Afrique de l’Ouest à l’instabilité politique, l’empêchant ainsi de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).   


Il a précisé que l’ONUDC s’était associé avec le Département des affaires politiques (DPA), le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et INTERPOL afin d’appuyer le Plan d’action de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) contre la drogue et le crime dont la mise en œuvre doit être suivie par le Conseil de sécurité. 


Il faut faire plus à l’échelle de la région pour soutenir le processus de réforme du secteur de la sécurité.  Trop souvent, a-t-il regretté, l’État abuse de son monopole de l’utilisation de la force pour la protection et l’enrichissement de quelques-uns.  Les récents coups d’État ou tentatives de coups démontrent la nécessité d’une supervision civile des forces armées, et la restauration de l’ordre constitutionnel, à l’instar de ce qui vient de se passer en Mauritanie. 


M. Costa a mis l’accent sur la nécessité d’aider les pays de l’Afrique de l’Ouest à surveiller leurs frontières, en invitant les États Membres, au niveau bilatéral ou multilatéral, à fournir des équipements comme des bateaux de patrouille, des hélicoptères et des radars indispensables pour lutter contre la criminalité organisée.   


L’objectif final est le renforcement de l’état de droit en Afrique de l’Ouest.  Ceci est vital, a-t-il insisté, pour réduire la vulnérabilité à la criminalité organisée et à la corruption qui la facilite.  Il a souligné la nécessité de replacer la situation de l’Afrique de l’Ouest dans une perspective mondiale, en rappelant que la plupart des activités illicites ne font que transiter par cette région, qu’elles ne proviennent pas de cette région et qu’elles se dirigent vers le Nord. 


Le Directeur exécutif a souligné que les pays riches, notamment européens, devraient assumer leur part de responsabilité, en limitant leur appétit pour les stupéfiants, le travail à bon marché et les biens exotiques qui transitent par l’Afrique de l’Ouest.  Il a souhaité que l’on cesse d’utiliser cette région comme un point de transit pour faire écouler les armes, les déchets toxiques et les faux médicaments.  Les entreprises privées impliquées dans ces trafics, a-t-il insisté, doivent être nommées, dénoncées et interdites si elles contreviennent aux normes internationales de bonne conduite.  Il a indiqué que 80% des cigarettes en Afrique de l’Ouest et du Nord provenaient de sources illicites et que 50% des médicaments utilisés en Afrique de l’Ouest étaient des faux.


En outre, il a dit que l’expérience montrait que des actions communes pouvaient faire reculer la criminalité.  À cet égard, il a cité le Processus de Kimberley relatif aux « diamants du sang », la Convention de Bamako sur l’interdiction d’importer en Afrique des déchets dangereuxet sur le contrôle des mouvements transfrontières et la gestion des déchets dangereux produits en Afrique, et maintenant le Processus de Praia contre le trafic de stupéfiants.  « Unissons-nous, a-t-il conclu, pour lutter contre toutes les formes de trafic qui causent des préjudices graves en Afrique de l’Ouest ». 


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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