M. B. Lynn Pascoe souligne devant le Conseil de sécurité les difficultés de la République centrafricaine pour mener à bien le processus de consolidation de la paix

22 juin 2009
CS/9688

M. B. Lynn Pascoe souligne devant le Conseil de sécurité les difficultés de la République centrafricaine pour mener à bien le processus de consolidation de la paix

22/06/2009
Conseil de sécurité
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Conseil de sécurité

6147e séance – matin

M. B. LYNN PASCOE SOULIGNE DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ LES DIFFICULTÉS DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

POUR MENER À BIEN LE PROCESSUS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX

Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. B. Lynn Pascoe, a présenté, ce matin, au Conseil de sécurité le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine, soulignant à la fois la « fragilité » du pays et les efforts importants entrepris pour consolider le processus de paix.

Comme le Président de la formation République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Jan Grauls (Belgique), il a insisté sur les deux défis que constituent les préparatifs des élections prévues en 2010 et la mise en œuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration des anciens combattants (DDR).  Le représentant de la République centrafricaine a estimé, de son côté, que 2009 était une « année charnière » pour son pays.

M. Pascoe a souligné que des événements importants s’étaient déroulés en République centrafricaine au cours des six derniers mois, citant en particulier les efforts qui visaient à mettre en œuvre les résultats du dialogue politique inclusif. 

La période postdialogue a été « caractérisée par deux tendances, parfois apparemment contradictoires », a-t-il dit, faisant état, d’une part, des « efforts importants » entrepris pour appliquer les recommandations du dialogue dans une perspective de « consolidation de l’élan en faveur de la paix dans le pays » et, d’autre part, la « résurgence de la rébellion dans le nord du pays », laquelle contredit « l’esprit de réconciliation que le dialogue cherchait à créer ».  À ces deux éléments s’ajoute, a affirmé M. Pascoe, une « fragilité croissante du processus de paix en République centrafricaine et du pays lui-même ».

M. Pascoe, de retour d’une visite dans le pays, a dit avoir observé de ses propres yeux « l’impact d’années d’instabilité et d’insécurité dans le pays ».  « J’ai entendu, a-t-il cependant ajouté, les mots qui montrent que le Gouvernement et le peuple centrafricains ont confiance dans ce qui est entrepris par les Nations Unies ».  Le Gouvernement et le peuple centrafricains considèrent l’ONU comme un « partenaire fiable pour réaliser leurs aspirations dans un avenir meilleur ».  « Les problèmes sont énormes », a-t-il dit, tout en se déclarant convaincu que l’ONU peut les aider à trouver une solution.

Le Secrétaire général adjoint a, en particulier, indiqué que le Conseil de sécurité se réunissait aujourd’hui au moment où l’Assemblée nationale de la République centrafricaine tenait une session extraordinaire dans le but d’adopter un nouveau code électoral pour les élections législatives et présidentielles de 2010.  « Le Secrétaire général a appelé les autorités de la République centrafricaine à faire en sorte que les élections se tiennent comme prévu » afin d’éviter une vacance du pouvoir qui « compliquerait davantage un environnement politique déjà fragile » et faciliterait un regain de violence, a déclaré M. Pascoe.

Le Secrétaire général adjoint s’est en outre attardé sur l’autre défi important que constitue pour la République centrafricaine le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants qui ont accepté de mettre un terme à la rébellion et de se joindre au processus de paix. 

M. Pascoe a indiqué qu’au cours de son entretien avec le Président centrafricain, M. François Bozizé, celui-ci avait réaffirmé sa « détermination à prendre personnellement le contrôle du processus de DDR » et à permettre l’assistance financière de 8 milliards de francs CFA (environ 16 millions de dollars) promis par la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).  Le Secrétaire général a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle fournisse une aide supplémentaire pour assurer le succès du programme estimé à 30 millions de dollars, et sur lequel dépendent les impératifs de sécurité et la tenue d’élections pacifiques, a ajouté M. Pascoe.

Dans son rapport, le Secrétaire général recommande au Conseil de sécurité d’approuver la structure et le mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), tels qu’il les a décrits et ce, pour une période initiale d’un an. 

La création imminente du BINUCA, qui succèderait à l’actuel Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix (BONUCA), « contribuera à renforcer la coordination et à assurer une plus grande cohérence du cadre d’action en vue d’optimiser l’assistance apportée par le système des Nations Unies et de contribuer de façon encore plus productive à la stabilisation du pays », écrit ainsi le Secrétaire général.

Le Secrétaire général propose que le BINUCA devienne « pleinement opérationnel d’ici au 1er janvier 2010 », a précisé M. Pascoe.  « Nous utiliserons l’intervalle pour finaliser le recrutement de personnel, régler les problèmes logistiques et accomplir d’autres tâches préparatoires afin que le nouveau bureau puisse démarrer en douceur » à la date prévue, a-t-il déclaré.

Le Président de la formation République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix a rappelé pour sa part que la Commission de consolidation de la paix avait adopté, le 6 mai dernier, son Cadre stratégique.  Ce Cadre stratégique, a-t-il précisé, « constitue en quelque sorte la feuille de route pour la réalisation des objectifs de la Commission ». 

M. Grauls, qui a effectué une mission à Bangui du 21 au 23 mai pour présenter ce Cadre stratégique à tous les acteurs de la société centrafricaine, a défini les trois priorités urgentes de la Commission, à savoir la réforme du secteur de sécurité et le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration des anciens combattants; la bonne gouvernance et l’état de droit; et la mise en place de pôles de développement, structures embryonnaires destinées à rétablir un début de développement social et économique à travers le pays. 

La Commission de la consolidation de la paix a concentré son attention sur « deux dossiers cruciaux pour la stabilité et la paix en République centrafricaine », a-t-il précisé, citant « l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme DDR bien intégré dans un programme de réforme du secteur de sécurité et la préparation des élections de 2010 ».

S’agissant de l’élaboration du programme DDR qui, selon lui, « progresse », M. Grauls a souligné l’importance du « retour des groupes rebelles récalcitrants au processus de paix ».  « Le financement des premières phases du DDR semble assuré », a-t-il ajouté, imputant notamment ce résultat aux contributions du Fonds pour la consolidation de la paix et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ainsi qu’à l’accord du Président centrafricain François Bozizé d’affecter au DDR l’intégralité des fonds promis par la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC), en conformité avec le communiqué des chefs d’État du 30 janvier à Libreville (Gabon).  « Pour permettre le lancement prochain du programme de DDR, il importe maintenant que le Comité de pilotage procède rapidement à la validation des listes de combattants des mouvements politiques et militaires reconnus qui lui ont été soumises », a-t-il affirmé. 

De même, « pour que le processus électoral puisse se dérouler dans de bonnes conditions, il devra bénéficier de l’assistance de la communauté internationale », a-t-il poursuivi.  Ainsi, il est urgent à ses yeux que les autorités centrafricaines mettent en place la Commission électorale mixte indépendante (CEMI), « seule instance nationale habilitée par la Constitution à se charger des préparatifs électoraux », a-t-il précisé.

M. Grauls a par ailleurs indiqué qu’une première évaluation de la mise en œuvre du cadre stratégique serait réalisée dans six mois.  « Pour consolider la paix et la stabilité dans leur pays, les Centrafricains ont besoin de l’appui de la communauté internationale », a-t-il déclaré.  Il a dit avoir constaté auprès de différents gouvernements et organisations un « regain d’intérêt pour la République centrafricaine, pays considéré pendant longtemps, et non sans raison, comme orphelin de l’aide internationale ».  

Le représentant de la République centrafricaine a estimé, quant à lui, que 2009 était une « année charnière » pour son pays qui doit prendre des « mesures courageuses pour la détermination de son avenir ».  Le programme DDR, l’organisation d’élections pour 2010, la mobilisation de ressources sont autant de défis pour les mois à venir, a-t-il dit.  Si une certaine lenteur est observée dans l’exécution des programmes, elle est due, a-t-il fait observer, à un manque de financement. 

Pour le représentant centrafricain, il existe sur le plan politique une « volonté réelle » d’aboutir à réconciliation, même si, a-t-il admis, « des acteurs militaires ont choisi la voie de la force ». 

Il a en outre expliqué que le programme DDR avançait « lentement mais sûrement ».  Ce programme, a-t-il expliqué, « doit s’accorder avec la réforme du secteur de la sécurité et du pôle de développement ».  Il a jugé important de faire du pôle de développement une « réalité ».  Le « souci majeur du Gouvernement centrafricain » est de « rechercher des financements » et d’« exécuter le plus rapidement possible le DDR », a-t-il poursuivi. 

Le représentant a affirmé de même que la question des élections en 2010 ne posait « aucun problème » puisque le Gouvernement centrafricain est attaché à respecter le calendrier électoral.  Il compte à cet égard, a-t-il dit, sur l’appui de l’ONU pour le mener à bien. 

Depuis l’inscription de la République centrafricaine à l’ordre du jour de la Commission de consolidation de la paix, les autorités du pays ont « pleinement collaboré » avec la Commission de consolidation de la paix, a-t-il déclaré.  Le Cadre stratégique fut, a-t-il rappelé, le résultat d’« intenses consultations entre la République centrafricaine et la communauté internationale ».  « L’appropriation nationale reste le « leitmotiv » du succès de ce Cadre stratégique », a-t-il ajouté, notant que la communauté internationale devrait « faire preuve de souplesse » en apportant son soutien sans faille aux objectifs fixés.

Par ailleurs, le Secrétaire général adjoint, le Président de la formation République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix et le représentant centrafricain ont tous trois rendu hommage à l’ancien Président du Gabon, El Hadj Omar Bongo Ondimba, décédé le 8 juin dernier, pour ses efforts inlassables en faveur de la paix en République centrafricaine.

* S/2009/309

LA SITUATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Rapport du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine et sur les activités du Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix dans ce pays ( S/2009/309 )

Le Secrétaire général rend compte des faits intervenus dans les domaines politique, socioéconomique et humanitaire et sur le plan de la sécurité et des droits de l’homme en République centrafricaine, et des activités du Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix (BONUCA) depuis son dernier rapport, en date du 26 novembre 2008.

Il constate en particulier que le processus de paix en République centrafricaine se trouve à un point critique, et estime que la communauté internationale doit plus que jamais continuer d’appuyer les efforts du pays pour assurer la poursuite du processus et éviter un retour à une situation de conflit.

Le Secrétaire général recommande au Conseil de sécurité d’approuver la structure et le mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA), tels que décrits dans son rapport, pour une période initiale d’un an.  La création imminente du BINUCA, qui succèderait à l’actuel Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix (BONUCA), contribuera à renforcer la coordination et à assurer une plus grande cohérence du cadre d’action en vue d’optimiser l’assistance apportée par le système des Nations Unies et de contribuer de façon encore plus productive à la stabilisation du pays, écrit-il.

Le principal problème, estime le Secrétaire général, demeure la nécessité de réduire l’extrême pauvreté, qui a atteint un niveau très élevé et qui touche la très grande majorité de la population alors que le pays possède de très importantes ressources naturelles.  Il insiste ainsi sur l’importance d’une approche globale de la recherche de la stabilisation, qui incorpore les facteurs sociaux et économiques, la gouvernance et les divers aspects politiques et militaires.  Il se félicite à cet égard de l’adoption, le 6 mai 2009, par la formation République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix d’un cadre stratégique.

Le Secrétaire général affirme également que la préparation et l’organisation des élections prévues pour 2010 constituent un résultat clef du dialogue politique sans exclusive.  Il est essentiel, pour assurer la transparence et l’ordre constitutionnel, de respecter le calendrier électoral, souligne-t-il, ajoutant que l’ONU sera prête, une fois que les conditions nécessaires seront en place, à étudier la possibilité de fournir une assistance technique à l’appui du processus électoral.

En outre, la mise en œuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) est essentielle, selon lui, pour assurer une paix et une sécurité durables, notamment pour progresser en matière de réforme du secteur de la sécurité et organiser des élections pacifiques.  Il est donc indispensable que le programme adopté par le Comité directeur pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration continue de disposer des ressources financières nécessaires pour éviter tout nouveau retard dans la mise en œuvre des projets.  Il lance donc un nouvel appel à la communauté internationale et au Gouvernement de la République centrafricaine afin qu’ils répondent de manière généreuse et rapide aux besoins financiers du programme.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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