LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SOULIGNE L’IMPORTANCE DES INITIATIVES DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL POUR PROMOUVOIR LA MÉDIATION ET RÉGLER PACIFIQUEMENT LES DIFFÉRENDS

21 avril 2009
CS/9640

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SOULIGNE L’IMPORTANCE DES INITIATIVES DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL POUR PROMOUVOIR LA MÉDIATION ET RÉGLER PACIFIQUEMENT LES DIFFÉRENDS

21/04/2009
Conseil de sécurité
CS/9640
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6108e séance – matin & après-midi

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SOULIGNE L’IMPORTANCE DES INITIATIVES DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL POUR PROMOUVOIR LA MÉDIATION ET RÉGLER PACIFIQUEMENT LES DIFFÉRENDS

Le Conseil de sécurité, au terme d’un débat qui a rassemblé aujourd’hui une quarantaine de pays, a souligné l’importance des initiatives prises par le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, pour « promouvoir la médiation et régler pacifiquement les différends ».

« Engagé à tous les stades du cycle des conflits », le Conseil de sécurité, dans une déclaration lue au nom de tous ses membres par son Président pour le mois d’avril, M. Claude Heller, du Mexique, exprime également son intention d’« appuyer la médiation », tout en se disant prêt à « étudier d’autres moyens » d’en renforcer la promotion « dans toute la mesure possible avant que ces différends ne donnent lieu à des actes de violence ».

Cette réunion du Conseil de sécurité intervenait sept mois après une séance de haut niveau sur le même sujet, le 23 septembre 2008, qu’avait organisée le Président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré.  Le Conseil avait alors prié le Secrétaire général de lui présenter un rapport prenant en compte l’expérience de l’ONU et d’autres acteurs clefs, et comportant des recommandations en vue du renforcement des activités de médiation de l’Organisation. 

M. Ban, dans son rapport*, présenté aujourd’hui par le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. B. Lynn Pascoe, souligne la nécessité de disposer de « médiateurs avertis et confirmés », secondés par des « équipes d’appui où les femmes sont dûment représentées » et avec des « ressources suffisantes », afin d’être « rapidement à même d’aider les parties à établir des mécanismes leur permettant de s’attaquer aux racines du conflit et d’aboutir à un accord menant à une paix durable ». 

M. Pascoe s’est félicité, dans son exposé, du soutien financier et politique des États Membres qui, a-t-il dit, a permis de renforcer le Département des affaires politiques (DPA) et d’y établir un Groupe d’appui à la médiation.   Néanmoins, a-t-il ajouté, le budget dont dispose actuellement le Département « ne peut pas permettre le déploiement constant d’équipes de prévention de crise, puisque le financement du Groupe d’appui à la médiation est essentiellement assuré par des contributions volontaires ».

À la suite du Sommet mondial de 2005, un Groupe d’appui à la médiation avait été établi au sein du Département des affaires politiques afin, notamment, de fournir un soutien opérationnel aux processus de paix.  En 2008, le Groupe a créé une équipe de réserve d’experts en médiation, susceptible d’être déployée partout dans le monde, et en quelques jours. 

Le Département a ainsi pu soutenir les efforts de médiation en cours dans plus de 20 processus de paix au cours de l’année écoulée, que ce soit en Somalie, en République centrafricaine, à Chypre, au Népal ou en Iraq, a expliqué M. Pascoe.  Le Département des affaires politiques a également appuyé ses missions au Darfour, au Kosovo et en République démocratique du Congo (RDC), ainsi que les processus de médiation engagés par des organisations régionales, comme c’est actuellement le cas au Kenya et aux Comores.

Dans sa déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité, qui salue les efforts du Département des affaires politiques pour répondre aux crises pendant ou avant qu’elles ne se déclenchent, « exhorte le Secrétariat à collaborer avec tous les partenaires pour veiller à ce que l’on puisse facilement disposer des services de spécialistes de la médiation bien formés, expérimentés et d’origines géographiques diverses, à tous les niveaux ».  Le Conseil, qui estime que la médiation « doit intervenir tant dès le début de tout conflit qu’aux différentes étapes de l’application de tous accords de paix signés », insiste sur la « nécessité de concevoir des procédures de médiation qui traitent des causes profondes des conflits et contribuent à la consolidation de la paix, en vue d’assurer une paix durable ».

De même, il « souligne que c’est aux parties à tout conflit qu’incombe au premier chef le règlement pacifique des différends » et note l’importance de « renforcer les capacités nationales et locales en matière de médiation ».  Il demande au Secrétaire général, lorsqu’il concourt à toute médiation, de « travailler en partenariat avec les États Membres, les organisations régionales et sous-régionales et autres parties prenantes, de manière coordonnée et complémentaire ».  Le Conseil, enfin, « constate avec préoccupation » le nombre peu important de femmes jouant un rôle officiel dans la médiation.  Il souligne ainsi la nécessité de veiller à ce qu’elles soient « dûment nommées au niveau de la prise de décisions, en tant que médiatrices de haut rang ou dans les équipes de médiation », conformément à ses résolutions 1325 (2000) et 1820 (2008).

Lors du débat, de nombreux pays, reprenant à leur compte les propos du Secrétaire général dans son rapport, ont estimé que la médiation constituait le moyen le moins coûteux et le plus efficace pour trouver une issue constructive aux différends.

Au nom du Mouvement des pays non alignés, Cuba a regretté qu’au cours de ces dernières années, le Conseil de sécurité se soit montré trop empressé à menacer, ou, dans certains cas, à autoriser l’emploi de la force, au lieu de privilégier les dispositions des Chapitres VI et VIII de la Charte de l’ONU pour régler pacifiquement les conflits.  La République tchèque, au nom de l’Union européenne, a défendu le rôle des organisations régionales dans les processus de médiation.  Pour l’Afrique du Sud, par exemple, l’Union africaine continue à jouer un rôle significatif et actif dans le règlement des différends à travers les processus de négociation, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, dans la limite de ses ressources et capacités.  Ce rôle, a ajouté son représentant, « est une contribution importante aux efforts déployés par l’ONU ».

Des délégations, comme celles du Brésil ou de l’Uruguay ont estimé que le Conseil de sécurité ferait un bon usage de la médiation en l’intégrant dans le mandat des opérations de maintien de la paix.

* S/2009/189

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Médiation et règlement des différends

Rapport du Secrétaire général sur le développement de la médiation et le renforcement des activités d’appui y relatives ( S/2009/189 )

Le présent rapport passe en revue les défis que doivent relever les Nations Unies et ses partenaires pour fournir un appui spécialisé à la médiation entre des parties à un conflit.  Il montre qu’il faut des médiateurs avertis et confirmés, disposant d’équipes d’appui où les femmes sont dûment représentées et de ressources suffisantes pour être rapidement à même d’aider les parties à établir des mécanismes leur permettant de s’attaquer aux racines du conflit et d’aboutir à un accord menant à une paix durable.  Il souligne qu’il importe de créer des moyens locaux, nationaux et régionaux de médiation et instaurer des partenariats cohérents entre l’ONU, les organisations régionales et sous-régionales, les États et les organisations non gouvernementales.  Le rapport souligne aussi que la médiation est un moyen efficace et peu coûteux de trouver une issue constructive aux différends.

La capacité de l’ONU en matière de médiation a été fortement entravée par le manque flagrant de ressources humaines et financières consacrées exclusivement à cette tâche, l’insuffisance des ressources consacrées aux missions des fonctionnaires des divisions régionales du Département des affaires politiques sur le terrain, et le peu d’attention accordé à ces questions en comparaison de l’action menée en matière de maintien de la paix et d’aide humanitaire.

Dans le passé, des médiateurs sans formation spécialisée ont trop souvent été dépêchés en mission sans même disposer des informations requises, donnant ainsi à l’action de l’Organisation un caractère aléatoire et empirique, indique le rapport.  L’ONU a toujours disposé de trop peu de médiateurs expérimentés et une grande partie des quelques spécialistes qui obtenaient de bons résultats ont pris leur retraite ou ont quitté l’Organisation.  Les initiatives visant à trouver au sein de l’Organisation ou à l’extérieur des personnes qui pourraient être formées pour jouer ce rôle n’en sont qu’à leurs balbutiements.  Cependant, les décisions prises récemment par l’Assemblée générale -renforcer la capacité du Département des affaires politiques en augmentant ses effectifs et créer le Groupe d’appui à la médiation- ouvrent de nouvelles perspectives à cet égard.

Le renforcement du Département des affaires politiques donne ainsi à l’ONU une possibilité modeste mais non négligeable de fournir rapidement un appui à cet égard.  M. Ban Ki-moon propose aussi d’améliorer la qualité de l’appui opérationnel fourni aux médiateurs: il importe que les médiateurs puissent consulter des experts pour la mise en route et la gestion des processus de médiation, de facilitation et de concertation nationale et pour des questions aussi diverses que les mesures de sécurité, l’élaboration de la constitution, les élections, le partage du pouvoir, l’état de droit, les droits de l’homme, les réfugiés et les personnes déplacées, l’égalité des sexes, la protection de l’enfance, la justice transitionnelle et le partage des richesses.

Le Secrétaire général propose aussi de bénéficier de mécanismes de financement souples et de disposer d’un appui administratif et logistique souple.  Il indique avoir demandé au Département des affaires politiques d’élaborer un programme pluriannuel visant à fournir un appui opérationnel aux initiatives de médiation, de facilitation et de concertation, auquel seront associés les départements et les organismes concernés.

Insistant à nouveau sur la nécessité de former la prochaine génération de médiateurs, le Secrétaire général préconise aussi de tirer parti des premières avancées du Groupe d’appui à la médiation.  Ce Groupe a déployé des experts pour aider des équipes sur le terrain, fourni un appui analytique et financé, modestement mais en souplesse, des consultations menées discrètement avec les parties.  Pour continuer de se développer, le Groupe d’appui doit préparer une liste fiable de médiateurs de différents niveaux, examiner plus systématiquement les enseignements tirés de l’expérience et élaborer des textes directifs.  Le Secrétaire général compte sur les États Membres pour soutenir les efforts du Groupe en ce sens, dans le cadre du budget ordinaire et par des contributions volontaires.  M. Ban Ki-moon recommande enfin de promouvoir l’égalité des sexes et de renforcer les compétences en la matière aux postes de haut niveau, de renforcer les partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales et les autres agents de la médiation, de promouvoir les capacités nationales et locales de prévention et de règlement des conflits.

La lutte pour des ressources rares est un puissant moteur de conflit, surtout lorsqu’elle s’ajoute à une animosité entre groupes, prévient le Secrétaire général.  Il indique que le ralentissement économique, les changements climatiques et la raréfaction croissante des ressources (terres arables, eau et combustibles fossiles) font que les conflits entre les États ou à l’intérieur même de ceux-ci risquent de devenir de plus en plus courants.  Pour relever ce défi, l’Organisation des Nations Unies et ses partenaires devront mobiliser l’ensemble de leur savoir-faire, de leurs compétences, de leur sagesse et de leurs ressources.  « Puisque l’une des méthodes les plus prometteuses de règlement pacifique des différends est la médiation d’une tierce partie qualifiée, nous, les Nations Unies, sommes redevables envers nos peuples de la qualité des efforts que nous faisons pour régler les différends de manière constructive et non destructive et préserver les générations futures du fléau de la guerre », précise le Secrétaire général en conclusion.

Exposé

M. B. LYNN PASCOE, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a présenté le rapport que le Conseil de sécurité avait demandé au Secrétaire général dans sa déclaration présidentielle adoptée lors du dernier débat sur la question des médiations, en septembre 2008.  Ce document, qui a été établi à l’issue d’un large processus consultatif, offre l’opportunité de prendre appui sur les efforts en cours au sein du Secrétariat sous la direction du Département des affaires politiques pour promouvoir et professionnaliser les capacités de médiation des Nations Unies.  M. Ban Ki-moon y appelle à un recours plus systématique à la diplomatie préventive.  Il y souligne également que la médiation doit constituer une partie centrale des activités de maintien et de consolidation de la paix, a relevé M. Pascoe, qui a cité comme exemples les efforts déployés ces dernières semaines par le Chef du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone, M. Michael Schulenberg, pour encourager le dialogue et atténuer les tensions politiques dans ce pays, ou ceux du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Alan Doss, et de l’ancien Président du Nigéria, M. Olusegun Obasanjo, pour rétablir la paix en République démocratique du Congo (RDC).

Le Secrétaire général adjoint s’est ensuite félicité du soutien financier et politique des États Membres, par le biais du budget ordinaire et des contributions volontaires, qui a permis de renforcer le Département des affaires politiques et d’y établir un Groupe d’appui à la médiation.  Le Groupe d’appui à la médiation a été complété par un groupe d’experts chargés d’aider des équipes sur le terrain, de fournir un appui analytique et de financer des consultations menées avec les parties.  Le Département a pu ainsi soutenir les efforts de médiation en cours dans plus de 20 processus de paix au cours de l’année écoulée, que ce soit en Somalie, en République centrafricaine, à Chypre, au Népal et en Iraq.  Le Département a également appuyé des missions relevant du Département des affaires politiques au Darfour, au Kosovo et en RDC, ainsi que les processus de médiation engagés par des organisations régionales, comme c’est actuellement le cas au Kenya et aux Comores.

Pour M. Pascoe, le budget dont dispose actuellement le Département des affaires politiques ne peut cependant pas permettre le déploiement constant d’équipes de prévention de crise, puisque le financement du Groupe d’appui à la médiation est essentiellement assuré par des contributions volontaires.  Il a également estimé que des partenariats avec les États Membres, les organisations régionales et des organisations non gouvernementales étaient indispensables pour mener à bien ces activités de médiation.  Ainsi, a rappelé le Secrétaire général adjoint, en Europe, le Département des affaires politiques a forgé un partenariat concluant avec l’Union européenne et la Commission européenne pour renforcer sa capacité de médiation.  En coopération avec le système des Nations Unies, les États Membres, les organisations régionales et les ONG, le Département des affaires politiques est en train de mettre en place un système comprenant cinq niveaux d’appui aux médiateurs: la planification de la médiation; le développement d’une petite équipe de médiateurs chargés de gérer quotidiennement les efforts en cours; la mise en place d’une équipe « de réserve » d’experts en médiation; le recours à des experts internes et externes à l’Organisation; et enfin l’établissement d’une petite équipe de conseillers en médiation issus de différentes régions.

Le rapport rappelle que les Nations Unies n’ont pas le monopole sur la médiation, a noté B. Lynn Pascoe, qui a ajouté que ce constat s’applique aussi à l’accumulation de connaissances et de meilleures pratiques en ce domaine.  C’est la raison pour laquelle le Département des affaires politiques a supervisé l’établissement d’une base de données intitulée « UN Peacemaker », dans lequel ont été impliqués tous les partenaires du Département.

Déclarations

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que la médiation était le moyen politique le plus efficace pour la communauté internationale lorsqu’il s’agit de réagir aux conflits.  Il s’est néanmoins interrogé sur certains aspects des propositions formulées dans le rapport du Secrétaire général, jugeant à cet égard quelque peu ambitieuse la mise en place d’une équipe de réserve d’experts en médiation, qui serait susceptible d’être déployée partout dans le monde.  Le Secrétariat, a-t-il dit, devrait apporter de nouveaux éclaircissements, notamment à l’égard des sources de financement.  Le représentant a également affirmé que le recours aux organes régionaux constituait un mécanisme de médiation déjà reconnu dans l’Article 33 de la Charte des Nations Unies.  De même, le Chapitre VIII de la Charte demande aux États Membres de régler les différends par le biais de la médiation avant de s’en remettre au Conseil de sécurité.  M. Churkin a en outre souligné la nécessité de ne pas imposer, au cours de la médiation, des solutions unilatérales.  Il a ainsi évoqué l’exemple du Kosovo.  Seule une médiation qui se fonde sur un rapprochement des positions des pays, la recherche d’accords mutuellement acceptables a des chances de réussir, a-t-il dit, notant que son pays prenait part également à des activités de médiation. 

M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a estimé que la consécration de cette question de la médiation par la Charte de l’ONU, montre l’importance que les Nations Unies attachent au règlement pacifique des différends et des conflits, par le biais de ce moyen.  L’augmentation du nombre des conflits et leur impact négatif sur la paix, la sécurité internationale et le développement, ainsi que l’accroissement du budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU, soulignent la nécessité de prévenir les conflits et leur résolution à travers la médiation et le rôle actif des Nations Unies dans ce domaine.  «  Nous pensons que le rapport du Secrétaire général est un grand pas en avant dans la promotion du processus de médiation, comme outil effectif de règlement des différends », a-t-il ajouté.

Le représentant a par ailleurs appelé à tenir compte de certains principes afin d’assurer l’efficacité des processus de médiation. Les organisations régionales et sous-régionales, qui connaissent mieux la situation sur le terrain, devraient être souvent encouragées à s’impliquer dans les processus de médiation.  De même, la coordination entre l’ONU et ces organisations doit être menée de façon à assurer une meilleure efficacité et éviter les opérations « doublons ».  En outre, la médiation doit s’attaquer également aux causes du conflit, a-t-il indiqué.  Enfin, le délégué a estimé que la conduite d’une médiation devrait toujours se faire, de façon objective, juste, et respectueuse de l’indépendance et de la souveraineté nationale.

M. CHRISTIAN GUILLERMET (Costa Rica) a rappelé que la communauté internationale, qui est engagée en faveur de la paix et la stabilité dans le monde, accorde l’importance à la médiation.  Souscrivant au rapport du Secrétaire général, il a estimé qu’il contenait des recommandations solides et concrètes et qu’il identifiait les difficultés auxquelles est confrontée l’organisation en matière de médiation.  Aucun accord de paix soutenu par l’ONU ne peut promettre l’amnistie en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, dont la gravité exige une intervention de la justice internationale, sous peine de laisser prospérer une culture d’impunité au lendemain des conflits, a prévenu le représentant.  De l’avis de sa délégation, la coopération avec les organisations régionales est aussi un aspect essentiel des efforts de médiation des Nations Unies.  Le représentant s’est félicité de la création du Groupe d’appui à la médiation au sein du Département des affaires politiques, tout en rappelant la nécessité de réaliser la parité dans les équipes de médiation.

M. ABDELRAZAG E. GOUIDER (Jamahiriya arabe libyenne) a espéré que ce débat permettra au Conseil de progresser et de préciser son rôle dans les activités de médiation.  Il incombe au Conseil de sécurité de développer la médiation et les activités d’appui en tant qu’instrument visant à aboutir au règlement pacifique d’un conflit, a-t-il dit.  Cet instrument de la médiation est le plus rentable pour trouver une issue aux conflits sur le continent africain, a-t-il estimé.  Le maintien de la paix et de la sécurité internationales exige que soient adoptées des initiatives en faveur de la médiation et des activités d’appui, surtout en Afrique.  L’Union africaine est, a estimé le représentant libyen, l’organe capable d’atteindre cet objectif de manière efficace, avec le soutien de la communauté internationale.  Le représentant a toutefois admis que l’Union africaine n’avait pu réaliser son engagement.  L’expérience vécue nécessite l’adoption d’une nouvelle vision de la médiation qui n’ignore pas les racines d’un conflit, qui donne les moyens de gérer un conflit avant qu’il ne s’aggrave, qui repose sur les enseignements tirés du passé, ainsi que sur la diplomatie préventive en Afrique, a-t-il souligné. 

M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a déclaré que le monde était confronté à un grand nombre de crises et de nouveaux dangers planétaires qui posent de sérieux risques pour la paix et la sécurité internationales.  La complexité de ces questions appelle à utiliser toutes les ressources dont disposent l’ONU et la communauté internationale, a-t-il dit, faisant remarquer que la médiation est l’un des premiers instruments qu’il faudrait utiliser.  Le rapport du Secrétaire général souligne de manière juste les avantages de la médiation, en la comparant à l’intervention pendant le conflit ou à la reconstruction postconflit, a en outre déclaré M. Mayr-Harting.  Il a cependant estimé que la réussite de toute médiation était liée aux autres activités de prévention et de gestion de crises.

Le représentant a poursuivi en mettant l’accent sur l’implication de femmes dans les processus de paix, en rappelant que les résolutions 1325 (2000) et 1828 (2008) du Conseil de sécurité demandaient aux États Membres de renforcer la représentation des femmes à tous les niveaux des processus de règlement de conflit et de consolidation de la paix.  Il a également appelé à renforcer la coopération régionale et sous-régionale, en estimant que les organisations régionales étaient bien placées pour participer activement à la médiation, tout en reconnaissant que parfois leur proximité avec les acteurs en conflit pouvait faire douter de leur impartialité.

M. LA YIFAN (Chine) a expliqué les changements profonds et complexes qui caractérisent les conflits actuels.  Il a également relevé la complexité des causes des conflits qui sont liés à d’autres facteurs comme le territoire, l’histoire, la religion, et la tribu, a-t-il précisé.  L’expérience a démontré que si aucune action de médiation n’est entreprise aux premières heures du conflit, beaucoup plus de temps, d’énergie seront nécessaires après la crise, avec les risques de voir le conflit s’étendre.  Le règlement pacifique des conflits est un investissement dans l’avenir de l’humanité, qui sera bénéfique pour tous, a-t-il déclaré.

M. La Yifan a par ailleurs estimé que l’ONU devrait jouer un rôle central dans la médiation et les autres moyens de règlement pacifique des différends.  Le renforcement des capacités de l’organisation doit prendre en compte la volonté des paries concernées.  L’ONU doit toujours essayer d’obtenir la coopération des parties concernées et veiller à garder la chaîne de communication ouverte, afin de poser les bases de la médiation.  De même, a-t-il rappelé, la neutralité et l’impartialité sont les bases la médiation.  Il a aussi soutenu que le renforcement des capacités de l’Organisation en matière de médiation exige de répondre à la question de l’impunité sur la base d’une construction durable de la paix.  Elle exige également plus de coopération avec les partenaires, a-t-il conclu.

M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a prévenu du danger de ne pas soutenir les accords de paix lorsqu’ils sont conclus par les parties.  C’est la raison pour laquelle la médiation doit être partie prenante des activités de consolidation de la paix, a-t-il souligné.  Saluant ensuite la décision de l’Assemblée générale de renforcer le Département des affaires politiques, le représentant a déclaré que sa délégation attendait maintenant des résultats concrets en matière de médiation.  M. Sawers a également souligné l’importance d’augmenter la représentation des femmes au sein des équipes de médiation, en particulier lorsqu’elles sont déployées dans des situations de conflit au cours desquelles ont été perpétrées des violences sexuelles.  Avant de conclure, le représentant du Royaume-Uni a appuyé la déclaration présidentielle qui sera adoptée à l’issue de ce débat.

Mme ROSEMARY DICARLO (États-Unis) a affirmé que le règlement pacifique des conflits constituait l’un des éléments les plus puissants de la Charte des Nations Unies.  La médiation et les bons offices des Nations Unies jouent un rôle essentiel pour mettre fin aux conflits depuis 20 ans, a-t-elle dit.  Il s’agit, a-t-elle ajouté, de voir comment les Nations Unies peuvent mieux jouer leur rôle et utiliser leurs efforts de médiation.  De l’avis de sa délégation, l’équipe de réserve d’experts en médiation, susceptible d’être déployée partout dans le monde, et en quelques jours, peut être un outil utile dans ce domaine.  Elle a mis l’accent sur la nécessité d’examiner le besoin en médiation à l’issue d’un conflit, en matière de consolidation de la paix.  Elle a, par ailleurs, évoqué le rôle des femmes, qu’il convient, a-t-elle précisé, d’utiliser de façon plus active, en leur confiant un plus grand rôle.  De même, convient-il, a-t-elle estimé, d’appuyer les efforts de médiation d’autres institutions.  Les organes régionaux peuvent déployer des ressources plus rapidement, a poursuivi la représentante, qui a encouragé l’ONU à établir des partenariats avec ces organisations pour aboutir à un règlement rapide des conflits.  Toutes les parties au conflit doivent participer en toute bonne foi à un règlement pacifique acceptable, a-t-elle dit. 

M. PATRICK S. MUGOYA (Ouganda) a félicité les Nations Unies pour leurs efforts en matière de médiation qui, selon lui, doivent être déployés à toutes les phases d’un conflit et après.  Il a cependant regretté que malgré l’importance de cet instrument de règlement pacifique des différends, la médiation ne reçoit à ce jour qu’un faible appui.  L’Organisation, a-t-il relevé, est dépourvue de ressources financières suffisantes pour fonctionner comme elle le devrait dans ce domaine.  En contrepartie, des fonds considérables sont dépensés dans des activités bien plus coûteuses, a fait remarquer le représentant.  Comme le rappelle le Secrétaire général dans son rapport, les Nations Unies ne disposent pas d’un monopole de la médiation, a-t-il précisé, invoquant la contribution de l’Union africaine dans ce domaine.  L’expérience a montré qu’à différents moments, un médiateur doit être présent sur le terrain pour discuter au plus haut niveau avec les parties au conflit, afin de faciliter un règlement définitif de ce conflit.  Saluant, lui aussi, la création d’un Groupe d’appui à la médiation, le représentant a rappelé l’importance des mécanismes d’alerte précoce, qui doivent être établis aux niveaux régional et international.

M. RANKO VILOVIĆ (Croatie) a souligné l’importance de l’engagement rapide et de la diplomatie discrète, à un moment où les opérations de maintien de la paix des Nations Unies se heurtent à des demandes sans précédent.  Le représentant a également estimé que d’autres instruments pourraient être utilisés comme le recours aux institutions judiciaires internationales, dans le respect des différentes normes établies par les Nations Unies et de l’état de droit.  Le choix du moment de lancer une médiation, celui du médiateur, de la structure de la médiation, la représentation des femmes dans ce processus et le respect de la parité entre les hommes et les femmes dans la composition de l’équipe de médiation, le suivi du résultat négocié doivent être pris en compte, bien souvent au niveau de l’ensemble du système des Nations Unies, a-t-il affirmé.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité de se focaliser sur le renforcement de la coordination et le leadership stratégique du Conseil de sécurité, particulièrement dans les situations où il y a une multitude d’acteurs et de questions.  Il est difficile de réagir au bon moment avant que ne dégénère un conflit, a-t-il dit, notant que le Conseil de sécurité était en revanche bien placé pour le faire.  Toutefois, a-t-il ajouté, le Conseil de sécurité et les Nations Unies n’ont pas le monopole de la médiation et doivent pouvoir compter, notamment, sur les organisations régionales. 

M. PAUL ROBERT TIENDREBEOGO (Burkina Faso) a déclaré que le débat d’aujourd’hui se situait dans la continuité de celui qui a eu lieu le 23 septembre 2008, sous la conduite du Président Blaise Compaoré.  Il a ensuite indiqué que l’obligation qui est faite aux États de régler leurs différends par les moyens pacifiques est une prescription de la Charte de Nations Unies, et la médiation, prévue à l’Article 33 est l’un des plus efficaces et des moins couteux outils.  Il porte les meilleurs dividendes pour la paix et le développement, a-t-il martelé.  M. Tiendrebeogo a noté que les missions de bons offices du Secrétaire général avaient augmenté au rythme de l’augmentation du nombre de conflits.  La pertinence de la médiation ne fait plus de doute, a-t-il soutenu.

La réflexion sur la médiation, a-t-il poursuivi, pose également la problématique de la prévention.  « Il faut renforcer nos efforts dans le domaine de la prévention, à travers notamment la lutte contre la prolifération des armes, et le renforcement de la cohésion sociale et la gouvernance politique et économique au sein des États, pour mieux prévenir les situations de crise », a-t-il ajouté.  Il a également rappelé l’investissement des organisations régionales, de la société civile, et de certaines personnalités dans le règlement pacifique des conflits.  Il est important que des dispositions soient prises pour soutenir les efforts de ces organisations régionales et sous-régionales en même temps que celles du Secrétariat de l’ONU, a-t-il indiqué.  Il a conclu en appelant les États à renforcer leurs capacités en matière de médiation parce qu’ils seront toujours en première ligne des conflits et des efforts de règlement.

M. YUKIO TAKASU (Japon) a estimé que la médiation devrait jouer un rôle plus important dans la promotion de la paix « à moindres coûts ».  Cela est tout particulièrement vrai dans la mesure où les ressources financières et humaines mobilisées par les opérations de maintien de la paix de l’ONU ont augmenté de manière considérable, a-t-il fait observer.  Il a recommandé de fournir un soutien professionnel, technique, administratif et logistique approprié aux médiateurs; de former la prochaine génération de médiateurs au sein comme en dehors des Nations Unies; et de maintenir un niveau d’engagement élevé au lendemain des conflits.  La délégation japonaise a ainsi estimé qu’il faudrait examiner en profondeur comment les activités de consolidation de la paix et de développement socioéconomique peuvent être intégrées, dès le départ, dans les efforts de médiation et de résolution de conflits.  M. Takasu a en coutre considéré comme essentielle le maintien constant de la médiation pendant la mise en œuvre des accords de paix et la phase de consolidation de la paix qui s’ensuit.  À cette fin, a ajouté en conclusion M. Takasu, le rôle des missions des Nations Unies et des représentants spéciaux mérite d’être clarifié.

M. BAKI ILKIN (Turquie) a estimé que la médiation représentait le moyen de règlement pacifique des conflits le moins coûteux et que plus de temps, d’efforts et de ressources devaient être consacrés à ce processus.  Il a aussi estimé que les Nations Unies avaient un rôle central à jouer dans ce cadre.  Le délégué a estimé, en outre, que le monde faisant face aujourd’hui à une diversité de défis dans le domaine de la paix et de la stabilité et que l’ONU ne pouvait plus, à elle seule, résoudre ces problèmes.  Les organisations régionales, les États Membres, et même les organisations non gouvernementales, ont un rôle à jouer, a-t-il soutenu.  Pour cela, la coopération entre les acteurs intéressés par la médiation doit fonctionner dès les premières étapes du processus.  Il a conclu en réaffirmant le rôle important et indispensable du Conseil de sécurité à toutes les étapes de la médiation dans le cas d’un conflit. 

M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a estimé que la médiation était un outil extrêmement important à la disposition de la communauté internationale pour la gestion et la prévention des conflits.  Il a souligné que les Nations Unies avaient joué, dès leurs premières années, un rôle crucial dans ce domaine et devaient continuer à le faire, comme le Secrétaire général l’a fait en envoyant sur place le Président Obasanjo pour faciliter le dialogue entre, d’une part, les chefs d’État de la région des Grands Lacs et, d’autre part, entre les groupes armés des Kivu et le Gouvernement congolais.  M. Lacroix a estimé que la notion de médiation prenait naturellement tout son sens dans un contexte de conflit interétatique ou entre des parties bien identifiées.  Toutefois, l’élargissement du spectre des menaces à la paix et à la sécurité internationales, comme au terrorisme et à la criminalité organisée, rend l’exercice plus difficile et justifie pleinement que le Conseil prenne le temps d’y réfléchir ensemble, a-t-il ajouté.  Le représentant a souligné en outre la nécessité d’agir rapidement.  C’est fondamental, a-t-il dit, précisant que les recommandations du Secrétaire général qui visent à améliorer la capacité des Nations Unies à l’appui d’interventions rapides allaient dans le bon sens et devaient être soutenues.  La France, a-t-il ajouté, salue la création et le renforcement envisagé du Groupe d’appui à la médiation, lequel s’est déjà avéré un instrument utile d’appui aux missions de bons offices et de médiation de l’ONU et des organisations régionales.  Il a estimé essentiel d’associer le plus étroitement possible toutes les parties prenantes, soulignant ainsi le rôle des organisations régionales et des acteurs de la société civile et des femmes, et a affirmé que le renforcement des activités et des capacités de l’ONU en matière de médiation et de prévention des conflits devait être mené en cohérence avec les réflexions en cours sur la sortie de crise et la consolidation de la paix et l’amélioration du maintien de la paix. 

M. CLAUDE HELLER (Mexique) a affirmé que son pays s’engageait à promouvoir le respect des recommandations touchant aux activités du Conseil de sécurité et à promouvoir les compromis qui seront adoptés au terme de ce débat.  Les Nations Unies ont tendance à réagir aux crises au moment où celles-ci ont déjà surgi et en relâchant leur rôle de prévention, a-t-il dit.  Le représentant a ainsi insisté sur les avantages énormes que présente le travail de prévention.  Des études montrent qu’au cours des 15 dernières années, les victoires militaires n’ont pu résoudre que 8% des conflits alors que les négociations ont permis de régler 92% des conflits, a-t-il expliqué.  Il a souligné que le Mexique était un des plus ardents défenseurs des tribunaux internationaux, des différents arbitrages, des activités de médiation, l’objectif étant de passer des accords grâce au dialogue et à la négociation, au-delà des crises politiques.  La médiation a favorisé le règlement de conflits, qu’ils soient politiques, idéologiques, territoriaux, a-t-il rappelé.  Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes jouissent d’une très longue expérience en matière de règlement pacifique des conflits et de médiation, a-t-il précisé.  Le Conseil de sécurité doit, selon lui, donner leurs chances aux procédures de conciliation avant d’invoquer des mesures au titre des Articles 40 et 41 de la Charte des Nations Unies.  Il convient également de reconnaître l’efficacité de certains acteurs, comme les États eux-mêmes, les organisations régionales et sous-régionales, les organisations humanitaires et autres.  Le Conseil de sécurité, a également considéré M. Heller, doit exhorter les États à régler leurs conflits de manière pacifique, tandis que le Secrétaire général doit continuer à jouer un rôle clef en matière de prévention des conflits en offrant aux parties ses bons offices.

M. PIRAGIBE TARRAGÔ (Brésil) a estimé que la médiation portera ses fruits si les Nations Unies et d’autres acteurs développent l’expertise nécessaire pour intervenir rapidement.  Il a également appuyé l’idée du Secrétaire général d’aider les organisations régionales à renforcer leurs propres mécanismes de règlement des conflits, ainsi que les institutions aux niveaux local et national.  Une telle coopération est déterminante dans la mesure où d’autres acteurs que l’ONU peuvent s’avérer des médiateurs efficaces, comme en témoignent les exemples de l’Organisation des États américains dans des pays comme la Colombie ou l’Équateur, ou, en Afrique, par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) dans la formation d’un gouvernement d’unité nationale au Zimbabwe.  Pour sa part, le Conseil de sécurité ferait un bon usage de la médiation en l’intégrant dans le mandat des opérations de maintien de la paix, a estimé le représentant.  Un recours plus fréquent au Chapitre VI de la Charte des Nations Unies pourrait ainsi contribuer au renforcement des actions entreprises sous l’empire du Chapitre VII de la Charte.  Les efforts en amont pour résoudre pacifiquement les différends réduisent les menaces à la paix et à la sécurité internationales et, par conséquent, contribuent à maintenir la demande en matière de maintien de la paix à des niveaux que l’ONU et les États Membres peuvent gérer de manière adéquate, a fait observer le représentant.

M. HENRI-PAUL NORMANDIN (Canada) a appuyé sans réserve la nécessité de tirer parti des progrès réalisés par le Groupe d’appui à la médiation.  Il a précisé que son pays avait octroyé des fonds à cette unité pour l’établissement de sa liste d’experts externes à déployer rapidement afin d’appuyer les initiatives de médiation dans le monde entier.  Il a mis en outre l’accent sur la nécessité de corriger le déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes occupant des postes supérieurs dans le domaine de la médiation.  En outre, les efforts de médiation exigent, a-t-il estimé, une expertise spécialisée pour que des approches justes et inclusives soient utilisées dans tous les secteurs.  Il a ajouté que le Canada souscrivait à la recommandation du Secrétaire général d’établir des partenariats plus étroits avec les organismes régionaux et sous-régionaux.  M. Normandin a par ailleurs estimé que la réussite des efforts de médiation passait par le développement de synergies entre les divers départements, fonds, programmes et organismes des Nations Unies, et la collaboration des ministères était essentielle à une gestion efficace des crises complexes. 

M. MAGED ABDEL FATAH ABDELAZIZ (Égypte) a déclaré que l’ONU avait une responsabilité majeure pour renforcer la confiance de ses États Membres dans sa capacité à conduire des médiations objectives, neutres et transparentes.  Cet objectif, a-t-il estimé, ne sera pas atteint seulement grâce à la restructuration du Département des affaires politiques et à l’établissement d’un Groupe d’appui à la médiation, mais également par le fait que le Secrétaire général et ses médiateurs agissent de manière neutre et s’appuient sur des informations fiables et des approches réalistes.  Il a ensuite jugé qu’il n’était pas suffisant que les Nations Unies gèrent les crises sans exercer de véritables efforts pour résoudre les différends.  Une telle attitude a en effet conduit à une multiplication des opérations de maintien de la paix, plus nombreuses que jamais, ce qui compromet les chances de déployer une nouvelle opération là où elle sera nécessaire.  M. Abdelaziz a par ailleurs préconisé de renforcer la relation entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dans le domaine de la médiation.  En outre, le représentant égyptien a dit observer avec une préoccupation croissante les tentatives du Secrétaire général de faire financer les activités de médiation par des contributions volontaires, alors que cela pourrait affecter de manière adverse la neutralité de ces activités.  Le représentant a au contraire estimé que ce financement doit relever des contributions formelles au budget de l’Organisation.  Il a réitéré la proposition de sa délégation d’établir à cette fin un compte spécial qui serait approuvé par l’Assemblée générale.

M. PETER MAURER (Suisse) a estimé que le concept de médiation s’était considérablement modifié au cours de ces 20 dernières années.  La médiation est de plus en plus tenue pour une fonction requérant un personnel hautement spécialisé, a-t-il affirmé, avant d’ajouter que c’est une entreprise complexe qui implique de nombreux acteurs.  L’expérience montre que c’est un instrument efficace pour résoudre les conflits.  Depuis 2000, 17 conflits se sont terminés par la négociation d’un accord de paix, tandis que quatre se sont soldés par la victoire militaire de l’un des belligérants, a t-il indiqué. 

Un engagement actif du Conseil de sécurité peut jouer un rôle important dans le renforcement et le soutien des activités de médiation, a en outre expliqué le délégué suisse, qui a ensuite rappelé l’implication de son pays dans divers processus de médiation menés par l’ONU, en mettant en exergue l’expertise déployée par la Suisse, notamment au Soudan.  Il a par ailleurs estimé que pour réussir, une médiation doit traiter les causes qui sont à la source du conflit et exiger une compréhension approfondie de la situation locale, de ses dimensions culturelles, politiques et ethniques.  Sa délégation, a-t-il assuré, appuie l’intention du Secrétaire général d’augmenter la représentation des femmes dans les équipes de médiation.  Une médiation doit associer toutes les parties impliquées, a-t-il rappelé avant de conclure.

Mme MIRSADA ČOLAKOVIĆ (Bosnie-Herzégovine) a estimé que les différends devraient être réglés à une étape précoce, avant qu’ils ne s’aggravent, tout en assurant que le processus soit aussi inclusif que possible.  Les Nations Unies, a-t-elle précisé, doivent être engagées dans ce processus le plus rapidement possible, avec toutes leurs capacités.  En outre, le médiateur devrait disposer d’une bonne écoute et des compétences à résoudre les problèmes, tout en s’appuyant sur une équipe de professionnels hautement qualifiés.  À cet égard, a-t-elle souligné, les femmes devraient être dûment représentées de façon appropriée au niveau des décideurs.  La représentante a jugé souhaitable que des pays limitrophes ou des organisations régionales, qui ont des liens étroits avec les acteurs, exercent sur eux une certaine pression afin de les convaincre de s’asseoir à la table des négociations.  Mme Čolaković a également déclaré que les Nations Unies devraient continuer à établir des partenariats étroits avec les organisations régionales, sous-régionales et non gouvernementales dans le domaine du renforcement des capacités.

M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a affirmé que le règlement pacifique des différends, en plus d’être un principe directeur dans les relations internationales, est un objectif commun qui se trouve au cœur de l’activité de notre organisation.  À l’instar d’autres intervenants, M. Benmehidi a estimé que la médiation constituait, à juste titre, le moyen le moins coûteux et le plus efficace pour trouver une issue constructive aux différends.  De l’avis de sa délégation, si parfois l’action de l’ONU dans ce domaine a été couronnée de succès, elle a dans certains cas été assimilée à un échec en raison d’une bonne compréhension de la dynamique des conflits et de leurs enjeux qui, avec un peu de recul, masque un manque de préparation ou une maîtrise imparfaite de l’instrumentalisation du facteur temporel, quand elle n’augure pas d’une absence volontaire de l’affirmation de l’autorité de l’ONU et des principes de la Charte.  Il a salué, pour pallier à ces lacunes, la proposition du Secrétaire général visant la création, dans le cadre de la restructuration globale de l’Organisation, d’une unité de soutien à la médiation composée d’un pool d’experts bien formés.  De même, il est d’avis qu’un aménagement du mode de financement des missions politiques spéciales permettra d’identifier les moyens d’optimiser l’utilisation des ressources de l’organisation à moyen et long termes.  M. Benmehidi a ensuite déclaré que l’Afrique cultive une longue tradition de la négociation et du dialogue pour résoudre les différends par des voies pacifiques et a rappelé les différents mécanismes existant au sein de l’Union africaine, à cet effet.  Au moment où l’on assiste à une augmentation sans précédent du nombre et de la taille des opérations de maintien de la paix, il devient impératif que l’ONU évolue d’une culture de la réaction à la culture de prévention, a t-il conclu.

M. MOHAMED LOULICHKI (Maroc) a déclaré que la médiation avait démontré son efficacité et son utilité dans un monde tiraillé par des conflits de différente nature et la fragilité des situations postconflit.  Dans la pratique, il a été prouvé que le succès de la médiation repose sur la capacité des parties à collaborer avec le médiateur: cela signifie le consentement des parties à recourir au médiateur, leur volonté politique à s’engager dans le processus de règlement d’un différend et l’objectivité et la neutralité du médiateur dans l’exercice de ses fonctions.  La difficulté consiste à passer à la dynamique de récrimination à une dynamique positive, a indiqué le représentant, en citant le rapport du Secrétaire général, qui encourage aussi à sortir de positions figées.  Pour sa part, le Conseil de sécurité peut aussi exercer son autorité pour demander aux parties de cultiver un « esprit constructif » dans le cadre des négociations.  Le Secrétaire général souligne aussi l’impérieuse nécessité d’inscrire le règlement des conflits dans le contexte régional, a noté le représentant, en faisant remarquer que de l’avis de sa délégation, les pays de la région doivent observer une attitude positive.  Le représentant a rappelé en conclusion l’engagement du Maroc dans les activités de médiation, qui reflète sa contribution aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.

M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a rappelé que l’Article 2, paragraphe 3 de la Charte des Nations Unies demandait aux États de régler par tout moyen pacifique leurs différends, afin de ne pas mettre en péril la paix et la sécurité internationales.  Les Nations Unies, a-t-il poursuivi, jouent un rôle utile de médiateur dans les conflits, cependant, le règlement pacifique des différends relève de la responsabilité souveraine de l’État, et toute entreprise d’édification locale ou nationale en ce sens, doit être une priorité, a-t-il indiqué.  Il a poursuivi en déclarant que l’Union africaine continuait à jouer un rôle significatif et actif dans le règlement des différends à travers les processus de négociation, de médiation, de conciliation, d’arbitrage, en fonction de ses ressources et capacités.  Ce rôle, a-t-il ajouté, est une contribution importante aux efforts déployés par l’ONU.  La médiation est devenue un outil indispensable à la prévention et au règlement des conflits, a dit M. Sangqu, en soulignant les divers avantages qu’offrait l’utilisation de cet instrument.  C’est pourquoi, il faut lui assurer tout le soutien nécessaire, notamment en renforçant la structure créée au sein du Département des affaires politiques, a indiqué le délégué sud-africain.  

Les facteurs clefs, en matière de médiation, sont la proximité et la connaissance des dynamiques régionales, a en outre estimé M. Sangqu, avant d’ajouter que les organisations régionales et sous-régionales avaient fait la démonstration de leur capacité en la matière.  C’est dans ce contexte qu’il a salué la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Évoquant la place des femmes dans les processus de médiation, il a estimé que les objectifs fixés par la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité restaient valides.  Il a ensuite mis l’accent sur les éléments qu’il estime cruciaux dans la réussite de toute médiation, citant notamment l’appropriation du processus par les parties au conflit, la recherche de solutions par celles-ci, la complémentarité avec les organisations régionales et le rôle actif du Conseil de sécurité.

M. JARMO VINANEN (Finlande) a indiqué que les efforts de médiation de l’Organisation des Nations Unies devraient être orientés en priorité sur l’Afrique, qui figure en tête de l’ordre du jour du Conseil de sécurité.  À cet égard, la Finlande soutient vigoureusement le renforcement de la capacité de médiation de l’Union africaine.  Elle vient de verser, à cette fin, 2,9 millions d’euros dans le cadre d’un projet associant l’Union européenne et des partenaires de la société civile.  Soulignant que l’appropriation était essentielle, le représentant a estimé qu’il faudrait développer les structures et former les acteurs locaux, car ils sont particulièrement au fait des situations sur le terrain.  De même, une participation active des femmes aux activités de médiation et aux négociations de paix est indispensable, a poursuivi M. Vinanen, qui a estimé qu’elles sont rares à occuper des postes de représentant spécial du Secrétaire général.  Enfin, a-t-il dit, la médiation ne peut pas seulement réussir avec la conclusion d’un accord de paix.  Elle doit être suivie immédiatement d’efforts de consolidation de la paix, notamment dans les domaines de la police, de l’état de droit, de la démocratie, des droits de l’homme, de la démobilisation, du désarmement et de la réintégration des anciens soldats et de la sécurité.  Avant de conclure, le représentant a rappelé que la Finlande avait une longue tradition en matière de médiation en faveur de la paix internationale, rappelant à cet égard le rôle qu’a joué le Président de la Finlande et Lauréat du prix Nobel de la paix, M. Martti Ahtisaari.  La Finlande est convaincue que l’ONU sera en mesure de renforcer sa capacité dans ce domaine et s’engage à apporter son soutien aux efforts futurs qu’e l’Organisation déploiera dans ce cadre.

M. JOSE LUIS CANCELA (Uruguay) a affirmé que la médiation était un mécanisme qui s’inscrivait dans le cadre de la diplomatie préventive.  Il s’agit, a-t-il dit, d’un moyen très souple de régler les différends à l’étape préalable aux conflits.  La médiation et le règlement pacifique des différends relèvent des organes principaux des Nations Unies, en particulier du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale, mais aussi de la Cour internationale de Justice (CIJ).  Le représentant a plaidé en faveur du renforcement et de la professionnalisation des médiateurs.  Il a souligné, de même, l’importance à intervenir le plus tôt possible, de l’intégration éventuelle de la médiation dans les opérations de maintien de la paix, d’une participation plus grande des femmes, notamment dans le Groupe d’appui à la médiation, et de la participation de la société civile.  M. Cancela a, en outre, mis l’accent sur le lien entre la médiation, la consolidation de la paix et la diplomatie préventive. 

M. KIM BONG-HYUN (République de Corée) a estimé que si les Nations Unies n’avaient pas le monopole de la médiation, elles étaient néanmoins le cadre approprié pour mener une médiation.  Le représentant a estimé  que le renforcement de la capacité de médiation doit se faire au stade de la prévention des conflits.  Il faut en outre établir une plate-forme d’appui qui rassemble experts, services financiers et administratifs pour garantir une médiation efficace, a poursuivi le représentant, qui s’est inquiété du manque de ressources financières à la disposition du Département des affaires politiques.  De l’avis de sa délégation, il incombe aux organisations régionales et sous-régionales d’examiner les moyens de régler les différends.  Le Conseil de sécurité doit, pour sa part, appuyer les efforts de médiation soutenus par le Conseil de sécurité.  Les femmes doivent être encouragées à participer aux processus de médiation, a souligné le représentant avant de conclure.

M. MARTIN PALOUS (République tchèque), s’exprimant au nom de l’Union européenne, a estimé que la médiation était un outil important parmi les moyens limités dont dispose la communauté internationale, dans le cadre de la gestion des conflits.  Il peut être appliqué à toutes les étapes d’un conflit, de la prévention à l’instauration de la paix, en passant par la mise en œuvre des accords de paix.  Pour éviter que les processus de médiation n’échouent, il faut procéder, aujourd’hui, à l’amélioration de la pratique internationale de médiation, a estimé M. Palous, en faisant observer que le rapport du Secrétaire général contient des recommandations nécessaires à cette amélioration.

Le délégué a par ailleurs affirmé que la réussite de la médiation dépendait de la coopération entre les acteurs concernés.  L’Union européenne, a-t-il rappelé, a appuyé l’initiative du Secrétaire général de créer une unité de la médiation au sein du Département des affaires politiques de l’ONU et elle continuera à financer les activités de l’Organisation dans ce domaine.  Il a en outre mentionné le soutien de l’Union européenne à la mise en place d’un pool d’experts.  Pour l’Union européenne, la médiation demeure un instrument efficace et peu coûteux de la prévention des conflits, a poursuivi le représentant, en faisant référence aux outils développés par l’Union européenne à cette fin.  Il a aussi souligné l’importance du rôle des organisations régionales et en particulier de l’Union africaine dans les processus de médiation.  L’Union européenne, a-t-il réaffirmé, s’engage à l’assister à développer ses capacités dans ce domaine.

M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a affirmé que le fait de négliger la médiation revenait à ne pas vouloir investir dans la diplomatie préventive.  Cette diplomatie préventive doit être concrétisée, a-t-il ajouté.  Alors que les coûts des opérations de maintien de la paix continuent à augmenter de manière considérable, le représentant a émis l’espoir que la médiation deviendra une activité.  Il a, à cet égard, souligné le rôle du Groupe d’appui à la médiation.  M. Wenaweser a en outre plaidé en faveur d’une participation plus importante des femmes dans les efforts et les activités de médiation. 

M. BUKUN-OLU ONEMOLA (Nigéria) a rappelé que la médiation avait été acceptée et mise en pratique par le Nigéria pour le règlement pacifique des différends, comme cela a été le cas pour le différend concernant la péninsule de Bakassi, qui a opposé le Nigéria au Cameroun.  Rappelant ensuite le degré d’expertise exigé par la médiation, le représentant a prévenu les Nations Unies des risques qui consistaient à confier un tel rôle à des individus choisis pour leur envergure politique plutôt que pour leurs compétences proprement dites.  La médiation des Nations Unies devrait en outre être utilisée dans les situations de pré-conflit, comme dans les situations postconflit et les médiateurs déployés sur le terrain doivent coopérer étroitement avec leurs homologues des organisations régionales et sous-régionales, a préconisé le représentant.  Certaines d’entre elles ont même développé des capacités de médiation avancées à l’appui des Nations Unies, comme par exemple le Groupe des Sages de l’Union africaine, qui fait partie intégrante de l’architecture de paix et de sécurité dans le continent, a précisé le représentant.

S’exprimant au nom du Mouvement des pays non alignés, Mme ILEANA NUÑEZ MORDOCHE (Cuba) a estimé, elle aussi, que le renforcement de la capacité des Nations Unies à prévenir les conflits était un meilleur investissement que les efforts visant à les résoudre une fois qu’ils ont éclatés.  Elle a regretté que ces dernières années, le Conseil de sécurité se soit montré trop empressé de menacer, ou dans certains cas d’autoriser l’emploi de la force, tout en restant silencieux et inactif dans d’autres.  Dans certaines situations, le Conseil aurait pu s’abstenir de recourir au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et privilégier plutôt les dispositions de ses Chapitres VI et VIII pour régler pacifiquement les conflits, a fait observer la représentante.  Le Chapitre VI, a-t-elle rappelé, invite, en vertu de son paragraphe 33, les parties à régler leur différend par des moyens tels que la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation, l’arbitrage, le recours à la justice ou des arrangements régionaux.  Le Chapitre VII en revanche, ne devrait être invoqué qu’en dernier recours, a insisté la représentante, qui a aussi exprimé les préoccupations du Mouvement des pays non alignés quant à l’imposition de sanctions.  Pour sa part, a ajouté la représentante, le Mouvement des pays non alignés réaffirme qu’il incombe à tous les États de défendre les propos et les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, de s’abstenir de menacer ou de porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale d’un autre État et de promouvoir le principe du non-recours de la force et le règlement pacifique des confits comme moyens pour réaliser la sécurité collective.

Mme MONA JUUL (Norvège) a rappelé que la Charte des Nations Unies appelait les États à prendre collectivement toutes les mesures pour prévenir et empêcher toute menace à la paix.  La médiation est un instrument clef de ce processus de prévention.  Rappelant que l’Organisation avait déjà reçu à deux reprises le prix Nobel de la paix, pour sa quête de la paix, à travers le monde, Mme Juul a déclaré « que nous ne devons jamais oublier que la prévention des conflits est la première raison pour laquelle les Nations Unies ont été créées ».  « Partant de cela, nous devons vérifier qu’elle dispose des moyens nécessaires pour s’acquitter efficacement de ses responsabilités, peu importe le moment où émerge une crise.  Ceci n’est pas toujours le cas aujourd’hui, a-t-elle affirmé.

La représentante a ensuite présenté les aspects fondamentaux à la réussite de l’entreprise de médiation.  Ainsi le médiateur, a expliqué la déléguée, doit avoir accès à toutes les parties à un conflit, il ou elle doit être impartial et doit s’impliquer très tôt dans le conflit.  Mme Juul a par ailleurs souligné l’importance de la coordination des efforts déployés sur le terrain par les divers acteurs.  La représentante a regretté la faiblesse des progrès réalisés dans l’implication des femmes aux processus de médiation, alors que tout le monde sait qu’elles présentent des perspectives différentes à la table des négociations de paix, et qu’elles travaillent plus sur l’idée d’une paix durable et inclusive, a-t-elle ajouté, avant d’appeler au renforcement des efforts des Nations Unies et des États Membres dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.

M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a rappelé que les objectifs de la Charte des Nations Unies insistaient sur le règlement précoce et pacifique des conflits.  Le Conseil de sécurité a également reçu un mandat dans le cadre du Chapitre VII, mais celui-ci, a-t-il dit, ne doit être invoqué qu’en dernier ressort, lorsque le besoin de recourir à la force se fait sentir.  La médiation diplomatique est le moyen le plus efficace et le moins coûteux pour régler pacifiquement les différends, a-t-il déclaré.  M. Al-Nasser a ainsi encouragé le Conseil de sécurité à continuer d’accorder la priorité à la question de la médiation et à sa promotion, y compris en envisageant la possibilité d’établir un organe subsidiaire qui aura pour mandat de rechercher les moyens de renforcer la médiation par les parties tiers, ainsi que d’autres moyens de règlement pacifique des différends.  Le représentant a, enfin, mentionné les résultats obtenus par son pays dans le cadre de ses efforts de médiation.  Il a ainsi cité l’Accord de Doha ayant mis fin en mai 2008 à l’instabilité politique au Liban, auquel le Conseil de sécurité a souscrit dans une déclaration présidentielle, et l’accord conclu également à Doha, en février 2009, entre le Gouvernement du Soudan et le principal mouvement rebelle au Darfour (mouvement rebelle pour la justice et l’égalité). 

M. PAUL BADJI (Sénégal) a estimé que nombre d’atrocités auraient pu être évitées et des milliers de vies humaines sauvées si des mécanismes de médiation étaient mis en branle dans plusieurs situations conflictuelles dans le monde.  Les mesures récemment prises et visant à renforcer les capacités des Nations Unies en matière de médiation sont encourageantes, mais des efforts restent à faire si l’on veut donner à la médiation la place qui sied, a-t-il poursuivi.  Pour parvenir à relever ce défi, il est urgent de consacrer des moyens financiers conséquents, a-t-il dit.  M. Badji a, à son tour, déclaré que les femmes ont un important rôle à jouer dans la prévention et le règlement des conflits.  « Ma délégation, a-t-il assuré, soutient l’initiative visant à les associer davantage dans les activités de médiation et appuie fortement la recommandation formulée dans la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité. »

Soulignant le rôle joué par les organisations régionales dans le domaine de la médiation, M. Badji a estimé qu’elles, et en particulier l’Union africaine, devraient se donner les moyens d’être plus sensibles aux signes avant-coureurs de tensions pouvant déboucher sur un conflit et prendre les mesures qui s’imposent, en collaboration étroite avec l’ONU.  Par ailleurs, la collaboration entre le Conseil économique et social, le Conseil de sécurité et les organisations régionales est nécessaire dans la prévention des conflits, a en outre indiqué le représentant.

M. ZACHARY D. MUBURI-MUITA (Kenya) a estimé que le Secrétaire général avait, dans son rapport, mis en lumière les défis auxquels les États Membres faisaient face collectivement dans l’accomplissement d’un processus de médiation professionnel auprès de parties en conflit.  Le rapport du Secrétaire général présente également, selon lui, des recommandations utiles pour le renforcement de ce processus de médiation.  Il a ensuite déclaré que l’ONU avait tout au long de ces années d’existence joué un important rôle de médiateur dans les conflits interétatiques ou au sein même des États, tout en reconnaissant cependant que l’Organisation n’a pas disposé de ressources adéquates pour s’acquitter de ce rôle.  Il a souhaité que l’ONU dispose des moyens nécessaires pour lui permettre de réagir à temps, lorsque les problèmes en jeu sont peu compliqués et que les parties en présence sont peu nombreuses. Il a émis l’espoir que la création de l’unité de la médiation contribuera au succès de ces efforts.

Le représentant a par ailleurs souligné le rôle des femmes dans les processus de paix, rappelant que leur contribution était cruciale pour l’avenir des pays concernés.  Le délégué a souhaité que l’ONU nomme plus de femmes à des postes de responsabilité.  Il s’est déclaré convaincu que la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité permettra de contribuer au succès des processus de médiation.

M. ABDULLAH HUSSAIN HAROON (Pakistan) a déclaré que le Conseil de sécurité devrait recourir de manière plus fréquente aux mécanismes de règlement pacifique des différends prévus par les Chapitres VI et VIII de la Charte des Nations Unies.  Le Pakistan suit depuis des années avec beaucoup d’intérêt les débats portant sur cette question, comme en témoigne l’adoption en 2003 d’une déclaration présidentielle du Conseil à l’issue d’un débat organisé par sa délégation, a rappelé le représentant.  Se félicitant du rapport du Secrétaire général, il a préconisé de recourir davantage aux organisations régionales pour renforcer les efforts de médiation menés par l’ONU.  Tout en notant qu’un certain nombre de recommandations visent à augmenter les ressources financières allouées aux activités de médiation, le représentant a estimé que la réussite d’une médiation dépendait de facteurs politiques.  Dans le cas de la Palestine, le Conseil de sécurité n’avait pas été en mesure de mettre en œuvre ses propres résolutions, ce qui a porté atteinte à sa crédibilité, a-t-il fait remarquer.  C’est pourquoi, lors de la réunion qui était consacrée hier à cette question, nous avons pu constater la nécessité de remettre le processus de paix sur les rails et de rétablir la confiance après le recours systématique à la force.  Évoquant ensuite la situation au Cachemire, il a espéré que l’Inde acceptera de reprendre prochainement le dialogue avec le Pakistan et que le Conseil de sécurité et le Secrétaire général soutiendront l’objectif d’une paix durable dans la région.

M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) a affirmé que la confiance à l’égard du médiateur est d’une importance primordiale, soulignant que le choix de celui-ci était essentiel.  Le caractère officieux  est souvent la clef de la confiance et la démarche la plus franche.  Le processus de médiation doit être écarté des feux de la rampe, a-t-il assuré, ajoutant que la connaissance et la confiance étaient des appuis logistiques pour que la médiation soit couronnée de succès.  Le représentant a également estimé que le Groupe d’appui à la médiation était devenu un outil concret en vue de soutenir les bons offices et la médiation des Nations Unies et des organisations régionales.  M. Natalegawa a déclaré que son pays était non seulement engagé en faveur de la médiation mais en était aussi un défenseur passionné.  L’Indonésie, a-t-il rappelé, a eu à en tirer les avantages lors de situations de conflit à l’intérieur de ses frontières.  D’autres pays dans la région et au-delà ont utilisé ces expériences, a-t-il ajouté.

M. AGSHIN MEHDIYEV (Azerbaïdjan) a estimé que nombre d’efforts de médiation ont été entrepris avec succès mais qu’en même temps, des situations persistaient qui remettent en cause l’ordre juridique international.  Le conflit armé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a ainsi conduit à l’occupation de près d’un cinquième du territoire de notre pays et au déplacement d’une personne sur huit, a rappelé le représentant.  Bien que les efforts de médiation n’aient toujours pas produit de résultats tangibles, l’Azerbaïdjan continue de rester engagé en faveur d’un règlement des conflits par des moyens politiques, a-t-il assuré.  Il est toutefois difficile d’espérer une avancée significative de la situation compte tenu de la position intransigeante de l’Arménie, a regretté e représentant, qui a accusé ce pays de chercher à opérer un transfert de souveraineté sur des territoires azéris dont il se serait emparé par la force et où il se serait livré au nettoyage ethnique.  C’est dans un but d’annexion que l’Arménie maintient ses troupes au Nagorny-Haut Karabakh, a insisté le représentant, en qualifiant cette attitude de non constructive et d’irréaliste.  Tout en restant attaché au règlement pacifique des conflits, l’Azerbaïdjan ne remettra jamais en question son intégrité territoriale, a prévenu le représentant.

M. ARMEN MARTIROSYAN (Arménie) a affirmé que l’Azerbaïdjan avait essayé de régler le conflit du Nagorno-Karabakh par la force.  Le représentant a néanmoins estimé que c’est sur la base d’un règlement politique complet qui tiendra compte du droit des peuples et offrira aux populations des garanties de sécurité que l’on pourra régler le conflit.  Il a souligné que la médiation constituait un des outils les plus prometteurs qu’offre la Charte des Nations Unies pour régler pacifiquement les conflits.  M. Martirosyan a mis l’accent sur le rôle à cet égard des organisations régionales.  L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) occupe une position particulière en agissant en vertu du principe fondamental du consensus.  Seul le consensus peut aboutir à une solution de compromis pour un règlement durable des différends, a-t-il déclaré. 

M. AUGUSTINE P. MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a jugé que le rôle de la médiation dans l’architecture de paix et de sécurité internationales recevait désormais l’attention qu’il mérite: d’abord son rôle dans la prévention des conflits par la mise en place de mécanismes d’alerte rapide, ensuite dans la cessation des hostilités et la négociation des cessez-le-feu et des accords de paix, et enfin dans la phase de consolidation de la paix.  Pour sa part, la Tanzanie a, au cours des années, forgé une capacité de médiation dans les régions d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale.  « Nous avons identifié des domaines où nous devons renforcer les liens institutionnels entre le Conseil de sécurité et

les organisations régionales et sous-régionales en matière de règlement des conflits », a assuré le représentant.  Le travail du Conseil s’améliorerait considérablement si les Nations Unies investissaient davantage dans des partenariats avec l’Union africaine, qui fait face à de nombreux défis politiques, a-t-il estimé en conclusion.

M. JEAN FRANCIS R. ZINSOU (Bénin) a déclaré que la médiation était incontestablement un puissant instrument de transformation des relations entre les parties à un différend et permettait d’éviter l’escalade de la violence armée.  Le représentant s’est félicité des avancées significatives réalisées depuis l’adoption de la résolution 1625 (2005) en matière de renforcement des capacités des Nations Unies et, en particulier, du Département des affaires politiques dans le domaine de l’appui à la médiation et dont rend compte le rapport du Secrétaire général dont est saisi aujourd’hui le Conseil de sécurité.  Le Bénin, a-t-il ajouté, se réjouit des propositions faites par le Secrétaire général pour matérialiser l’engagement des Nations Unies en faveur du développement de la médiation.  L’ONU devrait faire sien l’appel lancé en 2002 par l’Union africaine à tous ses membres, en vue de se doter de mécanismes de règlement pacifique des conflits.  De ce point de vue, a-t-il soutenu, il conviendrait que les fonds et programmes en charge de l’aide au développement apportent un appui efficace au renforcement des capacités des institutions nationales et régionales de négociation.  Il a par ailleurs estimé que le système des Nations Unies devrait agir de manière concertée et cohérente, surtout en matière de prévention structurelle et systémique afin de s’attaquer résolument à l’élimination des causes profondes des conflits aussi bien endogènes qu’exogènes. 

M. ABDALMAHMOOD ABDALHALEEM MOHAMAD (Soudan) a affirmé que les pères fondateurs des Nations Unies avaient pris conscience depuis des décennies de la nécessité de forger la paix avant même de la maintenir.  Le Conseil de sécurité, a-t-il dit, doit œuvrer inlassablement en vue de promouvoir les efforts de règlement pacifique.  Toutes les parties influentes doivent apporter leurs contributions, et au premier chef le Conseil de sécurité, les organisations régionales et sous-régionales concernées.   Le règlement politique des conflits requiert la promotion des organes pertinents des Nations Unies en vue de renforcer les capacités nationales des États pour qu’ils puissent atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le développement, a-t-il dit, reste un facteur déterminant pour l’édification d’une paix durable, a-t-il souligné.  Le représentent a également déclaré que le conflit du Darfour ne se serait pas ainsi prolongé si le Conseil de sécurité avait pu, au moment opportun, peser de tout son poids.  Il a, à cet égard, salué l’initiative des pays arabes et africains accueillie par le Qatar qui a abouti à la signature d’un accord entre le Gouvernement du Soudan et le principal mouvement (rebelle) au Darfour.

Déclaration présidentielle

Le Conseil de sécurité, rappelant la déclaration de son président (S/PRST/2008/36) du 23 septembre 2008, prend note du rapport du Secrétaire général sur le développement de la médiation et le renforcement des activités d’appui y relatives (S/2009/189), ainsi que des recommandations qu’il contient.

Le Conseil, conformément à la Charte des Nations Unies et en sa qualité d’organe investi de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, souligne qu’il a l’intention de rester engagé à tous les stades du cycle des conflits, y compris d’appuyer la médiation, et se déclare prêt à étudier d’autres moyens de renforcer la promotion de la médiation, qui joue un rôle important dans le règlement pacifique des différends, dans toute la mesure possible avant que ces différends ne donnent lieu à des actes de violence.

Le Conseil reconnaît l’importance de la médiation, qui doit intervenir tant dès le début de tout conflit qu’aux différentes étapes de l’application de tous accords de paix signés, et souligne la nécessité de concevoir des procédures de médiation qui traitent des causes profondes des conflits et contribuent à la consolidation de la paix, en vue d’assurer une paix durable.

Le Conseil souligne que c’est aux parties à tout conflit qu’incombe au premier chef le règlement pacifique des différends et que la paix ne peut être réalisée et maintenue que grâce à leur pleine participation et à leur volonté sincère de régler le conflit, notamment de remédier à ses causes profondes.  Il souligne à cet égard qu’il importe de renforcer les capacités nationales et locales en matière de médiation.

Le Conseil souligne l’importance des initiatives prises par le Secrétaire général de l’ONU pour promouvoir la médiation et régler pacifiquement les différends et salue les efforts que ne cesse de faire le Département des affaires politiques, en particulier par l’intermédiaire du Groupe de l’appui à la médiation, pour répondre aux crises qui sévissent ou menacent de se déclencher.  Il souligne que les efforts déployés en matière d’appui à la médiation doivent tenir compte des impératifs des processus de paix qui progressent rapidement.

Le Conseil reconnaît la contribution importante que les États Membres, les organisations régionales et sous-régionales, la société civile et les autres parties prenantes apportent au règlement pacifique des différends.  Il salue les efforts déployés par les organisations régionales pour renforcer leur rôle en matière de médiation et apprécie les efforts que fait le Secrétaire général pour continuer de les aider à cet égard.

Le Conseil exhorte le Secrétariat à collaborer avec tous les partenaires pour veiller à ce que l’on puisse facilement disposer des services de spécialistes de la médiation bien formés, expérimentés et d’origines géographiques diverses, à tous les niveaux afin de prêter en temps voulu aux médiateurs l’appui le plus solide possible et engage ceux qui disposent de corps professionnels de spécialistes de la médiation à coopérer avec le Secrétariat dans cette entreprise.

Le Conseil demande également au Secrétaire général de travailler en partenariat avec les États Membres, les organisations régionales et sous-régionales et autres parties prenantes, de manière coordonnée et complémentaire, lorsqu’il concourt à toute médiation.

Le Conseil constate avec préoccupation que très peu de femmes jouent un rôle officiel dans la médiation et souligne la nécessité de veiller à ce qu’elles soient dûment nommées au niveau de la prise de décisions, en tant que médiatrices de haut rang ou dans les équipes de médiation, conformément aux résolutions 1325 (2000) et 1820 (2008).  Il prie de nouveau le Secrétaire général et les chefs des organisations régionales et sous-régionales de prendre les mesures nécessaires à cette fin.

Le Conseil prie le Secrétaire général de le tenir informé des mesures qu’il prendra pour promouvoir et appuyer la médiation et le règlement pacifique des différends, en veillant à ce qu’elles soient compatibles avec les efforts engagés pour renforcer la consolidation et le maintien de la paix.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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