L’EXPULSION DES ONG A ENTRAÎNÉ UNE « ÉROSION IMPORTANTE DE LA CAPACITÉ DE RÉPONSE HUMANITAIRE AU DARFOUR », DÉCLARE LE DIRECTEUR DE OCHA-NEW YORK DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

20 mars 2009
CS/9622

L’EXPULSION DES ONG A ENTRAÎNÉ UNE « ÉROSION IMPORTANTE DE LA CAPACITÉ DE RÉPONSE HUMANITAIRE AU DARFOUR », DÉCLARE LE DIRECTEUR DE OCHA-NEW YORK DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

20/03/2009
Conseil de sécurité
CS/9622
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6096e séance – après-midi

L’EXPULSION DES ONG A ENTRAÎNÉ UNE « ÉROSION IMPORTANTE DE LA CAPACITÉ DE RÉPONSE HUMANITAIRE AU DARFOUR »,

DÉCLARE LE DIRECTEUR DE OCHA-NEW YORK DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

Le représentant du Soudan rejette catégoriquement

toute annulation de l’expulsion de 13 organisations humanitaires internationales

Depuis le 6 mars, date à laquelle le Président soudanais Omar Al-Bashir a décidé l’expulsion de 13 organisations non gouvernementales internationales du pays, ainsi que la suspension de trois organisations nationales, nous assistons à une érosion importante de la capacité de réponse humanitaire au Darfour, et à ses conséquences sur la vie des populations assistées, a affirmé cet après-midi devant le Conseil de sécurité M. Rashid Khalikov, Directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à New York.  Il a annoncé qu’une évaluation rapide avait été menée conjointement avec le Gouvernement soudanais et qu’elle sera présentée au Conseil, la semaine prochaine.  Il a appelé le Gouvernement soudanais à revenir rapidement sur sa décision.

Le représentant du Soudan a catégoriquement rejeté cette perspective, affirmant que les ONG expulsées avaient agi en violation de la législation soudanaise et des mesures adoptées par l’Assemblée générale sur l’assistance humanitaire, franchi toutes les lignes rouges et défié la souveraineté du Soudan tout en abusant de l’hospitalité de sa population.  Il a en outre minimisé la portée de la mesure, affirmant que les 13 ONG expulsées ne représentaient que 7% des 118 qui sont présentes sur le terrain.  Appuyé par le représentant de la Jamahiriya arabe libyenne, il s’est en outre interrogé sur ce qui a justifié la convocation de cette réunion d’urgence.  Il semble que certains s’efforcent de créer des crises inutiles pour des raisons politiques et d’exagérer le problème de l’expulsion des ONG, a-t-il affirmé.  Les deux représentants ont du reste estimé qu’on aurait mieux fait d’attendre la réunion du Conseil prévue jeudi prochain, lors de laquelle les conclusions de l’évaluation conjointe OCHA-Gouvernement soudanais devraient être disponibles.  Le représentant du Costa Rica a, au contraire, exprimé sa satisfaction: « Par le biais de cette séance, nous demandons à la communauté internationale de veiller à ce que cette situation ne s’aggrave pas », a-t-il déclaré.  Le représentant de la Fédération de Russie a, quant à lui, estimé que cette réunion, convoquée de manière urgente, est un signe peu encourageant que le Conseil de sécurité n’a pas de stratégie commune face à la situation au Darfour.

De nombreuses délégations ont vigoureusement contesté la position du Soudan.  Les représentants de la France, du Royaume-Uni et de l’Ouganda ont rappelé que les 13 ONG expulsées figurent parmi « les plus connues sur le plan international et les plus efficaces », celles qui « bénéficient d’une réputation internationale de sérieux et d’impartialité ».  Elles représentent en fait, ont-il affirmé, plus de 50% des capacités humanitaires présentes au Darfour.  Le Directeur d’OCHA-New York a illustré les conséquences de l’expulsion des ONG internationales par divers exemples, dont le départ forcé de MSF-France à Nertiti, dans l’ouest du Darfour, qui a laissé le Ministère de la santé, l’UNICEF et l’OMS sans partenaire pour assurer l’exécution des programmes de vaccination contre l’épidémie de méningite qui s’est déclarée dans le Djébel Mara. 

Chaque jour qui passe, la rhétorique de plus en plus dangereuse du Président Al-Bashir met en danger la vie de la population civile au Darfour qui dépend entièrement de l’assistance humanitaire, a accusé la représentante des États-Unis.  « Soyons clairs: il ne s’agit pas d’une crise créée de toutes pièces, comme semble le penser le représentant soudanais », a-t-elle lancé, estimant que la décision d’un seul homme menace la vie de millions de personnes en détresse au Darfour.  Le délégué du Royaume-Uni a affirmé que les expulsions, en privant de soins de base la population civile, risquaient de faciliter des épidémies, voire des soulèvements de la population civile et de nouveaux déplacements massifs, y compris en direction du Tchad.

Comme le Directeur d’OCHA, le représentant du Japon s’est inquiété de la « soudanisation » de l’assistance dans l’année qui vient, évoquée le 15 mars par le Président Al-Bashir.  Un telle « soudanisation » n’est pas crédible, a affirmé le représentant du Costa Rica, faisant remarquer qu’il ne sera pas facile de remplacer 4 000 travailleurs humanitaires qui sont des professionnels.  Le représentant du Japon a demandé que l’ONU ne soit pas exclue de la mise en œuvre et du contrôle de l’assistance humanitaire. 

Le représentant de la Jamahiriya arabe libyenne a estimé que la décision d’expulsion prise par le Soudan était attendue après la décision de la Cour pénale internationale qui a « créé une réalité nouvelle ».  Il a affirmé qu’il était impossible de séparer la question de la CPI de la situation au Darfour, tout en déplorant que le Conseil de sécurité n’ait pas tenu compte de la demande de l’Union africaine qui préconise l’application de l’article 16 du Statut de Rome de la Cour pour bloquer la procédure à l’encontre du Président soudanais.  Le représentant de la Chine a également parlé « d’effets négatifs » de la décision de la Cour pénale internationale de lancer un mandat d’arrêt contre le Président Al-Bashir.

Au contraire, les représentants du Royaume-Uni et de la France ont déclaré qu’il ne fallait pas confondre la question de la CPI et la situation humanitaire au Darfour. « Les questions humanitaires et celles de justice pénale internationale doivent être absolument séparées », a précisé le délégué de la France, tout en rappelant au Soudan son obligation de coopérer avec la Cour pénale internationale.  S’en prendre à sa propre population « n’est certainement pas la bonne réponse à cet égard », a-t-il ajouté.

Tous les membres du Conseil de sécurité ont dit attendre avec intérêt les conclusions de l’évaluation conjointe OCHA-Gouvernement soudanais et les consultations sur le Darfour prévues le 26 mars, en présence du Médiateur conjoint ONU-Union africaine pour le Darfour, M. Djibril Yipènè Bassolé.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN

Déclarations

M. RASHID KHALIKOV, Directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à New York, a déclaré que, depuis que le Gouvernement du Soudan a décidé, il y a deux semaines et demie, d’expulser 13 organisations non gouvernementales internationales et de suspendre les activités de trois organisations non gouvernementales nationales du nord du Soudan, les Nations Unies ont plaidé à tous les niveaux pour que cette mesure soit reconsidérée, en tenant compte avant tout des besoins des populations vulnérables.  Il a rappelé que le Secrétaire général est resté en contact étroit avec des dirigeants africains et arabes, ainsi qu’avec les membres du Conseil de sécurité qui, à l’unanimité, ont fait part de leur préoccupation quant au sort des populations vulnérables du Soudan.  Tandis que ces efforts continuent, les Nations Unies et le Gouvernement du Soudan ont accepté de mener une série de rapides évaluations dans les trois provinces du Darfour.  « Les conclusions en seront finalisées ce week-end avec nos homologues à Khartoum », a-t-il ajouté.

« Depuis le 6 mars, nous assistons à une érosion importante de la capacité de réponse humanitaire, ainsi qu’à des effets corrélatifs sur la vie des populations du Darfour », a affirmé M. Khalikov.  C’est particulièrement vrai dans les camps, mais cela peut l’être aussi dans les zones rurales ouvertes où il n’existe plus de présence humanitaire, a-t-il ajouté.  M. Khalikov a cité en exemple le camp de Zam Zam près de El-Facher, où le départ de deux organisations non gouvernementales clefs a laissé un nombre limité d’agences plus petites face à quelque 36 000 personnes déplacées nouvellement arrivées après avoir dû fuir les combats de Muhajariya dans le sud du Darfour.  De même, le départ de MSF-France de Nertiti, dans l’ouest du Darfour, a laissé le Ministère de la santé, l’UNICEF et l’OMS sans partenaire pour assurer l’exécution des programmes de vaccination contre l’épidémie de méningite qui s’est déclarée dans le Djébel Mara.  Une situation similaire prévaut à Kalma, a encore ajouté M. Khalikov.

M. Khalikov a également jugé troublant que le Gouvernement soudanais continue de saisir des biens des humanitaires, citant le cas d’un entrepôt des Nations Unies contenant des abris, dont il n’a toujours pas restitué le contrôle.  Il a remercié l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) qui a aidé à protéger l’essentiel des biens durant les dernières semaines, mais a jugé regrettable que cet appui reste nécessaire, en particulier dans des régions qui sont sous le contrôle du Gouvernement.  Il a enfin fait remarquer que l’impact de la décision de Khartoum se fait également sentir dans d’autres régions, y compris pour la livraison de l’assistance dans les trois Zones du Protocole, où elle est pourtant essentielle pour la mise en œuvre du fragile Accord de paix global.  « La perte de capacités humanitaires n’est pas la seule à laquelle nous devons faire face », a poursuivi M. Khalikov.  L’insécurité qui s’aggrave depuis quelque temps, tant pour les bénéficiaires que pour les travailleurs humanitaires, a entraîné une brève suspension des livraisons dans cette région, à la suite de l’enlèvement de cinq membres de Médecins sans frontières, a-t-il indiqué.  M. Khalikov a remercié le Gouvernement soudanais pour l’aide qu’il a apportée à leur libération.  Il a exhorté le Gouvernement soudanais à modérer ses déclarations à la presse contre les étrangers et d’assurer la sécurité et la protection de l’ensemble du personnel des Nations Unies et du personnel associé.  Il a aussi demandé aux groupes armés du Darfour de veiller à la sécurité du personnel humanitaire.

M. Khalikov s’est déclaré préoccupé par les allusions faites, le 15 mars dernier, par le Président Al-Bashir concernant le départ de toutes les organisations non gouvernementales du Soudan dans les 12 prochains mois.  Il ne fait aucun doute que notre capacité à aider les populations du Darfour a été gravement compromise, a ajouté M. Khalikov.  « Nous devons, a-t-il souligné, réduire les tensions et garantir la protection et l’assistance humanitaire sur la base des principes d’humanité, de neutralité et d’impartialité ».  Il a exhorté le Gouvernement du Soudan à utiliser les mécanismes spécifiquement mis en place pour traiter ce genre de difficultés et a ajouté que la loi soudanaise, comme les accords conclus avec la communauté internationale, devraient être respectés.  « Nous voulons un dialogue transparent et productif avec le Gouvernement du Soudan sur la base de ces lois et de ces accords », a-t-il affirmé. 

M. MOHAMED Y. ABDELMANNAN (Soudan) a déclaré que sa délégation avait suivi très attentivement les circonstances qui avaient entouré la convocation de cette réunion du Conseil de sécurité.  Il semble que certains s’efforcent de créer des crises inutiles pour des raisons politiques et d’exagérer le problème de l’expulsion de 13 organisations non gouvernementales, qui ont franchi toutes les lignes rouges et osé défier la souveraineté soudanaise, tout en abusant de l’hospitalité sa population, a indiqué le représentant.  Ces ONG ne représentent que 7% des 118 qui sont présentes sur le terrain, a-t-il dit, ajoutant que prétendre que les ONG sont expulsées du Soudan était très exagéré.  Le représentant a affirmé que son Gouvernement ne reviendrait pas sur sa décision qui, a-t-il dit, est légitime et souveraine.

Il a affirmé que son Gouvernement réitérait sa volonté de respecter les traités signés avec les Nations Unies et de donner suite aux besoins des populations en détresse.  Le représentant a, en conclusion, renouvelé son appel au Conseil de sécurité pour que celui-ci assume ses responsabilités et veille au rétablissement de la paix et de la sécurité au Soudan, au lieu d’essayer de créer des problèmes en violation des procédures du Conseil.  Il l’a ainsi exhorté à ne pas exploiter les questions humanitaires et de justice comme l’a fait la Cour pénale internationale sous peine de voir dérailler les progrès en vue d’un règlement politique.

M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a déclaré que les propos du Directeur d’OCHA à New York, M. Rashid Khalikov, suscitent des inquiétudes.  « Nous parlons de la vie de millions de personnes qui étaient heureuses de recevoir notre appui depuis des années », a-t-il affirmé, avant de préciser que cette question ne devrait pas être confondue avec d’autres questions à caractère politique.  Il a jugé « inacceptable » la décision du Soudan d’expulser 13 organisations non gouvernementales qui, a-t-il affirmé, va créer des dégâts irrémédiables et va à l’encontre tant de la Déclaration conjointe ONU-Soudan que des Accords de Doha.  Le représentant du Soudan a parlé de « seulement » 13 organisations non gouvernementales expulsées qui représentent 7% du nombre d’organisations sur place mais il s’agit en fait de 40 à 50% des capacités humanitaires qui ont été expulsées du Soudan, a fait remarquer M. Sawers.  Ces expulsions, a-t-il prévenu, vont priver de soins de base la population civile et risquent de créer, de ce fait, des épidémies, des soulèvements de la population civile et de nouveaux déplacements massifs, y compris en direction du Tchad.

« Les actions du Gouvernement du Soudan rendent plus difficile notre aide pour le Soudan », a déclaré le représentant.  Le Conseil de sécurité, a-t-il estimé, devra revenir sur la question une fois qu’il aura reçu le rapport d’évaluation qui sera présenté conjointement par OCHA et le Gouvernement du Soudan.  Le Royaume-Uni tient le Gouvernement soudanais responsable des souffrances de sa population, a ajouté M. Sawers, qui a jugé « inexplicable » que ce Gouvernement souhaite encore ajouter aux misères de son peuple.

M. CLAUDE HELLER (Mexique) a déclaré que la décision du Gouvernement soudanais de mettre fin aux activités de certaines ONG au Darfour était pour le moins regrettable, puisqu’elle ne fait qu’aggraver la crise humanitaire dans la région.  Il a lancé un appel au Soudan pour qu’il permette le retour des organisations expulsées.

Mme SUSAN RICE (États-Unis) a déclaré que la décision d’un seul homme menaçait la vie de millions de personnes en détresse au Darfour.  « Soyons clairs, a-t-elle lancé: il ne s’agit pas d’une crise créée de toutes pièces, comme semble le penser le représentant soudanais ».  La représentante des États-Unis a demandé que l’arrêté d’expulsion soit annulé, ajoutant que le Président Omar Al-Bashir avait créé cette crise et devrait maintenant y mettre fin.  L’insuffisance de l’approvisionnement en eau et l’absence de soins médicaux appropriés risquent d’aggraver une crise humanitaire déjà aigue, a poursuivi Mme Rice, qui s’est déclarée préoccupée par l’apparition de cas de méningite et d’autres maladies infectieuses dans les camps de réfugiés.  Elle a instamment demandé au Gouvernement soudanais de se pencher sur les problèmes liés à l’approvisionnement d’eau et d’abris dans les camps.  Chaque jour qui passe, le Président Al-Bashir tient une rhétorique de plus en plus dangereuse qui met en danger la vie de la population civile au Darfour qui dépend entièrement de l’assistance humanitaire.  La représentante des États-Unis a assuré que son pays, qui versera 1 milliard 25 millions de dollars en faveur de la population du Darfour en 2009, travaillera avec les autres membres du Conseil pour améliorer la situation au Soudan.  Avant de conclure, elle a émis l’espoir que le Conseil de sécurité parlera d’une seule voix.  « Certes, il y a certaines choses sur lesquelles nous ne serons pas d’accord, mais sauver la vie de civils innocents ne sera pas l’une d’entre elles », a-t-elle tenu à préciser.

M. JEAN-MAURICE RIPERT (France), après avoir condamné les récentes attaques contre la MINUAD, a dit souhaiter que les autorités soudanaises fassent en sorte que leurs auteurs soient arrêtés.  Il a souhaité en outre que le déploiement de la MINUAD s’achève rapidement.  M. Ripert a déploré à nouveau la décision soudanaise d’arrêter les activités de trois organisations non gouvernementales nationales au Dafour et d’expulser du Soudan 13 organisations non gouvernementales internationales qui bénéficient d’une réputation internationale de sérieux et d’impartialité.  La France, a-t-il dit, souhaite que les autorités soudanaises reviennent sur leur décision et a fortiori ne prennent pas de nouvelles mesures d’expulsion.  M. Ripert a affirmé que les agences arrêtées ou expulsées représentaient plus de la moitié de la capacité humanitaire opérationnelle au Darfour et a déclaré attendre les résultats de l’évaluation conjointe OCHA-Soudan sur les conséquences de la décision du Gouvernement.

Le représentant a rendu hommage aux différentes agences humanitaires.  Il a regretté la rudesse et la rapidité avec laquelle a été mise en œuvre la décision d’expulsion, ainsi que le harcèlement que subit le personnel humanitaire encore sur place.  Il s’est inquiété du sort des employés soudanais des organisations non gouvernementales expulsés et de celui des biens de ces organisations.  La protection des populations du Darfour est un enjeu pour de nombreux acteurs, à commencer par les autorités soudanaises qui doivent faire preuve de  responsabilité et respecter les principes du droit international humanitaire s’imposant à elles, notamment l’accès aux victimes et la protection du personnel humanitaire.

Les questions humanitaires et celles de justice pénale internationale doivent être absolument séparées, a affirmé M. Ripert, tout en rappelant au Soudan son obligation de coopérer avec la Cour pénale internationale.  S’en prendre à sa propre population n’est certainement pas la bonne réponse à cet égard, a ajouté le représentant.  Il a rappelé que la lutte contre l’impunité était indissociable de la recherche de la paix au Darfour comme ailleurs dans le monde et a dit attendre avec intérêt le débat du Conseil de sécurité du 26 mars, qui se fera en présence du Médiateur conjoint ONU-Union africaine pour le Darfour, M. Djibril Yipènè Bassolé.

M. YUKIO TAKASU (Japon) a relevé les conséquences déjà constatées sur le terrain, après la décision du Gouvernement soudanais de révoquer les autorisations des plus grandes organisations non gouvernementales (ONG) au Soudan.  Il a noté en particulier la fermeture de centres médicaux et une pénurie en eau dans certains camps.  L’ONU ne peut accomplir le travail des ONG expulsées en leur absence, et il faudra du temps aux organisations nationales pour prendre leur place, a-t-il fait remarquer.  Le 8 mars, le Japon avait décidé de verser 34 millions de dollars en appui aux activités de l’ONU et des partenaires pour le Plan de travail 2009 concernant le Soudan, a annoncé M. Takasu.  Soulignant le rôle indispensable des ONG nationales et internationales, il a exhorté le Gouvernement soudanais à revenir sur sa décision.

Le représentant du Japon s’est aussi inquiété des déclarations du Président Al-Bashir sur la « soudanisation » des opérations de secours, appelant à ce que l’ONU ne soit pas exclue de la mise en œuvre et du contrôle de l’assistance humanitaire.  Il a appelé le Conseil de sécurité à faire en sorte que soient appliquées ses décisions précédentes sur un accès sûr et sans entrave aux organisations humanitaires.  Il a aussi demandé au Gouvernement du Soudan d’honorer ses engagements et d’agir de manière responsable, considérant que la décision de la Cour pénale internationale (CPI) ne doit pas modifier ses obligations.

M. THOMAS MAYR-HARTING (Autriche) a déclaré que l’expulsion de 13 organisations non gouvernementales avait creusé un grand vide dans la chaîne de distribution de l’aide humanitaire.  Conformément à l’appel lancé par l’Union européenne, l’Autriche demande au Gouvernement du Soudan de remplir ses obligations vis-à-vis de la population civile, a dit le représentant.  L’Autriche lui demande également de veiller à la sécurité des personnels humanitaires et de l’Opération hybride ONU-Union africaine (MINUAD), a-t-il ajouté.

M. ZHANG YESUI (Chine) a dit attendre avec intérêt le rapport d’évaluation qui sera présenté conjointement par l’équipe OCHA et le Gouvernement du Soudan.  Il a souhaité qu’il soit possible de trouver une solution à la crise et de permettre un accès sans entrave de l’aide humanitaire aux populations du Darfour.  La question du Darfour est complexe, a déclaré le représentant.  C’est pourquoi, il a estimé que la décision de la Cour pénale internationale avait eu des effets négatifs.  Il a ajouté que le Conseil de sécurité devrait avoir une discussion sur la situation au Darfour afin d’adopter une stratégie pour le Darfour et aller de l’avant de manière équilibrée vers un règlement durable du conflit.

Constatant que la présente réunion du Conseil de sécurité se fait dans l’urgence, M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que cela montre qu’il n’existe pas de stratégie coordonnée du Conseil de sécurité face à la situation au Darfour.  Si c’est là le résultat d’une politique donnée, c’est une politique dangereuse dont les effets négatifs se feront vite sentir sur les populations du Darfour et d’ailleurs, a-t-il ajouté.  Pour M. Churkin, le Gouvernement du Soudan doit continuer à maintenir le dialogue sur la présence des organisations non gouvernementales dans le pays.  Toute l’aide humanitaire nécessaire doit être accordée à la population du Darfour, a-t-il ajouté.

La situation humanitaire au Darfour, a rappelé le représentant, est complexe et elle résulte d’une confrontation entre le Gouvernement du Soudan et des groupes armés.  La normalisation humanitaire est impossible sans un règlement politique qui serait appuyé par la MINUAD, a affirmé M. Churkin, ajoutant que la communauté internationale doit agir d’une seule voix.  

M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a déclaré qu’il aurait été préférable d’attendre la semaine prochaine pour avoir une évaluation de la situation humanitaire.  Les leçons à tirer de cette situation, a-t-il dit, c’est que le souci de rendre justice ne doit pas contribuer à créer davantage de souffrances pour les populations civiles.  Le représentant a déploré l’expulsion des 13 organisations non gouvernementales du Soudan.  L’essentiel est de rétablir la confiance entre les autorités soudanaises et les ONG à l’avenir, a-t-il affirmé.

M. RUHAKANA RUNGUNDA (Ouganda) a déclaré que la situation humanitaire au Darfour avait été aggravée par l’expulsion récente des ONG du Soudan.  Il a exprimé sa préoccupation devant le nombre de cas mortels de méningite qui auraient pu être évités si des soins médicaux de base avaient pu être dispensés.  Le représentant a ensuite affirmé qu’il ne partageait pas le point de vue du représentant soudanais, selon lequel seules 7% des ONG avaient été expulsées.  En effet, a-t-il expliqué, les ONG concernées n’étaient peut-être que 13, mais il s’agissait des plus importantes, des plus connues sur le plan international et des plus efficaces, puisqu’elles fournissaient 50 à 60% de l’assistance humanitaire dans la région.  Aussi le représentant a-t-il demandé au Soudan d’agir de toute urgence pour remédier à cette situation et s’assurer que les populations qui vivent dans les camps bénéficient de l’aide dont elles ont besoin.

M. NEVEN JURICA (Croatie) a constaté qu’une fois de plus, le Conseil de sécurité se réunit pour constater une nouvelle dégradation de la situation au Darfour.  La décision du Gouvernement soudanais d’expulser des organisations non gouvernementales  est inacceptable, a-t-il affirmé, en estimant qu’elle pourrait provoquer des mouvements de populations vers le Tchad voisin.  Il a déclaré attendre les résultats de l’évaluation conjointe OCHA-Gouvernement soudanais.  M. Jurica a estimé que le Président Al-Bashir et son gouvernement avaient choisi une fois de plus de laisser la situation empirer.  Le Gouvernement du Soudan doit revenir sur cette décision « inhumaine et inacceptable », a conclu M. Jurica.

M. BAKI ILKIN (Turquie) a affirmé que l’assistance humanitaire au Darfour doit se poursuivre sans entrave.  C’est pourquoi, le Gouvernement soudanais doit revenir sans délai sur sa décision d’expulsion, a-t-il ajouté.  Le représentant a demandé au Secrétariat de mettre en place un plan pour combler à court terme le déficit humanitaire actuel et a dit attendre les résultats de l’évaluation conjointe OCHA-Gouvernement soudanais.  La Turquie poursuivra son assistance humanitaire bilatérale et son soutien à la MINUAD, a-t-il assuré.

M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a rappelé que la protection des civils était une considération prioritaire pour sa délégation, qui a déjà dit que l’expulsion des ONG était regrettable.  « Nous sommes convaincus que les responsables de crimes graves, comme celui de génocide, doivent être jugés », a-t-il ajouté.  S’agissant du Darfour, la délégation vietnamienne a toujours été en faveur d’un compromis entre respect des accords politiques et lutte contre l’impunité.  Elle a demandé à toutes les parties concernées de faire preuve de la plus grande retenue afin de pouvoir parvenir à une solution politique globale.

M. JORGE URBINA (Costa Rica) s’est déclaré satisfait par la tenue de cette réunion, qui est l’occasion de revenir sur une crise humanitaire de grande ampleur mettant en danger des centaines de milliers de personnes.  « Par le biais de cette séance, nous demandons à la communauté internationale de veiller à ce que cette situation ne s’aggrave pas », a-t-il poursuivi.  L’ampleur de la crise a été limitée grâce au travail d’ONG qui ont été expulsées du pays.  Le 8 mars dernier, à la suite de cette expulsion, l’OCHA avait estimé qu’un million de personnes n’auraient plus accès à l’eau potable ni aux services d’assainissement et qu’un 1,1 million de personnes cesseraient de recevoir une aide alimentaire.  Le Soudan doit se souvenir qu’il a pour obligation de protéger les civils, a souligné le représentant.  La « soudanisation » de l’assistance n’est pas crédible, a conclu M. Urbina, car il ne sera pas facile de remplacer 4 000 travailleurs humanitaires qui sont des professionnels.

M. ABDURRAHMAN SHALGHAM (Jamahiriya arabe libyenne), affirmant parler également en tant que représentant du pays qui préside l’Union africaine, a déclaré qu’il aurait préféré prendre connaissance d’abord des conclusions de l’évaluation conjointe OCHA-Gouvernement du Soudan pour avoir une vision plus claire de  la situation et ce, d’autant plus que le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires n’est pas encore revenu à New York.  Il a regretté que les États qui ont demandé cette réunion n’aient pas manifesté autant d’enthousiasme et de persévérance lorsque des avions bombardaient et bloquaient Gaza.  En tant que voisin du Soudan et président de l’Union africaine, la Jamahiriya arabe libyenne suit de près la situation au Darfour a affirmé le représentant.  Il a affirmé regretter la décision du Soudan d’expulser quelques organisations non gouvernementales mais a ajouté qu’il comprenait dans quelles circonstances cette décision avait été prise.  Il a estimé que la MINUAD ainsi que la Ligue des États arabes devaient être impliquées dans l’assistance humanitaire.  Il a dit espérer que la décision du Gouvernement du Soudan n’affecterait pas la poursuite de certaines organisations humanitaires et que celles expulsées seraient remplacées dès que possible par d’autres, qui pourraient être des organisations nationales.  Il s’est dit persuadé que le Gouvernement du Soudan s’occuperait de sa population du Darfour.  Il a souhaité recevoir au plus vite le rapport d´évaluation conjointe et a regretté la demande d’OCHA d’être présente aujourd’hui.

Le représentant a estimé que la décision d’expulsion prise par le Soudan était attendue après la décision de la Cour pénale internationale qui a créé une réalité nouvelle.  Il a affirmé qu’il était impossible de séparer la question de la Cour pénale internationale de la situation au Darfour.  Il a réitéré la position de son pays contre la poursuite du processus de la Cour pénale internationale.  Cela ne signifie pas que le Soudan ne réfléchit pas aux exigences de la justice, a-t-il affirmé, jugeant qu’il convenait de créer l’atmosphère nécessaire à la paix plutôt que de prendre des mesures qui risquent de compliquer les efforts en faveur de la paix et d’aggraver l’instabilité, comme cela a été le cas.  C’est pourquoi, a-t-il rappelé, l’Union africaine a adopté plusieurs décisions demandant au Conseil de sécurité d’invoquer l’article 16 du Statut de Rome pour suspendre la procédure à l’encontre du Président Al-Bashir.  Il a déploré le fait que le Conseil de sécurité n’en ait pas tenu compte.  Il a également regretté que le Conseil de sécurité soit utilisé comme un forum pour régler des comptes avec le Gouvernement du Soudan.

S’exprimant au nom de l’Union européenne, M. PETR KAISER (République tchèque) a annoncé que le 16 mars, les représentants de l’Union européenne s’étaient réunis pour condamner l’expulsion de 13 ONG internationales.  Cette décision constitue une menace directe pour la stabilité du Darfour, a-t-il ajouté.

Reprenant la parole, le représentant du Soudan a expliqué que la situation au Darfour avait été présentée de manière incomplète.  « Notre décision a été prise après avoir acquis la certitude que les ONG concernées avaient agi en violation de la législation soudanaise et des mesures adoptées par l’Assemblée générale sur les modalités de l’assistance humanitaire.  En outre, il a insisté sur le fait qu’elle ne comprenait pas la raison de cette réunion, alors qu’une équipe conjointe OCHA-Gouvernement du Soudan procède actuellement à une évaluation de la situation humanitaire et devrait présenter un rapport au Conseil de sécurité, jeudi prochain.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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