L’Assemblée générale adopte sans vote une résolution liant les changements climatiques et la sécurité internationale

3 juin 2009
AG/10830

L’Assemblée générale adopte sans vote une résolution liant les changements climatiques et la sécurité internationale

03/06/2009
Assemblée générale
AG/10830
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-troisième session

85e séance plénière - matin

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ADOPTE SANS VOTE UNE RÉSOLUTION LIANT LESCHANGEMENTS

CLIMATIQUES ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE

Les délégations reconnaissent toute la menace que représentent

 les changements climatiques mais sont divisées sur le rôle que pourrait jouer le Conseil de sécurité

L’Assemblée générale a adopté ce matin sans vote une résolution relative aux effets néfastes des changements climatiques et à leurs implications sur la sécurité internationale, par laquelle elle demande aux différents organes des Nations Unies d’intensifier leurs efforts dans leur examen de cette question.  Par cette résolution, l’Assemblée demande en outre au Secrétaire général de lui présenter, lors de sa prochaine session, un rapport détaillé sur les répercussions éventuelles des changements climatiques sur la sécurité.

C’est la première fois que les délégations parviennent à un consensus pour adopter une résolution qui établit le lien entre changements climatiques et sécurité internationale, s’est réjoui le représentant de l’Australie.  Face à la menace que représentent les changements climatiques, qui affectent particulièrement les petits États insulaires en développement, de nombreuses délégations ont insisté sur la volonté de compromis qui a abouti à ce texte, en rendant en particulier hommage au rôle joué par l’Indonésie. 

Toutefois, les déclarations ont aussi mis en lumière les difficultés à articuler précisément le rôle des différents organes des Nations Unies face aux problèmes de sécurité engendrés par les changements climatiques.  En particulier, les délégations ont montré des divergences sur le rôle que le Conseil de sécurité peut être amené à jouer. 

Aux termes de la résolution A/63/L.8/rev.1, qui était parrainée par plus de 90 pays, l’Assemblée générale, « profondément préoccupée par les répercussions que les effets néfastes des changements climatiques, notamment l’élévation du niveau des mers, pourraient avoir sur la sécurité, invite les organes pertinents de l’Organisation des Nations Unies à intensifier, dans le cadre de leurs mandats respectifs, les efforts qu’ils consacrent pour examiner et traiter le problème des changements climatiques, notamment les répercussions que ceux-ci pourraient avoir sur la sécurité ».  En outre, l’Assemblée générale « prie le Secrétaire général de lui présenter, à sa soixante-quatrième session, un rapport détaillé sur les répercussions éventuelles des changements climatiques sur la sécurité ».

La représentante de Nauru, qui, au nom des petits États insulaires en développement du Pacifique, présentait le projet de résolution, a affirmé que la région du Pacifique avait été constamment menacée par les effets néfastes des changements climatiques.  La vulnérabilité des îles du Pacifique résulte de leur petite taille associée au volume du grand océan qui les entoure, a-t-elle notamment expliqué. 

Les petits États insulaires en développement, dont ceux du Pacifique, ont à faire face aux effets immédiats des changements climatiques, parmi lesquels les inondations des zones côtières, où résident la majorité des populations, la submersion des terres, la perte de l’approvisionnement en eau potable, l’intrusion des eaux salées, la sécheresse, les dégâts dans les récoltes, la destruction d’infrastructures essentielles, la diminution de la biodiversité et une forte augmentation de l’incidence des maladies graves.  Dans la plupart des cas, ces impacts rendront inhabitables les îles du Pacifique, détruisant leurs cultures uniques et anciennes, a-t-elle ajouté.

Aucun pays n’est à l’abri des effets des changements climatiques, et les plus petits des États insulaires en développement seront les premiers affectés, a-t-elle estimé.  Selon la représentante, « la survie des États, leur souveraineté et leur intégrité territoriale, ainsi que l’impact sur leurs voisins constituent clairement une question relevant de la paix et de la sécurité internationales ». 

Les tendances actuelles indiquent que le monde « peut être confronté bien plus tôt que prévu à une urgence climatique », a-t-elle expliqué, invitant la communauté internationale à s’attaquer aux répercussions des changements climatiques sur la sécurité et à « agir maintenant ».  Les conflits sont d'ores et déjà, à ses yeux, exacerbés par les effets néfastes des changements climatiques, une situation appelée à empirer.  « La planète n’attendra pas plus longtemps d’autres débats sur l’aspect politique de ce sujet », a-t-elle assuré.

Si toutes les délégations qui ont ensuite pris la parole ont, elles aussi, insisté sur les différentes menaces que les changements climatiques font peser sur les États, le rôle du Conseil de sécurité, garant principal, aux termes de la Charte de l’ONU, de la paix et la sécurité internationales, est apparu controversé. 

Certaines délégations ont présenté des positions tranchées.  Le représentant de l’Argentine a ainsi estimé que la question des changements climatiques devrait être abordée sous l’angle du développement durable et que le Conseil de sécurité n’est donc « pas l’organe compétent pour examiner cette question ».  La représentante du Nicaragua a réaffirmé le rôle unique de la Convention-cadre des Nations Unies et du Protocole de Kyoto, ainsi que les attributions de l’Assemblée générale et du Conseil économique et social (ECOSOC) dans les domaines liés au développement durable, y compris les changements climatiques.  Elle a ajouté que le projet de résolution ne reconnaît au Conseil de sécurité que le mandat limité que lui a confié la Charte en matière de paix et de sécurité internationales, et lui demande de tenir des consultations régulières avec l’Assemblée générale.

La représentante du Brésil a affirmé que, s’il existe un lien clair d’une part entre changements climatiques et développement, et d’autre part entre développement et sécurité internationale, il n’y pas de lien direct entre changements climatiques et sécurité internationale.  Elle a ajouté que la présente résolution ne devrait pas être interprétée comme créant un tel lien. Le représentant de la Chine a, lui aussi, estimé que les changements climatiques sont avant tout une question de développement durable, qui devrait donc être traitée dans les instances ayant mandat dans ce domaine.

Au contraire, son homologue de la Suisse a regretté que les longues discussions n’aient abouti qu’à une « référence affaiblie » au Conseil de sécurité.  « Pour la Suisse, le Conseil de sécurité a un rôle à jouer pour faire face aux changements climatiques et à ses conséquences sur la sécurité internationale », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il eût préféré une « référence vigoureuse » à cet organe des Nations Unies. 

L’Indonésie, dont le « rôle capital » de « médiateur » et de « catalyseur » dans les longues et difficiles négociations qui ont finalement abouti au consensus a été salué à plusieurs reprises, a souligné la complexité de cette question.  Son représentant a estimé que le fait de trouver une solution au sein des organes compétents, comme l’Assemblée générale et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, permettra aux États Membres d’en « débattre efficacement ».  « Inviter tous les organes pertinents des Nations Unies, dans le cadre de leurs mandats, à intensifier leurs efforts en vue de s’attaquer aux effets des changements climatiques, leur permettra de travailler de façon coordonnée », a-t-il fait observer.

Le représentant de Bahreïn, au nom des États arabes, a affirmé que le maintien de la paix et de la sécurité internationales incombait au Conseil de sécurité, mais a reconnu que des « chevauchements » existaient en raison du rôle dévolu aux organes principaux des Nations Unies, comme l’Assemblée générale, ce qui va à l’encontre des objectifs et principes de la Charte.  De l’avis de sa délégation, la question des changements climatiques fait partie intégrale du développement durable.  C’est un sujet qui doit être examiné dans son ensemble, a-t-il dit, soulignant, à cet égard, la responsabilité principale de l’Assemblée générale, du Conseil économique et social (ECOSOC) et de leurs organes subsidiaires pertinents.  Il a insisté sur le fait que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques constituait l’instance appropriée pour examiner les risques liés aux changements climatiques.  La résolution, a-t-il poursuivi, ne devrait pas saper les compétences et les mandats des organisations qui traitent des changements climatiques.

Le représentant de Fidji s’est dit convaincu que la résolution pourrait paraître empiéter sur les domaines de compétence d’autres organes, mais a remercié les membres permanents du Conseil de sécurité qui « ont donné des conseils et non des leçons ».  

Son homologue des Maldives, pays particulièrement menacé par la hausse du niveau des mers, a estimé qu’il n’était plus temps de s’interroger sur l’instance appropriée pour débattre de la question des changements climatiques, dont il a rappelé les dimensions multiples, y compris morale, de développement, de sécurité et de droits de l’homme.  Il a rappelé que son pays avait participé au premier –et l’unique à ce jour - débat du Conseil de sécurité de 2007* sur les conséquences des changements climatiques sur la paix et la sécurité internationales, et a soulevé la question des changements climatiques auprès du Conseil des droits de l’homme.

« Nous n’accordons pas suffisamment d’attention à la menace sécuritaire que représentent les changements climatiques », a estimé la déléguée des Palaos.  « Les scientifiques nous disent de nous préparer à des crises humanitaires, y compris à des exodes; est-ce si différent à des préparatifs face à une menace comme la guerre?  Même le Secrétaire général des Nations Unies a comparé les effets des changements climatiques à ceux de la guerre. »  Elle aussi a estimé que tous les organes de l’ONU devraient agir de manière urgente, y compris le Conseil de sécurité.

Au nom de l’Union européenne, le représentant de la République tchèque a estimé que les changements climatiques constituent une menace universelle qui provoquera de nouvelles dynamiques de risques et de sécurité dans le monde entier, entre États et au sein des États, en intensifiant les conflits pour l’accès à des ressources de plus en plus rares, en provoquant des difficultés économiques et en créant ou amplifiant des migrations liées aux conditions environnementales, a ajouté le représentant.  Rappelant la réunion du Conseil de sécurité de 2007, il s’est dit convaincu qu’il était temps pour la communauté internationale de porter une nouvelle fois son attention sur cette question.

Le représentant des États-Unis a, pour sa part, estimé que la question des changements climatiques relève « à la fois de la diplomatie, de la sécurité nationale et du développement ».  Il a rappelé qu’« aucun des défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés n’a autant de conséquences à long terme ni de capacité à modifier le monde dans lequel vivront les générations futures que les changements climatiques ».  Le représentant du Japon a insisté, quant à lui, sur la nécessité d’adopter une approche axée sur la « sécurité humaine ».

Les autres pays suivants sont également intervenus à l’issue de l’adoption de la résolution: Haïti (au nom de la CARICOM), Îles Marshall, Tuvalu, Nouvelle Zélande, Îles Salomon, Canada, Chili, Samoa, Venezuela et Islande.

*     Le 17 avril 2007, pour la première fois de leur histoire, les membres du Conseil de sécurité s’étaient penchés sur les relations entre l’énergie, la sécurité et le climat

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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