ECOSOC: LES INTERVENANTS À UNE TABLE RONDE SOULIGNENT LES MENACES POSÉES AU DÉVELOPPEMENT PAR LA CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE

17 Juillet 2008
ECOSOC/6364

ECOSOC: LES INTERVENANTS À UNE TABLE RONDE SOULIGNENT LES MENACES POSÉES AU DÉVELOPPEMENT PAR LA CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE

17/07/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6364
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Conseil économique et social

Session de fond 2008

33e séance – matin

ECOSOC: LES INTERVENANTS À UNE TABLE RONDE SOULIGNENT LES MENACES POSÉES AU DÉVELOPPEMENT PAR LA CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE

Ils appellent à une action urgente et coordonnée qui prenne en compte les conséquences à long terme de la crise actuelle

Pour répondre à la crise alimentaire actuelle, il faudra aller au-delà des limites habituelles de l’assistance humanitaire, a affirmé, ce matin, John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies.  Il a estimé que la communauté internationale devait résoudre cette crise en examinant également les questions de nutrition, d’agriculture, d’éducation, de santé et de moyens de subsistance, qui sont toutes affectées par la flambée des prix des denrées alimentaires. 

M. Holmes animait la deuxième et dernière réunion-débat du segment du Conseil économique et social (ECOSOC) consacré aux affaires humanitaires sur le thème « Problèmes humanitaires liés à l’aide alimentaire mondiale, notamment le renforcement de l’action et de la coopération internationales dans ce domaine ».  Cette table ronde se tenait alors que l’Assemblée générale doit tenir, demain matin, une réunion sur la crise alimentaire et énergétique. 

La crise alimentaire exerce une pression terrible sur les familles les plus vulnérables qui doivent choisir entre acheter de quoi se nourrir ou payer pour des services de base dans les domaines de la santé et de l’éducation, a expliqué M. Holmes.  Dans ce contexte, il a appelé la communauté internationale à agir de façon urgente et coordonnée pour faire face aux graves conséquences de la crise, rappelant que le Secrétaire général avait créé l’Équipe spéciale sur la crise alimentaire dans cette perspective. 

M. John M. Powell, Directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a lui aussi insisté sur les conséquences de la crise alimentaire en matière de développement.  Il a souligné que 850 millions de personnes n’avaient pas suffisamment à manger et que la faim les privait de la possibilité de jouir d’une bonne santé, et ultérieurement, de possibilités de développement.  Il a indiqué que selon les évaluations actuelles, les populations les plus vulnérables ne disposaient presque plus d’alternatives pour faire face à la crise.  Elles se privent de soins de santé et d’éducation, tuent ou vendent leur bétail, éliminent les protéines et les fruits et légumes de leur alimentation, a-t-il par exemple indiqué. 

Le représentant a indiqué que le budget du programme de travail du PAM, prévu à 3,1 milliards de dollars début 2008, était maintenant estimé à près de 6 milliards.  Il a souligné l’importance de créer des partenariats et d’impliquer un nombre accru de donateurs pour répondre aux besoins.  Il a présenté le projet pilote « Acheter pour le progrès » comme étant un des outils de réponse à la crise.  Ce projet, a-t-il dit, met en contact les petits agriculteurs et les marchés, et il offre un niveau de demande garanti pendant plusieurs années aux exploitants.

Dans les pays les moins avancés, la crise alimentaire est une question de sécurité et représente une menace grave à la durabilité du développement, a pour sa part indiqué Mme Ismat Jahan, Représentante permanente du Bangladesh auprès des Nations Unies.  Exposant l’exemple de son pays, où 40% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, la panéliste a indiqué que la flambée des prix alimentaires avait un impact important dans tous les domaines et pourrait pousser 22 millions de personnes dans la pauvreté extrême.  Face à cette menace, elle a souligné les mesures prises par le Gouvernement du Bangladesh, dont l’élargissement des programmes de sécurité sociale, la distribution de semences et d’engrais, ou la facilitation de l’accès aux crédits agricoles.  Elle a aussi annoncé que son pays lancerait un programme visant à garantir un emploi à 2 millions de chômeurs ruraux, pour une durée d’au moins 100 jours chaque année. 

Tout en constatant que le Bangladesh avait pour l’instant réussi à maintenir l’offre alimentaire à un niveau suffisant, Mme Jahan a estimé qu’il fallait une solution durable à la crise, qui doit, selon elle, passer entre autres par l’élimination des subventions agricoles, l’élargissement de l’assistance liée à l’alimentation et une action pour renforcer la production agricole dans le monde en développement. 

M. Jama Gulaid, représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Swaziland, a mis en lumière la situation de ce pays qui fait face à la « triple menace » des changements climatiques, de la pire épidémie de VIH/sida au monde et de la flambée des prix alimentaires.  Il a expliqué que 69% de la population du Swaziland vivaient en dessous du seuil de pauvreté, et que la crise alimentaire mondiale exacerbait les vulnérabilités existantes causées par les sécheresses récentes et le taux de prévalence du VIH/sida.  Parmi les groupes les plus vulnérables, il a cité les ménages ayant à leur tête des personnes âgées ou des femmes.  Il a également parlé des orphelins, qui en 2007 représentaient 31% des enfants du pays.  M. Gulaid a rappelé qu’après une baisse de production alimentaire en 2006-2007, 40% de la population avaient requis une assistance alimentaire.  Dans ce contexte, il a noté que le Gouvernement et l’Équipe de pays des Nations Unies avaient travaillé en partenariat, notamment pour effectuer des évaluations des zones et des populations vulnérables. 

Mme Louise Cord, responsable sectorielle du Groupe de réduction de la pauvreté de la Banque mondiale, a pour sa part noté que la crise alimentaire avait un impact sur l’inégalité existant à l’intérieur des pays.  Plusieurs pays sont producteurs et ne bénéficient cependant pas de la hausse des prix alimentaires, a-t-elle fait remarquer.  Elle a constaté que pour faire face à la situation, les pays prenaient deux grands types de mesures: des interventions axées sur les marchés, telles que les restrictions à l’exportation et des mesures visant à créer des filets de sécurité sociale.  Elle a indiqué que la Banque mondiale s’employait à répondre aux besoins immédiats des pays, notamment par son programme de réaction rapide qui comprend des fonds d’affectation spéciale et des crédits à condition favorable.  Toutefois, elle a aussi insisté sur les actions de la Banque qui visent à fournir une assistance technique et financière pour stimuler la réponse agricole et à réexaminer les politiques ayant pu contribuer à la crise.   

Enfin, le Directeur général adjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Jim Butler, a fait part des mesures prises par son agence pour répondre à la crise.  Il a expliqué qu’à court terme, la FAO avait investi 40 millions de dollars dans 57 pays, en ciblant les petits agriculteurs notamment.  Il a aussi indiqué que la FAO dispensait des conseils aux agriculteurs afin de les aider à utiliser de façon plus efficace les engrais ou les semences, tout en leur offrant un soutien technique et politique. 

Quant à la réponse à long terme, il a souligné l’importance du modèle mis au point à la suite du Sommet de Rome pour améliorer la production agricole et accroître la sécurité alimentaire dans les communautés rurales.  En outre, il a affirmé qu’il fallait préserver les ressources naturelles, élargir l’infrastructure rurale, renforcer l’accès aux marchés et les connaissances, mais aussi les filets de sécurité.  Il a estimé que si cette crise était un défi sans précédent, elle offrait aussi une occasion unique de rendre l’agriculture plus profitable et de préparer ainsi la voie à une sortie de la pauvreté.  Pour ce faire, il a noté qu’il faudrait créer un environnement favorable permettant aux agriculteurs de tirer les bénéfices de cette hausse des prix. 

Dans l’échange qui a suivi avec les délégations, de nombreux représentants, dont celui de la France, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, et celui des Philippines, ont fait part de la nécessité de renforcer la capacité des pays à produire des denrées agricoles, mais également à acheter davantage d’aliments de manière locale et régionale.  Le représentant de la Malaisie, comme d’autres, a mis en lumière l’importance des filets de sécurité créés en faveur des populations vulnérables.  Enfin, de nombreuses délégations ont jugé qu’il fallait traiter des questions politiques ayant contribué à la crise. 

Répondant aux questions et remarques, M. Powell a insisté sur les solutions novatrices.  Il a ainsi parlé d’un nouveau partenariat du PAM « Sprinkles » créé pour aider les pays à développer un mélange vitaminé qui pourrait être saupoudré sur la nourriture de manière à en renforcer les qualités nutritives.  Sur la question des petits exploitants, Mme Jahan, du Bangladesh, a affirmé qu’il fallait améliorer leurs connaissances, notamment celles relatives aux marchés, afin qu’ils puissent tirer les bénéfices de la hausse des prix.  Mme Cord a quant à elle indiqué que les filets de sécurité sociale devenaient des éléments de plus en plus importants de la réponse à la crise.  M. Butler a émis l’espoir que la discussion d’aujourd’hui serve à stimuler la réflexion sur le cadre d’action complet proposé par l’Équipe spéciale du Secrétaire général et qui doit être discuté demain à l’Assemblée générale. 

Le Conseil économique et social poursuivra ses travaux demain, vendredi le 18 juillet, à 10 heures. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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