L’ECOSOC INSISTE QU’IL FAUT METTRE L’AGRICULTURE AU CENTRE DU DÉVELOPPEMENT POUR AUGMENTER LE REVENU DES RURAUX, QUI SONT LA MAJORITÉ DES PAUVRES

8 Juillet 2008
ECOSOC/6357

L’ECOSOC INSISTE QU’IL FAUT METTRE L’AGRICULTURE AU CENTRE DU DÉVELOPPEMENT POUR AUGMENTER LE REVENU DES RURAUX, QUI SONT LA MAJORITÉ DES PAUVRES

08/07/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6357
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2008

23e & 24e séances – matin & après-midi

L’ECOSOC INSISTE QU’IL FAUT METTRE L’AGRICULTURE AU CENTRE DU DÉVELOPPEMENT POUR AUGMENTER LE REVENU DES RURAUX, QUI SONT LA MAJORITÉ DES PAUVRES

Le développement rural, avec à son cœur l’agriculture, est un élément clef de la lutte contre la pauvreté et la faim, ont estimé, ce matin, les intervenants au débat du Conseil économique et social (ECOSOC) consacré aux questions de coordination.  Lors d’une table ronde organisée sur le thème du développement rural et des défis liés au bien-être social, experts et délégations ont mis l’accent sur l’importance de relancer les investissements dans le secteur agricole et de mieux coordonner les efforts déployés par l’ONU afin que l’agriculture bénéficie économiquement et socialement aux plus pauvres. 

L’ECOSOC poursuivait aujourd’hui son débat sur les questions de coordination, qui est consacré cette année au rôle du système des Nations Unies dans la mise en œuvre de la Déclaration ministérielle issue du débat de haut niveau de la session de fond de l’ECOSOC de l’année 2007, et par laquelle le Conseil avait lancé un appel au renforcement des efforts de lutte contre la pauvreté et la faim. 

Les secteurs agricole et rural ont pâti d’une baisse des ressources d’aide versées par les partenaires de développement et d’un sous-investissement, a constaté M. Antonio Pedro Monteiro Lima, Vice-Président de l’ECOSOC, en insistant sur la nécessité de mettre l’agriculture au centre des efforts de développement.  S’appuyant sur des chiffres publiés par la Banque mondiale, il a rappelé que 75% des pauvres du monde vivent en milieu rural, mais que le secteur agricole des pays en développement ne reçoit paradoxalement que 4% des ressources de l’aide publique au développement.  Pourtant, a-t-il poursuivi, la croissance économique générée par l’agriculture est de 2 à 4 fois plus efficace et plus favorable à l’augmentation du revenu des pauvres, quand on la compare à une croissance basée sur d’autres secteurs.

Dans ce contexte, deux panélistes ont présenté le cas du Mozambique, pays qui, selon M. Bunmi Makinwa, Directeur de la Division Afrique au Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), connait une des croissances les plus rapides et les plus soutenues d’Afrique.  L’exploitation des zones agricoles représente 24% de l’activité économique du pays, a-t-il précisé. 

M. Makinwa et M. Allan Jury, le Directeur de la Division des relations extérieures du Programme alimentaire mondial (PAM), ont mis en lumière les grandes lignes du projet pilote « Une ONU » auquel participe le Mozambique.  Ils ont expliqué que ce projet visait à améliorer et renforcer la coordination des activités opérationnelles de développement du système onusien implantées au niveau du pays et sous la direction claire du Gouvernement mozambicain, afin de les rendre plus efficaces. 

Les deux experts ont noté que les activités de l’ONU étaient centrées sur l’appui à l’agriculture, en précisant toutefois qu’il fallait placer ce secteur dans une approche plus globale de développement humain, étant donné que les personnes vivant en zones rurales sont affectées par les nombreuses lacunes existant en matière de santé et d’éducation.  Si on ne répond pas à ces besoins, il n’y aura pas de développement, a souligné M. Jury.  De nombreuses délégations, dont celles de la République-Unie de Tanzanie et de l’Algérie, ont exprimé leur soutien à ce point de vue, estimant qu’il fallait prendre en compte les multiples aspects du développement rural et y adopter une approche intégrée et équilibrée. 

L’importance de l’agriculture a aussi été soulignée lors du débat général qui a suivi l’échange interactif entre délégations et experts.  Ainsi le représentant d’Antigua-et-Barbuda, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, et la représentante de l’Indonésie, ont estimé que la réalisation des OMD exigeait que l’on accorde une priorité nouvelle au secteur de l’agriculture, particulièrement à la lumière des récentes crises alimentaire, climatique et énergétique. 

Pour progresser dans la réalisation des OMD, les délégations ont aussi mis l’accent sur le besoin de soutenir les efforts de coordination et de cohérence des Nations Unies.  Le représentant de la France, qui prenait la parole au nom de l’Union européenne, a noté dans ce contexte l’importance des travaux menés par le Conseil des chefs de secrétariat.  Il a en outre indiqué que l’appui fourni aux pays en développement devait prendre en compte les spécificités de chaque État afin d’offrir une réponse adaptée à ses besoins particuliers.  La mise en œuvre d’une approche différenciée selon chaque pays a été soutenue par les délégations de la Suisse, de la Malaisie ou encore de la Chine. 

Dans l’après-midi, le Conseil a tenu une table ronde sur le rôle qui lui incombe dans la prévention de la violence à l’encontre des femmes sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations.  Les délégations ont dialogué avec les Présidents des commissions techniques respectivement en charge de la condition de la femme, du développement social, des statistiques, ainsi que de la population et du développement, pour faire le point sur les actions menées dans ce domaine. 

Outre celles déjà citées, les délégations suivantes ont pris la parole au cours du débat général d’aujourd’hui: Fédération de Russie, Kazakhstan, États-Unis, Éthiopie, Bélarus, République du Congo et Nigéria.  La représentante de la Fédérationinternationaledessociétés de la Croix-RougeetduCroissant-Rouges’est également exprimée. 

Le Conseil économique et social poursuivra les travaux de sa session de fond de 2008, demain, mercredi, le 9 juillet, à 10 heures. 

LE RÔLE DU SYSTÈME DES NATIONS UNIES DANS LA MISE EN ŒUVRE DE LA DÉCLARATION MINISTÉRIELLE ISSUE DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU DU CONSEIL TENU LORS DE LA SESSION DE FOND DE 2007 (E/2008/21 ET A/63/83-E/208/77)

Table ronde sur le thème: « Développement rural et les défis reliés au bien-être social: perspective nationale »

Déclarations

M. ANTONIO PEDRO MONTEIRO LIMA, Vice-Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé des informations d’un rapport de la Banque mondiale selon lesquelles une croissance du produit intérieur brut (PIB) générée par l’agriculture est de 2 à 4 fois plus efficace lorsqu’il s’agit d’augmenter le revenu des pauvres, si on la compare à une croissance basée sur des activités provenant d’autres secteurs.  Il a indiqué que ce rapport préconisait de mettre l’agriculture au centre du développement afin d’atteindre, d’ici à l’année 2015, l’objectif que la communauté internationale s’est fixée de réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim.  M. Monteiro Lima a constaté que les secteurs agricole et rural avaient pâti d’une baisse de l’aide des partenaires de développement et d’un sous-investissement.  Il a précisé que d’après les statistiques de la Banque mondiale, bien que 75% des pauvres vivent en milieu rural, le secteur agricole dans les pays en développement ne reçoit que 4% de l’aide publique au développement (APD).  Il a estimé qu’il fallait être plus attentif à l’agriculture et y investir à nouveau.  Le Vice-Président de l’ECOSOC a par ailleurs expliqué que la question de l’agriculture ne devait pas uniquement être perçue sous l’angle de la productivité mais aussi, de plus en plus, à la lumière de ses incidences sur la société et l’environnement.  Il a indiqué qu’il fallait veiller à ce que l’investissement dans l’agriculture accroisse les perspectives économiques et sociales des populations les plus pauvres.

M. BUNMI MAKINWA, Directeur de la Division Afrique au Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a concentré sa déclaration sur la situation au Mozambique.  La population de ce pays d’Afrique australe, a-t-il dit, est de 20 millions d’habitants, dont 55% vivent en milieu rural.  Cinquante-deux pour cent de la population mozambicaine sont des femmes, a-t-il ajouté, et la croissance économique du pays au cours des dernières années a été parmi les plus rapides d’Afrique, de l’ordre de 6% à 7%.  L’intervenant a indiqué que l’exploitation des zones agricoles représentait 24% de l’activité économique du pays et que la modernisation de tous les secteurs de l’économie se poursuivait à un rythme soutenu.

Comment de tels progrès sont-ils reflétés au niveau social? s’est demandé M. Makinwa.  Soulignant que le Gouvernement du Mozambique considérait que le développement économique et l’essor social doivent aller main dans la main, il a noté qu’une croissance forte n’entraînait pas automatiquement la réalisation d’un progrès social durable.  C’est en ce sens qu’il a indiqué que le FNUAP jouait sur place un rôle de catalyseur de l’action sociale en faveur du bien-être des populations.  L’assistance aux jeunes, la promotion de la participation des femmes aux prises de décisions, ou encore le traitement des informations recueillies tirées du recensement en vue d’établir des données ventilées, sont les principales activités du FNUAP, a encore dit M. Makinwa.  Il a précisé que l’objectif des programmes du FNUAP était de renforcer la planification du développement, y compris celle du développement rural, en luttant contre les effets néfastes des inondations et des périodes de sécheresse.  Il a également insisté sur la nécessité d’améliorer la formation des personnels humanitaires et de faciliter la fourniture d’équipements techniques.  Traduire le développement économique en progrès social, voilà où se situe le cœur du débat, a-t-il conclu.

M. ALLAN JURY, Directeur de la Division des relations extérieures du Programme alimentaire mondial (PAM), est également intervenu sur le cas du Mozambique, pays pilote quant au programme « Une ONU ».  Il s’est félicité de l’appropriation qui a eu lieu dans ce pays concernant les projets et programmes de développement.  Une des grandes leçons à tirer de l’expérience de ce pays, a-t-il ajouté, est que la coordination n’est pas une fin en soi mais un outil pour parvenir à des objectifs.  Soulignant particulièrement le rôle joué par le PAM dans les activités de développement, il a mis en avant le soutien qu’apporte le PAM aux familles pauvres notamment en contribuant à la productivité des personnes par le soutien à l’agriculture.  Toutefois, il a précisé que l’approche à adopter devait être celle du développement humain car les personnes vivant en zones rurales souffraient de nombreuses lacunes de santé et d’éducation.  Si on ne répond pas à ces besoins, il n’y aura pas de développement, a assuré M. Jury.  Il a expliqué que l’augmentation de l’aide sociale permet de protéger les vies et les moyens de subsistance et a indiqué qu’il fallait concentrer les efforts sur des politiques permettant aux pauvres de saisir les opportunités qui peuvent s’offrir à eux.

M. Jury a par ailleurs insisté sur l’importance de la réaction aux catastrophes.  Il a indiqué qu’il s’agissait surtout d’inondations dans le cas du Mozambique.  Ces catastrophes naturelles ne sont pas des événements isolés, séparés du processus de développement, a-t-il fait remarquer.  Il a donc déclaré qu’il fallait se préparer à y répondre pour ne pas perdre les gains de développement réalisés jusque-là.  Il a constaté que les efforts déployés dans ce domaine avaient donné de bons résultats dans le pays.  Il a notamment précisé que la capacité du Gouvernement à traiter de ces situations s’était améliorée et que le pays avait moins besoin d’aide internationale que par le passé pour faire face aux effets de ces catastrophes.  Parmi les autres actions de l’ONU en faveur du développement rural, il a cité les programmes visant à étendre la protection sociale aux enfants vulnérables, à appuyer le secteur de l’éducation ou encore le programme d’emploi pour les jeunes adultes.  Toujours pour appuyer le développement social, M. Jury a mis en avant l’initiative « Achats pour le progrès » du PAM, qui permet aux petits exploitants agricoles de vendre notamment leurs excédents de récolte.  L’objectif, a-t-il poursuivi, est d’augmenter le revenu des petits exploitants et d’améliorer leurs conditions de vie.  M. Jury a enfin estimé que cette approche conjointe des Nations Unies, qui intègre développement rural et développement social, sous la direction claire d’une stratégie menée par le gouvernement du pays concerné, avait donné au Mozambique de bons résultats qui pourraient être transposés ailleurs.

Échange de vues interactif

Le représentant des États-Unis a demandé si le progrès social pouvait avoir en amont un impact sur le développement économique et comment, au Mozambique, était mesuré le succès des programmes de développement.

Le représentant de la République de Corée a quant à lui souhaité savoir où en étaient les stratégies de développement rural du Mozambique et si la promotion de la participation des femmes faisait l’objet de mesures incitatives.

Le représentant de la Bolivie a pour sa part demandé si les collectivités rurales étaient impliquées dans les activités de développement rural. 

Répondant aux questions des délégations, M. MAKINWA, du FNUAP, a indiqué qu’à ce stade le Mozambique n’était pas parvenu à faire des femmes une ressource humaine déterminante pour le développement du pays.  Leur autonomisation est cependant inévitable, car la situation exige d’encourager une contribution qui, couplée à celle des jeunes, pourrait être décisive, a-t-il dit.  Un certain nombre de femmes parturientes meurent en Afrique à la suite d’accouchement par manque de services de base, a continué M. Makinwa.  Il a ajouté que tant que sur le plan social il n’y avait pas de progrès majeurs et durables, les femmes ne seraient pas en mesure de jouer leur rôle.  Il a également noté que dans un pays où l’on ne mange pas toujours à sa faim, il reste difficile d’imaginer un développement économique qui ferait l’impasse sur une action sociale forte.  Il a par ailleurs signalé que l’implication des communautés locales était effectivement essentielle pour que celles-ci fassent entendre leur voix et informent régulièrement les partenaires au développement de leurs besoins.

M. JURY, du PAM, a pour sa part estimé que l’investissement dans l’autonomisation des femmes ne pouvait avoir que des retombées favorables, de même que la lutte contre les pandémies.  Il faut assurer une meilleure santé à cette force de travail potentielle en vue d’en tirer une valeur ajoutée déterminante, a-t-il dit.  Il a de plus souhaité que soit gardé à l’esprit le fait que pour de nombreux pays d’Afrique, l’enjeu à court terme restait d’intégrer certaines des populations les plus défavorisées dans un cadre qui est celui du marché de l’économie mondiale.  Dans ce contexte, une croissance qui se situerait autour des 10% serait forcément un plus, a-t-il ajouté, afin d’offrir des opportunités qui profiteront au secteur social.  Il a lui aussi appuyé l’idée selon laquelle la participation des communautés locales était un moyen de favoriser les progrès, les organisations non gouvernementales (ONG) jouant le rôle d’une courroie de transmission entre le terrain, les autorités locales et les organisations intergouvernementales. 

Le représentant de la République-Unie de Tanzanie a insisté sur les aspects multiples qui entrent en jeu dans la promotion du développement rural.  On peut toujours donner des intrants aux petits exploitants s’ils sont trop malades pour cultiver, mais on ne peut améliorer les petites infrastructures si les exploitants n’ont pas accès aux marchés, a-t-il par exemple souligné.  Il a ainsi plaidé pour une vue plus large du développement et de l’agriculture.  Il a d’autre part noté que pour de nombreux pays, dont le sien, il fallait être réaliste et que les allocations en faveur de l’agriculture ne pouvaient facilement être augmentées, en raison des contraintes existant sur le budget du Gouvernement.  Il a mis en avant le partenariat entre le secteur public et le secteur privé pour la promotion des services de développement en milieu rural.  Ce partenariat existe en Tanzanie, a dit le représentant, en demandant si une telle initiative avait été envisagée pour le Mozambique. 

Le représentant des Philippines a estimé que le succès du Mozambique était la combinaison de différents facteurs et a demandé des chiffres sur l’impact de l’APD dans le pays au cours des 10 dernières années. 

Pour sa part, le représentant de l’Algérie a insisté sur l’adoption d’une approche intégrée pour lutter contre la pauvreté et la faim.  Il a indiqué que l’accent devait être mis sur l’investissement, non pas seulement dans l’agriculture, mais aussi dans d’autres nombreux secteurs.  Il a demandé comment le PAM intégrait ses activités dans celles des autres agences des Nations Unies notamment. 

En réponse, le Directeur de la Division de l’Afrique au FNUAP a noté que le Mozambique était un très bon exemple de la coordination pour le développement.  Il a noté que le pays avait attiré de nombreux partenariats, surtout grâce à sa bonne gouvernance, ses bons liens avec ses partenaires internationaux et l’adoption de normes de responsabilisation par ses autorités.  S’agissant du projet pilote au Mozambique, il a expliqué que celui-ci avait débuté l’année dernière et qu’il était encore un peu tôt pour en connaître l’impact sur le développement.  Toutefois, il a fait observer que les indicateurs étaient très prometteurs.

Le Directeur de la Division des relations extérieures du PAM a déclaré que c’était le concept de « Une ONU » qui était un facteur important.  Les démarches globales sont très importantes, a-t-il insisté.  Il a argué qu’il fallait veiller à promouvoir tous les aspects du développement rural.  On a souvent fonctionné par modes: il y a ainsi eu la mode des infrastructures, ou celle du développement social par exemple, mais il faut un équilibre entre tous les éléments pour parvenir au développement rural, a-t-il estimé.  En ce qui concerne les résultats du projet pilote mis en œuvre au Mozambique, il a dit que la planification et la programmation étaient beaucoup mieux coordonnées qu’avant.  Mais l’important sera de voir comment cela se traduit sur le terrain, a-t-il ajouté, en rappelant que ce projet venait de débuter.

Avant la clôture de la réunion-débat, la représentante du Mozambique a ajouté que le programme de développement du pays incluait de manière transversale l’égalité entre hommes et femmes, la lutte contre le VIH/sida et la prévention des effets des catastrophes naturelles.  Elle a particulièrement insisté sur la question de la parité, qui est une des priorités du Gouvernement mozambicain.  En outre, elle a noté que tout le processus de développement du pays démarrait au niveau local et a ainsi souligné l’importance de la participation des agriculteurs dans ce contexte. 

Débat général

M. CONROD HUNTE(Antigua-et-Barbuda), qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a estimé que les discussions sur une réponse coordonnée du système de l’ONU aux problèmes posés par les besoins en matière de développement devraient être replacées dans le contexte de l’apparition de nouveaux défis mondiaux.  Il a ainsi indiqué que les crises alimentaire, climatique et énergétique avaient un impact négatif sur la réalisation des objectifs internationaux de développement.  La réalisation de ces objectifs exige que l’on accorde une priorité nouvelle au secteur de l’agriculture, a-t-il estimé.  Il a ajouté que les récents événements renforçaient la portée de la Déclaration ministérielle de 2007, et en particulier les recommandations qu’elle contient et qui ont trait au renforcement des capacités nationales qui permettraient d’analyser l’impact social du développement rural et agricole sur l’emploi et de moderniser les technologies mises au service de l’éradication de la pauvreté.  

Le représentant d’Antigua-et-Barbuda a ensuite souligné la nécessité de mener de front développement économique et développement social à travers une action collective impliquant pays développés et États en développement.  Il a souhaité que les pays industrialisés prennent d’urgence les mesures de correction économiques et financières qui permettraient aux pays en développement de devenir des parties prenantes au commerce mondial, et a demandé que ceci se fasse sur une base juste et équitable.  Le Conseil des chefs de secrétariat (CCS) des organismes des Nations Unies pour la coordination, travaillant en collaboration avec l’ECOSOC, doit faire plus pour renforcer le contrôle et la responsabilité en ce qui concerne l’activité intergouvernementale en matière de développement durable, a encore dit le représentant.  Il a en outre rappelé l’importance de l’Examen triennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies, qui est une instance mandatée par l’Assemblée générale pour catalyser la participation des autorités nationales à la préparation de l’agenda international de développement. 

M. JEAN-MAURICE RIPERT (France), qui prenait la parole au nom de l’Union européenne, a rappelé que la Déclaration  ministérielle adoptée l’année dernière par l’ECOSOC avait réitéré l’engagement pris par la communauté internationale d’éradiquer la pauvreté et la faim et de placer cet objectif au cœur de l’action des Nations Unies.  Soulignant le caractère multidimensionnel de l’Objectif nº1 du Millénaire pour le développement, M. Ripert a constaté que, dans leur ensemble, les progrès effectués masquaient la persistance d’inégalités entre les pays, et au sein même des pays, et que la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole risquait de remettre en cause les avancées accomplies.  Il s’est particulièrement inquiété de la situation de l’Afrique, et notamment des États les plus fragiles ou sortant de conflits, et a espéré que la réunion qui aura lieu à l’ONU le 22 septembre prochain permettra de discuter en profondeur de cette question.  Plus que jamais nous devons redoubler d’efforts afin d’avancer dans la lutte contre la pauvreté et la faim, a-t-il déclaré, en notant que l’Union européenne appuyait les actions entreprises par les Nations Unies en faveur de la réalisation des OMD. 

M. Ripert a déclaré que l’Union européenne était déterminée à faire de l’année 2008 une année charnière dans les efforts collectifs de lutte contre la pauvreté, dans le contexte du développement durable et de la mis en œuvre des OMD.  Il a rappelé que la réalisation des OMD devait être accompagnée d’actions et de politiques destinées à stimuler la croissance économique globale et inclusive, et qu’elle devait intégrer des questions horizontales telles que la défense des droits de l’homme, la promotion de la démocratie, l’égalité entre les sexes ou encore le développement durable.  À cet égard, il a constaté avec préoccupation le retard pris dans la réalisation de l’OMD nº7, relatif au développement durable, et a souhaité que le cycle actuel de la Commission pour le développement durable débouche sur des engagements ambitieux.  Par ailleurs, M. Ripert a insisté sur l’importance de prendre en compte les spécificités des pays partenaires pour offrir une réponse qui soit adaptée à leurs besoins.  Il a aussi souligné l’attachement de l’Union européenne aux efforts de coordination et de cohérence des Nations Unies, notamment par le biais du Conseil des chefs de secrétariats. 

M. USKOV (Fédération de Russie) est intervenu brièvement pour réaffirmer l’engagement de son pays à appliquer les recommandations contenues dans la Déclaration ministérielle de 2007.  Il a, à son tour, souligné l’importance de tenir compte, au plan stratégique, de la crise actuelle, qui conjugue les risques alimentaires, financiers et énergétiques, pour relancer les programmes de réalisation des objectifs internationaux de développement.  À cette fin, il a estimé que le fonctionnement de l’ONU devait être renforcé, en s’appuyant notamment sur un examen affiné de l’effet des crises en vue de mobiliser plus efficacement les ressources dévolues à l’application des mesures économiques et sociales de relèvement.  L’Organisation mondiale du commerce (OMC), les institutions financières et la société civile, doivent travailler en bonne intelligence pour identifier les besoins nationaux et régionaux, afin de prévenir l’éclatement d’autres crises et « inscrire dans la durée » les progrès enregistrés en matière de développement, a dit le représentant.

Mme ADIYATWIDI ADIWOSO ASMADY (Indonésie) a estimé que la situation mondiale actuelle, marquée par la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole ainsi que par les changements climatiques, posait des défis supplémentaires pour de nombreux pays en développement.  Elle a appelé au lancement d’efforts collectifs urgents pour traiter de ces crises afin de maintenir le cap dans la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan international.  Elle s’est félicitée des initiatives prises ces derniers mois, dont celles relatives à la lutte contre la crise alimentaire.  Elle a d’autre part salué l’établissement de l’Équipe spéciale chargée de trouver des solutions à la crise alimentaire qui est, selon elle, un outil important pour améliorer la coordination au sein du système de l’ONU.  Notant la nature multidimensionnelle de ces crises, elle a souhaité que soient déployés des efforts soutenus et concertés à court, moyen et long termes, aux niveaux national et international.  Elle a insisté sur l’importance de renforcer le secteur de l’agriculture et a dit que les stratégies adoptées à cet égard ne devaient pas uniquement renforcer la productivité et les capacités mais devaient aussi inclure des politiques de développement de l’infrastructure rurale et de l’agro-industrie.  Par ailleurs, la représentante de l’Indonésie a mis en avant la nécessité d’établir un mécanisme de suivi en ce qui concerne les politiques adoptées pour traiter de la crise alimentaire et a estimé que l’ECOSOC avait un rôle à y jouer.  Elle a aussi souligné l’importance des systèmes d’alerte précoce en matière de sécurité alimentaire.  Enfin, elle a noté les efforts de coordination du système des Nations Unies et a estimé que le travail de coordination du Conseil des chefs de secrétariats pourrait être amélioré si les États Membres étaient tenus davantage informés de ses activités.    

M. HAMIDON ALI (Malaisie) a estimé que l’ONU continuait de jouer un rôle crucial dans la promotion d’une approche en matière de développement tenant compte des particularités nationales.  Il a regretté que cette méthode soit négligée lors des négociations bilatérales sur la coopération, ce qui entraîne une mauvaise prise en compte de la perspective des pays récipiendaires de l’aide publique au développement.  M. Hamidon Ali a ainsi souhaité que soit renforcées les modalités d’évaluation des besoins des pays récipiendaires de l’aide en termes notamment de capacités.  Pour ce qui est du rôle de l’ECOSOC dans la coordination de l’action de l’ONU, le représentant a préconisé d’améliorer la relation entre le Conseil économique et social et le Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies pour la coordination.  Il a par ailleurs regretté qu’alors que le rôle crucial de la science et des technologies en matière de développement est largement admis, le rapport examiné ne contienne pas de référence aux activités « essentielles » de la Commission de la science et de la technique au service du développement.

Mme AIDA ALZHANOVA (Kazakhstan) s’est inquiétée de la situation qui prévaut actuellement au niveau mondial, et notamment de la hausse des prix alimentaires et énergétiques et des changements climatiques.  Elle a constaté que les problèmes liés à la flambée des prix des denrées alimentaires touchaient les pays importateurs et exportateurs de produits agricoles et menaient à une augmentation de l’inflation et du déficit budgétaire au sein des pays ainsi qu’à des troubles de la stabilité macroéconomique.  Elle a déclaré que la communauté internationale devait prendre des actions décisives pour stabiliser l’économie mondiale et qu’elle devait favoriser l’accès aux marchés des produits en provenance des pays en développement.  Elle a indiqué que son pays avait relevé le défi de cette détérioration économique et de l’inflation, en assurant la stabilité de l’économie locale.  La représentante du Kazakhstan a précisé que les actions de son gouvernement étaient centrées sur l’augmentation de la production agricole et des produits agroalimentaires.  De plus, elle a souligné que le Kazakhstan avait investi 185 millions de dollars pour renforcer sa sécurité alimentaire et que le pays subventionnait des crédits agricoles et des emprunts pour l’achat d’intrants et le financement de la production agricole locale.  Elle a ajouté que pour stabiliser les prix des principales denrées alimentaires, il fallait assurer un niveau alimentaire minimum à tous.  Elle a fait remarquer que son pays avait interdit provisoirement les exportations alimentaires et disposait d’une barrière douanière temporaire sur les denrées alimentaires.  Elle a finalement estimé que l’ECOSOC avait un rôle important à jouer, aux niveaux national et international, pour traiter de cette crise. 

M. OLIVIER CHAVE (Suisse) a déclaré que des progrès notables avaient été accomplis dans la réduction de la pauvreté et de la faim à travers le monde, mais que ces progrès ne sont pas uniformément répartis.  Cette réalité nous montre qu’il n’existe pas de panacée en la matière, a-t-il dit, et qu’il faut adopter des approches différenciées, adaptées à chaque pays.  Il a ajouté que les défis liés à l’éradication de la pauvreté et de la faim étaient de nature multidimensionnelle, l’action internationale devant donc couvrir un large spectre de secteurs sociaux et productifs.  M. Chave a ensuite attiré l’attention sur l’expérience et les expertises de l’ONU, qui pour la Suisse, est l’organisation la mieux équipée pour faire face à la complexité des phénomènes de la pauvreté et de la faim.  Pour réussir, nos efforts doivent être coordonnés avec soin, a encore dit M. Chave.  Ceci est particulièrement vrai au niveau des pays, car c’est là qu’il est finalement possible de faire une réelle différence.  Évoquant en outre le phénomène de l’urbanisation, le représentant suisse a indiqué que la réponse à apporter à ce défi appelait une approche intégrée du développement territorial.  L’urbanisation ne doit plus être seulement considérée comme un problème à résoudre, mais aussi comme une opportunité de développement durable, a-t-il souligné.  Il a enfin recommandé, afin de renforcer la cohérence entre les aspects politiques et opérationnels du système de l’ONU, que le segment de coordination de l’ECOSOC se penche systématiquement sur la mise en œuvre de la Déclaration ministérielle de l’année précédente. 

M. LIU LIQUN(Chine) a souligné les nombreuses causes de la pauvreté et de la faim et a estimé que les solutions à leur apporter devaient prendre en compte tous les aspects identifiés.  Il s’est félicité que les institutions de l’ONU aient utilisé leurs avantages respectifs pour renforcer la coordination et contribuer positivement aux efforts de lutte contre la pauvreté et la faim ces dernières années.  En outre, il a affirmé qu’il n’existait pas de recette unique aux problèmes à résoudre, et que les stratégies et politiques de lutte contre la pauvreté devaient prendre en compte les spécificités de chaque pays.  Le représentant de la Chine a averti que la flambée des prix alimentaires et du pétrole, les effets des changements climatiques et le ralentissement de l’économie pouvaient faire perdre aux pays les gains acquis en matière de développement.  Affirmant qu’il fallait soutenir les pays en développement, il a d’abord souhaité que la communauté internationale remplisse les engagements qu’elle a pris à différentes occasions, et notamment en ce qui concerne l’APD, l’accès aux marchés et l’allégement de la dette.  Le représentant a en outre mis en avant la nécessité de renforcer le soutien technique apporté aux pays en développement ainsi que leurs capacités pour les aider à faire face à ces problèmes.  Il a aussi demandé le renforcement de la coopération multilatérale qui doit, selon lui, se faire de manière intégrée.  La situation sans précédent dans laquelle nous sommes ne peut être réglée efficacement si on ne la traite que sur un seul plan, a-t-il insisté.  Il a indiqué que l’ONU devait poursuivre sa coordination interne et celle dont elle a besoin dans sa coopération avec d’autres partenaires pour pouvoir conjuguer tous les efforts déployés.

M. BRIAN YOUNG (États-Unis) a affirmé qu’il fallait aider les pays à se libérer par eux-mêmes du fardeau de la pauvreté.  Il a noté que la croissance moyenne mondiale devrait cette année s’établir autour de 6,5%.  Il a estimé que les défis majeurs en matière de développement devaient être relevés dans les pays d’Afrique.  Concernant les solutions débattues au sein de la communauté internationale pour sortir des crises énergétique et climatique, le représentant des États-Unis a relativisé l’idée selon laquelle les biocarburants aggraveraient ces crises.  Il existe d’autres facteurs aggravants, ce qui exige que notre approche soit basée sur une lecture objective des causes, a-t-il dit.  Il a également affirmé que l’augmentation de l’APD n’était pas une solution définitive, les investissements privés étant plus à même de faire la différence sur la durée en permettant aux pays de renforcer leurs capacités et, partant, de s’approprier l’effort de développement.

Présentation du rapport du Secrétaire général (A/63/83-E/2008/77) et suite du débat général

M. THOMAS STELZER, Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations, a présenté le rapport du Secrétaire général sur le « Rôle du Conseil économique et social dans l’application et le suivi intégrés et coordonnés des textes issus des grandes conférences et réunions au sommet organisées sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, compte tenu des dispositions des résolutions pertinentes de l’Assemblée générale, dont la résolution 61/16 » (A/63/83-E/2008/77).  M. Stelzer a indiqué que dans ce rapport, le Secrétaire général a rappelé que depuis la tenue des grandes conférences des années 1990 et du Sommet du Millénaire, un consensus mondial avait émergé sur les politiques et les actions nécessaires pour lutter contre la pauvreté et parvenir au développement durable.  Il a constaté que chaque conférence s’était penchée sur une dimension différente du développement, mais que ces questions étaient pourtant inévitablement liées.  Il a déclaré que les objectifs convenus à l’issue de ces réunions ne pouvaient être réalisés que de manière intégrée et a donc noté qu’une approche globale avait été adoptée pour procéder au suivi de la mise en œuvre et de l’application des programmes et des recommandations issus de ces conférences. 

Le Sous-Secrétaire général aux affaires interorganisations a déclaré que le rapport du Secrétaire général mettait en exergue le rôle central que joue l’ECOSOC dans ce processus de suivi, précisant que le Sommet mondial de 2005 avait souhaité renforcer cet organe pour qu’il soit plus unifié et mène les efforts de mise en œuvre.  Il a ainsi constaté que de nombreuses commissions avaient contribué aux discussions relatives au thème choisi cette année pour l’Examen ministériel annuel 2008, qui est celui de la réalisation du développement durable.  M. Stelzer a indiqué que le rapport soulignait l’importance de la collaboration entre les commissions, qui se fait grâce à des réunions conjointes notamment, et qui a permis de renforcer la cohérence politique en ce qui concerne les questions transversales.  Il a estimé que l’Examen ministériel avait renforcé la capacité de l’ECOSOC à travailler de manière coordonnée et a précisé que les présentations volontaires de rapports nationaux offraient une nouvelle opportunité de partage d’expériences dans la mise en œuvre des stratégies nationales de développement.  Évoquant le rapport, M. Stelzer a de plus estimé que l’Examen ministériel avait donné plus de visibilité et de profondeur au processus de suivi intégré et coordonné.  Il a suggéré que le Conseil économique et social envisage de faire un rapport, tous les trois ans, sur le suivi des grandes conférences. 

M. NEGASH KEBERET (Éthiopie), qui s’exprimait au nom du Groupe africain, a estimé que le segment de coordination de l’ECOSOC devait s’attaquer aux défis mondiaux en encourageant une action collective et intégrée.  Il a ajouté que l’ONU devait mettre l’accent sur la mise en œuvre de mesures durables de prévention et d’atténuation des risques.  Conformément aux recommandations de la Déclaration ministérielle de 2007, il est indispensable de coordonner plus efficacement la mobilisation internationale des ressources financières de développement en s’assurant que les engagements pris par les pays donateurs sont respectés, a dit M. Keberet.  À cet égard, il a salué le fait que les efforts déployés par l’ONU pour répondre aux crises alimentaire, énergétique et climatique se fassent dans un cadre élargi, qui prévoit notamment la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le représentant a souhaité que la communauté internationale soit « active, au lieu d’être réactive ».  Il a estimé qu’à cette fin il serait utile d’établir un partenariat mondial pour s’attaquer aux causes et aux répercussions de l’actuelle crise alimentaire et pour lancer un dialogue de haut niveau entre pays exportateurs et importateurs du monde développé et de celui en développement.  M. Keberet a par ailleurs souligné que les activités du système des Nations Unies devaient être conduites de manière à éviter les doublons et à promouvoir les processus de mise en œuvre des mesures prises sous l’égide du Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement (PNUAD).

Mme TAMARA KHARASHUN (Bélarus) a noté que l’éradication de la pauvreté et de la faim était une tâche essentielle de notre époque.  Dans ce contexte, elle a insisté sur le rôle du partenariat mondial aux fins du développement ainsi que sur le rôle des Nations Unies pour intensifier la coopération internationale.  Elle a indiqué que la croissance économique était influencée au premier chef par le commerce international et a estimé que sa libéralisation devait être accompagnée du développement du secteur industriel et de celui des autres secteurs productifs.  La représentante a en outre rappelé que le point de départ en matière de développement était de disposer de stratégies authentiquement nationales qui se fondent sur les spécificités de chaque pays.  Elle a mis en avant l’importance des résultats des négociations commerciales du Cycle de Doha, menées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté.  Elle a dit que le Bélarus était préoccupé par certaines réalités actuelles, telles que certaines décisions prises de manière unilatérale à des fins de coercition ou encore par ce qui apparaît comme une sorte de monopole détenu par certains pays en ce qui concerne le droit d’entrée à l’OMC d’autres nations.  La représentante a ensuite souligné le rôle clef que joue l’emploi et a salué l’initiative prise conjointement par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) en la matière.  Elle a aussi précisé que les commissions régionales avaient un rôle important à jouer, étant donné leur capacité à comprendre les spécificités qui devraient être respectées pour pouvoir réaliser ces objectifs.  La représentante a ensuite mis en lumière l’importance d’utiliser des technologies plus économes d’un point de vue énergétique.  Toutefois, elle a précisé que cela exigeait des investissements initiaux considérables.  L’accès à la technologie est un des problèmes majeurs à résoudre pour les pays en développement, a-t-elle ajouté, en affirmant que l’ONU devait jouer un rôle clef pour que l’accès aux technologies soit facilité.  Elle a rappelé la suggestion du Bélarus d’organiser, pendant la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, des débats thématiques consacrés à la création d’un mécanisme mondial pour l’accès à la technologie dans le domaine de l’énergie.

M. RAPHAЁL DIEUDONNE MABOUNDOU (République du Congo) a préconisé une meilleure intégration des objectifs de développement durable et des progrès scientifiques et techniques dans les programmes et activités opérationnelles de l’ONU en matière de développement.  Il a ajouté que les Nations Unies devaient s’assurer que les partenaires au développement assimilent les besoins spécifiques de chaque État afin d’aider les pays en développement à élaborer des politiques nationales cohérentes et viables.  Ceci devrait être fait en vue de permettre l’intégration de ces pays dans l’économie mondiale, notamment par la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Le représentant de la République du Congo a ensuite attiré l’attention des délégations sur le fait que les initiatives destinées à appliquer les décisions prises lors du Sommet mondial pour le développement durable de 2002 nécessitaient, pour leur bonne exécution, des fonds importants.  Toutefois, a-t-il dit, nous pensons qu’une attention soutenue doit être accordée à une meilleure coordination sous les auspices des Nations Unies, cela pour mieux canaliser les efforts à déployer et éviter les doubles emplois, comme le préconise la Déclaration ministérielle de 2007.  Évoquant la crise alimentaire, M. Maboundou a indiqué que le Gouvernement congolais venait d’adopter le Programme national de sécurité alimentaire visant le renforcement des capacités de production des acteurs.  Des mesures ont été prises pour faire face à la flambée mondiale des prix des produits de première nécessité, a-t-il dit. 

M. K. IBRAHIM (Nigéria) a estimé que le système des Nations Unies avait enregistré des progrès dans ses efforts de lutte contre la pauvreté, mais que ces succès modestes avaient été affaiblis par les déficits qui ont vu le jour dans le fonctionnement du partenariat mondial pour le développement, ainsi que par le manque d’une approche cohérente et coordonnée au sein du système de l’ONU, et par les crises alimentaire, énergétique et financière actuelles et les changements climatiques.  M. Ibrahim a déclaré que l’éradication de la pauvreté et de la faim était essentielle pour parvenir à l’objectif plus large du développement durable.  Soulignant l’importance de la coordination, il a salué l’initiative du Secrétaire général d’établir une Équipe spéciale pour les OMD, qui doit faire le suivi du respect des engagements internationaux pris dans ce domaine.  Il s’est aussi félicité de la création du Groupe directeur pour la réalisation des OMD en Afrique, créé afin d’accélérer les progrès sur ce continent.  Le représentant a d’autre part indiqué que l’expérience nationale du Nigéria avait montré que l’accroissement de la production agricole et le développement des infrastructures étaient cruciaux pour parvenir à l’éradication de la pauvreté.  Il a indiqué que l’agriculture était étroitement liée au développement rural et à la création d’emplois.  Dans ce contexte, il a estimé qu’une stratégie qui accorde une attention particulière aux petits exploitants agricoles tout en complétant l’efficacité de ce secteur par des investissements dans l’agriculture mécanisée, était la meilleure manière de traiter non seulement de la crise alimentaire mais aussi du lancement d’une révolution verte en Afrique.  M. Ibrahim a en outre réitéré l’importance d’un commerce international inclusif, d’investissements étrangers substantiels, de transferts de technologies et de fonds d’adaptation pour renforcer la promotion du développement durable et celle de la réalisation des OMD.  Enfin, il a estimé que le rôle des Nations Unies dans la lutte contre la pauvreté serait plus efficace si l’Organisation pouvait assurer la mise en œuvre de tous les engagements pris en faveur des pays en développement.  Pour que l’ONU joue pleinement son rôle, elle devra mener les efforts de mobilisation et de coordination des différentes interventions afin d’éradiquer la pauvreté, de renforcer les capacités et de partager les meilleures pratiques, a-t-il conclu. 

Table ronde sur le thème: « Le rôle du Conseil économique et social dans la prévention de la violence à l’égard des femmes sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations : Un dialogue avec les Présidents des commissions techniques »

Cette table ronde, animée par le Président de la Commission de la condition de la femme, et de la Commission justice et crime, M. OLIVIER BELLE (Belgique), était l’occasion pour l’ECOSOC de donner suite à la résolution 61/143 de l’Assemblée générale sur « L’intensification de l’action menée pour éliminer toutes les formes de violences à l’égard des femmes ». 

Dans cette résolution, l’Assemblée générale avait invité le Conseil et ses commissions techniques à examiner d’ici à 2008 la question de la violence à l’égard des femmes sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations et à fixer un ordre de priorités pour l’examen de cette question dans leurs programmes de travail à venir.  Elle a invité également ces organes à transmettre les résultats de cet examen au Secrétaire général pour le rapport qu’il lui présente chaque année.

Depuis l’adoption de la résolution de l’Assemblée générale, plusieurs commissions techniques ont commencé à étudier la façon dont la violence faite aux femmes avait eu des incidences sur leurs travaux, a indiqué le Vice-Président de l’ECOSOC, M. ANTONIO PEDRO MONTEIRO LIMA (Cap-Vert).  De l’avis de ce dernier, le Conseil a la possibilité de fixer de nouvelles priorités pour son prochain programme de travail afin de donner suite à la question de la violence à l’égard des femmes, notamment dans le cadre de sa fonction de contrôle des travaux des commissions techniques.  Ainsi, le Conseil pourrait étudier les moyens d’intégrer le débat sur cette question au prochain cycle de l’Examen ministériel annuel en 2010 et 2011, années au cours desquelles le Conseil s’intéressera, respectivement, à l’égalité des sexes et à l’éducation.

Mme LORENA GIMÉNEZ (Venezuela), Vice-Présidente de la Commission du développement social, a souligné que la Commission avait abordé cette question dans le cadre du thème prioritaire de sa quarante-sixième session, en février 2008, intitulé « Promouvoir le plein-emploi et un travail décent ».  Une discussion interactive a eu lieu, qui a porté sur trois questions principales liées aux violences contre les femmes dans le travail: les liens entre le travail décent et la discrimination sexiste, l’examen des développements récents concernant la participation des femmes au marché de l’emploi et les propositions de mesures ou de politiques visant à éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes.

Mme ELENA ZUÑIGA (Mexique), Présidente de la Commission de la population et du développement, qui s’exprimait par vidéoconférence, a souligné que les États devraient promouvoir l’égalité de fait entre les hommes et les femmes et garantir les normes juridiques visant à assurer les droits et libertés fondamentales des femmes.  Les États, a-t-elle ajouté, ne doivent pas se limiter à réagir aux actes de violence mais analyser les causes des inégalités qui conduisent à ces actes.  Elle a mis l’accent sur la nécessité de renforcer les bases de données sur les différentes formes de violences à l’égard des femmes et sur leurs causes. 

M. PALI LEHOHLA (Afrique du Sud), Président de la Commission de statistique, a notamment affirmé que la Commission, lors de sa trente-neuvième session, en février 2008, avait adopté une décision sur le sujet et l’avait transmise à l’ECOSOC, dans son rapport.  Celle-ci, a-t-il dit, approuve la formation des amis du Groupe de la présidence de la Commission en vue de conduire un examen technique approfondi d’indicateurs visant à évaluer la violence contre les femmes.  Le Groupe des amis est constitué notamment d’experts du Botswana, de la Bulgarie, du Canada, du Chili, du Ghana, de l’Italie et de la Thaïlande.  Son rôle consiste à permettre à la Commission de statistique de s’acquitter de la requête de l’Assemblée générale.

Lors du débat interactif, le représentant de la France, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a assuré que la lutte contre la violence à l’égard des femmes serait l’une des priorités de la présidence française de l’Union européenne.  Il s’est notamment félicité du lancement par le Secrétaire général de sa Campagne pluriannuelle à l’échelle du système des Nations Unies pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, du renouvellement par le Conseil des droits de l’homme du mandat de la Rapporteure spéciale sur la violence à l’égard des femmes, ses causes et ses conséquences et, récemment, de l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1820 (2008) sur les violences sexuelles commises dans les conflits armés.  Il a demandé en particulier comment l’ECOSOC pouvait contribuer à l’effort du système des Nations Unies pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, et contribuer ainsi à réaliser à la fois les droits des femmes et les Objectifs du Millénaire pour le développement.

Le représentant des Philippines s’est interrogé en particulier sur les moyens à mettre en œuvre pour appliquer de manière plus pragmatique sur le terrain les programmes des Nations Unies visant à lutter contre les violences faites à l’égard des femmes.  La représentante d’El Salvador a estimé, de son côté, que les violences faites aux femmes devraient être au centre de tous les débats, à tous les niveaux.  Il faut investir dans les ressources et apporter une aide cohérente et intégrale, surtout dans les pays les moins avancés et les pays sortant d’un conflit, a-t-elle insisté.  Les résolutions des commissions techniques, a-t-elle souligné, sont essentielles pour entreprendre des mesures en vue de l’autonomisation de la femme. 

Son homologue du Congo a indiqué que son pays avait fait de la question des violences faites aux femmes une des priorités nationales dans le cadre du plan d’action en vue de l’autonomisation de la femme.  Le représentant de l’Indonésie a jugé que des efforts collectifs étaient nécessaires pour lutter contre ce fléau et que des partenariats entre toutes les parties prenantes devaient être mis en place.  Comment changer les pratiques et les conceptions du rôle de la femme dans les sociétés? a-t-il demandé.  La déléguée de la République de Corée a exhorté toutes les commissions techniques à poursuivre l’examen du thème des violences faites aux femmes.  Elle a demandé aux responsables de ces commissions d’indiquer les efforts qui seraient entrepris à l’avenir pour lutter contre ces violences et les thèmes prioritaires choisis pour l’année prochaine.

Même si le problème est extrêmement grave, il est aussi très complexe, a souligné M. BELLE, dans ses remarques de clôture.  Il convient, a-t-il ajouté, de disposer d’une variété d’outils pour le régler.  Il a mis l’accent également sur la nécessité de changer les mentalités et, dans le domaine de la prévention, être plus direct, en brisant, par exemple, la loi du silence.  Il a en outre souligné la nécessité d’être plus concret et plus pragmatique dans les actions à mener.  La volonté politique est essentielle à cet égard, a-t-il conclu.

Pour M. LIMA, la violence contre les femmes n’est que le reflet de la lâcheté des hommes sous tous les tropiques.  « Nous sommes tous des femmes martyrisées », a-t-il déclaré.  L’indifférence ou l’ignorance face à la violence contre les femmes peuvent être assimilables à un crime car nous laissons des situations intolérables se perpétuer, a-t-il ajouté.  Le Vice-Président de l’ECOSOC, qui s’est dit révolté face à ce fléau, a également dénoncé vigoureusement l’utilisation, qu’il a qualifiée de malsaine, du corps de la femme dans les revues ou dans la publicité, laquelle renvoie, a-t-il dit, une image dégradante de la femme, perpétuant le machisme et rabaissant l’être humain. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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