ECOSOC: LA RÉALISATION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE PASSE PAR LA RELANCE DE L'AGRICULTURE ET LA LUTTE CONCERTÉE CONTRE LES EFFETS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

1 Juillet 2008
ECOSOC/6351

ECOSOC: LA RÉALISATION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE PASSE PAR LA RELANCE DE L'AGRICULTURE ET LA LUTTE CONCERTÉE CONTRE LES EFFETS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

01/07/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6351
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2008                                    

15e séance –après-midi


ECOSOC: LA RÉALISATION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE PASSE PAR LA RELANCE DE L'AGRICULTURE ET LA LUTTE CONCERTÉE CONTRE LES EFFETS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES


Le débat général de haut niveau de la session de fond de 2008 de l’ECOSOC s’est ouvert aujourd’hui


Au premier jour du débat général de haut niveau de la session de fond de 2008 du Conseil économique et social (ECOSOC), une trentaine de participants, dont plusieurs ministres, ont pris la parole et se sont penchés sur les moyens à trouver pour réaliser les objectifs de développement dans un contexte mondial assombri par la confluence des crises alimentaire et financière et la montée du péril du réchauffement de la planète, dû aux changements climatiques.


La nécessité de respecter les engagements pris lors de la Conférence de Monterrey de 2002, qui avait pour but de mettre en place un cadre mondial de financement efficace du développement, afin de soutenir la promotion d’un développement durable, a été réaffirmée à maintes reprises par des délégations soucieuses de faire du développement une cause commune aux pays développés et en développement.


Dans la perspective de la Conférence d’évaluation de la mise en œuvre du Consensus de Monterrey, qui se tiendra à Doha, au Qatar, à la fin de l’année pour faire le point sur les progrès réalisés en matière de financement de développement et proposer des solutions innovantes pour répondre aux crises actuelles, les hauts responsables qui s’exprimaient au nom des États Membres ont insisté sur la nécessité de revitaliser le secteur agricole et d’atténuer les effets et l’impact des changements climatiques sur les économies les plus vulnérables. 


La Ministre de la planification du Chili, Mme Paula Quintana, a ainsi déclaré que le développement rural devait être orienté dans le sens des politiques d’éradication de la pauvreté et de gestion efficace des ressources naturelles.  Mme Quintana a également estimé que la crise alimentaire actuelle, « pour terrible qu’elle soit », était une occasion à saisir pour relancer le secteur rural -trop longtemps délaissé- et améliorer le bien-être de millions de personnes.  « L’agriculture et le mode de vie rural ne représenteront plus le passé mais plutôt un moyen actif et pertinent de construire l’avenir », a-t-elle dit, ajoutant que l’État aurait alors un rôle de correcteur des défaillances du marché à jouer.


La délégation de l’Égypte, pays touché de plein fouet par la crise alimentaire, est intervenue pour demander qu’au défi mondial posé par la flambée des prix des denrées de base, la communauté internationale devait répondre par une action forte et concertée.  Le Ministre égyptien du développement économique, M. Osman Mohamed Osman, a ainsi indiqué que les États Membres devaient tenir leurs engagements en intensifiant l’assistance technique et financière promise aux pays les plus sévèrement affectés par la sécheresse et la désertification.  Pour ce qui concerne le financement du développement, il a indiqué que, dans la perspective de la Conférence de Doha, les solutions innovantes à apporter aux nouveaux défis devaient faire l’objet d’une évaluation précise afin d’en connaitre le coût. 


D’autres délégations, dont celle des Philippines, se sont ralliées à ces commentaires en recommandant d’allouer une part significative de l’aide au développement au soutien à l’agro-industrie, ce qui permettrait de relancer l’emploi dans les zones rurales et y alléger la pauvreté.  La Directrice générale adjointe de l’Autorité nationale économique et de développement des Philippines, Mme Margarita R. Songco, a estimé que le contexte actuel exigeait d’améliorer l’accès aux services de protection sociale des poches les plus démunies de la population.  Elle a ajouté que l’un des axes de la politique sociale des Philippines était de permettre aux jeunes d’échapper aux pièges de la pauvreté intergénérationnelle.


La question de l’atténuation des effets des changements climatiques, priorité de l’actuel Secrétaire général des Nations Unies, a été abordée par l’ensemble des intervenants.  Plusieurs d’entre eux ont notamment répété que la majorité des pays les plus vulnérables aux incidences de la dégradation du climat étaient ceux qui y ont le moins contribué.


Le Ministre des affaires étrangères des Maldives, M. Abdullah Shahid, a souligné les difficultés auxquelles se heurtent les États insulaires pour concrétiser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Rappelant que la dégradation de l’environnement menaçait désormais l’existence même de ces États, il a qualifié d’« injuste » cette situation et a souhaité que la problématique du développement et celle des droits de l’homme -en particulier économiques, sociaux et culturels- soient traitées conjointement dans les grandes enceintes internationales. 


S’exprimant au nom de l’Union européenne (UE), le Représentant permanent de la France, M. Jean-Maurice Ripert, a, pour sa part, déclaré que les atteintes à la biodiversité réduisaient les perspectives de croissance, creusaient les inégalités et « appauvrissaient encore plus les pauvres ».  Parmi les menaces auxquelles il faut faire face, il a lui aussi identifié les changements climatiques, signalant la détermination de l’Union européenne de parvenir à un accord mondial sur cette question à Copenhague en 2009.  Illustrant le rôle moteur de l’Union européenne, il a rappelé que ses États membres s’étaient engagés à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020.


Outre ceux déjà cités, les pays suivants ont aussi pris la parole au cours du débat général de haut niveau: Moldova; El Salvador; Honduras; Bélarus; Bahreïn; Barbade; Kazakhstan; Fédération de Russie; Nicaragua; République du Congo; République dominicaine; Antigua-et-Barbuda, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine; Suède; États-Unis; Canada, s’exprimant au nom du CANZ; Équateur; Australie; Islande; et Tunisie.  Les représentants de la Convention sur la diversité biologique, de la Conférence des ONG, d’ATD Quart monde, d’IVSPRIMI-VIRI Instituteet de Netright World Network Orki Africaont fait une déclaration.


L’ECOSOC poursuivra son débat général de haut niveau demain, mercredi le 2 juillet, à 15 heures.



DÉBAT GÉNÉRAL DE HAUT NIVEAU


Déclarations liminaires


M. LÉO MÉRORÈS, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a déclaré que la hausse des prix des denrées alimentaires, une flambée sans précédent des cours du pétrole et la crise financière exigeaient une réponse collective.  Il nous faut engager un certain nombre de mesures s’inscrivant dans la durée pour remédier aux problèmes structurels et systémiques qui ont mis le monde dans l’état où il se trouve maintenant, a-t-il ajouté.  Pour le Président de l’ECOSOC, il est évident que le développement durable est la clef de la réussite des efforts de développement.  Il a aussi indiqué que le Conseil allait examiner au cours de son débat général non seulement l’application de la Déclaration ministérielle de 2003, mais également les nouveaux problèmes de portée mondiale, la bioénergie, la sécurité énergétique et alimentaire, ou encore l’atténuation des effets des changements climatiques et la promotion du développement rural.  M. Mérorès a déclaré que l’un de ses objectifs en qualité de Président du Conseil était de renforcer la participation de toutes les parties prenantes de l’ECOSOC.  Il a précisé que les participants au débat général auraient ainsi l’occasion de faire part de leurs recommandations, points de vue et idées au Conseil.  Comme cela se fera au cours du Forum pour la coopération en matière de développement, qui se tient parallèlement au débat de haut niveau, nous aurons également la possibilité d’examiner les problèmes de portée mondiale du point de vue de l’efficacité de l’aide, et de réfléchir sur la façon de mettre l’aide davantage au service du développement, a dit M. Mérorès.  


M. THOMAS STELZER, Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations, a présenté le rapport du Secrétaire général sur le deuxième Examen ministériel annuel (E/2008/12) ainsi que le rapport sur le débat thématique de cette année (E/2008/68).  Il a rappelé que le concept du développement durable, qui intègre la croissance économique, le développement social et la protection de l’environnement, incluait une perspective à long terme pour assurer le bien être des générations actuelles et futures.  Il a souligné que tous les États avaient souscrit à ce principe, qui était au cœur des Sommets de Rio, du Millénaire et de Johannesburg notamment.  Il a indiqué que malgré des progrès ces dernières années et une prise de conscience sur la nécessité d’agir, la situation continuait à se détériorer.  Il a précisé que les modes de consommation et de production non viables étaient au cœur de ce problème.  Notant que le processus d’intégration des trois piliers aux politiques nationales était un processus difficile, il a affirmé qu’il était essentiel que les pays élaborent des cadres politiques à cet effet, citant en exemple les stratégies nationales de développement déjà adoptées par 70 États.  Par ailleurs, il a fait valoir qu’en raison de l’ampleur de l’agenda de développement durable, aucun pays ne pouvait s’attaquer à cette tâche seul.  La participation de la société civile, des autorités locales, du secteur privé et du public est crucial pour une planification et une mise en œuvre durables, a-t-il ajouté. 


Insistant sur le défi posé par les changements climatiques, M. Stelzer a déclaré qu’il fallait opérer des changements dans les schémas et les modes de consommation.  Il a aussi mis en avant la nécessité de lutter contre la détérioration environnementale, telle que la perte des forêts ou de la diversité biologique, car cela pouvait contribuer aux défis de la réduction de la pauvreté et de la croissance économique.  En outre, il a plaidé en faveur d’efforts plus importants afin de transférer les technologies sur une base préférentielle, notamment en ce qui concerne les technologies qui permettent d’économiser et de faire un usage efficace des ressources. 


M. Stelzer a rappelé que le débat thématique de cette session de fond de l’ECOSOC était centré sur la promotion d’une approche intégrée au développement rural.  Il a indiqué que depuis l’adoption de la Déclaration ministérielle de 2003, des progrès avaient été faits, mais que de sérieux défis persistaient, notamment dans le renforcement des capacités locales et dans  l’autonomisation des communautés rurales.  Il a aussi noté que de nouveaux défis avaient émergé suite au ralentissement de l’économie mondiale et à la crise financière.  A la lumière de la crise alimentaire actuelle, la situation est alarmante, a-t-il poursuivi.  Tout en appelant à prendre des mesures immédiates pour protéger les plus vulnérables, il a souligné l’importance d’agir également à moyen et long terme pour promouvoir le développement rural et agricole.


M. RICARDO FRENCH-DAVIS, Président du Comité des politiques de développement (CPD), a noté que le défi posé au développement économique par les changements climatiques devenait chaque jour de plus en plus évident.  Les objectifs de réduction des gaz à effet de serre doivent être différenciés et négociés en s’appuyant sur le fait que si la responsabilité est commune, elle doit être graduée selon les régions du monde, a-t-il souligné.  Or la réduction des émissions dans les pays en développement nécessite des investissements, des innovations, et la mise sur pied d’une capacité institutionnelle, de sorte que ces pays ne suivent pas le même modèle de dépendance des énergies fossiles auquel se sont attachés les pays développés.  M. French-Davis a ajouté que cela supposait la définition urgente d’une stratégie de transition dans le domaine énergétique qui réoriente les investissements vers une plus grande efficacité énergétique et vers des alternatives renouvelables.


Pour le Président du CPD, une telle réorientation suppose un soutien significatif des pays développés, au travers de ressources financières, de transferts de technologies notamment.  Il a estimé que la coopération internationale était la seule voie pour répondre au défi des changements climatiques et pour parvenir à un développement durable.  Si le Plan d’action de Bali a établi une base claire pour la mise en place d’une coopération internationale sur la politique du climat, le niveau des engagements financiers et techniques doit être revu d’urgence à la hausse, a-t-il conclu.


Déclarations


M. ANDREI STRATAN, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l’intégration européenne de la République de Moldova, a souligné la nécessité d’avancer sur le front de l’environnement, compte tenu de l’impact des changements climatiques sur le développement.  Il a ajouté que la production de denrées alimentaires et leurs prix ont été affectés par la dégradation du climat.  Pour résoudre cette crise, il a préconisé la prise de mesures à court, moyen et long terme par les gouvernements nationaux soutenus par les mécanismes internationaux de développement.  M. Stratan a mis l’accent sur la nécessité d’entreprendre des actions spécifiques en faveur des pays en développement et en transition pour que ceux-ci puissent s’appuyer, entre autres, sur un secteur agricole performant.  Évoquant les approches en matière de développement, M. Stratan a expliqué que pour mieux lutter contre la montée des nouveaux défis, il fallait améliorer la gouvernance, soutenir le développement rural, et faciliter l’accès des populations fragilisées aux services sociaux de base.  Il a ensuite plaidé pour un renforcement de la coopération internationale technique et financière, qui est indispensable pour réaliser les objectifs de développement. 


À cet égard, M. Stratan a fait siennes les recommandations du Secrétaire général ayant trait à la réaffirmation de la volonté de tenir les engagements pris au titre du développement durable, notamment ceux relatifs au financement des programmes de pays.  Pour ce qui concerne la situation dans son pays, le Vice-Premier Ministre a indiqué que le Moldova avait défini de nouvelles cibles pour parvenir à l’horizon 2015 à une réduction effective de la pauvreté.  Il a signalé que dans un contexte international marqué par une confluence de graves crises complexes, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement exigeait un appui financier et technique soutenu.  C’est en ce sens qu’il a rappelé l’obligation faite aux États de stabiliser le système financier international et de faciliter l’accès des pays en développement aux nouveaux marchés. 


Mme MARISOL ARGUETA DE BARILLAS, Ministre des affaires étrangères d’El Salvador, s’est félicitée de participer à la première session de fond de l’ECOSOC qui comprend toutes les composantes issues de la réforme du Conseil, convenues en 2005.  Elle a indiqué que son pays avait mis en œuvre d’importantes réformes macroéconomiques et politiques en tant qu’éléments de sa stratégie pour lutter contre la pauvreté.  Elle a notamment expliqué que la stratégie visait à protéger les groupes les plus vulnérables, à réduire l’impact de l’augmentation réelle des coûts des services de base tout en maintenant la croissance économique afin de ne pas compromettre le potentiel de développement à l’avenir.  Tout en reconnaissant la responsabilité première des pays eux-mêmes en ce qui concerne leur développement, elle a estimé que ces États devaient pouvoir compter sur la coopération extérieure pour maintenir les efforts déployés dans le cadre national.  Insistant sur le cas particulier des pays à revenu intermédiaire, elle a espéré que la Conférence de Doha sur le financement du développement serait l’occasion d’obtenir des engagements précis de la part de la communauté internationale, et de promouvoir et de concrétiser l’aide au développement pour les pays à revenus intermédiaires.  Elle a rappelé que ce groupe comptait plus de 80 pays où se concentrent 41% des personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour.


La Ministre d’El Salvador a par ailleurs souligné les répercussions économiques des évènements récents sur les efforts nationaux et mondiaux déployés pour réaliser les OMD.  Elle a cité le coût élevé du pétrole, la fragilité des marchés et la spéculation financière, auxquels viennent s’ajouter des questions urgentes comme la crise alimentaire, les changements climatiques et les flux migratoires.  Tous ces facteurs simultanés nous obligent à trouver des solutions intégrées qui comprennent des mesures à court, moyen et long terme permettant de traiter de tous les aspects de ces crises, a-t-elle suggéré.  Mme Argueta de Barillas a enfin estimé qu’il fallait aborder ces graves problèmes de manière solidaire, lancer les actions de manière concertée et disposer de l’autorité suffisante pour gérer de manière adéquate les ressources mondiales. 


M. ABDULLAH SHAHID, Ministre des affaires étrangères des Maldives, a déclaré que les succès rencontrés par son pays en matière de développement économique et social étaient en grande partie dus à la réalisation de stratégies tenant compte de besoins nationaux clairement définis.  Il a précisé que les plans intégrés de développement des Maldives étaient basés sur la nécessité de sécuriser les côtes de l’archipel, prévenir le déclenchement de catastrophes naturelles et adapter les capacités des régions aux effets des changements climatiques.  Soulignant la vision à long terme des politiques de développement de son Gouvernement, M. Shahid a souligné les difficultés auxquelles se heurtent les États insulaires pour  progresser sur la voie du développement.  Il a estimé que la dégradation des conditions climatiques et de l’environnement menaçaient désormais l’existence même de ces États.  Qualifiant d’injuste cette situation, M. Shahid a souhaité que la problématique du développement et des droits de l’homme, en particulier les droits économiques, sociaux et culturels, soit traitée conjointement.  Il a évoqué à ce sujet le concept de développement durable et juste, autour duquel un dialogue devrait se tenir dans le cadre des travaux du Comité des droits de l’homme en vue de donner un élan nouveau à l’action internationale en matière de développement. 


M. EDMUNDO ORELLANA MERCADO, Ministre des affaires étrangères du Honduras, qui prenait la parole au nom des pays membres du Système d’intégration d’Amérique centrale ainsi qu’au nom du Brésil, a déclaré que les dirigeants de ces États étaient alarmés par les conséquences économiques et sociales des cours élevés du pétrole, et notamment par la hausse des prix des produits alimentaires au niveau mondial.  Il a estimé que la spéculation était à l’origine de cette hausse du prix du pétrole et a souligné que cela se traduisait par des effets négatifs et avait des conséquences sur le développement des pays en développement.  Les États membres du Système d’intégration d’Amérique centrale et le Brésil estiment que les Nations Unies ne doivent pas assister passivement à l’augmentation incontrôlable des cours des hydrocarbures, a-t-il lancé.  Il a ainsi demandé que l’Assemblée générale se saisisse de cette question, examine les causes de ce phénomène et trouve des mesures qui stabiliseront les prix.  Il a ajouté qu’il fallait mettre au point un plan d’action intégré qui permette d’établir un mécanisme durable pour éviter ce type de crise.


En ce qui concerne les biocarburants, M. Mercado a estimé que les projets et programmes qui y ont trait devaient être compatibles avec les programmes de sécurité alimentaire.  Il a aussi plaidé pour la recherche d’autres sources d’énergies renouvelables aux niveaux national et international.  En outre, il a souhaité que la communauté internationale unisse ses efforts pour accroître la production alimentaire et la productivité agricole tout en protégeant les ressources naturelles des pays.  Enfin, il a indiqué que les pays membres du Système d’intégration d’Amérique centrale considéraient que la migration est un droit de l’homme et ne peut être envisagée comme un délit.  Il s’est donc dit inquiet des nouvelles politiques migratoires mises en place par certains pays. 


M. NIKOLAI ZAICHENKO, Ministre de l’économie du Bélarus, a souligné que la politique économique de son pays reposait sur trois piliers: le développement durable, le développement social et la protection de l’environnement.  Le Bélarus prête une attention particulière au développement socioéconomique des régions, des villes petites et moyennes et des zones rurales.  Sa politique sociale vise à atténuer les aspects négatifs de l’économie de marché, tels que le chômage, la différenciation sociale et la diminution des activités de la société civile, a dit M. Zaichenko.  Le Bélarus s’efforce de trouver un équilibre optimal entre la libéralisation de l’économie et la protection sociale, a-t-il indiqué.


M. Zaichenko a souligné par ailleurs que la hausse des coûts de l’énergie représentait un grand défi à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Les Nations Unies devraient jouer un plus grand rôle à cet égard par la création d’un mécanisme permettant d’aider les transferts de technologie dans le domaine de l’efficacité énergétique et des sources d’énergies nouvelles et renouvelables.  Le Bélarus propose que l’Assemblée générale ait un débat thématique à ce sujet lors de sa soixante-troisième session.


Mme PAULA QUINTANA, Ministre de la planification du Chili, a déclaré que le développement rural devait être orienté dans le sens des politiques d’éradication de la pauvreté et du développement productif.  Les politiques agricoles permettent aux États d’intervenir à la façon d’un facilitateur, d’un correcteur des défaillances du marché, en se concentrant notamment sur le soutien aux petits exploitants, a noté Mme Quintana.  Elle a ajouté que l’appui au secteur agricole était également indispensable à une gestion plus efficace et porteuse des ressources naturelles.  La ministre chilienne a indiqué que l’agriculture et le secteur alimentaire de son pays étaient en pointe dans les domaines de l’innovation technique et dans l’incitation à créer des petites et moyennes entreprises.  Elle a souligné l’importance d’une relation de confiance forte entre sphères publique et privée pour parvenir à une intensification des gains de productivité agricoles. 


Mme Quintana a, à son tour, fait part de son inquiétude devant la montée des périls climatiques et financiers, dont la hausse des prix des denrées alimentaires est une des conséquences.  Elle a expliqué que le Chili soutenait les efforts du Programme alimentaire mondial et de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO) pour renforcer les fonds destinés aux opérations humanitaires d’urgence.  Se référant à la Présidente chilienne, Mme Quintana a ensuite estimé que la crise alimentaire actuelle, pour terrible qu’elle soit pour les pays touchés, était aussi une occasion à saisir pour relancer collectivement le secteur rural, trop longtemps délaissé, et améliorer ainsi le bien-être de millions de personnes.  En ce sens, a-t-elle dit, l’agriculture et le mode de vie rural ne représenteront plus le passé mais un moyen actif et pertinent de construire l’avenir.  


M. CHARLES MICHEL, Ministre de la coopération et du développement de la Belgique, a noté qu’alors que le droit à l’alimentation avait été consacré par les Nations Unies, la crise actuelle plaçait les populations des pays en développement dans des situations intenables et menaçait les progrès accomplis dans la réalisation des OMD.  Il a rappelé que lors de la conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire, tenue à Rome, il y a quelques semaines, il avait plaidé pour remettre l’agriculture au centre des priorités.  Ainsi, il a estimé que les pays donateurs devraient consacrer 10% de leur APD au développement de l’agriculture à l’horizon 2010.  Il a aussi suggéré de renforcer les achats locaux, qui ne représentent que 19% de l’aide alimentaire mondiale à l’heure actuelle.  Par ailleurs, il s’est réjoui que la Déclaration ministérielle qui doit être adoptée par l’ECOSOC jeudi identifie la question du transfert des technologies agricoles comme un objectif important à atteindre. 


Se penchant ensuite sur le défi des changements climatiques, M. Michel a déclaré que celui-ci nécessitait une action urgente.  Il a rappelé que les pays qui étaient les moins responsables de ce phénomène en étaient pourtant les plus affectés.  De plus, il a constaté que les changements climatiques avaient un impact direct sur la durabilité des actions de développement.  Il a cité une étude de la Banque mondiale, selon laquelle 55% des projets de cette institution sont sensibles au climat et 25% courent un risque substantiel d’être touchés par les effets des changements climatiques.  Il a ainsi mis l’accent sur la nécessité d’une coopération qui intègre les changements climatiques de manière horizontale dans ses travaux.  Il a aussi affirmé qu’il n’y avait pas de solution unique et qu’il fallait s’adapter à la situation spécifique de chaque pays.  Enfin, il a souligné l’importance renouvelée du renforcement des capacités afin de lutter contre les changements climatiques.  Il a déclaré que face à tous ces défis globaux et urgents, seule une action commune et conjointe permettrait d’apporter des réponses. 


M. OSMAN MOHAMED OSMAN, Ministre du développement économique de l’Égypte, a déclaré qu’il fallait endiguer les possibilités d’aggravation de la crise alimentaire.  Il a estimé que cette crise était un problème mondial, et qu’elle était due à des facteurs tels que les effets des changements climatiques, les politiques de subventions agricoles et l’augmentation de la production des biocarburants.  À ce défi mondial il nous faut trouver des réponses internationales et collectives dans un cadre de coopération où nous pouvons décider de mesures immédiates et à long terme, a dit M. Osman.  Le ministre égyptien a préconisé de multiplier les consultations interétatiques en vue de parvenir à un consensus au sein de l’Assemblée générale de l’ONU et de l’ECOSOC sur ces questions.  M. Osman a ensuite indiqué que, lors de la Conférence de Rome de juin, le Président Hosni Moubarak avait appelé de ses vœux l’établissement d’un partenariat mondial qui se pencherait sur les causes et les répercussions de la crise alimentaire. 


M. Osman a soutenu l’approche voulant que la sécurité alimentaire ne puisse être assurée qu’en augmentant une production des denrées alimentaires respectueuse de l’environnement.  Selon lui, le respect de l’environnement doit favoriser une gestion rationnelle et durable des ressources naturelles.  Concernant toujours le développement rural, le Ministre égyptien a dit que la communauté internationale devait prendre ses responsabilités en intensifiant son assistance technique et financière aux pays touchés par les sécheresses et la désertification.  Pour ce qui concerne le financement du développement, M. Osman a indiqué que dans la perspective de la Conférence de Doha qui aura lieu à la fin de l’année, les réponses innovantes aux nouveaux défis devaient faire l’objet d’une évaluation précise de leurs coûts.  Il a également souhaité que les pays les plus exposés aux effets des changements climatiques, à l’instar de l’Égypte, soient regroupés dans une liste prioritaire recensant leurs besoins les plus urgents aux plans financier et technique.


Mme FATIMA BINT MOHAMMED AL-BALOOSHI, Ministre du développement social de Bahreïn, a indiqué que la conférence de Bahreïn sur le développement urbain, qui s’est tenue le mois dernier, avait permis de montrer le rôle des villes dans le développement durable.  Elle a affirmé que son pays avait accueilli cet évènement car il était connu pour ses initiatives en matière de développement urbain et d’établissements humains.  Face aux difficultés auxquelles les pays sont confrontés, elle a mis en avant le rôle des villes en tant qu’outil pouvant servir à unir les efforts de développement économique et social.  Par ailleurs, elle a souligné l’importance qu’il y a à échanger les informations et les expériences en ce qui concerne les stratégies de développement urbain.  Elle a insisté sur le défi du développement des zones urbaines, particulièrement dans les pays les moins avancés.  Elle a affirmé que des plans et des stratégies devaient être adoptés pour surmonter la pauvreté dans les zones urbaines, et que ceux-ci devaient notamment inclure l’élément indispensable qu’est la justice sociale.  La Ministre bahreïnite a par ailleurs mis en avant la nécessité de faire participer les collectivités locales à la mise en place et au suivi des programmes de développement.  Elle a expliqué que cette question était entre autres liée au respect des priorités de chaque pays.  Enfin, elle a déclaré que les gouvernements devaient accroître leurs investissements dans les initiatives démographiques, et assurer les services de base dans les zones les plus pauvres et les bidonvilles tout en prenant des mesures pour lutter contre les effets des changements climatiques. 


M. DENIS LOWE, Ministre de la protection sociale et du développement urbain de la Barbade, a constaté que le Conseil se réunissait cette année dans une période de grande incertitude et de turbulences internationales.  La Barbade ainsi que ses voisins de la CARICOM ont une économie ouverte et modeste très sensible aux effets négatifs du ralentissement de l’activité économique mondiale et ils ont très peu de prise sur les événements.  Néanmoins, le Gouvernement de la Barbade entend mettre en œuvre une politique énergétique durable en subventionnant en particulier l’énergie solaire, a dit M. Lowe.


L’orateur a souligné par ailleurs le contrecoup de la hausse des produits alimentaires sur des économies fortement dépendantes des importations.  Son gouvernement est déterminé à intervenir sur le marché pour atténuer la hausse du coût de la vie, a-t-il dit.  Il est prévu en outre de libéraliser le commerce de gros et de détail ainsi que la filière des importations.  Des subventions sont à l’étude pour attirer les PME dans ces secteurs.  Le Gouvernement de la Barbade entend définir une politique de sécurité alimentaire destinée à maintenir à un bas niveau le coût des produits de base et à assurer l’approvisionnement de l’archipel en cas de catastrophe.  M. Lowe a appelé la communauté internationale à agir d’urgence pour résoudre la crise alimentaire mondiale.  Enfin, concernant les changements climatiques il a rappelé que les problèmes planétaires exigeaient des solutions planétaires.


M. NURLAN DANENOV (Kazakhstan) a estimé urgent que soient respectées les promesses de contributions faites au nom de l’aide alimentaire d’urgence.  Les États Membres, a estimé le représentant du Kazakhstan, doivent démontrer la volonté politique et la souplesse nécessaires pour mettre sur pied un nouveau régime commercial capable de fortifier la sécurité alimentaire.  Il a jugé important d’accroître les efforts visant à boucler le Cycle de Doha.  M. Danenov a souligné la nécessité d’évaluer les programmes en faveur des biocarburants afin de s’assurer qu’ils ne vont pas à l’encontre de la sécurité alimentaire.  Sur le plan intérieur, le Kazakhstan a pris des mesures pour atténuer l’inflation des prix des produits alimentaires et pour augmenter sa production agricole.  M. Danenov a ensuite énuméré les mesures prises par son pays pour s’inscrire dans un contexte de développement durable.  Un Code environnemental a notamment été adopté pour permettre d’harmoniser la législation nationale avec les meilleures pratiques en vigueur dans le monde.  Le Kazakhstan a par ailleurs entrepris avec succès de redonner vie à la mer d’Aral, a ajouté Nurlan Danelov.


M. A. YAKOVENKO, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a rappelé que la question du développement durable était une des priorités de la communauté mondiale et que les Nations Unies avaient un rôle clef à jouer dans ce domaine.  Tout en constatant les progrès effectués ces dernières années, il a estimé qu’il fallait rassembler davantage la volonté politique et les efforts de la communauté internationale afin de garantir la pleine mise en œuvre du Plan de Johannesburg.  S’agissant de la crise alimentaire et de l’instabilité financière de ces derniers mois, il a souligné la nécessité de prendre des mesures pour protéger les ressources naturelles, en assurer un usage efficace, et mettre en œuvre une transition vers des modes de vies moins consommateurs de ressources.  Le Vice-Ministre russe a dit que la Commission du développement durable était l’organe qui pouvait faire une contribution importante dans ce domaine, par les directives politiques qu’elle adoptera en 2009. 


M. Yakovenko a par ailleurs fait part des efforts déployés par la Fédération de Russie pour traiter de la crise alimentaire.  Ainsi, il a expliqué que la Fédération de Russie avait pris des mesures pour développer sa productivité agricole et pour augmenter ses exportations alimentaires.  Il a précisé que le pays avait exporté 17 milliards de tonnes de semences l’année dernière, un niveau record.  S’agissant des biocarburants, il a affirmé qu’il fallait passer aux technologies de « deuxième génération » qui produisent ces biocarburants en utilisant des sources non alimentaires.  Il a indiqué que la Russie considérait les biocarburants sous l’angle plus large des énergies renouvelables, qui sont devenues indispensables à la lumière de la nécessité urgente de garantir un changement qualitatif dans le domaine de l’usage efficace des différentes sources d’énergies.  Il a ajouté que la Fédération de Russie s’était engagée à réduire son intensité énergétique d’ici à 2020, et a expliqué que cela devait notamment être fait par la prise de mesures d’efficacité énergétique et environnementale dans les secteurs électrique, du bâtiment, du logement, des transports, et des services publics. 


Mme MARGARITA R. SONGCO, Directrice générale adjointe de l’Autorité nationale économique et de développement des Philippines, a estimé que la situation internationale commandait la mise en œuvre d’une approche intégrée destinée à revitaliser le secteur agricole.  Elle a expliqué que son pays avait entrepris à cette fin un programme de réformes agraires et de renforcement des capacités techniques.  Elle a également signalé que les Philippines s’étaient fixées comme objectif de développer d’ici trois ans le secteur de l’agro-industrie afin de relancer l’emploi dans les zones rurales et y alléger la pauvreté.  Mme Songco a précisé que la clef de voûte de la revitalisation de l’agriculture dans son pays reposait sur une coopération accrue entre petits exploitants et marchés urbains.  Elle a ajouté que dans ce contexte de développement, il était indispensable de renforcer l’accès aux services de protection sociale prévus pour les poches les plus démunies de la population.  Elle a indiqué que l’un des objectifs de la politique sociale des Philippines était de permettre aux membres les plus jeunes des fratries d’échapper aux pièges de la pauvreté intergénérationnelle.


M. VLADRAK JAENTSCHEK LUDWING, Vice-Ministre des relations économiques et de la coopération du Nicaragua, a déclaré que la coopération au développement avait besoin de trouver des mécanismes de coopération plus efficaces et d’élaborer un ensemble de principes sur lesquels asseoir un nouveau modèle permettant de combler les lacunes en matière de promotion du développement.  Soulignant la complexité de l’aide, il a affirmé que ces difficultés étaient particulièrement évidentes lorsqu’il fallait garantir l’alimentation pour la survie de la population.  Il a salué l’initiative du Secrétaire général de créer une Équipe spéciale de haut niveau sur la sécurité alimentaire.  Toutefois, il a souhaité que cette Équipe tienne un dialogue constant avec l’ECOSOC et l’Assemblée générale afin que toute stratégie soit approuvée par ces organes délibérants et que tous les pays puissent faire entendre leurs voix. 


M. Ludwing a rappelé que les mesures prises pour faire face à la crise alimentaire étaient destinées à réagir aux conséquences immédiates de cette hausse des prix.  Il a cependant argué que cette crise alimentaire était le résultat de plusieurs facteurs structurels profonds, et que la réponse à lui apporter supposait un changement radical dans l’ordre économique international et dans les politiques imposées par les pays riches, qui ont des effets néfastes sur le développement agroalimentaire des pays en développement.  Pour assurer le développement des pays du Sud et parvenir aux OMD, il a estimé qu’il fallait reconnaître l’importance fondamentale qu’il y a à voir les pays du Sud assumer leur développement sans être soumis à des conditionnalités.  Il a aussi souligné qu’il fallait une évolution vers un paradigme de développement où les ressources et la participation du Nord viennent s’ajouter aux transformations politiques, sociales et économiques qui se font jour dans les pays en développement.  Enfin, mettant en avant l’importance de reconnaître la responsabilité mutuelle des pays, il a déclaré que les politiques nationales ne pouvaient faire l’objet de conditions pour que les pays dans le besoin puissent recevoir des financements pour le développement.


M. LAZARE MAKAYAT-SAFOUESSE (République du Congo) a exprimé la profonde préoccupation de sa délégation devant les perspectives incertaines de l’économie mondiale et devant des perturbations économiques et financières qui risquent, a-t-il dit, d’anéantir les quelques avancées réalisées par de nombreux pays dont ceux de l’Afrique subsaharienne.  Le Gouvernement congolais s’emploie à mettre en œuvre son Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) élaboré en étroite concertation avec la société civile.  Il est complété par un système de suivi assuré par un Observatoire de la pauvreté et du développement humain indépendant, a dit M. Makayat-Safouesse.  Selon l’orateur, cette politique a permis de réaliser des progrès économiques notables.


Par ailleurs, le Gouvernement congolais vient d’adopter un Programme national de sécurité alimentaire complété par un programme d’urgence agropastorale en faveur d’un développement rural intégré, a-t-il poursuivi.  En raison de moyens limités, le soutien de la communauté internationale sera nécessaire pour la réalisation de ces différents programmes.  Enfin, concernant la fracture sociale, la République du Congo a défini un certain nombre de priorités, dont la santé et l’éducation.  Concernant la protection de l’environnement, le Gouvernement a pris des initiatives, que l’orateur a qualifiées de majeures, en coopération avec ses voisins du bassin du Congo.


Mme ROSALINA YNOA GONZALEZ (République dominicaine) a évoqué la crise multiforme actuelle: elle est alimentaire, économique, financière, sociale et environnementale, a-t-elle précisé.  Si des mesures ne sont pas prises, nous pourrions bien en arriver à une crise de gouvernabilité, a-t-elle estimé.  La République dominicaine, qui est disposée à assumer sa part de responsabilité, est particulièrement préoccupée par  l’absence apparente des principes de solidarité et de coopération de la part de certains secteurs de la communauté internationale dans le traitement de cette crise, qui met en lumière la vulnérabilité de nombreux pays.


Après avoir évoqué le renchérissement du prix de l’énergie qui risque d’entraîner dans la pauvreté plusieurs millions de personnes supplémentaires dans les Caraïbes, la représentante s’est inquiétée du fait que ce phénomène puisse être en partie dû à la spéculation.  Elle a évoqué une situation lamentable où prévalent l’appât du gain et le manque de sensibilité sur le sort d’autrui et du prochain.  Face à cette situation, le chef de l’État dominicain a proposé la création de deux fonds de solidarité destinés à aider les pays les plus vulnérables à affronter la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires, a dit Mme Ynoa Gonzalez.  Elle a émis l’espoir que la conjoncture actuelle permette de mobiliser les volontés.  Elle a mis en garde contre le fait que dans l’histoire tous les grands changements avaient été précédés par des cataclysmes majeurs.  De l’obscurité surgit la lumière, a-t-elle conclu.


M. CONRAD HUNTE (Antigua-et-Barbuda), qui prenait la parole au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a rappelé que cette réunion avait lieu alors que le monde faisait face à de nombreuses crises qui étaient liées et se renforçaient mutuellement.  Il a indiqué que de plus en plus, le monde se tournait vers les Nations Unies pour trouver un leadership pouvant permettre aux États de traiter de ces questions et qu’il serait donc vital que, cette semaine, le nouveau Forum pour la coopération en matière de développement et l’Examen ministériel annuel démontrent leurs capacités à élaborer de nouvelles recommandations audacieuses.  Insistant sur l’importance de la mise en œuvre, il a indiqué que l’ECOSOC devait examiner les progrès accomplis dans la réalisation des divers engagements et accords, identifier les contraintes, et faciliter les efforts requis pour les surmonter.  Il a estimé que cette session de l’ECOSOC devait montrer la capacité de cet organe à agir et à exercer sa responsabilité de coordination. 


Ainsi, M. Hunte a déclaré que le Conseil devait reconnaître l’impact qu’a le manque de cohérence des politiques macroéconomiques et commerciales mondiales sur la réalisation des objectifs nationaux et mondiaux de développement.  Il a aussi indiqué que l’ECOSOC devait commencer à se prononcer sur les résultats obtenus par les pays développés et ceux en développement, ainsi que sur des institutions internationales, en ce qui concerne le respect de  leurs engagements.  Il a aussi souhaité que le Conseil exprime sa grande inquiétude quant à la diminution de l’APD en 2006 et 2007 et au déclin systématique de l’APD destinée au développement rural et au secteur agricole.  En outre, le représentant a demandé que l’ECOSOC appelle à l’élimination des subventions commerciales et autres mesures prises par les pays développés qui entravent la capacité des pays en développement à maintenir une croissance économique soutenue.  Il a enfin souligné l’importance de reconnaître les circonstances spécifiques de chaque pays, y compris les PMA, les petits États insulaires en développement, les pays sans littoral en développement, les pays à revenu intermédiaire et les pays sortant de conflits.  


M. JEAN-MAURICE RIPERT (France), s’exprimant au nom de l’Union européenne, a noté que le débat de la session de fond de l’ECOSOC de cette année revêtait une importance particulière.  Il a ainsi souligné la première édition du Forum pour la coopération en matière de développement et souhaité que ce soit l’occasion de poursuivre le dialogue sur la mise en œuvre des engagements pris au Sommet mondial de 2005 et d’examiner les tendances de la coopération.  Il a de plus constaté que le thème de cette session, axé sur la réalisation du développement durable, était plus que jamais un défi, alors que la communauté internationale fait face à une flambée des prix alimentaires et de l’énergie et à des incertitudes concernant la stabilité financière internationale.  Il a affirmé que les atteintes à l’environnement réduisaient les perspectives de croissance, creusaient les inégalités et appauvrissaient les pauvres, notamment en Afrique.  Parmi les menaces à combattre, il a mis en avant les changements climatiques, et a fait part de la détermination de l’Union européenne pour que les États Membres parviennent à un accord mondial sur cette question à Copenhague en 2009.  Illustrant le rôle moteur de l’Union européenne, il a rappelé que celle-ci s’était engagée à réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020.


Par ailleurs, M. Ripert a fait valoir que l’Union était aussi déterminée à aider les pays en développement, en particulier les plus vulnérables.  Il a souligné l’importance de recourir à une palette variée d’instruments et d’opérer une transition vers une économie sobre en carbone.  Il a cité d’autres menaces environnementales qui nourrissent les changements climatiques, tels que la désertification, la perte de biodiversité ou la déforestation.  Il a déclaré que le développement durable était un des objectifs fondamentaux de l’Union européenne qui était déterminée à renforcer son partenariat avec les pays en développement.  Par ailleurs, M. Ripert a insisté sur la nécessité d’améliorer la qualité et l’efficacité de l’aide au développement et a indiqué que l’Union européenne s’appliquait à cette tâche en améliorant la division du travail entre donateurs et en améliorant notamment la prévisibilité de l’aide.  Enfin, le représentant a estimé que l’ECOSOC devait jouer un rôle renforcé dans le suivi des engagements pris par la communauté internationale en matière de développement durable.


M. ROBERT HILL (Australie), qui s’exprimait aussi au nom de la Nouvelle-Zélande et du Canada (Groupe CANZ), a rappelé que le Plan d’action de Bali avait jeté les bases d’une action concernant la lutte contre les changements climatiques à l’échéance de 2009.  Le CANZ entend jouer un rôle clef à cet égard.  Nos efforts doivent s’appuyer sur une compréhension commune de nos objectifs, a-t-il dit.  Le premier Forum pour la coopération en matière de développement revêt une importance particulière, a-t-il ajouté.  Sur le plan économique, il convient de ne pas trop noircir le tableau de la situation actuelle, a-t-il fait remarquer, estimant que depuis 2002, des progrès sensibles avaient été accomplis en matière de développement économique.  Mais certains de ces acquis risquent d’être compromis par la crise actuelle, a-t-il reconnu.


Le CANZ est convaincu que l’action à mener doit d’abord s’orienter sur les pays les plus vulnérables, par la relance en particulier de l’agriculture, a dit M. Hill.  Concernant le Cycle de Doha, un succès est nécessaire et le CANZ compte y contribuer, a-t-il ajouté. 


M. ANDERS LIDÉN (Suède) a déclaré que le rôle des Nations Unies dans la promotion du développement durable était crucial.  Il a affirmé que l’usage rationnel des ressources naturelles et la protection de l’environnement étaient indispensables pour parvenir à ce concept.  Insistant sur l’urgence de réagir aux effets des changements climatiques, il a rappelé que des importants écosystèmes étaient menacés de déclin et que des millions de pauvres étaient affectés par cette dégradation.  Il a noté qu’il fallait renforcer les connaissances existant sur le lien entre la résilience des écosystèmes, la résilience humaine et les changements climatiques, ceci pour améliorer les capacités de réponse.  Il a indiqué que le Gouvernement suédois intégrait les questions de durabilité dans ses politiques nationales.  Il a précisé que son pays avait élaboré une politique de développement mondiale, qui guide son action politique et vise à ce que la Suède contribue à un développement mondial équitable et durable.  Il a expliqué que le pays souhaitait mettre en place une coopération de haute qualité et plus efficace.  Par ailleurs, le représentant suédois a déclaré qu’il fallait à la fois agir sur le court terme et sur le long terme en matière de changements climatiques.  Il a fait part de sa préoccupation quant au manque de cohérence et de coordination qui caractérise la communauté des donateurs dans sa réponse aux changements climatiques.  M. Lidén a aussi affirmé que les donateurs devaient s’aligner sur les priorités nationales des pays bénéficiaires.  Il a précisé que le déficit de confiance entre pays riches et pays pauvres ne pourrait être dépassé sans honorer les engagements pris et sans maintenir un dialogue plaçant les parties sur un même pied d’égalité. 


M. ZALMAY KHALILZAD (États-Unis) a constaté que trop souvent les efforts internationaux n’allaient pas au-delà des exigences de l’assistance humanitaire.  Trop souvent ils pèchent par l’absence de développement économique réel.  Trop souvent, a-t-il encore ajouté, l’approche est celle de stratégies basées sur des programmes dont les résultats de la mise en œuvre ne donnent pas des systèmes cohérents en matière d’éducation ou de santé et ne permettent pas non plus de mobiliser des secteurs économiques prometteurs tels que l’agriculture ou l’industrie légère.


M. Khalilzad a évoqué les efforts entrepris par les États-Unis pour faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires dans les pays les plus affectés.  Des aides ont été prévues en particulier pour renforcer les agricultures locales.  Les États-Unis sont convaincus que la conclusion réussie du Cycle de Doha permettrait de réduire la volatilité des marchés agricoles en réduisant les tarifs douaniers et les autres barrières qui entravent le commerce des produits alimentaires.  Par ailleurs, le représentant a souligné que l’éducation avait un potentiel énorme pour permettre de briser le cycle de la pauvreté en donnant aux populations les connaissances de base nécessaires pour

travailler de manière plus productive et pour avoir accès aux emplois.  Le problème, a-t-il souligné, vient en partie du fait que nous sommes organisés  pour fournir des services ou des programmes aux populations, mais pas pour renforcer les capacités locales qui pourraient le faire.


Mme MARIA FERNANDA ESPINOSA (Équateur) a fait remarquer qu’en raison des effets des changements climatiques et des crises actuelles mondiales, la majorité des pays en développement ne pourraient atteindre les objectifs internationaux en matière de développement.  Soulignant le rôle de l’ECOSOC pour appuyer et soutenir le développement des États, elle a estimé que le Conseil devrait se transformer en organe de réglementation afin de parvenir à des résultats plus cohérents et efficaces.  L’absence de réponse de la part des pays développés face à leur responsabilité historique, en matière de lutte contre les changements climatiques, met en péril les progrès accomplis en faveur du développement durable, a-t-elle prévenu.  La représentante a déclaré que l’Équateur était conscient du principe de responsabilité commune mais différenciée.  Sur la base de ce principe, nous avons décidé de ne pas extraire des barils de pétrole afin d’éviter les émissions de gaz qui en résulteraient, a-t-elle indiqué.  Son pays, a-t-elle indiqué, subit un manque à gagner pour les 25 prochaines années.  « Nous avons consenti ce sacrifice mais la communauté internationale doit aussi assumer sa responsabilité », a-t-elle estimé.  La représentante a jugé nécessaire de repenser les politiques agricoles mondiales pour faire face à la crise alimentaire actuelle.  Elle a soutenu que la sécurité alimentaire était un droit qui ne pouvait être assujetti à des intérêts privés ou aux carences des politiques économiques mondiales.  À cet égard, Mme Espinosa a plaidé pour la révision des règles du commerce mondial, l’élimination des subventions agricoles et la conclusion des négociations du Cycle de Doha.  Enfin, elle a insisté sur l’importance de la coopération internationale pour parvenir au développement durable, précisant que celle-ci ne devait pas être assortie de conditions.


M. HJALMAR W. HANNESON (Islande) a indiqué que son pays était disposé à prendre sa part de responsabilité dans la lutte contre la crise actuelle.  Ainsi, le Gouvernement islandais a-t-il répondu à l’appel extraordinaire lancé par le Programme alimentaire mondial (PAM).  L’Islande estime par ailleurs que l’égalité des sexes et le rôle actif des femmes dans l’agriculture constituent des facteurs significatifs pour combattre les crises alimentaires.  C’est la raison pour laquelle l’Agence de développement internationale islandaise coopère avec ses pays partenaires dans la promotion de droits égaux pour les deux sexes et pour la participation active des femmes dans l’économie, ce qui a comme retombée de fortifier la sécurité alimentaire locale.


M. Hanneson a par ailleurs souligné l’importance d’avoir des pêcheries durables.  Il a rappelé que 95% des personnes dépendant de ce secteur vivaient dans le monde en développement: un milliard de personnes dépendent des pêcheries pour leur apport en protéines, a-t-il précisé.  Le représentant a signalé par ailleurs le rôle majeur que peut jouer la géothermie dans le contexte actuel de hausse des hydrocarbures.  Il a suggéré de s’inspirer de l’exemple islandais – où 100% de l’électricité et 75% des besoins énergétiques des foyers viennent de la géothermie ou de l’hydroélectricité.  Si l’Islande l’a fait, d’autres peuvent le faire, a-t-il ajouté, en reconnaissant que cela supposait des transferts de connaissances et de technologies.  Contrairement à ce que l’on croit, l’énergie géothermique est disponible dans de nombreuses parties du monde, a-t-il remarqué. Quant au potentiel hydroélectrique, il est considérable lui aussi, en particulier en Afrique.


M. HABIB MANSOUR (Tunisie) a estimé qu’avec le renforcement de son mandat, l’ECOSOC disposait de davantage de moyens pour jouer pleinement son rôle de mécanisme central de coordination, de suivi et de formulation cohérente de recommandations.  Face aux nombreux défis auxquels fait face la communauté internationale à l’heure actuelle, M. Mansour a appuyé l’appel à investir dans les secteurs à forte main-d’œuvre comme l’agriculture pour réduire la pauvreté rurale et désenclaver les zones les moins nanties.  Toutefois, il a noté que cette stratégie orientée vers le monde rural nécessitait des moyens financiers conséquents et des débouchés commerciaux prévisibles, qui faisaient défaut actuellement.  Il a suggéré d’examiner aussi d’autres options, comme la possibilité d’accorder des tarifs préférentiels en matière de transport de produits alimentaires ou l’octroi d’une aide d’urgence sous forme d’intrants agricoles à certains pays.  Il a aussi recommandé de fournir une assistance financière aux pays qui sont des importateurs nets de produits alimentaires pour alléger leur déficit budgétaire généré par la flambée des prix.  M. Mansour a toutefois estimé que l’action de la communauté internationale ne devait pas seulement s’inscrire dans une logique d’aide d’urgence.  Il a donc insisté sur l’importance d’une mobilisation nationale et d’une bonne gestion économique et politique, ainsi que sur la nécessité d’un engagement international sans failles et sans conditionnalités.  Enfin, il a fait part de l’appel lancé par le Président tunisien de prélever un dollar par baril de pétrole pour l’allouer au Fonds mondial de solidarité créé par l’Assemblée générale, ce qui pourrait ainsi permettre de financer des interventions relatives à l’accès à l’eau potable, à l’éducation et aux services de santé tout en appuyant, entre autres, les activités génératrices de revenus. 


Mme NANDHINI IYEN KRISHNA qui s’exprimait au nom de M. AHMED DJOGHALF, Convention on Biological Diversity, a cité Ban Ki-moon qui, a-t-elle rappelé, a déclaré hier à Tokyo que les priorités des Nations Unies étaient les luttes à mener contre les catastrophes naturelles, les changements climatiques, la crise alimentaire et la hausse des prix de l’énergie.  La représentante a noté que 2010 serait une année cruciale en ce qui concerne les décisions à prendre pour la préservation de la biodiversité.  En raison du rôle clef que joue l’ECOSOC par sa capacité à apporter une valeur ajoutée aux travaux des commissions chargées de cette question, l’oratrice a appelé à faire de l’Année internationale de la biodiversité un moment majeur en organisant, par exemple, un événement spécial sur le thème de la biodiversité pour le développement et l’accomplissement des Objectifs du Millénaire pour le développement.


M. LIBERATO C. BAUTISTA, Président de la Conférence des ONG (CONGO), a rappelé que son organisation s’est réunie du 27 au 30 juin à New York dans le cadre de son troisième Forum civil de développement sociétal (CSDF), lequel a produit un document qui a été remis à l’ECOSOC en tant que contribution à une aide efficace et à la poursuite d’un développement durable.  Le document, a rappelé l’orateur, comprend 20 points qui reflètent de nombreuses préoccupations que la société civile souhaite porter à la considération de l’ECOSOC.  Pour le représentant de la CONGO, le message essentiel transmis à l’ECOSOC est le suivant: en cette année du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous devons renouveler notre engagement en faveur  de l’universalité et de l’interdépendance des droits de l’homme, qui sont des droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels.


M. THIERRY VIARD du Mouvement international ATD Quart Monde, a estimé que sans une modification de l’approche adoptée pour la réduction de la pauvreté, le fossé continuera de se creuser entre riches et démunis, d’autant plus que la question des changements climatiques devient plus pressante, et que la crise alimentaire mondiale renforce la précarité de quelques 100 millions de personnes dans le monde, ceci selon les informations du Comité de développement de la Banque mondiale.  Notant que les personnes vivant dans l’extrême pauvreté étaient aussi les plus vulnérables face aux catastrophes naturelles, il a souhaité que le développement durable ne se fasse pas au détriment de la lutte contre l’extrême pauvreté.  Par ailleurs, il a proposé de ne pas utiliser la définition monétaire de la pauvreté (personne vivant avec moins de un dollar par jour), car elle ne prend en compte ni le caractère multidimensionnel de la pauvreté, ni les potentialités des personnes vivant dans la pauvreté, ni la stigmatisation dont elles sont l’objet. 


Le représentant a en outre souligné l’importance du dialogue avec les plus défavorisés et leur participation aux éléments clefs de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques de développement durable.  Il a demandé qu’une priorité soit accordée dans tout le système des Nations Unies à l’élimination de l’extrême pauvreté.  Non seulement une approche participative entraînera des progrès dans la réalisation des OMD et des objectifs de développement durable grâce à l’implication de tous ceux qui sont concernés, mais elle constituera également une étape dans la mise en œuvre d’une approche de la lutte contre l’extrême pauvreté basée sur les droits de l’homme, a-t-il estimé.  Pour que cette participation soit fructueuse, a-t-il encore ajouté, il est important de réfléchir aux conditions de la participation des plus défavorisés, ceci en consultant des ONG ou des personnes en situation d’extrême pauvreté. 


Mme LORETO, IVSPRIMI-VIRI Institute, a évoqué les questions d’éducation, en notant la nécessité de soutenir les enseignants qui jouent un rôle clef.  De nos jours, ils n’éduquent pas au sens propre mais les incitent à avoir des comportements stéréotypés et peu créatifs, a-t-elle estimé.  C’est pourquoi, a-t-elle souligné, il est nécessaire de promouvoir une nouvelle pédagogie dont son organisation a élaboré un modèle. 


Mme ANSHA-ESHOM, Netright World Network Orki Africa, a évoqué les savoirs traditionnels et autochtones ayant été mis à l’épreuve du temps.  Elle a encore évoqué la transmission des connaissances ancestrales entre les générations que s’efforcent de préserver les peuples autochtones en particulier.  « Nous mesurons ce développement durable à l’aune du développement de la personne », a-t-elle conclu.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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