LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL INAUGURE SON PREMIER FORUM POUR LA COOPÉRATION EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT, SIGNE DU RENFORCEMENT DE SON MANDAT

30 juin 2008
ECOSOC/6349

LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL INAUGURE SON PREMIER FORUM POUR LA COOPÉRATION EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT, SIGNE DU RENFORCEMENT DE SON MANDAT

30/06/2008
Conseil économique et social
ECOSOC/6349
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2008

13e séance - après-midi


LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL INAUGURE SON PREMIER FORUM POUR LA COOPÉRATION EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT, SIGNE DU RENFORCEMENT DE SON MANDAT


Le Conseil économique et social (ECOSOC) a inauguré, cet après-midi, son premier Forum pour la coopération en matière de développement, qui est un outil destiné à promouvoir la cohérence et à améliorer l’efficacité de l’aide internationale.  Le Forum est une nouvelle fonction de l’ECOSOC décidée lors du Sommet mondial de 2005.


« Avec l’augmentation des prix des denrées alimentaires, les changements climatiques et le ralentissement économique actuel, il est manifeste qu’il nous faut une instance au sein de laquelle il nous est possible de débattre de l’impact de telles crises sur la coopération pour le développement et de déterminer les mesures à prendre pour faire face à leurs effets préjudiciables », a déclaré M. Léo Mérorès, le Président de l’ECOSOC.  Il a estimé que la création du Forum marquait une étape importante dans la réalisation du partenariat mondial pour le développement.  


Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lui aussi appelé à une action conjointe et résolue pour traiter de ces défis tout en insistant sur l’importance, pour les pays bénéficiaires, de s’approprier les programmes de développement.  Dans un message lu par Thomas Seltzer, le Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations, Ban Ki-moon a par ailleurs estimé que l’architecture de l’aide, trop complexe et fragmentée, devait être repensée.  Il a ainsi invité les délégations, à l’occasion de ce Forum, à partager leurs expériences en matière de coopération au niveau régional et à proposer des voies nouvelles pour améliorer la gestion, la coordination et la fourniture de l’aide publique au développement.


Le Président de l’ECOSOC a estimé que le Forum pouvait cette année apporter une contribution unique en ce qui concerne l’amélioration de la qualité de l’aide, alors que doivent se tenir la Conférence de Doha sur le financement du développement, prévue à la fin de l’année 2008, et le Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide, qui aura lieu à Accra, au Ghana, en septembre. 


Le Secrétaire général et le Président de l’ECOSOC, ont également insisté sur la possibilité de « participation élargie » qu’offre le Forum, qui regroupe gouvernements, ONG, secteur privé, organisations régionales et internationales et fonds mondiaux, et se veut l’enceinte d’un « débat franc et stimulant ».


Lors de cette première réunion du Forum, Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, a exposé une « nouvelle vision en vue de la coopération pour le développement au XXIe siècle ».  « Je n’hésite pas à affirmer que l’aide est de plus en plus inadaptée », a-t-il lancé aux délégations, en plaidant pour une meilleure division du travail dans ce domaine.  Soulignant la complexité de l’aide, il a souhaité que la mise en œuvre de cette assistance soit revue.


 « Nous savons ce qu’il faut faire.  Mais nous ne le faisons pas assez », a-t-il déclaré, en s’adressant aussi bien aux donateurs qu’aux pays en développement récipiendaires.  Il a indiqué qu’il se rendait compte du rôle et de la responsabilité éthique du monde industrialisé et riche, mais a souligné qu’on ne pouvait ignorer l’influence décisive jouée par les politiques internes.  Il a en outre estimé que la réunion d’Accra sur l’efficacité de l’aide serait un test de crédibilité et devrait permettre aux pays de passer de la rhétorique à l’action. 


Enfin, toujours dans le cadre du Forum, le Conseil économique a tenu trois tables rondes parallèles, cet après-midi, sur les thèmes « Accroître l’aide: pour quels bénéficiaires? »; « Coopération Sud-Sud et triangulaire pour le développement: que peuvent apprendre les acteurs du développement? »; et « Comment la société civile et les nouveaux acteurs du développement peuvent-ils renforcer l’impact de la coopération au niveau du pays ». 


Le Conseil économique et social poursuivra ses travaux demain, mardi, le 1er juillet, à 10 heures. 


DÉBAT DE HAUT NIVEAU


Forum pour la coopération en matière de développement (E/2008/69 et E/2008/CRP.2)


Déclarations liminaires


Ouvrant le premier Forum pour la coopération en matière de développement (FCD), M. LÉO MÉRORÈS, Président du Conseil économique et social, a rappelé que ce Forum, créé en 2005, était chargé d’examiner les tendances dans ce domaine, d’en promouvoir la cohérence et de renforcer le lien opérationnel et normatif entre les activités menées par le système des Nations Unies.  Il a souligné que le Forum devait analyser, aider à comprendre et promouvoir une action de grande envergure visant à améliorer l’efficacité de la coopération pour le développement.  Il a indiqué que la création du FCD intervenait à un moment où la coopération avait connu un changement radical, avec une organisation plus complexe et l’apparition de nouveaux acteurs et de nouvelles approches.  Il a estimé que la création du Forum marquait une étape importante dans la réalisation du partenariat mondial pour le développement, jugeant que les progrès avaient été lents dans de nombreux domaines.  M. Mérorès a en outre estimé que le Forum constituait un nouveau puissant mécanisme pour promouvoir la responsabilité réciproque des partenaires, pour progresser vers la réalisation des objectifs de développement.


Cette année, le FCD a une contribution unique à apporter en matière d’aide et de qualité de l’aide, a-t-il poursuivi.  Il a en effet rappelé que le Forum pourrait apporter une contribution à la Conférence de Doha sur le financement du développement, qui aura lieu à la fin de l’année 2008, et au Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide qui doit se tenir à Accra, au Ghana, en septembre.  Soulignant l’importance du processus préparatoire du FCD, M. Mérorès a affirmé que ces réunions avaient mis en avant la nécessité de jeter un regard nouveau sur la question des engagements pris en matière d’aide au développement ainsi que de la coordination et de la qualité de cette aide.  Il a aussi indiqué que ce processus préparatoire avait démontré la valeur ajoutée particulière que peut générer le Forum, par son caractère multipartite, du fait qu’il met en contact les gouvernements, des organismes bilatéraux, des fonds mondiaux, des ONG, le secteur privé et des organisations régionales et internationales.  La voix du FCD est unique parce qu’elle reflète de très nombreuses perspectives différentes, a-t-il insisté.  Il a noté que le Forum ne s’achèverait pas par une déclaration mais devrait être l’occasion d’avoir un débat franc et stimulant sur les questions de coopération pour le développement. 


« Avec l’augmentation des prix des denrées alimentaires, les changements climatiques et le ralentissement économique actuel, il est manifeste qu’il nous faut une instance au sein de laquelle il nous est possible de débattre de l’impact de telles crises sur la coopération pour le développement et de déterminer les mesures à prendre pour faire face à leurs effets préjudiciables », a conclu le Président de l’ECOSOC en insistant sur le rôle crucial du Forum à cet égard.


Dans un message lu par M. THOMAS STELZER, Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations, M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a estimé que le Forum pour la coopération en matière de développement était appelé à jouer un rôle crucial à l’avenir.  Il a souligné sa qualité d’« instrument ouvert à une participation élargie » et a indiqué que le Forum avait pour vocation de renforcer l’efficacité de la coopération en matière de développement, et, partant, d’appuyer plus avant la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  M. Ban Ki-moon a invité les délégations à partager leurs expériences en matière de coopération au niveau régional et à proposer des voies nouvelles pour améliorer la gestion, la coordination et la fourniture de l’APD.  À cet égard, il a souhaité que soit repensée l’architecture, pour l’heure trop complexe et fragmentée, de l’aide internationale. 


La fourniture de l’aide, par ailleurs, ne correspond pas toujours aux critères définis collectivement, a ajouté le Secrétaire général de l’ONU.  Il a également attiré l’attention sur la nécessité vitale qu’il y a de voir les pays récipiendaires à terme prendre en main la mise en œuvre des programmes de développement.  Pour Ban Ki-moon, les périls climatiques, alimentaires et énergétiques exigent de la part de la communauté internationale le lancement d’une action conjointe et résolue.  C’est en ce sens qu’il a appelé les États Membres du monde développé à respecter l’engagement pris lors de la Conférence de Monterrey de consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement. 


Il a ensuite expliqué que les donateurs ne devaient pas se borner à augmenter leur volume d’aide, mais qu’ils devaient aussi s’efforcer d’en rationaliser les modalités d’allocation.  Selon Ban Ki-moon, le Forum peut servir de catalyseur pour affermir la cohérence et l’efficacité de la coopération en matière de développement, cela en identifiant collectivement les obstacles à la réalisation des pleins potentiels des programmes de pays.  Il a ainsi mis l’accent sur l’importance d’accroître l’assistance financière et technique aux pays en développement afin de leur permettre de répondre à leurs priorités nationales.  Le Secrétaire général a insisté sur le besoin de concentrer les efforts sur le soutien à l’agriculture, secteur qui a été trop délaissé au cours des dernières décennies. 


Le Sous-Secrétaire général à la coordination des politiques et aux affaires interorganisations a ensuite présenté le rapport du Secrétaire général sur l’évolution de la coopération internationale dans le domaine du développement (E/2008/69).  Il a, notamment, insisté sur la nécessité de renforcer la qualité de l’aide publique au développement.  À cet égard, il a indiqué que le rapport recommandait que toutes les parties prenantes participent pleinement aux négociations sur cette question.  Il a ajouté que le rapport notait que les négociations internationales devaient avoir pour but de corriger les sources de la contre-productivité créée par les modes d’allocation de l’aide.  Par exemple, a-t-il dit, les conditionnalités aboutissent parfois à une augmentation des coûts de transaction et exacerbent la volatilité de l’aide publique au développement.  Le rapport préconise, pour surmonter ces obstacles, de promouvoir une responsabilité mutuelle accrue au niveau des pays, a encore dit M. Stelzer.  Le Sous-Secrétaire général a enfin estimé que la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire devaient être revues afin de dégager de nouvelles sources de financement de la coopération en matière de développement.  


Nouvelle conception de la coopération pour le développement au XXIe siècle


Déclaration liminaire


M. LOUIS MICHEL, Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, a constaté que depuis l’établissement des OMD en 2000, le partenariat mondial pour le développement s’était progressivement mis en place.  Il a expliqué que le Consensus de Monterrey, la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide et, en ce qui concerne l’Union européenne, les engagements pris dans le cadre du consensus européen pour le développement en étaient les vecteurs.  Toutefois, il a constaté que le niveau de réalisation des OMD était en dessous du niveau des attentes.  « Nous savons ce qu’il faut faire.  Mais nous ne le faisons pas assez », a-t-il ajouté, en citant aussi bien les donateurs que les pays en développement.  Tout en affirmant mesurer le rôle et la responsabilité éthique du monde industrialisé et riche, il a indiqué qu’on ne pouvait ignorer l’influence décisive jouée par les politiques internes. 


M. Michel a indiqué que les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne avait, il y a 10 jours, adopté des conclusions ambitieuses, réaffirmant leurs engagements en matière d’aide à l’horizon 2010 et 2015 et s’étant engagés à établir des calendriers dans ce but.  Il a constaté que l’Union demeurait « de loin » le partenaire le plus important des pays en développement, contribuant à hauteur de 60% de l’aide publique au développement versée au niveau mondial.  Par ailleurs, il a insisté sur l’efficacité de l’aide, soulignant sa complexité, et a déclaré qu’il fallait revoir la façon dont cette aide était mise en œuvre.  « Je n’hésite pas à affirmer que l’aide est de plus en plus inadaptée », a-t-il ajouté, notant qu’il fallait mieux diviser le travail.  Ainsi, il a cité en exemple la République-Unie de Tanzanie, où sont en cours 600 projets de moins d’un million de dollars dans le seul domaine de la santé. 


Il a estimé que la Conférence d’Accra sur l’efficacité de l’aide serait un test de crédibilité et devrait permettre de passer de la rhétorique à l’action.  Il a mis en avant quatre exigences pour réussir à améliorer l’aide: une réelle division du travail, l’utilisation du système pays, la gestion axée sur les résultats et la prévisibilité de l’aide. 


Le Commissaire européen a en outre déclaré que le monde traversait une crise grave qui mettait en péril des années de progrès social, financier et économique.  Face à cette crise, l’Europe a pris ses responsabilités, a-t-il assuré.  Il a expliqué qu’à court terme, l’Union avait mis de côté 550 millions de dollars pour 2008.  Il a aussi insisté sur les répercussions à long terme de cette crise et déclaré qu’il fallait mettre en place des politiques qui accroissent de façon durable la productivité et la production dans le secteur agricole. 


S’agissant des changements climatiques, M. Michel a déclaré que c’était au monde développé, responsable en grande partie de l’accumulation des gaz à effet de serre, de conduire le combat pouvant permettre de réduire ces émissions et d’aider les autres pays à s’adapter aux changements climatiques.  M. Michel a souligné qu’il fallait donner au pays en développement affectés des ressources pour l’adaptation qui ne soient pas un simple recyclage de l’aide publique au développement.  Il a rappelé l’importance de trouver des ressources innovantes et réitéré son appel d’un emprunt global.  Il a expliqué que cet emprunt, basé sur le marché du carbone, consisterait à anticiper les revenus provenant, en Europe, de la mise aux enchères de droits d’émissions et permettrait de mobiliser des ressources considérables pour lutter contre les changements climatiques. 


Échange de vues


Le représentant de la Jamahiriya arabe libyenne a estimé qu’il fallait revenir sur le paradigme de développement actuellement en vigueur.  Ce concept est trop globalisant, il rend floue la réalité et, paradoxalement, n’aide pas à définir nos priorités et nos actions, a-t-il dit.  Notre cadre conceptuel est peut-être même à la traîne des technologies, a ajouté le représentant, qui a proposé la création d’un fonds international pour le développement, seul moyen selon lui de sonder la volonté de la communauté internationale d’avancer en matière de développement.


Le représentant d’Antigua et Barbuda a lui aussi estimé qu’il était nécessaire de fixer un cadre précis d’étude et de réflexion autour des questions liées au développement.  Le Forum permettra d’accumuler et d’intégrer les différentes perspectives présentées par les États Membres, a-t-il dit, en espérant que cela permettrait de lever les obstacles rencontrés par les pays pauvres, y compris les conditionnalités d’accès à l’APD.


Le représentant du Pakistan a souhaité que le Forum permette de simplifier le cadre d’action en matière de développement.  Il a mis l’accent sur les grands chantiers à privilégier: à savoir, l’amélioration de l’efficacité de l’acheminement de l’aide publique au développement, le financement, dont le niveau doit découler des plans et stratégies nationaux, et la gouvernance au niveau de la communauté internationale, c’est-à-dire au niveau des Nations Unies et des bailleurs de fonds.  Nous devons forger, dans le cadre des travaux du Forum, des synergies nouvelles en nous basant à la fois sur la parole des pays bénéficiaires et des donateurs, a conclu le représentant pakistanais.


Une représentante d’ONG est intervenue brièvement pour dire que le Forum devait être neutre, afin que des discussions objectives puissent effectivement s’y tenir.


Le représentant de la Nouvelle-Zélande a déclaré que toute discussion devait être assortie d’un accord.  Reprenant à son compte certains commentaires de M. Michel, il a lui aussi souhaité que les participants aux débats de la session évitent les approches bureaucratiques. 


M. MICHEL a repris la parole à la fin de l’échange interactif et a répondu à ces commentaires pour dire que lorsqu’un donateur donne de l’argent, il est directement responsable et redevable, devant son parlement, de la bonne ou mauvaise utilisation de sa donation.  Il a ensuite rappelé que dès 2005 l’Union européenne s’était engagée à atteindre les 20 milliards d’euros annuels à consacrer à l’APD.  À présent, et depuis Monterrey, cet objectif est à doubler dans la perspective de 2010, a-t-il précisé.  Le Commissaire européen a indiqué que l’UE avait mis en place un système d’évaluation de l’état d’avancement de la recherche de l’atteinte de cet objectif.  Revenant sur ses propos concernant la Déclaration de Paris, il a jugé que ses fondements étaient parfaitement adaptés et utiles, mais que sous aucun prétexte il ne fallait rouvrir des débats qui ont été particulièrement longs et laborieux.


Le temps de la réflexion est passé, a lancé M. Michel.  Il est grand temps de passer à l’action.  Il a souhaité que soit tenu compte de la responsabilité politique majeure des gouvernants des pays en développement s’agissant de l’appropriation par les pays récipiendaires des programmes de mise en œuvre des stratégies de développement.  Il a conclu en déclarant que le Forum était utile pour repréciser des stratégies et lancer des pistes actives, pour rendre plus efficaces la concrétisation de programmes et de stratégies de développement qui ont été trop longtemps définis dans l’abstrait. 


Table ronde A : Identifier les lacunes et les obstacles – « Accroître l’aide: pour quels bénéficiaires »


Intitulé « Accroître l’aide: pour quels bénéficiaires? », le thème de la table ronde A du Forum pour la coopération en matière de développement de la coopération, qui s’est tenue cet après-midi, s’inscrivait dans le prolongement des débats récents sur la nécessité de relever le niveau de l’aide afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. 


Le Secrétaire général souligne en effet dans son rapport que les pratiques actuelles d’attribution de l’aide ne donnent pas les meilleurs résultats possibles sur le plan de la réalisation des objectifs nationaux et internationaux de développement.  En 2006, 15 pays bénéficiaires de programmes ont reçu à eux seuls 60% de l’aide bilatérale. 


Cela montre bien qu’il manque un dispositif international qui permettrait de s’assurer que l’aide est attribuée en fonction des besoins et répartie équitablement entre les pays, a ainsi déclaré le Vice-Président de l’ECOSOC, M. JEAN-MARC HOSCHEIT (Luxembourg), qui présidait la table ronde.  


Si la part de l’aide allant aux pays les plus pauvres est effectivement en hausse, l’octroi de l’aide n’est pas, dans de nombreux cas, fondé sur les besoins, les résultats ou encore la vulnérabilité de tel ou tel pays à des chocs externes, a observé pour sa part, le Ministre de l’économie et des finances du Niger, M. ALI MAHAMAN LAMINE ZEINE, qui animait la discussion.  La question fondamentale en matière d’allocation de l’aide est celle de savoir comment avoir le maximum d’impact dans la réalisation des objectifs de développement nationaux et arrêtés au niveau international, a-t-il ajouté.  Comment garantir que l’aide soit allouée en fonction des besoins ou des résultats afin d’éviter qu’il y ait des « favoris » et des « mal-aimés » des donateurs?  De même, quels sont les obstacles qui empêchent les donateurs d’adopter des critères objectifs et transparents pour l’allocation de l’aide?


M. SAMBOU WAGUE, Secrétaire général du Ministère malien de l’économie et des finances, a mis l’accent sur la nécessité d’apporter l’assistance financière nécessaire à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Pour atteindre ces objectifs, les estimations situent les besoins de financement entre 24 et 28 milliards de dollars de 2009 à 2015, a-t-il expliqué, déplorant un recul des engagements au titre de l’aide publique au développement.  Si l’on prend le cas du Mali, sur la base du rythme actuel des flux, trois des huit objectifs, à savoir l’éducation primaire universelle, l’accès à l’eau portable, l’autosuffisance alimentaire, seront à la portée de ce pays.  Il faut davantage d’aide, a-t-il assuré.  Il a également évoqué la faible capacité des pays à financer les investissements budgets publics déficitaires, les ressources fiscales faibles.  Les pays en développement n’ont pas tous accès aux marchés financiers, a-t-il ajouté.  Le Secrétaire général du Ministère de l’économie et des finances a par ailleurs expliqué que des éléments liés à la volatilité de l’aide, comme l’insuffisance de prévisibilité, la multiplicité et la complexité des procédures, contribuaient à leur inefficacité.  La réalisation des OMD constitue un engagement politique fort à mettre en œuvre par tous les acteurs du processus d’harmonisation de l’aide en vue de donner une impulsion à l’amélioration des conditions de vie et de développement.  Cela nécessite non seulement d’importants afflux d’aide, mais aussi des mesures d’accompagnement afin de vaincre les résistances.  De même, les pays doivent-ils, à ses yeux, améliorer la gouvernance, mettre en œuvre des politiques économiquement crédibles et une bonne gestion des ressources humaines compétentes.  L’affectation des ressources doit être orientée vers les secteurs porteurs de croissance, tandis que les programmes doivent être élaborés de manière à maîtriser l’impact du flux sur le cadre macroéconomique.


M. PAUL COLLIER, Directeur de l’Université d’Oxford, a établi une distinction entre l’allocation de l’aide et les modalités d’application de cette aide.  La qualité de la gestion publique et de la gouvernance doivent être des éléments fondamentaux, a-t-il assuré.  L’accent doit être mis, pour créer un bon contexte de croissance économique, sur les garanties de sécurité, sur la nécessité d’assurer une bonne gouvernance et d’investir dans l’éducation, a observé M. RICHARD L. GREENE, Directeur adjoint de l’aide étrangère au Département d’État des États-Unis.  La réalisation des OMD aura un impact important pour les États-Unis, a expliqué ce dernier, énumérant certaines des mesures d’aide prises par son pays dans ce domaine.  Les États-Unis se positionnent pour devenir de meilleurs leaders mais aussi de meilleurs partenaires, a-t-il déclaré.


M. KOÏCHIRO MATSUURA, Directeur général de l’UNESCO, soulignant notamment que deux des huit OMD étaient liés à l’éducation, a évoqué la crise de l’éducation, près d’éclater, selon lui, comme ont éclaté déjà les crises alimentaire ou de l’énergie.  Les États sont toujours dans l’incapacité d’obtenir des financements, a-t-il indiqué.  Les bailleurs de fonds ne suivent pas les engagements pris il y a deux ans à Dakar, tandis que l’aide n’est pas distribuée aux pays qui en ont le plus besoin, a-t-il regretté.


La représentante du Maroc a dénoncé notamment la sélectivité de l’aide, destinée, a-t-elle dit, à un nombre de plus en plus limité de pays.  Les pays à revenus intermédiaires méritent une attention  particulière, a-t-elle dit.  Son collègue de la Barbade a attiré, quant à lui, l’attention des participants sur la situation des petits États insulaires en développement.  Le représentant du Nigéria a mis l’accent de son côté sur la nécessité pour les bailleurs de fond de disposer d’indicateurs mesurables.  Le délégué de la Chine a souligné qu’en matière de coopération Sud-Sud, son pays fournissait une aide au développement à plus de 100 pays.  De même, selon lui, les pays développés doivent honorer leurs engagements.


Table ronde B: Examen des tendances et progrès – « Coopération Sud-Sud et triangulaire pour le développement: que peuvent apprendre les acteurs du développement? »


Beijing, qui est à l’origine de 90 projets d’infrastructures sur le continent africain, a en outre annulé près de 20 milliards de dollars de dettes et offert quelque 20 000 bourses à des étudiants africains.  En 50 ans, le commerce bilatéral entre la Chine et l’Afrique est passé de 12 à 73 milliards de dollars. 


Ces informations ont été données par l’Envoyé spécial de la Chine pour les affaires africaines au cours d’une table ronde sur la coopération Sud-Sud que le Conseil économique et social (ECOSOC) a organisé cet après-midi, dans le cadre du dialogue politique spécial du Forum pour la coopération en matière de développement.


Le modérateur de la table ronde et Ministre du commerce extérieur et du développement de la Finlande, M. PAAVO VÄYRYNEN, a estimé que dans un contexte de mondialisation et de problèmes transnationaux tels que les changements climatiques, le dialogue politique s’avère plus que jamais nécessaire pour forger de nouveaux modèles économiques capables de rallier les pays du sud entre eux et aux pays du Nord.


La coopération constitue un outil majeur d’émancipation, a approuvé, l’Envoyé spécial de la Chine pour les affaires africaines, en appelant à l’élargissement des canaux existants et à la création d’autres.  M. LIU GUIJIN a rappelé que l’environnement dans lequel se trouvent de nombreux pays en développement n’a pas beaucoup évolué sur le plan des opportunités commerciales.  Il a préconisé la sauvegarde des intérêts communs par la solidarité et la coordination.


Les pays du Sud, s’est-il expliqué, doivent agir à l’unisson et participer à l’élaboration de nouvelles règles du commerce e international et de la concurrence.  Une participation accrue des pays en développement aux organes multilatéraux est indispensable, a-t-il dit, en prévision de la deuxième Conférence internationale sur le financement du développement prévue à Doha en novembre 2008.


La Chine, a-t-il insisté, s’est toujours engagée en faveur de la coopération Sud-Sud, comme l’illustre sa présence en l’Afrique, où tout se fait sur la base de « l’égalité politique, de la confiance mutuelle, de la création d’opportunités de part et d’autre et des échanges culturels ». 


N’oublions pas la coopération triangulaire, a poursuivi, la Ministre de la coopération internationale du Honduras, en se félicitant du programme d’échanges de médecins qui a associé son pays à l’Allemagne et à Cuba.  Mme KAREN ZELAYA a également vanté les mérites de la coopération triangulaire horizontale et de l’assistance technique bilatérale.  Son homologue de la Guinée a cité la coopération triangulaire dans le domaine agricole mis en place avec des partenaires comme l’Afrique du Sud et le Viet Nam, ce qui, a-t-il dit, permet de mobiliser ressources financières et expertise. 


La coopération Sud-Sud, si elle constitue une option attirante, ne doit pas se substituer à la coopération Nord-Sud, a mis en garde le représentant de l’Indonésie, après que celui de Japon a rappelé que son pays s’est doté dès 1992, d’une Charte d’aide publique au développement. 


Cette Charte, a expliqué M. MASARO WATANABE, Directeur-général adjoint de la coopération internationale au Ministère des affaires étrangères du Japon, engage le pays à offrir une assistance concrète dans le domaine des technologies, en facilitant notamment leur transfert.  Au-delà des projets bilatéraux ou triangulaires, le Japon fournit aussi une assistance par l’entremise des organisations internationales, comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).


Table ronde C : Examen des tendances et progrès – « Comment la société civile et les nouveaux acteurs du développement peuvent-ils renforcer l’impact de la coopération au niveau des pays? »


Le Vice-Président du Conseil économique et social et Représentant permanent de la République de Corée, M. PARK IN-KOOK, qui présidait la table ronde C,  a déclaré que l’on était témoin du rôle grandissant des acteurs non étatiques dans la coopération internationale pour le développement.  La prolifération des acteurs n’est toutefois pas sans poser problème en matière de coordination et de gestion de l’aide par les États eu égard à leurs priorités nationales.  Il a rappelé en outre que le contexte international avait beaucoup changé depuis l’adoption des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), il y a sept ans, avec la hausse actuelle du prix du pétrole. En second lieu, le Forum pour la coopération en matière de développement est le cadre idoine pour rechercher des solutions aux nouveaux défis, a-t-il noté.


M. PETER ADAMS, Agence pour l’aide internationale et le développement de la Nouvelle-Zélande, a évoqué la prolifération des sources de financement, notant que cette situation n’avait pas que des avantages.  Ainsi, peuvent apparaître des conflits sur les priorités en matière de développement.


M. KUMI NAIDOO, Secrétaire général et Président de l’Alliance mondiale pour la participation des citoyens (CIVICUS), a demandé ce qu’était une ONG en faisant une comparaison, qu’il a voulue humoristique, avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.  Celui-ci ne savait pas qu’il découvrirait un nouveau continent, il ne l’a d’ailleurs jamais su, mais il a néanmoins eu les financements nécessaires pour son expédition.  L’orateur a noté que l’on demandait souvent aux ONG à qui elles devaient faire rapport.  La sanction existe néanmoins car quand elles échouent dans leurs projets, elles sont condamnées à disparaître.  Pour leur donner des fondations solides, il a rappelé qu’une charte des ONG avait été édictée il y a trois ans.  Au niveau local, les ONG jouent souvent un rôle de service au niveau local.


Il a donné pour exemple la violence domestique, de nombreuses associations offrant des refuges aux femmes battues.  Les ONG interpellent souvent les autorités pour que celles-ci tiennent compte des connaissances du terrain qu’elles ont accumulées afin d’en faire profiter toute la société.  Par ailleurs, les ONG sont préoccupées par le fait que les gouvernements des pays en développement agissent insuffisamment contre la corruption.  Il a déploré enfin certains mauvais exemples donnés par des pays occidentaux dans une législation de plus en plus répressive.


M. MICHEL KAZATCHKINE, Directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a rappelé l’impact de l’action de son institution fondée en 2002, particulièrement concernant la malaria.  Elle a donné son aval à des financements dans 136 pays pour un montant total de 11 milliards de dollars. « Si nous agissons à l’unisson, nous pouvons obtenir des résultats tangibles », a-t-il souligné, mettant en avant le partenariat public-privé sur lequel repose le Fonds mondial.  Il a mis en cause la sous-utilisation du pouvoir des communautés locales.  Trente pour cent de nos ressources sont gérées par des organisations de la société civile, a-t-il souligné, et ce sont elles qui ont les taux d’exécution les plus élevées.  Elles mobilisent les communautés, fournissent des programmes de prévention, d’éducation, d’alphabétisation de manière efficace et innovante, a-t-il noté.  M. Kazatchkine a ensuite énuméré divers exemples de partenariat public-privé réussis dans le domaine de la santé.  Au bout du compte, la clef de la réussite, a-t-il estimé, passe par des partenariats réunissant États, société civile et secteur privé.


Mme SHONA GRANT, Development Focus Area - World Business Council for Sustainable Development – WBCSD, a noté que l’aide publique au développement n’allait pas toujours là où les besoins étaient les plus criants.  Elle a souligné que le secteur privé avait un rôle essentiel à jouer.  Elle a estimé que les entreprises privées investissant dans les pays en développement devraient le faire en étroite concertation avec les autorités, en s’appuyant particulièrement sur les plans locaux de développement.  Il faut à la fois que les investissements puissent être rentables mais aussi durables.  Mme Grant a cité plusieurs exemples dans les Andes et en Amérique centrale en ce qui concerne le microcrédit qui a permis aux petits agriculteurs de multiplier leurs revenus par quatre parfois, en Équateur en particulier.  L’intervenante a souligné l’importance de partager les expériences, qu’elles soient réussies ou pas, afin de pouvoir en tirer toutes les leçons pertinentes.  En conclusion, elle a estimé qu’il conviendrait peut-être d’adopter un autre terme que celui « d’aide » au XXIe siècle car il implique une relation de dépendance.  Si cela vaut pour les situations d’urgence, chacun doit définir son projet de développement durable, ce qui implique un changement de mentalité.  Il faut que les destinataires de l’aide deviennent des partenaires à part entière, autrement dit des acteurs de leur développement.  Il faut dépasser l’horizon aide, a-t-elle conclu.


M. MUSTAFA MKULO, Ministre des finances et des affaires économiques de la République-Unie de Tanzanie, a rappelé qu’avant l’indépendance dans son pays en 1961, existaient des syndicats et associations ayant combattu le colonialisme.  Après l’indépendance, ceux-ci ont été sommés de soutenir le nouveau pouvoir, seules les églises demeurant apolitiques.  Au milieu des années 80, les organisations de la société civile ont refait leur apparition.  Les ONG ont été reconnues par l’État comme partenaires pour le développement.  On a assisté ces dernières années à une explosion du nombre d’ONG en Tanzanie.  L’État n’étant pas présent partout, elles jouent un rôle d’écoute qu’elles relayent aux autorités.  Le Ministre a cité en particulier le rôle des associations d’avocates ou l’association des femmes du secteur de la santé qui fournissent une assistance juridique et sanitaire aux femmes.  Toutefois, des défis importants restent non résolus, particulièrement dans les campagnes, a-t-il souligné.  Le Gouvernement tanzanien est convaincu que le développement passe par le dialogue à tous les niveaux, en impliquant notamment les acteurs non étatiques.


Lors du débat qui a suivi les exposés, la représentante de l’Indonésie a souligné que comme en Tanzanie, les ONG jouaient désormais un grand rôle dans son pays même s’il est difficile de faire le bilan de leur action.  Il conviendrait en conséquence d’établir des critères d’évaluation.


Une représentante de la Fondation Bill et Melinda Gates a estimé que le renforcement des capacités locales était crucial.  Elle a appelé au dialogue aux niveaux local et national.  Un parlementaire kényen a souligné que les ONG recevaient de plus en plus de fonds, ce qui entraîne un problème paradoxal: des infrastructures sanitaires, éducatives sont construites mais l’administration ne dispose pas toujours du personnel pour les faire fonctionner.


Le représentant de la France a souligné que le rôle de la société civile était essentiel car les ONG apportent un supplément aux services de base dont on ne peut se permettre de se priver.  En outre, la société civile joue un rôle majeur pour convaincre les opinions du caractère crucial de l’aide publique au développement.  Elles jouent aussi un rôle d’innovation extrêmement positif, a-t-il noté.  La France est convaincue par ailleurs du rôle des collectivités locales en matière d’aide décentralisée.


Le représentant de la Chine a estimé pour sa part que les États devaient avoir pour priorité l’amélioration de la coopération avec les organisations de la société civile.  Quant à la coordination avec le secteur privé, un dialogue doit s’établir avec tous les intervenants sous l’impulsion de la communauté internationale, a-t-il noté, estimant que l’ONU avait un rôle essentiel à jouer à cet égard.


Un représentant de l’Agence catalane pour la coopération en matière de développement a rappelé que son institution, en tant qu’intervenant décentralisé, était un acteur complémentaire à celle de l’État.  En raison de notre proximité avec les citoyens, nous revendiquons notre rôle de vecteur de la bonne gouvernance, a-t-il dit.  Les intervenants locaux doivent être reconnus en tant qu’acteurs émergeant de la coopération internationale, a-t-il conclu.


Une représentante d’ATD-Quart Monde a estimé que des relations à long terme devraient s’établir en direction des publics visés, à savoir ceux subissant l’extrême pauvreté.  Droits de l’homme et partenariat devraient devenir les mots clefs, à la place du concept d’aide, a-t-elle estimé.


Une représentante syndicale de la Confédération syndicale internationale (CSI) a rappelé que la pauvreté s’étendait, ce qui implique que l’aide soit nécessaire encore pendant longtemps.  Il ne suffit pas de dire simplement qu’il faut aller au-delà de l’aide, a-t-elle averti, en rappelant que la situation actuelle résultait parfois des politiques imposées par les grandes instances internationales.  Une bonne partie de notre activité vise à changer ces politiques, a-t-elle conclu.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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