LA RHÉTORIQUE NATIONALISTE ET ETHNIQUE CONTINUE DE DOMINER LA VIE POLITIQUE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, INDIQUE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE HAUT REPRÉSENTANT POUR CE PAYS

5 décembre 2008
CS/9523

LA RHÉTORIQUE NATIONALISTE ET ETHNIQUE CONTINUE DE DOMINER LA VIE POLITIQUE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, INDIQUE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE HAUT REPRÉSENTANT POUR CE PAYS

05/12/2008
Conseil de sécurité
CS/9523
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6033e séance – après-midi

LA RHÉTORIQUE NATIONALISTE ET ETHNIQUE CONTINUE DE DOMINER LA VIE POLITIQUE EN BOSNIE-HERZÉGOVINE, INDIQUE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE HAUT REPRÉSENTANT POUR CE PAYS

Les membres du Conseil se félicitent néanmoins de la signature de l’Accord de stabilisation et d’association entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union européenne

La signature, le 16 juin, de l’Accord de stabilisation et d’association entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union européenne a certainement marqué un jalon important dans l’évolution de la situation dans ce pays, mais la rhétorique nationaliste et ethnique continue d’y dominer les débats aux dépens de questions plus importantes liées à l’intégration euroatlantique, a déclaré cet après-midi M. Miroslav Lajčák, Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine et Représentant spécial de l’Union européenne.  Le débat organisé au Conseil de sécurité ce jour reposait sur l’examen du trente-quatrième rapport du Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, portant sur la période allant du 1er avril au 31 octobre 2008, que M. Miroslav Lajčák avait transmis au Secrétaire général de Nations Unies*.

Le Président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine, M. Nikola Špirić, a contesté la teneur du rapport de M. Lajčák.  « Il m’est difficile d’accepter les évaluations contenues dans le rapport, selon lesquelles l’année écoulée a été infructueuse pour la Bosnie-Herzégovine », a-t-il indiqué, en insistant notamment sur les progrès économiques –surtout sur ceux réalisés par la Republika Sprska-, la réforme de la police, ou encore la signature de l’Accord de stabilisation et association, et l’Accord signé début novembre entre les dirigeants des trois principaux partis politiques du pays (SDA, SNSD et HDZ).  Ce dernier Accord, a-t-il rappelé, a été favorablement accueilli par Bruxelles.  « Nous avons besoin d’attention mais aussi d’assistance », a ajouté M. Špirić, pour qui cette assistance devrait être offerte sous forme de services et de conseils, et non pas seulement sous la forme de « décisions de représentants internationaux protégés par l’immunité diplomatique ». 

Lors du débat auquel ont participé les 15 membres du Conseil, tous les orateurs se sont à la fois félicités des conditions ayant permis la signature de l’Accord de stabilisation et d’association et sont inquiétés de voir la rhétorique nationaliste toujours aussi dominante en Bosnie-Herzégovine.  Ils ont regretté que le rythme des progrès ait ralenti depuis la mi-juin.  Ils ont salué l’Accord conclu en novembre par les trois grands partis politiques, qualifié par la représentante britannique d’« excellente nouvelle, d’autant plus qu’il est le fruit d’une initiative locale ».  Comme la représentante des États-Unis, elle a toutefois souligné que le Royaume-Uni attendait d’en voir les effets concrets.  Les deux représentantes ont, en outre, dénoncé comme inacceptables les tentatives engagées par la Republika Srpska pour saper l’autorité de certaines personnalités internationales présentes sur le territoire bosniaque.

Au nom de l’Union européenne, le représentant de la France a, lui aussi, dénoncé les tentatives visant à saper l’autorité du Haut Représentant, ainsi que les actes et discours « qui tendent à remettre en cause la structure fondamentale de l’État ».  Affirmant par ailleurs que l’appartenance à l’Union européenne est « fondée sur les capacités des États membres à surmonter les tragédies de l’histoire, à renoncer à toutes les formes de discrimination, et à partager des éléments de souveraineté afin de contribuer au bien commun, le représentant a ajouté que l’Union européenne « attend des États qui veulent la rejoindre qu’ils démontrent leur pleine adhésion aux valeurs qui la fondent ».

En revanche, le représentant de la Fédération de Russie s’est élevé avec force contre la « vision alarmiste » de la situation en Bosnie-Herzégovine qui prévaut dans le rapport du Haut Représentant et que son pays ne partage pas.  Il a vu dans la bonne tenue des récentes élections locales, organisées par les autorités bosniennes, une preuve de la maturité des structures nationales du pays.  Ceci devrait encourager une évolution menant vers la transition qui, à la place du Bureau du Haut Représentant, instaurerait un Bureau du Représentant spécial de l’Union européenne, a-t-il estimé.  Pour la Fédération de Russie, l’Accord de Dayton reste irremplaçable pour la stabilisation de l’État, a affirmé l’Ambassadeur russe.  Mais il a jugé « inacceptable » que l’on veuille imposer aux parties des réformes pour « soi-disant perfectionner » l’Accord de Dayton.

Toutefois, nombreux ont été les orateurs qui ont estimé, avec M. Lajcak, que les progrès dans les domaines qui permettraient d’organiser la fermeture du Bureau du Haut Représentant et la transition vers l’établissement d’une présence renforcée de l’Union européenne ont été trop rares pour qu’on puisse l’envisager dès mars 2009.

*     Le rapport (S/2008/705) a été présenté dans le communiqué CS/9507 du 20 novembre.

LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE

Exposés

M. MIROSLAV LAJČAK, Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine, a présenté au Conseil de sécurité les principaux développements survenus depuis sa dernière venue en mai dernier, et contenus dans son rapport.  Il a notamment considéré comme un jalon important la signature le 16 juin de l’Accord de stabilisation et d’association, « première relation contractuelle jamais conclue entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union européenne ».  Cet Accord, a expliqué M. Lajčak, offre au peuple de Bosnie-Herzégovine l’occasion de laisser derrière lui sa tragique histoire récente, et de bâtir un avenir pacifique et prospère au sein de l’Union européenne.

M. Lajčak a toutefois estimé que des difficultés demeurent, et qu’il n’y a pas assez de volonté, de la part des différentes parties en Bosnie-Herzégovine, d’aller les uns vers les autres pour prévenir les problèmes.  Les questions nationalistes et ethniques continuent de l’emporter sur les questions les plus importantes liées à l’intégration euro-atlantique.  Même la signature de l’Accord de stabilisation n’a pas changé cette mentalité, et la rhétorique nationaliste et ethnique reste la règle, a-t-il regretté.  Le rapport, a-t-il rappelé, cite de nombreux exemples de cet état d’esprit.  Il a notamment fait état des obstacles posés par la Republika Srpska à l’action du Bureau du Haut Représentant et, par delà, à toute la communauté internationale, en matière de justice.  Mais les obstacles viennent aussi des autres parties, a ajouté M. Lajčak, qui a cité notamment les agissements de Haris Silajdzic, membre de la présidence de Bosnie-Herzégovine, qu’il a accusé d’utiliser sa position pour remettre en question, y compris à l’Assemblée générale des Nations Unies, le droit à l’existence de la Republika Srpska.

De ce fait, les progrès dans les domaines qui permettraient d’aller vers la fermeture du Bureau du Haut Représentant et l’établissement d’une présence renforcée de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine ont été rares durant les derniers mois, a déclaré M. Lajčak.  L’Assemblée parlementaire ne travaille pas assez, a-t-il ajouté, avertissant que « si nous voulons que la Bosnie-Herzégovine progresse vers l’intégration euro-atlantique, le pays devra changer sa politique et se montrer prêt à faire des compromis ».  M. Lajčak a toutefois fait état d’indices encourageants durant les dernières semaines, notamment un accord entre les trois partis politiques principaux (SDA, SNSD et HDZ) pour atteindre les objectifs permettant de passer du Bureau du Haut Représentant à une présence européenne plus forte.  Il faut toutefois que les termes de cet accord trouvent une application concrète, a observé M. Lajčak.

Un autre événement important a été l’arrestation en juillet de Radovan Karadzic, et celle de Stojan Zupljanin, qui l’a précédée, et à laquelle la police de Bosnie-Herzégovine a contribué, signe que le pays coopère avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), a déclaré M. Lajčak.  Ces mesures positives peuvent cependant toujours être remises en cause par des discours ou des mesures unilatérales prises par un ou plusieurs dirigeants politiques, a-t-il averti.

La réunion du Conseil de mise en œuvre de la paix des 19 et 20 novembre a marqué les premiers travaux concernant l’architecture future de la présence européenne en Bosnie-Herzégovine, a expliqué M. Lajčak.  Notre priorité doit être d’exécuter le plan de travail du Bureau du Haut Représentant, a affirmé M. Lajčak.  Il a jugé important que l’Union européenne se dote d’une stratégie détaillée et convaincante », « cohérente et robuste » pour une stabilité durable de la Bosnie-Herzégovine.  À cet égard, il s’est félicité du rapport conjoint du Haut Représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier Solana, et du Commissaire Olli Rehn.  Il a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité, pour la communauté internationale, d’accorder une attention suffisante à la Bosnie-Herzégovine.  En ce sens, il s’est réjoui de l’autorisation donnée le 20 novembre par  le Conseil de sécurité à la prorogation d’un an du mandat de la Force de l’Union européenne (EUFOR), à son niveau actuel.  L’EUFOR, a-t-il rappelé, est bien acceptée par l’ensemble des parties en Bosnie-Herzégovine.  Il faut tirer parti des manifestations positives des dernières semaines car la bonne volonté est fragile, a-t-il préconisé.  Il faut notamment veiller à ce que la nature de notre engagement soit à la hauteur des engagements de Dayton.  

M. NIKOLA SPIRIC, Président du Conseil des ministres de la Bosnie-Herzégovine, a indiqué que pour son gouvernement, l’année 2008 avait été une bonne année, le pays ayant notamment signé l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne, libéralisé son régime des visas et engagé un dialogue avec l’OTAN.  La stabilité macroéconomique a aussi été maintenue, a rappelé M. Spiric, en indiquant que la croissance avait atteint 6% au cours de trois dernières années, même si, a-t-il précisé, le déficit commercial restait important.  Il a cependant noté que l’année 2009 poserait des défis importants pour son pays, notamment du fait de la crise financière et économique.  « Il n’est pas souhaitable de laisser les économies fragiles des pays de l’ouest des Balkans chercher seules des solutions à cette crise », a ainsi déclaré M. Spiric. 

Le Président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine a ensuite fait la liste des réformes mises en œuvre dans son pays dans des domaines aussi divers que la police, l’aviation, la société de l’information ou l’immigration.  S’agissant de la libéralisation du régime des visas, M. Spiric a expliqué que son pays avait bon espoir de « pouvoir bénéficier des avantages de l’espace Schengen » entre la fin de 2009 et le début de 2010.  Il a aussi indiqué que le Conseil fiscal de son pays était désormais « opérationnel », et que pour la première fois depuis les Accords de Dayton, les conditions d’adoption du budget de l’année à venir étaient correctement remplies.  « Au vu de ces résultats, il m’est difficile d’accepter les évaluations selon lesquelles l’année écoulée a été infructueuse pour la Bosnie-Herzégovine » a souligné M. Spiric.  Certes, des questions importantes comme celles des biens d’État ou de l’état de droit, n’ont été que partiellement remplies, mais l’accord récemment conclu entre les dirigeants des trois partis politiques a été favorablement accueilli par Bruxelles, a indiqué M. Spiric.  De même, il est difficile d’accepter les déclarations selon lesquelles le système judiciaire n’est crédible que grâce à la présence de juges internationaux, a-t-il estimé.

« Nous avons besoin d’attention mais aussi d’assistance », a affirmé M. Spiric, en précisant que cette assistance devait être offerte sous forme « de services et de conseils », mais pas sous la forme de décisions de représentants internationaux » protégés par « l’immunité diplomatique ».  Aucun autre pays au monde ne possède un aussi grand nombre d’institutions internationales sur son territoire que la Bosnie-Herzégovine, a souligné le Président du Conseil des ministres, et vu de l’extérieur, 13 ans après les Accords de Dayton, le pays donne l’impression d’être un « poste d’observation » pour le suivi de projets globaux intéressant toute la région, alors que pour certains, a noté M. Spiric, la situation ne représenterait qu’un « cul-de-sac ».  Selon les institutions financières internationales, la Republika Srpska est une entité « plus stable » qui pourrait devenir « un moteur de développement pour la Bosnie-Herzégovine », a-t-il indiqué, en ajoutant que la situation ne s’améliorerait pas en « lançant des accusations » contre cette entité.  L’élite politique doit prendre des décisions qui permettront d’assurer l’évolution du système et ne doit pas attendre des changements révolutionnaires imposés de l’extérieur », a conclu M. Spiric, en regrettant le manque d’optimisme et la sélectivité du rapport du Haut Représentant.

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX (France), au nom de l’Union européenne, a affirmé qu’au cours des dernières années, la Bosnie-Herzégovine avec l’aide de l’Union européenne, a réalisé des réformes essentielles à sa stabilité et à sa prospérité. La signature de l’Accord de stabilisation et d’Association en juin a confirmé sa vocation à rejoindre l’Union européenne, a-t-il ajouté.  L’intervenant a toutefois  fait état de sa préoccupation face au climat politique qui prévaut dans le pays, et notamment au sujet de la rhétorique nationaliste attisant les peurs et les divisions et de la mise en œuvre de décisions unilatérales par certains responsables qui, a ajouté le représentant, mettent en cause les compétences communes et les fondements de l’État.

L’appartenance à l’Union européenne est fondée sur les capacités des États membres à surmonter les tragédies de l’histoire, à renoncer à toutes les formes de discrimination et à partager des éléments de souveraineté afin de contribuer au bien commun, a affirmé le représentant.  L’Union européenne attend des États qui veulent la rejoindre qu’ils démontrent leur pleine adhésion aux valeurs qui la fondent, a-t-il averti.  Les actes et discours qui tendent à remettre en cause la structure fondamentale de l’État doivent donc cesser, de même que les tentatives totalement inacceptables de saper l’autorité du Haut Représentant, a-t-il ajouté. M. Lacroix a souhaité une concrétisation rapide des propositions contenues dans l’Accord signé par les trois grands partis bosniens.

M. Ripert a rappelé que l’Union européenne soutient l’objectif d’une transition du Bureau du Haut Représentant vers une présence renforcée de l’Union européenne.  Celle-ci, a-t-il rappelé, a mis cinq conditions à la réalisation de cette transition.  Il a donc appelé les autorités bosniennes à intensifier leurs efforts afin de remplir ces conditions et objectifs.  L’Europe reste aussi engagée en Bosnie-Herzégovine à travers l’opération EUFOR–ALTEA et la mission de police de l’Union européenne, a rappelé M. Lacroix.  L’Union européenne est déterminée à renforcer son engagement en Bosnie-Herzégovine et à prendre ses responsabilités en utilisant l’ensemble des instruments à sa disposition, a-t-il conclu. 

Mme ROSEMARY A. DICARLO (États-Unis) a expliqué que son pays se félicitait des progrès réalisés par la Bosnie-Herzégovine ces derniers mois, et s’est félicitée du travail réalisé par le Haut Représentant qui, a-t-elle noté, a permis des progrès importants sur le terrain.  Les États-Unis partagent les préoccupations du Haut Représentant s’agissant de la « rhétorique de division » qui a cours dans ce pays, a déclaré la représentante, ou encore des tentatives de saper les réformes de ces 13 dernières années.  Les efforts déployés par la Republika Srpska pour saper l’autorité de certaines personnalités internationales présentes sur le territoire bosniaque sont inacceptables, a-t-elle souligné.  Elle a précisé que toute forme de rhétorique qui mine l’esprit de l’Accord de Dayton devait être rejetée.  Le Haut représentant joue un rôle majeur dans la transition vers un État multiethnique en Bosnie-Herzégovine, a poursuivi la représentante des États-Unis en soulignant que pour son pays, l’Accord du 8 novembre dernier, signé entre les trois grands partis politiques bosniens, était un pas supplémentaire vers un compromis nécessaire.  Elle a conclu son intervention en demandant que cet accord soit suivi d’actes concrets.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a exprimé son désaccord concernant certains éléments du rapport du Haut Représentant et a dit qu’il ne partageait pas la « vision alarmiste » de la situation qui prévaut en Bosnie-Herzégovine.  Il a estimé que les observateurs internationaux n’ont pas fait de remarques sérieuses sur les préparatifs ou le déroulement des élections locales dans le pays.  Or, a-t-il rappelé, celles-ci ont été entièrement organisées par les structures de l’État.  M. Churkin a vu dans la bonne tenue du scrutin une preuve de la maturité des structures nationales du pays, qui devrait encourager une évolution menant vers la transition qui, à la place du Bureau du Haut Représentant, instaurerait un Bureau du Représentant spécial de l’Union européenne.

Le représentant de la Fédération de Russie a apporté le soutien de sa délégation à la déclaration des trois principaux partis bosniens, y voyant un moyen de faire évoluer positivement la situation politique dans les prochains mois.  Il faut aider les partis bosniens à réaliser leurs propres accords, et la Fédération de Russie est prête à contribuer à ce processus, a affirmé M. Churkin.  Il a noté, à regret, que la polémique aigüe entre les membres des différentes communautés se poursuit.  L’Accord de Dayton reste irremplaçable pour la stabilisation de l’État, a-t-il affirmé.  Toutefois, il a jugé inacceptable de vouloir imposer aux parties des réformes pour « soi-disant perfectionner » l’Accord.

M. GIULIO TERZI DI SANT’AGATA (Italie) a souligné que la signature de l’Accord de stabilisation et d’association constituait une étape majeure.  Cet Accord démontre que les dirigeants locaux peuvent agir de manière constructive et trouver des compromis, comme cela a été le cas avec la réforme de la police, alors qu’il n’y a pas si longtemps un tel résultat semblait impossible, a dit le représentant.  La délégation italienne estime que la perspective européenne constitue un outil grâce auquel le Haut Représentant a pu trouver une solution.  « Nous devons faire le bilan de ce succès dans la perspective des défis à venir », a souligné M. Terzi di Sant’Agata.  Il reste toutefois « beaucoup à faire pour parvenir à une stabilisation démocratique durable », a-t-il reconnu.  Pour progresser, il convient de sortir du statu quo en se préparant à opérer une transition du Bureau du Haut Représentant vers celui du Représentant spécial de l’Union européenne, ce qui implique que ce dernier ait les instruments adéquats pour agir de manière efficace.

L’Italie appelle les dirigeants de la Bosnie-Herzégovine à s’abstenir de faire des déclarations intempestives ou à lancer des défis aux structures étatiques telles que définies par les Accords de Dayton.  La population a, en diverses occasions, montré un désir aussi fort qu’incontestable de vivre dans un environnement multiethnique, prospère, stable et pacifique, et dans lequel les divisions du passé peuvent finalement être complètement surmontées, les valeurs et les critères européens prévalant.  « Les dirigeants bosniaques doivent agir en ce sens », a souligné le représentant de l’Italie qui a rappelé la forte présence de son pays au sein de l’EUFOR-ALTHEA, soulignant que ce contingent était dirigé par un général italien.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) s’est félicitée de la récente arrestation de Radovan Karadzic et a souhaité que les personnes poursuivies par le TPIY et encore en fuite soient rapidement arrêtées.  Elle a regretté la perte d’initiative intervenue depuis la signature de l’Accord de stabilisation et d’association.  Elle a salué l’accord intervenu entre les trois grands partis politiques comme « une excellente nouvelle », d’autant que, a-t-elle observé, cet accord est le fruit d’une initiative locale.  Elle a jugé « inacceptable » l’initiative de la Republika Sprska de lancer des poursuites pénales contre différentes personnes, dont des représentants de la communauté internationale.  Elle a jugé « regrettable » qu’on doive une fois encore parler de rhétorique nationaliste et a jugé particulièrement coupables deux dirigeants placés « aux deux extrêmes du spectre politique ».  La Republika Sprska fait partie de la Bosnie, a-t-elle affirmé, et le peuple bosnien ne veut pas voir saper les Accords de Dayton.  Mme Pierce a souhaité que les parties se comportent de manière à ce qu’il soit possible de fermer le Bureau du Haut Représentant, mais elle a noté qu’il serait sans doute impossible de le faire comme initialement prévu en mars 2009.  Les « pouvoirs de Bonn » doivent être utilisés quand cela est nécessaire, a-t-elle affirmé.

M. DUMISANI KUMALO (Afrique du Sud) a déclaré que son pays appuyait le Bureau du Haut Représentant et notait avec satisfaction l’achèvement des lois concernant la réforme de la police.  Mais l’Afrique du Sud est aussi surprise du « peu de progrès » réalisés sur le terrain, et surtout de la rhétorique employée par certains dirigeants de Bosnie-Herzégovine, qui par leurs actions, sapent non seulement la Constitution de ce pays mais aussi les efforts du Bureau du Haut Représentant.  La Bosnie-Herzégovine ne pourra progresser vers la voie de l’intégration à l’Union européenne que si toute les parties ont un « dialogue ouvert » et interethnique, a estimé M. Kumalo.  Même si l’Accord du 8 novembre dernier entre trois grands partis politiques est un pas dans la bonne direction, cet Accord doit se traduire dans les faits, a-t-il déclaré.

M. ANDRES DE VENGOECHEA (Panama) s’est lui aussi félicité du rapport du Haut Représentant et a accueilli avec satisfaction l’accord de stabilisation et d’association signé avec l’Union européenne.  Mais le Panama reste préoccupé par la rhétorique de division utilisée dans le pays.  Il est difficile, a noté M. Arias, de comprendre qu’après une guerre d’une telle ampleur, et particulièrement depuis les Accords de Dayton, les dirigeants bosniaques continuent de prononcer des discours « à courte vue » qui divisent le pays.  Le représentant du Panama a conclu son intervention en lançant à nouveau un appel en faveur de l’apaisement du débat ethnique en Bosnie-Herzégovine.

M. JAN GRAULS (Belgique) a déclaré partager entièrement l’évaluation faite par le Haut Représentant.  Il a insisté sur l’importance de la signature en juin de l’Accord de stabilisation et d’association.  Il y a vu le signe que des résultats peuvent être accomplis sur des réformes aussi essentielles que celle de la police, dont la mise en œuvre était un préalable à la signature de l’Accord.  Il a en revanche regretté la pause enregistrée depuis dans la conduite des réformes et la poursuite de la rhétorique nationaliste et ethnique.  Le représentant belge a salué la signature le 8 novembre de l’Accord entre les trois grands partis politiques.  Il a souhaité qu’il soit effectivement mis en œuvre, et que d’autres parties s’y joignent.  Il a rappelé que l’Union européenne a lié la fermeture du Bureau du Haut Représentant et son remplacement par une structure européenne renforcée à cinq conditions.  C’est sur la base d’une réalisation de ces conditions que sera prise en mars la décision de fermer ou non le Bureau du Haut Représentant, a-t-il rappelé.  M. Grauls a en outre indiqué le plein soutien de son pays au travail du TPIY et à la mise en œuvre intégrale de l’Accord de Dayton.

M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a constaté que, malgré « un certain nombre de progrès », une « situation générale d’instabilité » continuait de prévaloir en Bosnie-Herzégovine.  « Nous sommes préoccupés par les incompréhensions entre entités politiques », a-t-il dit, estimant « essentiel que les parties œuvrent à la réalisation des objectifs fixés par le Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix en Bosnie-Herzégovine.

La délégation du Burkina Faso exhorte la Bosnie-Herzégovine et ses voisins à procéder le plus rapidement possible à la démarcation de leurs frontières communes, a dit M. Kafando.  Elle exhorte la communauté internationale à continuer d’accompagner ce pays, dans le cadre des Accords de Dayton, car « il y va de la stabilité et de la sécurité de l’ensemble des Balkans ».  Enfin, le Burkina Faso exhorte le Haut Représentant et son Bureau, ainsi que le Comité directeur du Conseil de la mise en œuvre de la paix, à poursuivre leurs actions pour une paix totale durable en Bosnie-Herzégovine.

M. LA YIFAN (Chine) a expliqué que son pays avait suivi avec intérêt le processus politique en Bosnie-Herzégovine, et en particulier la signature de l’Accord avec l’Union européenne, ou encore la réforme de la police dans ce pays.  Mais la Chine est préoccupée par l’existence de « facteurs de déstabilisation » dans le pays, qu’il s’agisse du retour des réfugiés, des discours politiques qui favorisent la division ou encore, de la crise économique.  La Chine estime que les « cinq objectifs et deux conditions » nécessaires à la fermeture du Bureau du Haut Représentant, et qui figurent dans le rapport, devaient absolument être remplis pour qu’une paix durable s’instaure dans le pays.  Ces conditions et objectifs sont dans l’intérêt « de toutes les parties », a déclaré le représentant chinois.  C’est pourquoi la Chine se réjouit de l’Accord du 8 novembre dernier, a-t-il conclu, et elle encourage le Gouvernement à poursuivre son dialogue avec les partis politiques. 

M. BUI TE GIANG (Viet Nam) a pris note des efforts faits en Bosnie-Herzégovine pour réformer la police mais s’est dit préoccupé par la rhétorique nationaliste et par les attaques contre les institutions de l’État.  De même, il s’est dit inquiet face aux défis économiques et financiers auxquels le pays risque d’être confronté dans le contexte actuel.  Les différents partis devraient donc faire preuve d’un grand sens de responsabilité, a-t-il affirmé, avant de les appeler à travailler ensemble.  Il est important que le processus de réforme constitutionnelle se poursuive sur la base des Accords de Dayton, a-t-il ajouté. Il a affirmé que le Viet Nam appuie le travail du Bureau du Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine.

M. HASAN KLEIB (Indonésie) s’est dit heureux que des progrès aient été réalisés dans la région et a indiqué qu’une « base fondamentale pour une société forte » était l’existence, au sein de cette société, d’une « culture d’état de droit ».  Si l’Indonésie reconnaît que des progrès notables ont été réalisés en Bosnie-Herzégovine, elle note aussi les problèmes soulignés dans le rapport et apporte son soutien au Haut Représentant dont les efforts sont essentiels à la résolution des divisions du pays.  L’Indonésie appelle aussi le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à redoubler d’efforts pour aider les réfugiés de retour au pays à se réintégrer, afin que ceux qui rentrent soient convaincus qu’ils peuvent vivre en paix en Bosnie Herzégovine.

M. JORGE URBINA (Costa Rica) a joint sa voix à celles de ses collègues concernant leur appréciation de la situation.  S’il y eu des progrès lors des 13 années qui ont suivi la guerre et les Accords de Dayton, de nouveaux progrès supposent cependant un changement de mentalité de la part de toutes les parties, a-t-il affirmé.

M. IBRAHIM O.A. DABBASHI (Jamahiriya arabe libyenne) s’est félicité de l’adoption de la loi de réforme de la police en Bosnie-Herzégovine « ayant ouvert la voie » à l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.  La réalisation des objectifs contenus dans le rapport du Haut Représentant est essentielle, a-t-il souligné en regrettant qu’en dépit des développements positifs, la « rhétorique nationaliste » se poursuive dans le pays.  C’est une rhétorique susceptible de ranimer les tensions et de « déstabiliser le pays dans son ensemble ».  La Jamahiriya arabe libyenne appelle toutes les populations de Bosnie-Herzégovine à « respecter » le Bureau du Haut Représentant, condition pour que le pays redevienne un pays stable et multiethnique, a-t-il précisé.  Le Gouvernement libyen se félicite aussi de l’arrestation des auteurs des crimes de guerre, arrestations qui, à terme, permettront de « cicatriser les blessures » du pays.  Les déclarations des partis politiques doivent contribuer au travail du Haut Représentant, a répété le représentant de la Libye, en concluant qu’il était aussi important que les réfugiés puissent rentrer chez eux, ce qui est dans l’intérêt de la région tout entière.

M. NEVEN JURICA (Croatie) a apporté son soutien au travail du Haut Représentant et s’est associé à la déclaration faite par la France au nom de l’Union européenne.  Il s’est félicité des progrès accomplis dans les réformes qui ont permis à la Bosnie-Herzégovine de signer l’Accord de stabilisation et d’association le 16 juin, première étape, a-t-il estimé, vers une intégration du pays à l’Europe.  Il a en revanche regretté qu’en raison d’autres événements, la situation en Bosnie-Herzégovine ait « un peu échappé aux regards de la communauté internationale », qui, a-t-il estimé, devrait lui accorder plus d’attention.  La situation dans le pays est en effet loin d’être stable, a-t-il observé.  S’il a accueilli avec enthousiasme les réformes orientées vers le progrès et l’intégration, il a cependant attiré l’attention sur la nécessité d’un vrai dialogue sur les réformes constitutionnelles.

La Bosnie-Herzégovine fait face à des problèmes importants, et la seule solution pour sa stabilité future est de trouver un accord qui satisfasse les trois peuples constitutifs du territoire, a affirmé le représentant de la Croatie.  Il faut respecter les accords de Dayton et les droits de ces trois peuples, a-t-il ajouté, estimant qu’ils sont vitaux pour la survie de la communauté croate sans laquelle, a-t-il affirmé, il ne peut y avoir de Bosnie-Herzégovine.  La voix des Croates de Bosnie-Herzégovine doit être entendue, a-t-il insisté, conformément à la Constitution et à l’histoire du pays.  En ce sens, il a demandé l’arrestation des derniers criminels de guerre poursuivis par le TPIY.  

Le Haut Représentant de l’Union européenne a noté, en premier lieu, le besoin de « compromis » et de « compréhension » dont devaient faire preuve toutes les parties bosniennes, et en deuxième lieu, la nécessité pour la communauté internationale de soutenir toutes les initiatives positives des parties bosniennes et des autorités locales.  Ces parties doivent se comporter « en adultes », a souligné M. Lacak, en même temps, qu’en « partenaires de la paix ».  Il a conclu son intervention en expliquant qu’il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour remplir le mandat qui lui avait été confié. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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