LE PREMIER MINISTRE DE DJIBOUTI DEMANDE L’INTERVENTION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ AFIN D’ÉVITER UNE ESCALADE DES COMBATS ENTRE SON PAYS ET L’ÉRYTHRÉE

24 juin 2008
CS/9372

LE PREMIER MINISTRE DE DJIBOUTI DEMANDE L’INTERVENTION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ AFIN D’ÉVITER UNE ESCALADE DES COMBATS ENTRE SON PAYS ET L’ÉRYTHRÉE

24/06/2008
Conseil de sécurité
CS/9372
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5924e séance – après-midi

LE PREMIER MINISTRE DE DJIBOUTI DEMANDE L’INTERVENTION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ AFIN D’ÉVITER UNE ESCALADE DES COMBATS ENTRE SON PAYS ET L’ÉRYTHRÉE

Le Premier Ministre de Djibouti, Deleita Mohamed Deleita, a appelé le Conseil de sécurité, cet après-midi, à intervenir afin d’empêcher une escalade des combats entre son pays et l’Érythrée ainsi qu’un « embrasement généralisé » de la région.  Le représentant de l’Érythrée a assuré de son côté que son pays n’avait effectué aucune incursion armée à l’intérieur du territoire djiboutien et n’avait « aucune ambition territoriale dans la région ».

« Le cessez-le-feu doit être renforcé et le dialogue renoué », a déclaré le Directeur de la Division Afrique I du Département des affaires politiques des Nations Unies, Joao Honwana, en présentant devant le Conseil de sécurité un exposé de la situation de crise qui prévaut dans la corne de l’Afrique après l’action militaire lancée par l’Érythrée contre Djibouti, le 10 juin dernier, à Ras Doumeira et dans l’île de Doumeira. 

M. Honwana a indiqué, notamment, que le Secrétaire général, Ban Ki-moon, avait rencontré hier le Premier Ministre djiboutien, lequel lui a expliqué qu’entre les deux pays, il s’agissait désormais d’une situation de guerre, tout en soulignant l’attachement de Djibouti au dialogue. 

Lors de la réunion d’urgence tenue cet après-midi par le Conseil de sécurité, et qui a été demandée par son pays*, le Premier Ministre de Djibouti a estimé qu’« une action du Conseil de sécurité afin d’empêcher une reprise des affrontements entre les forces armées des deux parties, qui sont actuellement à portée de tir les unes des autres, serait la démarche la plus sage et la plus réaliste ».  M. Deleita a assuré que le Gouvernement de Djibouti était prêt à coopérer avec le Conseil et avec le Secrétaire général « dans ses efforts visant à résoudre cette malheureuse aventure militaire unilatérale qui mérite un examen urgent, sérieux, et la plus grande attention du Conseil ».

Selon le Premier Ministre, « les conséquences seraient désastreuses s’il ne pouvait y avoir une réponse raisonnable ou proportionnée du Conseil et de la communauté internationale face à cette situation explosive et dangereuse qui évolue rapidement ». 

De son côté, le représentant de l’Érythrée a regretté que le Gouvernement de Djibouti « ait choisi de lancer des accusations gratuites et incessantes » contre son pays.  « Djibouti a décidé de mettre de côté l’accord entre les deux pays et de jeter la question dans l’arène publique », a-t-il ajouté.  Selon lui, « l’Érythrée n’a jamais répondu à cette campagne hostile, préférant privilégier la retenue et la patience ».

Le 12 juin dernier, le Conseil de sécurité, dans une déclaration présidentielle, avait condamné « l’action militaire conduite par l’Érythrée contre Djibouti à Ras Doumeira et dans l’île de Doumeira ».  Il avait demandé « instamment aux deux parties, et en particulier à l’Érythrée, de faire preuve de la plus grande retenue et de retirer leurs forces pour revenir au statu quo ante ». 

Au cours du débat de cet après-midi, le représentant de la France a jugé impératif que les parties, en particulier l’Érythrée, respectent la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité du 12 juin.  Les troupes djiboutiennes se sont déjà retirées de l’île de Doumeira, mais tel n’est pas le cas des troupes érythréennes, a-t-il observé.  S’il ne revient pas à la communauté internationale, et en particulier pas au Conseil de sécurité, de fixer à la place des parties le tracé des frontières, il lui incombe, en revanche, de les aider à « trouver une solution qui soit leur solution », a estimé le représentant de la France.

Pour son homologue des États-Unis, ce conflit « intervient dans le contexte d’une action déstabilisatrice dans la sous-région ».  « L’Érythrée a soutenu des groupes terroristes en Somalie et a tout fait pour saboter les négociations de paix », a-t-il assuré.

L’observatrice de l’Union africaine a annoncé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine discuterait de la situation entre l’Érythrée et Djibouti au niveau des chefs d’État et de gouvernement, le 29 juin prochain en marge de la onzième session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, qui se tiendra à Charm el-Cheik en Égypte. 

L’observateur de la Ligue des États arabes a pour sa part estimé que cette crise risquait d’avoir des répercussions dangereuses sur la région.  Selon lui, « une telle crise ne peut être réglée par des moyens militaires ou des menaces de recours à la force ».  « Seule la voie de la négociation est valable, a-t-il dit, engageant les parties à faire preuve de retenue et à ne rien entreprendre qui puisse provoquer une escalade des tensions ». 

* Lettre du Ministre des affaires étrangères de Djibouti au Président du Conseil de sécurité publiée dans le document S/2008/387.

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Lettre datée du 11 juin 2008, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de Djibouti auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2008/387)

Déclarations

M. JOAO HONWANA, Directeur de la Division Afrique I du Département des affaires politiques des Nations Unies, a d’abord rappelé que l’ONU n’a pas de présence dans la zone frontalière entre Djibouti et l’Érythrée, et que les informations qu’il détient viennent des rapports qui lui ont été faits par les parties.  Il a ainsi rappelé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a exhorté l’Érythrée et Djibouti à faire preuve de retenue et à recourir au dialogue.  L’Érythrée, a-t-il poursuivi, a reconnu l’existence d’accrochages armés dont il a attribué l’origine à Djibouti.  L’Érythrée a aussi blâmé les États-Unis d’avoir renforcé leur présence militaire en Afrique, a indiqué Joao Honwana.  Le représentant de Djibouti a quant à lui décrit une situation qui risque de se transformer en guerre.  Il a indiqué que l’Érythrée n’a jamais expliqué les raisons de sa présence militaire dans la zone et a refusé de reprendre le dialogue.  Djibouti, a encore confié le représentant, n’a jamais eu l’intention de mener une guerre contre l’Érythrée.  Il s’est au contraire senti obligé de riposter.  Hier, a indiqué le Directeur de la Division Afrique I, le Secrétaire général a rencontré le Premier Ministre de Djibouti, qui lui a confirmé qu’il s’agit d’une situation de guerre, en soulignant l’attachement de son pays au dialogue.  Le cessez-le-feu, a recommandé M. Honwana, doit être renforcé et le dialogue renoué. 

M. DEILEITA MOHAMED DELEITA, Premier Ministre de Djibouti, a affirmé qu’il n’était pas venu devant le Conseil de sécurité, à New York, dans l’intention de discréditer les dirigeants érythréens.  Nous n’avons jamais fait partie et nous ne ferons en aucun cas partie d’un front anti-érythréen, a-t-il déclaré, notant que son pays avait toujours cherché, au contraire, à maintenir une relation pragmatique avec l’Érythrée.  Selon le Premier Ministre, la crise actuelle est très différente des précédentes.  Tout d’abord dans la forme, car pour la première fois les troupes érythréennes ont non seulement violé le territoire djiboutien mais elles l’ont occupé et plus encore ont entrepris des travaux sur le sol djiboutien.  Ensuite dans le fond, car si toutes les précédentes étaient une revendication plus ou moins avouée d’une partie importante du territoire djiboutien, les motivations actuelles demeurent plus obscures et suspectes aux yeux des dirigeants djiboutiens.  En l’absence d’explications claires de la part des dirigeants érythréens, le Gouvernement djiboutien les soupçonne très fortement d’être guidés par la convoitise que suscite l’ambition affichée de Djibouti de devenir un hub maritime de transbordement régional avec la construction d’un nouveau port moderne et des projets d’infrastructure, a-t-il déclaré.  Les autorités d’Asmara, la capitale érythréenne, poursuivent leur confrontation avec l’Éthiopie à travers un conflit avec Djibouti, par où transite la majeure partie des marchandises à destination de l’Éthiopie, a-t-il dit.  Selon lui, il s’agit sans conteste d’une tentative de régionalisation de ce conflit, a-t-il ajouté.  La communauté internationale doit donc peser sérieusement de tout son poids jusqu’à ce que l’Érythrée commence à tenir compte des normes internationales minimales qu’impliquent les relations entre nations.  Le Premier Ministre de Djibouti s’est également interrogé sur le rôle que veulent jouer les autorités d’Asmara, et sur l’usage qu’elles veulent faire du conflit somalien qui, a-t-il précisé, n’a pas besoin d’être instrumentalisé.

Le Premier Ministre djiboutien a assuré que son pays n’hésiterait pas à exercer à nouveau, si cela s’avérait nécessaire, son droit à la légitime défense qu’accorde la Charte à tout pays afin de garantir sa souveraineté.  Il a affirmé que Djibouti a été poussé précipitamment dans une guerre fratricide qu’il déteste.  Il a réitéré sa confiance à la capacité du Conseil de sécurité, faisant le vœu que soit réalisé le règlement du différend avec l’Érythrée par des moyens pacifiques selon les principes de la justice et du droit international.  Le Premier Ministre a indiqué que Djibouti était entièrement disposé à honorer ses responsabilités et à poursuivre inlassablement ses efforts de dialogue en vue de l’établissement d’une stabilité et d’une paix durables dans la région et dans le monde.  Si les initiatives de prévention du conflit sont restées vaines, et même si les hostilités militaires ont cessé depuis le 12 juin, les conséquences seraient désastreuses s’il ne pouvait y avoir une réponse raisonnable ou proportionnée du Conseil et de la communauté internationale face à cette situation explosive et dangereuse qui évolue rapidement.  Depuis la condamnation du Conseil, le 12 juin, aucune évolution positive n’a été enregistrée et aucun signe de bonne volonté tendant vers un règlement pacifique du différend n’a été exprimé par les autorités érythréennes, a constaté M. Deleita Mohamed Deleita.  Bien au contraire, a-t-il poursuivi, alors que les troupes djiboutiennes se sont retirées de plusieurs kilomètres depuis le 12 juin, les troupes érythréennes se sont à nouveau infiltrées sur le territoire djiboutien. 

Le Conseil devrait être conscient des dangers de son inaction, qui reviendrait à ménager un leader belliqueux et imprévisible, a-t-il prévenu.  Une action du Conseil afin d’empêcher une reprise des affrontements entre les forces armées actuellement à portée de tir l’une de l’autre serait plus sage et plus réaliste, a-t-il affirmé.  Ceci contrarierait le scénario d’une escalade de la violence et d’un embrasement généralisé, a-t-il ajouté.  Le Premier Ministre a conclu en assurant que son gouvernement était prêt à coopérer avec le Conseil et avec le Secrétaire général dans ses efforts visant à résoudre cette malheureuse aventure militaire unilatérale qui mérite un examen urgent, sérieux, et la plus grande attention du Conseil. 

M. ARAYA DESTA (Érythrée) a regretté que le Gouvernement de Djibouti « ait choisi de lancer des accusations gratuites et incessantes contre l’Érythrée qui n’a effectué aucune incursion dans le territoire djiboutien ».  Mon pays, a affirmé le représentant, n’a aucune ambition territoriale dans la région.  Il a fait part des contacts pris entre les responsables des deux Gouvernements qui ont décidé d’examiner la situation actuelle de façon calme et posée, tenant compte des relations fraternelles entre les deux pays.  Mais pour des raisons qu’il est le seul à connaître, Djibouti, a regretté le représentant, a décidé de mettre de côté l’accord entre les deux pays et de jeter la question dans l’arène publique.  L’Érythrée n’a jamais répondu à cette campagne hostile, préférant privilégier la retenue et la patience.

L’Érythrée, s’est expliqué le représentant, a choisi cette voie parce qu’elle sait que cette campagne de provocation trouve ses origines et est conçue ailleurs.  Djibouti et son peuple n’ont aucun intérêt dans cette affaire.  La question ne concerne pas Djibouti.  La campagne hostile de Djibouti est sous-tendue et synchronisée par certaines arrières pensées sur la situation régionale, a accusé le représentant.

Le 22 avril dernier, le régime éthiopien a installé un nouveau camp militaire sur le Mont Musa-Ali en construisant un réseau routier et en déployant du matériel militaire lourd visant l’Érythrée, apparemment avec l’aval de son principal soutien.  La Commission du tracé de la frontière, a-t-il dit, a déterminé la souveraineté respective de ces deux pays à cette jonction.  Les agissements de l’Éthiopie constituent donc une violation flagrante de cette décision. 

Face à cette situation, l’Érythrée a privilégié l’approche juridique.  Mais, frustrés de ne pas voir l’Érythrée réagir violemment, certains ont encouragé Djibouti à lancer une attaque, a dit le représentant.  Pour éviter de riposter, l’Érythrée a retiré ses forces.  Mais devant l’entêtement de Djibouti, elle a finalement été contrainte de répondre.  Le représentant a jugé « encore plus consternant » le déséquilibre de la résolution que le Conseil a adoptée le 12 juin dernier avec l’appui des États-Unis.  Malgré cela, l’Érythrée a continué à privilégier la retenue, a-t-il souligné. 

Pourquoi, s’est interrogé le représentant, le Conseil est-il convoqué aujourd’hui pour examiner des accusations douteuses?  Pourquoi Djibouti lance-t-il des accusations à ce niveau?  Qu’a fait le Conseil contre les agissements de l’Éthiopie?  Qui l’a persuadé d’examiner un litige territorial inexistant?  Pourquoi de petits accrochages avec Djibouti prennent soudain l’allure d’un acte d’agression méritant une attention urgente du Conseil?

L’Érythrée, a répondu le représentant, ne se laissera pas entraîner dans une crise en devenant le bouc émissaire de politiques fourvoyées dans la région.  Nous allons continuer notre coopération avec Djibouti, comme le montrent les accords bilatéraux signés récemment.  Le Conseil doit cesser de condamner les victimes et il devrait plutôt montrer du doigt les coupables, a-t-il conclu, en appelant les pays qui ont de l’influence sur les dirigeants de la sous-région à les aider à faire d’elle une région prospère.

            M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a souligné le rôle important que jouent l’Union africaine et la Ligue des États arabes dans la tentative de règlement du conflit.  Il a constaté que le différend frontalier qui oppose Djibouti et l’Érythrée s’était internationalisé.  La situation semble stabilisée mais peut dégénérer rapidement, a-t-il estimé.  Il est impératif que les parties, en particulier l’Érythrée, respectent la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité du 12 juin, a dit M. Ripert.  Les troupes djiboutiennes se sont déjà retirées de l’île de Doumeira, mais tel n’est pas le cas des troupes érythréennes, a-t-il fait remarquer.  Le représentant a salué le rôle joué par le Commissaire européen Louis Michel qui a pris contact avec les deux parties.  Djibouti joue un rôle stabilisateur dans la région, a-t-il dit, mettant également l’accent sur la relation d’amitié ancienne et de confiance entre la France et Djibouti.  Il ne revient pas à la communauté internationale, et en particulier pas au Conseil de sécurité, de fixer à la place des parties le tracé des frontières, a-t-il déclaré.  Il lui revient, en revanche, d’aider les parties à trouver une solution qui soit leur solution.  Le représentant a jugé utile que le Secrétaire général dépêche sur place une mission d’établissement des faits qui bénéficierait de l’appui des deux parties. 

M. MARTY NATALEGAWA (Indonésie) s’est dit préoccupé par les affrontements entre les deux pays et par la perspective d’une détérioration d’une situation déjà instable dans la corne de l’Afrique.  Le recours à la force militaire est inacceptable.  Ce qui se passe est grave et appelle la constante vigilance du Conseil de sécurité, a-t-il estimé, en rappelant les parties aux dispositions de la résolution pertinente du Conseil.  Il a jugé important de créer un climat de sécurité dans la région.  Il a engagé les deux parties à régler ce différend, conformément au droit international, notamment en acceptant une médiation. 

M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a affirmé que son pays condamnait catégoriquement l’usage de la force et rappelait le respect par tous les États de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de leurs voisins.  Il a souhaité que le Conseil de sécurité exhorte les deux parties à s’abstenir de tout acte susceptible de provoquer l’escalade.  Il est impératif que Djibouti et l’Érythrée acceptent les offres de médiation qui leur sont faites, en particulier par l’Union africaine et la Ligue des États arabes.  Le représentant a assuré que tout devait être mis en œuvre pour aider les deux États à régler leurs différends. 

M. KONSTANTIN DOLGOV (Fédération de Russie) a engagé les deux parties à respecter le cessez-le-feu, à faire preuve d’une grande retenue et à revenir au statu quo ante.  Il les a engagées à entreprendre des négociations pour régler le différend qui les oppose par des voies pacifiques.  Il a salué les efforts de l’Union africaine et de la Ligue des États arabes, en espérant que la recommandation du Conseil de sécurité au Secrétaire général sera suivie.  Ce dernier doit utiliser ses bons offices et contribuer à la reprise du dialogue entre les parties, a-t-il dit. 

M. LIU ZHENMIN (Chine) a demandé aux parties de privilégier les intérêts supérieurs des relations entre les deux pays.  Le représentant a espéré que les deux pays pourront régler leurs différends au moyen du dialogue et de la négociation.  Le Conseil de sécurité devrait continuer à jouer un rôle actif et constructif afin d’amener Djibouti et l’Érythrée au dialogue et à la négociation, a-t-il ajouté. 

M. DUMISANI SHADRACK KUMALO (Afrique du Sud) a qualifié de difficile la situation à laquelle font face le Conseil de sécurité et l’Union africaine.  Il a lancé un appel aux deux parties pour qu’elles comprennent que le recours à la force n’est pas une solution viable.  Il s’est dit préoccupé par l’escalade des tensions dans la corne de l’Afrique, qui n’a déjà que trop connu sa part de troubles.  Les deux parties doivent faire preuve de retenue et retourner à la situation qui régnait avant le début du différend, a-t-il recommandé.  Il a encouragé le Secrétaire général à user de ses bons offices.  La Ligue des États arabes et l’Union africaine ont offert leurs bons offices, a-t-il rappelé, en espérant que les deux pays entendront l’appel lancé par la communauté internationale et éviteront l’affrontement. 

M. HOANG CHI TRUNG (Viet Nam), qui s’est dit préoccupé par l’escalade de la tension entre Djibouti et l’Érythrée, a souligné le principe fondamental du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.  Il a demandé aux deux parties de faire preuve de la plus grande retenue, de renforcer le cessez-le feu actuel et d’intensifier le dialogue.  Si la responsabilité première pour résoudre le conflit revient aux deux parties elles-mêmes, a dit le représentant, il faut néanmoins saluer les efforts entrepris par l’Union africaine, la Ligue des États arabes et l’Organisation de la Conférence islamique pour faciliter le règlement pacifique du différend. 

M. GIADALLA A. ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) s’est dit profondément triste et préoccupé par les tensions entre Djibouti et l’Érythrée.  Ces deux pays ont tellement de liens qu’il est difficile d’imaginer qu’ils auraient un jour à recourir à la force pour régler leur différend.  L’Afrique a payé un lourd tribut à ce genre de conflits armés, a-t-il souligné, en regrettant qu’alors que les conflits armés disparaissent partout ailleurs dans le monde, le continent africain connaisse une tendance inverse.  Le représentant a espéré que le Conseil œuvrerait pour mettre un terme au conflit, en aidant les parties à trouver une solution pacifique.  Je ne dirais pas, a dit le représentant, que l’incapacité du Conseil de régler les différends entre l’Éthiopie et l’Érythrée et de mettre un terme au conflit en Somalie pourrait être à l’origine des tensions que l’on voit aujourd’hui entre l’Érythrée et Djibouti.  Ces deux pays doivent respecter la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, a-t-il dit, en leur demandant de revenir au statu quo ante.  Il a indiqué qu’il fallait réaffirmer l’intangibilité des principes de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États et celui de l’acceptation des frontières héritées de la colonisation. 

M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a affirmé que les Nations Unies et leurs États Membres étaient appelés à respecter l’intégrité territoriale des États, ce qui implique les frontières des pays.  Le représentant a appelé les deux pays à retirer les forces militaires déployées à leurs frontières et à entamer des pourparlers bilatéraux.  Selon lui, le Secrétaire général doit tenir au courant le Conseil de sécurité au sujet de tout élément d’évolution de la situation.

M. QUARREY (Royaume-Uni) s’est félicité d’apprendre qu’en ce moment la situation est calme entre Djibouti et l’Érythrée, même si des informations font état de renforcement et de regroupement de troupes.  Il a salué les efforts de l’Union africaine, de la Ligue des États arabes et des autres États.  Le Conseil doit faire une déclaration à la presse, a-t-il conclu, en se félicitant du projet de texte préparé à cet effet par la France.

M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a appelé les deux parties à exprimer des positions contradictoires dans la salle du Conseil et non pas sur le terrain sous forme d’affrontements.  Il a souhaité que leur présence au Conseil témoigne de leur attachement de parvenir à une solution pacifique.  Il a appelé le Conseil à assumer son rôle de prévention des conflits.  Il faut adopter une approche d’aval en amont, examiner les évènements sur le terrain et privilégier les bons offices, a dit le représentant, qui a appuyé l’envoi d’une mission d’établissements des faits du Secrétariat de l’ONU.  Il a conclu en appuyant à son tour le projet de déclaration à la presse élaboré par la France.

M. JORGE URBINA (Costa Rica) a estimé que la corne de l’Afrique ne pouvait s’offrir le luxe d’un conflit supplémentaire.  Les organisations régionales peuvent apporter un appui très précieux au règlement de ce différend, a-t-il déclaré, soulignant à cet égard les efforts déployés par l’Union africaine et la Ligue des États arabes.  Le représentant a appelé Djibouti et l’Érythrée à reprendre la voie du dialogue et à régler pacifiquement leur différend frontalier.

M. GRAULS (Belgique) a partagé l’inquiétude exprimée par les autres membres du Conseil face à des incidents qui auraient pu dégénérer rapidement.  Les risques d’escalade existent et peuvent se transformer en menace pour toute la région, s’est alarmé le représentant, en réitérant l’appel au dialogue lancé par le Conseil aux deux parties en conflit.  Il n’est dans l’intérêt d’aucun pays de maintenir la confusion qui règne actuellement, a-t-il souligné.  Il a donc encouragé le déploiement d’une mission d’établissements des faits avant de saluer, à son tour, le projet de déclaration à la presse préparé par la délégation de la France. 

M. RANKO VILOVIĆ (Croatie) a appelé les deux parties à faire preuve de retenue, à retirer leurs forces du face à face dans lequel elles sont engagées, et à entreprendre des négociations pour tenter de résoudre par le dialogue leur différend frontalier.  Le représentant a également souligné que sa délégation accueillait avec satisfaction la déclaration à la presse préparée par la France.

M. ALEJANDRO WOLFF (États-Unis) s’est dit gravement préoccupé par la situation qui règne entre les deux pays.  Le 12 juin, a-t-il rappelé, le Conseil a adopté une déclaration présidentielle condamnant les actions militaires de l’Érythrée et appelant au dialogue.  À ce jour, a-t-il regretté, l’Érythrée maintient une posture agressive et refuse des négociations directes avec Djibouti.  Il a appelé le Gouvernement de l’Érythrée à retirer ses forces militaires et à lancer un processus diplomatique pour trouver une solution pacifique au différend.  Si l’Érythrée ne le fait pas, a prévenu le représentant, le Conseil de sécurité devra envisager des mesures appropriées.  Le conflit à Djibouti, a-t-il analysé,  intervient dans le contexte d’une action déstabilisatrice dans la sous-région.  L’Érythrée a soutenu des groupes terroristes en Somalie et a tout fait pour saboter les négociations de paix.  Ce pays, a accusé le représentant, a aussi restreint les activités de la Mission de l’ONU, la contraignant à quitter le pays.  L’Érythrée, a-t-il conclu, peut encore reprendre sa place de membre responsable de l’ONU.  Les États-Unis tiendront l’Érythrée responsable de ses actes, a-t-il prévenu, en appuyant le projet de déclaration à la presse rédigé par la France.

Mme ALICE AGHENEBIT MUNGWA, Bureau de l’Observateur permanent de l’Union africaine auprès des Nations Unies, a annoncé que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine discutera de la situation entre l’Érythrée et Djibouti au niveau des chefs d’État et de gouvernement, le 29 juin prochain en marge de la onzième session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, qui se tiendra à Charm el-Cheik en Égypte.  Elle a souligné, devant les deux parties, l’importance qu’il y a à ce qu’elles participent à la réunion au sommet pour contribuer à la recherche d’une solution pacifique et durable à leur différend.  Elle a espéré que toutes les parties agiront, de manière positive et constructive, au rétablissement de relations pacifiques et cordiales entre elles. 

M. YAHYA A. MAHMASSANI, Observateur permanent de la Ligue des États arabes auprès des Nations Unies, a affirmé que la Ligue des États arabes avait envoyé une mission d’établissement des faits du 9 au 11 mai 2008 en vue de trouver une issue à la crise qui oppose l’Érythrée à Djibouti.  Le Conseil de la Ligue s’est réuni le 12 juin et a examiné cette situation, a-t-il dit, notant que le Conseil avait, à cette occasion, souligné l’importance du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de Djibouti.  Le Conseil de la Ligue des États arabes a également exhorté l’Érythrée à retirer ses forces, a-t-il ajouté.  Cette crise risque d’avoir des répercussions dangereuses sur la région, a-t-il également estimé.  Selon lui, une telle crise ne peut être réglée par des moyens militaires ou des menaces de recours à la force.  Seule la voie de la négociation est valable, a-t-il dit, engageant les parties à faire preuve de retenue et à ne rien entreprendre qui puisse provoquer une escalade des tensions. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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