LA FRAGILITÉ DE LA SITUATION EN HAÏTI ILLUSTRE LE LIEN ÉTROIT ENTRE STABILITÉ POLITIQUE ET DÉVELOPPEMENT, SOULIGNE HÉDI ANNABI DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

8 avril 2008
CS/9292

LA FRAGILITÉ DE LA SITUATION EN HAÏTI ILLUSTRE LE LIEN ÉTROIT ENTRE STABILITÉ POLITIQUE ET DÉVELOPPEMENT, SOULIGNE HÉDI ANNABI DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

08/04/08
Conseil de sécurité
CS/9292
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Conseil de sécurité

5862e séance – matin

LA FRAGILITÉ DE LA SITUATION EN HAÏTI ILLUSTRE LE LIEN ÉTROIT ENTRE STABILITÉ POLITIQUE ET DÉVELOPPEMENT, SOULIGNE HÉDI ANNABI DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

Le Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti et Chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation dans ce pays (MINUSTAH) a décrit aujourd’hui au Conseil de sécurité la situation toujours fragile d’un pays dont la population « n’a pas encore perçu les dividendes de la stabilité ».

Hédi Annabi, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général*, a déclaré qu’en dépit des progrès encourageants, on est très loin d’avoir tout accompli dans les domaines socioéconomique, politique et sécuritaire.  Le Représentant spécial a mis en garde les donateurs, les institutions financières internationales et la communauté internationale dans son ensemble, contre le piège « de l’optimisme prématuré ou du découragement disproportionné ».

L’amélioration du niveau de vie de la population, une croissance soutenue du produit national brut (PNB) et une hausse substantielle des taux d’emploi et d’investissement sont les indicateurs clefs que le Conseil de sécurité doit garder à l’esprit lorsqu’il envisage son implication future en Haïti, a voulu le Représentant spécial.

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* S/2008/202

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Exposé

M. HEDI ANNABI, Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti et Chef de la MINUSTAH, a déclaré qu’Haïti entrait dans une période d’opportunités, mais aussi de risques.  Comme le souligne le Secrétaire général dans son rapport, des progrès encourageants ont été observés.  Mais il faut reconnaître que ces gains ne sont qu’une première étape, que ces avancées restent extraordinairement fragiles et qu’il reste encore beaucoup à faire pour se rapprocher d’un processus durable.

S’agissant de l’environnement politique, la fondation de tout progrès durable en Haïti demeure l’existence d’un niveau minimal de consensus politique.  À ce jour, le Gouvernement, qui a pris ses fonctions en juin 2006 à l’issue d’un processus électoral soutenu par la MINUSTAH, s’est efforcé de promouvoir ce consensus et a, d’une façon générale, continué de bénéficier d’une légitimité aux yeux du public.  Il a pris appui sur cette légitimité pour continuer de répondre à des problèmes fondamentaux, comme le renforcement des institutions étatiques et la lutte contre la corruption et l’impunité.  Ce consensus politique n’en reste pas moins fragile, a indiqué le Représentant spécial, pour qui des menaces claires et répétées sur le débat démocratique risquent de faire retomber le pays dans l’instabilité politique et engendrer la violence.

Au cours des six derniers mois, les tensions entre des acteurs politiques et les diverses sensibilités représentées au sein du Gouvernement ont, par moments, menacé de dégénérer et de miner la confiance de l’opinion publique.  Les risques potentiels de détérioration des relations politiques ont trouvé leur illustration dans l’interpellation, fin février, du Premier Ministre devant la Chambre des députés, alors que la majorité de ceux-ci avaient voté en sa faveur.  Plus récemment, une fusillade a éclaté dans l’enceinte du Parlement, au cours d’un débat lié aux enquêtes ouvertes sur des allégations d’irrégularités de gestion commises par certains législateurs.  D’autres problèmes se profilent à l’horizon, notamment les demandes répétées de certains législateurs et responsables gouvernementaux visant à ce que la loi reconnaisse la double nationalité; la question de la réforme constitutionnelle et la préparation des élections pour renouveler un tiers du Sénat.  De plus, le mécontentement qui s’est emparé du pays en raison du coût de la vie revêt également une dimension politique, dans la mesure où les manifestations observées de part et d’autre dénoncent la flambée des prix des produits alimentaires de base, a ajouté le Représentant spécial.

La MINUSTAH continuera de faire tout son possible pour promouvoir un dialogue constructif, a-t-il affirmé.  Mais il incombe également à la communauté internationale d’encourager activement une approche responsable de la part de tous les acteurs politiques.  En dernière instance, les progrès politiques dépendront des Haïtiens eux-mêmes.  Même si des tensions semblent inévitables, il est crucial que les dirigeants politiques et les faiseurs d’opinion cultivent la retenue et démontrent un désir sincère de coopération.  Les structures démocratiques du pays doivent être consolidées afin de favoriser l’institutionnalisation du dialogue et rompre le cercle vicieux des violences politiques, a lancé M. Annabi.

Il est également essentiel que les capacités administratives du pays soient renforcées, de manière à pouvoir fournir à la population les services de base dont elle a besoin.  La MINUSTAH peut offrir une partie de l’assistance demandée et continuera d’œuvrer au renforcement des capacités nationales dans des domaines clefs tels que la sécurité des frontières maritime et terrestre d’Haïti, afin de mettre fin aux trafics d’armes et de stupéfiants.  Mais une aide bilatérale coordonnée, en particulier des pays de la région, demeure vitale pour permettre des progrès réels et durables, a prévenu M. Annabi.

En ce qui concerne la sécurité, la situation reste fragile, même si des améliorations ont été constatées.  Les opérations lancées par la MINUSTAH au début de l’année dernière contre des gangs de Port-au-Prince et des Gonaïves, à l’appui des autorités haïtiennes, continuent de porter leurs fruits.  Mais une recrudescence des enlèvements a été observée, avec une moyenne de 30 enlèvements par mois entre décembre 2007 et fin mars 2008, a déploré M. Annabi.  Des informations laissent également penser que les réseaux criminels s’efforcent de se réorganiser.  Ce genre de menaces criminelles peut faire l’objet d’une manipulation politique, a-t-il souligné.

Par ailleurs, les manifestations antigouvernementales se sont multipliées, pour les raisons déjà évoquées, ce qui a posé des problèmes d’évacuation du personnel des Nations Unies basé aux Cayes, dans le sud du pays.  En raison des violences perpétrées dans le passé, l’opinion haïtienne est particulièrement sensible aux menaces d’instabilité.  Une réponse ferme et vigoureuse est essentielle et ne pourra être atteinte que par le biais d’une étroite collaboration entre les autorités haïtiennes et la MINUSTAH, dont les composantes policière et militaire jouent un rôle critique.  Aussi ont-elles déjà commencé de déployer des postes de contrôle dans tout Port-au-Prince où la plupart des enlèvements se produisent, et de renforcer les capacités de réponse et d’enquête de sa Police, un domaine où le soutien continu des pays fournisseurs de contingents policiers s’avère plus que jamais nécessaire.  Parallèlement, les unités entraînées de la Police onusienne coopèrent étroitement avec leurs homologues haïtiens pour répondre aux troubles publics.  La MINUSTAH a également lancé une série de projets visant à réduire les violences communautaires, en particulier dans les quartiers Cité Soleil et Martissant de Port-au-Prince.

Mais le Représentant spécial a expliqué que la consolidation de la sécurité exigeait avant tout la création de structures d’état de droit viables et d’une véritable réforme institutionnelle.  La MINUSTAH a travaillé étroitement avec les autorités de l’île pour mettre en œuvre un plan de réforme de la Police nationale haïtienne.  Environ 8 450 agents de police ont pris désormais leurs fonctions, ce qui est encore loin des 14 000 officiers qu’il faut au minimum.  Là également, une aide bilatérale demeure indispensable pour répondre à tous les besoins qui se posent en matière d’infrastructures, de transport et de télécommunications et autres équipements, a plaidé M. Annabi.

De la même manière, l’adoption en décembre dernier de trois lois déterminantes sur l’indépendance du secteur judiciaire et la réforme des systèmes de justice et pénal peut ouvrir la voie aux progrès.  Mais des efforts soutenus et coordonnés seront essentiels pour concrétiser ces projets.  L’engagement constant des dirigeants haïtiens sera indispensable pour l’établissement d’un Conseil supérieur de la justice et de l’École de la magistrature, a poursuivi le Représentant spécial.  Des mesures à court et moyen termes doivent être prises pour améliorer le système pénitentiaire, qui est inacceptable sur les plans de la sécurité et des droits de l’homme.  Ici encore une assistance bilatérale s’avère indispensable.

Le Représentant spécial a ensuite abordé la situation socioéconomique, dont le bilan est mitigé.  Alors que de tels problèmes ne tombent pas sous le mandat de la MINUSTAH, il n’en reste pas moins, a-t-il fait observer, qu’il existe un lien évident entre stabilité et développement.  Haïti a fait des progrès significatifs en ce domaine, puisque la croissance de son PNB est passée à 3,2% en 2007, retrouvant son niveau de 1991.  Le taux d’inflation annuel a chuté à 8% l’an dernier, alors qu’il était de 30 à 40% il y a quelques années.  Le Gouvernement a préparé une Stratégie pour la croissance nationale et la réduction de la pauvreté, qui incarne les priorités de développement et qui devrait déterminer toutes les stratégies d’assistance subséquentes, à commencer par celles qui seront discutées les 24 et 25 avril à Port-au-Prince.

Toutefois, tout cela ne s’est pas encore traduit par l’amélioration tangible des conditions de vie de la population, qui a exprimé à plus d’une reprise son mécontentement devant « la vie chère ».  Dans ce contexte, il est urgent que les pays donateurs, les institutions financières internationales et le secteur privé, y compris les Haïtiens de l’extérieur, réfléchissent avec les autorités haïtiennes à des solutions créatives pour générer les « dividendes de la stabilité ».

En conclusion, Hédi Annabi a de nouveau souligné qu’il restait beaucoup à faire.  Certes, les autorités haïtiennes portent la responsabilité première du processus de stabilisation.  Toutefois, il est évident qu’elles ne peuvent l’assumer seules.  Une assistance substantielle des donateurs bilatéraux et de la communauté internationale est indispensable, de même que la présence des Casques bleus, pour parvenir à un seuil acceptable de stabilité, a-t-il prévenu.

Dans son rapport, a rappelé le Représentant spécial, le Secrétaire général préconise l’achèvement du nouveau cycle électoral dont le point culminant serait la transition sans heurt, en 2011, à un Président et à un Parlement démocratiquement élus.  Ban Ki-moon suggère aussi l’établissement d’une structure de sécurité durable capable de répondre aux menaces potentielles tout en respectant les normes professionnelles.  Il recommande en outre la mise en place de systèmes judiciaire et pénal indépendants et crédibles qui respectent les normes des droits de l’homme.  Il appelle aussi à la création à travers le pays d’une administration capable de fournir des services de base à la population.

Enfin, le Secrétaire général affirme qu’une amélioration tangible du niveau de vie de la population, une croissance durable du PNB et une hausse significative des taux d’emploi et d’investissement sont les indicateurs clefs que le Conseil doit garder à l’esprit lorsqu’il prend des décisions sur son engagement futur en Haïti.

Hédi Annabi a ajouté qu’il était impératif que tous ceux qui participent à la stabilisation en Haïti redoublent d’efforts pour permettre au pays de saisir cette occasion historique de sortir des cycles destructeurs du passé.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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