MALGRÉ LE PLAIDOYER DU PRÉSIDENT SERBE, DES MEMBRES PERMANENTS DU CONSEIL DE SÉCURITÉ RECONNAISSENT L’INDÉPENDANCE DU KOSOVO, REJETÉE PAR LA RUSSIE

18 février 2008
CS/9252

MALGRÉ LE PLAIDOYER DU PRÉSIDENT SERBE, DES MEMBRES PERMANENTS DU CONSEIL DE SÉCURITÉ RECONNAISSENT L’INDÉPENDANCE DU KOSOVO, REJETÉE PAR LA RUSSIE

18/02/2008
Conseil de sécurité
CS/9252
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

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Conseil de sécurité

5839e séance – après-midi

MALGRÉ LE PLAIDOYER DU PRÉSIDENT SERBE, DES MEMBRES PERMANENTS DU CONSEIL DE SÉCURITÉ RECONNAISSENT L’INDÉPENDANCE DU KOSOVO, REJETÉE PAR LA RUSSIE

Après que le Kosovo a proclamé unilatéralement son indépendance hier, M. Boris Tadic, le Président de la République de Serbie, a souligné aujourd’hui devant le Secrétaire général de l’ONU et tous les membres du Conseil de sécurité que le Gouvernement et le Parlement serbes ont déclaré « nulle et non avenue » la décision de déclaration d’indépendance du Parlement kosovar.

Malgré le plaidoyer du Président serbe, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, membres permanents du Conseil de sécurité, et la Belgique, la Croatie et l’Italie, membres non permanents, ont annoncé le lancement de leurs procédures diplomatiques de reconnaissance d’un Kosovo indépendant.  La Serbie n’acceptera jamais cette indépendance de sa province, a réaffirmé le Président Tadic, en invoquant « une violation flagrante » de la résolution 1244 (1999) et des principes de souveraineté et d’intégrité territoriale consacrés par la Charte des Nations Unies. 

Fermement appuyé par le Représentant permanent de la Fédération de Russie, le Président serbe a, tout en renonçant au recours à la force, prévenu les membres du Conseil que les institutions de son pays sont en train de prendre des « mesures politiques et diplomatiques » pour prévenir une sécession d’une partie de son territoire.

« Si vous fermez les yeux aujourd’hui sur cet acte unilatéral et illégal, qui vous dit qu’une partie de votre propre pays ne proclamera pas un jour à son tour son indépendance de la même manière illégale?  Êtes-vous conscients du précédent que cela représente et des conséquences catastrophiques qu’il pourrait avoir »? a demandé le Président Tadic aux États membres du Conseil « qui connaissent les mêmes problèmes que la Serbie ».  

Avec d’autres délégations, le représentant de la Chine a rappelé que son pays avait toujours plaidé pour une solution négociée mutuellement acceptable par les parties.  Son homologue de l’Indonésie s’est demandé avec suspicion pourquoi certains membres du Conseil ont renoncé si vite à soutenir les négociations sur le statut du Kosovo alors qu’ils continuent d’appeler au dialogue dans d’autres conflits plus anciens.  L’échec des négociations, qui ont duré deux longues années, ont rétorqué les pays interpellés, a montré l’impossibilité de concilier les points de vue en présence sur la question du Kosovo. 

Le statu quo était devenu intenable, ont insisté des délégations comme celles des États-Unis et de la France, en arguant que la large adhésion au Plan de l’Envoyé spécial du Secrétaire général, qui a préconisé l’indépendance sous supervision internationale, dans un premier temps, a prouvé qu’il s’agissait de la seule option réaliste et viable.

Le Kosovo n’est pas un précédent, se sont défendues ces délégations.  C’est un cas unique à inscrire dans le contexte historique de la désintégration de l’ex-Yougoslavie qui a donné lieu à la création de nouveaux États indépendants, ont-elles estimé.  Nous n’accepterons donc jamais, a renchéri le représentant des États-Unis, qu’une des parties à un conflit invoque le cas du Kosovo pour réclamer son indépendance. 

Toutes les délégations ont appelé au calme et à la retenue, en félicitant le Président Tadic d’avoir rejeté la violence et réitéré l’engagement de son pays à se forger un avenir européen.  Le Président serbe a cependant prévenu les pays qui l’ont fait que reconnaître l’indépendance du Kosovo était loin d’être un geste amical envers la Serbie et son peuple.  Ce geste inamical ne sert pas la cause de l’intégration de la Serbie à l’Union européenne, a-t-il souligné. 

S’agissant de l’avenir immédiat, le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, a pris note de la décision prise ce matin par les Ministres des affaires étrangères de l’Union européenne de déployer une mission de police et de justice au Kosovo (Mission EULEX).  Toute action répressive des présences internationales à l’encontre des minorités non-albanaises et de leurs dirigeants sera considérée « inadmissible et illégale », a prévenu le représentant de la Fédération de Russie, en dénonçant EULEX comme une mission « qui a été décidée sans l’aval du Conseil de sécurité ». 

Ban Ki-moon a aussi indiqué que l’ONU continuera à opérer au Kosovo sous le postulat que la résolution 1244 est toujours en vigueur, à moins que le Conseil n’en décide autrement.  Le Secrétaire général a souligné que son principal objectif est d’assurer la sécurité de la population kosovare, en accordant une attention particulière aux minorités. 

Il s’agira aussi, a-t-il ajouté, de préserver la paix et la sécurité internationales ainsi que la stabilité du Kosovo et de la région.  Il s’agira enfin de garantir la sécurité du personnel de l’ONU et de sauvegarder les acquis et l’héritage de l’ONU au Kosovo et dans les Balkans, a encore dit le Secrétaire général. 

LETTRE DATÉE DU 17 FÉVRIER 2008, ADRESSÉE AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA SERBIE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2008/103)

LETTRE DATÉE DU 17 FÉVRIER 2008, ADRESSÉE AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2008/104)

Déclarations

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré devant les membres du Conseil de sécurité qu’hier son Représentant spécial l’avait informé que l’Assemblée des institutions provisoires d’administration autonome du Kosovo avait tenu une session au cours de laquelle avait été adoptée une déclaration d’indépendance du Kosovo.  Il a expliqué que ladite déclaration a réaffirmé l’engagement du Kosovo envers la Proposition globale de règlement portant statut du Kosovo de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, M. Martii Ahtisaari.  M. Ban Ki-moon a ajouté que les autorités kosovares s’étaient engagées à offrir les mêmes opportunités à tous les habitants de la province, sans aucune discrimination contre aucune communauté, la déclaration d’indépendance réaffirmant l’engagement du Kosovo à continuer d’adhérer à la résolution 1244 et à travailler de manière constructive avec les Nations Unies.  Il a indiqué que la situation sur place était restée calme, en dépit de troubles signalés dans le nord de la province et d’une attaque contre un bâtiment de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK).  Poursuivant son intervention, le Secrétaire général a fait savoir que le Président de la Serbie l’avait informé que son pays considère que la déclaration d’indépendance du Kosovo représente une sécession abrupte et unilatérale d’une partie du territoire national et n’a aucune valeur légale, que ce soit en République de Serbie ou aux yeux du droit international. 

M. Ban Ki-moon a ensuite noté que M. Solana, le Haut Représentant de l’Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune, l’avait informé de la décision de l’Union européenne (UE) de déployer une mission chargée du soutien à l’application de la règle du droit, dans le cadre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, et de nommer un représentant spécial pour le Kosovo qui sera chargé, entre autres, de coordonner le travail de l’UE sur place.  S’agissant de la MINUK, le Secrétaire général a déclaré qu’en attendant les prochaines décisions du Conseil, la résolution 1244 resterait le cadre légal du mandat de la Mission.  Il a ajouté qu’il avait demandé à son Représentant spécial de continuer à le tenir étroitement informé des développements qui surviennent au Kosovo.  Nos efforts doivent servir au maintien de la paix et de la sécurité sur place et de la stabilité de la région, et à la protection de la population locale, en particulier celle des minorités ethniques, a encore dit M. Ban Ki-moon.  Il a, à cet égard, exhorté toutes les parties à réaffirmer et à respecter leur engagement à se garder de toute action ou déclaration susceptible de menacer la paix, d’inciter à la violence et de mettre en péril la sécurité au Kosovo et dans la région.  Saluant les progrès accomplis au cours des années par le Kosovo, en partie grâce à l’action de l’ONU et des organisations internationales compétentes, le Secrétaire général a conclu son intervention en disant que ses efforts continueraient d’être consacrés à la consolidation des avancées significatives réalisées par l’Organisation dans les Balkans.  

M. BORIS TADIC, Président de la République de Serbie, a estimé que le fait que les Albanais du Kosovo aient proclamé, le 17 février, de manière unilatérale et illégale leur indépendance, est une violation flagrante de la résolution 1244 du Conseil de sécurité qui réaffirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Serbie, y compris sur ses territoires du Kosovo et Metohija.  Soulignant que son pays est un petit État pacifique et démocratique au cœur de l’Europe, et un Membre fondateur de l’ONU, le Président serbe a prévenu que si une nation comme la sienne peut être privée illégalement de son territoire et contre son gré, alors le monde est devant une injustice historique, parce qu’une démocratie légitime n’a jamais été punie de la sorte. 

L’État serbe, a poursuivi le Président, est né au Kosovo, qui représente une partie essentielle de son identité.  Nous sommes, a-t-il dit, devant une situation où un pays épris de paix se voit privé d’une partie de son identité, de sa tradition et de son histoire.  Cet acte annule plusieurs dispositions du droit international, foule du pied la justice et consacre l’injustice la plus grande.  Si selon certains membres du Conseil, Slobodan Milosevic est à l’origine de cette situation, il faut tout de même rappeler, a fait remarquer avec ironie le Président, que nous sommes en février 2008 et que Slobodan Milosevic n’est plus à la tête de l’État serbe.  Il faut aussi rappeler, a-t-il poursuivi, que bien avant Slobodan Milosevic, les Albanais du Kosovo réclamaient déjà leur indépendance et travaillaient avec acharnement à la sécession.  Il faut encore rappeler qu’en 1999, les citoyens serbes ont été injustement et sévèrement punis lorsqu’ils ont pendant trois mois été malmenés et massacrés sous les bombardements.  Huit années après, la Serbie démocratique est encore punie, a accusé le Président serbe.

Pendant ces huit années, a-t-il dénoncé, rien n’a été fait pour permettre aux Serbes et aux non-Albanais du Kosovo de vivre dans la dignité.  L’indépendance est ainsi accordée à une communauté ethnique, à ceux qui ont créé des ghettos serbes entourés de fils barbelés, de canons et de soldats armés jusqu’aux dents.  Un prix est attribué aujourd’hui à ceux qui ont pris part à la ségrégation des Serbes et à ceux qui leur ont nié la liberté de mouvement, les contraignant à vivre dans les ténèbres et dans la peur. 

Depuis 1999, 250 000 Serbes et non-Albanais ont été expulsés du Kosovo.  En mars 2004, des militants et des extrémistes de la communauté albanaise ont incendié 35 églises et monastères, ainsi que 800 maisons en trois jours, poussant 5 000 Serbes et non-Albanais à quitter leurs maisons, a accusé le Président Tadic. 

Quiconque appuie l’indépendance du Kosovo doit savoir qu’il légalise la menace et l’usage de la violence comme moyen de créer un nouvel État et de promouvoir son agenda et ses intérêts politiques.  Une telle initiative ne fera que prouver que l’ONU est en train de perdre sa légitimité et son autorité.  Demain le monde ne sera plus jamais le même.  La Serbie, a promis le Président, restera aux côtés de la loi et de la justice de manière digne, pacifique et civilisée.  La Serbie ne renoncera jamais à ses intérêts légitimes et poursuivra sa lutte pacifique et diplomatique, en défendant sa perspective européenne légitime.

Ici aux Nations Unies, de nombreux pays connaissent les mêmes problèmes que la Serbie.  Imaginez-vous à ma place, a dit le Président serbe, en interpellant le Conseil de sécurité.  Si vous fermez les yeux aujourd’hui, qui vous dit qu’une partie de votre pays ne proclamera pas un jour sa propre indépendance de la même manière illégale?  Êtes-vous conscients du précédent que cela représente et des conséquences catastrophiques que cette démarche pourrait avoir? 

La Serbie, a encore promis le Président, n’acceptera pas la violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.  Le Gouvernement et le Parlement serbes ont déclaré nulle et non avenue la proclamation d’indépendance du Kosovo.  Ils prennent d’ailleurs des mesures diplomatiques et politiques pour prévenir la sécession d’une partie de leur territoire.  La Serbie n’a aucune intention de recourir à la force parce qu’aucune crise n’a jamais été réglée par la force.  Toutefois, ce précédent pourrait provoquer des dommages irréparables à l’ordre international, a assuré M. Tadic. 

Le Président a donc demandé au Conseil de prendre des mesures pour assurer le respect de toutes les provisions de la Charte et de la résolution 1244.  Le Secrétaire général, a-t-il estimé, doit donner pour instruction à son Représentant spécial, Joachim Rüecker, de déclarer nulle et non avenue l’indépendance du Kosovo.  Nous demandons au Représentant spécial du Secrétaire général de dissoudre l’Assemblée du Kosovo parce qu’elle a pris cette décision contraire à la résolution 1244, a dit le Président de la République de Serbie.  Il revient, a-t-il ajouté, à la KFOR de protéger les plus vulnérables, à savoir les Serbes du Kosovo ainsi que le clergé serbe, tout en empêchant la destruction de l’héritage et du patrimoine spirituel et religieux de la Serbie.

La position qu’adoptent aujourd’hui certains membres du Conseil de sécurité légalise le nettoyage ethnique lancé contre les Serbes, qui a été perpétré en 1999, après l’arrivée de la KFOR et de la Mission de l’ONU, a relevé M. Tadic.  Celui qui reconnaît l’indépendance proclamée par les Albanais du Kosovo assumerait en quelque sorte la responsabilité d’un nettoyage ethnique contre les Serbes qui sont restés sur le territoire.  Je le dis solennellement devant le Conseil de sécurité, a conclu le Président.  La Serbie n’acceptera jamais l’indépendance du Kosovo.  Nous ne renoncerons jamais ni au Kosovo ni à nos intérêts légitimes.  Pour les citoyens de la Serbie et leurs institutions, le Kosovo restera à jamais une partie de la Serbie. 

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a déclaré que son pays a soutenu la demande d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité faite par la Serbie.  M. Churkin a dit que la déclaration unilatérale d’indépendance de la province du Kosovo, prononcée hier par l’Assemblée locale, était une violation flagrante des normes et des principes de la loi internationale, en particulier la Charte de l’ONU, qui, a-t-il dit, forme le socle du système des relations internationales.  Qualifiant la déclaration d’acte illégal, le représentant l’a en outre qualifiée de « violation de la souveraineté de la République de Serbie et de tous les accords et documents internationaux relatifs à la question du règlement de la question du Kosovo ».  Il a ensuite estimé que cette déclaration était incompatible avec les dispositions de l’Acte final d’Helsinki, qui énoncent clairement les principes de l’inviolabilité des frontières et de l’intégrité territoriale des États.  Ces changements, a-t-il précisé, ne peuvent intervenir qu’en accord avec le droit international et par des moyens pacifiques.

Le représentant de la Fédération de Russie a ensuite mis l’accent sur le fait que la situation actuelle au Kosovo posait une menace à la paix et à la sécurité dans les Balkans.  Il a insisté qu’en vue de mettre pleinement en œuvre la résolution 1244 du Conseil de sécurité, les présences internationales au Kosovo devaient prendre des mesures d’urgence pour ramener la situation actuelle au Kosovo à la situation qui prévalait jusque-là.  Le représentant a par ailleurs réaffirmé la demande adressée par son pays au Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MINUK de déclarer la déclaration unilatérale d’indépendance de la province « nulle et non avenue » du point de vue du mandat prévu pour la Mission par la résolution 1244.  M. Churkin a poursuivi son intervention en exprimant l’inquiétude de la Fédération de Russie devant les tensions palpables ressenties dans les municipalités serbes au Kosovo, en particulier celles situées au nord de Mitrovica.  Il a estimé que toute action répressive contre les minorités non albanaises et leurs dirigeants exercée par les présences internationales « en violation des mandats de la résolution 1244 » serait considérée « inadmissible et illégale » par la Fédération de Russie. 

Le représentant russe a ensuite considéré que le lancement de la mission européenne, relative à la règle du droit, avait été décidé sans l’aval du Conseil de sécurité.  Il a conclu son intervention en réaffirmant la volonté de la Fédération de Russie de parvenir à une solution durable en ce qui concerne les statuts au Kosovo, cela sous l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU et en tenant compte des normes du droit international comme des accords existant entre Belgrade et Pristina.   

M. WANG GUANGYA (Chine) a déclaré que la question du statut du Kosovo était extrêmement compliquée et sensible, sachant qu’elle concerne autant l’avenir des Albanais du Kosovo et des Serbes du Kosovo que le maintien de la paix et de la stabilité dans la région des Balkans et de l’Europe toute entière.  Le représentant a ajouté que son pays avait toujours plaidé pour une solution négociée mutuellement acceptable par tous.  Il a ainsi estimé, en faisant référence aux négociations menées l’an dernier entre la partie serbe et la partie kosovare, que toute discussion à ce niveau devait être sincère et souple.  Le représentant a poursuivi son intervention en disant que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo pouvait entrainer des troubles dans la région, et, ce faisant, provoquer une grave crise humanitaire.  Il a rappelé les principes de la Charte des Nations Unies relatifs à la nécessité de garantir partout la souveraineté et l’intégrité territoriale des États, ajoutant cependant que la question des statuts au Kosovo était d’une nature particulière.  Le représentant a en outre appelé toutes les parties à agir avec la plus grande prudence et à faire de leur mieux pour préserver la paix, la sécurité et la stabilité dans la région.  Il a également mis l’accent sur le fait que la résolution 1244 du Conseil de sécurité restait le cadre légal et politique en vue d’un règlement durable de la situation au Kosovo.  À cette aune, M. Wang Guangya a exhorté les États Membres à respecter la lettre des résolutions du Conseil.  Enfin, le représentant a souhaité que l’Union européenne (UE) tienne compte des intérêts de la Serbie et du Kosovo dans la perspective de leur éventuelle intégration à l’UE.

M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a regretté que le processus de négociations entre Belgrade et Pristina n’ait pas abouti à une solution.  Mais, a-t-il dit, nous ne pouvons ignorer la réalité du terrain qui est la proclamation d’indépendance conformément au souhait de la grande majorité de la population du Kosovo.  La Belgique, a-t-il dit, reconnaît le Kosovo, car l’indépendance établit les prémices nécessaires à une paix durable pour tous les habitants.  Il est essentiel, a argué le représentant, que la déclaration d’indépendance évoque une société démocratique, laïque et multiethnique.  Il a rappelé que les propositions de l’Envoyé spécial du Secrétaire général sont apparues comme la seule option réaliste et viable.  L’indépendance n’est pas seulement un privilège, a modéré le représentant.  C’est aussi et surtout une responsabilité.  Ces derniers jours, l’Union européenne a pris des décisions qui démontrent qu’elle est prête à accompagner les autorités du Kosovo dans les engagements qu’elles ont pris à l’égard de la communauté internationale.  La nouvelle Mission « EULEX » que l’Union européenne a approuvée en témoigne concrètement, a dit Johan Verbeke.  L’Union européenne estime aussi que l’avenir de la Serbie se situe dans et non pas en dehors de l’Union européenne.  Une Serbie forte et intégrée à l’Union européenne est appelée à contribuer à la prospérité de la région tout entière.  Belgrade doit opter résolument pour un avenir européen.  Le représentant a conclu en estimant que l’« indépendance du Kosovo ne peut aucunement être considérée comme un précédent » parce qu’elle s’inscrit dans le contexte historique de la désintégration de la Yougoslavie, qui a donné lieu à la création de nouveaux États indépendants.  Il est important que Belgrade et Pristina parviennent à développer une relation de bon voisinage et de coopération qui leur permettra de réaliser ensemble la perspective européenne qui est incontestablement la leur.  Il convient qu’à court terme aucune provocation ou acte de violence ne vienne nuire à cet objectif, a encore dit le représentant.

M. ALDO MANTOVANI (Italie) a déclaré que la déclaration d’indépendance prononcée hier n’avait surpris personne.  Elle est le résultat d’efforts longs et intenses de la communauté internationale pour aller au-delà des différends entre les deux parties, a-t-il estimé, avant de regretter qu’aucune solution négociée n’ait finalement pu être trouvée.  Le représentant a estimé que le prolongement du statu quo était, dans tous les cas, « intenable ».  Il fallait sortir de l’impasse, parvenir à une clarté nécessaire pour passer à une phase nouvelle où l’Union européenne tiendrait tout son rôle.  Le représentant a déclaré que la réalité nouvelle au Kosovo imposait de la part de la communauté internationale de se tourner vers l’avenir.  L’UE a l’intention de permettre au Kosovo de passer à ce stade nouveau sous supervision internationale et en tenant compte de la perspective d’intégration européenne à terme de Belgrade et de Pristina.

Le représentant a poursuivi son intervention en rappelant que l’Italie était le principal pourvoyeur de contingent de la KFOR, et qu’il serait très probablement aussi celui de la Mission « EULEX ».  Il a estimé que cet apport faisait partie du processus de rapprochement entre les parties et de l’engagement stratégique de l’UE d’œuvrer en faveur de tous les pays de la région des Balkans, en coopération avec la MINUK et les autres acteurs internationaux.  Le mandat de l’UE ne change pas, il consiste plus que jamais à renforcer les institutions démocratiques et l’État de droit au Kosovo; un Kosovo pluriethnique où tous les droits des communautés seront respectés, ce qui s’inscrit dans le droit fil du droit international, a dit le représentant italien.  Il a ajouté que le Secrétaire général avait pris note de cette entreprise importante.  Il a enfin appelé les parties intéressées à faire preuve de retenue et de s’abstenir de tout acte de violence ou d’intimidation.

M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) s’est dit concerné par l’évolution de la situation au Kosovo.  Le dialogue et les négociations, a-t-il argué, doivent toujours être l’option privilégiée pour le règlement de toute situation.  Or, s’agissant du Kosovo, toutes les voies du dialogue et des négociations n’ont pas été épuisées.  Il est d’ailleurs difficile de comprendre pourquoi on a si vite déclaré l’épuisement des recours, alors que pour d’autres situations bien plus anciennes que le Kosovo, le Conseil continue d’appeler au dialogue et aux négociations.  Cela est d’autant plus grave que les positions défendues aujourd’hui sont les principes de la souveraineté égale et de l’intégrité territoriale consacrés par la Charte.  L’Indonésie, a dit le représentant, espère que la déclaration d’indépendance ne causera pas d’autres tensions.  Il a estimé que le Conseil devrait au moins envoyer un message clair sur la nécessité de faire preuve de retenue.  Le Conseil doit dire clairement qu’il reste saisi de la question, car les yeux du monde sont désormais fixés sur lui, a prévenu le représentant. 

M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a rappelé que le mandat de la MINUK, conformément à la lettre de la résolution 1244, demeurait d’aider à mettre en place des institutions d’autonomie et de transmettre progressivement l’autorité substantielle à ces institutions.  Il a également déclaré que l’autonomie substantielle prévoyait, par définition, un statut intérimaire en attendant un règlement final quant au statut de la province du Kosovo.  Le représentant a ajouté que la communauté internationale était convaincue que la proposition de l’Envoyé spécial de l’ONU pour l’indépendance supervisée du Kosovo était la seule façon viable d’avancer.   Les minorités locales ont entériné le Plan Ahtisaari, ce qui constitue un signe révélateur, a estimé M. Sawers.  Le représentant a par ailleurs estimé qu’il reviendrait à l’OTAN, à la MINUK et à l’EULEX de vérifier que l’engagement des autorités kosovares de protéger les minorités ethniques sur le terrain est respecté.  Le représentant a rejeté l’argument de la Fédération de Russie selon lequel le déploiement de l’EULEX devait être avalisé par le Conseil de sécurité.  La MINUK a évolué en s’adaptant à l’évolution sur place, sans appeler de nouvelles décisions du Conseil, a-t-il notamment estimé.  Il a conclu son intervention en se félicitant de la vision européenne exprimée par le Président Tadic, Président d’une Serbie qu’il a imaginée « intégrée dans la grande famille européenne de demain. »  Il a souhaité que, dans les mois à venir, le Conseil de sécurité saura retrouver son unité et que l’ONU poursuivra au Kosovo sa contribution à la paix et à la prospérité en faveur de tous les pays des Balkans occidentaux. 

M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a réitéré la position de son pays selon laquelle toute décision concernant le Kosovo doit se fonder sur la Charte des Nations Unies et sur les termes de la résolution 1244.  Tous les principes fondamentaux du droit international sont importants, parce qu’ils sont fondamentaux, comme le sont notamment le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.  La déclaration d’indépendance unilatérale ne peut qu’ajouter aux tensions au Kosovo et dans les Balkans et approfondir les divisions en Europe, a estimé M. Le Luong Minh.  En créant ce dangereux précédent, la déclaration d’indépendance a des conséquences négatives pour la paix et la sécurité internationales, a-t-il souligné.  Les promptes réactions observées dans les Balkans témoignent de ce fait, a prévenu le représentant.  Il a demandé aux parties de faire preuve de retenue, d’agir avec responsabilité et de prendre des mesures pour protéger les civils et le personnel de l’ONU. 

M. GIADELLA A. ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) a souhaité que la déclaration d’indépendance du Kosovo ne marque pas le retour à la situation dans les Balkans telle que la communauté internationale l’a connue dans les années 90.  Il a fait part de son espoir que le contraire se produise et que la situation actuelle annonce un avenir meilleur pour la région, les deux parties ayant réaffirmé avec détermination leur volonté d’avancer sur la voie d’un règlement pacifique, durable et négocié de la situation au Kosovo.  Compte tenu du fait que la déclaration d’indépendance du Kosovo est le résultat de l’échec répété du dialogue et de la négociation, nous appelons de nouveau les parties à se garder de tout acte qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la stabilité et la paix dans la région.  Le représentant a, à ce propos, salué l’assurance renouvelée du Président serbe Tadic de ne pas avoir recours à la force.  De même, il s’est félicité de l’engagement des autorités kosovares de respecter les dispositions du Plan Ahtisaari, en particulier celles relatives à la protection des minorités ethniques et au respect de leurs libertés fondamentales.   Le représentant a conclu son intervention en demandant instamment que la situation actuelle ne constitue pas un précédent, cela, a-t-il affirmé, pour éviter de saper sérieusement le principe du respect inconditionnel de l’intégrité territoriale des États tel que le consacre la Charte de l’ONU.

M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a regretté une fois encore que Serbes et Kosovars, qui ont coexisté ensemble depuis des lustres, n’aient pas dominé leurs contradictions et préservé cette tolérance autour de laquelle ils auraient pu bâtir un État fort et viable.  Il a aussi regretté que les efforts des Nations Unies n’aient pas été fructueux.  Prenant acte de la nouvelle donne, le représentant en a toutefois redouté les conséquences.  Il a donc exhorté toutes les parties à faire preuve de responsabilité pour éviter toute violence afin de préserver la paix, la sécurité et la prospérité de tous.  Il a espéré que les réactions violentes auxquelles on assiste déjà ne feront pas tache d’huile et qu’elles seront circonscrites pour éviter l’embrasement.

M. DUMANI S KUMALO (Afrique du Sud) a pris note de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, en regrettant que cette décision n’ait pas été prise conformément au processus légal et juridique envisagé par la résolution 1244 du Conseil de sécurité.  L’Afrique du Sud, a-t-il rappelé, a toujours réitéré le principe du dialogue politique et pacifique pour le règlement des conflits.  Même à cette heure tardive, nous croyons, a-t-il dit, qu’il reste un espace pour le dialogue et la négociation qui pourrait contribuer à une paix durable dans les Balkans.  L’Afrique du Sud tient fermement au respect du principe d’intégrité territoriale des États et examinera, en conséquence, les implications politiques et juridiques de la décision du Parlement kosovar.  La déclaration unilatérale est en effet un défi pour la communauté internationale, a conclu le représentant. 

M. NEVEN JURICA (Croatie) a estimé que la décision du Parlement du Kosovo est à inscrire dans le contexte global de la situation dans les Balkans.  La Croatie a toujours privilégié une solution négociée et elle n’a pu qu’être déçue de l’absence de progrès.  La nouvelle réalité politique appelle toute l’attention du Conseil, a-t-il dit, en prenant note de l’engagement du Kosovo en faveur du principe d’égalité entre tous ses citoyens.  Il a promis de suivre de près l’évolution de la situation sur le terrain.  Avant de reconnaître le Kosovo, la Croatie, a-t-il annoncé, lancera les procédures requises et analysera comme il se doit les documents pertinents et la déclaration d’indépendance du Kosovo.  La communauté internationale doit défendre un Kosovo multiethnique, démocratique et contribuant à la prospérité de la région dans son ensemble.  Le rôle de la communauté internationale est absolument essentiel, a-t-il dit, en appuyant le déploiement de l’EULEX.  Toute bonne disposition de la Serbie doit être saluée pour que Kosovars et Serbes vivent dans la stabilité et coopèrent au progrès et au bien-être de la région. 

M. JORGE URBINA (Costa Rica) a déclaré que son pays, le Costa Rica, a reconnu l’indépendance du Kosovo, convaincu qu’il n’existe pas de fondations légales suffisamment fortes dans la résolution 1244 ainsi que dans ses annexes et les Accords de Rambouillet pour exclure ce choix.  Le représentant a précisé que la reconnaissance de son pays était précisément motivée par la prise en compte de la volonté exprimée par le peuple kosovar.  Ce peuple, a-t-il dit, après une campagne de nettoyage ethnique menée contre lui en 1998, ne peut accepter de vivre aux cotés de la majorité serbe au sein d’un même pays.  Le représentant a ajouté que le Costa Rica ne saurait ignorer une telle réalité, avant de souhaiter qu’en vivant dans deux pays différents, Serbes et Kosovars seraient capables de renouer le dialogue et de reprendre le chemin de la coopération, gage selon lui de leur prospérité.  Il a à son tour appelé les deux parties au respect du droit international et des droits de l’homme de tous les citoyens, en particulier les minorités ethniques des deux pays.  Le représentant costa-ricien a jugé que la position de son pays était une contribution au bien-être futur de la population du Kosovo qui, comme celle de la Serbie, devrait à terme poursuivre sa marche en avant dans le cadre de l’Union européenne (UE). 

M. ZALMAY KHALILZAD (États-Unis) a rappelé qu’il y a à peine quelques heures son pays les États-Unis ont reconnu un Kosovo « indépendant et souverain ».  Cette indépendance est une suite évidente de l’éclatement violent de l’ex-Yougoslavie.  Faisant la genèse des interventions de la communauté internationale depuis les années 90, le représentant a rappelé que la dernière étape a été l’échec des négociations entre Serbes et Kosovars sur le statut final du Kosovo, ce qui a confirmé le caractère inconciliable des différentes positions.  Le Conseil, a-t-il rappelé, n’a pas pu adopter de résolution sur le Plan de l’Envoyé spécial du Secrétaire général, alors que le statu quo était devenu intenable.  Le Kosovo a donc décidé d’écrire lui-même le dernier chapitre.  La déclaration d’indépendance, a-t-il dit, est une réponse légitime et conforme à la résolution 1244 qui est d’ailleurs toujours en vigueur.  La reconnaissance de cette indépendance le jour-même où elle a été proclamée montre que cette décision était irréversible.  La résolution 1244 fait du cas kosovar un cas unique, a estimé le représentant, en jugeant que le Kosovo ne devait pas être perçu comme un précédent.  C’est un cas spécifique qui résulte de l’éclatement violent de l’ex-Yougoslavie.  Nous n’accepterons donc pas que l’exemple du Kosovo soit invoqué pour justifier une autre accession à l’indépendance.  Se félicitant des engagements de l’Union européenne en faveur du Kosovo, le représentant a appelé au renforcement des relations avec la Serbie, qu’il a qualifiée d’« amie historique et alliée du monde ».  Nous devons conjuguer nos efforts, encourager Belgrade et Pristina à renforcer leurs relations et promouvoir la stabilité dans les Balkans en encourageant les pays à honorer les normes d’intégration à l’Union européenne, a conclu le représentant.  

M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a déclaré que son pays, à l’instar de la grande majorité de ses partenaires de l’Union européenne, reconnaissait l’indépendance du Kosovo et que d’autres reconnaissances de ce statut auraient lieu dans les jours et les semaines à venir.  Nous faisons désormais face à une nouvelle réalité qui, je n’en doute pas, sera prise en compte par le Conseil de sécurité et le Secrétaire général de l’ONU.  M. Ripert a rappelé que la perspective commune qui s’offre au Kosovo et à la Serbie constitue un caractère spécifique de la question traitée.  Le représentant de la France a appelé la communauté internationale à prendre ses responsabilités en veillant, dans l’immédiat, à ce que le processus en cours se déroule dans le calme et sans violence, en évitant toute déstabilisation du Kosovo et de la région des Balkans.  La protection des populations, a-t-il dit, et en particulier des minorités du Kosovo, constitue une priorité commune des membres du Conseil de sécurité. 

Poursuivant son intervention, le Représentant permanent de la France a estimé qu’il revenait à la MINUK, avec le soutien de la KFOR, d’assurer le maintien de l’ordre dans la période qui s’ouvre.  L’Union européenne assumera ses responsabilités par l’envoi, dans le cadre de la résolution 1244 et en plein accord avec le droit international, d’une importante mission de police et de justice au Kosovo, a ajouté M. Ripert.  Précisant que cette présence de l’UE permettrait de superviser l’émergence d’un Kosovo effectivement multiethnique et démocratique, conformément au Plan Ahtisaari, il a déclaré que l’Union européenne continuerait de coopérer avec l’ONU, la KFOR, l’OSCE et les autres acteurs internationaux concernés.   La France, pour sa part, renforcera son engagement et continuera d’aider le Kosovo à avancer sur la voie de la création d’un État de droit et à établir avec tous ses voisions des relations normalisées.  M. Ripert a conclu en espérant que les conditions établies pour le rapprochement de la Serbie avec l’Europe seront bientôt remplies, l’avenir commun des peuples des Balkans occidentaux dans le cadre de l’UE constituant lui le meilleur gage de leur réconciliation après les drames de la décennie écoulée, a estimé M. Ripert.

M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a regretté qu’à une époque d’intégration régionale, le Conseil soit confronté à une telle situation au Kosovo.  Comme plusieurs États ont accepté cette nouvelle réalité sociopolitique, il faut donc privilégier le renforcement des relations, a indiqué le représentant.  Il a lancé un appel urgent aux dirigeants du Kosovo et de la Serbie pour qu’ils oublient le passé et recherchent les mécanismes d’une coexistence pacifique.  Le Panama, a-t-il confié, a toujours été préoccupé du fait que la situation du Kosovo pourrait être invoquée comme un précédent par d’autres parties à d’autres conflits.  Mais, le Kosovo jouissait déjà d’une autonomie dont on a voulu le dépouiller dans les années 90, a-t-il estimé.  Il faut ne pas oublier non plus que depuis huit ans, le Kosovo est administré par les Nations Unies qui lui ont transféré de plus en plus de pouvoir.  De plus, une majorité importante des pays de la région ont dit leur intention de reconnaître l’indépendance du Kosovo.  Le représentant a donc demandé aux pays de l’Union européenne de travailler à l’intégration du Kosovo et de la Serbie, avant d’appeler les membres du Conseil à s’attaquer à faire respecter le mandat de la résolution 1244 qui semble aujourd’hui dépassé par les évènements.  

M. BORIS TADIC, Président de la République de Serbie, a déclaré dans ses remarques de clôture que le monde actuel était loin de l’idéal de justice auquel tous les pays doivent aspirer.  Mais cela ne doit pas nous empêcher de rechercher la justice, a-t-il ajouté.  Plaidant pour une application sans condition du droit international et de la Charte de l’ONU, le Président serbe a posé comme une nécessité le respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des États.  Ces principes, a-t-il dit, sont ceux sur lesquels le monde a été bâti après la Seconde Guerre mondiale.  Peut-on tolérer qu’ils soient balayés en un jour d’un revers de main? a-t-il ensuite demandé.  M. Tadic a redit que la Serbie n’acceptait et ne reconnaitrait jamais l’acte unilatéral de déclaration d’indépendance du Kosovo, « qui constitue une violation juridique et qui porte atteinte à la justice internationale ».  Le Président serbe a également retiré toute légitimité au Plan Ahtisaari, qui n’est en rien une solution de compromis, a-t-il dit, en cela qu’il prive la Serbie de son identité et d’une partie de son territoire.  Ce Plan ne jouit d’aucune légitimité, en particulier pour ce qui est des régions du Kosovo où les Serbes sont majoritaires. 

M. Tadic a également rejeté l’argument selon lequel la déclaration d’indépendance serait acceptable du fait qu’elle est l’expression d’une volonté populaire.  Ce point de vue n’est pas défendable d’un point de vue juridique.  Et demain, devra-t-on s’y conformer pour accorder leur indépendance à tous les régimes sécessionnistes qui la réclament? a-t-il encore demandé.  La stabilité internationale volerait en éclat, a-t-il prévenu.   S’adressant au Secrétaire général de l’ONU, le Président serbe lui a demandé de mettre clairement en œuvre les décisions qui s’imposent pour annuler et rendre nulles et non avenues toutes les mesures prises par les autorités du Kosovo sans réelle consultation de toutes les populations.  Il a en outre demandé instamment à son Représentant spécial d’assumer les fonctions qui lui ont été confiées dans le cadre strict de l’adoption, à l’unanimité, de résolutions du Conseil de sécurité à respecter « à la lettre ».

« Si le Kosovo devient indépendant de cette façon illégale, le monde ne sera plus le même », a encore lancé M. Tadic. Il s’est demandé quel serait le prochain pays victime de ce précédent, avant de réitérer la détermination de la Serbie à œuvrer à l’intégration européenne des Balkans, « et non pas à leur division ».  Telle doit d’ailleurs être la mission du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, a ajouté le Président serbe.  À cet égard, il s’est élevé contre la décision de la majorité des membres de l’Union européenne de reconnaitre l’indépendance du Kosovo.  Cette décision ne contribue pas à l’avenir européen de mon pays et des Balkans, a-t-il jugé.  Elle pourrait précipiter au contraire la région dans l’instabilité.  Dans tous les cas, a conclu M. Tadic, nous priver d’une partie de notre territoire et fouler notre identité au pied ne peut être considéré comme un geste amical. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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