LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉAFFIRME SON INTENTION D’USER DE MESURES CIBLÉES CONTRE LES PARTIES À UN CONFLIT QUI VIOLERAIENT LES DROITS DES ENFANTS

12 février 2008
CS/9246

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉAFFIRME SON INTENTION D’USER DE MESURES CIBLÉES CONTRE LES PARTIES À UN CONFLIT QUI VIOLERAIENT LES DROITS DES ENFANTS

12/2/2008
Conseil de sécurité
CS/9246
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Conseil de sécurité

5834e séance – matin & après-midi


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉAFFIRME SON INTENTION D’USER DE MESURES CIBLÉES CONTRE LES PARTIES À UN CONFLIT QUI VIOLERAIENT LES DROITS DES ENFANTS


La Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés souhaite que la violence sexuelle mène à l’inscription des parties sur la « liste de la honte »


Inquiet que ses résolutions relatives aux enfants et aux conflits armés continuent à ne pas être respectées, le Conseil de sécurité a, ce soir, réaffirmé son intention d’user de tous les instruments prévus dans sa résolution 1612, du 26 juillet 2005.  Dans celle-ci, le Conseil envisage l’imposition de mesures ciblées et calibrées, dont l’interdiction de livrer des armes légères et d’autres matériels militaires et de l’assistance militaire, à l’encontre des parties à des conflits armés qui violeraient les dispositions du droit international relatives aux droits et à la protection des enfants en période de conflit armé.


La déclaration présidentielle que le Conseil a adoptée ce soir à cette fin, sous l’égide du Vice-Président et Ministre des affaires étrangères du Panama, Samuel Lewis Navarro, qui présidait la réunion d’aujourd’hui, intervient à la suite d’un long débat qui a vu la participation d’une soixantaine de délégations mais également de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Radhika Coomaraswamy; de la Directrice exécutive de l’UNICEF, Ann Veneman; du Ministre pour le développement de la coopération de la Belgique, Charles Michel; du Ministre des affaires étrangères de la France, Bernard Kouchner, et de Vittorio Craxi, Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’Italie.


Rappelant que le Conseil avait dans le passé exprimé son intention de prendre de telles mesures ciblées contre les auteurs d’abus contre les enfants dans les situations de conflit armé, Mme Radhika Coomaraswamy a signalé qu’il y avait 16 parties inscrites, pour la cinquième année consécutive, sur la liste des groupes et entités qui recrutent ou utilisent des enfants dans les conflits.  Bien que certaines de ces parties aient fait des progrès pour se conformer aux mesures édictées, d’autres agissent au mépris total des résolutions du Conseil de sécurité, a relevé Mme Coomaraswamy.  


L’application de mesures ciblées contre ces parties à des conflits fait partie des recommandations contenues dans le septième rapport annuel* du Secrétaire général que la Représentante spéciale de M. Ban Ki-moon présentait ce matin au Conseil de sécurité.  Parmi ces mesures figurent l’interdiction d’exporter ou de fournir des armes à ces parties; l’interdiction de leur apporter une assistance militaire; l’imposition de restrictions aux déplacements de leurs responsables; l’exclusion de ceux-ci de toutes les structures administratives et de toutes mesures d’amnistie; et la restriction des flux de ressources financières dont pourraient bénéficier les parties concernées.


La Représentante spéciale a par ailleurs souhaité que le Conseil adopte une approche graduelle et fasse de la violence sexuelle systématique à l’encontre des enfants une violation supplémentaire menant à l’inscription d’une partie à un conflit à cette liste, appelée « la liste de la honte ».  En définitive, elle a aussi exprimé le souhait que les autres catégories de violations graves à l’encontre des enfants -le meurtre ou les mutilations; les attaques contre les écoles ou les hôpitaux; l’enlèvement d’enfants, et le refus de l’accès humanitaire aux enfants- soient prises en compte dans l’établissement de telles listes.


Bernard Kouchner, le Ministre des affaires étrangères de la France, a indiqué le souhait du Gouvernement français de voir renforcée la dimension dissuasive du Conseil de sécurité.  Ses membres, a-t-il dit, ne doivent pas reculer devant l’adoption de sanctions ciblées et fortes à l’encontre des parties qui ne se conforment pas à ses recommandations.  « Il n’y a pas de dissuasion crédible sans sanction réelle », a estimé M. Kouchner.  Il a également convenu, tout comme de nombreuses délégations, notamment celle de la Belgique, du Canada et de la Slovénie qui s’exprimait au nom de l’Union européenne et des pays associés, que le Conseil devait absolument renforcer son action contre les violences sexuelles. 


Certains intervenants, comme le Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’Italie, ont également soutenu la recommandation du Secrétaire général visant à soumettre à la Cour pénale internationale les cas de violations des droits des enfants dans les conflits armés qui rentrent dans sa juridiction.  Une recommandation à laquelle s’est opposée la délégation américaine qui s’est aussi élevée contre celle visant à ce que le Conseil se saisisse de la question de l’usage des munitions à dispersion.  « Ceci ne relève pas de la responsabilité du Conseil », a estimé le représentant des États-Unis.


      Quant au représentant de l’Ouganda, dont les Forces armées sont citées à l’annexe II du rapport contenant la liste des parties qui recrutent des enfants, il a demandé la radiation de l’armée ougandaise de cette liste.  Il a contesté les allégations selon lesquelles l’absence d’un système de surveillance au niveau local avait permis le recrutement d’enfants dans les rangs de l’armée.  Il a d’autre part expliqué que l’occupation par l’armée d’écoles désaffectées n’était pas une politique délibérée mais était dictée par les impératifs de sécurité qu’impose le conflit avec l’Armée de résistance du Seigneur.  De son côté, le représentant du Myanmar a lui aussi contesté la présence de l’armée nationale de son pays à l’annexe II du rapport, précisant qu’afin de ne pas recruter d’enfants qui mentent au sujet de leur âge, le Gouvernement du Myanmar avait mis sur pied un Comité de haut niveau pour prévenir de tels recrutements.


* Ce rapport est publié sous la cote S/2007/757



LES ENFANTS ET LES CONFLITS ARMÉS


Déclarations


Mme RADHIKA COOMARASWAMY, Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, qui a présenté le septième rapport annuel du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, a précisé que celui-ci examinait les développements intervenus dans 18 situations préoccupantes, enregistrant de manière systématique six types de graves violations: le meurtre ou les mutilations faites aux enfants, le recrutement ou l’utilisation d’enfants soldats, les attaques contre les écoles ou les hôpitaux, le viol et les autres formes de violences sexuelles aggravées, l’enlèvement d’enfants et le refus de l’accès humanitaire aux enfants.  Au total, 58 parties impliquées dans 13 situations ont été identifiées et figurent sur la liste des parties qui recrutent ou utilisent des enfants dans des situations de conflit et commettent des graves violations et sévices à l’encontre des enfants, a dit Mme Coomaraswamy. 


Au cours de l’année écoulée, a ajouté la Représentante spéciale, beaucoup a été accompli.  Elle a à cet égard cité les six réunions du Groupe de travail du Conseil de sécurité, le procès en République démocratique du Congo d’un ancien commandant Mai Mai, Kyungu Mutanga, qui est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.  Ce développement, a-t-elle expliqué, intervient à la suite des recommandations du Groupe de travail, ce qui marque un tournant dans l’engagement pris par la communauté internationale de lutter contre les violences faites aux enfants dans les conflits armés.  Cela montre aussi qu’à travers nos efforts collectifs, nous pouvons faire appliquer les normes de protection de l’enfance et aller plus loin que la simple condamnation pour traduire les auteurs de violations en justice, a souligné la Représentante spéciale du Secrétaire général.  Au titre des développements positifs, Mme Coosmaraswamy a évoqué le procès de Thomas Lubanga, ancien chef de guerre en RDC, ainsi que celui de l’ancien Président libérien Charles Taylor, et la condamnation de trois membres du Conseil des forces armées révolutionnaires et des Forces de défense civile.


La Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés s’est par ailleurs réjouie qu’une tendance ait vu le jour et se traduise par une mise en œuvre accrue des engagements pris par les parties au conflit par le biais de l’exécution de programmes d’action.  Ainsi pour la première fois, les parties au conflit en Côte d’Ivoire ont été radiées de la liste en annexe au rapport.  Le dialogue qui se déroule en Côte d’Ivoire a donné lieu à la prise en charge par l’UNICEF de 3 000 enfants.  Des progrès dans la mise en œuvre de plans d’action sont également en cours en République centrafricaine, au Myanmar, au Soudan, au Sri Lanka, en Ouganda et au Tchad, a indiqué l’intervenante.  Elle s’est aussi réjouie du fait que le Gouvernement de la Colombie ait accepté la mise en œuvre sur son territoire du mécanisme de surveillance et d’échange d’informations établi en vertu de la résolution 1612 du Conseil de sécurité.


Malgré ces progrès, a cependant regretté la Représentante spéciale, la situation générale des enfants victimes des conflits armés demeure gravement préoccupante, ce qui est inacceptable.  Elle a évoqué l’incapacité du mécanisme de surveillance et de communication de l’information et à engager un dialogue avec les acteurs non étatiques.  « Je demande instamment au Conseil de sécurité d’appeler les États Membres concernés à faciliter le dialogue avec les acteurs non étatiques afin d’élaborer des programmes d’action permettant de mettre un terme au recrutement des enfants et aux autres graves violations commises à l’encontre des enfants », a-t-elle indiqué.


Le Représentante spéciale a attiré l’attention des membres du Conseil sur des défis urgents: la nécessité de reconnaître la nature changeante des conflits, les attaques délibérées contre les écoliers, enseignants et écoles, le recrutement transfrontaliers d’enfants se trouvant dans des camps de réfugiés, la mise en détention d’enfants pour association présumée avec des groupes armés, le recours à des armes de destruction aveugle, comme les munitions à dispersion qui ont des effets graves sur les enfants, ceci même longtemps après la fin d’un conflit, et la violence sexuelle, y compris le viol d’enfants, qui est une des conséquences les plus dévastatrices des conflits armés.  Dans la région des Grands Lacs et au Burundi, nous avons reçu des informations faisant état de violences sexuelles d’une ampleur effarante, a regretté la Représentante spéciale. 


Mme Coomaraswamy a déclaré que le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats ont constitué la préoccupation principale du Conseil de sécurité, ce qui a mené à l’élaboration de la liste publiée en annexe au rapport du Conseil.  Il s’agit d’un grand pas en avant, a-t-elle estimé.  Toutefois, il existe cinq autres violations, et les enfants qui en sont victimes méritent également l’attention et la protection de la communauté internationale.  Nous pensons que ces autres violations devraient être prises en compte dans l’établissement de telles listes.  Le Conseil voudra peut-être adopter une approche graduelle et faire de l’usage de la violence sexuelle systématique à l’encontre des enfants une violation supplémentaire menant à l’inscription d’une partie à la liste, ce qui serait une étape importante dans le cadre du processus de surveillance, et permettrait en particulier de traduire en justice les auteurs de ces crimes atroces.


Il est maintenant temps pour le Conseil de sécurité de dépasser les simples mots et de prendre des mesures concrètes.  Il y a 16 parties responsables de violations inscrites sur la liste pendant cinq années consécutives, a fait remarquer Mme Coomaraswamy.  Bien que certaines fassent des progrès, d’autres agissent au mépris total des résolutions du Conseil de sécurité.  Il est important, a insisté la Représentante spéciale, que le Conseil traduise en action concrète l’intention qui a été exprimée de prendre des mesures concrètes et ciblées contre les auteurs d’abus, telles que l’imposition d’une interdiction de voyager aux dirigeants et leur exclusion des structures de gouvernance et des programmes d’amnistie, ainsi que l’imposition d’embargos sur les armes, une interdiction de fournir une aide militaire aux parties incriminées, et une restriction de leurs flux financiers.  


Quiconque ayant regardé un enfant soldat dans les yeux ne peut être en paix avec lui-même.  Il faut débarrasser la terre de ce fléau.  Quiconque ayant tenu la main d’une jeune fille ayant été victime de viols multiples ne pourra jamais oublier le devoir de protection que nous devons assumer, a conclu Mme Coomaraswamy.


Mme ANN M. VENEMAN, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a déclaré que le rapport du Secrétaire général dont était saisi le Conseil de sécurité mettait en lumière la dure réalité que vivent les enfants dans les conflits armés.  Ces derniers, a-t-elle dit, continuent de souffrir des horreurs de la guerre, ils en subissent les traumatismes, la violence, et la séparation qu’elle entraine avec leur famille.  Mme Veneman a ensuite souligné la nécessité que les enfants soient protégés des effets des bombes à sous-munitions et de la résurgence de certaines maladies, comme par exemple le paludisme et certaines infections respiratoires, que génèrent les situations de conflit.  Mme Veneman a de plus attiré l’attention du Conseil sur le besoin, en temps de guerre, d’assurer la scolarité des plus jeunes, les écoles étant durant ces problèmes de troubles, d’authentiques refuges.  Elle s’est insurgée à ce propos sur les attaques ayant visé, en Afghanistan, des établissements scolaires.  Cela constitue, a-t-elle dit, l’une des pires violations commises contre les enfants se trouvant dans des situations de conflit armé.


La responsable de l’UNICEF a ensuite rappelé que les violences sexuelles étaient de plus en plus utilisées comme une arme de guerre.  Citant le cas d’une jeune Libérienne qui a été violée en signe de représailles contre ses agissements en tant que soldat, elle a lancé qu’« il était temps d’en finir avec de tels abus ».  La Directrice exécutive de l’UNICEF a par ailleurs salué les travaux du Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés, qui ont permis d’obtenir des résultats significatifs en promouvant la lutte contre des violations telles que les enlèvements d’enfants, leur recrutement forcé pour les combats, la violence sexuelle; les attaques contre les écoles et les hôpitaux, l’assassinat et les mutilations, et le refus de l’accès à l’aide humanitaire.  Elle a toutefois estimé que plus d’efforts devaient être déployés dans le domaine de la prévention, cela étant dans l’intérêt supérieur de l’enfant.


Mme JO BECKER, représentante de l’organisation non gouvernementale  « Watchlist », a dénoncé l’impunité dont continuent de jouir ceux qui maltraitent sans vergogne les enfants dans les conflits armés.  S’adressant aux membres du Conseil, elle a estimé qu’il était plus important que jamais que le Conseil de sécurité redouble d’efforts en faveur d’un réel changement au profit des enfants. « Nous exhortons le Conseil de sécurité à prendre sans délai des mesures radicales », a-t-elle dit, « des mesures qui puissent refléter les recommandations émises par le Secrétaire général dans son rapport ».  L’intervenante a ensuite mis l’accent sur la nécessité, notamment, de renforcer le mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et d’en élargir le mandat.  Elle a également demandé que soient sanctionnés les auteurs de violations répétées des droits des enfants.  Poursuivant son intervention, Mme Becker a souligné l’efficacité du mécanisme, qui, en deux ans, a permis, selon elle, à une collecte très significative d’informations objectives.  Elle a cependant ajouté que le mandat assigné à cet instrument devait être élargi pour lui permettre ainsi d’être utile dans toutes les situations de conflit armé où la sécurité des enfants et leurs droits sont bafoués par des forces militaires et autres groupes armés.  Mme Becker a également estimé qu’il fallait accorder une égale priorité aux six violations principales commises contre les enfants et qu’il fallait ajouter à celles-ci le viol et toutes les autres formes de violences sexuelles.  Elle a par ailleurs souhaité que les auteurs de violence à l’égard des enfants, qui seraient considérés comme des récidivistes, fassent l’objet de sanctions ciblées telles que des embargos sur les armes.  Elle a regretté qu’à ce jour le Conseil n’ait à cet égard sanctionné qu’un seul individu.  Pour assurer la crédibilité du Conseil, ses membres doivent être prêts à exercer les pouvoirs qui leur sont confiés pour imposer de telles mesures ciblées lorsqu’elles s’imposent, a recommandé Mme Jo Becker. 


M. CHARLES MICHEL, Ministre pour le développement et la coopération de la Belgique, a estimé que les enfants qui n’ont connu que la guerre ne sont pas une cause perdue pour la paix et le développement, mais qu’ils peuvent en être un élément essentiel.  La publication des listes des groupes armés, tant étatiques que non étatiques, et qui sont coupables de recrutement ou d’utilisation d’enfants soldats, est un instrument dissuasif important qui ne doit souffrir aucune concession, a dit M. Michel.  La protection des enfants dans toutes les phases d’un conflit armé n’est en aucun cas négociable, a-t-il souligné, et il est de la responsabilité du Conseil de sécurité de prendre les sanctions nécessaires vis-à-

vis des individus ou groupes qui persisteraient à recruter des enfants.  Le représentant belge a également signalé que la lutte contre l’impunité est un préalable indispensable pour la réconciliation et une paix durable.  Il s’est ainsi félicité du récent transfert de Mathieu Ngudjolo de Kinshasa à La Haye.


M. Michel a ensuite abordé le problème de la violence sexuelle.  C’est un fléau qui requiert davantage d’attention de la part du Conseil et du système des Nations Unies, a-t-il signalé, en préconisant une meilleure action de la part de l’ONU pour renforcer l’efficacité de la réponse de la communauté internationale à ce problème.  Relevant que dans le cadre de la résolution 1612 les violences sexuelles ne sont prises en considération que si elles sont associées à l’existence d’enfants soldats, M. Michel a estimé qu’on ne pouvait se limiter à ces situations et a plaidé pour un renforcement du mécanisme de ladite résolution en y incluant une liste des parties impliquées dans les conflits, et qui sont responsables de violences sexuelles systématiques.  Il a engagé le Conseil de sécurité à s’impliquer davantage dans la lutte contre le phénomène des enfants soldats et à encourager les autres instances onusiennes à maintenir la pression politique nécessaire pour mettre un terme à ces abus.  Dans un même élan, il a exhorté les États Membres et les agences et organisations internationales à traduire en actions concrètes les engagements pris.


M. VITTORIO CRAXI, Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’Italie, a noté que pendant les 10 dernières années, les conflits armés ont provoqué la mort de plus de deux millions d’enfants et auraient été responsables de la mutilation de six millions.  M. Craxi a estimé que la communauté internationale ne peut rester inerte face à ce problème.  Il a indiqué qu’en 2003, sous la présidence italienne, l’Union européenne a adopté les « Lignes guides sur les enfants dans les conflits armés ».  Le Sous-Secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’Italie a préconisé une coopération accrue de l’Union européenne avec les Nations Unies dans ce domaine, et il a rappelé que l’Italie avait fait du thème des enfants et des conflits armés une de ses priorités, souscrites lors de sa candidature au Conseil des droits de l’homme.


Nous sommes convaincus qu’il existe un lien très étroit entre la protection des droits des enfants et le développement, a-t-il poursuivi, préconisant la création de projets concrets dans les domaines de la santé, de l’éducation et du travail pour offrir aux enfants soldats des alternatives réelles favorisant leur réinsertion dans la vie civile.  M. Craxi a indiqué que son pays avait apporté son financement à des projets du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en Afghanistan et en Iraq.  L’Italie partage l’idée que pour combattre cet odieux phénomène, nous avons besoin d’une stratégie globale qui ne soit pas limitée à faire face au recrutement d’enfants, a-t-il dit.  Il a encouragé le Conseil de sécurité à inclure le viol et les autres graves violences sexuelles et de genre commis sur les enfants parmi les violations qui causent l’inscription d’une partie au conflit dans l’annexe du Rapport du Secrétaire général.  Il a également soutenu la recommandation du Secrétaire général visant à soumettre à la Cour pénale internationale les cas de violations des droits des enfants dans les conflits armés qui rentrent dans sa juridiction.  « Nous avons le devoir de faire en sorte que ce débat marque un moment important dans la lutte à mener contre le phénomène des enfants dans les conflits armés », a-t-il dit.  Avant de conclure, le représentant a préconisé l’adoption d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité lors de son prochain débat sur le sujet.


M. GIADALLA A. ETTALHI (Jamahiriya arabe libyenne) a appuyé la proposition du Secrétaire général qui exhorte tous les États concernés à prendre des mesures appropriées, au sein de leur législation nationale, et conformément au droit international humanitaire, pour traduire les auteurs de violations contre les droits des enfants en justice et enrayer ainsi l’impunité.  La détention des enfants en zone de conflit est une violation grave des critères juridiques internationaux, a-t-il indiqué.  Il a ensuite attiré l’attention sur la situation des enfants palestiniens détenus dans des prisons israéliennes.  Le représentant a exhorté la communauté internationale à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation, et il a fermement condamné les opérations militaires israéliennes « qui ont tué plus de 500 enfants palestiniens ces dernières années ».  Le représentant de la Libye a également condamné l’usage des bombes à sous-munitions et l’utilisation qu’en a fait Israël pendant son « agression » contre le sud du Liban.  Nous appuyons donc la proposition du Secrétaire général, qui est d’établir une convention internationale juridiquement contraignante pour interdire l’utilisation de ce type d’explosifs, a-t-il indiqué.  Il a également condamné la mort et le déplacement d’enfants au cours des frappes aériennes des forces armées de la coalition internationale qui ciblent parfois par erreur des civils en Afghanistan et en Iraq.  M. Ettalhi a engagé la communauté internationale et les institutions financières internationales à appuyer la mise en œuvre de programmes de redressement et de développement liés au désarmement et à la démobilisation afin de garantir la viabilité de la réintégration des enfants au sein de la société civile.  Enfin, le représentant libyen a engagé le Groupe de travail à éviter toute politisation lors de la rédaction de ses recommandations.


M. ALEJANDRO D. WOLFF (États-Unis) est revenu sur l’historique de la question débattue aujourd’hui par le Conseil en insistant sur l’importance des plans d’action qui constituent un élément important d’obtention de progrès.  Il serait bon, a ajouté le représentant, que les parties citées dans l’annexe II du rapport établissent également des plans d’action.  Le Groupe de travail du Conseil de sécurité est un reflet de l’engagement du Conseil à lutter contre le fléau des enfants en situation de conflit armé.  Alors que son travail évolue, le Groupe de travail devra peut-être utiliser des outils supplémentaires, comme des mesures ciblées, pour obtenir de meilleurs résultats dans la lutte que nous menons, a-t-il dit.  Le représentant s’est dit heureux des progrès accomplis en Côte d’Ivoire tout en précisant que le travail ne faisait que commencer, des milliers d’enfants soldats étant encore engagés dans des conflits à travers le monde.  Nous sommes particulièrement préoccupés par le recrutement d’enfants soldats par l’armée birmane.  Il s’est dit encouragé par les développements positifs observés au Sud-Soudan, mais s’est dit très préoccupé par le recrutement continu d’enfants soldats par les forces gouvernementales et les autres groupes armés opérant au Darfour, ainsi que par les graves violences sexuelles qui y sont commises.  Au Tchad, le recrutement d’enfants soldats est une pratique trop répandue, et des milliers d’enfants y sont encore détenus par des groupes armés, a déploré le représentant.


Abordant la démobilisation des enfants soldats, il a regretté les nombreux cas de ré-enrôlement.   Il a par ailleurs fait état de deux points de désaccord concernant notamment la recommandation visant à ce que le Conseil saisisse la Cour pénale internationale.  Il est important de savoir que tous les États Membres des Nations Unies ne sont pas parties au Statut de Rome, a fait remarquer le représentant des États-Unis.  Il a aussi dit que sa délégation était contre la recommandation visant à ce que le Conseil se saisisse de la question de l’usage des munitions à dispersion.  Ceci ne relève pas de la responsabilité du Conseil, a-t-il estimé.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a exprimé l’attachement de son pays à la protection des enfants dans les conflits armés.  En témoigne, a-t-il dit, la  volonté de son pays de ratifier très prochainement le Protocole facultatif relatif à la Convention des droits de l’enfant de l’ONU.  Évoquant ensuite le rapport du Secrétaire général, le représentant a indiqué que son pays partage sa préoccupation en ce qui concerne la situation des enfants en Afghanistan et en Iraq.  Il a regretté que le rapport ne mentionne pas les cas d’enfants tués par suite des agissements d’entreprises privées de sécurité opérant en Iraq.  L’attention du Conseil et de l’UNICEF doit aller à ce pays, a encore dit le représentant, sachant que des enfants y seraient désormais embrigadés par Al-Qaida, et sachant également que le nombre d’enfants détenus dans des prisons militaires atteindrait le chiffre incroyable de 800.  Le représentant a ajouté que la Fédération de Russie appuie la proposition du Secrétaire général d’envoyer des conseillers en matière de protection des enfants dans tous les pays visés par le rapport.


M. DUMISANI S. KUMALO (Afrique du Sud) a noté que l’un des récents développements positifs en matière de lutte contre l’impunité était que la Côte d’Ivoire, où les parties ont cessé de recruter des enfants à des fins militaires, a été retirée des annexes du rapport du Secrétaire général.  Les parties concernées ont pris des mesures concertées pour assurer la réhabilitation des ex-enfants soldats dans ce pays, s’est félicité le représentant.  Il a poursuivi en regrettant cependant que, comme l’indique ledit rapport, les enfants continuent d’être recrutés et exploités sexuellement, et qu’ils continuent aussi d’être tués et mutilés par des mines et des bombes à sous-munitions dans les zones de conflit.   Les enlèvements, le refus de l’accès des enfants à l’aide humanitaire, ou encore les attaques délibérées contre les écoles et hôpitaux connaissent également une intensification, a ajouté le représentant sud-africain.  C’est à l’aune de ce constat qu’il a déclaré que la situation particulière des enfants dans les conflits armés appelle de manière urgente l’attention des membres du Conseil de sécurité. 


Il faut accorder une attention égale aux six catégories principales des violations commises à l’encontre des enfants, a dit le représentant.  Plus encore, le Conseil devrait en référer à la Cour pénale internationale afin que puissent être menées les enquêtes et les poursuites contre les violations des droits des enfants commises dans les conflits armés, et qui tombent sous le coup de sa juridiction, a estimé M. Kumalo.  Il a également plaidé pour la nomination de conseillers en matière de protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales de l’ONU.  Leur présence renforcerait le soutien aux droits des plus jeunes dans les situations de conflit armé, a précisé le représentant.  Il a ajouté qu’une politique de tolérance zéro devait s’appliquer à l’encontre des personnels onusiens faisant partie des opérations de maintien de la paix reconnus coupables d’abus et d’exploitation sexuels.  De la sorte, a-t-il dit, tous les enfants victimes ou nés de ces abus pourraient bénéficier d’un soutien spécial. 


M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a souligné l’engagement de son pays à jouer un rôle actif dans la lutte contre les violations des droits des enfants.  Il a dit que le Royaume-Uni soutenait la recommandation du Secrétaire général visant à inclure des conseillers en matière de protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix.  Il a aussi reconnu l’apport des diverses organisations opérant sur le terrain, qui apportent une contribution importante au mécanisme de surveillance et d’échange d’informations.  Il s’est félicité des diverses arrestations récentes, et du fait que les parties au conflit dans des pays comme la « Birmanie » (Myanmar) et la Côte d’Ivoire aient contribué à l’élaboration de plans d’action.  Le représentant a souhaité obtenir davantage de détails sur les plans d’action mis en œuvre en « Birmanie » (Myanmar).  S’agissant des six violations graves mentionnées dans le rapport, il s’est dit prêt à réexaminer les violations qui déclenchent l’inscription sur la liste en annexe au rapport.  Il a aussi dit que sa délégation appuyait le rôle de la CPI dans ce contexte.  Le Conseil de sécurité et son Groupe de travail doivent avoir recours à toutes les options prévues pour  lutter contre les groupes armés qui sévissent encore, a-t-il recommandé, en estimant que « l’action doit remplacer l’inaction ».


M. MICHEL KAFANDO (Burkina Faso) a déploré que chaque année des milliers d’enfants continuent à mourir des impacts directs de la guerre, et que des milliers d’autres succombent des conséquences indirectes des conflits, parmi lesquelles la malnutrition, les maladies et les dérèglements psychologiques et mentaux.  M. Kafando a également noté que, comme l’indique le rapport du Secrétaire général, des milliers d’enfants continuent d’être enlevés, recrutés et utilisés de force comme soldats dans les zones de conflit armé tout en se voyant empêcher d’accéder à l’aide humanitaire qui leur est destinée.  Pour le représentant burkinabè, les gouvernements doivent criminaliser le recrutement des enfants soldats.  Ils doivent en outre ratifier et respecter la Convention relative aux droits de l’enfant et son Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés.  M. Kafando a de plus exhorté la communauté internationale à tout faire pour obtenir des parties au conflit qu’elles évitent de prendre pour cibles les établissements scolaires et s’engagent au contraire à les protéger.  Le représentant burkinabè a par ailleurs encouragé les institutions internationales à prendre des mesures adéquates en vue de mener des enquêtes et poursuivre les auteurs de graves violations commises à l’encontre des enfants pour mettre un terme à l’impunité et faire respecter le droit par tous.  Enfin, il a exhorté le Conseil de sécurité à envisager des mesures coercitives à l’encontre de toute partie à un conflit armé qui continuerait à violer systématiquement les dispositifs juridiques mis en place pour protéger les enfants en période de conflit armé.


M. LIU ZHENMIN (Chine) a indiqué que son pays était opposé au recrutement d’enfants soldats et aux autres violations commises contre les enfants dans le cadre de conflits armés.  Le représentant a estimé que le Conseil devrait renforcer ses efforts de prévention des conflits, et que des efforts devraient être faits pour améliorer le fonctionnement des opérations de maintien de la paix et l’apport de l’aide humanitaire dans les zones de conflit.  Le Conseil devrait également faire porter ses efforts sur la solution à apporter aux conflits, a-t-il recommandé.  La Chine estime qu’il est aussi important de respecter les rôles des gouvernements impliqués, qui ont la responsabilité principale de la protection des enfants comme le précise la résolution 1612.  Le Conseil doit renforcer ses communications avec les gouvernements concernés afin d’accroître la confiance mutuelle; et la protection des enfants ne doit pas servir de prétexte à l’ingérence dans les affaires internes des États, a souligné le représentant de la Chine.  Il faut plutôt rechercher la coopération des gouvernements concernés dans le cadre du mécanisme de surveillance et d’échange des informations, a-t-il recommandé.  Nous espérons que le Groupe de travail maintiendra son caractère purement professionnel et travaillera sur la base de la coopération avec les gouvernements, a insisté le représentant.  Il a également estimé que les efforts déployés par le Conseil sont insuffisants.  Il a encouragé d’autres institutions, comme l’UNICEF et la Banque mondiale, à jouer un rôle essentiel sur le traitement de la question examinée aujourd’hui.  Il a également annoncé que la Chine venait de ratifier le Protocole facultatif à la Convention sur les droits de l’enfant, relatif à l’enrôlement des enfants dans les conflits armés.


M. LE LUONG MINH (Viet Nam) a déclaré que c’était dans les enfants qu’il fallait investir les meilleures ressources.  Ajoutant que même si dans certaines parties du monde des progrès ont été réalisés au nom des enfants, les assassinats, les mutilations et les souffrances qui les frappent cependant continuent.  Le représentant du Viet Nam a ensuite souligné que les violations évoquées dans le rapport du Secrétaire général nécessitent plus que jamais que les résolutions pertinentes de l’ONU soient pleinement mises en œuvre, ceci pour assurer la protection des droits des enfants et leur bien-être dans les situations de conflit armé.  Il faut que l’application de ces résolutions entre dans le cadre plus général de la prévention des conflits, qui s’attaque, a dit Le Luong Minh, aux causes des guerres et implique, dans les pays troublés, une protection durable des populations les plus vulnérables, ainsi qu’une action en faveur de l’éradication de la pauvreté, de la réconciliation nationale, d’une bonne gouvernance, de la démocratie et de la défense des droits de l’homme.  Dans ce contexte, nous reconnaissons le rôle et la contribution importants de l’UNICEF et des agences spécialisées du système des Nations Unies, a dit le représentant.  Il a ensuite souhaité que le dialogue et la coopération entre les Gouvernements des États Membres et l’ONU soient renforcés pour que les rapports écrits qui en découlent soient plus objectifs et plus efficaces.  De l’avis de M. Minh, le Groupe de travail gagnerait également en efficacité si son action était davantage tournée vers la prévention.  En conclusion, il a appelé de ses vœux la mise en œuvre des résolutions en vue de parvenir à l’objectif d’« Un monde digne des enfants », conformément au vœu des États Membres de l’ONU, exprimé lors de la session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants. 


M. NEVEN JURICA (Croatie) a appuyé l’établissement de programmes d’action et le fonctionnement du mécanisme de surveillance et d’échange d’informations.  Toutefois, a-t-il estimé, le Conseil doit prendre des mesures plus vigoureuses pour garantir le respect, par toutes les parties, des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité relatives aux enfants.  Le représentant a dit appuyer fermement les recommandations du Secrétaire général contenues dans son rapport.  Si elles sont adoptées, elles viendront renforcer le mécanisme de surveillance et d’échange d’informations, a-t-il dit, en souhaitant que ce mécanisme soit élargi à toutes les violations mentionnées aux annexes du rapport.  Le représentant croate a condamné dans les termes les plus fermes l’augmentation des cas de violences sexuelles faites à l’encontre des femmes et des fillettes.  Ceci est un acte de guerre inacceptable.  Nous encourageons le Conseil de sécurité, a-t-il dit, à prendre des mesures ciblées, conformément aux résolutions 1612 et 1379 du Conseil, qui appellent à l’adoption de mesures spéciales de protection des femmes et des fillettes contre la violence basée sur le genre, a-t-il souligné.


M. Jurica a dit que sa délégation soutenait le travail des conseillers chargés de la protection de l’enfant dans le cadre des opérations de maintien de la paix, ainsi que le déploiement de personnels des Nations Unies pour protéger les camps de réfugiés.  Il a également estimé qu’il était nécessaire que le Conseil de sécurité saisisse la Cour pénale internationale dans les cas où les mécanismes nationaux ont échoué.  Il a par ailleurs souhaité renforcer les méthodes de travail du Groupe de travail du Conseil de sécurité en organisant des séances d’information avec les pays concernés, six mois après l’adoption par le Groupe de travail de recommandations.


M. JORGE URBINA ORTEGA (Costa Rica) a indiqué que son pays partageait avec le Panama la préoccupation vitale de continuer à vivre dans une culture de la paix, ce qui explique leur choix de ne pas avoir d’armée.  Le représentant a poursuivi en notant que, si les calamités de la guerre ne font pas de distinction entre personnes de tous âges, certaines parmi les plus cruelles frappent encore plus durement les enfants, au point de mettre à mal tout espoir d’une vie meilleure pour eux.  Il s’est ensuite félicité de la réussite de certains programmes de DDR, avant de déplorer, à la lumière du rapport du Secrétaire général, que les recrutements forcés continuent.  Quand va-t-on cesser de voir des enfants se promener une mitraillette au bras?  Il a exhorté les États Membres à lutter sans relâche contre l’impunité dont continuent de jouir les auteurs de crimes contre les enfants, en particulier les auteurs récidivistes visés dans les annexe du rapport.  En ce qui concerne le Groupe de travail sur les enfants dans conflits armés, le représentant a estimé que celui-ci devait être en mesure de communiquer des informations permettant ensuite à la Cour pénale internationale de poursuivre et traduire en justice les individus à la mauvaise réputation la plus notoire.


M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) a noté que les situations évoquées devant le Conseil de sécurité aujourd’hui renvoyaient d’abord aux obstacles complexes et parfois insurmontables auxquels font face les pays en développement.  Il a ainsi estimé qu’il ne fallait pas perdre de vue que la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil dépendait aussi des capacités dont disposent précisément ces pays.  Nous croyons fermement que le traitement de la question des enfants dans les conflits armés devrait reposer sur une approche la plus large possible des mesures pouvant assurer la prévention de ces guerres.  Ceci serait possible en s’attaquant à leurs causes profondes, a poursuivi M. Natalegawa.  C’est en ce sens que le représentant indonésien a plaidé pour un développement durable, basé sur l’éradication de la pauvreté, la réconciliation nationale, la bonne gouvernance et la démocratie.  Il a également souhaité que la coopération entre les parties, dans laquelle il faudrait impliquer l’UNICEF et le PNUD, soit accrue dans le domaine de la réhabilitation des ex-enfants soldats.  Le délégué indonésien a ensuite attiré l’attention du Conseil sur le coût humain des bombes à sous-munitions, qui causent un nombre important de victimes parmi les plus jeunes non seulement pendant, mais aussi après les conflits.  Le Conseil devrait se positionner clairement contre l’usage de ces armes par les États et par les acteurs non étatiques, a-t-il dit. 


M. BERNARD KOUCHNER, Ministre des affaires étrangères de la France, a déclaré que « la tragédie des enfants soldats nous impose d’être intraitables » et que l’ONU devait jouer un rôle central dans la lutte contre cette forme odieuse d’esclavage qui fait de ses victimes des bourreaux.  M. Kouchner a toutefois estimé que la création en 2005 du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés avait permis à la communauté internationale d’agir.  Ce mécanisme novateur, que la France a contribué à mettre sur pied, a largement aidé à l’accomplissement de progrès tangibles, a estimé le Ministre qui a cité les avancées obtenues au Burundi, en Côte d’Ivoire ou en RDC.  Nous allons rayer pour la première fois la Côte d’Ivoire de la triste liste.  Mais il reste encore beaucoup à faire, a déclaré M. Kouchner, qui a évoqué la présence persistante des enfants sur les champs de bataille au Sri Lanka, en RDC ou en Birmanie.  Il a évoqué l’inscription aujourd’hui même des parties au conflit en République centrafricaine et en Afghanistan sur la liste des situations jugées préoccupantes.


La France souhaite que soit renforcée la dimension dissuasive du mandat du Conseil de sécurité, dont les membres ne doivent pas reculer devant l’adoption de sanctions ciblées et fortes à l’encontre des parties qui ne se conforment pas à ses recommandations, a estimé le Ministre.  Il n’y a pas de dissuasion crédible sans sanction réelle.  Rappelant que le mandat du Groupe de travail du Conseil est de formuler des recommandations concernant cinq autres violations des droits de l’enfant, dont les violences sexuelles, Bernard Kouchner a estimé que « cette barbarie nous touchait tous » et que là encore « notre inaction serait coupable ».  Le Conseil doit absolument renforcer son action sur ce sujet et demander que des plans d’action élaborés par les belligérants intègrent des mesures pour mettre un terme aux violences sexuelles, le Conseil devrait suivre la mise en œuvre de ces plans d’action, a-t-il recommandé.  Cela peut sembler immoral mais c’est efficace, a-t-il ajouté.  Le moment est aussi venu de penser à la possibilité pour le Groupe de travail de s’attaquer au drame qu’est la violence sexuelle dont sont victimes les enfants dans des situations de conflit armé indépendamment de l’existence ou non d’enfants soldats, a ajouté M. Kouchner.


M. SAMUEL LEWIS NAVARRO, Vice-Président et Ministre des affaires étrangères du Panama, a reconnu l’impact négatif des conflits armés sur les enfants.  La communauté internationale, à la lumière des informations présentées dans le rapport du Secrétaire général, a l’obligation d’engager des efforts pour mettre fin à cette situation, a-t-il estimé.  Le représentant a noté que le fonctionnement du Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés démontrait qu’il n’est pas pertinent de s’attaquer à une telle question de manière fragmentée.  Il a en outre estimé que le Conseil de sécurité ne peut agir seul en ce qui concerne la protection des enfants dans les situations de conflit armé.  L’Assemblée générale doit accroître ses efforts et assurer une coordination étroite avec le Conseil, afin d’éviter les doubles emplois, a-t-il dit.  Le Vice-Président et représentant panaméen a estimé à cet égard que les rencontres régulières entre les membres du Groupe de travail et les États Membres devraient servir d’exemple aux autres organes subsidiaires du Conseil de sécurité.  Le représentant a ensuite déploré l’intensification du recrutement d’enfants soldats à l’intérieur des camps de déplacés.  Il a aussi exprimé sa préoccupation devant l’augmentation du nombre croissant des attaques délibérées contre les établissements scolaires et des cas d’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre.  Enfin, M. Navarro a réaffirmé l’attachement de Panama aux travaux de la Cour pénale internationale et a encouragé celle-ci à poursuivre son action en faveur de la protection des droits des enfants par le biais, notamment, des enquêtes menées contre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.


Mme SANJA ŠTIGLIC (Slovénie), qui prenait la parole au nom de l’Union européenne et des pays associés, a dit appuyer fermement le travail accompli par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés.  Le rapport du Secrétaire général reflète des évolutions positives, mais également des développements négatifs, a-t-il constaté.  Elle a condamné fermement les violences sexuelles, notamment au Darfour, et s’est dite alarmée du recrutement transfrontalier d’enfants soldats ainsi que de l’utilisation d’enfants comme boucliers humains ou comme bombes humaines dans le cadre d’attentats-suicide.  Elle a dit qu’elle était atterrée de constater que les camps de réfugiés étaient devenus des terrains de recrutement, et déploré les dangers que posent les mines à dispersion et les armes à sous-munitions.  Elle a dit que sa délégation et l’Union européenne étaient en faveur de la recommandation du Secrétaire général visant à l’élaboration d’un mécanisme juridiquement contraignant afin d’interdire de telles munitions.  Elle a aussi appuyé la recommandation visant à ce que le Conseil de sécurité saisisse la Cour pénale internationale dans des cas de crimes commis contre les enfants.


La représentante slovène s’est félicitée de la création du mécanisme de surveillance et d’échange d’informations.  Elle a souhaité que le Conseil tienne compte de toutes les violations graves commises à l’encontre des enfants.  Le Conseil doit traiter de ces situations comme un tout, et nous l’encourageons à examiner d’autres violations qui pourraient déclencher une inscription sur la liste.  Un tel critère pourrait être applicable aux crimes sexuels, a-t-elle indiqué.  Elle a aussi dit que la Slovénie appuyait le déploiement de conseillers pour la protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix.  Nous encourageons une approche globale qui touche également au développement et aux droits de l’homme et qui permette la prévention des conflits.  Le Bureau de l’action humanitaire de l’Union européenne a contribué 10 millions d’euros à des projets de protection de l’enfant dans des situations de conflit, a-t-elle rappelé.  Elle a estimé qu’il convenait d’insister sur les programmes de réinsertion des enfants soldats et de disposer de programmes en faveur des victimes d’une telle violence.  Elle a suggéré que le Conseil adopte une nouvelle résolution qui tienne compte des recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général.


M. HJALMAR W. HANNESSON (Islande), qui s’exprimait au nom de cinq pays nordiques –Danemark, Finlande, Norvège, Suède et Islande-, a déclaré que sa délégation appuyait les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général, ainsi qu’une protection des enfants dans les futures opérations de maintien de la paix.  Il a notamment dit que les pays nordiques soutenaient la proposition du Secrétaire général de traiter de manière égale les six violations contre les enfants les plus graves identifiées dans la résolution 1612 du Conseil de sécurité.  Le représentant a ensuite attiré l’attention sur la gravité des éléments du rapport relatifs à l’intensification des violences sexuelles perpétrées contre des femmes et des jeunes filles dans les zones de conflit armé.  Ces violences ne sont pas inévitables, a-t-il dit, et elles peuvent à ce titre être empêchées.  Le représentant a suggéré que les violences de ce type soient inscrites dans la liste des violations portées aux annexes du rapport annuel du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés.  Poursuivant son intervention, M. Hannesson a déploré que les auteurs de crimes contre les enfants soient rarement inquiétés par la justice.  C’est pourquoi il s’est félicité des actions menées avec succès par la CPI et le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, grâce auxquelles, a-t-il indiqué, des individus sont aujourd’hui poursuivis pour des violations graves contre les droits des enfants commises dans ce pays.  Le représentant islandais a en outre estimé qu’il était de l’intérêt des Gouvernements de collaborer étroitement avec le mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et les conflits armés en vue de mettre la main sur ces criminels.  Ceci se ferait au profit de la réconciliation, de la paix durable et du développement dans les pays affectés par les troubles, a-t-il estimé.  Enfin, à l’instar d’autres délégations, il a plaidé pour la prise de mesures ciblées contre les auteurs de crimes qui seraient des récidivistes.  


M. YUKIO TAKASU (Japon) a estimé que des étapes importantes avaient été franchies par le Cour pénale internationale et le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, et que les engagements de Paris sont des engagements phares qui offrent des lignes directives modèles en faveur de la protection des enfants.  Malgré les progrès accomplis, la situation globale demeure cependant très sérieuse, compte tenu de l’utilisation de plus de 250 000 enfants soldats à l’heure actuelle à travers le monde, a déploré le représentant.  Il est indispensable que le Conseil et son Groupe de travail accordent une attention égale aux six catégories de violations identifiées, a-t-il poursuivi.  Le concept de sécurité humaine offre une perspective importante en matière de protection des enfants dans les conflits armés qui repose sur une approche intégrée, a-t-il dit.  Il commence par la prévention du recrutement et doit s’achever par leur réinsertion dans la société.  Le Japon, en sa qualité d’initiateur du Groupe des amis de la sécurité humaine, travaillera à rendre opérationnelle cette approche globale dans tous les programmes des Nations Unies, a annoncé le représentant.  Cette approche présidera aussi à l’organisation de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique qui aura lieu en mai prochain au Japon, a-t-il précisé.


M. CLAUDE HELLER (Mexique) a noté la volonté commune des États Membres, qui est clairement exprimée dans le cadre de ce débat et qui vise à fournir à terme une protection efficace aux enfants affectés par les conflits armés.  M. Heller a salué à cet égard les efforts du Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés et souligné l’importance du rôle joué par le Conseil de sécurité pour donner au Groupe les moyens de formuler les mesures sélectives à prendre contre les auteurs des crimes les plus graves.  Le représentant a ensuite déclaré que le rapport du Secrétaire général indiquait qu’en dépit des progrès réalisés dans certains pays, les enfants continuent de souffrir davantage chaque année des conséquences et de la nature changeante des guerres.  Face à l’aggravation des violations évoquées dans le rapport, le représentant a préconisé d’accorder, comme le demande le Secrétaire général, le même degré d’attention à toutes les atteintes graves aux droits des enfants.  Il a, à son tour, jugé nécessaire que le Conseil de sécurité adopte des mesures sélectives contre les auteurs récidivistes de crimes contre les enfants, sans tenir compte sur ce point des recommandations du Groupe et des résolutions du Conseil.  En outre, le représentant s’est lui aussi dit en faveur de la nomination dans les opérations de maintien de la paix et des missions politiques spéciales de conseillers dans le domaine de la protection des enfants.


Mme BYRGANYM AITIMOVA (Kazakhstan) s’est félicitée de ce que le nombre d’enfants soldats opérant à travers le monde soit passé, depuis le dernier rapport du Secrétaire général sur la question, de 300 000 à 250 000.  Cependant, a-t-elle ajouté, beaucoup reste à faire par la communauté internationale, en particulier pour mettre fin aux recrutements forcés dont la pratique existe encore dans 13 pays.  La représentante s’est élevée contre le sort de milliers d’enfants qui, sur plusieurs générations, n’auront rien connu d’autre que la violence, les hostilités, les abus, la pauvreté et l’illettrisme.  Elle a ensuite déclaré que la tâche la plus urgente à accomplir par les États Membres était de prendre des mesures légales efficaces, dans le cadre juridique international existant, pour traduire en justice les auteurs de crimes graves contre les enfants.  La représentante a en outre appuyé les propositions du Secrétaire général visant à adopter des mesures ciblées contre les groupes ou les personnes qui impliquent de force des enfants dans des combats.  À cet égard, elle a souhaité que les affaires pénales en cours soient rendues publiques afin de sensibiliser davantage les populations aux niveaux local, régional et mondial.  Poursuivant son intervention, la déléguée kazakhe a estimé que, compte tenu de la grande vulnérabilité des ex-enfants soldats, il faudrait renforcer les dispositifs de réintégration les concernant pour éviter qu’ils ne soient de nouveau recrutés contre leur gré. 


M. ROBERT HILL (Australie) a noté avec satisfaction les progrès enregistrés dans le domaine de l’opérationnalisation du mécanisme de surveillance et de communication de l'information, mandaté par la résolution 1612 du Conseil de sécurité.  Il s’est également félicité des progrès qu’a réalisés la Côte d’Ivoire pour enrayer le recrutement d’enfants soldats et faire avancer la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou.  Nous devons nous pencher sur la situation des enfants qui sont victimes de conflits armés au Soudan, en République démocratique du Congo (RDC) et en Somalie, a cependant estimé M. Hill.  Le représentant a préconisé l’enclenchement du mécanisme de surveillance et de communication de l'information dès qu’une violation des droits de l’enfant est constatée, et notamment en cas d’actes de viol ou de violences sexuelles.  Il a également encouragé les membres du Conseil de sécurité à mettre en œuvre des mesures ciblées à l’encontre de ceux qui bafouent de manière persistante les droits des enfants.  À l’instar du Secrétaire général, M. Hill a également souligné le rôle important que joue la Cour pénale internationale (CPI) en matière d’enquêtes sur les violations commises contre les droits des enfants pendant les conflits armés et en matière de poursuites judiciaires.  Le représentant australien a également exhorté tous les États Membres ne l’ayant pas encore fait à ratifier le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, qui concerne l’implication d’enfants dans les conflits armés, ainsi que le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.


M. FRANK MAJOOR (Pays-Bas) a déclaré que les sévices ne s’arrêtent que lorsque leurs auteurs sont traduits en justice.  C’est pourquoi la lutte contre l’impunité est indispensable.  Les États Membres se doivent de prendre des mesures pour traduire en justice les auteurs de violations des droits de l’enfant.  Nous soutenons le rôle que peut jouer la CPI lorsque les systèmes juridiques nationaux échouent, et l’arrestation de M. Ngudjolo est un exemple de coopération entre la RDC et la Cour pénale internationale dans la lutte contre l’impunité, a estimé le représentant.  Il faut aujourd’hui faire plus, et la portée du mécanisme de surveillance devrait être réexaminée, a encore estimé le représentant néerlandais.  Le Conseil devrait aussi s’occuper de toutes les graves catégories de violations qui se produisent au cours des conflits en établissant une liste complète des parties qui s’en rendent coupables.  Le viol et les autres actes de violences sexuelles pourraient être un élément déclencheur des mesures à prendre.


Mme LESLIE B. GATAN (Philippines) a déclaré que pour garantir que les droits des enfants sont protégés dans son pays, plusieurs mesures et instruments avaient été mis en place, l’accent étant mis sur le renforcement de la coordination interinstitutions et la réinsertion des enfants affectés par les conflits armés au sein de leurs communautés d’origine.  Le Gouvernement philippin a également engagé des efforts pour intensifier la collecte d’information, et son partage entre les agences concernées, qui sont le Département du bien-être social, la Commission des droits de l’homme, le Bureau du Conseiller présidentiel pour le processus de paix, la Commission des peuples autochtones et le Département de l’éducation et des affaires militaires.  La représentante des Philippines a ajouté qu’en ce qui concerne l’application de la résolution 1612 du Conseil de sécurité, son pays a développé une procédure de recueil de données qui inclut des informations concernant les violations commises contre les enfants énumérées dans ce texte.  Elle a en outre noté que la référence sur les Philippines figurant dans le rapport du Secrétaire général indiquait que des progrès pourraient être faits au niveau de la fourniture d’éléments d’information sur le respect des droits des enfants.  Des efforts sont consentis par le Gouvernement philippin pour renforcer la coordination entre les agences qui sont en contact direct avec les enfants dans les conflits armés, a ainsi fait savoir Mme Gatan.  Enfin, elle a indiqué que les Philippines attendaient avec impatience la visite de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés.  Ses recommandations contribueront, le cas échéant, à combler les manques en matière de protection des enfants affectés par les guerres au niveau national, a conclu la déléguée.


M. IRAKLI ALASANIA (Géorgie) a appuyé la proposition du Secrétaire général d’inclure des conseillers en matière de protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales de l’ONU.  Une telle présence, a-t-il dit, contribuerait à fournir une information plus transparente et dans des délais plus brefs sur la protection des enfants affectés par des conflits armés.  Évoquant la situation dans son pays, le représentant a expliqué que la Géorgie était confrontée depuis 15 ans aux conséquences des conflits ethniques.  Dans ce contexte, nous nous efforçons d’aider au mieux les réfugiés et les enfants déplacés, qui sont privés de leur droit inaliénable de retourner dans leur communauté d’origine.  Le représentant a indiqué que les enfants parlant le géorgien en Abkhazie étaient privés du droit à étudier dans leur langue maternelle.  Il a également fait état de la mort récente d’un enfant vivant dans cette région, victime tragique de l’explosion accidentelle d’une mine antipersonnel.  En conclusion, M. Alasania a demandé à la communauté internationale d’accroître ses efforts d’assistance en faveur des enfants privés de conditions normales d’existence.  Il faut agir pour éviter que les conflits et les violences aient un impact sur le développement identitaire des plus jeunes, a dit le représentant.


M. HERALDO MUÑOZ (Chili) a réaffirmé l’engagement du Chili à parvenir à l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des enfants.  Nous appuyons fermement les actions multilatérales destinées à réduire et à mettre fin à ce fléau, et nous exhortons le Conseil de sécurité à user de son autorité pour punir les responsables des atrocités recensées dans le rapport du Secrétaire général, a dit M. Muñoz.  Le représentant a également salué les travaux du Groupe de travail établi par la résolution 1612 du Conseil de sécurité ainsi que ceux de l’UNICEF, des organisations non gouvernementales et de la société civile, qui, tous, a-t-il dit, contribuent à la mise en œuvre du mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et les conflits armés.  Il a ensuite souligné la nécessité, compte tenu de la persistance des crimes dénoncés dans le cadre du présent débat, d’élargir le mandat du mécanisme de déclenchement pour lui permettre d’intervenir sur les cas de viols et autres crimes sexuels graves.  Le représentant chilien s’est enfin dit favorable  à la présence de conseillers en matière de protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales de l’ONU.  


Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI (Brésil) a estimé que, dans sa lutte contre les six catégories de crimes que subissent les enfants dans les situations de conflit armé, la communauté internationale devait se baser sur les instruments internationaux pertinents comme le protocole à la Convention sur les droits de l’enfant, relatif à l’enrôlement des enfants dans les conflits armés.  Elle a encouragé les mécanismes nationaux à jouer leur rôle tout en soutenant l’implication de la Cour pénale internationale qui est, a-t-elle précisé, appelée à jouer son rôle dans le cadre de son mandat.  Elle a par ailleurs attiré l’attention sur les questions de réinsertion des enfants, et sur leur vulnérabilité face aux armes à sous-munitions.  Dans ce cadre, elle a dit que le Brésil accordait une attention particulière au rôle que pourrait jouer la Commission de consolidation de la paix.  Elle a aussi suggéré une intégration des actions du nouveau poste de Représentant spécial contre la violence envers les enfants, de façon qu’il coordonne son action avec celle de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés.


M. HYUN CHONG KIM (République de Corée) a regretté qu’en dépit des progrès réalisés, les enfants continuent d’être gravement affectés dans les situations de conflit armé.  Le recrutement d’enfants soldats, notamment, est une source d’inquiétude, a-t-il ajouté, avant de demander au Conseil de sécurité de se pencher sur le manque de sécurité dans les camps de réfugiés et de déplacés, où les recrutements forcés sont légion.  Le représentant a poursuivi son intervention en souhaitant que les auteurs de crimes suspectés d’être des récidivistes soient mis hors d’état de nuire par le biais, en particulier, d’embargos sur les armes, de restrictions de déplacement, ou encore de gel de leurs avoirs.  Sinon, a-t-il dit, ces individus identifiés continueront de nuire et de saper les efforts du Conseil de sécurité.  Le représentant s’est ensuite élevé contre l’intensification des cas de violences sexuelles touchant les enfants, 60% de ces abus étant commis contre des enfants en temps de guerre et à des fins militaires.  Il a prévenu que si le Conseil de sécurité et la communauté internationale ne répondaient pas fermement à ces violations, ces cas se poursuivraient.  C’est en ce sens que le représentant coréen a plaidé en faveur de l’élargissement du mandat du mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et les conflits armés, établi par la résolution 1612 du Conseil de sécurité pour permettre à celui-ci d’intervenir en cas de viols et autres violations sexuelles graves.  Il a en outre estimé indispensable de mettre fin à l’impunité dont continuent de jouir les auteurs récidivistes de crimes à l’encontre des enfants, et d’impliquer plus avant à cette fin la Cour pénale internationale.


M. ELBIO O. ROSSELLI (Uruguay) a regretté que de telles réunions coïncident avec d’autres évènements importants, ce qui fait que le débat du Conseil ne bénéficie pas de la participation de nombreux représentants.  Il a cédé la parole à la déléguée de l’Uruguay aux travaux de la Troisième Commission de l’Assemblée, qui a reconnu le rôle joué par le Conseil de sécurité, qui, par l’adoption de plusieurs résolutions, est clairement passé à l’action en ce qui concerne la protection des enfants.  Elle a toutefois regretté que le mécanisme de surveillance ne s’applique qu’aux cas de recrutement d’enfants et non pas aux autres catégories de crimes, comme les viols et les mutilations.  Elle a appuyé la mise en œuvre de plans d’action permettant de mettre un terme aux sévices que subissent les enfants dans les conflits armés, ainsi que l’inclusion de conseillers dans les opérations de maintien de la paix.  La représentante a aussi estimé que davantage d’attention devrait être accordée à la réinsertion de ces enfants.


M. JORGE ARGUELLO (Argentine) a déclaré que deux ans après l’adoption de la résolution 1612 du Conseil de sécurité, des progrès ont été réalisés dans le domaine de la protection des enfants affectés par les conflits armés.  Cela a été possible grâce aux contributions conjointes des États, des mécanismes créés par les Nations Unies et à l’apport inestimable de la société civile.  Le représentant a, sur ce dernier point, souhaité que la sécurité des organisations non gouvernementales soit renforcée, en particulier celles qui s’exposent à des représailles après avoir dénoncé certains abus.  Évoquant l’action de son gouvernement, le représentant a ensuite fait savoir que des plans nationaux centrés sur la famille, identifiée comme unité de base de la société, œuvraient à la protection des droits des filles et des garçons.  Il est nécessaire de renforcer à tous les niveaux les mesures de protection en les intégrant dans un cadre plus large couvrant les secteurs politique, judiciaire et socioéconomique, a dit le représentant.  M. Arguello a ajouté que son pays était favorable à la proposition du Secrétaire général d’adjoindre aux opérations de maintien de la paix et aux missions politiques des conseillers en matière de protection des enfants, afin d’obtenir plus rapidement une information utile pour répondre efficacement aux situations d’urgence.  Il a également estimé nécessaire de renforcer les programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR), pour donner de réelles chances aux ex-enfants soldats de se réinsérer dans la société.


M. JOSÉ ALBERTO BRIZ GUTIÉRREZ (Guatemala) a reconnu que des progrès avaient été accomplis en matière de protection des enfants dans les conflits.  C’est le cas en ce qui concerne le traitement régulier de cette question par le Conseil.  Elle a fait l’objet de 11 débats publics et de nombreuses résolutions, notamment les résolutions 1612 et 1379.  La violence généralisée sexiste et la stigmatisation dont sont victimes les jeunes filles dans certaines sociétés; mais également les mutilations, les meurtres, les enlèvements, les attaques à l’encontre des hôpitaux, font des enfants affectés par les conflits des réfugiés dans des pays voisins, ce qui les rend encore pus vulnérable, a dénoncé le représentant.  Cette situation est aggravée par le déni de l’aide humanitaire à laquelle ils ont pourtant droit.  Le représentant guatémaltèque a rendu hommage au

rôle que peut jouer la société civile, que ce soit dans le cadre d’échanges d’informations ou de médiations avec les groupes armés, ou même dans le cadre des processus de réinsertion.  Le représentant a dit que son pays partageait l’opinion du Secrétaire général pour que les parties inscrites sur les listes en annexe à son rapport fassent l’objet de sanctions ciblées.


M. DAN GILLERMAN (Israël) a déclaré que son pays accordait une place importante à la protection des enfants pendant les conflits armés.  Il a ainsi indiqué qu’Israël est signataire de la Convention relative aux droits de l’enfant depuis 1991 ainsi qu’à son Protocole facultatif.  Il a poursuivi son intervention en soulignant que l’expansion du terrorisme international signifie désormais que les civils sont particulièrement exposés à des attaques aveugles.  Le représentant a ajouté que les enfants étaient susceptibles d’être recrutés par des terroristes, d’être utilisés comme boucliers humains ou même d’être des cibles privilégiées.  Si le terrorisme est un problème mondial, la situation dans notre région est un concentré des défis qu’il pose à la communauté internationale en matière de protection des enfants, a encore dit M. Gillerman.  Il a ensuite expliqué que des programmes télévisuels du Hamas, destinés aux jeunes, comme l’émission « Pionniers de demain » prônent la guerre sainte et le recours à la violence contre les Juifs.  Il a ajouté que les terroristes palestiniens utilisent les mêmes procédés pour monter des attaques suicides.  Commentant ensuite le rapport du Secrétaire général, M. Gillerman a regretté que ce document « omette de parler des conséquences psychologiques très graves des tirs intensifs de roquettes Qassam sur les enfants israéliens ».  Les enfants, victimes du terrorisme, qu’ils soient israéliens et palestiniens, souffrent également de ce fléau et voient leurs espoirs détruits par la cruauté et l’inhumanité de ces agissements, a encore estimé le représentant.  En conclusion, il a regretté le « caractère et la méthodologie ambigus » du rapport du Secrétaire général, dont plusieurs sections, a-t-il jugé, « reposent sur des témoignages approximatifs et des « on dit » qui en sapent la crédibilité.


M. JOHN MCNEE (Canada) a dit que sa délégation appuyait fermement les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général.  Il a estimé qu’il fallait examiner sur un pied d’égalité toutes les catégories de crimes commis contre les enfants.  Il a également jugé nécessaire que le Conseil accorde la même attention à tous les enfants touchés par les conflits armés, que la situation visée soit ou non inscrite à son ordre du jour.  Il a d’autre part estimé que pour toutes les situations préoccupantes, il était nécessaire  de mettre en place un mécanisme de surveillance et de communication de l’information conforme au cadre établi par la résolution 1612.  Le représentant canadien a salué le rôle joué par le Groupe de travail du Conseil de sécurité et les efforts du personnel onusien déployé sur le terrain.  Sans ces efforts collectifs, l’impact que peut avoir l’application de la résolution 1612 ne serait d’aucun secours pour les enfants dans les conflits armés.  Si le Canada est satisfait des progrès accomplis dans la mise en œuvre de cette résolution, certains problèmes subsistent toutefois, a-t-il encore précisé, dans la mesure où elle n’a aucune influence sur les agissements de plusieurs parties.  Face à l’impunité, il est essentiel que le Conseil de sécurité impose des sanctions ciblées et veille à ce que les auteurs de crimes et d’abus soient traduits en justice devant les tribunaux compétents, a recommandé le représentant du Canada.  Il a aussi estimé que le Conseil devrait autoriser l’application du mécanisme de surveillance aux six catégories de violations les plus courantes contre les droits des enfants dans les situations de conflit.


M. GERHARD PFANZELTER (Autriche) a estimé que la communauté internationale avait à sa disposition les instruments requis pour interdire efficacement et criminaliser le recrutement d’enfants soldats.  Malgré ces moyens, la situation actuelle nécessite de la part du Conseil une action encore plus déterminée, a estimé le représentant.  Il a ainsi plaidé pour l’imposition, suggérée par le Secrétaire général, de mesures ciblées contre les acteurs agissant dans des situations où les violations des droits des enfants sont les plus flagrantes.  À cet égard, il a souhaité que la Cour pénale internationale soit davantage impliquée et que les États Membres renforcent les systèmes juridiques en place dans leurs pays pour traduire en justice les auteurs de violences contre les personnes les plus jeunes.  Poursuivant son intervention, le représentant autrichien a exprimé sa surprise et son indignation devant la recrudescence des violences sexuelles commises contre des enfants, et qui est signalée dans le rapport du Secrétaire général.  Il a estimé que ces crimes avaient également un effet profondément néfaste sur le développement entier des sociétés.  C’est en ce sens, a-t-il dit, que l’Autriche a intensifié ses campagnes de sensibilisation contre la violence sexuelle ainsi que son appui aux programmes d’assistance pertinents, en particulier ceux lancés dans l’est de la République démocratique du Congo.   


M. RIYAD MANSOUR, Observateur permanent de la Palestine, a appuyé les recommandations du Secrétaire général, notamment celles visant l’application de sanctions ciblées à l’encontre des auteurs de graves abus et violations à l’encontre des enfants dans les situations de conflits armés.  Il a expliqué que des décennies de violations des droits de l’homme avaient marqué de manière indélébile les enfants palestiniens réfugiés et ceux vivant sous le joug de l’occupation.  Cette situation a abouti, comme l’a dit la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, à un sentiment palpable de perte et à un sentiment de désespoir généralisé qui placent les enfants de la Cisjordanie et de Gaza dans une situation qui n’a encore jamais été rencontrée ailleurs.  Les enfants palestiniens continuent d’être tués, mutilés et blessés.  Ils souffrent du déni qui leur est fait de l’aide humanitaire dont ils ont besoin, ce qui a entrainé la mort de 67 enfants du fait du blocus de la bande de Gaza, a déploré Riyad Mansour.  Soixante-dix pour cent des enfants de Gaza sont anémiés ce qui entraîne l’affaiblissement de leur système immunitaire, a-t-il regretté.  Bien que nous réitérions notre espoir de voir les efforts de paix actuels permettre aux enfants palestiniens et israéliens de vivre côte à côte dans la paix et la sécurité, nous soulignons à nouveau les droits et les besoins des enfants vivant dans des situations de conflit, y compris d’occupation étrangère.  Nous convenons avec les recommandations du Secrétaire général de la nécessité de déployer des conseillers en protection de l’enfance, notamment dans le Territoire palestinien occupé, a déclaré l’Observateur de la Palestine.  Il a aussi souligné le rôle important de soutien à l’amélioration du bien-être des enfants palestiniens que jouent les Nations Unies par le biais de l’Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient.


M. MADHU RAMAN ACHARYA (Népal) a déclaré que le recrutement des enfants dans les situations de conflits armés continue de poser de graves questions.  La réintégration réussie des enfants soldats est l’une des clefs en vue d’une solution durable à toute situation de crise impliquant des enfants, a-t-il estimé.  Le représentant a ajouté que, comme le mentionne le rapport du Secrétaire général, les abus sexuels frappant les plus jeunes restent très préoccupants, l’impunité protégeant les auteurs de ces crimes ne devant plus être tolérée.  Il a en outre salué la recommandation selon laquelle le Conseil doit accorder une importance égale à toutes les violations les plus graves commises contre les droits des enfants.  


Le représentant a ensuite abordé les parties du rapport relatives à la situation dans son propre pays.  Pour l’heure, a-t-il dit, nous travaillons aux cotés de la MINUE, de l’UNICEF et des autres agences pertinentes des Nations Unies pour développer des mesures efficaces de réinsertion des mineurs impliqués dans des combats, cela conformément aux dispositions de l’Accord général de paix signé le 21 novembre 2006.  À cet égard, a encore dit M. Acharya, nous faisons nôtre la recommandation des agences de l’ONU, des donateurs, et des autres partenaires, de fournir un appui adéquat aux programmes de réhabilitation et de réinsertion mis en œuvre par les gouvernements nationaux.  Il a par ailleurs souhaité que l’élection de l’assemblée constituante du Népal, qui se tiendra le 10 avril 2008, ouvre la voie à un futur meilleur pour tous les enfants qui ont été affectés par une décennie de conflits au Népal.


M. PRASAD KARIYAWASAM (Sri Lanka) a estimé qu’en ce qui concerne les parties du rapport du Secrétaire général où son pays est directement mentionné, le Conseil de sécurité doit sérieusement envisager une action déterminée contre les auteurs récidivistes des crimes odieux commis contre les enfants.  Il a fait notamment référence au « groupe terroriste LTTE » (Tigres de libération de l’Eelam Tamoul), responsable selon lui d’abus graves répétés.  La faction Karuna du LTTE est également listée en tant que violateur, a ajouté le représentant, qui a poursuivi son intervention en souhaitant que la situation relative aux violences à l’encontre des enfants au Sri Lanka soit examinée sous tous ses aspects par le Groupe de travail.  Il a rappelé que le rapport du Secrétaire général appelle à accroître la pression contre les auteurs récidivistes de violations de droits des enfants et à la prise de mesures ciblées contre ces individus.  Le représentant a ensuite déclaré que 10 ans s’étaient écoulés depuis que le LTTE s’est engagé à mettre fin au recrutement d’enfants soldats et à libérer les enfants enrôlés dans ses rangs.  Cet engagement n’a jamais été tenu, a-t-il affirmé, et le LTTE continue d’embrigader des enfants, deux ans après l’adoption de la résolution 1612 du Conseil de sécurité qui condamne sans détours de tels agissements.  Le représentant sri-lankais a souhaité que les violations commises par le LTTE et tout autre acteur non étatique cessent immédiatement.  Il est de notre responsabilité collective de trouver les moyens de mettre hors d’état de nuire ces groupes, a-t-il encore dit. 


M. BENEDICT L. LUKWIYA (Ouganda) a contesté le contenu des paragraphes 133, 134 et 135 du rapport du Secrétaire général ainsi que les allégations selon lesquelles  l’absence d’un système de surveillance au niveau local avait permis aux parties au conflit ougandais de recruter des enfants dans les forces armées et a affirmé qu’au contraire, son pays avait mis en place un tel mécanisme qui était articulé au niveau des communautés locales. Ainsi, les chefs de village témoignent de l’âge des jeunes gens concernés, et une visite médicale est menée au centre de recrutement de l’armée, a indiqué le représentant.  Répondant à l’allégation selon laquelle 16 cas de recrutements d’enfants soldats avaient été identifiés dans l’armée ougandaise, il a expliqué qu’il s’agissait là d’une marge d’erreur faible.  Il a aussi expliqué que l’occupation par l’armée d’écoles désaffectées n’est pas une politique délibérée, mais est dictée par les impératifs de sécurité du conflit.  Il a ensuite expliqué que le Gouvernement ougandais avait coopéré avec le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général dans le cadre du Plan d’action  pour la prévention du recrutement d’enfants soldats qui a été finalisé au mois d’août.  Il s’est dit déçu de constater qu’une telle coopération était remise en question.  Il a aussi affirmé, en réponse au rapport du Secrétaire général, que les Unités de défense locale avaient été dissoutes.  Le viol, a-t-il encore expliqué, est un crime en Ouganda, et il est passible de la peine de mort. Le représentant a également réfuté les allégations selon lesquelles les enfants qui s’étaient échappés de l’Armée de résistance du seigneur avaient été utilisés comme informateurs avant d’être relâchés, précisant qu’un « débriefing » normal avait lieu dans ces cas précis.  Il a estimé en conclusion que les Forces de défense populaire de l’Ouganda devraient être exclues de l’annexe II du rapport, compte tenu des mesures prises par le Gouvernement pour s’assurer qu’aucun enfant n’y est recruté.


Mme CARMEN MARIA GALLARDO HERNANDEZ (El Salvador) a estimé qu’il fallait redoubler d’efforts au plan international pour parvenir à l’élaboration d’un cadre juridique permettant de mettre un terme aux activés des auteurs de violations entrant dans les six catégories de crime mentionnées dans le rapport.  Il est clair que le viol est une arme de guerre utilisée pour humilier les fillettes et leurs familles, les forçant à se déplacer, ce qui ne fait que renforcer une culture de la violence qui est susceptible d’être ensuite reprise et perpétuée par les enfants.  Il est aussi  important que la communauté internationale accompagne les sociétés se relevant d’un conflit; et il faut renforcer la coordination et la communication entre les organes des Nations Unies et ces pays, a dit la représentante.  Elle a également mis en avant l’importance de la réinsertion de ces enfants.  Cet aspect de la question est d’une importance considérable qui doit être prise en compte dès les premières phases des programmes de consolidation de la paix.  Il est important aussi de continuer d’offrir un vaste éventail de solutions qui englobent toutes les questions politiques et de sécurité lors des processus de consolidation de la paix conçus pour ces pays


M. PAUL GOA ZOUMANIGUI (Guinée) a estimé qu’aujourd’hui, les conflits, par leur nouvelle nature, affectent davantage les populations civiles, et notamment leurs couches les plus vulnérables, comme les enfants.  Le représentant a salué les actions menées par la communauté internationale pour apporter une solution à cette situation, par le biais, notamment, de l’obligation de mettre fin au recrutement et par la mise en place du mécanisme de surveillance et de la communication de l’information sur l’état d’avancement de l’élaboration et de l’exécution des plans d’action.  Le représentant guinéen a ensuite encouragé la coopération entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix qui, a-t-il dit, devrait prendre en considération la dimension des enfants dans les conflits armés.  Il a également soutenu fermement la politique de tolérance zéro et s’est réjoui de l’adoption de la Stratégie globale sur l’assistance et l’appui à apporter aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels.  Enfin, M. Zoumanigui a déclaré que si la Guinée n’a pas été le théâtre de conflits armés, elle appartient cependant à un continent et à une sous-région marqués par des conflits qui ont affecté la vie d’innombrables enfants.  C’est en ce sens qu’il a rappelé que son pays ne ménageait aucun effort pour s’impliquer dans la recherche de solutions à ces crises.


M. HAMID AL BAYATI (Iraq) a dit que sa délégation partageait la plupart des faits contenus dans le rapport du Secrétaire général, et qui sont relatifs aux souffrances que connaissent les enfants iraquiens en raison des agissements d’Al-Qaida et d’autres groupes armés qui prennent pour cible la population civile.  Il est également revenu sur les parties du rapport faisant état de recrutements d’enfants comme combattants par des groupes armés non étatiques.  M. Al Bayati a aussi évoqué les vidéos transmises par la presse montrant le recrutement d’enfants âgés de 11 ans pour les former à mener des attentats-suicide, des attaques à mains armées et des prises d’otage.  Malgré ces circonstances difficiles, l’Iraq a été le témoin en 2007 de progrès en raison de la baisse du nombre d’opérations terroristes, s’est félicité le représentant.  M. Al Bayati a précisé que son gouvernement était largement disposé à collaborer avec les Nations Unies afin d’améliorer la situation que connaissent les enfants iraquiens.  Il a indiqué que le Bureau de Mme Coomaraswamy planifiait une visite de pays en Iraq au cours du mois prochain.


M. PETER MAURER (Suisse) a noté que malgré les développements encourageants décrits dans le rapport, notamment en Côte d’Ivoire, il reste encore un long chemin à parcourir afin de parfaire le système de protection des enfants dans les conflits armés.  À cet effet, a-t-il dit, les recommandations émises par le Secrétaire général méritent toute notre attention.  D’après M. Maurer, il faut envisager, dans le cadre du mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et les conflits armés, un élargissement du champ d’application des violations au viol et aux autres formes graves de violences sexuelles.  En outre, il faut prendre une série de mesures ciblées contre les parties aux conflits armés qui commettent des violations persistantes, le Conseil de sécurité devant transmettre à la Cour pénale internationale les cas où les tribunaux nationaux n’ont pas correctement exercé leur juridiction.  Le représentant de la Suisse a poursuivi son intervention en demandant aux parties figurant dans les annexes du rapport du Secrétaire général de réaliser des plans d’action concrets pour mettre fin aux recrutements forcés.  Il a également souhaité que des conseillers à la protection de l’enfance soient inclus dans les missions de maintien de la paix et dans les missions politiques où leur présence serait pertinente.  La Suisse souhaite que le Secrétaire général formule, dans son prochain rapport, des recommandations spécifiques relatives à la protection des enfants dans les conflits armés, suite à l’utilisation qui y est faite d’armes légères et de petit calibre, a encore dit M. Maurer.


M. DON PRAMUDWINAI (Thaïlande) a reconnu les progrès faits par le Conseil de sécurité dans la protection des enfants, un sujet qui est encore à un stade initial et qui dispose certainement d’un potentiel d’amélioration.  Une réflexion d’ensemble s’impose sur la question, et dans ce cadre nous sommes en faveur d’une approche graduelle, a dit le représentant.  Il a aussi estimé que compte tenu de la nature multidimensionnelle de la question, les approches et stratégies à adopter pour sa résolution devraient également l’être.  Évoquant la contribution de son pays, il a précisé que la Thaïlande avait ratifié les deux Protocoles à la Convention sur les droits de l’enfant et il a dit la détermination de son gouvernement à créer à cet égard le cadre législatif le plus efficace qui soit.  Une vaste palette d’initiatives a également été mise en œuvre en Thaïlande pour protéger les droits de l’enfant, comme le droit à l’éducation, a dit M. Pramudwinai.  Le représentant a conclu en appelant au plus grand soin dans l’élaboration du rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, précisant que seules les situations de conflit armé devraient y figurer.


M. ZAHIR TANIN (Afghanistan) a déclaré que son pays, qui a été affecté par des décennies de conflits armés, avait réalisé des progrès considérables dans la promotion et la défense des droits des enfants depuis 2001.  Il a rappelé que l’Afghanistan est partie à la Convention des droits de l’enfant et à son protocole facultatif et que la législation nationale afghane a été dûment adaptée à la mise en œuvre de ces instruments.   Le représentant a ainsi indiqué qu’à ce jour 7 444 enfants soldats ont été démobilisés avec succès en Afghanistan.  Il a aussi évoqué les mesures de réinsertion sociale et professionnelle prises en faveur de ces jeunes et mises en place grâce, notamment, à l’appui de la communauté internationale.  Pour ce qui est de la lutte contre le trafic d’enfants, le délégué a déclaré que son gouvernement avait établi une équipe de projet pour empêcher les enlèvements d’enfants par d’éventuels trafiquants.  Il a déploré qu’en dépit des ces avancées, le terrorisme continue de peser sur le quotidien des plus jeunes, les groupes terroristes ayant intensifié leurs attaques contre les zones les plus densément peuplées et les lieux publics. 


Ces agissements ont eu des effets dévastateurs sur la vie des enfants, a dit M. Zahir Tanin, qui a évoqué l’attentat perpétré il y a trois mois contre la délégation parlementaire de Baghlān et qui a causé la mort de plus de 50 enfants et fait plus de 90 blessés graves.  M. Tanin a en outre attiré l’attention sur le recrutement d’enfants par les groupes terroristes dans le cadre de la préparation d’attentats-suicide.  Il a déploré les pertes en vie humaines qu’entrainent les opérations de contre-terrorisme dont les conséquences dramatiques sont imputables à l’utilisation, par les Talibans, des populations civiles comme boucliers humains.  M. Tanin a ensuite signalé que des centaines de milliers d’enfants afghans souffraient du manque d’équipements sanitaires, leur situation étant rendue encore plus problématique par les difficultés d’accès rencontrées par les équipes humanitaires qui veulent leur venir en aide.  Enfin, le représentant a jugé que la protection des enfants dans les conflits armés nécessite un engagement collectif de la part de la communauté internationale, dans le domaine notamment de la lutte coordonnée contre l’éradication de la pauvreté et le manque de capacités des pays en développement.


Mme ROMY TINCOPA (Pérou) a réitéré l’importance d’œuvrer à l’universalité des instruments adoptés par la communauté internationale pour la protection des enfants et le besoin pour tous les États Membres, en particulier ceux touchés par les conflits armés, de continuer d’adopter des mesures permettant de traduire en justice ceux qui recrutent des enfants et violent leurs droits.  Ni l’amnistie, ni l’impunité ne devraient être acceptées, a dit la représentante.  Elle a également plaidé en faveur de mécanismes nationaux de justice qui favoriseront la réconciliation nationale.  Elle s’est jointe au Secrétaire général pour mettre au même niveau les six catégories de crimes identifiées.  Elle a estimé important que la Représentante spéciale, dans l’élaboration de ses rapports, tienne compte des informations faisant état des violences sexuelles commises contre les jeunes filles dans toutes les missions de maintien de la paix.


Mme JOYCE KAFANABO (République-Unie de Tanzanie) a exprimé son inquiétude devant la recrudescence des cas de viols et d’abus sexuels commis contre des jeunes filles en temps de guerre.  Elle a plaidé pour la mise en place d’une assistance efficace aux victimes de ces actes et a appuyé la politique de tolérance zéro prônée par le Secrétaire général à l’encontre des personnels des opérations de maintien de la paix de l’ONU.  La représentante a ensuite condamné les attaques délibérées menées contre les écoles et les enseignants et elle a souhaité que soient prises, dans les meilleurs délais, des mesures fortes pour protéger plus efficacement les enfants dans les situations de crise.  Nous devons envoyer un message clair aux auteurs de violations des droits des enfants, a ajouté la déléguée tanzanienne, pour leur dire qu’ils seront poursuivis sans relâche et traduits devant la justice internationale.  Elle a ainsi appelé les États Membres à s’unir pour mettre fin à l’impunité qui continuent de protéger les responsables de crimes contre les enfants.  La représentante a notamment fait sienne la proposition du Secrétaire général de prendre des mesures ciblées contre les auteurs de crimes suspectés de récidive. 


M. MAGED ABDELAZIZ (Égypte) a dit que sa délégation soutenait l’approche du Secrétaire général qui a présidé à la préparation de son rapport et a dit comprendre totalement la méthodologue utilisée pour interpréter le mandat de la Représentante spéciale, en particulier le processus de surveillance de graves violations contre les droits des enfants.  Il a estimé par conséquence que ce mécanisme devrait être appliqué aux enfants dans le Territoire palestinien occupé.  Il a aussi estimé que toutes les violations devraient être traitées au même niveau.  Il a indiqué qu’il soutenait toutes les recommandations visant à garantir un financement adéquat aux programmes de réhabilitation des enfants vivant dans les zones de conflit armé, et à faire face aux graves conséquences qu’ont sur les enfants les munitions à dispersion.  Dans ce contexte, M. Abdelaziz a estimé que les annexes au rapport auraient dû contenir une référence aux violations commises par Israël.  Le représentant a dit que l’Égypte soutenait le Groupe de travail du Conseil de sécurité, mais il s’est dissocié de la recommandation visant à imposer des sanctions aux parties, craignant que cela n’affecte l’équilibre qui préside à l’examen des situations préoccupantes.  Il a aussi mentionné la nécessité, pour le Bureau de la Représentante spéciale, de coordonner ses activités avec celles du Bureau du nouveau Représentant spécial chargé de la violence faite aux enfants.


M. MARIO H. CASTELLON DUARTE (Nicaragua) a déclaré que les enfants sont le « trésor de l’humanité, formant le pont entre les générations à venir ».  Il s’est inquiété des violations dont ces derniers sont les victimes dans les conflits armés où, a-t-il ajouté, sont bafoués leurs droits fondamentaux, et où l’on constate notamment une intensification « ignoble » des violences sexuelles à l’encontre des jeunes filles.  Le représentant s’est également insurgé contre la détention croissante d’enfants dans des prisons à cause de leur association supposée avec des groupes armés.  De même, il a fermement condamné les attaques délibérées contre les écoles de filles et l’utilisation « scandaleuses » des bombes à sous-munitions, là où se concentrent l’essentiel des populations civiles.  Le représentant a ensuite déclaré qu’il fallait, à la lumière des observations du rapport, mettre fin à l’impunité des auteurs de violations graves contre les droits des enfants suspectés de récidive.  Le mécanisme de suivi doit, dans ce cadre, pouvoir appliquer des sanctions ciblées contre les parties qui continuent de s’en prendre aux enfants et qui figurent en bonne place dans les différents rapports de l’ONU, a conclu M. Duarte.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a insisté sur le rôle de l’éducation dans le cadre de la prévention des conflits.  Malgré cette évolution positive et la création de différents mécanismes opérationnels, l’éducation dans les zones de conflit a été réduite à des niveaux minima, ce qui nous freine dans nos efforts de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-il déploré.  Le représentant qatari a aussi dénoncé les attaques délibérées lancées contre les enseignants, les écoliers et les écoles.  Il a expliqué que le Qatar s’était joint à ceux qui lançaient un appel pour que l’on accorde une attention plus poussée à l’éducation et à la formation dans les situations de conflit.  Il a mentionné le programme « Reach Out to Asia », qui participe au processus de reconstruction des infrastructures scolaires dans des pays comme le Liban par exemple.  S.M. l’Emir du Qatar a également créé un fonds pour l’éducation en Iraq et parrainera à la fin du mois de février une conférence régionale de l’UNESCO au cours de laquelle elle tentera de mobiliser les efforts pour parvenir à un consensus sur la nécessité de protéger l’éducation dans les zones de conflit, a indiqué le représentant qatarien


M. MARTIN NEY (Allemagne) a indiqué que le Gouvernement allemand attachait une importance particulière à la promotion et à la protection des droits des enfants, notamment ceux affectés par les situations de conflit.  Il a noté que quelque 300 000 enfants soldats continuaient d’opérer de par le monde, et que des dizaines de milliers d’enfants sont tués, mutilés, violés et enlevés chaque année du fait de pratiques illégales de recrutement qui ont toujours cours.  Saluant ensuite les effets positifs de l’adoption de la résolution 1612 du Conseil de sécurité, considérée à juste titre comme une pierre angulaire grâce au mécanisme de surveillance qu’elle a établi, le représentant a souhaité que les abus sexuels se voient accorder la même importance que les autres violations perpétrées contre les enfants.  En outre, a-t-il poursuivi, dans les cas où les systèmes nationaux ont échoué à protéger les enfants dans les conflits armés, le Conseil de sécurité

devrait demander à la Cour pénale internationale d’intensifier les enquêtes visant d’éventuels criminels sexuels.  M. Ney a également jugé qu’il fallait, comme le propose le Secrétaire général, adjoindre des conseillers à la protection des droits des enfants dans les opérations de maintien de la paix et les missions politiques. 


M. KYAW TINT SWE (Myanmar) a estimé que le rapport du Secrétaire général  reflétait certaines des activités menées par le Gouvernement du Myanmar pour lutter contre le recrutement d’enfants dans les conflits armés mais qu’il en omettait d’autres.   Il s’est dit déçu de voir que l’Armée nationale du Myanmar, ou « Tatmadaw Kyi », figurait à l’annexe I du rapport.  Il a rappelé que le recrutement dans l’armée se faisait sur une base volontaire à partir de 18 ans.  Afin de ne pas recruter d’enfants qui mentent au sujet de leur âge, le Gouvernement du Myanmar a mis sur pied un Comité de haut niveau pour prévenir de tels recrutements, et, par conséquence, entre 2000 et 2008, 172 personnes ont été exclues des premières phases de recrutement; et entre 2002 et 2008, 44 actions disciplinaires ont été prises à l’encontre de militaires n’ayant pas respecté les processus de recrutement.  Nous avons également élaboré un programme d’action et avons incité depuis 2004 le Coordonnateur résident des Nations Unies et les représentants de l’UNICEF à visiter les centres de recrutement.  Au cours de la visite de la Représentante spéciale, nous avons convenu de mettre en place un mécanisme de surveillance et d’échange d’informations, a dit M. Kyaw Tint Swe.  Le représentant a insisté pour que la question des enfants et des conflits armés ne soit pas politisée, précisant que le mécanisme de surveillance devait opérer avec la participation et la coopération des gouvernements concernés.  Ce mécanisme souligne aussi que tout dialogue avec des groupes non étatiques devait se faire dans le cadre de processus de paix qui disposent d’un cadre de coopération entre les Nations Unies et les gouvernements concernés, ce qui n’est pas le cas au Myanmar.


M. JAIRO MONTOYA (Colombie) a déclaré que le rapport du Secrétaire général mentionnait les résultats positifs réalisés grâce au processus de démobilisation mené dans son pays.  Plus de 46 000 personnes qui appartenaient à des groupes armés illégaux ont été démobilisés avec succès, a-t-il dit, et sur les 11 groupes d’autodéfense listés dans le rapport de 2005, seulement deux figurent encore dans sa version 2007.  Le représentant s’est félicité qu’avec la quasi-disparition des structures d’autodéfense, les risques de recrutements forcés d’enfants ont pratiquement disparu.  Poursuivant son intervention, M. Montoya a souligné que les groupes criminels figurant au paragraphe 116 du rapport faisaient l’objet d’une lutte que seul le Gouvernement de Colombie peut mener.  À cet égard, il a estimé que les gouvernements nationaux avaient un rôle central dans la protection des enfants et l’assistance à leur fournir.  Toute action menée par les Nations Unies devrait l’être en coordination étroite avec les autorités nationales concernées, a estimé M. Montoya. 


M. FROMMELT (Liechtenstein) a estimé nécessaire de maintenir l’élan et de développer plus avant des mécanismes visant la protection et la sécurité des enfants dans les conflits armés.  Le représentant a estimé que le Mécanisme de surveillance et d’échange de l’information gagnerait à inclure toutes les violations mentionnées dans le rapport du Secrétaire général, alors que pour le moment seule une de ces violations, à savoir le recrutement d’enfants, déclenche l’inscription de parties à l’annexe du rapport.  Il est en effet difficile de comprendre comment un traitement différencié de ces violations peut être compatible avec le droit international et l’universalité des droits de l’homme,

s’est étonné le représentant.  Il a aussi estimé que toutes mesures prises par le Groupe de travail doivent être renforcées par des mesures d’application et à cet égard une option est d’élargir le mandat du Groupe de travail pour qu’il recommande des mesures ciblées à l’encontre des auteurs de ces violations.


M. ISMAT JAHAN (Bangladesh) s’est dit encouragé de voir que les mesures prises par le Groupe de travail avaient donné lieu à des améliorations notables de la situation des enfants dans les conflits armés.  Toutefois, a-t-il ajouté, garantir le respect de ces mesures par les acteurs non étatiques et les groupes armés reste un défi de taille.  Le représentant bangladais a appuyé la proposition du Secrétaire général d’adjoindre aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et aux missions politiques des conseillers pour la protection des droits des enfants.  Il a en outre jugé que pour que la paix instaurée après les conflits soit durable, il fallait notamment que les enfants réinsérés retournent dans les meilleures conditions possibles dans leurs communautés.  La Commission de consolidation de la paix devrait avoir cet objectif en permanence à son ordre du jour, a-t-il affirmé. Le représentant a également estimé que, compte tenu de la nature multidimensionnelle de la question des enfants dans les conflits armés, il fallait s’attaquer à ce problème de manière globale en intensifiant la coopération entre acteurs régionaux.  M. Ismat Jahan a exprimé sa préoccupation devant l’augmentation du nombre d’enfants détenus sur la base de leur association supposée avec des groupes armés, ajoutant que ces jeunes devaient pouvoir bénéficier des droits que leur confèrent les tribunaux pour enfants.  La question de la situation des enfants vivant sous occupation étrangère doit également être examinée de près par le Conseil de sécurité, a encore dit M. Jahan. 


M. JEAN MARIE EHOUZOU (Bénin) a dit retenir du rapport du Secrétaire général que le Conseil de sécurité n´a pas encore pleinement matérialisé dans les faits la nécessité de traiter avec une égale attention la question des enfants et les conflits armés indépendamment ou non de son ordre du jour concernant les pays concernés.  C’est la seule explication que le Bénin trouve au fait que le Groupe de travail et la Représentante spéciale du Secrétaire général ne disposent pas de suffisamment de ressources pour le suivi de situations dans les pays qui ne sont pas inscrits à l’ordre du jour du Conseil.  La gravité des faits rapportés exige que des dispositions budgétaires appropriées soient prises, a dit M. Ehouzou.  Le représentant béninois a aussi estimé que le Conseil n’avait pas fait montre de suffisamment de fermeté pour amener  les auteurs de violations à se plier aux normes internationales.  De l’avis du représentant, la Cour pénale internationale devrait engager des poursuites contre les auteurs de violations.  Le Conseil devrait accorder également une attention soutenue à la réhabilitation, et les Nations Unies devraient redoubler d’efforts pour enrayer l’ignominie dont se sont rendus coupables leurs personnels de maintien de la paix.  La communauté internationale doit pour sa part redoubler d’efforts pour mettre un terme au recours au viol comme arme de guerre, a recommandé le représentant.


M. GUILLAUME BAILLY-NIAGRI (Côte d’Ivoire) a noté que dans les pays en proie aux conflits armés, beaucoup d’enfants et de jeunes souffrent non seulement de la violence liée à la guerre, mais aussi de l’effet dévastateur du VIH/sida.  C’est pourquoi notre délégation salue les actions menées par l’UNICEF à travers toute la Côte d’Ivoire.  Évoquant la situation récente en Côte d’Ivoire, le représentant a ensuite expliqué que grâce à la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou, approuvé par la CEDEAO, l’Union africaine et le Conseil de sécurité, le pays entier se réjouissait de ce que toutes les parties ivoiriennes soient aujourd’hui délistées des annexes du rapport du Secrétaire général.  Aucun élément de preuve fondé concernant le recrutement d’enfants par les groupes armés n’a été en effet trouvé.  M. Bailly s’est félicité de ce que le Gouvernement ivoirien se voit honoré pour toutes les actions en faveur de la protection des enfants.  Il va donc plus que jamais redoubler d’efforts dans ce domaine.  Il a en outre rappelé que dès novembre 2005, les Forces armées de Côte d’Ivoire avaient élaboré un plan d’action pour mettre un terme au phénomène des enfants soldats qui combattaient à leurs côtés.  Il a également relevé qu’aujourd’hui l’insertion des jeunes est prévue dans le volet réinsertion du DDR mis en œuvre dans le cadre de l’application des Accords de Ouagadougou.  M. Bailly a ensuite demandé à la communauté internationale d’aider son pays à combattre l’impunité sur toute l’étendue du territoire ivoirien.  De même, a-t-il dit, le Gouvernement ivoirien attend toujours de l’ONU l’exemption sur les armes non létales indispensables à l’équipement de ses forces du maintien de l’ordre, notamment la police et la gendarmerie.


M. LAWRENCE AKINDELE (Nigéria) s’est félicité des progrès mentionnés dans le rapport du Secrétaire général tout en reconnaissant qu’il reste beaucoup à faire tant les violations des droits des enfants pris dans des situations de conflits armés n’ont pas perdu en intensité.  Il est grand temps que la communauté internationale s’attaque à cette question du point de vue de la prévention.  Un dialogue efficace, des mesures de réduction de la pauvreté, une aide technique, l’inclusion politique et économique, et l’identification des causes des conflits devraient aller de pair avec les recommandations du Conseil de sécurité, a dit le représentant.   Il a aussi demandé instamment que l’on accorde une attention particulière à la prolifération des petites armes.  Le représentant a appuyé la recommandation du Secrétaire général sur le rôle de la Cour pénale internationale et a demandé instamment à tous les États qui ne l’avaient pas fait de ratifier la Convention sur les droits de l’enfant et ses Protocoles facultatifs.


M. JOSEPH NSENGIMANA (Rwanda) a déclaré que, concernant le recrutement des enfants par les groupes en armes dans l’est de la République démocratique du Congo, et les viols et violences qui y ont cours, la solution se trouvait dans le désarmement et le rapatriement des FDLR, ex-FAR-Interahamwe.  Ces derniers, après avoir commis le génocide au Rwanda en 1994, ont « continué leur œuvre » dans les Kivus, a accusé le représentant.  Il a ajouté que ces forces génocidaires utilisent massivement les enfants soldats, violent les jeunes filles et les femmes congolaises, comme l’a montré le rapport du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.  Il a ajouté que son pays était d’avis que pour libérer les enfants et les femmes congolais il fallait libérer l’est de la RDC des forces génocidaires qui y ont élu domicile.  Le représentant a conclu son intervention en affirmant qu’il était primordial que la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) fasse de cet objectif une priorité, cela en collaboration avec les pays concernés.  De la sorte, a-t-il conclu, elle aura servi la cause des enfants et répondu aux attentes du communiqué de Nairobi et aux conclusions de la Conférence de Goma de janvier 2008.  


Déclaration présidentielle


Le Conseil de sécurité prend note avec satisfaction du septième rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés (S/2007/757), ainsi que des faits nouveaux positifs et des problèmes persistants liés à la mise en œuvre de la résolution 1612 (2005) qui y sont évoqués.


Le Conseil, rappelant qu’il a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, réaffirme sa volonté de s’attaquer aux multiples répercussions des conflits armés sur les enfants et sa détermination à assurer le respect et l’application de sa résolution 1612 (2005) et de toutes ses résolutions antérieures sur les enfants et les conflits armés, ainsi que des autres règles et normes internationales concernant la protection des enfants touchés par les conflits armés.


Le Conseil souligne à cet égard la nécessité d’adopter une stratégie générale de prévention des conflits qui s’attaque aux causes profondes des conflits armés de manière exhaustive, afin d’améliorer durablement la protection des civils, y compris par le biais de la promotion du développement durable, de l’élimination de la pauvreté, de la réconciliation nationale, de la bonne gouvernance, de la démocratie, de l’état de droit et du respect et de la protection des droits de l’homme.


Le Conseil souligne que c’est aux gouvernements qu’il incombe au premier chef d’offrir à tous les enfants touchés par les conflits armés une protection et des secours efficaces et souhaite que se poursuivent, dans un esprit de partenariat, la coopération et la coordination existantes entre les États Membres, les organismes des Nations Unies et la communauté internationale.


Le Conseil réaffirme l’importance de l’accès complet, sûr et libre du personnel et des fournitures humanitaires et de l’assistance humanitaire à tous les enfants touchés par les conflits armés et souligne qu’il importe que tous, dans le cadre de l’assistance humanitaire, respectent les principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.


Le Conseil demande que le mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les enfants et les conflits armés demandé au paragraphe 3 de sa résolution 1612 (2005) soit intégralement mis en œuvre dans toutes les situations de conflit armé énumérées dans les annexes au rapport du Secrétaire général paru sous la cote S/2007/757.


À cet égard, le Conseil réaffirme que le mécanisme devrait continuer de réunir et diffuser en temps voulu des informations objectives, exactes et fiables sur les violations et sévices commis contre les enfants touchés par les conflits armés et de fonctionner avec la participation et la coopération des gouvernements nationaux et des organismes des Nations Unies et représentants de la société civile s’intéressant à cette question, notamment au niveau national.


Le Conseil salue le travail accompli par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Radhika Coomaraswamy, notamment ses activités sur le terrain dans les situations de conflit armé.


Le Conseil salue aussi l’action menée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et les conseillers pour la protection des enfants dans le cadre des opérations de maintien de la paix et des missions politiques, en coopération avec les autres entités intéressées des Nations Unies.


Le Conseil se félicite des travaux que continue de réaliser son Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés, tels qu’ils ressortent du dernier rapport de son président (S/2007/428), et l’invite à continuer d’adopter des conclusions et de lui proposer des recommandations effectives aux fins d’examen et, le cas échéant, d’application dans le cadre des mandats confiés aux opérations de maintien de la paix et missions politiques.


Le Conseil continuera d’envisager la possibilité d’assurer ou de renforcer la présence de conseillers pour la protection de l’enfance dans le cadre des mandats de toutes les opérations de maintien de la paix et missions politiques concernées.


Le Conseil souligne fermement qu’il est nécessaire de mettre fin à l’impunité qui entoure les violations et sévices visant des enfants dans des conflits armés et, à cet égard, se félicite que plusieurs auteurs présumés de tels actes aient été traduits en justice devant des juridictions pénales nationales, internationales et “mixtes”.


Le Conseil constate que la mise en œuvre de la résolution 1612 (2005) a déjà conduit à des progrès qui ont permis à des enfants de retrouver la liberté, ainsi que leur famille et leur communauté, et à un dialogue systématique de s’instaurer entre les équipes spéciales de pays des Nations Unies et les parties au conflit en vue de l’exécution de plans d’action assortis d’échéances.


Cela étant, le Conseil condamne énergiquement la poursuite du recrutement et de l’emploi d’enfants dans des conflits armés, en violation du droit international applicable, le meurtre et les mutilations, les viols et autres violences sexuelles, les enlèvements, le refus de laisser les enfants bénéficier de l’aide humanitaire et les attaques visant des écoles et des hôpitaux, par les parties à des conflits armés.


Le Conseil s’inquiète du recours généralisé et systématique au viol et à d’autres formes de violence sexuelle dirigées contre les enfants et en particulier contre les filles dans les situations de conflit armé, et demande à toutes les parties à ces conflits de prendre des mesures spéciales pour protéger les filles et les garçons contre toute violence sexuelle ou sexiste, en particulier contre le viol, en cas de conflit armé.


Le Conseil déplore que les civils, en particulier les enfants, demeurent les premières victimes des actes de violence commis par les parties aux conflits armés, notamment des meurtres et des mutilations résultant d’attaques les visant délibérément, ou d’un usage systématique et excessif de la force, en violation du droit international applicable. Il condamne ces actes et exige que les parties renoncent immédiatement à ce genre de pratiques.


Le Conseil s’inquiète vivement du non-respect continu de ses résolutions relatives aux enfants et aux conflits armés par les parties à de tels conflits, dont les noms figurent dans les rapports du mécanisme de surveillance et de communication de l’information, y compris celles auxquelles des mises en demeure précises et immédiates ont été formellement adressées. Rappelant la déclaration faite par son président le 28 novembre 2006 (S/PRST/2006/48), il réaffirme son intention d’user de tous les instruments prévus dans sa résolution 1612 (2005).


Le Conseil demande une nouvelle fois aux parties à des conflits armés figurant sur les listes jointes en annexe au rapport du Secrétaire général (S/2007/757) qui ne l’ont pas encore fait d’élaborer et d’exécuter des plans d’action concrets assortis d’échéances pour mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants en violation du droit international applicable et pour lutter contre les autres violations et sévices visant les enfants, en étroite collaboration avec la Représentante spéciale du Secrétaire général, l’UNICEF et les équipes spéciales de pays des Nations Unies chargées de la surveillance et de la communication de l’information.


Le Conseil se déclare préoccupé par les pertes infligées aux enfants dans les conflits armés du fait de l’utilisation inconsidérée des mines et des bombes à sous-munitions et demande en particulier à toutes les parties aux conflits armés de renoncer à de telles pratiques.


Soucieux de renforcer le cadre général de protection des enfants dans les conflits armés, et prenant en considération la nature évolutive de ces conflits, ainsi que les questions soulevées par le Secrétaire général dans son rapport, le Conseil se déclare prêt à réexaminer les dispositions pertinentes de ses résolutions relatives aux enfants et aux conflits armés, à la lumière des dispositions de sa résolution 1612 (2005), en vue d’accroître l’efficacité de ses interventions.


Le Conseil constate qu’il faut mettre davantage l’accent sur la réinsertion et la réadaptation des enfants associés aux forces armées et aux groupes armés et, à cet égard, invite toutes les parties concernées, y compris les États Membres, les organisations régionales, le Secrétariat et les autres organismes compétents des Nations Unies, comme l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour la population, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, l’Organisation mondiale de la santé, le Programme des Nations Unies pour le développement, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’Organisation internationale du Travail et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, les institutions financières internationales comme la Banque mondiale, ainsi que la société civile, à développer les échanges d’informations sur leurs programmes et leurs meilleures pratiques, compte tenu des dispositions pertinentes du droit international, des résolutions du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés et des Principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés (Principes de Paris) et à veiller à ce que des ressources financières et autres suffisantes soient mobilisées pour soutenir les stratégies ou plans d’action nationaux de protection des enfants et les initiatives communautaires de façon à assurer la pérennité et le succès des programmes de libération, de réadaptation et de réinsertion de tous les enfants associés aux forces armés ou aux groupes armés.


Le Conseil prie le Secrétaire général de lui soumettre en mai 2009 son prochain rapport sur l’application des résolutions relatives aux enfants et aux conflits armés. 


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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